Galerie
0

Les histoires ça ne devrait jamais finir – Esmé Planchon

Zora tient un blog consacré à l’univers de la saga littéraire des Mondes Invisibles de Maria Zumaï. Zora est une des autrices de fanfictions les plus lues des forums de fans, c’est une référence dans la communauté. Mais dans la vraie vie, en dehors d’Internet, Zora s’appelle Lucien, c’est un adolescent de 16 ans, timide et renfermé. Il aime se promener seul dans ses pensées autour d’un lac, lire et re-re-re-re lire les romans. Sa vie ne tourne qu’autour de ces livres. Jusqu’au jour où une annonce va bouleverser les lecteurs des Mondes Invisibles, un tremblement de terre. La série va rester inachevée, le quatrième tome tant attendu ne verra jamais le jour ! Lucien décide, en compagnie de deux fans, de mener l’enquête pour découvrir l’identité de Maria Zumaï afin de la supplier d’offrir aux fans la suite.

Imaginez si J.K Rowling avait arrêté Harry Potter au sixième tome ? Ou une autre de vos sagas préférées ? De quoi donner des sueurs froides aux lectrices et lecteurs que nous sommes ! Depuis ses dix ans, la vie de Lucien tourne autour de ces romans. »S’il y avait eu des biscuits Maria Zumaï, je me serais sûrement nourri exclusivement de ça. » dit-il. Lucien préfère la fiction à la réalité. Sa vision du monde est douce, mélancolique et douloureuse. Si Lucien est toujours plongé dans cette saga c’est en mémoire de son meilleur ami Max. Max avec lequel il a découvert cette saga et qui est décédé à l’âge de 12 ans. Cette année là, les yeux de Lucien, d’un bleu lumineux, ont foncé vers un bleu plus sombre.

Ce roman c’est de la poésie brute, c’est de l’amour pour les livres mais aussi pour la vie. Ce sont des personnages complexes, si loin des préjugés, toutes en nuances de couleurs. C’est un hommage à tous les livres lus sous la couette, à tous les livres relus, à toutes les conversations autour de la lecture avec une boisson chaude, à toutes les histoires qui nous aident à nous construire et à nous déconstruire, à tous les lecteurs.

La prose de l’autrice Esmé Planchon est douce, onirique, d’une justesse touchante. Elle est une magicienne des couleurs. C’est admirable, poétique tout en gardant les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Les pensées de Lucien vagabondent telles la plume de l’autrice. Etre témoin de sa transformation douce et profonde est un pur bonheur. On resort de ce livre avec l’envie de sourire à sa bibliothèque, pleine de gratitude.

J’aimerais vous inviter à plonger dans ce roman comme l’on plonge dans un lac, un beau jour d’été, en sachant que cela nous fera du bien. Outre l’écriture sublime, le monde de la littérature, les personnages attachants, l’enquête fascinante pour retrouver la trace de l’autrice anonyme, on trouve aussi une romance distillée dans les chapitres. Une histoire d’amour maladroite, irrésistible, qui fera fondre les petits coeurs. Cette idylle permettra à Lucien de faire éclore son identité queer et de concilier ses personnalités avec sensibilité. Vous l’aurez compris, ce roman est un coup de coeur 💙.

Les histoires, ça ne devrait jamais finir, Esmé Planchon (Bayard)
disponible depuis le 9 mars 2022
9791036335846 – 13,90€
à partir de 12 ans
Galerie
0

Dear Evan Hansen – collectif

Il y a bien une chose qui rassemble les êtres humains, c’est le désir de connexion, de sociabilité. Evan Hansen souffre d’anxiété sociale, il est transparent au lycée, il ne parle à personne à part à sa mère et son psy. Mais un jour tout change avec une lettre qui n’aurait jamais dû être lue, un mensonge qui n’aurait jamais dû être prononcé… Et soudain, il se retrouve au centre de l’attention. Pour la première fois, il se sent apprécié. Et si un mensonge vous permettait enfin d’exister ? Que feriez-vous ?

Sur les conseils de son psy, Evan s’écrit des lettres à lui-même. L’objectif ? Essayer de voir le beau dans la vie, évacuer son anxiété et mettre des mots sur son mal-être. Exercice très difficile pour Evan qui a toujours du mal à s’intégrer et passe son temps à s’excuser de tout, incapable même de se commander à manger car il ne veut pas parler aux livreurs. Un jour, une de ses lettres est dérobée par Connor, un camarade de classe qui est retrouvé mort quelques heures après : un suicide. Lorsque les parents de Connor vont trouver la lettre, ils pensent qu’Evan et Connor étaient amis. Evan, dans la confusion, ne nie pas et piégé par son mensonge, il provoque ainsi toute une suite de situations rocambolesques.

Après 13 reasons why dont on connait le succès, voici un texte très juste et très intéressant sur le suicide et notre besoin vital de trouver sa place. L’histoire est à la fois moderne, incroyablement touchante et drôle en même temps. Evan est un personnage exclu dont ce mensonge va lui apporter ce qu’il n’avait jamais eu auparavant : une vie sociale, des personnes qui font attention à lui. Notamment la famille du défunt Connor qui va devenir presque une seconde famille pour lui. Malgré les sujets difficiles du suicide et de l’exclusion, l’humour n’est jamais très loin. La maladresse d’Evan n’a pas de limite et les personnages qui l’entourent ne lui facilitent clairement pas la vie, notamment Jared, un garçon à la répartie cinglante, qui l’aidera à créer des preuves pour prouver son amitié avec Connor.

Ce roman, qui se lit d’un trait tant les scènes sont efficaces, plaira aux lecteurs adolescents tant les thématiques sont proches de leurs interrogations : l’amitié, la vie aux lycées, l’amour, la mort, les réseaux sociaux, la famille recomposée ou dysfonctionnelle. Ainsi, Evan n’a pas le monopole des mensonges. Au lycée, les étudiants font aussi preuve d’arrivisme et d’hypocrisie… Certaines vont vendre des objets commémoratifs, ouvrir des blogs à propos de Connor, qu’ils ne connaissaient point. Mais comme le dit notre héros, quand une personne meurt «  (…) une fois qu’elle est partie, on oublie ses mauvais côtés. On la pare de toutes ses qualités et on en conserve une version idéalisée. »

Peut-être le savez-vous ? Ce roman est tiré de la comédie musicale éponyme qui n’est pas très connue en France mais a un beau succès dans les pays anglophones. Dear Evan Hansen a remporté 6 Tony Awards dont celui de la meilleure comédie musicale. Juste pour le plaisir, je vous insère une chanson, surtout que les rumeurs courent qu’un film serait en préparation. Je pense que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce cher Evan Hansen.

Dear Evan Hansen, Val Emmich, Steven Levenson, Benj Pasek et Justin Paul (Bayard)
disponible depuis le 3 mars 2021
9782080233943 – 16,90 €
à partir de 14 ans
Galerie
0

Missouri 1627 – Jenni Hendriks et Ted Caplan

Veronica est l’élève parfaite : belle, brillante, très populaire, elle vient d’être admise dans une prestigieuse fac américaine. Une jeune fille bien sous tout rapport, qui n’a jamais créé de vagues ni de soucis à ses parents catholiques. Alors quand elle découvre qu’elle est enceinte, alors qu’ils avaient pris toutes leurs précautions avec son petit ami… son monde s’écroule. Raconter à sa famille qu’elle a eu des relations sexuelles n’est vraiment pas au programme, sinon ils l’obligeraient à se marier et à garder l’enfant. Elle doit donc avorter de manière discrète. Sauf que l’état le plus proche qui accepte qu’une mineure se fasse avorter, sans accord parental, est à 1627 km de chez elle. Ne pouvant s’y rendre seule, elle se tourne vers la seule personne au courant de sa situation (par malchance) son ancienne meilleure amie Bailey, devenue une punk à la réputation très sulfureuse et pas fréquentable. Les voilà en route pour un road trip qui s’annonce effréné !

Missouri 1627 est une comédie sur l’avortement très bien ficelée, complètement loufoque parfois, dont on parcourt les pages comme les deux héroïnes parcourent les kilomètres. Fluide, rapide, efficace. Les chapitres sont notamment nommés Kilomètre 0, Kilomètre 92, etc et s’enchaînent tels des épisodes de série (on pensera à Sex Education) avec un style très imagé et beaucoup de dialogues succulents. Ce n’est donc pas une surprise de découvrir que les auteurs sont scénaristes et que le livre a déjà été adapté : Unpregnant sorti en 2020.

Veronica et Bailey sont deux filles que tout opposent. Durant des années, Veronica n’a pas adressé la parole à Bailey, ne voulant pas abimer l’image de perfection qu’elle donne aux autres, en côtoyant quelqu’un qui se moque autant des conventions. Pourtant Bailey est là, tandis que Veronica est incapable de mettre dans la confidence ses « vraies » amies et leur fait croire qu’elle passe un week-end en amoureux avec Kévin, son petit ami parfait.

Ce road trip est chargé de remises en question, de disputes, de légèreté, de conversations autour de l’éducation et du jugement des autres. Quel est le prix pour la popularité de Veronica si elle doit faire cet avortement en cachette ? Mais l’aventure est aussi au rendez-vous avec des rencontres hasardeuses, des courses-poursuites, un lancé de furet, une visite dans un strip-club. Le voyage n’est pas de tout repos ! Pas le temps de se reposer, surtout que Bailey veut faire de ce week-end une aventure qui va marquer leur vie.

🏆 Mention spéciale pour le personnage de Kevin, pur exemple de masculinité toxique, petit ami collant, dangereux, détestable qui revient toujours tel un zombie dont l’on n’arrive pas à se débarrasser.

Missouri 1626, une comédie sur l’avortement ? Oui mais pas que ! Le fil rouge de ce roman reste la liberté d’être et d’aimer qui l’on souhaite sans avoir peur du jugement des autres et surtout de faire ce que l’on veut de son corps. Les auteurs, avec humour, arrivent à ne pas banaliser pour autant l’avortement et de faire de ce roman une très belle histoire d’amitié !

Missouri 1627, Jenni Hendriks et Ted Caplan, traduit par Sidonie Van den Dries (Bayard)
disponible depuis le 24 février 2021
9791036303685 – 15,90€
à partir de 14 ans
Galerie
0

La princesse sans bouche – Florence Dutruc-Rosset et Julie Rouvière

Dans un beau château de conte de fée vivait une petite princesse, elle avait bon coeur et aimait courir après les papillons. La princesse était très heureuse et vivait avec le roi et la reine. Sauf qu’un soir le roi, son père, entra dans sa chambre et commit l’irréparable, l’innommable… Il la toucha comme si elle était sa femme, ce qui est interdit à tous les papas de la Terre. Incapable de partager ce qu’il s’était passé, la princesse en perdit son sourire et sa bouche.

Dans la droite lignée de Peau d’Âne, cet album aborde le thème de l’inceste grâce à la forme du conte initiatique. La petite princesse va rencontrer des personnages emblématiques du monde des contes comme le chasseur ou une dame magique. Elle fera surtout une belle rencontre avec une biche blessée dont elle va s’occuper avec beaucoup de douceur… Une belle image de sa propre blessure. Deux pages à la fin de l’album expliquent les symboles derrière les personnages que l’on peut retrouver dans la réalité et donnent des ressources et des pistes pour trouver de l’aide.

L’autrice à travers ce texte très abordable montre que chaque enfant peut renaître à la vie après avoir traversé les plus sombres drames et que la reconstruction passera par la parole. Les illustrations sont très proches du monde des dessins animés Disney avec des scènes émouvantes mais également douces et oniriques, permettant une approche plus facile avec les enfants. Car oui il faut en parler tôt ! Les chiffres sont malheureusement terrifiants : 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 13 sont victimes de violences sexuelles (source OMS) et 80% des violences sexuelles, pour les enfants de moins de 10 ans, sont faites dans un contexte familiale et proche.

Thématique difficile que l’inceste (et encore peu abordée en littérature jeunesse) mais qu’il est admirable d’en parler avec le conte, cette forme si propre à parler des violences. La princesse sans bouche est, au-delà d’un beau support pour discuter d’inceste, une belle histoire poétique de reconstruction.

La princesse sans bouche, Florence Dutruc-Rosset, illustré par Julie Rouvière (Bayard)
collection Albums découvertes
disponible depuis le 4 novembre 2020
9791036315497 – 13,90€
à partir de 5 ans
Galerie
0

La rentrée catastrophique de Romane Lux, t.1 – Sylvain Zorzin et Moricio

Romane panique complètement ! Sa rentrée en CM1 ne se passe pas du tout mais alors pas du tout comme prévu ! Son maître d’école, qui était connu pour être sévère, a décidé de faire régner la paix cosmique dans sa classe de manière très originale… (pour ne pas dire catastrophique !). Son père frise l’arrêt cardiaque à chaque croisement car il a toujours peur que quelque chose lui arrive. Sa petite soeur continuer de faire toujours tout comme elle et le plus beau garçon de l’école, Kédon, lui fait un peu beaucoup d’effet.

Cette série graphique, entre roman et BD, nous plonge dans le quotidien loufoque de Romane qui a une famille pas toujours commode et surtout un instituteur qui débloque carrément… Romane aurait aimé une rentrée classique mais c’est sans compter sur toute une ribambelle de personnages improbables. Il faut avouer que le personnage du maître d’école est très caricatural et va, par exemple, superposer les chaises et les tables de la classe pour diffuser des bonnes énergies. Les mésaventures modernes de Romane ressemblent à une rédaction scolaire, dans le sens où les histoires sont invraisemblables et s’enchaînent très rapidement à la manière de gags.

Le travail de l’illustration sur ce roman est particulièrement réussi pour un jeune public. Toutes les pages du roman sont illustrées et chaque dessin vient renforcer l’humour de manière dynamique et loufoque. Ce roman s’adressera plutôt pour des lecteurs « qui n’aiment pas lire » et qui pourraient prendre plaisir à découvrir Romane, une héroïne très cartoon !

La rentrée catastrophique de Romane Lux, t.1, Sylvain Zorzin, illustré par Moricio (Bayard Jeunesse)
disponible depuis le 26 août
9791036311246 – 12,90€
à partir de 9 ans
Galerie
0

Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans
Son
1

Lectures d’été #1

Les vacances sont sans doute le meilleur moment pour lire, lire et lire ! 😀 Le comble, c’est que Bob n’a (presque) lu que des histoires avec tout ce qu’on imagine derrière le mot « vacances » : des voyages, des îles paradisiaques, des personnages eux aussi en vacances… Petit tour d’horizon de nos derniers bons moments de lecture.

Catégorie #plages

Vendredi ou les autres jours

C’est avec délice que l’on suit les nouvelles aventures de Robinson et Vendredi sur leur caillou perdu au milieu de l’océan, où leur solitude est mise à rude épreuve… En effet, pirates et autres évangélisateurs ne cessent de débarquer alors qu’ils entament une partie de crabe-caillou ou dégustent une bonne petite bière de banane. Nos deux compères rivalisent alors d’imagination pour se débarrasser de ces importuns… Un savoureux recueil de nouvelles imaginées par Gilles Barraqué, où se mêlent habilement humour et sensibilité, légèreté et profondeur. Des dialogues facétieux, des héros qui célèbrent l’enfance, le jeu et la joie de vivre et des illustrations délicates d’Hélène Rajcak, ce petit livre bleu océan vous transportera sur cette île généreuse et inventive !

Vendredi ou les autres jours , Gilles Barraqué, illustré par Hélène Rajcak (MeMo)
collection Polynie
disponible depuis le 24 mai 2018
9782352893738 – 10€
à partir de 10 ans
Pëppo

Des parents absents, une grande sœur qui se casse en laissant 2 bébés – Colette et Georges – sur les bras d’un lycéen pas très porté sur les études, qui vit dans un vieux camping pourri des années 80 avec un oncle alcolo et un Argentin musico… Bienvenue dans la vie pas toute rose de Pëppo ! Mais il y a la plage, les petits vols, les commerçants sympas qui donnent les invendus, les petites entreprises qui se créent avec rien, les bébés hyper attachants, et puis Marie-Lola, un prénom moche, des bagues aux dents et des bourrelets mais un sourire magnifique. Séverine Vidal ravit notre petit cœur avec ce roman complètement barré et pourtant plein de tendresse et d’humanité ! Une comédie douce-amère que l’on a du mal à quitter tant on finit par s’attacher à toute cette tribu de marginaux rassemblés autour de Pëppo, le plus inoubliable d’entre tous.

Pëppo, Séverine Vidal (Bayard)
disponible depuis le 6 juin 2018
9782747090711 – 13,90€
à partir de 13 ans
La sirène & la licorne

On termine avec une jolie histoire d’amour entre deux jeunes filles égratignées par la vie. Lili détonne dans sa banlieue, où paillettes et licornes sont tolérées jusqu’au moment où on la surprend embrassant une fille. Pour l’éloigner du harcèlement dont elle est victime, ses parents l’envoient en Charentes chez sa tante. Elle y fait la rencontre de Cris, ancienne championne de voile, qui cache autant de blessures qu’elle. L’amitié cède bientôt la place à l’amour, mais comment faire confiance, s’exprimer ou se livrer après avoir subi autant ? Erin Mosta évoque la reconstruction et l’homosexualité avec beaucoup de justesse et de naturel, et nous offre deux très beaux personnages.

La sirène & la licorne, Erin Mosta (Rageot)
disponible depuis le 20 juin 2018
9782700259162 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
0

Les Marvels – Brian Selznick

Après un Salon de Montreuil particulièrement intense, Bob et Jean-Michel sont de retour avec plein de belles idées de cadeau pour Noël ! On commence avec le nouveau roman graphique de Brian Selznick, qui était présent cette année sur le salon et qui nous a émerveillé par son univers et son travail minutieux (et qui a quelque peu tout émotionné Bob pour être tout à fait honnête). 😛

9782747066020,0-44410201766. Alors que se joue une pièce de théâtre sur le pont d’un navire, une tempête se lève et détruit le bateau. Billy Marvel est le seul rescapé de cette tragédie. De retour à Londres après avoir été secouru, il trouve refuge dans un théâtre en construction. Devenu machiniste, la découverte d’un bébé dans les coulisses du théâtre va changer sa vie et faire naître une étonnante dynastie de comédiens.
1990. Joseph s’enfuit du pensionnat dans lequel il vit pour rejoindre Londres et la maison de son oncle qu’il n’a jamais vu, Albert Nightingale. D’abord réticent à la garder, Joseph va malgré tout rester, d’autant plus que d’étranges choses se passent dans cette demeure comme figée dans le temps…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas Brian Selznick, il faut absolument vous rattraper ! Il a totalement révolutionné le roman illustré ou graphique, comme vous voulez, pour la jeunesse avec L’invention de Hugo Cabret, que vous avez dû voir au cinéma, adapté par Martin Scorsese (eh ouais !). Et vous avez sans doute vu récemment des affiches du film Le Musée des merveilles, sorti le mois dernier, et adapté de son magnifique Black Out, lauréat du prix Sorcières en 2013. Cette fin d’année, il revient avec un roman encore plus magnifique, tant dans sa réalisation (tout plein de dorures sur la couverture et une tranche dorée) que son contenu, et encore plus gros que les précédents !

Brian Selznick est un auteur qui est parvenu à doser parfaitement ses récits en alternant les mots et les images. Dans L’invention de Hugo Cabret et Black Out, il alternait les passages écrits et les passages illustrés. Ici, on change un peu la manière faire en proposant une première partie uniquement en images, avec l’histoire des Marvels, cette illustre famille de comédiens qui connut des succès et des scandales pendant près d’un siècle et demi. La deuxième partie, celle de Joseph, est elle uniquement en mots, jusqu’à la toute fin du roman où reviennent les images pour une conclusion d’une très grande émotion. Comment ces deux histoires se lient ? C’est bien tout le mystère que va tenter de percer Joseph et, comme lui, nous sommes impatients de la savoir et complètement abasourdis quand on apprend la vérité.

Brian Selznick mène son récit d’une main de maître. Ses images en noir et blanc sont absolument magnifiques, d’autant plus quand on sait comment il les travaille (avec une loupe, sur des formats de papier de la taille d’une carte postale ou à peine), fourmillent de détails et sont d’une étonnante précision dans les visages et les émotions. Quant à son texte, Brian Selznick a le chic de nous conter des histoires émouvantes, pleine de mystères et de surprises. Inspiré par l’histoire vraie d’une maison-musée de Londres et de ses propriétaires, Brian Selznick aborde encore une fois le thème de la famille, de la recherche des origines, du deuil, et d’autres (que je vous laisse découvrir), plus durs, avec son écriture toujours douce, captivante et sensible.

Un roman graphique splendide, qui a tiré quelques larmes à Bob, et qui plaira à tous les amateurs de belles histoires racontées en mots et en images… ❤

Les Marvels, Brian Selznick, traduit par Diane Ménard (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 25 octobre 2017
9782747066020 – 19,90€
à partir de 10 ans
Son
0

I am Princess X – Cherie Priest

9782747058957,0-4105410May et Libby étaient les meilleures amies du monde. Ensemble, elles ont créé un personnage à qui elles faisaient vivre plein d’aventures : Princess X. Mais il y a trois ans, Libby est décédée dans un accident de voiture. Un jour pourtant, May découvre sur la vitrine d’une boutique un autocollant à l’effigie de cette héroïne qu’elle croyait enterrée avec son amie. Etonnée, elle découvre bien vite qu’il existe un compte Instagram où sont narrées en BD les aventures de Princess X et, en les lisant attentivement, May découvre des indices troublants… Son amie est-elle vivante ?

★★★★☆

Faites-vous partie de ceux qui ont vu la campagne de publicité dans les rues autour de l’univers de Princess X ? Si ce n’est pas le cas, rendez-vous sur Instagram ! Une fois votre curiosité bien attisée, Bob vous propose de vous précipiter sur ce très bon thriller, où la BD et le roman se mélangent avec une très grande réussite. En effet, pas toujours facile de concilier les deux ! Cherie Priest, elle, y parvient simplement et efficacement : les planches de BD, tout en violet réalisées par Kali Ciesemier, font partie intégrante de l’intrigue policière, elles n’ont pas qu’une vertu illustrative mais sont bien des éléments clés de l’histoire. Nous sommes ainsi comme May, qui découvre ce qui est arrivé à son amie disparue en même temps que nous, et qui entrevoit les indices glissés dans les cases. Si l’intrigue générale est relativement simple, c’est bien la façon dont elle est menée qui est particulièrement originale, ainsi que les personnages secondaires qui vont épauler May dans sa quête, et le parallèle entre la véritable histoire et celle de la fiction, de Princess X. C’est plutôt bien fichu et on se laisse entraîner de bout en bout, dans l’attente du dénouement final.

tumblr_inline_noyqu1BSPI1tuj6ox_500 tumblr_inline_noo1c6QarQ1tuj6ox_500

Un roman qui n’est pas sans rappeler l’univers des comics et de ses super-héros. Princess X est une ado fringuée comme une princesse de Disney, couronne comprise, mais avec des Converse rouge et un katana pour seule arme. Son passé est terrible, ses parents sont morts et elle a été kidnappée par un dangereux malade pour des raisons aussi folles que malsaines. Des éléments qui paraîtront surréalistes à qui cherche un thriller noir ancré dans la société (d’autant que le final va un peu vite), mais qui plaira sans aucun doute à ceux qui accepteront cette influence. La thématique des réseaux sociaux et du hacking est également très intéressante dans le roman, et apporte beaucoup à tout l’univers virtuel déployé dans l’intrigue. Original et vivant, aussi sombre que punchy, I am princess X mêle habilement la BD et le roman, à découvrir !

I am Princess X, Cherie Priest, illustré par Kali Ciesemier, traduit par Vanessa Rubio-Barreau (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 26 avril 2017
9782747058957 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
4

Blue Gold – Elizabeth Stewart

En 2014, nous découvrions Elizabeth Stewart avec un très beau roman historique, Justice pour Louie Sam, autour des populations indiennes et de la justice. Cette fois-ci, elle nous emmène à travers le monde, à la rencontre de trois jeunes filles emblématiques de notre époque, confrontées elles aussi à la justice, ou plutôt l’injustice.

9782747055246,0-3755047Fiona est canadienne. Après une soirée un peu arrosée, cette lycéenne envoie un selfie dénudé à son petit ami. Sylvie est congolaise, réfugiée en Tanzanie où elle vit dans un camp après avoir vécu l’horreur dans son village natal, pillé pour un minerai précieux : le coltan. Laiping, elle, a quitté son village et sa famille pour trouver du travail dans une usine de fabrication de téléphones dans une grande ville. Les trois jeunes filles ne se connaissent pas mais elles ont un point commun : le téléphone portable.

★★★★☆

Le portable est-il plus précieux que leurs vies ? Un sous-titre peut-être un peu racoleur mais qui va pourtant se révéler être la véritable question pendant tout le roman. Ce sont donc trois voix que nous suivons : Fiona, lycéenne accro à son portable qui fait l’erreur d’envoyer à son nouveau petit ami une photo de ses seins, qui perd le fameux objet et se retrouve être exposée à tous ; Sylvie, jeune réfugiée en Tanzanie avec sa mère et ses petits frères et sœurs a vécu des événements traumatiques qui lui ont laissé une cicatrice lui balafrant le visage et qui doit concilier la survie de sa famille, son désir de faire des études de médecine et son frère qui se laisse entraîner dans les magouilles du chef de guerre local ; et enfin Laiping, qui espère envoyer de l’argent à ses parents en travaillant à l’usine, découvrant un tout nouveau monde qui lui semble merveilleux avant de se rendre compte des terribles conditions de travail. Comment ces trois destins vont-ils finir par se rencontrer ?

Roman absolument passionnant, c’est bien cette idée de vies croisées qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Mais c’est aussi, et surtout, ces portraits très justes et touchants de ces adolescentes aux prises avec une société qui les dépasse, qui vont découvrir toute l’injustice de leurs conditions respectives et devoir se montrer forte pour surmonter ce qui les attend. Même si Fiona semble être le personnage le moins exploité (moins de chapitres et une histoire que certains jugeront peut-être moins « grave » que les autres), toutes nous offrent un regard éclairant sur notre monde. Les amateurs de dystopie seront d’ailleurs sans doute ravis de découvrir que la Chine est un décor parfaitement réaliste et actuel – inutile d’aller chercher dans la science-fiction ! Ceux qui aiment les textes engagés ne pourront qu’être sensibles à cet excellent roman qui nous invite à réfléchir à l’exploitation humaine sous toutes ses formes, et à s’informer sur la fabrication des produits de notre quotidien. Une postface de l’auteure vient d’ailleurs compléter son propos. Et ceux qui aiment les belles histoires ne seront certainement pas en reste : Fiona, Sylvie et Laiping vous toucheront au cœur par leur sensibilité et leur désir de changer la société.

Et comme c’est de saison, on proposerait bien Blue Gold pour le projet #unlivrepourdemain lancé par notre copain Tom ! 😀

Blue Gold : 3 filles, 3 destins : le téléphone portable est-il plus précieux que leurs vies ?, Elizabeth Stewart, traduit par Jean-Luc Defromont (Bayard)
disponible depuis le 15 février 2017
9782747055246 – 15,90€
à partir de 13 ans