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Nuit étoilée – Jimmy Liao

Une jeune fille se sent seule, chez elle où ses parents n’ont aucune minute à lui consacrer, et à l’école où elle se fait harceler par d’autres filles. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans sa classe. Leurs solitudes respectives vont les rapprocher et tous les deux vont décider un jour de fuguer dans la forêt où ils espèrent trouver la liberté…

Quel album singulier que cette Nuit étoilée ! Dans cette histoire magnifique, Jimmy Liao évoque la solitude de la fin de l’enfance, du passage à l’adolescence, le fossé qui se creuse entre des parents et un enfant, la difficulté de grandir quand il n’y a personne pour vous regarder faire, ou quand au contraire tout le monde se ligue contre vous. La rencontre entre cette jeune fille, héroïne de l’histoire, et ce garçon qui se ressemblent sur de nombreux points et notamment leur rapport à la solitude, sera le point de départ de la possibilité d’un espoir, d’une vie en pleine nature, la tête levée vers les étoiles. Pourtant, il faudra bien revenir et qui sait ce qui se passera au retour ?

Jimmy Liao dresse un portrait sensible, familier et enfantin de cette adolescence complexe dans une narration surprenante et éclatée, comme peuvent l’être les réflexions des enfants et des adolescents. Mais ce qui nous fascine surtout dans cet album, ce sont ses images. Des peintures d’une exceptionnelle beauté, sur lesquelles on s’attarde pour en saisir tous les détails, toutes les nuances et les nombreuses références à la peinture et à l’art qui y sont faites (notamment à Magritte et à Van Gogh, qui donne son titre à l’album). Des images fascinantes, qui nous émerveillent et nous touchent par leur sincérité, leur intemporalité, et leur puissance d’évocation. Vous ne serez assurément pas bouleversés par les mêmes peintures que Bob et inversement et c’est ce qui fait toute la richesse de cet album étonnant, émouvant et surtout plein d’espoir. ❤

Nuit étoilée, Jimmy Liao, traduit par Chun-Liang Yeh (HongFei)
disponible depuis le 20 août 2020
9782355581731 – 19,90€
à partir de 8 ans
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Anne de Green Gables – Lucy Maud Montgomery

Marilla et Mattew, un couple âgé, souhaitent adopter un garçon pour les aider à la ferme mais par erreur, on leur confie une fille. Mais pas n’importe quelle fille : Anne. Cette orpheline de 11 ans, aux cheveux roux (pour son plus grand désarroi), à l’esprit vif, à l’imagination sans borne et amatrice des grands mots, n’est pas ce qu’ils attendaient. Anne est très. Très impulsive. Très bavarde. Très théâtrale. Très maladroite. Très fantasque. Et surtout très attachante. Elle va bousculer le calme et la monotonie à Green Gables.

Anne de Green Gables est une nouvelle traduction d’un classique (Canada), vendu à 60 millions d’exemplaires et traduit en plus de trente-six langues. L’édition de ce roman et la vie de son autrice sont déjà une histoire romanesque à eux seuls. Une mère emportée très tôt par la tuberculose et un père qui part fonder une nouvelle famille abandonnant la petite Lucy Maud à passer son enfance avec des grands-parents peu aimants à Cavendish, sur l’Île-du-Prince-Édouard. Lucy Maud Montgomery fait partie de ces autrices qui ont toujours écrit et qui ont persévéré avant de trouver leurs lecteurs. Alors que ce roman a été rejeté par tous les éditeurs auxquels elle l’avait soumis, un jour de 1908, la chance lui sourit et Lucy rencontre le succès immédiatement. Les plus grands auteurs ont salué son œuvre : « Ce qui fait le génie de ce livre, ce n’est pas son réalisme, Anne est le triomphe de l’espoir », a dit Margaret Atwood ou encore Mark Twaïn qui a déclaré que l’héroïne était « l’enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l’immortelle Alice. » Plus récemment, vous aurez peut-être découvert l’adaptation Anne with a E sur Netflix.

Lisette a une confession à faire, elle ne connaissait pas du tout ce texte et fut très heureuse de faire la connaissance d’Anne. Au tout début du roman, Anne est trop. Elle est trop enthousiaste ou trop désespérée. Ses longues tirades sur la nature ont été des passages parfois difficiles à passer mais heureusement cette intensité romanesque est atténuée par le personnage de Marilla, sa mère adoptive. Marilla est très terre à terre et essaye toujours d’expliquer à Anne qu’elle doit se taire et ne pas vivre la vie aussi intensément ! Ce décalage très moderne entre la romanesque et la fermière apporte beaucoup d’originalité dans ce roman. L’héroïne n’est pas sans me rappeler la malheureuse Sophie de la Comtesse de Ségur, toutes deux sont maladroites et tellement captivantes. Tous les personnages secondaires vont permettre à Anne d’évoluer, de ne plus craindre le manque d’affection et de continuer à voir la vie à sa façon.

« Je suppose que vous êtes Monsieur Matthew Cuthbert de Green Gables, dit-elle d’une voix particulièrement douce et claire. Je suis très heureuse de vous voir. Je commençais à craindre que vous ne veniez pas me chercher et j’imaginais tout ce qui aurait pu vous retenir. J’avais décidé, si vous ne veniez pas ce soir, de longer la voie jusqu’à ce grand merisier là-bas, dans le virage, et de grimper dedans pour y passer la nuit. Je n’aurais pas eu peur du tout, et ça aurait sans doute été charmant de dormir dans cet arbre aux fleurs blanches au clair de lune, vous ne pensez pas ? Ça aurait été comme vivre dans un temple de marbre, non ? »

Le lecteur suivra Anne de son arrivée à Green Gables (l’extrait au-dessus sont ses premiers mots) jusqu’à ses études supérieures. L’évolution de ce personnage est très belle et l’ambitieuse Anne finit toujours par rire de ses erreurs et s’en sort plus forte ! Nous la suivons dans ses apprentissages, sa découverte de l’amitié, de la religion, ses questionnements haut en couleurs et sa détermination à être la première de la classe.

Saluons la fabrication de M.T.L, l’objet est si esthétique que l’on a envie de le chérir et de l’avoir dans sa bibliothèque juste pour faire des belles photos sur Instagram. Anne de Green Gables a le charme des romans classiques, une écriture parfois un peu surannée (il faut aimer les descriptions de nature) et des personnages qui vous accompagneront toute une vie. Grâce à cette belle réédition, Anne demeure immortelle et d’une modernité surprenante ! Merci à Monsieur Toussaint Louverture pour cette incroyable édition et bravo à la traductrice Hélène Charrier. Pour ceux qui tomberont sous le charme d’Anne, un second tome est prévu en février 2021.

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, traduit par Hélène Charrier (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible le 8 octobre 2020
9782381960081 – 16,50€
à partir de 12 ans
Son
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Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
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L’âge des possibles – Marie Chartres

Chicago. Saul et Rachel y sont en amoureux pour faire leur Rumspringa, une parenthèse hors de la communauté amish, qui leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause. Temple, quant à elle, doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa sœur à Chicago, mais la peur la paralyse. Dans cette immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer…

A chaque chapitre, nous entendons une voix différente. Toutes ces voix expriment avec justesse la ferveur et le doute de l’adolescence. Le couple Saul et Rachel vont connaître, grâce à ce voyage, le monde des empressés, notre monde à nous : le métro, l’ignorance des gens, le bruit mais aussi le goût des bonbons, la ferveur de la ville, le chamboulement du désir et l’Art qui prend une grande place dans ce roman… C’est un bonheur que de parcourir avec eux la ville. L’autrice nous la fait découvrir à travers tous les sens : le goût, les odeurs, les couleurs… C’est poétique et très touchant de parcourir notre monde à travers leurs regards naïfs.

Quel plaisir de retrouver la narration de Marie Chartres qui a le goût des mots. Dans ce roman, on trouve de la poésie dans les dialogues, de la justesse de cœur mais aussi de l’élégance et de l’humour face au monde. Le duo d’amoureux m’a bouleversée dans leurs questionnements, la conscience qu’ils ont de leur éducation, leurs doutes et leur tendresse l’un envers l’autre.

« J’ai observé Rachel à la dérobée. Je savais qu’elle avait adoré la phrase que venait de prononcer cet homme. Elle est tellement attentive aux mots. Rachel est comme cela, elle aime quand l’intime surgit accidentellement, tel un animal sauvage au détour d’un virage. Elle aime, malgré tout, les joyeux petits accidents dans les phrases et les yeux des gens. Je pense qu’elle ne le sait pas, mais moi, je le sais. »

Ce roman nous transporte dans l’adolescence, cet âge des possibles où tout peut basculer, où l’on comprend que la vie a toujours plus d’imagination que nous.

Un roman touchant qui nous embarque dans ce moment d’émerveillement, de liberté, qui parlera à tout les adolescents. Il faut savoir que Bob et Lisette adorent la plume de Marie Chartres, vous pouvez retrouver les chroniques de ces précédents romans. Ce roman est à la hauteur de ses précédents, lisez-le les yeux fermés ! (Bob me dit à l’oreille que ce ne sera pas pratique… aucune imagination)

L’âge des possibles, Marie Chartres (l’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 19 août 2020
9782211309714 – 15€
à partir de 14 ans
Son
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Échappées imaginaires

Pour cette dernière chronique avant notre annuel repos estival, Bob vous propose de partir en voyage avec deux petites Alice : nous suivrons l’une en colonie de vacances et l’autre au cœur de la nuit. Emerveillements garantis !

Des vacances timbrées

Alice envoie à sa grand-mère une carte postale où elle raconte ses vacances en colonie. Elle y décrit ses activités, les autres enfants, les visites et les paysages… Mais si le texte semble tout à fait normal, ressemblant trait pour trait à ce que vous écriviez sûrement aussi à vos parents ou vos amis, les illustrations nous emmènent elles dans un tout autre univers, peuplé de créatures fantastiques, de paysages fantasmagoriques et d’activités étonnantes. Un décalage qui rend l’album particulièrement fascinant, jusque dans les dernières pages où la grand-mère d’Alice lui répond, nous surprenant encore un peu plus !

Un voyage magnifique, porté par des illustrations chatoyantes et inspirantes au crayon de couleur, qui rappelle par certains côtés l’univers d’Hayao Miyazaki. Mathilde Poncet mélange habilement la simplicité du quotidien à la richesse du fantastique dans un album qui nous invite véritablement à nous plonger dans les images, à voir et revoir ces petits détails merveilleux qui nous échappent à la première lecture, et à nous questionner sur ces étonnantes vacances : sont-elles le fruit de l’imagination de cette petite fille ou bien un voyage réel dans un monde fantastique ? En tous cas, on a très envie de vivre pareilles vacances !

Des vacances timbrées, Mathilde Poncet (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782369021216 – 17,90€
à partir de 4 ans

La belle échappée

A la tombée de la nuit, Alice fait la rencontre d’un petit chat sauvage. Mais c’est déjà l’heure d’aller se coucher et le petit chat rejoint ses amis dans la forêt pour leur proposer d’aider la petite fille à s’échapper de sa chambre et l’inviter à découvrir les mystères de la nuit. Une balade nocturne faite d’escalades, de dégringolades pour respirer la nuit, jusqu’au moment où celle-ci s’efface au profit du jour, ramenant Alice dans sa chambre…et accompagnée du chat ! L’album alors bascule, puisque cette fois, c’est le chat sauvage qui va découvrir une incroyable journée auprès d’Alice et de ses amis…

Maylis Daufresne nous surprend dans cette histoire où les rôles sont inversés. Ici, c’est l’animal qui veut ramener l’enfant chez lui, dans son univers. Puis une parfaite symétrie s’opère quand c’est au tour du chat de découvrir l’univers de l’enfant, y découvrant des activités similaires à celles vécues pendant la nuit. Une histoire qui aborde ainsi l’amitié et la découverte de l’autre et de son monde dans une échappée tendre et mystérieuse. Les magnifiques et foisonnantes illustrations de Magali Dulain, au crayon de couleur et à l’aquarelle, illuminent cette nuit et cette journée magiques. On apprécie le petit clin d’œil aux Musiciens de Brême et on se laisse surtout happer par ses couleurs et sa nature aussi douce que merveilleuse. Une échappée magique !

La belle échappée, Maylis Daufresne, illustré par Magali Dulain (Le diplodocus)
disponible depuis le 7 mars 2020
9791094908167 – 13,50€
à partir de 4 ans

Sur ces magnifiques albums, nous vous souhaitons un été flamboyant et onirique !

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Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans
Son
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Les derniers des branleurs – Vincent Mondiot

Chloé, Gaspard et Minh Tuan sont les losers officiels du lycée, moqués aussi bien par leurs camarades que par leurs professeurs… du moins quand ils sont présents en classe. Car leur spécialité, c’est aussi sécher, même si le bac est au bout de l’année, glander et fumer. Quand une des profs les traite de « branleurs », titre certainement pas démérité, un petit sursaut d’orgueil les incite à – peut-être – tenter de faire la nique (#expressiondevieux) à ceux qui croient qu’ils sont destinés à rien. Et peut-être que Tina va pouvoir les aider à se sortir les doigts…

Depuis la bonne petite claque qu’était Nightwork, on attend à chaque fois le nouveau texte de Vincent Mondiot avec impatience. On ne va pas se mentir, l’entrée dans le roman a été un peu compliquée… Principalement à cause d’une forme assez déconcertante : les notes de côté de pages (eh ouais, même pas en bas !). Et il y en a beaucoup ! Tout le temps ou presque. Pour préciser une référence culturelle, qui est le personnage cité, un lieu, une habitude, une caractéristique…bref, un peu tout et n’importe quoi. Ce qui ne facilite pas la fluidité de lecture et que je vous déconseillerai pourtant de ne pas lire car elles apportent vraiment un petit truc en plus, le petit truc qui fait que le roman n’est pas un énième roman sur le lycée ou l’adolescence. Alors oui, il a fallu m’accrocher… et puis, finalement, ce trio de losers a eu raison de cette drôle de forme grâce à la tendresse incroyable qu’on finit par avoir pour eux. Et c’est pourtant pas gagné parce qu’ils font vraiment tout pour que ce ne soit pas le cas ! Vulgaires, sans beaucoup de centres d’intérêts dans la vie à part les mangas et la branlette (sauf pour Chloé qui trouve les premiers nazes et la seconde dégueu’), sans aucune perspective d’avenir à l’horizon, ils sont aussi désespérants que tous ces ados que vous regardez en levant les yeux au ciel. Ouais mais ils sont attachants quand même. Parce que même s’ils ont des conversations sans queue ni tête, très – très – peu politiquement correctes, leur envie de sortir de la case attribuée, leur envie de se comprendre, de se trouver, est irrésistible et touchante. Et puis on se marre ! Certains dialogues sont tordants de réalisme et, oui, on finit par se laisser totalement attendrir par ce petit groupe disparate et pourtant soudé.

Au début du roman, et dans les remerciements, il est dit que cela aurait pu être le roman de l’année 2020, s’il n’y avait pas eu la situation que vous savez. Alors oui, peut-être que la scolarité et cette dernière année du bac tel qu’on le connaît n’aura pas été vécue ainsi par tous les adolescents et que l’histoire de Chloé, Gaspard et Minh Tuan relève de l’uchronie, mais Les derniers des branleurs, c’est indubitablement le roman qui raconte l’adolescence d’aujourd’hui, qui le fait avec un humour corrosif et cru, mais avec surtout beaucoup de tendresse.

Et pour les fans de Vincent Mondiot, sachez qu’une petite surprise vous attend si vous aviez aimé Rattrapage. 😀

Les derniers des branleurs, Vincent Mondiot (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 10 juin 2020
9782330136963 – 16,80€
à partir de 15 ans
Son
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La ville sans vent – Éléonore Devillepoix

A Hyperborée, Lastyanax vient de terminer sa formation de mage. S’il a des ambitions, il ne s’attendait pas à devenir Ministre du Nivellement à 19 ans seulement, suite à la mort mystérieuse de son mentor… Alors qu’il prend ses fonctions, son chemin croise celui d’Arka, une gamine débarquée de loin qui a tendance à provoquer des situations malencontreuses dans sa recherche d’un père qu’elle n’a jamais connu. Tous deux vont devoir apprendre à s’apprivoiser pour déjouer les nombreux complots qui menacent la ville.

Car à Hyperborée, cité construite sur plusieurs niveaux et protégée d’un dôme magique – d’où son surnom de « ville sans vent » – la politique est un art qui se joue habilement et sournoisement. Si l’essentiel de l’action se déroule dans la ville, il est également question des autres cités de ce monde aux inspirations diverses, entre mythologie grecque et fantasy médiévale. Et Hyperborée est d’ailleurs un personnage clé, tout autant que Lastyanax ou Arka. Sa construction complexe et étonnante, basée bien évidemment sur ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, en fait le terrain de jeu parfait pour des intrigues tantôt mystérieuses et retorses, tantôt drôles et improbables. C’est d’ailleurs toute la force de ce premier roman d’Eléonore Devillepoix de proposer un roman de fantasy qui mêle habilement une intrigue politique passionnante à des personnages et des situations bourrés d’humour. Certains éléments m’ont d’ailleurs fait penser au fameux Disque-Monde de Terry Pratchett (les mages, même s’ils sont tout de même moins bras-cassés, les tortues qui ont un usage pas si éloigné de la Grande A’Tuin…). Bref, un univers riche, que l’on découvre au fur et à mesure des conflits qui se jouent, ou du passé d’Arka qui se révèle, et qui sera sans aucun doute exploré dans le deuxième tome de ce diptyque.

Mais le cœur de ce roman, ce sont aussi ses personnages. La ville, bien sûr, mais également Lastyanax et Arka. Si l’on ne se passionne pas tout de suite pour le mage, plutôt antipathique au début, on soutient tout de suite la quête d’Arka, son caractère aventureux et déterminé, son passé tout en mystères. La relation entre les deux va se mettre en place avec méfiance mais promet un très chouette développement qui change des codes du genre. Les dialogues sont savoureux, à l’image de ce duo que tout semble opposer. Comme dans toute bonne fantasy, nos héros ne sont pas seuls et un grand nombre de personnages gravitent autour d’eux. Si certains sont un peu trop en retrait (coup de cœur pour Pyrrha qu’on aimerait bien découvrir plus), d’autres apparaissent volontairement très peu de fois pour des ressorts comiques plutôt bien vus ! Mais tous apportent une densité à l’univers et à l’attachement que l’on porte à nos deux héros.

Bref, le plaisir de lecture est clairement là, on est dans une fantasy de qualité, un univers, des personnages et une intrigue qui nous embarquent dès les premières pages. Et que dire de cette magnifique couverture toute en dorures ! J’ai en tous cas bien hâte de découvrir la suite et fin de cette histoire captivante !

La ville sans vent, Éléonore Devillepoix (Hachette)
disponible depuis le 3 juin 2020
9782017108443 – 18€
à partir de 13 ans
Son
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La sans-visage – Louise Mey

Clara part en colonie avec sa meilleure amie Aïssa, espérant renouer alors que les deux filles ne sont plus dans le même collège. Entre les rando VTT et le rafting, les journées sont bien remplies et les ados voient sans vraiment voir toutes les bousculades, les petites cruautés de Lila sur Éléonore, surnommée Babar dès la sortie du train ! Au dixième jour de colonie, Éléonore disparaît et personne n’est étonné. Surtout pas Clara, qui a tout vu, tout entendu, et qui a fini par s’habituer, trouvant ça presque « normal »…

Vous connaissez peut-être Louise Mey pour ses thrillers en littérature adulte : il s’agit ici de son premier roman pour adolescents. Vous l’aurez compris, il sera question de harcèlement. Mais surtout, de la façon dont il est perçu par ceux qui l’observent. Et notamment à travers les yeux de Clara, 13 ans, gamine de 4e dont le souci principal est de savoir si Aïssa et elle sont toujours les meilleures amies du monde, comme elles l’étaient avant que cette dernière ne déménage. Cette colo, c’est l’occasion de se retrouver, de resserrer les liens. Mais clairement, Aïssa comme Clara ont changé pendant cette année de séparation, et Clara le vit très mal, souvent jalouse quand Aïssa montre de l’intérêt aux autres ados de la colo (alors qu’ils vont vachement débiles, tous, entre ceux qui sont accros à leur console, celles qui se croient trop belles, ou ceux qui ricanent comme des nazes en se fouettant les mollets avec des branches…) et pourtant consciente que oui, tout a changé. Alors que cette Éléonore se fasse traiter de grosse, de moche, se fasse frapper « sans faire exprès » et autres brimades du même acabit, Clara s’en fout. Le principal, c’est que c’est pas elle, la victime. Et puis bon, elle a qu’à faire des efforts, aussi, Éléonore, non ?

Un roman très fort, donc, construit comme un thriller, oscillant entre le jour J, celui où Éléonore disparaît, et des flashbacks sur les dix jours qui ont précédé, pour comprendre comment on en est arrivé là. Le plus fort est sans doute cette réflexion sur ce que c’est qu’être témoin de ce harcèlement, sur la façon dont, à 13 ans, on est capable de fermer les yeux, d’être heureux que ça ne soit pas tombé sur nous, d’avoir envie de réagir mais d’avoir peur de l’effet de groupe, jusqu’à une sorte d’indifférence, jusqu’à trouver ça « normal »… Louise Mey le rend ici avec beaucoup de justesse et de réalisme, grâce aussi à un style très oral qui nous fait entrer véritablement dans la tête de Clara. La mécanique insidieuse de ce harcèlement est analysée dans son ensemble et, si ce harcèlement est principalement vu par Clara, on le découvre aussi indirectement à travers les autres personnages, depuis les autres ados de la colo jusqu’aux deux moniteurs. Une excellente lecture, jamais donneuse de leçon, mais toujours pertinente et interpellante, qui rejoint les indispensables sur le sujet. A lire absolument !

La sans-visage, Louise Mey (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 10 juin 2020
9782211307031 – 15€
à partir de 12 ans
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La fille qui pouvait voler – Victoria Forester

Les McNimbus sont une famille très traditionnelle. Betty est une fervente croyante qui pense que si les choses arrivent c’est de la faute à la Providence et son mari Joe est un mari discret, qui s’occupe beaucoup de la ferme dans laquelle ils vivent. Toutes les années pour ce couple se ressemblent jusqu’à l’arrivée très tardive d’un bébé : Piper. Elle arrive après 25 années de mariage. Imaginez ! Avec une arrivée aussi inattendue, comment cet enfant pourrait-elle être autrement que bizarre ?
Dès son berceau, Piper flotte dans les airs… et en grandissant (malgré les prières enfiévrées de sa mère pour que sa fille soit normale) va développer son don jusqu’à voler littéralement dans le ciel. Terrifiés de voir la nouvelle de cette anomalie se répandre, les parents essayent de dissimuler ses talents aux yeux du monde… sauf que ce pouvoir ne passe pas inaperçu. Du jour au lendemain, Piper qui n’a jamais été à l’école, n’a jamais eu d’amis, va se retrouver dans une école top secrète réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun. Malheureusement l’école ne sera pas de tout repos pour Piper qui va devoir gagner sa place !

Piper est une héroïne terriblement attachante. Lumineuse, curieuse, naïve elle n’est pas sans rappeler l’héroïne Pollyanna de Eleanor H. Porter, un modèle d’optimisme. Les jeunes lecteurs prendront beaucoup de plaisir à découvrir l’école à travers son regard naïf, ses observations, son envie irrésistible de se lier d’amitié. Nous sommes très loin d’Harry Potter ou d’X-men ici. Les personnages secondaires, à savoir les élèves sont originaux, nous avons par exemple Conrad, un génie qui terrorise les plus jeunes, Bella Bonheur (la préférée de Lisette) qui a un don avec les couleurs, des jumeaux qui peuvent contrôler la météo ou encore Violette qui peut rapetisser à volonté.

L’intrigue est assez évidente mais comprend des trouvailles très originales. Je trouve cependant que parfois le rythme pourrait être plus effréné encore, il y a des longueurs au début notamment. L’autrice a eu le volonté première d’écrire cette histoire sous forme de scénario pour le grand écran et ensuite l’a adapté en roman (les petits incohérences de rythmes viennent peut-être de là). Même si ce roman se présente comme une saga (avec une suite donc?), je trouve que ce premier tome ne nous laisse pas sur notre faim et se suffit à lui-même. Un chouette roman pour les enfants qui parfois rêvent d’aller toucher les nuages !

La fille qui pouvait voler, Victoria Forester (Lumen)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782371022683 – 16€
à partir de 10 ans