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Anne de Green Gables – Lucy Maud Montgomery

Marilla et Mattew, un couple âgé, souhaitent adopter un garçon pour les aider à la ferme mais par erreur, on leur confie une fille. Mais pas n’importe quelle fille : Anne. Cette orpheline de 11 ans, aux cheveux roux (pour son plus grand désarroi), à l’esprit vif, à l’imagination sans borne et amatrice des grands mots, n’est pas ce qu’ils attendaient. Anne est très. Très impulsive. Très bavarde. Très théâtrale. Très maladroite. Très fantasque. Et surtout très attachante. Elle va bousculer le calme et la monotonie à Green Gables.

Anne de Green Gables est une nouvelle traduction d’un classique (Canada), vendu à 60 millions d’exemplaires et traduit en plus de trente-six langues. L’édition de ce roman et la vie de son autrice sont déjà une histoire romanesque à eux seuls. Une mère emportée très tôt par la tuberculose et un père qui part fonder une nouvelle famille abandonnant la petite Lucy Maud à passer son enfance avec des grands-parents peu aimants à Cavendish, sur l’Île-du-Prince-Édouard. Lucy Maud Montgomery fait partie de ces autrices qui ont toujours écrit et qui ont persévéré avant de trouver leurs lecteurs. Alors que ce roman a été rejeté par tous les éditeurs auxquels elle l’avait soumis, un jour de 1908, la chance lui sourit et Lucy rencontre le succès immédiatement. Les plus grands auteurs ont salué son œuvre : « Ce qui fait le génie de ce livre, ce n’est pas son réalisme, Anne est le triomphe de l’espoir », a dit Margaret Atwood ou encore Mark Twaïn qui a déclaré que l’héroïne était « l’enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l’immortelle Alice. » Plus récemment, vous aurez peut-être découvert l’adaptation Anne with a E sur Netflix.

Lisette a une confession à faire, elle ne connaissait pas du tout ce texte et fut très heureuse de faire la connaissance d’Anne. Au tout début du roman, Anne est trop. Elle est trop enthousiaste ou trop désespérée. Ses longues tirades sur la nature ont été des passages parfois difficiles à passer mais heureusement cette intensité romanesque est atténuée par le personnage de Marilla, sa mère adoptive. Marilla est très terre à terre et essaye toujours d’expliquer à Anne qu’elle doit se taire et ne pas vivre la vie aussi intensément ! Ce décalage très moderne entre la romanesque et la fermière apporte beaucoup d’originalité dans ce roman. L’héroïne n’est pas sans me rappeler la malheureuse Sophie de la Comtesse de Ségur, toutes deux sont maladroites et tellement captivantes. Tous les personnages secondaires vont permettre à Anne d’évoluer, de ne plus craindre le manque d’affection et de continuer à voir la vie à sa façon.

« Je suppose que vous êtes Monsieur Matthew Cuthbert de Green Gables, dit-elle d’une voix particulièrement douce et claire. Je suis très heureuse de vous voir. Je commençais à craindre que vous ne veniez pas me chercher et j’imaginais tout ce qui aurait pu vous retenir. J’avais décidé, si vous ne veniez pas ce soir, de longer la voie jusqu’à ce grand merisier là-bas, dans le virage, et de grimper dedans pour y passer la nuit. Je n’aurais pas eu peur du tout, et ça aurait sans doute été charmant de dormir dans cet arbre aux fleurs blanches au clair de lune, vous ne pensez pas ? Ça aurait été comme vivre dans un temple de marbre, non ? »

Le lecteur suivra Anne de son arrivée à Green Gables (l’extrait au-dessus sont ses premiers mots) jusqu’à ses études supérieures. L’évolution de ce personnage est très belle et l’ambitieuse Anne finit toujours par rire de ses erreurs et s’en sort plus forte ! Nous la suivons dans ses apprentissages, sa découverte de l’amitié, de la religion, ses questionnements haut en couleurs et sa détermination à être la première de la classe.

Saluons la fabrication de M.T.L, l’objet est si esthétique que l’on a envie de le chérir et de l’avoir dans sa bibliothèque juste pour faire des belles photos sur Instagram. Anne de Green Gables a le charme des romans classiques, une écriture parfois un peu surannée (il faut aimer les descriptions de nature) et des personnages qui vous accompagneront toute une vie. Grâce à cette belle réédition, Anne demeure immortelle et d’une modernité surprenante ! Merci à Monsieur Toussaint Louverture pour cette incroyable édition et bravo à la traductrice Hélène Charrier. Pour ceux qui tomberont sous le charme d’Anne, un second tome est prévu en février 2021.

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, traduit par Hélène Charrier (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible le 8 octobre 2020
9782381960081 – 16,50€
à partir de 12 ans
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Ours et les choses – Andrée Prigent

Tous les matins Ours regarde le ciel, heureux et souriant. Il a belle allure. Mais un jour, il trouve une carriole et décide de la remplir. Il se baisse tous les jours suivants pour y entasser les objets qu’il trouve par terre, mais ce n’est jamais assez pour lui. Au fil des jours, à force de s’incliner, son dos se courbe de plus en plus. Il est si courbé qu’on dirait qu’il a des soucis. Jusqu’au jour où la carriole craque !

Une très belle fable pour les jeunes enfants sur la surconsommation aveuglante, le matérialisme, il n’est jamais trop tôt pour discuter de ce sujet écologique. Ours et les choses est une histoire très poétique et joyeuse en même temps. L’autrice a écrit ce texte avec beaucoup de simplicité et montre aux enfants qu’il faut parfois ouvrir les yeux en grand et découvrir le monde.

Andrée Prigent a entièrement réalisé cet album en linogravure, un travail magistral qui allie force et délicatesse. Chaque page est un tableau expressif, imprimé en deux couleurs, un bleu profond et un orange chatoyant, permettant ainsi d’entrer de plain-pied dans l’histoire. Le lecteur, grâce aux cadrages, aura presque l’impression d’être dans la carriole et de suivre l’ours (qui a des expressions adorables!) au fur et à mesure de son rapetissement.

Un album qui n’est ni moralisateur ni donneur de leçon, qui raconte avec simplicité l’importance de ne pas agglomérer des objets pour le plaisir d’avoir. Ours nous montre que parfois, il faut simplement lever les yeux de notre nombril pour voir à quel point le monde est beau.

Ours et les choses, Andrée Prigent(Didier Jeunesse)
collection Hors Collection
disponible le 23 septembre 2020
9782278097937 – 13,90€
à partir de 3 ans
Son
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Phalaina – Alice Brière-Haquet

Angleterre, XIXe siècle. Par une nuit d’hiver, un homme trouve une étrange enfant dans la forêt. Muette, les yeux rouges, il l’accueille tout d’abord chez lui avant de la confier à un couvent londonien. Des années plus tard, Manon est toujours une petite fille bizarre, auréolée de mystères, et activement recherchée par la Fondation Humphrey. Quel est donc le mystère de ses origines ?

Le mystère, c’est bien la composante principale de ce premier roman d’Alice Brière-Haquet pour les adolescents. Et c’est dans une Angleterre nimbée de fantastique qu’elle nous emmène, à l’époque des théories de Darwin et de l’intérêt porté au naturalisme et à l’étude des espèces. Mais aussi dans le Londres de Jack L’Eventreur, dont l’ombre plane toujours, menaçante. Plusieurs voix vont se croiser dans ce récit qui plante son décor progressivement, lui donnant d’abord des allures de conte. Très vite, pourtant, le nœud de l’intrigue prend corps, notamment grâce aux lettres qui s’insèrent dans le récit, celles d’un scientifique qui écrit à Darwin pour lui raconter l’étonnante et merveilleuse découverte qu’il vient de faire. Alice Brière-Haquet sait maintenir son suspense et reste volontairement avare de détails pour nous laisser le loisir de l’imaginaire, des conjectures et des soupçons. Entre le fantastique et l’enquête policière, le mystère des origines de Manon, des découvertes d’Humphrey et des agissements de la Fondation donne un roman riche et passionnant.

Mais le sujet sous-jacent à ce roman historique mâtiné de fantastique, c’est celui de la nature et de sa préservation, entrant ainsi en résonnance avec des préoccupations très actuelles. Car ce sont les travers de la recherche scientifique, du désir de comprendre, classifier et expérimenter qui sont dénoncés à travers cette volonté de mettre la main sur Manon et ses étranges origines. Mais Alice Brière-Haquet le fait habilement, nous interrogeant ainsi sur les fondements philosophiques de cette démarche mais aussi plus généralement sur notre rapport à la nature et aux êtres vivants, sur l’histoire de l’humanité qui cherche encore et toujours à utiliser, s’emparer, se servir plutôt que d’essayer de vivre en harmonie, en pleine conscience de l’autre.

Un roman très étonnant, en tous cas, qui nous emmène dans des territoires étranges, tant dans l’histoire que dans l’écriture, qui ellipse énormément de choses, qui glisse de l’humour, de la poésie, de l’horreur, des pensées animales, etc. Un roman peut-être pas si simple pour qui ne lui laisse pas la porte complètement ouverte mais qui en ouvrira bien d’autres à ceux qui se laisseront guider par les papillons de nuit ! A découvrir !

Phalaina, Alice Brière-Haquet (Le Rouergue)
collection Epik
disponible le 26 août 2020
9782812620959 – 15€
à partir de 13 ans
Son
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Le barrage – David Almond et Levi Pinfold

Avant de commencer à vous parler de cet album, Bob voulait exprimer sa joie de retrouver les mots de David Almond, l’un de ses auteurs favoris, dont beaucoup de romans de son adolescence sont désormais épuisés… Et autant vous le dire tout de suite : les yeux de Bob brillent autant de joie que d’émotion ! ❤

Lorsque le barrage sera achevé, les terres seront inondées. Mais avant qu’elles ne disparaissent à jamais, Kathryn et son père se rendent une dernière fois dans le village abandonné et, avec leur musique, dansent et chantent pour les maisons et les souvenirs qu’elles renferment, pour tous ceux qui ont dû partir et ceux qui viendront… Et puis le barrage est terminé, les terres inondées, formant désormais un magnifique lac, d’où la musique ne s’en ira jamais !

Est-ce que ça ne vous a pas toujours fasciné ces barrages et cette idée que sous l’eau qui est retenue, il y avait avant des habitations, des gens, une nature qui s’ébrouait ? Inspiré de l’histoire vraie qui lui a été racontée par une célèbre musicienne, David Almond nous invite à découvrir ce souvenir de petite fille qui, avec son père, a choisi d’offrir de la musique et de l’espoir à cette vallée bientôt recouverte par les eaux. Un texte poétique, sensible, vibrant, qui évoque également la perte, la disparition d’un monde, et la volonté de se souvenir, de ne jamais oublier ce qui a vécu là, tout ce qui a été beau. Un récit magnifique que des illustrations fascinantes rendent encore plus fort et émouvant !

C’est Levi Pinfold, dont le travail n’est pas encore très présent en France, qui est aux images et autant vous dire qu’elles sont incroyables ! Il s’en dégage une atmosphère et une lumière qui nous font hésiter entre la photographie et la peinture. Des illustrations pleine page nous invitent à nous attarder, à nous émerveiller de sa précision, de son sens du détail, du jeu d’ombre et de lumière qui nous transporte dans un univers tantôt fantomatique et brumeux, tantôt ensoleillé et plein de joie. Des images qui complètent à merveille le texte de David Almond, qui laisse aussi sa place aux silences, aux évocations, aux légendes. Un album magique, à ne pas manquer !

Bonus : la bande annonce de l’album !

Le barrage, David Almond, illustré par Levi Pinfold, traduit par Christiane Duchesne (D’Eux)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782924645376 – 16€
à partir de 5 ans
Son
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D’un grand loup rouge – Mathias Friman

Dernier représentant de sa meute chassée de son territoire par les hommes, un loup rouge s’engage dans un long et rude voyage dans l’espoir de trouver une nouvelle famille. Une nuit, il rencontre une meute de loups aux yeux luisants. Méfiants, ils refusent de l’accepter à cause de sa couleur trop voyante, mais grâce au chef de meute, qui décide de l’accueillir, le loup rouge découvre que ses nouveaux compagnons sont eux aussi issus de loups qui ont fui…

Après nous avoir régalés avec son trait d’une incroyable finesse et si reconnaissable tout en explorant la chaîne alimentaire dans Une petite mouche bleue puis l’incroyable destin D’une petite graine verte, Mathias Friman nous émerveille à nouveau dans cet album sur la migration. Une migration qui n’est pas naturelle, et qui sort ainsi du travail presque documentaire des précédents titres, mais qui est induite par l’action de l’homme sur le territoire d’une meute de loups. A travers le destin terrible de ce loup rouge, qui voit sa forêt dévastée, ses congénères abattus (une illustration extrêmement forte) et sa survie menacée s’il ne se décide pas à fuir pour trouver de plus verts pâturages ailleurs, on ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à ce que vivent certaines populations humaines. Après un long voyage, le loup rouge rencontre une meute qui se montre tout d’abord méfiante et rétive à son entrée dans le groupe, car il n’est pas comme eux. Il faudra toute la bienveillance et l’intelligence d’un chef pour que le loup rouge trouve une nouvelle famille. Une famille composée elle aussi de loups – de toutes les couleurs – qui ont dû migrer à un moment donné de leur vie. Car ce que Mathias Friman nous rappelle ici, c’est que nous sommes tous issus de mouvements migratoires, qu’ils datent de plusieurs siècles ou de quelques années.

Dans ce format à l’italienne qu’on lui connait si bien, avec cette découpe sur la couverture qui laisse apercevoir ce superbe loup rouge, et ce gris métallisé qui nous attire aussitôt, c’est encore une fois le trait magnifiquement fin et réaliste qui nous subjugue. Ce rouge orangé vif qui se détache et ces scènes de nuit magnétiques, un texte poétique et sensible, Mathias Friman nous démontre encore une fois tout son talent. Un album sublime et indispensable !

D’un grand loup rouge, Mathias Friman (Les Fourmis Rouges)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782369021186 – 14,50€
à partir de 4 ans
Son
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Filles de la Walïlü – Cécile Roumiguière

Sur la presqu’île de Iurföll, ce sont les femmes qui gouvernent, qui exercent tous les métiers et qui sont libres de choisir leurs amours, alors que les hommes partent en mer, à la pêche. Dans cette société matriarcale très sereine, Albaan se languit de son père qui lui raconte les histoires de la Walïlü, une créature mystérieuse qui la fascine. Mais bientôt, la vie joyeuse de la presqu’île se fissure quand une femme au visage ravagé s’installe et répand des rumeurs de malédiction sur Albaan et sa famille…

La sublime couverture réalisée par Joanna Concejo retranscrit parfaitement l’ambiance singulière du nouveau roman de Cécile Roumiguière : un univers entre le sel de l’eau et les bruits froissés ou inquiétants de la forêt, teinté d’une magie que l’on devine dans ce paysage aussi beau que mystérieux. Si la presqu’île de Iurföll est une invention, le roman s’inscrit pourtant dans notre monde actuel, et vient piocher dans des sociétés de femmes existantes de par le monde pour créer celle dans laquelle vit et grandit Albaan. Une société matriarcale absolument passionnante, coincée entre ses traditions tenaces et sa volonté de modernité, qui met hommes et femmes sur le même pied d’égalité mais qui se construit, il est vrai, sur la femme, la seule présente sur la terre ferme tandis que les hommes partent pêcher sur de longues durées. Et malgré la relative tranquillité dans laquelle vit tout ce petit monde, l’arrivée d’une femme étrange va bouleverser toute la communauté pourtant très soudée.

Cécile Roumiguière nous subjugue par son écriture envoûtante, dépaysante, poétique et délicate, qui nous plonge dans un univers à la lisière du fantastique et nous fait rencontrer des personnages remarquablement construits, intrigants et inoubliables. Vous vous en doutez, le roman est profondément féministe et aborde ainsi de nombreuses questions sur le rapport au corps, sur la sexualité, mais il est également l’écho de bien d’autres questionnements, plus écologiques ou éthiques. Mais c’est aussi et surtout le récit d’une vengeance, d’une famille, de l’intime et du parcours d’une jeune fille alors qu’elle grandit. Un roman ambitieux, magique, qui nous enchante comme un conte et nous passionne comme un magnifique récit de vie. L’un des plus beaux romans de cette rentrée d’hiver. ❤

Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 5 février 2020
9782211305297 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Tracer – Guillaume Nail

Emjie a perdu ses parents dans un accident de voiture et vit désormais avec son oncle. Malgré l’amitié un peu folle de sa meilleure amie Nitsa et l’histoire d’amour naissante avec le nouveau, Walter, la jeune fille est incapable de faire son deuil, la tristesse prenant toute la place. Et puis, après avoir vu une émission de télé relatant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Emjie décide de partir et de tracer, seule, sa route…

Seule ? Pas tout à fait. Car cette randonnée de l’Alsace vers l’Aubrac ne se passe pas vraiment comme prévu… D’abord, il y a Nitsa qui s’incruste, avec son babillage incessant, ses chansons de Madonna et sa folle dinguerie. L’envie de solitude en prend un coup ! Et ça, c’est sans compter les imprévus et les rencontres qui foutent en l’air un itinéraire savamment préparé, les disputes et les soirées où on oublie tout…bref, la vie ! Car le cheminement d’Emjie sur la route de Compostelle n’a absolument rien de religieux ou de spirituel mais est bien celui de la reconstruction de soi, de la résilience. Et lorsque la jeune fille se retrouve enfin seule sur les chemins du GR, c’est enfin l’occasion de se confronter à elle-même, d’apprivoiser sa peine, d’accepter la perte.

En dépit de la gravité du sujet, le roman n’a rien de plombant, et ne tombe jamais dans le pathos ! Tracer est au contraire un roman lumineux, porté par une héroïne certes aux prises avec des émotions difficiles et compliquées, mais démontrant surtout une force et une volonté qui vont la porter jusqu’au bout de son projet, et de sa recherche d’un peu de bonheur perdu. Le ton est donné : simple, direct, à fleur de peau. Si Guillaume Nail réussit à évoquer la douleur de la perte avec autant de sensibilité que de rudesse, il parvient également à nous offrir des scènes très drôles autant que de jolis instants de grâce à travers des rencontres humaines que l’on n’oublie pas. Le chemin d’Emjie est parfois semé d’embûches, mais il est toujours porté par l’espoir, par l’objectif qu’elle s’est fixé, et par la volonté de parvenir à se sentir à nouveau vivante.

Tracer, Guillaume Nail (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 5 février 2020
9782812619212 – 13,50€
à partir de 13 ans
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À propos de la vie – Christian Borstlap

La vie ! Quel vaste sujet. Qu’est-ce que l’on sait à propos d’elle ?

« Toute vie est connectée », explique Christian Borstlap, l’auteur de cet album un peu ovni. En effet, ce projet est né d’une campagne vidéo pour le zoo d’Amsterdam (Artis) dont il en est l’adaptation livresque. La volonté de l’auteur est de célébrer le cercle de la vie, prendre conscience de tout ce qui est vivant, montrer la grandeur de la vie et son interconnexion. C’est l’hiiiiiistoire de la vie ! 🎵

« Dans la vie, on bouge, on ressent, parfois on donne… et d’autres fois on prend.
La vie peut être compliquée… mais de temps à autre elle est douce et belle. »

Bien que le projet initial soit autour d’un zoo, cet artiste plasticien néerlandais a réalisé des créatures abstraites, très expressives ! « Il y a de la fourrure et des plumes dans le film, il y a du caca et des ânes, il y a des espèces volantes rampantes et grognantes, mais il n’y a pas de vrais animaux », a déclaré l’auteur sur le site Web It’s Nice That. L’album montre que les lois de la nature sont réelles et pertinentes pour tous les êtres, avec une pincée d’humour il montre que parfois il y la nécessité d’être discret ou très bruyant ; de se battre ou de s’enfuir. Le graphisme donne un côté « arty » qui n’est pas pour déplaire à Lisette. Les illustrations renouvèlent les albums sur le sujet vaste de la vie avec un style très crayonné, texturé. 

Cet album sans prétention est très touchant, le texte est simple et juste. Il sera surtout un bon support pour discuter avec les jeunes enfants curieux ! Notamment sur le rôle des humains dans la nature, « parce que la vie des uns est liée à la vie des autres. Nous sommes interdépendants ! »

Personne n’est une île, nous sommes tous connectés et c’est chouette de nous le rappeler parfois.

A propos de la vie, Christian Borstlap (Casterman)
collection Les albums Casterman
disponible le 11 mars 2020
9782203064737 – 15,95€
à partir de 4 ans
Son
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On se met au vert !

Nos deux livres du jour n’ont pas que la verdure de la forêt et des arbres comme point commun. Ce sont également deux lectures idéales pour les plus jeunes, abondamment et joliment illustrées, et de très belles odes à la nature et à l’amitié…

Taupe & Mulot : les beaux jours

Taupe et Mulot sont deux amis qui passent leurs journées côté à côté, qu’il s’agisse d’aller peindre l’arrivée du printemps tout en haut de la colline, d’aller à la pêche pour s’assurer le dîner du soir ou de se soutenir pour aller déclarer sa flamme à une jolie taupe. Trois petites histoires attachantes et bucoliques dans lesquelles Henri Meunier décrit avec délicatesse et humour une amitié sincère, et nous fait partager des petits moments de vie empreints de philosophie. Un texte savoureux merveilleusement mis en images par Benjamin Chaud, qui apporte lui aussi son humour enlevé dans des illustrations vives et champêtres. Une première lecture délicieuse, qui sent bon la nature et qui nous donne envie de rester un peu plus longtemps avec Taupe et Mulot… Et ça tombe bien, un deuxième opus est prévu pour la fin de l’année ! Chouette !

Taupe & Mulot, t.1 Les beaux jours, Henri Meunier, illustré par Benjamin Chaud (hélium)
disponible depuis le 10 avril 2019
9782330120610 – 12,90€
à partir de 6 ans
Pombo Courage

Du côté de Pombo, les journées sont beaucoup plus calmes et c’est tant mieux ! Cet ours un peu paresseux n’aime rien tant que rester dans son fauteuil à bascule à siroter des boissons chaudes ou froides et rêver à quelques aventures lointaines. (Oui, il nous ressemble beaucoup, nous lecteurs !) Jusqu’au jour où Java vient l’embêter pour aller construire une cabane dans la forêt. Quelle idée ! Malgré sa mauvaise tête et son absence complète d’envie, Pombo accompagne Java mais l’escalade, c’est dangereux, et après une chute, Pombo décide de s’en retourner, fâché contre son ami. Alors qu’il se pelotonne sous sa couette, l’orage éclate. Pombo est bien au chaud dans son lit, mais Java est encore là-bas, dans la cabane… Quelle joie de retrouver l’écriture tendre et spirituelle d’Émile Cucherousset dans une nouvelle Petite Polynie, qui nous propose cette fois de trouver le courage qui existe en chacun de nous. Pombo Courage, c’est aussi l’histoire de deux caractères qui s’affrontent, entre l’ours en charentaise qui ne désire que son confort et celui, intrépide, qui désire l’aventure. Un texte autour de l’effort à accepter l’autre, accompagné des charmantes illustrations de Clémence Podocci, très expressives et aux tons délicieusement désuets. Des images minutieuses qu’on ne se lasse pas d’explorer et on ne peut que vous inviter à découvrir les carnets de l’illustratrice sur le blog de la collection pour s’émerveiller encore plus !

Pombo Courage, Émile Cucherousset, illustré par Clémence Paldacci (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 31 mars 2019
9782352894193 – 9€
à partir de 7 ans
Son
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Au cœur de la nature…

Vous êtes plutôt savane ou forêt ? Nos deux albums du jour nous font voyager dans la nature, aux côtés de majestueux éléphants, ou à la poursuite d’une rivière. Deux univers graphiques pour deux albums documentaires qui se lisent comme une histoire…

L’éléphant

Après La baleine bleue et L’ours polaire, Jenni Desmond continue de nous fasciner et de nous émerveiller à travers ses portraits d’animaux aussi majestueux que menacés. Entre l’Afrique et l’Asie, nous suivons ce petit garçon qui, en prenant un livre dans sa bibliothèque, découvre tous les secrets des éléphants. Les éléments documentaires sont passionnants, éclairants et sont parfois évoqués judicieusement par des analogies simples et à hauteur d’enfant. Si les documentaires ou les albums sur les éléphants sont légion, celui-ci se démarque assurément par ses illustrations absolument magnifiques ! Les peintures de Jenni Desmond sont à la fois scientifiquement réalistes et riches d’émotion. Et elles sont merveilleusement mises en valeur dans cet album de très grande qualité. Un ouvrage indispensable, duquel se dégage une grande tendresse, pour rappeler que les éléphants sont en danger et qu’il est nécessaire de les protéger.

L’éléphant, Jenni Desmond, traduit par Ilona Meyer (Éditions des éléphants)
disponible depuis le 21 mars 2019
9782372730785 – 14€
à partir de 5 ans
 

Par ici !

Avec Par ici, c’est un texte mystérieux et malicieux d’Olivier Douzou qui nous emporte et qui débute dès la couverture ! D’un tout petit filet d’eau commence à se dessiner un ruisseau, puis on dévale des montagnes, on bute contre des rochers, des affluents nous rejoignent et puis on grossit, grossit, jusqu’à n’avoir plus de bords. C’est le périple de cette rivière que l’on suit, de sa source jusqu’à la mer où elle se jette. S’il nous faut un petit moment avant de comprendre qui nous parle dans cette histoire, c’est peut-être aussi à cause des illustrations foisonnantes et humoristiques qui se transforment presque en « cherche et trouve », où toute la vie – humaine, animale et végétale – qui entoure notre rivière se déroule en même temps. Un voyage du minuscule au gigantesque qui permet d’aborder la vie d’une rivière avec simplicité. Gros coup de cœur pour les images de Benoît Audé qui regorgent de détails, de petites tranches de vies très drôles et qui nous invitent à revenir encore et encore à ce très bel album tout en fraîcheur.

Par ici !, Olivier Douzou, illustré par Benoît Audé (Le Rouergue)
disponible depuis le 6 mars 2019
9782812617539 – 15€
à partir de 5 ans