Son
0

Mon île – Mark Janssen

Une petite fille et son papa naviguent sur l’océan lorsqu’une terrible tempête détruit leur bateau, les laissant à la dérive sur un radeau. Heureusement, une terre est en vue, une toute petite île prête à les accueillir… Mais soudain, leur île semble bouger ! C’est le début d’un tout nouveau voyage à dos de tortue…

Bienheureux ces naufragés qui trouvent refuge sur le dos d’une tortue ! Cette géante des mers les accueille avec bienveillance et va permettre à ce père et sa fille de profiter de toute la beauté des océans, même si ceux-ci ne sont pas dénués de dangers. Heureusement, leur île prend soin d’eux, leur fait découvrir toute la vie des créatures marines et de celles qui traversent les océans ou vivent le long de leurs côtes. Nos naufragés sont ainsi heureux sur leur île, dans cette nouvelle vie tout en découvertes. Jusqu’à ce qu’un navire apparaisse au loin, signant leur retour à la civilisation humaine. Mais la petite fille ne quitte pas son île sans lui avoir fait une promesse : celle de venir la protéger le jour où elle aussi en aura besoin.

Album sur la protection de l’environnement et des créatures qui peuplent les mers et les océans, c’est à travers les merveilles de ces eaux que les enfants pourront être sensibilisés à notre biodiversité. Et quoi de plus beau que ces illustrations incroyables de Mark Janssen ? Telles d’immenses peintures digitales, les poissons et créatures océanes prennent vie grâce à des couleurs étonnantes, qui vont jusqu’à scintiller, pour nous en mettre plein les yeux. On plonge littéralement dans ces tableaux envoûtants, vertigineux et d’une fantastique richesse visuelle. Un voyage véritablement extraordinaire et inoubliable, pour cette petite fille qui se lie d’amitié avec cette tortue salvatrice et pour les lecteurs qui seront subjugués par les images de Mark Janssen. Magique et émouvant !

Mon île, Mark Janssen (Kaléidoscope)
disponible depuis le 19 août 2020
9782378880422 – 13,50€
à partir de 3 ans
Son
0

Pour la beauté du geste !

Nos deux héroïnes du jour ont en commun la réalisation d’exploits sportifs remarquables. Traverser les Etats-Unis d’ouest en est en courant, grimper sur le plus haut sommet du monde : ça vous en bouche un coin, hein ? Heureusement, ces incroyables efforts qui nous font déjà suer sont littéraires et, s’ils vous laisseront peut-être pantelants après votre lecture, vous en ressortirez en revanche sans courbatures et avec deux modèles d’une jeunesse engagée ! Prêts ? Partez !

A en perdre haleine – Deb Caletti

Un soir, après être allée chercher un burger, Annabelle décide de tout laisser en plan, et se met à courir. Elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint Washington, la capitale, soit l’exact opposé de sa position sur la carte. Accompagnée par son grand-père qui la suit en camping-car, Annabelle court car elle a quelque chose à dire, un combat à mener.

Et ce combat, on le découvrira au fur et à mesure des révélations qu’Annabelle nous confiera. On le devine en filigrane, une tragédie a frappé la vie de l’adolescente et la course devient sa façon de réagir, de se sortir de ce statut de victime qu’on lui attribue depuis lors, de faire passer un message, d’accepter, peut-être, ce qui lui est arrivé, et de trouver une forme d’apaisement. Le roman nous tient en haleine, de la même manière qu’Annabelle travaille son souffle pour tenir un marathon de près de cinq mois. La façon de toucher du doigt le cœur du sujet, avant qu’Annabelle ne le repousse, est parfois un peu agaçant pour le lecteur, mais participe à l’attachement pour cette héroïne qui n’a pas conscience d’inspirer, que son message peut aller au-delà de sa propre expérience. De jolies rencontres émaillent l’aventure d’Annabelle, mettent en perspective son histoire et montrent l’intérêt grandissant du grand public pour son combat. Deb Caletti nous offre un roman sensible, aux réflexions sociétales fortes, même si parfois un peu trop appuyées (les attentes de la société sur la façon dont « doivent être » les filles, par exemple, sont clairement indispensables, mais ce n’est pas toujours amené très subtilement). Engagé et inspirant !

A en perdre haleine, Deb Caletti, traduit par Maud Desurvire (PKJ)
disponible le 3 septembre 2020
9782266292962 – 18,50€
à partir de 14 ans

8848 mètres – Silène Edgar

Mallory a quinze ans et est la plus jeune alpiniste à tenter l’ascension de l’Everest. Avec son père, ils s’entraînent depuis toujours et, cette fois, ils se lancent dans cette incroyable aventure. Avec leur équipe, ils se préparent, évaluent les risques et découvrent ce parcours d’ascension qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’à présent…

Et Mallory va découvrir bien plus que le « simple » exploit sportif de gravir le sommet de l’Everest du haut de son adolescence. Car l’Everest, ce n’est pas n’importe quelle montagne. Alors que la jeune fille doit composer entre l’attention portée à sa santé, son oxygène et le froid capable de la tuer, elle est aussi malgré elle une curiosité qui pousse les médias à s’intéresser à son périple, lui demandant l’effort supplémentaire de réaliser des interviews. Silène Edgar nous invite ainsi à découvrir la manière dont se prépare une telle ascension, entre passages très descriptifs du trajet, de la façon dont tout cela s’organise, et des moments plus introspectifs qui nous emmènent aux côtés de Mallory et de la révélation que va être l’Everest pour elle. Car si, au départ, il s’agissait surtout de réaliser cet exploit avec son père, gravir l’Everest c’est aussi découvrir tout ce que cela recouvre : la pollution importante à quelques mètres du sommet et les effets du réchauffement climatique, la mort inéluctable au moindre faux pas, et la philosophie bouddhiste autour de la montagne. Un parcours initiatique qui va ainsi bien au-delà de l’exploit sportif pour se découvrir soi et le monde qui nous entoure. Un roman tout aussi engagé que le précédent, sur la préservation de la nature, avec une héroïne toute aussi attachante et déterminée.

8848 mètres, Silène Edgar (Casterman)
collection Ici/maintenant
disponible depuis le 10 juin 2020
9782203064317 – 16€
à partir de 12 ans
Son
0

Si c’est fluo, c’est bio !

Tu le trouves suspect ton étang qui irradie de jaune la nuit ? Ou ta boisson vert fluo 100% recyclée ? Alors t’es peut-être la bonne personne pour résoudre nos deux enquêtes du jour, et faire éclater la vérité sur des entreprises qui font fi des lois environnementales ! Justiciers de l’écologie, c’est à vous !

Des mutants dans l’étang

Après le génial Trafic à la fosse aux griffes, Véronique Cauchy nous propose une nouvelle Enquête graphique, avec cette fois Barroux au dessin. Le principe de la collection est simple : sensibiliser les enfants à l’écologie à travers des romans graphiques policiers. Et là où certains se ratent un peu en étant trop documentaires ou démago, ces enquêtes graphiques sont au contraire une véritable fiction, accompagnée simplement d’une double page documentaire en fin d’ouvrage. Véronique Cauchy réussit à nous embarquer dans une enquête véritablement à hauteur d’enfant et son écriture, qui va à l’essentiel tout en évoquant plein de pistes de réflexion, donne un rythme que la construction sous format bande dessinée complète à merveille. Et donc dans ce 2e titre de la collection, ce sont des vacances en Anjou qui permettent à nos deux héros, un frère et une sœur, de déjouer les méfaits d’une entreprise qui déverse ses déchets toxiques dans un étang. L’enquête est progressive, les différents symptômes de la pollution et de l’empoisonnement qui affectent humains et animaux distillent suspense et indices, et la résolution vient aussi grâce à l’intervention des adultes, parents et autorités compétentes. C’est vraiment très bien fichu (tout comme le 1er titre) et les illustrations de Barroux sont comme toujours un vrai régal ! Une série qui ne prend pas les enfants pour des billes à découvrir absolument !

Des mutants dans l’étang, Véronique Cauchy, illustré par Barroux (Kilowatt)
collection Enquête graphique
disponible depuis le 6 mars 2020
9782917045701 – 16,50€
à partir de 7 ans

La vie en vert fluo

Dans cet album, c’est un jeune trio d’enquêteurs qui ne pourra malheureusement pas compter sur les adultes pour venir à bout de cette usine de recyclage maléfique qui recycle absolument tout pour en faire des emballages, du compost et…des boissons ! Vous avez dit « beurk » ? Eh bien pareil pour nos jeunes héros qui vont découvrir que ce recyclage intégral, s’il paraît plutôt positif sur le papier, est en fait un véritable danger et que, bientôt, les adultes sont tous lobotomisés par leur « café vert » ou « vin composté » ! Ainsi les enfants et leur ingéniosité vont-ils être au cœur de cette enquête périlleuse qui va aussi les amener à un retour à la nature, jusqu’à ce que le problème soit résolu grâce à leur brillant stratagème. Le texte de Coline Pierré, fantasque et un peu dingo, nous emporte de l’insouciance d’une bande de copains à la lente et quelque peu terrifiante compréhension que tout ne tourne pas rond. Les illustrations hyper colorées de Gilles Freluche, dans un style graphique très vivant et expressif, offrent aussi de beaux moments de créativité et de fantastique digne des meilleurs films de monstres ! Un album qui ne manque pas d’humour et fait surtout la part belle au pouvoir de l’action collective !

La vie en vert fluo, Coline Pierré, illustré par Gilles Freluche (Mango)
disponible depuis le 10 janvier 2020
9782317022692 – 14,50€
à partir de 6 ans
Galerie
0

À propos de la vie – Christian Borstlap

La vie ! Quel vaste sujet. Qu’est-ce que l’on sait à propos d’elle ?

« Toute vie est connectée », explique Christian Borstlap, l’auteur de cet album un peu ovni. En effet, ce projet est né d’une campagne vidéo pour le zoo d’Amsterdam (Artis) dont il en est l’adaptation livresque. La volonté de l’auteur est de célébrer le cercle de la vie, prendre conscience de tout ce qui est vivant, montrer la grandeur de la vie et son interconnexion. C’est l’hiiiiiistoire de la vie ! 🎵

« Dans la vie, on bouge, on ressent, parfois on donne… et d’autres fois on prend.
La vie peut être compliquée… mais de temps à autre elle est douce et belle. »

Bien que le projet initial soit autour d’un zoo, cet artiste plasticien néerlandais a réalisé des créatures abstraites, très expressives ! « Il y a de la fourrure et des plumes dans le film, il y a du caca et des ânes, il y a des espèces volantes rampantes et grognantes, mais il n’y a pas de vrais animaux », a déclaré l’auteur sur le site Web It’s Nice That. L’album montre que les lois de la nature sont réelles et pertinentes pour tous les êtres, avec une pincée d’humour il montre que parfois il y la nécessité d’être discret ou très bruyant ; de se battre ou de s’enfuir. Le graphisme donne un côté « arty » qui n’est pas pour déplaire à Lisette. Les illustrations renouvèlent les albums sur le sujet vaste de la vie avec un style très crayonné, texturé. 

Cet album sans prétention est très touchant, le texte est simple et juste. Il sera surtout un bon support pour discuter avec les jeunes enfants curieux ! Notamment sur le rôle des humains dans la nature, « parce que la vie des uns est liée à la vie des autres. Nous sommes interdépendants ! »

Personne n’est une île, nous sommes tous connectés et c’est chouette de nous le rappeler parfois.

A propos de la vie, Christian Borstlap (Casterman)
collection Les albums Casterman
disponible le 11 mars 2020
9782203064737 – 15,95€
à partir de 4 ans
Image
0

Et le désert disparaîtra – Marie Pavlenko

Pour cette première chronique en duo, Bob et Lisette se sont penchés sur le tout nouveau roman de Marie Pavlenko qui, après nous avoir fait beaucoup rire (et un peu pleuré), revient avec un texte très différent et particulièrement actuel !

Samaa, 12 ans, rêve de chasser les arbres comme les hommes de sa tribu nomade. Son peuple vit dans le désert, respire dans des bouteilles d’oxygène et se nourrit de barres de protéines. Ils vendent le bohis à la grande ville en échange d’eau et de nourriture. Seule l’Ancienne, un veille femme qui vit à l’écart de la tribu en attendant la mort, se souvient d’un monde ancien où les arbres étaient synonymes de vie. Un jour, Samaa décide de suivre les chasseurs, mais très vite perd leurs traces dans l’immensité du désert. Lors d’une tempête de sable, Samaa se retrouve coincée dans une trouée et découvre un arbre gigantesque, de l’eau… Blessée, Samaa va réaliser que le monde d’avant n’a peut-être pas tout à fait disparu.

Lisette se sent seule dans le désert…

Ce roman très contemplatif, se rapprochant du conte, est un bel hommage à notre Nature. L’écriture de Marie Pavlenko est toujours poétique, lente, on subit avec Samaa le temps qui passe. Mais je crains aussi que certains lecteurs subissent le manque d’action, de suspense.
L’autrice aimerait que ce livre devienne un étendard d’une jeunesse qu’elle admire, cette lecture peut être une première graine dans la tête des jeunes lecteurs pour ouvrir grand les yeux sur ce que pourrait devenir notre monde si nous n’y prenons pas soin.

Lisette, du haut de ses couches culottes, a envie de vous rappeler que : le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment est maintenant ! Et puis elle serait trop triste si les framboisiers venaient à disparaître.

…Bob garde l’espoir !

C’est justement le côté contemplatif du roman qui a beaucoup plu à Bob. La force de l’écriture de Marie Pavlenko réside dans cette poésie, cette lenteur qui nous rend plus proches de la solitude, de la peur, et des espoirs de Samaa. Un récit fait de silences, qui explore la croyance d’une population qui n’a jamais connu rien d’autre que le désert et son enfer, et d’une jeune fille qui redécouvre tout ce qu’elle tenait pour vrai, tout ce que les arbres apportent au monde. C’est aussi l’histoire d’un combat, qui résonne bien évidemment avec ceux menés par la jeunesse d’aujourd’hui : celui de se faire entendre, de prendre soin de notre Terre qui subit les ravages de l’humanité et de tenir tête à ceux qui détiennent (ou croient détenir) l’autorité ou le savoir. A travers un récit d’anticipation d’une grande humanité, et la magnifique voix de Samaa, Marie Pavlenko nous invite à prendre conscience du caractère précieux de la nature et à la protéger, coûte que coûte !
Vous l’aurez compris, c’est un coup de cœur pour Bob ! ❤

A noter !
> une parution simultanée en livre audio, magnifiquement lu par la comédienne Delphine Cogniard, qui donne à entendre toute l'émotion de ce très beau roman.
> l'attention toute particulière portée à la fabrication du roman, de la façon la plus écologique possible.

Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 8 janvier 2020
9782081495616 – 14€
à partir de 12 ans
Et le désert disparaîtra (version audio), Marie Pavlenko, lu par Delphine Cogniard (Gallimard)
collection Écoutez lire
disponible depuis le 9 janvier 2020
9782072883927 – 18,90€
à partir de 12 ans
Son
1

Pieds de bois – Lalou

Jansen, apprenti d’un grand professeur de botanique, ne rêve que d’aventures et de découvertes scientifiques. Un beau matin, il décide de mettre enfin son plan à exécution : intégrer l’équipage d’un navire sous une fausse lettre de recommandation pour vivre son rêve. Et si cette partie-là du rêve se réalise très vite, la suite de l’aventure va se révéler bien plus complexe et étrange qu’il ne le pensait…

A une époque qui n’est jamais réellement donnée, mais qui nous ramène quelques siècles plus tôt quand le commerce entre les continents était aussi l’occasion de découvertes scientifiques, Lalou nous offre un roman d’aventures aux doux accents de réalisme magique. Aux côtés de Jansen, nous voilà embarqués dans une histoire de marins qu’une catastrophe va contraindre à complètement revoir leurs croyances. Lorsque le Batavia, leur navire, est attaqué et dévorée par des drôles de bestioles, les voilà qui dérivent le long d’une île inconnue, répertoriée sur aucune carte. Quelle n’est pas leur surprise lorsque, débarquant pour trouver de quoi réparer leur bateau, ils tombent sur des géants à la peau de bronze qui, sous prétexte d’obéir au « Protocole », ne leur laisse aucunement explorer leur île, au grand dam de Jansen… Ces Hommes de Bronze, dont les expressions totalement anachroniques nous arrachent quelques sourires, nous intriguent autant que notre héros et, quand ils apportent aux marins en perdition la solution à tout leur problème, on ne doute pas que leurs trésors et leurs mystères attireront bientôt la convoitise…

Une île étrange et inconnue, un peuple mystérieux, il n’en faudra pas plus à Jansen – et à nous lecteurs – pour succomber à la fascination que tous ces éléments exercent, et le récit de Lalou, rondement mené, nous tient en haleine jusqu’au bout. Une fable qui montre aussi l’impact de l’impérialisme sur une population jusqu’à alors coupée du reste du monde – et pour une bonne raison, et rappelle habilement comment les erreurs se répètent, encore et encore. Un roman d’aventures somme toute classique dans sa construction, mais résolument moderne sur les thématiques écologiques et sociétales, qui trouve une saveur toute particulière dans son côté magique et son humour absurde. Une belle découverte ! (On regrettera simplement les nombreuses coquilles qui parcourent le roman…) qui ne sont plus présentes dans le tirage actuel ! allez-y les yeux fermés ! (ou grands ouverts…pour lire, c’est mieux !

Pieds de bois, Lalou (Zebulo)
disponible depuis le 14 janvier 2020
9791096163137 – 13€
à partir de 13 ans
Son
0

Nous sommes l’étincelle – Vincent Villeminot

★★★★★

Depuis le début de l’année, on trépigne d’impatience à l’idée de vous parler du nouveau roman de Vincent Villeminot. Et pourtant, l’exercice n’est pas simple ! (On s’y est repris à plusieurs fois et cet article sans queue ni tête vous le confirmera). Parce que le roman de Vincent est une expérience de lecture, de littérature. Qu’en faire un résumé pour vous le présenter ne serait pas lui rendre justice. Nous sommes l’étincelle est un roman grandiose, une aventure humaine et révolutionnaire unique. Sur un thème qui peut faire penser à de la dystopie « classique » : une jeunesse qui cherche à se désolidariser du monde des adultes qui les déçoit et organise une grande révolution, Vincent Villeminot s’interroge sur l’utopie et, particulièrement intéressant, sur ce qui se passe après cette révolution. Et si on s’était trompé ? Une question vertigineuse et passionnante qui est le moteur de tous ces personnages dont nous allons faire connaissance au fil d’un récit qui se dévide, se coupe et se rejoint dans une construction délibérément fragmentaire et une temporalité non-linéaire s’étalant sur de nombreuses décennies.

Do not count on us, c’est le point de départ. Un manifeste écrit en 2022 par un jeune universitaire britannique qui va inspirer la jeunesse, en France, mais partout aussi en Europe. C’est l’étincelle qu’il fallait pour réveiller les consciences, pour inciter Antigone, Xavier, Paul, Jay ou La Houle à faire sécession, à quitter la ville pour suivre le rêve d’un retour à la nature, à une communauté sans leader, sans argent, sans tout ce qui fait aujourd’hui leur rejet de cette société à laquelle ils ne veulent plus appartenir. Un roman politique ? Oui, mais pas que ! Car il y a aussi Montana, Dan et Judith. On est en 2061, dans la Forêt. Ils sont ados, enfants, et ils s’amusent auprès d’un point d’eau. Jusqu’à l’arrivée des loups. Les vrais, les animaux, et puis les autres, ceux qui enlèvent des gosses, les traînent dans toute la forêt…pour les dévorer ? D’autres récits, encore, se mêlent et se croisent, pour former un roman aussi foisonnant que maîtrisé.

Et puis il y a cette écriture, violente, organique, brutale et poétique ; ces fragments de manifeste qui exaltent, ces psaumes qui invitent à la contemplation ; ces aventures passionnantes, angoissantes, optimistes, terrifiantes. Une émotion, des émotions, on ne ressort tout simplement pas indemne de cette lecture. Un roman qui hante, dans le bon sens du terme, un roman qui fait sens, qui interpelle, qui nous touche en plein cœur. Bravo, Mr Villeminot !

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot (PKJ)
disponible le 4 avril 2019
9782266290913 – 18,90€
à partir de 14 ans
Son
2

Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

9782748521900,0-3360369

Macha-des-Oyats a cent sept ans et vit dans le monde de la Douceur, où la nature, le respect de l’environnement et des autres a remplacé la violence et la technologie du monde de la Fin. Un jour, de jeunes gens viennent trouver Macha, la dernière à avoir connu ce monde terrible, et lui demandent de bien vouloir raconter son histoire, celle avant la Fin et l’arrivée de la Douceur…

★★★★★

Il y a dans le monde de la Douceur cette utopie qui manque depuis un certain temps dans la littérature d’anticipation et de science-fiction, notamment pour les adolescents. Jérôme Leroy renoue avec le genre dans cette histoire où Macha, une très vieille femme, vit dans un arbre, avec une communauté de gens tous plus sympathiques les uns que les autres. Le monde de la Douceur est né dans les ZAD voilà quatre générations et, désormais, les gens y vivent de la nature, de l’échange, du partage, sans technologie (en tous cas pas celle que l’on connaît et qui est à l’origine de la fin de l’ancien monde) ou notion d’argent, de propriété… Un vrai paradis ! Une utopie parfaite.

Lorsque trois jeunes gens viennent trouver Macha pour qu’elle leur raconte son histoire, celle d’avant la Fin, et non pas celle de la naissance de la Douceur dont ils ont déjà tant de témoignages, Macha est réticente, peu désireuse de retourner dans les tréfonds de sa mémoire, dans la violence et l’horreur qu’elle a connu adolescente. Pourtant, elle le fera, et c’est bien la plus grande partie du roman qui s’intéresse à cette enfance où Macha a vécu le pire. Je ne vous en dirais pas trop sur la vie d’avant de la centenaire, qui se découvre au fur et à mesure de la lecture mais tout se déroule à Nantes, dans une belle-famille de la haute société aux idées bien arrêtées alors que, dans la France de l’époque, les attentats s’enchaînent, les ZAD se multiplient, le parti politique nationaliste du Bloc Patriotique s’approche du pouvoir… Une situation qui n’est pas sans rappeler la nôtre… L’histoire de Macha, pleine d’émotion et de rébellion, nous montre tout le changement qui aura lieu entre le monde de la Fin et la Douceur dans laquelle elle vit désormais.

Un magnifique roman dans lequel Jérôme Leroy a choisi de nous montrer un futur positif et optimiste, qui ne sera peut-être pas le nôtre mais qui nous donne envie d’y vivre et d’y croire. Une très belle façon d’évoquer la politique et les problématiques actuelles. Beaucoup d’espoir, de chaleur et de lumière dans Macha en dépit de la dureté et de la violence vécue par la jeune fille, héroïne attachante et courageuse. Un roman lumineux à mettre entre toutes les mains ! 🙂

Macha ou l’évasion, Jérôme Leroy (Syros)
disponible le 25 août 2016
9782748521900 – 16,95€
à partir de 13 ans
Son
1

Le dernier arbre – Ingrid Chabbert & Guridi

9782352412519,0-2747966

Pour cette dernière chronique de l’année, Bob vous parle d’un album intitulé Le dernier arbre qui, on l’espère, annoncera autant d’espoir pour 2016 qu’il y en a pour notre jeune héros dans l’histoire… 🙂

Alors qu’il s’ennuie, le père de notre jeune narrateur lui évoque les souvenirs de quand il était petit, notamment quand il se roulait dans l’herbe avec son meilleur ami. Lui aussi a un meilleur ami, mais pas de verdure pour s’amuser, seulement les tours grises gigantesques, les routes en bitume, les parcs en béton. Du vert, il ne reste que ces treize brins d’herbe, mais il faut marcher beaucoup pour y arriver… Jusqu’au jour où son meilleur ami lui annonce avoir découvert quelque chose…

★★★★☆

Un petit arbre – sans doute le dernier ? – pousse dans le bitume. Mais comme tout dans la ville de notre petit héros, il disparaîtra au profit d’un immeuble toujours plus haut. Heureusement, une pelle et un vélo vont permettre à nos deux amis de sauver le dernier être végétal de leur monde et de faire grandir l’espoir dans leurs cœurs. Un album qui n’est peut-être pas très original dans sa thématique, mais qui nous touche assurément. D’abord par les mots d’Ingrid Chabbert qui, tout simplement, nous dit les choses avec poésie : les souvenirs, les rêves, les passions, les espoirs… Le texte est court, mais percutant, poignant.

41Lxrgs1NXL

Puis les illustrations de Guridi, qui s’accordent parfaitement au texte et à l’ambiance de cette histoire. Beaucoup de gris, d’ombres et de rapports de taille, afin d’illustrer le caractère oppressant, triste et ans issue de cette ville où la nature n’a pas sa place. Et des verts qui chatoient, qui annoncent la vie et la possibilité de la faire revenir dans l’environnement terne de l’existence des deux petits garçons.
Un très bel album qui nous invite à prendre conscience de la fragilité de la nature et à faire notre possible pour la préserver…

Le dernier arbre, Ingrid Chabbert, illustré par Guridi (Frimousse)
collection Maxi boum
disponible depuis le 29 octobre 2016
9782352412519 – 18€
à partir de 4 ans

Son
0

Moabi – Mickaël El Fathi

CouvMoabi1000

Bob aime bien les forêt. Et il aime aussi beaucoup les arbres, même s’il vient plutôt des mers et des océans. Alors, aujourd’hui, il a décidé de vous parler d’un des plus beaux arbres du monde : le moabi.

Il y a longtemps, une petite graine s’est mise à pousser quelque part dans la terre. Elle a grandi, grandi, et est devenue un arbre magnifique : le Moabi. Un arbre qui a vu le monde grandir en même temps que lui, qui a vu les dinosaures, puis cet être étrange qui ressemble un peu à ses amis les singes. Il a vu l’homme évoluer et a commencé à trembler…

★★★★★
Image07_branches

Mickaël El Fathi n’est pas qu’auteur et illustrateur, il a également été un grand voyageur, ce qui a sans doute exalté sa sensibilité au monde qui l’entoure. Car Moabi est un album magnifique et incroyablement sensible, qui nous transporte à un âge lointain, à la rencontre d’un arbre gigantesque et millénaire qui nous raconte son histoire. Un arbre qui fut le premier à percer la terre pour s’élancer vers le ciel et à créer cette forêt dans laquelle il vit désormais, observant le passage du temps et l’arrivée de créatures toutes plus diverses que variées. Jusqu’à l’arrivée de l’homme, d’abord créature parmi les autres, jusqu’à ce qu’il se lie d’amitié avec le feu et s’éloigne de tous. A mesure que le temps passe, l’homme prospère et se construit des maisons. Une nouvelle vie qui nécessite du bois et qui va faire trembler le grand Moabi…

Image11_02

Avec des mots simples, mais poétiques, Mickaël El Fathi nous offre une fable écologique qui nous émerveille. Ses illustrations en double pages, très colorées, nous emmènent dans un univers étonnant et somptueux, où l’on admire chaque détail, chaque couleur. Il y a certaines pages qui m’ont tout simplement subjuguées (celle des dinosaures, par exemple). J’ai beaucoup aimé son texte, et notamment le message d’espoir de la toute dernière page… Un splendide album, donc, qui se termine par quelques données documentaires sur les arbres et notamment sur le Moabi, par le botaniste Francis Hallé. A découvrir et à offrir sans tarder ! 🙂

Moabi, Mickaël El Fathi (La Palissade)
disponible depuis le 20 octobre 2015
9791091330190 – 16,50€
à partir de 5 ans