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Lever de rideau sur Terezin – Christophe Lambert

9782747056830,0-2688148

Après l’excellent Swing à Berlin, Christophe Lambert s’intéresse à nouveau à l’art pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme l’auteur l’explique dans sa postface, nombreux sont les lecteurs à lui avoir demandé s’il y aurait une suite à l’histoire de ses jeunes musiciens de jazz jouant pour le régime nazi. Ce n’était évidemment pas possible, alors l’auteur a pensé à une autre histoire, qu’il avait déjà repérée lors de ses recherches pour ce précédent roman…

Novembre 1943. Victor Steiner, célèbre dramaturge juif, est arrêté et déporté. Il est envoyé à Terezin, en Tchécoslovaquie, un camp qui ressemble à une petite ville, où il va se découvrir un fan : un officier SS qui va lui commander une pièce. Car la Croix-Rouge envoie une délégation pour contrôler le traitement des prisonniers et il faudra les divertir. Mais écrire sous la contrainte, et en plus pour les Nazis, Steiner s’y refuse. Mais il n’a évidemment pas le choix…

★★★★★

Si l’on connaît déjà un certain nombre de romans évoquant les camps de concentration, on connaît peut-être moins celui de Terezin. Il était notamment réservé aux Juifs célèbres, que les disparitions soudaines auraient sans doute alertés. Même s’il était un camp comme les autres, les Nazis le présentèrent au monde comme un modèle de colonie juive, une ville factice. C’est dans cet environnement que va évoluer Victor Steiner, célèbre homme de théâtre français. Après la déportation et la terreur des premiers jours, Steiner va obtenir un semblant de liberté et quelques privilèges lorsque Waltz, un officier nazi, lui demande d’écrire une pièce pour la visite de la Croix-Rouge. Très vite, Steiner va ravaler sa fierté d’auteur libre et se consacrer à l’écriture sous la contrainte car il n’y a pas que son art en jeu, mais aussi la véritable liberté que la Résistance planifie pour la représentation…

Encore une fois, Christophe Lambert nous plonge dans un pan de l’Histoire avec beaucoup de talent. Son écriture, fine et fluide, nous offre un roman haletant malgré le contexte terrible. On y retrouve l’importance de l’art, et notamment du théâtre, pour des personnages à qui il ne semble rester que la misère et la peur. J’ai beaucoup aimé la réflexion sur l’écriture, la contrainte et l’inspiration. Mais j’ai surtout aimé cet hommage vibrant, comme il le fit dans son précédent roman, que Christophe Lambert rend à l’art, l’amitié, la liberté. Et puisqu’il est question de théâtre, il est important de souligner la présence de la pièce écrite par le personnage principal, Victor Steiner, à la toute fin du roman. Une jolie mise en abyme, qui nous montre aussi le talent de Christophe Lambert pour l’écriture en alexandrins. :) Un roman extrêmement bien documenté, qui fait également la part belle à l’aventure et l’émotion. Magnifique !

Lever de rideau sur Terezin, Christophe Lambert (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 27 août 2015
9782747056830 – 14,90€
à partir de 13 ans

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Pablo et la chaise – Delphine Perret

pablochaiseJ’en ai assez de Delphine Perret : je ne peux ja-mais écrire du mal d’elle. Pourtant j’essaie de trouver un point faible, un trait irrégulier très très moche, une faute d’orthographe, un manque d’émotion, une couleur qui pique les yeux…mais rien, elle est toujours à la hauteur. Pablo et la chaise est adorable à souhait. Au début, cet enfant m’agaçait : encore un petit égocentrique me disais-je. Mais pas du tout ! Un môme qui déborde d’imagination voilà tout.

★★★★☆

Personne ne parle de lui dans les journaux aujourd’hui, pourtant, il s’en est passé des choses le matin de son anniversaire : une croûte au genou et hier une victoire au foot. On apprend en plus que Pablo est un cascadeur – encore méconnu, mais ça ne saurait tarder, il n’a peur de rien. Les croûtes ça le connait, il en a des tas : au tibia, au coude, à l’avant-bras, au menton, à la cheville et au poignet. Mais quand on est cascadeur professionnel ma bonne dame, on les tolère comme un homme. Je m’égare avec cette histoire de croûtes…Aujourd’hui c’est donc l’anniversaire de Pablo, en déballant son cadeau il s’attendait à tout sauf à ça : une chaise. Imaginez sa détresse. « C’est pour te tenir un peu tranquille ! » lui dit-on.

Pablo trouve rapidement une utilité à son cadeau d’anniversaire peu commun. Et le voici donc prenant la route, sa chaise sur le dos. Il allât jusqu’au bout du pays pour ensuite épater une foule de passants en faisant un numéro d’équilibriste incroyable avec sa chaise. Il écuma les pays jusqu’à devenir un artiste de grande renommée. Mais après la gloire, le luxe et les paillettes, il décida finalement de reprendre la route pour rentrer chez lui, où toute sa famille patientait sagement.
« - Ah te voilà !
Une assiette l’attendait, il manquait juste une chaise.
– J’ai tellement de choses à vous raconter !
Pablo tira sa chaise sous ses fesses et s’assit dessus, pour la première fois. »

Je me souviens de ma première chaise, une chaise de bureau qui signifiait : tu grandis, pas d’bol hein ? Voilà comment j’ai interprété le message de Delphine Perret : grandir, mes fesses : l’imagination se conserve même dans l’émancipation. N’est-ce pas lorsque l’on est petit que l’on rêve de son avenir ? Maîtresse, coiffeuse, écrivain, pompier…ou artiste de cirque ? :) Pablo a su garder son imagination, a peut-être découvert sa vocation mais surtout il a trouvé sa place dans sa famille : il y aura toujours une chaise pour lui. Beaucoup de jolis messages dans cet album ravissant. On t-on vraiment besoin de faire remarquer qu’on est vachement contentes ?

Bravo les Fourmis Rouges. ça m’énerve les gens parfaits comme ça là.
Et merci à Delphine Perret pour avoir inséré le mot « croûte » à plusieurs reprises, on aime beaucoup ce mot, il en faut peu pour nous faire plaisir.
Croûte Croûte Croûte.

Pablo et la chaise, Delphine Perret (Les Fourmis Rouges)
en librairie aujourd’hui ! (19/02/15)
9782369020349 – 14€
à partir de 4 ans