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Missouri 1627 – Jenni Hendriks et Ted Caplan

Veronica est l’élève parfaite : belle, brillante, très populaire, elle vient d’être admise dans une prestigieuse fac américaine. Une jeune fille bien sous tout rapport, qui n’a jamais créé de vagues ni de soucis à ses parents catholiques. Alors quand elle découvre qu’elle est enceinte, alors qu’ils avaient pris toutes leurs précautions avec son petit ami… son monde s’écroule. Raconter à sa famille qu’elle a eu des relations sexuelles n’est vraiment pas au programme, sinon ils l’obligeraient à se marier et à garder l’enfant. Elle doit donc avorter de manière discrète. Sauf que l’état le plus proche qui accepte qu’une mineure se fasse avorter, sans accord parental, est à 1627 km de chez elle. Ne pouvant s’y rendre seule, elle se tourne vers la seule personne au courant de sa situation (par malchance) son ancienne meilleure amie Bailey, devenue une punk à la réputation très sulfureuse et pas fréquentable. Les voilà en route pour un road trip qui s’annonce effréné !

Missouri 1627 est une comédie sur l’avortement très bien ficelée, complètement loufoque parfois, dont on parcourt les pages comme les deux héroïnes parcourent les kilomètres. Fluide, rapide, efficace. Les chapitres sont notamment nommés Kilomètre 0, Kilomètre 92, etc et s’enchaînent tels des épisodes de série (on pensera à Sex Education) avec un style très imagé et beaucoup de dialogues succulents. Ce n’est donc pas une surprise de découvrir que les auteurs sont scénaristes et que le livre a déjà été adapté : Unpregnant sorti en 2020.

Veronica et Bailey sont deux filles que tout opposent. Durant des années, Veronica n’a pas adressé la parole à Bailey, ne voulant pas abimer l’image de perfection qu’elle donne aux autres, en côtoyant quelqu’un qui se moque autant des conventions. Pourtant Bailey est là, tandis que Veronica est incapable de mettre dans la confidence ses « vraies » amies et leur fait croire qu’elle passe un week-end en amoureux avec Kévin, son petit ami parfait.

Ce road trip est chargé de remises en question, de disputes, de légèreté, de conversations autour de l’éducation et du jugement des autres. Quel est le prix pour la popularité de Veronica si elle doit faire cet avortement en cachette ? Mais l’aventure est aussi au rendez-vous avec des rencontres hasardeuses, des courses-poursuites, un lancé de furet, une visite dans un strip-club. Le voyage n’est pas de tout repos ! Pas le temps de se reposer, surtout que Bailey veut faire de ce week-end une aventure qui va marquer leur vie.

🏆 Mention spéciale pour le personnage de Kevin, pur exemple de masculinité toxique, petit ami collant, dangereux, détestable qui revient toujours tel un zombie dont l’on n’arrive pas à se débarrasser.

Missouri 1626, une comédie sur l’avortement ? Oui mais pas que ! Le fil rouge de ce roman reste la liberté d’être et d’aimer qui l’on souhaite sans avoir peur du jugement des autres et surtout de faire ce que l’on veut de son corps. Les auteurs, avec humour, arrivent à ne pas banaliser pour autant l’avortement et de faire de ce roman une très belle histoire d’amitié !

Missouri 1627, Jenni Hendriks et Ted Caplan, traduit par Sidonie Van den Dries (Bayard)
disponible depuis le 24 février 2021
9791036303685 – 15,90€
à partir de 14 ans
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Moi aussi je sais voler – Amy Reed

Dans le comté de Fog Harbor, on n’a pas beaucoup de choix de la vie. Ou on travaille au Big Mart, ou à la prison. Billy et Lydia sont deux adolescents qui font leur entrée en terminale après la fusion des lycées de leurs deux villes rivales. Complètement en marge de leurs congénères, ils vont se trouver et, alors que tout semble se déliter autour d’eux, apprendre à se connaître et à se pousser, l’un l’autre, hors de leurs habitudes et de leur petite vie sans histoire… ou presque !

Voilà une expérience de lecture bien singulière ! Dès les premières pages, Amy Reed nous transporte dans une Amérique alternative mais clairement inspirée de la gouvernance de Trump, où c’est un roi imbu de lui-même et inconscient qui est à la tête du pays. Alors que l’on découvre le lieu de vie de Billy et de Lydia : deux villes qui s’affrontent depuis toujours – l’une revendiquant sa rock star mondiale (et accessoirement oncle de Billy) l’autre sa série de romans de fantasy à succès (faite de dragons et de licornes) – et qui semblent tomber en décrépitude, d’étranges phénomènes vont peu à peu perturber nos personnages tout comme nos propres sensations. Et c’est sans doute la force de ce roman qui nous ballote entre l’étrangeté et le réalisme social, qui brouille la frontière entre le fantastique et le réel pour nous offrir une lecture vraiment originale et marquante.

Critique sans équivoque de l’Amérique de Trump, Moi aussi je sais voler et aussi, et surtout, le magnifique portrait de deux jeunes gens en perte de repères, qui se sentent différents et pour qui l’avenir n’existe pas en dehors de leur environnement immédiat. Malgré l’optimisme et la naïveté de Billy, auquel on s’attache dès les premiers pages, la vie ne lui fait aucun cadeau et son horizon est aussi bouché que celui de Lydia, jeune fille cynique qui garde tout en elle. Leur rencontre et leur amitié naissante va tout chambouler autour d’eux et, bien sûr, les amener à s’ouvrir et à prendre leurs propres décisions.

Une lecture très étonnante, qui rappelle certains romans de Patrick Ness dans cette étrangeté et la symbolique du propos. C’est à la fois drôle et désespérant, passionnant et oppressant mais surtout, une très belle histoire d’amitié, d’émancipation et d’acceptation de soi. A découvrir !

Moi aussi je sais voler, Amy Reed, traduit par Valérie Le Plouhinec (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 6 janvier 2021
9782226443809 – 19,90€
à partir de 14 ans
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Les âmes croisées – Pierre Bottero

Nawel vit dans le royaume des douze cités. Elle est une riche héritière issue de la caste des Perles, noble et dominante. Dans cette société inégalitaire, comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va devoir décider de la caste correspondant à ses aspirations profondes et ce choix déterminera la fonction qu’elle occupera jusqu’à la fin de ses jours. Pourtant quelques jours avant cette cérémonie, elle va provoquer une tragédie… Est-elle un monstre ? Jusqu’où la société la forge-t-elle ? Nawel va se rendre compte que toute sa vie est planifiée et va s’interroger sur la voie qu’elle doit suivre…

Dès le début du livre, le tempérament suffisant de Nawel est très antipathique. Elle a un caractère strict, prétentieux et froid. Tellement assurée de sa posture de Perle que lorsqu’une Cendre, une moins que rien dans cette société, la bouscule, Nawel demande à ce qu’elle soit fouettée, ce qui provoquera sa mort… Suite à cet accident, Nawel va découvrir la vérité sur le fonctionnement de sa famille, ce que sont capables de faire ses proches et à quel point elle a été manipulée, comme ses amis, pour choisir sa caste. Son statut de puissante Perle va être mis à l’épreuve… puisque Nawel va décider d’aller à l’encontre de son choix initial et familial et va demander d’intégrer une caste très particulière…celle des Armures.

Outre le monde incroyable dans lequel l’auteur nous plonge – dont je parlerai d’ici quelques lignes – le plus intéressant à mes yeux dans ce roman est l’évolution du personnage de Nawel, très complexe. En même temps qu’elle se découvre elle-même, en cherchant le sens qu’elle veut donner à sa vie, son caractère change. Et la magie opère, on se prend d’amitié pour elle, on s’attache. Ces deux amis Philla et Ergaïl sont des personnages très secondaires à mes yeux qui ne sont présents que pour mettre en avant les réflexions profondes de Nawel sur le destin et la responsabilité, l’ambition et la sincérité.

Mais attention, ne croyez pas qu’il s’agit d’un livre avec beaucoup d’introspection. Les batailles, les retournements, les dangers se glissent dans les chapitres très courts qui rythment le roman. (Vous savez le genre de chapitre où on se dit « plus qu’un »… et on termine le livre finalement). L’univers est très riche et original avec son système de société, ses peuples et son bestiaire. L’auteur nous offre un univers foisonnant, que l’on prend plaisir à parcourir. Cette construction du monde fantastique est remarquable, comme on peut s’y attendre quand on connaît les merveilleuses séries de l’auteur. Note pour les fans : ce livre est également lié aux autres trilogies notamment à L’Autre. Malheureusement, beaucoup de questions restent en suspension dans cette aventure, puisqu’il s’agit d’un premier tome d’une trilogie qui ne sera jamais finie puisque Pierre Bottero est décédé avant.

Les âmes croisées, dont on ne découvrira le sens du titre que tardivement dans le roman, a été réédité cette année par les éditions Rageot en version poche afin de permettre à un jeune lectorat de le redécouvrir. C’est un réel plaisir de retrouver la plume très poétique de Pierre Bottero, qui est aussi acérée et tranchante quand il le faut : « Vivre, c’est se mettre en danger, réalisa-t-elle de la même façon qu’apprendre à marcher, c’est d’abord accepter l’idée de tomber. » La qualité du papier et la magnifique couverture, réalisée par Noëmie Chevalier, est à la hauteur de cette quête, pleine de rebondissements et de la plume de son auteur, immortelle.

Les âmes croisées, Pierre Bottero (Rageot)
disponible depuis le 10 février 2021
9782700274295 – 8,20€
à partir de 12 ans
Son
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Ceux qui décident – Lisen Adbage

A l’école, il y a ceux qui décident. Et il y a les autres, ceux qui n’ont jamais rien le droit de faire. C’est bien simple, à chaque fois que ceux qui n’ont rien le droit de faire se mettent à s’amuser, ceux qui décident leur donnent des ordres puis s’approprient ce avec quoi ils s’amusaient, leur demandant de dégager. Ceux qui décident, ce sont les enfants dans la cour qui jouent aux plus forts, qui disent qui joue avec quoi ou avec qui, et à qui personne ne dit jamais rien. Jusqu’à ce que…

Quel magnifique et pertinent album pour parler du harcèlement, qui commence parfois dès les plus petites cours d’école. On assiste ici à la loi exercée par un petit groupe d’élèves sur le reste de la cour de récréation. Un microcosme enfantin dans lequel n’apparaît aucun adulte pour intervenir dans le conflit, ni d’ailleurs aucun autre enfant parmi ceux qui assistent depuis les fenêtres de l’école ou des immeubles avoisinant. Si ceux qui décident n’arrêtent pas de déloger ceux qui n’ont rien le droit de faire dès qu’ils s’amusent un peu, ces derniers ne se laissent pas abattre et finissent toujours pas trouver une autre occupation. Jusqu’au moment où tout cela suffit, et où les ordres contradictoires de ceux qui décident finissent par pousser les enfants à s’unir pour dire non et tenir tête à ce petit groupe de tyrans.

Lisen Adbage nous offre un album percutant sur les rapports de force et le droit de dire non, de s’opposer à l’injustice. Un album qui nous montre aussi toute l’importance du collectif, de s’unir pour contrer ceux qui veulent imposer leur loi. Le texte court, incisif, va tout de suite à l’essentiel. La violence subie par ceux qui n’ont rien le droit de faire et induite par le sujet est contrebalancée par des illustrations aux couleurs extrêmement vives et joyeuses et des personnages très divers, parfois même avec des particularités rigolotes ou inattendues qui nous rendent ces enfants aussi attendrissants que réalistes. Un album tout en subtilité.

Ceux qui décident, Lisen Adbage, traduit par Marianne Ségol-Samoy (L’étagère du bas)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782490253302 – 14€
à partir de 5 ans
Son
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Quand vient la nuit

La nuit, il se passe parfois de drôles de choses. C’est justement ce que nous allons voir dans ces deux magnifiques albums à mettre sous le sapin ! Vous n’avez plus qu’à vous laisser porter par ces nuits pleines de magie…

Ööfrreut la chouette

Voilà deux ans qu’Ööfrreut observe cette petite fille qui vit la nuit, qui passe ses journées seules et s’aventure sans peur dans la forêt à la nuit tombée. Intriguée et curieuse, la chouette se laisse peu à peu approcher par la petite fille et, lorsque cette dernière est en difficulté, Ööfrreut n’hésite pas à lui venir en aide.

Histoire d’une amitié étonnante entre une petite fille et une chouette, Cécile Roumiguière nous offre également un magnifique hymne à la nature. Racontée du point de vue de l’oiseau, on y découvre ainsi certains comportements propres à l’espèce qui, mis en parallèle avec ceux des humains, nous interpellent, nous attendrissent ou nous font doucement sourire. La solitude vécue par ces deux personnages, qui va les rapprocher et se transformer en amitié, est d’une incroyable tendresse et montre toute la compréhension qui peut exister entre l’humain et l’animal dans ces nuits au cœur de la forêt. Les illustrations de Clémence Monnet, à l’aquarelle et aux crayons de couleur, illuminent l’histoire ! On est tout de suite emportés, tout de suite subjugués par ses couleurs, ses décors de nature foisonnante et merveilleuse et ses personnages si vivants. Moi qui suis une grande fan de chouettes, son Ööffreut est absolument superbe ! ❤️ Un album fascinant, sensible et poétique et une très belle histoire d’amitié entre une petite fille aventureuse et respectueuse de la nature et une chouette protectrice et bienveillante.

Ööfrreut la chouette, Cécile Roumiguière, illustré par Clémence Monnet (Seuil Jeunesse)
disponible depuis le 17 septembre 2020
9791023512434 – 13,50€
à partir de 5 ans

La nuit de la fête foraine

Dans un grand pré s’installe, sous les yeux des animaux de la forêt, une fête foraine. Alors que la nuit tombe et que les humains rentrent chez eux après cette folle journée à s’amuser, les animaux s’approchent et, peu à peu, montent dans les manèges, se laissent tenter par les friandises et s’enivrent de cette atmosphère de fête ! Mais bientôt, le jour se lève, et les animaux doivent regagner leur forêt…

Quel magnifique album pour s’évader, s’imprégner de moments de magie et rêver de fêtes et de gourmandises. Comme tous ces animaux, on aimerait bien, nous aussi, s’offrir cette parenthèse enchantée, se régaler de barbe-à-papa et tournoyer dans des manèges à nous faire dresser les poils ! C’est sans texte que l’histoire de cette fête foraine se déroule, que les animaux prennent possession du lieu, reproduisent les gestes des humains, et se laissent entraîner par cet esprit d’insouciance et de magie de la fête. Les sublimes illustrations de Mariachiara Di Giorgio (qui nous avait déjà conquises avec Profession crocodile) invitent à s’immerger dans cet univers festif, à s’arrêter sur chaque détail, à observer chaque animal et à s’amuser de toutes ces petites choses cocasses ou attendrissantes que l’on découvre en s’attardant. Puis il faut s’en aller, ranger avant que les humains n’arrivent, disparaître dans la brume, terminer de s’amuser un peu avant d’aller se coucher et de retrouver le cours « normal » des choses. Un album magique et joyeux, comme un joli secret à partager et sur lequel on prend énormément de plaisir à revenir, pour vivre et revivre ce moment unique et hors du temps.

La nuit de la fête foraine, Gideon Sterer, illustré par Mariachiara Di Giorgio (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782369021285 – 15,50€
à partir de 4 ans
Son
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Nuit étoilée – Jimmy Liao

Une jeune fille se sent seule, chez elle où ses parents n’ont aucune minute à lui consacrer, et à l’école où elle se fait harceler par d’autres filles. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans sa classe. Leurs solitudes respectives vont les rapprocher et tous les deux vont décider un jour de fuguer dans la forêt où ils espèrent trouver la liberté…

Quel album singulier que cette Nuit étoilée ! Dans cette histoire magnifique, Jimmy Liao évoque la solitude de la fin de l’enfance, du passage à l’adolescence, le fossé qui se creuse entre des parents et un enfant, la difficulté de grandir quand il n’y a personne pour vous regarder faire, ou quand au contraire tout le monde se ligue contre vous. La rencontre entre cette jeune fille, héroïne de l’histoire, et ce garçon qui se ressemblent sur de nombreux points et notamment leur rapport à la solitude, sera le point de départ de la possibilité d’un espoir, d’une vie en pleine nature, la tête levée vers les étoiles. Pourtant, il faudra bien revenir et qui sait ce qui se passera au retour ?

Jimmy Liao dresse un portrait sensible, familier et enfantin de cette adolescence complexe dans une narration surprenante et éclatée, comme peuvent l’être les réflexions des enfants et des adolescents. Mais ce qui nous fascine surtout dans cet album, ce sont ses images. Des peintures d’une exceptionnelle beauté, sur lesquelles on s’attarde pour en saisir tous les détails, toutes les nuances et les nombreuses références à la peinture et à l’art qui y sont faites (notamment à Magritte et à Van Gogh, qui donne son titre à l’album). Des images fascinantes, qui nous émerveillent et nous touchent par leur sincérité, leur intemporalité, et leur puissance d’évocation. Vous ne serez assurément pas bouleversés par les mêmes peintures que Bob et inversement et c’est ce qui fait toute la richesse de cet album étonnant, émouvant et surtout plein d’espoir. ❤

Nuit étoilée, Jimmy Liao, traduit par Chun-Liang Yeh (HongFei)
disponible depuis le 20 août 2020
9782355581731 – 19,90€
à partir de 8 ans
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Anne de Green Gables – Lucy Maud Montgomery

Marilla et Mattew, un couple âgé, souhaitent adopter un garçon pour les aider à la ferme mais par erreur, on leur confie une fille. Mais pas n’importe quelle fille : Anne. Cette orpheline de 11 ans, aux cheveux roux (pour son plus grand désarroi), à l’esprit vif, à l’imagination sans borne et amatrice des grands mots, n’est pas ce qu’ils attendaient. Anne est très. Très impulsive. Très bavarde. Très théâtrale. Très maladroite. Très fantasque. Et surtout très attachante. Elle va bousculer le calme et la monotonie à Green Gables.

Anne de Green Gables est une nouvelle traduction d’un classique (Canada), vendu à 60 millions d’exemplaires et traduit en plus de trente-six langues. L’édition de ce roman et la vie de son autrice sont déjà une histoire romanesque à eux seuls. Une mère emportée très tôt par la tuberculose et un père qui part fonder une nouvelle famille abandonnant la petite Lucy Maud à passer son enfance avec des grands-parents peu aimants à Cavendish, sur l’Île-du-Prince-Édouard. Lucy Maud Montgomery fait partie de ces autrices qui ont toujours écrit et qui ont persévéré avant de trouver leurs lecteurs. Alors que ce roman a été rejeté par tous les éditeurs auxquels elle l’avait soumis, un jour de 1908, la chance lui sourit et Lucy rencontre le succès immédiatement. Les plus grands auteurs ont salué son œuvre : « Ce qui fait le génie de ce livre, ce n’est pas son réalisme, Anne est le triomphe de l’espoir », a dit Margaret Atwood ou encore Mark Twaïn qui a déclaré que l’héroïne était « l’enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l’immortelle Alice. » Plus récemment, vous aurez peut-être découvert l’adaptation Anne with a E sur Netflix.

Lisette a une confession à faire, elle ne connaissait pas du tout ce texte et fut très heureuse de faire la connaissance d’Anne. Au tout début du roman, Anne est trop. Elle est trop enthousiaste ou trop désespérée. Ses longues tirades sur la nature ont été des passages parfois difficiles à passer mais heureusement cette intensité romanesque est atténuée par le personnage de Marilla, sa mère adoptive. Marilla est très terre à terre et essaye toujours d’expliquer à Anne qu’elle doit se taire et ne pas vivre la vie aussi intensément ! Ce décalage très moderne entre la romanesque et la fermière apporte beaucoup d’originalité dans ce roman. L’héroïne n’est pas sans me rappeler la malheureuse Sophie de la Comtesse de Ségur, toutes deux sont maladroites et tellement captivantes. Tous les personnages secondaires vont permettre à Anne d’évoluer, de ne plus craindre le manque d’affection et de continuer à voir la vie à sa façon.

« Je suppose que vous êtes Monsieur Matthew Cuthbert de Green Gables, dit-elle d’une voix particulièrement douce et claire. Je suis très heureuse de vous voir. Je commençais à craindre que vous ne veniez pas me chercher et j’imaginais tout ce qui aurait pu vous retenir. J’avais décidé, si vous ne veniez pas ce soir, de longer la voie jusqu’à ce grand merisier là-bas, dans le virage, et de grimper dedans pour y passer la nuit. Je n’aurais pas eu peur du tout, et ça aurait sans doute été charmant de dormir dans cet arbre aux fleurs blanches au clair de lune, vous ne pensez pas ? Ça aurait été comme vivre dans un temple de marbre, non ? »

Le lecteur suivra Anne de son arrivée à Green Gables (l’extrait au-dessus sont ses premiers mots) jusqu’à ses études supérieures. L’évolution de ce personnage est très belle et l’ambitieuse Anne finit toujours par rire de ses erreurs et s’en sort plus forte ! Nous la suivons dans ses apprentissages, sa découverte de l’amitié, de la religion, ses questionnements haut en couleurs et sa détermination à être la première de la classe.

Saluons la fabrication de M.T.L, l’objet est si esthétique que l’on a envie de le chérir et de l’avoir dans sa bibliothèque juste pour faire des belles photos sur Instagram. Anne de Green Gables a le charme des romans classiques, une écriture parfois un peu surannée (il faut aimer les descriptions de nature) et des personnages qui vous accompagneront toute une vie. Grâce à cette belle réédition, Anne demeure immortelle et d’une modernité surprenante ! Merci à Monsieur Toussaint Louverture pour cette incroyable édition et bravo à la traductrice Hélène Charrier. Pour ceux qui tomberont sous le charme d’Anne, un second tome est prévu en février 2021.

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, traduit par Hélène Charrier (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible le 8 octobre 2020
9782381960081 – 16,50€
à partir de 12 ans
Son
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Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
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L’âge des possibles – Marie Chartres

Chicago. Saul et Rachel y sont en amoureux pour faire leur Rumspringa, une parenthèse hors de la communauté amish, qui leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause. Temple, quant à elle, doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa sœur à Chicago, mais la peur la paralyse. Dans cette immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer…

A chaque chapitre, nous entendons une voix différente. Toutes ces voix expriment avec justesse la ferveur et le doute de l’adolescence. Le couple Saul et Rachel vont connaître, grâce à ce voyage, le monde des empressés, notre monde à nous : le métro, l’ignorance des gens, le bruit mais aussi le goût des bonbons, la ferveur de la ville, le chamboulement du désir et l’Art qui prend une grande place dans ce roman… C’est un bonheur que de parcourir avec eux la ville. L’autrice nous la fait découvrir à travers tous les sens : le goût, les odeurs, les couleurs… C’est poétique et très touchant de parcourir notre monde à travers leurs regards naïfs.

Quel plaisir de retrouver la narration de Marie Chartres qui a le goût des mots. Dans ce roman, on trouve de la poésie dans les dialogues, de la justesse de cœur mais aussi de l’élégance et de l’humour face au monde. Le duo d’amoureux m’a bouleversée dans leurs questionnements, la conscience qu’ils ont de leur éducation, leurs doutes et leur tendresse l’un envers l’autre.

« J’ai observé Rachel à la dérobée. Je savais qu’elle avait adoré la phrase que venait de prononcer cet homme. Elle est tellement attentive aux mots. Rachel est comme cela, elle aime quand l’intime surgit accidentellement, tel un animal sauvage au détour d’un virage. Elle aime, malgré tout, les joyeux petits accidents dans les phrases et les yeux des gens. Je pense qu’elle ne le sait pas, mais moi, je le sais. »

Ce roman nous transporte dans l’adolescence, cet âge des possibles où tout peut basculer, où l’on comprend que la vie a toujours plus d’imagination que nous.

Un roman touchant qui nous embarque dans ce moment d’émerveillement, de liberté, qui parlera à tout les adolescents. Il faut savoir que Bob et Lisette adorent la plume de Marie Chartres, vous pouvez retrouver les chroniques de ces précédents romans. Ce roman est à la hauteur de ses précédents, lisez-le les yeux fermés ! (Bob me dit à l’oreille que ce ne sera pas pratique… aucune imagination)

L’âge des possibles, Marie Chartres (l’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 19 août 2020
9782211309714 – 15€
à partir de 14 ans
Son
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Échappées imaginaires

Pour cette dernière chronique avant notre annuel repos estival, Bob vous propose de partir en voyage avec deux petites Alice : nous suivrons l’une en colonie de vacances et l’autre au cœur de la nuit. Emerveillements garantis !

Des vacances timbrées

Alice envoie à sa grand-mère une carte postale où elle raconte ses vacances en colonie. Elle y décrit ses activités, les autres enfants, les visites et les paysages… Mais si le texte semble tout à fait normal, ressemblant trait pour trait à ce que vous écriviez sûrement aussi à vos parents ou vos amis, les illustrations nous emmènent elles dans un tout autre univers, peuplé de créatures fantastiques, de paysages fantasmagoriques et d’activités étonnantes. Un décalage qui rend l’album particulièrement fascinant, jusque dans les dernières pages où la grand-mère d’Alice lui répond, nous surprenant encore un peu plus !

Un voyage magnifique, porté par des illustrations chatoyantes et inspirantes au crayon de couleur, qui rappelle par certains côtés l’univers d’Hayao Miyazaki. Mathilde Poncet mélange habilement la simplicité du quotidien à la richesse du fantastique dans un album qui nous invite véritablement à nous plonger dans les images, à voir et revoir ces petits détails merveilleux qui nous échappent à la première lecture, et à nous questionner sur ces étonnantes vacances : sont-elles le fruit de l’imagination de cette petite fille ou bien un voyage réel dans un monde fantastique ? En tous cas, on a très envie de vivre pareilles vacances !

Des vacances timbrées, Mathilde Poncet (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782369021216 – 17,90€
à partir de 4 ans

La belle échappée

A la tombée de la nuit, Alice fait la rencontre d’un petit chat sauvage. Mais c’est déjà l’heure d’aller se coucher et le petit chat rejoint ses amis dans la forêt pour leur proposer d’aider la petite fille à s’échapper de sa chambre et l’inviter à découvrir les mystères de la nuit. Une balade nocturne faite d’escalades, de dégringolades pour respirer la nuit, jusqu’au moment où celle-ci s’efface au profit du jour, ramenant Alice dans sa chambre…et accompagnée du chat ! L’album alors bascule, puisque cette fois, c’est le chat sauvage qui va découvrir une incroyable journée auprès d’Alice et de ses amis…

Maylis Daufresne nous surprend dans cette histoire où les rôles sont inversés. Ici, c’est l’animal qui veut ramener l’enfant chez lui, dans son univers. Puis une parfaite symétrie s’opère quand c’est au tour du chat de découvrir l’univers de l’enfant, y découvrant des activités similaires à celles vécues pendant la nuit. Une histoire qui aborde ainsi l’amitié et la découverte de l’autre et de son monde dans une échappée tendre et mystérieuse. Les magnifiques et foisonnantes illustrations de Magali Dulain, au crayon de couleur et à l’aquarelle, illuminent cette nuit et cette journée magiques. On apprécie le petit clin d’œil aux Musiciens de Brême et on se laisse surtout happer par ses couleurs et sa nature aussi douce que merveilleuse. Une échappée magique !

La belle échappée, Maylis Daufresne, illustré par Magali Dulain (Le diplodocus)
disponible depuis le 7 mars 2020
9791094908167 – 13,50€
à partir de 4 ans

Sur ces magnifiques albums, nous vous souhaitons un été flamboyant et onirique !