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Après l’apocalypse

Nos deux romans du jour explorent le genre du post-apocalyptique, soit ce qui se passe après que le monde se soit effondré suite à une catastrophe de grande ampleur. Si les causes et les conséquences ne sont pas les mêmes, tous les deux sont en revanche diablement efficaces ! ☢

RC 2722 – David Moitet

Oliver a grandi dans un abri souterrain après le grand effondrement qui a vu la disparition de l’humanité. Un jour, alors qu’il doit effectuer une maintenance dans l’un des niveaux les plus dangereux de l’abri, il découvre des traces de pas laissant à penser que quelqu’un est sorti… Comment est-ce possible alors que la surface est irrespirable et radioactive ? Oliver n’est clairement pas au bout de ses surprises, surtout quand son père décède mystérieusement et que son frère est condamné à l’exil…

David Moitet imagine un effondrement causé par la sècheresse, le réchauffement climatique qui voit les paysages français changer radicalement et se transformer en déserts. Jusqu’à ce que les populations, manquant d’eau, soient contraintes de trouver refuge ailleurs… Une épidémie – tiens donc ! – et la misère plus tard, seuls quelques privilégiés pourront avoir une place dans ces abris souterrains… La quête de vérité d’Oliver nous dévoilera à la fois le passé de cette France qui connaîtra les réfugiés climatiques et ce qui se passe réellement à la surface. Le scénario est assez classique mais, comme toujours avec David Moitet, le rythme est bien dosé, efficace, la lecture fluide et on s’attache immédiatement à ses personnages. Seul le « méchant » est sans doute découvert trop tard pour avoir un retournement crédible, mais Oliver et Tché, que je vous laisse découvrir, forment un duo explosif ! Un roman entre Fallout et Mad Max qui nous tient en haleine jusqu’au bout !

RC 2722, David Moitet (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 23 septembre 2020
9782278098392 – 15,90€
à partir de 13 ans

Bpocalypse – Ariel Holzl

Samsara est une lycéenne et vit à Concordia, où tout un tas de dangers l’attendent à tous les coins de rue : fantômes, animaux mutants et autres joyeusetés laissées par l’Apocalypse huit ans plus tôt. Mais avec sa batte de base-ball et ses talismans, la route vers le lycée est habituellement plutôt calme. Alors que cette rentrée avec ses amis Danny et Yvette les verra choisir un stage, une nouvelle les secoue : la ville lève la quarantaine de l’ancien parc public où vivent des mutants qui arrivent justement dans leur classe !

Autre ambiance avec Ariel Holzl qui nous offre un décor et des créatures dignes de films d’horreur. Ici, l’apocalypse c’est une comète qui s’est écrasée sur la Terre, apportant avec elle des contaminations et mutations qui se sont attaquées autant à la faune et la flore qu’aux êtres humains. Concordia est la seule ville encore debout, bien qu’aux nombreux quartiers bouclés et aux dangers aussi terrifiants que différents. L’ouverture d’une nouvelle partie de la ville est un véritable événement et va susciter autant la méfiance que la peur et le rejet. Et c’est là que Samsara se révèle être un personnage tout en nuances, une héroïne aux croyances bien arrêtées qui va devoir composer entre son rêve d’intégrer la Milice pour aller exploser du mutant et la réalité de ce nouveau monde dans lequel elle vit (et qui lui révèlera là aussi bien des secrets et vérités inattendues). L’intrigue est peut-être un peu longue à démarrer, ne sachant tout d’abord pas trop où on nous emmène mais l’univers original, un peu punk et beaucoup déjanté, nous accroche, tout comme les thèmes finalement très universels de l’acceptation de la différence et des mauvaises décisions que l’on prend au nom d’une cause que l’on croit juste. A découvrir, d’autant plus à l’école des loisirs qui ne nous avait pas habitué au genre !

Bpocalypse, Ariel Holzl (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782211310161 – 17€
à partir de 13 ans
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Nuit étoilée – Jimmy Liao

Une jeune fille se sent seule, chez elle où ses parents n’ont aucune minute à lui consacrer, et à l’école où elle se fait harceler par d’autres filles. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans sa classe. Leurs solitudes respectives vont les rapprocher et tous les deux vont décider un jour de fuguer dans la forêt où ils espèrent trouver la liberté…

Quel album singulier que cette Nuit étoilée ! Dans cette histoire magnifique, Jimmy Liao évoque la solitude de la fin de l’enfance, du passage à l’adolescence, le fossé qui se creuse entre des parents et un enfant, la difficulté de grandir quand il n’y a personne pour vous regarder faire, ou quand au contraire tout le monde se ligue contre vous. La rencontre entre cette jeune fille, héroïne de l’histoire, et ce garçon qui se ressemblent sur de nombreux points et notamment leur rapport à la solitude, sera le point de départ de la possibilité d’un espoir, d’une vie en pleine nature, la tête levée vers les étoiles. Pourtant, il faudra bien revenir et qui sait ce qui se passera au retour ?

Jimmy Liao dresse un portrait sensible, familier et enfantin de cette adolescence complexe dans une narration surprenante et éclatée, comme peuvent l’être les réflexions des enfants et des adolescents. Mais ce qui nous fascine surtout dans cet album, ce sont ses images. Des peintures d’une exceptionnelle beauté, sur lesquelles on s’attarde pour en saisir tous les détails, toutes les nuances et les nombreuses références à la peinture et à l’art qui y sont faites (notamment à Magritte et à Van Gogh, qui donne son titre à l’album). Des images fascinantes, qui nous émerveillent et nous touchent par leur sincérité, leur intemporalité, et leur puissance d’évocation. Vous ne serez assurément pas bouleversés par les mêmes peintures que Bob et inversement et c’est ce qui fait toute la richesse de cet album étonnant, émouvant et surtout plein d’espoir. ❤

Nuit étoilée, Jimmy Liao, traduit par Chun-Liang Yeh (HongFei)
disponible depuis le 20 août 2020
9782355581731 – 19,90€
à partir de 8 ans
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L’année de grâce – Kim Liggett

Tierney a seize ans et, comme toutes les jeunes filles de son âge et de sa communauté, elle va entrer dans son année de grâce. Une année dont personne ne parle, et surtout pas les femmes, mais qui doit permettre à toutes les jeunes filles de se débarrasser de leur magie. Elles sont alors envoyées à l’écart de la communauté, où il leur faudra dissiper toute trace de cette magie pour revenir purifiée…

Dans cette communauté hors du temps, fondée sur la religion, les filles n’ont que trois destins possibles : devenir épouse et mère (la meilleure situation, évidemment) ; travailler dans les maisons de labeur ou en domesticité ; vendre leurs corps dans les quartiers extérieurs. Si cela vous rappelle l’univers de La servante écarlate, le roman de Kim Liggett n’en est effectivement pas si éloigné. On retrouve en effet dans L’année de grâce une réflexion glaçante sur la place de la femme dans une société régie par les hommes et par la religion. La société est d’une violence inouïe pour ces jeunes filles et ces femmes à qui on inculque depuis toujours qu’elles ont un pouvoir terrible dont elles doivent se débarrasser. L’année de grâce, sorte d’exil au fin fond de la forêt, dans un domaine encerclé d’une palissade, à la merci de ces braconniers qui tuent les filles qui s’égarent hors du portail pour en retirer leur magie par le dépeçage et le prélèvement d’organes, est proprement effrayante. Dans cette société, Tierney se démarque de ses camarades par sa volonté de ne pas vouloir se marier – censé être le rêve de toutes ! – de rester libre de choisir celui qu’elle voudra épouser si elle en a envie, ce qui n’est pas le cas pour le moment. Et, surtout, elle rêve ! Elle rêve d’une fleur et d’une jeune femme qui l’incite à la révolte, à penser par elle-même. Mais alors que Tierney arrive dans l’enceinte qui voit son année de grâce débuter, tout ce qu’elle croit et croyait savoir se brise dans un huis-clos où la folie de ses camarades ne fait que commencer…

Obsédant, le roman de Kim Liggett nous fait entrer tout de suite dans une ambiance envoûtante et angoissante, dans une histoire intemporelle de révolte contre le système. Mais là où l’autrice nous surprend, c’est dans cette héroïne et cette histoire parfaitement réalistes, qui montrent une révolte qui se construit, qui prend du temps, qui s’insinue lentement et qui plantera ses graines là où il le faudra. C’en est vraiment très fort, d’autant plus que c’est servi par une écriture toute en suggestion et en patience, en pions savamment placés, mais ce sera peut-être frustrant pour les lecteurs qui aiment quand ça va vite. Mais le roman de Kim Liggett aborde aussi d’autres notions très fortes, particulièrement justes et définitivement effrayantes, comme la psychologie sociale qui régit cette communauté, et notamment le groupe de jeunes filles en année de grâce. C’est intelligent, puissant et ça apporte une vraie profondeur à l’histoire ainsi qu’au personnage de Tierney, jusqu’à cette fin incroyable. L’année de grâce, c’est un roman dont on pourrait parler des heures, un roman qui nous remue, nous marque et nous amène à réinterroger nos constructions sociales. Et c’est surtout un véritable hymne à la sororité. Un roman fascinant et absolument indispensable, à faire lire aux garçons comme aux filles. Une pépite ! ❤

L’année de grâce, Kim Liggett (Casterman)
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782203036680 – 19,90€
à partir de 14 ans
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Point de fuite – Marie Colot et Nancy Guilbert

Mona prépare son concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts et passe un temps considérable avec son groupe d’artistes dans les musées où ils continuent de s’exercer. Et puis elle rencontre ce garçon, beau et merveilleux, dont elle tombe follement amoureuse. Mais bien vite, son amoureux si prévenant lui fait couper les ponts avec son meilleur ami Marin, l’éloigne progressivement de sa famille, lui fait rater son concours… La lumineuse Mona ressemble soudainement à cette « Femme qui pleure », un tableau de Picasso qui l’a toujours fascinée.

Vous l’aurez compris, Marie Colot et Nancy Guilbert racontent dans ce roman l’emprise. Et pour ce faire, nous allons entendre la voix de nombreux personnages : Mona, bien sûr, jeune fille passionnée et promise à un bel avenir qui se ternit en peu de temps ; son meilleur ami Marin, garçon engagé qui soutient Mona dans tous ses projets ; puis Ycare, ce fameux amoureux dont on sent tout de suite la fascination étrange qu’il éprouve pour Mona. Viendront ensuite d’autres personnages, Lya, Esther ou encore Cassien que je vous laisse le plaisir de découvrir car ils ont tous les trois des histoires passionnantes qui font toutes écho à celle de Mona. Car au-delà de la relation de Mona avec son tyran, il est question plus généralement de la violence, celle faite aux femmes mais pas que !

Si j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman dans les premières pages, notamment à cause des passages d’Ycare, Marie Colot et Nancy Guilbert ont finalement réussi à m’embarquer. Grâce au rythme provoqué par les changements de voix, grâce à un retournement plutôt inattendu. Et surtout parce qu’elles parviennent à faire un roman qui ne tombe jamais dans le glauque ou le voyeurisme facile. L’écriture est subtile, toute en pudeur, et c’est plutôt appréciable pour un roman sur un tel sujet. Pas de sensationnel, pas de listes d’horreurs mais une compréhension progressive des mécanismes de l’emprise, de la difficulté à en reconnaître les signes (pour Mona comme pour les autres) et à intervenir et venir en aide. C’est le réalisme, saisissant, de cette histoire qui nous touche, mais également les personnages et la façon dont ils vont tous finir par être liés dans une dernière partie salutaire.

Si vous aviez aimé Je te plumerai la tête qui évoquait la manipulation au sein de la famille, vous serez assurément sensibles à Point de fuite.

Point de fuite, Marie Colot et Nancy Guilbert (Gulf Stream)
collection Électrogène
disponible le 8 octobre 2020
9782354887919 – 18€
à partir de 14 ans
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Le chapeau rouge – Rachel Stubbs

Un grand-père offre à sa petite-fille son chapeau. Un beau chapeau rouge, bien grand et large, qui pourra l’accompagner partout où elle voudra aller, la protègera autant du soleil que des intempéries, lui permettra de se fondre dans la masse comme de ressortir du lot. Bref, tout est possible avec ce chapeau rouge, jusqu’à raconter à son grand-père les merveilleuses aventures que l’on aura vécu avec…

Vous ne pensiez pas qu’il était possible de vivre tant de choses avec un accessoire de mode somme toute très banal ? Et pourtant ! Notre petite héroïne, poussée par son grand-père qui va lui montrer toutes les possibilités offertes par ce chapeau qu’il lui offre, va se lancer dans des aventures à travers le globe et vivre par elle-même tout ce que lui promet ce cadeau. Une façon, peut-être, de perpétuer cet héritage laissé par ce grand-père aussi affectueux qu’encourageant. Car il est évidemment question ici de transmission, à la fois d’un objet mais également de toutes les expériences de ce grand-père, de tout ce qu’il a pu vivre lui-même avec ce chapeau rouge.

Le texte de Rachel Stubbs est tout en simplicité et en tendresse, son rythme est en parfaite adéquation avec les illustrations mêlant crayons de couleur et digital. Du noir et des variances de bleu et de rouge confèrent à l’ensemble une ambiance toute particulière : entre des doubles aux détails foisonnants et d’autres plus épurées, on oscille entre les moments de partage entre le grand-père et sa petite-fille et ceux de leurs aventures, de leur imaginaire. Un album doux et sensible sur la transmission, et les moments inoubliables vécus par un grand-père avec sa petite-fille. C’est vraiment très beau !

Le chapeau rouge, Rachel Stubbs, traduit par Emmanuelle Beulque (Sarbacane)
disponible depuis le 2 septembre 2020
9782377314454 – 14,90€
à partir de 3 ans
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Mon île – Mark Janssen

Une petite fille et son papa naviguent sur l’océan lorsqu’une terrible tempête détruit leur bateau, les laissant à la dérive sur un radeau. Heureusement, une terre est en vue, une toute petite île prête à les accueillir… Mais soudain, leur île semble bouger ! C’est le début d’un tout nouveau voyage à dos de tortue…

Bienheureux ces naufragés qui trouvent refuge sur le dos d’une tortue ! Cette géante des mers les accueille avec bienveillance et va permettre à ce père et sa fille de profiter de toute la beauté des océans, même si ceux-ci ne sont pas dénués de dangers. Heureusement, leur île prend soin d’eux, leur fait découvrir toute la vie des créatures marines et de celles qui traversent les océans ou vivent le long de leurs côtes. Nos naufragés sont ainsi heureux sur leur île, dans cette nouvelle vie tout en découvertes. Jusqu’à ce qu’un navire apparaisse au loin, signant leur retour à la civilisation humaine. Mais la petite fille ne quitte pas son île sans lui avoir fait une promesse : celle de venir la protéger le jour où elle aussi en aura besoin.

Album sur la protection de l’environnement et des créatures qui peuplent les mers et les océans, c’est à travers les merveilles de ces eaux que les enfants pourront être sensibilisés à notre biodiversité. Et quoi de plus beau que ces illustrations incroyables de Mark Janssen ? Telles d’immenses peintures digitales, les poissons et créatures océanes prennent vie grâce à des couleurs étonnantes, qui vont jusqu’à scintiller, pour nous en mettre plein les yeux. On plonge littéralement dans ces tableaux envoûtants, vertigineux et d’une fantastique richesse visuelle. Un voyage véritablement extraordinaire et inoubliable, pour cette petite fille qui se lie d’amitié avec cette tortue salvatrice et pour les lecteurs qui seront subjugués par les images de Mark Janssen. Magique et émouvant !

Mon île, Mark Janssen (Kaléidoscope)
disponible depuis le 19 août 2020
9782378880422 – 13,50€
à partir de 3 ans
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Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
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Serial Tattoo – Sylvie Allouche

Quand Ayo Madaki débarque dans le commissariat avec un sac plein à craquer de billets, Clara Di Lazio sent que l’affaire va être pour elle. Touchée par sa détresse, elle écoute le récit de cette mère dont la fille, Shaïna, s’est « vendue » pour 30 000€. La commissaire et son équipe sont désormais lancés dans une course contre la montre pour retrouver Shaïna, possiblement impliquée dans un trafic d’êtres humains…

Après Stabat Murder et Snap Killer, c’est avec une joie non dissimulée que l’on retrouve toute l’équipe de Clara Di Lazio dans une nouvelle enquête qui va mettre à l’épreuve nombre de personnages ! Et le chapitre d’ouverture donne le ton ! C’est d’ailleurs le tour de force du roman de Sylvie Allouche que de proposer une enquête policière dont les questions ne seront pas « qui ? quoi ? comment ? » puisque cette scène d’exposition nous révèle à peu près les raisons de la disparition de Shaïna, nous donne une idée de la fin et que l’on découvre très rapidement qui est le commanditaire. Mais alors quid de l’investigation ? du suspense ? Il est bien présent car certains éléments restent obscurs… Mais, cette fois, Sylvie Allouche nous emmène vraiment au plus proche de l’équipe de Clara et apporte une véritable profondeur aux personnages, nous attachant toujours plus à eux. Et à Louise en tête, jeune recrue épatante découverte dans Snap Killer, qui va se retrouver dans une délicate situation d’infiltration.

Dans Serial Tattoo, Sylvie Allouche aborde le thème du trafic d’êtres humains. Clara va d’ailleurs devoir collaborer avec son homologue de la brigade de répression du proxénétisme, puisque leur enquête va les mener au Bois de Vincennes où des jeunes filles venues du Nigéria (mais sans doute pas que !) sont mises sur le trottoir. Un sujet d’autant plus fort et terrible qu’il est assez désespérant sur l’état de notre monde, des droits humains et de la façon dont il semble impossible d’enrayer un tel trafic… Nos policiers vont avoir leurs nerfs mis à rude épreuve dans cette enquête qui sera bien pire que ce qu’ils imaginent ! Avec ce troisième tome, Sylvie Allouche affirme ses personnages, nous promet encore de nombreuses surprises, et confirme son talent et sa place indispensable sur les étagères de polars pour ados. Une enquête encore une fois passionnante, efficace, haletante et pertinente ! On en redemande !

Serial Tattoo, Sylvie Allouche (Syros)
disponible depuis le 20 août 2020
9782748526806 – 16,95€
à partir de 13 ans
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Âge tendre – Clémentine Beauvais

Comme tous les élèves de France, Valentin doit effectuer son service civique obligatoire avant son passage en seconde. Malheureusement, ses vœux ne sont pas respectés et il se retrouve dans un centre pour personnes âgées atteintes de démence qui reconstitue les époques d’enfance de ses pensionnaires, et le tout au cœur du Pas-de-Calais ! Voilà Valentin plongé dans les années 60-70, période dont il ne connaît absolument rien, et qui, dès les premiers jours de son « serci » se retrouve avec une mission prétendument simple…qu’il va faire complètement capoter ! Niveau d’angoisse : 9/10 !

🎶 Bob chante du Françoise Hardy

Quel plaisir de retrouver Clémentine Beauvais dans ce roman résolument pop, drôle et original ! Une originalité qui passe tout d’abord par la forme, peut-être un peu rigide et difficile d’entrée au premier abord : un rapport de stage ! Car dans cette France dirigée par une présidente (la même que celle des Petites reines ?) où tous les élèves de 3e doivent faire soit un service civique, soit l’armée, ils doivent aussi rédiger un rapport de « serci » qui comptera dans leur note de bac et montrera à quel point le dispositif les a préparé à tout plein de choses utiles pour leur avenir. Ainsi, entre les premières consignes, les conseils de rédaction et les présentations un peu guindées de Valentin, l’attachement semble compliqué. Mais très vite, on découvre que Valentin a bien dépassé son quota de pages allouées et son journal de « serci » va très vite prendre toute la place, attisant par la même occasion notre affection pour ce garçon un peu coincé, un peu bizarre, un peu angoissé, complètement à l’ouest mais surtout très drôle malgré lui ! Et nous voilà embarqués dans cette histoire où la jeunesse insouciante découvre ce qu’est la vieillesse et notamment la perte de mémoire. Vous le pensez bien, Valentin va évoluer au fil de son travail à l’unité Mnémosyne, ces établissements fictifs controversés dans lesquels sont reconstituées les époques de jeunesse des patients. Et on le constatera grâce aux « notes rétrospectives » glissées au fur et à mesure du rapport, dans lesquelles Valentin revient sur ses commentaires initiaux.

Une comédie d’apprentissage tendre et subtile, émaillée de références aux sixties, pleine d’humour et de gloussements, qui offre aussi de très beaux moments d’émotion, de réflexions sur la mémoire et le deuil. Clémentine Beauvais parvient à nous surprendre à chaque nouveau roman et, cette fois encore, on en ressort enchanté !

📚 Lisette a envie de faire un stage dans le 59

Âge Tendre est un récit sensible et loufoque qui bouleverse et agrandit un peu le coeur. La forme de ce texte sous forme de vrai-faux rapport de stage / journal intime a conquis le coeur d’étudiante de Lisette. Le lecteur découvrira Valentin qui se dévoile au contact des pensionnaires de l’unité Mnémosyne, son évolution se retrouve même dans l’écriture, une prouesse stylistique ! Clémentine Beauvais réussit avec brio à nous embarquer dans les années 60 dans cet établissement hors du commun où tout est minutieusement reconstitué pour ressembler à un village de cette époque. On y contrôle tout : la pluie, les couleurs des murs et aussi la musique qui passe ! (La reconstitution de ce lieu est remarquable et n’est pas sans rappeler le merveilleux film de La Belle époque réalisé par Nicolas Bedos). Valentin, si sensible, va trouver dans ce lieu un certain réconfort mais attention à ne pas oublier la vrai vie ! Clémentine Beauvais évoque joliment cet âge tendre où l’on se rend compte que la vie est plus nuancée : oui on peut mentir à un résident pour qu’il ne souffre pas, oui parfois l’amour est comme dans les chansons : fou et ne dure pas toute la vie.

Ce roman plaira à tous les garçons et les filles de tout âge. Il vous donnera envie de réécouter François Hardy, d’aller faire un câlin à votre grand-mère en lui demandant de vous raconter son histoire, de regarder les couples qui se tiennent la main avec beaucoup d’amour et d’être heureux tout simplement.

Âge tendre, Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 19 août 2020
9782377314652 – 17€
à partir de 13 ans
Son
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Pour la beauté du geste !

Nos deux héroïnes du jour ont en commun la réalisation d’exploits sportifs remarquables. Traverser les Etats-Unis d’ouest en est en courant, grimper sur le plus haut sommet du monde : ça vous en bouche un coin, hein ? Heureusement, ces incroyables efforts qui nous font déjà suer sont littéraires et, s’ils vous laisseront peut-être pantelants après votre lecture, vous en ressortirez en revanche sans courbatures et avec deux modèles d’une jeunesse engagée ! Prêts ? Partez !

A en perdre haleine – Deb Caletti

Un soir, après être allée chercher un burger, Annabelle décide de tout laisser en plan, et se met à courir. Elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint Washington, la capitale, soit l’exact opposé de sa position sur la carte. Accompagnée par son grand-père qui la suit en camping-car, Annabelle court car elle a quelque chose à dire, un combat à mener.

Et ce combat, on le découvrira au fur et à mesure des révélations qu’Annabelle nous confiera. On le devine en filigrane, une tragédie a frappé la vie de l’adolescente et la course devient sa façon de réagir, de se sortir de ce statut de victime qu’on lui attribue depuis lors, de faire passer un message, d’accepter, peut-être, ce qui lui est arrivé, et de trouver une forme d’apaisement. Le roman nous tient en haleine, de la même manière qu’Annabelle travaille son souffle pour tenir un marathon de près de cinq mois. La façon de toucher du doigt le cœur du sujet, avant qu’Annabelle ne le repousse, est parfois un peu agaçant pour le lecteur, mais participe à l’attachement pour cette héroïne qui n’a pas conscience d’inspirer, que son message peut aller au-delà de sa propre expérience. De jolies rencontres émaillent l’aventure d’Annabelle, mettent en perspective son histoire et montrent l’intérêt grandissant du grand public pour son combat. Deb Caletti nous offre un roman sensible, aux réflexions sociétales fortes, même si parfois un peu trop appuyées (les attentes de la société sur la façon dont « doivent être » les filles, par exemple, sont clairement indispensables, mais ce n’est pas toujours amené très subtilement). Engagé et inspirant !

A en perdre haleine, Deb Caletti, traduit par Maud Desurvire (PKJ)
disponible le 3 septembre 2020
9782266292962 – 18,50€
à partir de 14 ans

8848 mètres – Silène Edgar

Mallory a quinze ans et est la plus jeune alpiniste à tenter l’ascension de l’Everest. Avec son père, ils s’entraînent depuis toujours et, cette fois, ils se lancent dans cette incroyable aventure. Avec leur équipe, ils se préparent, évaluent les risques et découvrent ce parcours d’ascension qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’à présent…

Et Mallory va découvrir bien plus que le « simple » exploit sportif de gravir le sommet de l’Everest du haut de son adolescence. Car l’Everest, ce n’est pas n’importe quelle montagne. Alors que la jeune fille doit composer entre l’attention portée à sa santé, son oxygène et le froid capable de la tuer, elle est aussi malgré elle une curiosité qui pousse les médias à s’intéresser à son périple, lui demandant l’effort supplémentaire de réaliser des interviews. Silène Edgar nous invite ainsi à découvrir la manière dont se prépare une telle ascension, entre passages très descriptifs du trajet, de la façon dont tout cela s’organise, et des moments plus introspectifs qui nous emmènent aux côtés de Mallory et de la révélation que va être l’Everest pour elle. Car si, au départ, il s’agissait surtout de réaliser cet exploit avec son père, gravir l’Everest c’est aussi découvrir tout ce que cela recouvre : la pollution importante à quelques mètres du sommet et les effets du réchauffement climatique, la mort inéluctable au moindre faux pas, et la philosophie bouddhiste autour de la montagne. Un parcours initiatique qui va ainsi bien au-delà de l’exploit sportif pour se découvrir soi et le monde qui nous entoure. Un roman tout aussi engagé que le précédent, sur la préservation de la nature, avec une héroïne toute aussi attachante et déterminée.

8848 mètres, Silène Edgar (Casterman)
collection Ici/maintenant
disponible depuis le 10 juin 2020
9782203064317 – 16€
à partir de 12 ans