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Gamine – Emmanuelle Rey

Judith a seize ans, fait de la natation en club avec sa meilleure amie, et ne rêve que d’avoir un petit copain intéressant. En boîte, elle rencontre Colin, mature, sûr de lui et qui s’intéresse à elle. Mais il a 32 ans, et peu importe s’il a le double de son âge (même si elle lui a – un peu ! – menti) car elle est enfin amoureuse !

Après le poignant Comme deux frères (qu’on n’avait pas eu l’occasion de commenter ici mais qu’on vous conseille grandement) sur la disparition et la culpabilité, Emmanuelle Rey revient chez Didier Jeunesse avec un roman qui s’intéresse aux relations toxiques et notamment à l’emprise. Je ne vous divulgue rien, on le sait très rapidement ! D’autant plus que le texte est très court, ce qui participe d’ailleurs à la qualité de ce roman, raconté du point de vue de Judith, et qu’on lit en totale apnée. Car la relation de Judith avec Colin devient très vite dérangeante, faite de règles et d’excuses dont on comprend très vite qu’elles vont mettre la jeune fille sous l’emprise de cet homme pas si beau, pas si intéressant, pas si puissant, mais qui va la manipuler à sa guise. Malgré les mises en garde de sa meilleure copine, ou même de sa famille, mais aussi de sa propre conscience que tout n’est pas « normal », Judith s’enfonce un peu plus dans cette relation qui n’a plus rien de magique et qui la met dans des situations parfois inconfortables ou dangereuses.

L’écriture d’Emmanuelle Rey, sans artifices, où tout est dit sans suggestions ou fioritures, est terriblement efficace. L’empathie pour Judith est totale et la sensation de retenir notre souffle jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot, n’en est sans doute pas une ! (On a bien expiré une fois arrivé à la fin, soyez prévenu.es !) Un roman intense et bouleversant. On aime aussi cette très belle couverture d’Emmanuel Polanco, qui s’accorde parfaitement au texte.

Gamine, Emmanuelle Rey (Didier Jeunesse)
disponible le 14 septembre 2022
9782278120918 – 13,50€
à partir de 14 ans
Galerie
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Deux romances jeunesse pour l’été

❤ Votre romance, vous la voulez plutôt sanglante ou dansante ?

Anatomy : love story – Dana Schwartz

Bienvenue au 19ème siècle à Edimbourg. Hazel est une jeune aristocrate à l’avenir tout tracé. Promise à son cousin, son rôle est de se préparer à devenir une épouse dévouée. Mais du haut de ses 16 ans Hazel est plus intéressée par la médecine que par le mariage. Aspirante chirurgienne, elle décide de braver les interdits liés à son sexe et à sa classe sociale pour suivre en secret des cours d’anatomie. La ville entière d’Édimbourg est menacée par une maladie mortelle appelée la fièvre romaine et tout le monde la craint. Un autre fléau sévit : les voleurs de cadavres. Ils pillent les tombes pour vendre aux apprentis médecins et à l’université des dépouilles afin que les étudiants s’exercent.

Malheureusement, le subterfuge d’Hazel est rapidement mis à jour, son déguisement d’homme n’a pas trompé son entourage longtemps. Elle passe alors un marché avec le grand Dr Beecham : si elle réussie l’examen pour être médecin, l’université ouvrira ses portes aux femmes. Sauf qu’étant interdite de travaux pratiques, Hazel va vite se rendre compte qu’étudier les livres ne suffit pas – elle va avoir besoin de cadavres à disséquer.

La couverture est magnifique mais Lisette préfère vous avertir, ce n’est pas un roman d’amour. Cette fiction historique construite avec un soupçon de fantastique et d’amour reste chaste (malgré quelques baisers torrides dans un cimetière !)

Lisette vous mets en garde, en effet, la fin peut paraître un peu abrupte et change le ton du roman. Ce roman gothique est non seulement insolite mais aussi écrit dans un style intelligent, il dérange les codes. C’est une belle lecture dans laquelle on accompagne une héroïne téméraire et forte. Cette lecture est surprenante pourtant votre humble chroniqueuse est rarement surprise. 😉

Anatomy : love story,Dana Schwartz, traduit par Julie Lopez (Albin Michel)
disponible depuis le 1 juillet 2022
9782226472984 – 18,90€
à partir de 13 ans

Instructions for dancing

Evie ne croit plus en l’amour. Cette lycéenne, adepte des romances, a vu son monde s’écrouler le jour où elle a découvert que son père avait eu une liaison avant de quitter sa mère. Alors qu’elle va se débarrasser de sa bibliothèque de romans d’amour, elle rencontre une vieille dame qui lui offre un livre de danse. Quelque temps plus tard, Evie découvre qu’elle peut voir la vie amoureuses des couples qui s’embrassent… du premier baiser à la rupture.

En voulant comprendre d’où viennent ces visions, les pas d’Evie vont la conduire dans un studio de danse. Elle fera la rencontre d’X, qui deviendra son séduisant partenaire pour un concours. Oui, au bout d’une leçon, elle se retrouve à participer à un concours de danse- tout va très vite dans ce livre !

La danse et la musique sont des jolies couleurs de fond qui accompagnent Evie dans sa vie de lycéenne. Cependant, le roman se concentre principalement sur son quotidien avec son groupe d’amis, sa vie de famille, ses interrogations et sa dualité entre les sentiments qu’elle éprouve pour X, pour cet amour naissant et le remariage de son père.

Il faudrait aussi mentionner l’humour, les dialogues qui se dégustent comme des bonbons qui piquent, les personnages attachants… Evie et X : un duo qui va faire roucouler de nombreuses lectrices !

Ce livre est une romance qui se joue des romance ! Au programme : de la danse, un brin de fantasy et surtout beaucoup d’amour : amour familial, amical et amoureux. Ce livre est une comédie dramatique, ici on aime les histoires qui finissent mal, et qu’il est agréable d’être submergée par des émotions contradictoires.💃

Instructions for dancing, Nicola Yoon, traduit par Laurence Bouvard (Bayard)
disponible depuis le 8 juin 2022
9791036332746 – 17,90€
à partir de 12 ans
Son
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Enterrer la lune – Andrée Poulin

Dans un petit village en Inde, Latika déteste la Lune. Car elle est la raison pour laquelle elle et toutes les autres filles et femmes de son village sont obligées d’aller dans le champ de la Honte. Elle est la raison pour laquelle sa grand-mère est alitée, pour laquelle sa tante pleure tout le temps et pour laquelle les filles ne peuvent plus aller à l’école une fois qu’elles sont devenues femmes… Alors lorsqu’un représentant du gouvernement, M. Samir, se présente dans son village, Latika est prête à briser les tabous pour concrétiser une idée qui changera sa vie.

Ce champ de la Honte, c’est celui dans lequel Latika et les autres femmes du village sont contraintes de faire leurs besoins. Car il n’existe pas de d’installations sanitaires, comme pour 4 milliards d’autres personne dans le monde (un chiffre ahurissant !). En plus du manque d’hygiène, d’intimité, les risques sont grands pour ces filles qui doivent attendre la nuit pour se soulager en secret. Comme pour sa grand-mère qui est alitée à cause d’une piqûre de scorpion dérangé pendant la nuit, ou sa tante qui a perdu son bébé à cause de la fièvre et du manque d’hygiène. Alors Latika déteste la nuit, cette Lune qui l’éclaire si faiblement pendant qu’elle doit se cacher pour accomplir un besoin qui semble si simple et évident et lui enlève sa dignité, ce champ qui est le symbole de cette honte que les femmes doivent cacher et accepter sans rien dire, cette inégalité qui la sépare des garçons, qui l’empêchera de poursuivre ses études à l’école lorsqu’elle atteindra la puberté. Pour raconter cette injustice, Andrée Poulin a choisi le vers libre, une succession de textes courts et poétiques qui disent la honte, la colère, la pudeur et la détermination de cette jeune fille courageuse et idéaliste qui profitera de la venue de M. Samir pour oser prendre la parole et demander des toilettes pour toutes les femmes de son village.

Un texte subtil et délicat merveilleusement illustré par l’illustratrice indienne Sonali Zohra. Des couleurs chatoyantes et vibrantes, avec une dominante du violet, qui illuminent complètement ce récit plein d’espoir. Un roman qui permettra également de prendre conscience de ces privilèges qui nous semblent acquis, mais ne le sont pas pour toutes et tous.

Enterrer la lune, Andrée Poulin, illustré par Sonali Zohra (Alice Jeunesse)
collection Deuzio
disponible le 10 février 2022
9782874264801 – 14€
à partir de 10 ans
Son
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Les étincelles invisibles – Elle McNicoll

Addie est autiste. Cette année, Mlle Murphy, son enseignante, lui montre autant de mépris que certains autres élèves qui se moquent de sa différence. Le jour où, lors d’un cours d’histoire, il est question de femmes exécutées à l’époque de la chasse au sorcière dans sa ville d’Ecosse, Addie est bouleversée. En se renseignant sur ces femmes qu’on appelait sorcières, elle réalise qu’elle a peut-être beaucoup en commun avec elles. Addie décide alors de mener une campagne pour que la ville honore par un monument ou une plaque commémorative ces femmes injustement traitées.

L’affirmation de soi, le droit à la différence, l’acceptation de l’autre, autant de thèmes que l’on retrouve dans ce roman d’une grande sensibilité. Elle McNicoll, elle-même autiste, se nourrit sans aucun doute de sa propre expérience pour nous offrir le personnage d’Addie, jeune écolière pour qui les lumières trop fortes ou la lecture des visages peuvent être une difficulté dans la vie de tous les jours. Passionnée par les requins, grande lectrice et toujours fourrée à la bibliothèque de l’école ou à la librairie (avec un très chouette bibliothécaire et une super libraire en prime – tout ce qu’on adore !), Addie a besoin d’aller toujours au fond des choses quand un sujet l’intéresse et ne se promène jamais sans son thésaurus offert par sa grande sœur Keedie, autiste elle aussi. Ainsi, lorsque le passé de la petite ville de Juniper (pas loin d’Edimbourg) est abordé en classe, et que Addie découvre le sort réservé à une cinquantaine de femmes du village voilà quelques siècles, il lui faut tout savoir pour comprendre comment une telle chose a pu se produire. Et Elle McNicoll réussit très finement à faire le parallèle entre l’autisme d’Addie et les raisons qui ont pu conduire une population à exécuter des femmes innocentes. Car sans doute étaient-elles elles aussi « différentes », autistes ou neuroatypiques. La volonté d’Addie à réhabiliter ces femmes, et à inciter les autorités de sa ville à rendre hommage aux victimes par le souvenir, va être le fil rouge de cette histoire qui s’intéresse aussi aux relations qu’Addie a avec sa famille, notamment ses sœurs (ses parents sont plutôt laissés de côté et c’est peut-être le seul point noir du roman), ses amies (ancienne et nouvelle) et surtout sa maîtresse, personnage particulièrement détestable.

Malgré la violence des propos ou des actes de la maîtresse ou des camarades de classe d’Addie, Les étincelles invisibles est un très beau roman, délicat et lumineux, qui invite à la tolérance et à prendre conscience que le monde n’est pas conçu pour tous.tes et que certain.es le perçoivent différemment. Eclairant et passionnant, le roman ne manquera pas de vous toucher au cœur grâce à ce personnage si fort, si juste et si attachant. Une très belle découverte et un très beau texte sur l’autisme.

Les étincelles invisibles, Elle McNicoll, traduit par Dominique Kugler (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 15 octobre 2021
9782211001861 – 13,50€
à partir de 12 ans
Son
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Mauvaises graines – Benoît Minville

Vasco, trente ans, vit de petits boulots sur la côte portugaise. Pendant les vacances d’été, il retrouve par hasard une ancienne camarade de classe, Mélissa, dont il était aussi fou amoureux. Prof de français en région parisienne, elle gère aussi le club de futsal mixte de la ville qui a vécu un gros bouleversement au printemps dernier et se trouve aujourd’hui dans la tourmente. Sur un coup de tête, Vasco lui propose de devenir le coach de l’équipe…

Après Les belles vies, quel plaisir de retrouver Vasco et son bagout, une bonne douzaine d’années plus tard, confronté à un nouveau défi de vie. Et encore plus de retrouver Benoît Minville dans le registre de la comédie sociale après l’aventure fantastique et horrifique de Héros. C’est donc au Portugal que l’histoire commence, où Vasco vivote un peu difficilement, jonglant entre son caractère de cochon et la précarité. Son projet de vie ? Pas loin du néant. Alors quand il retombe sur Mélissa, et que vient l’idée de coacher son équipe des Furyôs, ses projets prennent un tournant conséquent. D’abord parce qu’il va falloir rentrer au bercail (et retrouver sa mère), ensuite parce qu’il va falloir reprendre une formation (coach ne s’improvise pas), mais surtout parce qu’il va falloir relever une équipe de jeunes qui s’est cassé la figure bien comme il faut (et dont la moitié du groupe a tout bonnement abandonné le navire). Et, au passage, tenter peut-être de déclarer enfin sa flamme à Mélissa… Bref, notre Vasco a du pain sur la planche mais, assurément, rien ne va entamer son énergie débordante et les « mauvaises graines », c’est bien un truc qu’il connaît !

C’est LE roman de la bonne humeur pour commencer ce début d’année avec panache et optimisme. Dialoguiste génial, Benoît Minville nous régale de son écriture furieusement rythmée, drôle et d’une grande justesse d’émotion. Si le récit se concentre beaucoup sur Vasco, les jeunes de l’équipe des Furyôs prennent progressivement le lead, nous permettant ainsi de découvrir ces ados, leurs histoires personnelles et leurs espoirs, pour nous les rendre aussi attachants qu’ils vont le devenir pour leur nouveau coach. Que celles et ceux qui n’aiment pas le foot (en salle ou à l’air libre) se rassurent : malgré les nombreuses scènes de matches qui rythment le roman, celles-ci ne sont jamais inutiles et, avec toute l’intensité et la passion que Benoît Minville met dedans, elles sont ainsi le révélateur de ce qui se joue aussi en dehors du terrain entre les ados, des valeurs qui animent chacun d’entre eux et que le sport tend à leur apporter.
Mauvaises graines, c’est un roman vivant et généreux, sur la force du collectif et de l’amitié, sur la passion et l’envie de se surpasser, aux personnages profondément justes et attachants. Une véritable bouffée d’air frais ! Go, Furyôs, go !

Mauvaises graines, Benoît Minville (Sarbacane)
collction Exprim’
disponible depuis le 6 octobre 2021
9782377317158 – 17€
à partir de 13 ans
Son
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La Gueule-du-loup – Eric Pessan

Lorsque le confinement est annoncé, Jo, sa mère et son petit frère partent à la campagne, dans la maison de ses grands-parents maternels, au lieu-dit La Gueule-du-Loup. Inoccupé depuis deux ans, l’endroit est idéal pour s’éloigner de la ville et de leur père soignant qui veut les protéger de la contamination. Mais le lieu n’est pas très accueillant, sent le renfermé, et, bientôt, des phénomènes étranges s’y produisent : bruits de pas dans le grenier, peluche qui disparaît puis réapparaît déchiquetée, carcasse d’animal dans le salon… La peur et la tension grandissent : que cache La-Gueule-du-Loup ?

Il y a dans l’œuvre d’Eric Pessan un style et un univers unique (et on se rend compte qu’on ne vous a pas parlé de beaucoup de ses romans ici, alors qu’on les adore !) qui explore la vie de personnages liés ensemble par le même lieu d’habitation. Ici pourtant, on s’éloigne de Nantes pour un récit qui emprunte les codes du genre fantastique. Des fragments de texte qui parlent d’un loup, des poèmes confinés écrits par Jo et le récit de la jeune fille se mélangent habilement pour créer une ambiance propre à nous déstabiliser, à supposer mille et un scénarios, et nous laisser ce goût étrange qui ne nous lâchera pas jusqu’à la fin du livre.

Cette maison que Jo découvre, elle qui n’a jamais rencontré ses grands-parents, est autant une énigme que le lieu de secrets dont elle ressent l’importance et l’indicible douleur. Entre les éléments qui se déchaînent et les étrangetés qui surgissent, l’ambiance est posée et l’écriture d’Eric Pessan, puissante et sensuelle, renforce la sensation anxiogène qui nous tenaille. Avec Jo, on essaye de comprendre si des phénomènes paranormaux ont effectivement lieu ou s’ils sont les symptômes plus profonds d’une maladie indéfinissable. Eric Pessan nous ballote sur la fine ligne qui sépare le réel du rêve, ou ici du cauchemar. Si la métaphore du loup donnera vite un indice sur la vérité au lecteur averti, elle ne manquera pas de surprendre celles et ceux qui se seront laissés prendre dans la toile sinueuse tissée par l’auteur.

Dans ce roman court et glaçant, parfaitement maîtrisé, Eric Pessan nous raconte les dégâts terribles d’un secret de famille avec intelligence et subtilité. Saisissant !

La Gueule-du-loup, Eric Pessan (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 1er septembre 2021
9782211312400 – 14€
à partir de 13 ans
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Annie au milieu – Émilie Chazerand

Annie est la sœur de Velma et Harold. Au centre de la famille, elle irradie de son sourire et de sa fantaisie. Mais Annie est « différente » selon les autres, car elle a un chromosome en plus. Et c’est cette « différence » qui va être le motif de renvoi de son équipe de majorette, une passion qu’Annie adore plus que tout ! La sidération et la colère passées, la famille d’Annie ne va pas se laisser abattre et va au contraire faire équipe et se rassembler pour montrer leur propre équipe de majorettes et en mettre plein la vue à ces intolérants !

Liste de 21 raisons d’aimer le roman

· Un roman choral, raconté tour à tour du point de vue de Velma, Harold et Annie.
· Le ton du roman, certes décalé et drôle comme on connaît si bien Émilie Chazerand, mais avec une gravité qu’on lui découvre et qui apporte plus de profondeur que ses précédents romans.
· La question de la place dans la famille, ces voix de Velma et Harold qui peinent à exister, à se faire entendre, dans l’ombre de leur sœur qui mobilise toute l’attention, toute la famille.
· La voix d’Annie, si rare en littérature, qui donne sa vibration à tout le roman. (Une autre voix trisomique à découvrir dans le roman de Mel Darbon).
· Dalida, amie imaginaire qui scintille et apporte cette fantaisie aussi drôle qu’inattendue.
· L’univers des majorettes, une discipline plutôt inédite en littérature, qui contribue à l’humour du roman et au dépassement de soi d’une famille qui prend enfin le temps de se parler, se (re)découvrir.
· La galerie de personnages secondaires, qui apportent tous un petit quelque chose de plus à cette chronique familiale.
· La typographie qui se réduit lors des chapitres de Velma. Si discrète qu’elle ne prend pas trop de place dans la page… avec ses pensées si douloureuses « Aujourd’hui, j’ai un peu existé ».
· La passion d’Annie pour les paillettes.
· L’ouverture de cœur que procure ce roman, l’élan d’amour pour la vie quand on le referme.
· La relation entre la mère d’Annie et la grand-mère, une relation d’amour-haine, si pleine de répartie.
· L’amour d’Harold pour Camille.
· Marie-Claire, la grand-mère, qui résume assez bien l’idée globale du livre : « la famille, c’est un gilet pare-balles ».
· La recette de ce livre : un chouia de mal-être, une pointe de différence, une bonne dose de secrets et surtout beaucoup d’humour et d’amour.
· Les paris discrets entre les parents.
· La chanson Basique d’Orelsan
· Gigi l’amoroso, la poule.
· Les dimanches dans la famille.
· La fin est à la hauteur du reste du roman : réaliste et pleine d’espoir.
· Les listes de Velma, qui nous ont inspiré la nôtre, et qui se terminent invariablement avec la même raison.
· Annie.

Et la bande-annonce du roman pour poser l’ambiance…

Annie au milieu, Émilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 25 août 2021
9782377316953 – 17€
à partir de 13 ans
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La vie en rose de Wil – Susin Nielsen

Après un malheureux incident lors de son arrivée à Toronto, Wil est devenu la risée de son lycée. Malgré cette déconvenue, il vit une vie plutôt tranquille entre ses mères qui l’adorent (les Mapas), son meilleur ami Sal, d’environ soixante-dix ans son aîné, et son chien borgne et courtaud Templeton. Il partage ses journées entre son job d’Expert en composition de sandwichs, l’aqua-gym avec des mamies, son talent muscial inné pour le triangle, et l’écriture de poèmes. Jusqu’au jour où son monde bascule avec l’arrivée des correspondants français… Car il découvre que son Charlie est en réalité une fille et elle est absolument fabuleuse !

Bob voit la vie en Susin Nielsen

Vous devez savoir si vous nous suivez depuis un moment que Bob est un fan absolu de Susin Nielsen et que chaque parution est attendue comme le cadeau de Noël qu’on désire de tout son cœur ! A chaque fois, Bob sait qu’il va adorer, qu’il va rire et pleurer, qu’il va vouloir aller vite au bout de l’histoire et en même temps la lire petit à petit pour la savourer. ❤ Ce nouveau roman de Susin Nielsen est encore une fois un régal de lecture ! Entre ces dialogues aux petits oignons, cette sensibilité qui touche toujours juste et cette fantaisie parfaitement dosée, on succombe pour ses personnages et ses situations aussi loufoques que sensibles. Comme toujours, on ressent une profonde bienveillance dans l’écriture et la construction des personnages de Susin Nielsen : malgré les imperfections de chacun, les difficultés rencontrées, il y a toujours tout cet espoir et cette tolérance qui caractérisent ses histoires, cette volonté de se découvrir et s’aimer soi-même. Les romans de Susin Nielsen, ce sont des moments de lecture uniques, c’est la chaleur de la couette qui nous réconforte toujours, et la promesse d’une vie en rose.

Lisette veut plus de rose dans sa vie

Si vous avez lu attentivement cette chronique, vous pouvez penser que cette histoire paraît simple mais c’est sans compter sur le merveilleux travail de conteuse de Susin Nielsen. Lisette est toujours très heureuse quand elle tombe sur un roman qui prend les adolescents au sérieux mais avec humour ! Ici, il est question d’amitié, de confiance en soi et d’émois adolescents, de vie de famille… mais également de harcèlement et de difficulté financière. Will n’est pas épargné par les désagréments de la vie, ce qui le rend terriblement attachant. L’autrice valorise la diversité : l’homosexualité, l’amitié avec une personne âgée mais ces sujets ne sont jamais au cœur du roman. La force de l’écriture réside dans sa capacité à transmettre des valeurs humanistes comme l’entraide, le respect, la tolérance avec des situations de vies cocasses ! Petit bonus avec le duo de mères de Will qui lui enseigne une sexualité très positive à base de consentement enthousiaste « Ne suppose jamais a priori qu’une fille désire un contact physique, quel qu’il soit ! Demande Toujours Avant™. » Des recommandations toujours très bien placées !

Ouvrir un livre de cette autrice, c’est se blottir dans l’histoire avec réconfort et sourire. La vie en rose de Wil est une très belle fresque humaine hétéroclite et touchante, un univers dans lequel on s’immerge avec tendresse.

La vie en rose de Wil, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 25 août 2021
9782330153472 – 14,90€
à partir de 12 ans
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Anne de Redmond – Lucy Maud Montgomery

Anne Shirley est de retour ! Elle a désormais 18 ans et rentre à l’université de Redmond. Au programme : étude, écriture, nouvelles rencontres et surtout, toutes sortes de mésaventures ô combien romantiques ! C’est en compagnie de ses anciens compagnons de vies : Gilbert, Charlie et Priscilla qu’elle va découvrir la vie d’étudiante. Mais c’est sans oublier ses retours à Green Gables pour retrouver sa famille, se ressourcer auprès de la nature et entretenir ses amitiés. Un troisième tome sous le signe de la colocation entre jeunes filles et de l’amour ! Oui car ce livre contient de nombreuses demandes en mariage…

Ce troisième tome vient confirmer tout ce que j’ai pu déjà écrire (ici et ) sur cette magnifique saga. Lucie Maud Montgomery a une écriture inimitable, que j’aime comparer à un cocktail entre la Comtesse de Ségur et Jane Austen. Non pas pour le style (je l’ai dit incomparable et poétique) mais pour le plaisir de lire un roman bucolique, nostalgique et plein de bon sentiments. C’est enveloppant et frais comme un jour d’automne et simultanément plein d’humour et lumineux.

En quittant l’île qui l’a vu grandir et s’épanouir, Anne découvre une nouvelle vie et une nouvelle partie d’elle, plus adulte. Ses nouvelles amitiés à l’université sont hautes en couleur. Elle va notamment faire la rencontre d’une jeune fille extravagante – qui mériterait une saga à elle seule : Philippa. Phil est aussi volubile qu’une Anne de 11 ans, elle est enflammée et ses amours sont un plaisir à suivre. Comme dirait Tante Jimsie en parlant de cette jeune fille :

– Eh bien, je l’espère, Anne. Je l’espère vraiment parce que je l’aime. Mais je n’arrive pas à la comprendre, elle me dépasse. Elle ne ressemble à aucune des filles que j’ai connues, ni à aucune de celles que j’ai moi-même été.
– Combien de filles avez-vous été, Tante Jimsie ?
– Environ une demi-douzaine, ma chérie !

Les lecteurs prendront aussi beaucoup de plaisir à découvrir les lettres du malicieux Davy, le jumeau dont s’occupe Marilla, qui vient apporter beaucoup d’humour et de malice grâce à sa vision enfantine de la vie !

Vous l’aurez compris, ce titre n’est pas un roman à intrigue, il s’agit de chronique racontant l’évolution des personnages. Et quelle évolution pour Anne ! L’autrice arrive, avec talent, à mettre en lumière toutes les subtilités qui font qu’un être peut rester le même toute sa vie mais avec des nouvelles nuances, des dégradés. Anne reste fidèle à ses convictions et en même temps évolue sous nos yeux. Anne de Redmond est un roman parfaitement équilibré, l’œuvre d’une autrice accomplie, qui non seulement approfondit ses personnages mais ouvre aussi de nouveaux horizons. Vivement la suite en… 2022 !

PS : Ai-je besoin encore une fois de dire à quel point l’objet lui-même est beau ? Monsieur Toussaint Louverture me surprend à chaque nouveau opus !

Anne de Redmond , Lucy Maud Montgomery, traduit par Laure-Lyn Boisseaux-Axmann (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible depuis le 19 août 2021
9782381960258 – 16,50€
à partir de 12 ans
Son
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À la recherche de Mrs Wynter – Eric Senabre

Fan de la série des années 60 « Talons hauts et veste de tweed », Medhi est aussi fou amoureux de son actrice principale, Beryl Doncaster. Sauf que celle-ci a trois fois son âge, qu’elle vit en Angleterre et qu’elle a disparu du feu des projecteurs voilà bien des années. Mais pour un amoureux transi, rien n’est impossible et Medhi va se lancer avec sa meilleure amie Julia sur les traces de la belle interprète de Mrs Wynter…

Pour celles et ceux qui avaient adoré Star Trip, vous allez assurément tomber sous le charme de ce nouvel opus « pop culture » d’Eric Senabre, qui fait d’ailleurs un petit clin d’œil à ce précédent roman. (Saurez-vous le trouver ? 😉 ) Pour les autres, nul doute que cette quête romantique aussi hasardeuse que drôle vous plaira tout autant ! En seulement quelques pages, le personnage de Medhi devient tout de suite notre meilleur ami : sa naïveté, son humour et sa fougue nous le rendent absolument sympathique. Quel.le adolescent.e n’a jamais rêvé de rencontrer son idole, de s’imaginer une histoire d’amour ou d’amitié aussi épatante que totalement irréalisable ? Eh bien, grâce à Medhi, nos espoirs reviennent ! Si vous n’avez pas de nouvelles de Bob d’ici la rentrée, c’est donc qu’il est parti à la recherche d’Orlando Bloom (eh oui ! adolescente époque Seigneur des anneaux, ici !).

En tous cas, avec À la recherche de Mrs Wynter, Eric Senabre nous offre une comédie romantique trépidante et enlevée. Le mélange de farfelu et de flegme tout à fait britanniques est l’occasion de scènes hilarantes et improbables, de dialogues savoureux dont Eric Senabre a le secret, et qui font tout le sel de ce roman absolument idéal pour l’été. La chute ne vous surprendra pas, elle est à l’instar de toutes les bonnes comédies romantiques, mais il est tellement agréable de se laisser emporter dans ce tourbillon d’émotions et de drôlerie ! Un beau coup de cœur pour ce roman, qui est aussi un très bel hommage de l’auteur à Diana Rigg, l’actrice principale de Chapeau melon et bottes de cuir décédée en 2020 et que les plus jeunes d’entre vous auront plutôt connue en Reine des épines dans Game of Thrones. Si vous avez envie de passer un excellent moment de lecture et de pouffer dans votre barbe sans vergogne, allez vite vous procurer À la recherche de Mrs Wynter ! ❤️

À la recherche de Mrs Wynter, Eric Senabre (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 7 juillet 2021
9782278100477 – 15,90€
à partir de 12 ans