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La Moïra, t.1 La louve et l’enfant – Lylian, Henri Lœvenbruck et Raka

Oyez ! Gentes dames et beaux damoiseaux, soyez les bienvenus à Gaelia ! Ici la Moïra est présente partout, celle que l’on pourrait nommer destin, hasard ou fatalité… cette force étrange peut donner la vie autant que la reprendre. Ce qui est certain, c’est qu’elle n’a pas facilité la vie d’Aléa. Jeune orpheline, son destin bascule le jour où elle trouve une bague sur un cadavre. À 13 ans, elle se retrouve prise au coeur d’une intrigue qui la dépasse. La bague qu’elle possède appartenait à un druide très puissant qui lui confère un nouveau pouvoir. De son côté, Imala, la louve blanche chassée par sa meute, erre en solitaire jusqu’à sa rencontre avec un elfe des bois qui semble vouloir lui indiquer la voie. Aléa et Imala ne le savent pas encore mais leur rencontre est déjà écrite, guidée par cette force immuable que l’on nomme la Moïra…

Cette oeuvre est l’adaptation de la trilogie de fantasy d’Henri Lœvenbruck, publiée dans les années 2000. Le lecteur suit avec curiosité la vie d’Aléa, une héroïne au fort tempérament, qui décide d’aller à Providence rejoindre son amie d’enfance. Elle ne l’a pas vu depuis des années mais apprend qu’elle va devenir la future épouse du Haut-Roi. Alors que tout le monde lui conseille de ne pas entreprendre ce voyage : elle a enfin trouvé un emploi stable dans une auberge, le voyage est trop dangereux, son amie ne se souviendra pas d’elle, etc. Aléa veut être libre et part ! Sur la route, elle va faire des rencontres inédites…

Entre les lignes, on comprend que l’équilibre du royaume est menacé par un seigneur noir dont le but est de détruire le conseil des Druides et de s’emparer de leurs pouvoirs. Il existe aussi des tensions politiques et religieuses entre les royaumes. Ces informations sont distillées dans le scénario… et laissent beaucoup de questions en suspension ! On sent que tout a été fait pour que les lecteurs, ne connaissant pas l’histoire initiale, puissent se laisser porter et découvrir pas à pas, comme Aléa, ce qui se trame. (Le scénariste n’est autre que Lylian qui a aussi scénarisé les adaptations BD La quête d’Ewilan de Pierre Bottero chez le même éditeur.)

Ce premier tome est très prometteur ! Nous sentons que les pièces d’un échiquier géant – mais qui avance les pions ? – sont entrain de se mettre en place. Les illustrations et les couleurs sont très douces et nous plongent dans cet univers aux accents celtiques et magiques avec beaucoup de plaisir. Très curieuse de découvrir la suite…

La Moïra, t.1 La louve et l’enfant Lylian, Henri Lœvenbruck et Raka (Glénat)
disponible depuis le 16 juin 2021
9782344029886 – 15,50€
à partir de 12 ans

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Les sortilèges de Zora, t.1 – Judith Peignen et Ariane Delrieu

Zora est furieuse, sa grand-mère Babouchka veut l’obliger à aller au collège, pour avoir une vie dans le monde des Nonsorciers (et avoir un VRAI métier). Mais Zora ne l’entend pas de cette oreille, du haut de ses 12 ans, elle est une sorcière et veut le rester ! Malheureusement pour elle, sa grand-mère utilise sa magie pour l’envoyer à l’école sans pouvoirs…

 

Premier tome d’un diptyque, Les sortilèges de Zora est très accrocheur ! Victimes de la chasse aux sorcières, celles-ci doivent se cacher, Zora a donc été envoyé chez sa grand-mère, loin de ses parents, par sécurité. Elle ne peut pas rentrer chez elle car la chasse bat encore son plein, ses parents organisent la résistance et doivent se battre. Ils n’ont qu’une envie pour leur fille : qu’elle devienne avocate, infirmière, qu’elle puisse avoir une vie normale. Zora ne veut qu’une chose : rester sorcière pour utiliser ses pouvoirs. Son arrivée au collège ne passera pas inaperçu, elle est très différente de ses camarades, elle ne connaît pas les conventions sociales, ne mange que des sucreries à la cantine, ne parle à personne. Loin des sortilèges et des potions, Zora découvre les moqueries de ses camarades, les élans amoureux et surtout une fille l’intrigue… elle la soupçonne d’être une sorcière. Amie ou Ennemie ?

Cette BD aborde avec délicatesse et humour les questions de la différence et de la transmission, le tout sur fond de bouleversements adolescents. Les pouvoirs de Zora sont jubilatoires et feront rêver plus d’un lecteur ! Les illustrations d’Ariane Delrieu nous dévoilent un univers riche, facétieux et coloré rendant les personnages particulièrement attachants. Dans les dernières pages, des extraits du grimoire de Zora sont dévoilés : comme un journal intime, la jeune sorcière y partage son matériel, un peu d’Histoire et des recettes. Apprentis sorciers, apprenties sorcières, cette histoire est pour vous ! Et si vous avez vous-mêmes des pouvoirs, n’hésitez pas à les utiliser pour que l’on découvre la suite très vite.🪄

Les sortilèges de Zora, t.1 – Une sorcière au collège, Judith Peignen et Ariane Delrieu (Vents d’Ouest)
disponible depuis le 5 mai 2021
9782749309385 – 11,50€
à partir de 10 ans
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D’or et d’oreillers – Flore Vesco

Mme Watkins a trois filles… et lorsque l’on a trois enfants de sexe féminin en 1813, on ne pense qu’à une chose : les marier. Quelle ne fut pas donc pas son excitation lorsqu’elle appris que Lord Handerson cherchait une épouse – et surtout qu’il avait une rente de 80 000 livres, une fortune ! Sauf que ce cher Lord est un jeune homme très excentrique, il invite directement les prétendantes à passer une nuit dans son château… sans chaperon, ni parent ! Mme Watkins, bien qu’outrée par cette proposition indécente, y envoie ses trois filles ainsi qu’une gouvernante, en espérant que l’une d’elles se fera passer la bague au doigt. (Parce que bon…80 000 livres.) En arrivant au château, les jeunes femmes vont devoir toutes dormir une nuit sur un lit d’une hauteur invraisemblable. Des matelas superposés, un prince à marier ? Est-ce qu’il n’y aurait pas un petit pois dans cette histoire ? Détrompez-vous, nous ne sommes pas dans un conte de fées ! Mais dans une histoire de magie et de sorcellerie… Nulle princesse ici mais une gouvernante qui va mener l’enquête. Attention, dans cette histoire, les murs ont des oreilles !

Lisette reste bouche bée

Encore une fois, Flore Vesco ne peut pas laisser indifférente ! Cette autrice manie les mots telles une chirurgienne aguerrie. Dans ce livre, elle fait preuve encore une fois (vous pouvez lire des chroniques de ses autres romans ici et ) de délicatesse littéraire, de figures de styles filées mais toujours justes. C’est la littérature comme je l’aime : je m’émerveille de la plume de l’autrice tout en ne perdant pas l’histoire de vue, et quelle histoire !

La quatrième de couverture indique qu’il s’agit « d’une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit… » Certes le sujet de l’intimité, des caresses nocturnes seules ou à deux, est abordé – avec talent ! – mais c’est réduire à peau de chagrin l’histoire. Nous passons d’une ambiance Jane Austen à une enquête intrigante et enfin à une histoire horrifique de maison hantée ! Le tout ambiance girl power avec Sadima, la gouvernante qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Oubliez l’histoire de la princesse au petit pois, qui n’est ici qu’une parade pour reprendre les thématiques des contes : l’amour, la magie et la peur.

Ce qui est très frustrant avec ce roman, c’est que vous en dévoiler la teneur vous donnera l’eau à la bouche, certes, mais vous divulgâchera trop l’intrigue. (Peut-être que Bob le fera mais moi je ne veux pas être responsable). Approchez, faites-moi confiance : lisez ce livre, chez vous, dans votre lit, entouré de vos oreillers et ne dormez pas sur vos deux oreilles tant que vous ne l’aurez pas terminé.

Bob en a les jambes coupées

Lisette en a déjà beaucoup dit mais je me joins à l’enthousiasme de sa lecture ! A chaque roman, Flore Vesco nous démontre une nouvelle facette de son talent et de son imaginaire pétillant et joueur qui s’amuse d’exercices de style et de jeux littéraires. C’est encore le cas avec D’or et d’oreillers. Une langue dont on se régale, un univers familier aux multiples références qui se trouve distordu pour une histoire inattendue et savoureuse. Comme Lisette, je ne saurai que vous conseiller de vous laisser envoûter par ce roman magique et sensuel !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco (l’école des loisirs)
collection Médium+
disponible depuis le 3 mars 2021
9782211310239 – 15€
à partir de 13 ans
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L’Infinuit, t.1 – Ross MacKenzie

Dans le Royaume d’Argent, les Sorciers sont détestés et traqués par Mme Hester, grande mage du pays. Pour les vaincre définitivement, elle a besoin du Dernier Sort qui lui permettra de contrôler l’Infinuit, une malédiction terrible capable de mettre fin à la vie entière. Mais ce sort est introuvable et l’impatience de Mme Hester grandit, quitte à mettre en péril tout le royaume… Dans la capitale, Larabelle, orpheline et glaneuse dans les égouts, pourrait bien se retrouver au cœur de cette guerre entre les Sorciers et Mme Hester…

Dans ce premier tome d’une nouvelle trilogie de fantasy sombre et passionnante, découvrez : une jeune orpheline débrouillarde et attachante au destin inattendu ; un djinn terrifiant ; une grande mage avide de pouvoir ; un petit glaneur plein de ressources et de bonté ; un jeune Mage Blanc privé de son âme et prisonnier d’une servitude qui se met à rêver de liberté ; et une Infinuit prête à prendre possession du monde entier si personne ne l’affronte… Et tout cela sans compter des alliés qui se révèleront ennemis ou inversement, des innocents contraints de rejoindre les rangs de la nuit et un combat pour l’égalité et l’acceptation de tous.

Si l’on retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy classique, Ross MacKenzie nous propose ici une histoire bien plus sombre qu’habituellement pour le public visé. La violence du monde où vivent les personnages ne nous est pas épargnée, depuis les conditions de vie déplorables d’orphelins qui doivent survivre en glanant des objets perdus dans les égouts ou celle des Mages Blancs assujettis à la terrible Mme Hester à ce qui attend la population entière quand l’Infinuit est libérée de son sommeil millénaire. La magie du Royaume d’Argent, avec son petit côté steampunk où les sorts sont dans des fioles chargées dans le barillet d’une baguette-pistolet, peut être aussi magnifique qu’effrayante. Ainsi les personnages en seront-ils d’autant plus intéressants et profonds qu’ils seront soumis à des choix moraux tout au long de leur périple.

Ce premier tome de l’histoire de Larabelle est en tous cas un vrai page-turner, l’aventure et le danger nous attendant à toutes les pages et, chose assez rare, il peut se suffire à lui-même puisque l’intrigue principale trouve une conclusion tout à fait satisfaisante. Ou presque… Une série prometteuse, notre curiosité pour ce qui attend notre héroïne est piquée !

L’Infinuit, t.1, Ross MacKenzie, traduit par Marie Leymarie (Auzou)
disponible depuis le 21 janvier 2021
9782733885932 – 14,95€
à partir de 11 ans
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Sœurs d’Ys – M.T. Anderson & Jo Rioux

Dans la cité magique et fastueuse d’Ys, la reine Malgven meurt brutalement, laissant ses deux filles inconsolables. Alors qu’elles grandissent, elles s’éloignent l’une de l’autre : Rozenn, héritière du trône, préfère la nature et le travail de la terre tandis que Dahut, la cadette, tournoie dans les fêtes et les intrigues du palais. Mais Ys n’est pas cette cité de rêve qui intrigue tant le monde extérieur et elle cache de biens terribles secrets…

Ville légendaire de Bretagne, engloutie par l’océan, Ys fait partie de ces cités mythiques opulentes et enviées qui finissent par disparaître mystérieusement. M.T. Anderson revisite ainsi la légende celtique, reprenant les personnages et éléments phares de l’histoire telle qu’elle est nous est parvenue et nous racontant également le destin de deux jeunes filles à l’héritage maudit. Deux sœurs que tout oppose, tant dans les caractères que les aspirations et qui scellera le destin tout entier de l’île. Réflexion sur l’orgueil des hommes, l’appât de la richesse, le contrôle de la nature et des ressources, induite par le père de Rozenn et Dahut, c’est aussi, du côté des deux jeunes filles, une réflexion sur la culpabilité, le poids des responsabilités quand on désire tout simplement vivre. Rozenn n’existe pas dans les différentes versions de la légende mais elle apporte une dimension intéressante au récit, contrebalançant le personnage de Dahut représentant habituellement le « Mal » et permet surtout d’apporter son lot de drame, d’amour et de trahison.

C’est Jo Rioux qui met en images cette histoire complète et c’est tout simplement époustouflant ! Il y a dans son style quelque chose qui rappelle Isabel Greenberg ou Mathieu Bablet (notamment dans ce dessin si particulier des personnages). La couverture très tourbillonnante et fascinante donne déjà le ton ! Mais c’est surtout le soin apporté à l’expressivité des personnages qui nous subjugue, notamment le regard tantôt séducteur, tantôt tourmenté de Dahut ou celui absent, coupable, dément du roi Gradlon. L’album est d’ailleurs complété par un cahier graphique de toute beauté qui montre toute la finesse du trait de Jo Rioux.

Une bande dessinée magnifique, terrible et enivrante pour découvrir ou redécouvrir cette légende celtique dont les thèmes résonnent encore et toujours actuellement.

Sœurs d’Ys – La malédiction du Royaume englouti, Matthew Tobin Anderson, illustré par Jo Rioux (Rue de Sèvres)
disponible depuis le 16 septembre 2020
9782810217403 – 20€
à partir de 13 ans
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Le Cinérêve, t.1 Le mystère Hortensia – Anne Didier, Roland Garrigue et Catherine Duval

Augustin Poussin a 9 ans et adore aller espionner son étrange voisine mademoiselle Hortensia, surtout qu’elle fait pousser des fleurs abracadabrantes. Un jour Augustin, accompagné de sa chienne Croquette, l’entend parler de l’inauguration d’un Cinérêve. Qu’est-ce que cela peut être ? Est-ce que sa voisine a des pouvoirs magiques ? Le mystère est trop tentant pour Augustin qui décide de mener l’enquête !

Notre duo de héros très curieux et débrouillard va rapidement pouvoir rentrer au Cinérêve. Dans ce lieu incroyable, sont proposés des rêves à vivre comme si l’on choisissait son film sur un catalogue de VOD. Voulez-vous rêver de chevalerie ? De tapis volant ? Ni une, ni deux, Augustin va réussir à se faufiler dans un rêve incognito. Le voilà grand chevalier ! Dans son rêve, il peut se venger de son professeur M. Poincaré et de son camarade de classe Maxime qui ont tendance à le persécuter. Le lendemain, pour la première fois son maître le laisse tranquille. Drôle de coïncidence ? Notre cinéphile rêve (et c’est le mot) de retourner au cinéma mais celui-ci est réservé aux enchanteurs…

Ce premier tome d’une trilogie fut réjouissant. En parallèle de cette échappatoire fantastique qu’offre le Cinérêve pour Augustin, loin de l’école où il est harcelé, celui-ci va se se créer des amitiés féminines à l’école (qui je pense auront encore plus d’importance dans les prochains tomes). Cette BD se lit d’une traite et nous donne envie de découvrir rapidement les nouvelles aventures d’Augustin… surtout que le scénario se termine en plein suspense ! Du côté des illustrations, Roland Garrigue, s’il a déjà mis en couleurs des bandes dessinées, cette nouvelle série est la première qu’il signe en tant que dessinateur. Son trait assez rond nous plonge dès les premières pages dans une ambiance mystérieuse et pourtant familière. Les planches sont très harmonieuses et le rythme trépidant de l’histoire vient apporter un côté dessin animé, très rapide et prenant.

Augustin et Croquette se feront adopter très rapidement par les jeunes lecteurs. Le scénario est classique mais diablement efficace, on a envie de découvrir la suite et pourquoi pas nous aussi aller faire un tour au Cinérêve !

Le cinérêve, tome 1 : Le mystère Hortensia, Anne Didier, Roland Garrigue et Catherine Duval (Casterman)
disponible depuis le 21 octobre 2020
9782203181168 – 11,95€
à partir de 8 ans
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Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire – Maëlle Desard

Esther Parmentier, 19 ans, fait son stage dans un cabinet d’agence comptable où elle s’ennuie profondément et où la chaleur écrasante de l’été strasbourgeois lui fait regretter sa Bretagne natale. Mais elle n’est pas au bout de ses peines car elle déboule tout à coup dans un monde complètement fou et inattendu lorsqu’elle découvre qu’elle est une sorcière ! La voilà désormais stagiaire au sein de l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Et sa première enquête va la mener sur d’étranges disparitions d’adolescents…

Préparez-vous à succomber au charme ébouriffant et sarcastique d’Esther Parmentier, qui n’avait rien demandé à personne et se retrouve à frayer avec des créatures sorties tout droit de contes de fées ! Inspiré de la mythologie celtique, le monde magique de Maëlle Desard se compose de créatures aussi diverses que les vampires, les banshees, les loup-garous ou encore les djinns et les fantômes. Et sachez que tout ce petit monde vit parmi nous, grâce aux sorcières qui ouvrent des portails magiques entre la Terre et le Sidh, cet autre monde dont les créatures sont originaires. Passé le choc de cette découverte et de son nouveau statut de sorcière (de niveau 2 sur 82, soit un score particulièrement bas), Esther va se laisser embrigader dans une enquête de disparitions d’adolescents qui préfigure peut-être un complot bien plus important… Et pour tuteur, elle aura l’agent Loan, un vampire ultra séduisant qui lui hérisse le poil et avec qui la relation va être plus qu’électrique !

Maëlle Desard nous offre une enquête fantastique absolument trépidante, qui nous happe dès les premières pages. Et c’est dû sans aucun doute à la vivacité d’Esther, sa propension au sarcasme et aux formules fleuries et bouillonnantes ! J’ai eu un peu peur au début, que ce soit trop lourd et agaçant, et puis on se laisse vite prendre dans ce tourbillon d’actions et de dialogues qui fusent, qui ricochent et emportent tout sur leur passage. Les personnages sont tous très drôles et rivalisent d’imagination (gros coup de cœur pour le fantôme Mozzie et ses emojis très parlants) et Esther est sans doute aussi la plus originale, se démarquant des héroïnes qui se découvrent toujours être l’élue, la plus puissante de leur espèce ou ce genre de choses. Ici, les pouvoirs d’Esther – nuls, car elle est niveau 2, rappelons-le – ne sont pas ceux que l’on attend. Alors certes, elle résiste plutôt pas mal aux pouvoirs de séduction des Créatures, mais elle se révèle surtout être une enquêtrice plutôt douée en déduction et futée quand elle y met un peu du sien. Entre ses insécurités et sa vie qui bascule sans lui laisser le temps de digérer, Esther est ainsi très attachante et son humour dévastateur achève de nous convaincre d’en faire notre future meilleure amie.

Un roman décapant et plein d’énergie qui nous laisse un peu pantelant (c’est qu’on y laisse quelques litres de sueur nous aussi !) mais avec une furieuse envie de suivre Esther et tous les personnages de l’agence dans une nouvelle tribulation !

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire, t.1 – Cadavre haché, vampire fâché : une enquête sang pour sang, Maëlle Desard (Rageot)
disponible depuis le 1er juillet 2020
9782700275520 – 15,90€
à partir de 13 ans
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La ville sans vent – Éléonore Devillepoix

A Hyperborée, Lastyanax vient de terminer sa formation de mage. S’il a des ambitions, il ne s’attendait pas à devenir Ministre du Nivellement à 19 ans seulement, suite à la mort mystérieuse de son mentor… Alors qu’il prend ses fonctions, son chemin croise celui d’Arka, une gamine débarquée de loin qui a tendance à provoquer des situations malencontreuses dans sa recherche d’un père qu’elle n’a jamais connu. Tous deux vont devoir apprendre à s’apprivoiser pour déjouer les nombreux complots qui menacent la ville.

Car à Hyperborée, cité construite sur plusieurs niveaux et protégée d’un dôme magique – d’où son surnom de « ville sans vent » – la politique est un art qui se joue habilement et sournoisement. Si l’essentiel de l’action se déroule dans la ville, il est également question des autres cités de ce monde aux inspirations diverses, entre mythologie grecque et fantasy médiévale. Et Hyperborée est d’ailleurs un personnage clé, tout autant que Lastyanax ou Arka. Sa construction complexe et étonnante, basée bien évidemment sur ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, en fait le terrain de jeu parfait pour des intrigues tantôt mystérieuses et retorses, tantôt drôles et improbables. C’est d’ailleurs toute la force de ce premier roman d’Eléonore Devillepoix de proposer un roman de fantasy qui mêle habilement une intrigue politique passionnante à des personnages et des situations bourrés d’humour. Certains éléments m’ont d’ailleurs fait penser au fameux Disque-Monde de Terry Pratchett (les mages, même s’ils sont tout de même moins bras-cassés, les tortues qui ont un usage pas si éloigné de la Grande A’Tuin…). Bref, un univers riche, que l’on découvre au fur et à mesure des conflits qui se jouent, ou du passé d’Arka qui se révèle, et qui sera sans aucun doute exploré dans le deuxième tome de ce diptyque.

Mais le cœur de ce roman, ce sont aussi ses personnages. La ville, bien sûr, mais également Lastyanax et Arka. Si l’on ne se passionne pas tout de suite pour le mage, plutôt antipathique au début, on soutient tout de suite la quête d’Arka, son caractère aventureux et déterminé, son passé tout en mystères. La relation entre les deux va se mettre en place avec méfiance mais promet un très chouette développement qui change des codes du genre. Les dialogues sont savoureux, à l’image de ce duo que tout semble opposer. Comme dans toute bonne fantasy, nos héros ne sont pas seuls et un grand nombre de personnages gravitent autour d’eux. Si certains sont un peu trop en retrait (coup de cœur pour Pyrrha qu’on aimerait bien découvrir plus), d’autres apparaissent volontairement très peu de fois pour des ressorts comiques plutôt bien vus ! Mais tous apportent une densité à l’univers et à l’attachement que l’on porte à nos deux héros.

Bref, le plaisir de lecture est clairement là, on est dans une fantasy de qualité, un univers, des personnages et une intrigue qui nous embarquent dès les premières pages. Et que dire de cette magnifique couverture toute en dorures ! J’ai en tous cas bien hâte de découvrir la suite et fin de cette histoire captivante !

La ville sans vent, Éléonore Devillepoix (Hachette)
disponible depuis le 3 juin 2020
9782017108443 – 18€
à partir de 13 ans
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Starfell, Violette Dupin et le jour perdu – Dominique Valente

Vous avez égaré des clés, une chaussette ou même un dentier ? Adressez-vous à Violette, la plus jeune sorcière de la famille Dupin, qui retrouve tout ce qui a été perdu. Un don qui n’a rien d’excitant comparé aux autres membres de sa famille qui possèdent des dons puissants… Jusqu’au jour où Moreg Vaine, la plus redoutable des sorcières du royaume, demande à Violette de l’accompagner à la recherche… de mardi dernier. Ce jour a disparu de la mémoire de tous les habitants du royaume de Starfell !

Ce roman a tous les ingrédients pour plaire à de nombreux enfants : fantasy, aventure, humour et une galerie de personnages attachants ! On trouvera Oswin, un kobold (mélange de monstre sous le lit et de chat) au caractère épouvantable et très doué pour détecter les mensonges ; un voyant qui tombe dans les pommes ou encore une Calamity troll qui veut faire pousser des fleurs… Au fil du voyage de Violette et de Moreg Vaine, nous découvrons également le royaume de Starfell, royaume où la magie ne fut pas toujours tolérée. Le récit est très rythmé, les rebondissements ne manquent pas, on a vraiment envie de découvrir pourquoi le mardi a disparu, qui est derrière tout ça ?

Au début du roman, Violette Dupin souffre des moqueries dû à son pouvoir mineur, mais face à l’adversité, elle va progressivement prendre confiance en elle. Elle prendra très à coeur sa mission… et s’interrogera sur les effets secondaires d’avoir perdu une journée. Une très belle leçon de vie comme quoi chaque instant est important et qu’il faut faire très attention à ce que l’on souhaite dans la vie.

A noter, ce tome 1 se conclut très bien (sans cliffhanger) et on a hâte de découvrir les nouvelles aventures de Violette !

Starfell, t.1 – Violette Dupin et le jour perdu, Dominique Valente (Casterman)
disponible depuis le 27 mai 2020
9782203194717 – 14,95€
à partir de 9 ans
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L’épouvantable bibliothécaire – Anne-Gaëlle Balpe et Ronan Badel

Suzanne est un petit rat de bibliothèque (mais c’est une petite fille de 11 ans et demi, pas de confusion). Quand elle apprend qu’elle va passer ses vacances dans la ferme de sa tante Églantine avec UN seul roman, c’est la catastrophe ! Heureusement, une fois sur place, entre deux corvées à la ferme, elle apprend qu’un vieux manoir abrite une bibliothèque. Bizarrement, tout le monde semble avoir peur de cet endroit : la bibliothécaire serait une vieille sorcière acariâtre…

Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. L’amour de Suzanne pour les livres n’est pas sans rappeler le formidable personnage de Roald Dahl, Matilda. Ces deux héroïnes ont en commun le courage, la ruse et d’être un peu asociales. Heureusement Suzanne ne sera pas seule face à cette épouvantable bibliothécaire. Il faut souligner le côté démoniaque de la méchante bibliothécaire, elle est véritablement épouvantable ! Rapidement, elle va faire la connaissance, à son arrivée à la ferme, de deux personnages déjantés : Mo, une jeune fille bourrue et Marin, un garçon hypocondriaque. L’amitié est au coeur de l’intrigue et l’union fera la force.

L’histoire est déjantée et très drôle. En plein coeur de l’aventure, on retrouvera des pauses « infos insolites » sur les moutons, les bibliothèques ou les microbes – instructives et amusantes. Les illustrations de Ronan Badel apportent une chouette dynamique.

Un roman rythmé pour rire et trembler devant une aventure inattendue qui comprendra : fantôme, boule de feu, disparition. Un titre parfait pour les jeunes lecteurs – même pour ceux qui ne vont pas souvent en bibliothèque !

L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe, illustré par Ronan Badel (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 5 février 2020
9782377313761 – 10,90€
à partir de 9 ans