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Une vieille histoire – Susie Morgenstern et Serge Bloch

« Mémé, est-ce que tu aimerais être jeune encore une fois ? Elle n’a pas besoin de réfléchir pour répondre. Sans aucune hésitation, elle dit : Non, j’ai eu mon tour d’être jeune et maintenant c’est mon tour d’être vieille. J’ai eu ma part de gâteau et mon ventre est plein. » C’est l’histoire d’une petite vieille, si occupée toute sa vie qu’elle n’a pas vu le temps passer.

Hey toi ! Oui toi qui me lis. Tu connais l’histoire de la vieille dame ? Mais si. La vieille dame qui prend TOUT son temps aux courses, qui paye avec des pièces de 10 centimes en prenant son temps… Celle que tu as vu passer devant toi en soufflant, avec des gestes lents. La vielle dame qui t’a impatienté dirons-nous poliment. Une vieille histoire c’est le récit de cette grand-mère.

« Elle voit sa peau fripée. Elle sent ses os fragiles, ses muscles épuisés. Jeune, elle pouvait cacher sa mauvaise humeur avec son rouge à lèvres, son fond de teint, sa belle robe ; mais maintenant, elle est contente de montrer son visage décoré de milles histoires, cent milles poèmes, cinq cent mille soucis et une bonne poignée de plaisanterie. »

L’album alterne entre des illustrations du présent et des souvenirs. Le présent de Mémé il est surtout composé de bribes du passé. Ses rêveries l’emportent dans les prémices de son premier amour, sa joie d’avoir construit une famille, les souvenirs de guerre. Serge Bloch (que l’on connaît pour la série Max et Lili) alterne des pages en noir et blanc et d’autres en couleurs. Comme si le passé et le présent se mélangeaient, comme si quand on vieillissait, en réalité le présent était essentiellement composé de fantômes. Les illustrations sont douces, simples, nostalgiques. Cette grand-mère, c’est peut-être la nôtre.

Susie Morgenstern invite avec une grande humanité et une belle dose d’amour à se pencher sur ce qui fait une vie. Elle parle certes de la vieillesse, du temps qui passe, de la nostalgie mais elle ouvre surtout un dialogue. Régulièrement des questions sont posées entre deux souvenirs au lecteur. Il est interpellé sans relâche : « Et toi, qu’est-ce qui est écrit sur ton visage ? As-tu déjà eu de mauvais jours ? Es-tu seul, des fois ? », tissant ainsi des liens forts, par-delà les générations. Ce qui nous relie surtout, ce sont les histoires, les émotions. Une manière de questionner les enfants sur la vie.

Attention cependant ici pas de regret, pas de « c’était mieux avant », la vie se fane, les couleurs s’éteignent doucement car c’est ainsi que va le monde. La vieille femme ne regrette pas sa jeunesse, elle parle avec tendresse de sa vie et nous rappelle la joie de vivre tout simplement.

Une vieille histoire, Susie Morgnestern, illustré par Serge Bloch (Sarbacane)
disponible depuis le 3 novembre 2021
9782377316502 – 13,90€
à partir de 6 ans
Son
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All Our Hidden Gifts – Caroline O’Donoghue

Maeve Chambers est une lycéenne médiocre de son école privée irlandaise. Lors d’une punition où elle doit nettoyer un cagibi encombré de vieilleries, elle découvre un jeu de tarot divinatoire et se révèle plutôt douée pour tirer les cartes. Maeve devient alors une véritable attraction pour ses camarades, jusqu’à ce que son ancienne meilleure amie Lily lui demande une lecture. Lorsque Lily tire une carte inconnue, la rencontre tourne à la dispute et, le lendemain, Lily a disparu… Avec l’aide de Fiona, fascinée par la perspicacité de Maeve et de Roe, le frère de Lily, Maeve va tout faire pour la retrouver.

Quel délice que ce roman qui oscille entre réel et fantastique, étirant délicatement la fine ligne qui les sépare. Il y a un côté The Craft assez évident (pour celleux qui avaient adoré le film) qui nous emmène à la découverte de la sorcellerie moderne et d’un groupe de jeunes gens en questionnement sur leur identité. Maeve, le personnage principal, est particulièrement attachante dans son rôle de petite dernière de la famille, se trouvant moins bien que ses frères et sœurs qui ont réussi alors qu’elle a du mal dans ses études, ou même à avoir une passion. Jusqu’à ces cartes de tarot qui montrent son acuité à comprendre les autres et à toucher juste quand elle leur lit les cartes. Un “don” qui pourrait bien se révéler plus dangereux que prévu…

Mais l’originalité de ce récit tient aussi du lieu de l’intrigue, l’Irlande contemporaine, où le poids de la religion catholique reste bien présent (il y est question du combat des irlandais.es pour le mariage pour tous, le droit à l’avortement, etc.), mais où le folklore a aussi toute sa place. Caroline O’Donaghue réussit ainsi parfaitement à mêler tous ces sujets de société à son intrigue relevant presque du thriller ésotérique.
On est donc complètement pris par ce récit passionnant au doux parfum de chronique adolescente matinée de magie wiccane. Une belle surprise.
A noter qu’il s’agirait d’un tome 1 mais que l’histoire se suffit à elle-même !

All Our Hidden Gifts, Caroline O’Donoghue, traduit par Christophe Rosson (La Martinière Jeunesse)
disponible depuis le 11 juin 2021
9782732492667 – 18,50€
à partir de 13 ans
Son
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Djoliba – La Vengeance aux masques d’ivoire – Gaël Bordet

Royaume du Mali, 1327. Tiamballé, boiteux de naissance, est fils de pêcheur mais ne trouve ni grâce aux yeux de son père ni sa place au sein de sa famille. Lors d’un rite de guérison, il fait la connaissance de Chenouda, un érudit égyptien, et de sa fille Sirine. Au lendemain, lorsque le cadavre d’un homme affublé d’un masque d’ivoire est retrouvé, c’est Chenouda qui est chargé de l’enquête et Tiamballé se retrouve bien malgré lui embarqué dans une histoire qui va le mener à explorer l’immensité du royaume.

Dans ce roman policier historique, Gaël Bordet nous emmène dans un univers très inexploré du genre, surtout en littérature jeunesse : l’Afrique de l’Ouest médiévale. Nous voici donc au royaume du Mali, où l’animisme des peuples du pays se mêle à l’islam (le roi construit une mosquée dans sa capitale de Tombouctou) et au christianisme (Chenouda est un copte venu d’Egypte) pour un passionnant récit qui nous fait découvrir les croyances de cette région du monde et la vivacité des échanges entre les peuples. Lorsque Chenouda et Tiamballé découvrent que leur cadavre est un djéli du roi, un gardien de la mémoire et de la tradition, la surprise est aussi grande que le sacrilège et, bientôt, d’autres assassinats, tout aussi graves, vont s’accumuler et rendre leur enquête encore plus complexe.

D’autant plus que la magie s’invite régulièrement et les esprits ne sont pas en reste ! En tant que Bozo, l’un des peuples nomades de la région, Tiamballé est particulièrement soucieux de ces génies qui peuvent l’aider autant que lui donner du fil à retordre et c’est d’ailleurs sa rencontre avec Toukou, prêtresse de la Société des génies du fleuve, qui va sceller son destin. Cette magie nous accompagne en tous cas dans tout le récit, y compris avec la flamboyante Sirine, que le mystère entoure et qui ne laisse pas notre jeune héros indifférent. C’est ainsi également un récit initiatique, que l’attachant Tiamballé nous fait traverser avec sa candeur, son courage, ses doutes et sa détermination. Un roman qui mêle habilement les genres et qui nous invite dans un univers original et fascinant. Les illustrations de Magali Attiogbé rythment et donnent corps à cette enquête policière qui nous réserve bien des surprises. Une très belle découverte !

Djoliba – La Vengeance aux masques d’ivoire, Gaël Bordet (hélium)
disponible depuis le 15 septembre 2021
9782330153465 – 15,90€
à partir de 13 ans
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Ma Grande – Sibylle Delacroix

Elise est très grande. Tout est grand chez elle : les mains, les pieds, les jambes, le coeur. Quand elle tombe, elle tombe de haut. La vie d’Elise se résume à sa grande taille. Pourtant, elle aimerait bien qu’on voit plus loin… Que les autres voient qu’elle est encore toute petite à l’intérieur.

Des histoires de géants, des potions magiques qui peuvent nous faire grandir, on peut en trouver facilement mais rares sont les albums qui parlent d’être grand en taille quand on est jeune. Elise, c’est la vie d’une enfant gênée par son gabarit, si grande que parfois elle ne peut pas rentrer dans la page, ni sur les photos de classe. Alors elle se baisse, devient bossue, pour se faire de plus en plus petite. Nous avons tous connus, je pense, un ou une élève plus grand.e que les autres qui se faisait surnommer girafe, asperge, à qui on demandait si elle n’allait pas attraper froid de là-haut, ou que sais-je encore comme idioties. Cet album est pour eux. Un album sur mesure !

Le terme Ma grande paraît pourtant un sobriquet doux, gentil, presque un compliment ! Tout le talent de cette histoire est de montrer avec délicatesse, millimètre par millimètre, que les mots sont forts, précieux et peuvent renforcer ou apaiser un complexe. Le côté aérien d’Elise, qui a la tête dans les nuages, est finement illustré dans des dessins aux crayons de couleurs dans des tons gris et rouge. Des illustrations très douces comme l’instinct d’Elise à s’effacer mais avec beaucoup de lumière.

Un album doux, sensible pour rappeler qu’une personne ne se résume pas à une distinction physique, que l’on n’est jamais trop ou pas assez.

Ma grande, Sibylle Delacroix (Mijade)
disponible depuis le 3 juin 2021
9782807701168- 12 €
à partir de 5 ans
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Des albums sourires pour cette rentrée

Au programme deux albums assez différents mais qui ont des valeurs communes : l’imagination et des illustrations malicieuses et enfantines !

Le livre des arbres & plantes qui restent à découvrir

Connaissez-vous le célèbre palmier à moustaches ? Le chaussettier appelé aussi le saule pleureur à chaussettes ? Non ? Et le malpolinier, cet arbre qui ne peut pas s’empêcher de vous tirer la langue dès que vous avez le dos tourné ? Si ces plantes ne vous sont pas familières, peut-être n’avez-vous pas ouvert assez grand les yeux lors de votre dernière balade en forêt…

Le grand, le fort, l’irrésistible Olivier Tallec nous offre pour la rentrée un imagier surréaliste célébrant la nature, mais surtout l’imaginaire, à travers des arbres et des plantes inventés, aux caractéristiques bien singulières : le peuplier-couverture, le pin brosse à dents ou encore l’arbre-glace. Cet album est une invitation pour les enfants à imaginer à leurs tours des arbres extraordinaires. Les dessins sont plein de malice et d’impertinence, c’est ludique et réjouissant à souhait.

Le livre des arbres & plantes qui restent à découvrir, Olivier Tallec (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 1 septembre 2021
9782330154585 – 17€
à partir de 3 ans

Kate Moche

Kate subit les moqueries et se fait appeler Kate Moche à l’école. Les andouilles de la cour de récréation disent qu’elle n’est pas très maligne et maladroite. Pourtant elle s’en moque et garde toujours le sourire ! Quand Kate se regarde dans le miroir, elle voit beaucoup des choses incroyables dans son reflet…

Le texte d’Antoine Dole, écrit dans un style poétique, nous montre l’importance de s’aimer. Kate se voit comme une doctoresse dévouée pour ses jouets, une experte en guimauve, une sportive haut niveau… Kate est courageuse, charismatique, visonnaire ! Une belle histoire qui montre que le regard que l’on porte sur soi est beaucoup plus important que tous ce que les autres peuvent dire de nous ! Kate croit en elle. Elle croit en ses pouvoirs magiques et cette confiance laisse les « andouilles » de son école pantois. De nombreux enfants sont un jour confrontés à des remarques déplaisantes et la conclusion de ce livre est la meilleure qui soit : l’ignorance.

Habituée aux dessins humoristiques et colorés de Magali Le Huche, c’est toujours un plaisir que d’observer les détails des pages des métiers : une tasse éléphant, trois brigands cachés, des bonbons à croquer. Les illustrations se savourent à chaque page. La palette de couleur incarne parfaitement Kate, son imagination, sa confiance en soi et sa joie de vivre.

Simple et efficace, cet album pétillant est à recommander en cette rentrée pour rappeler que toutes les Kate de la terre peuvent devenir qui elles veulent !

Kate Moche, Antoine Dole, illustré par Magali Le Huche (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 1 septembre 2021
9782330154561 – 14,90€
à partir de 6 ans
Son
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La Gueule-du-loup – Eric Pessan

Lorsque le confinement est annoncé, Jo, sa mère et son petit frère partent à la campagne, dans la maison de ses grands-parents maternels, au lieu-dit La Gueule-du-Loup. Inoccupé depuis deux ans, l’endroit est idéal pour s’éloigner de la ville et de leur père soignant qui veut les protéger de la contamination. Mais le lieu n’est pas très accueillant, sent le renfermé, et, bientôt, des phénomènes étranges s’y produisent : bruits de pas dans le grenier, peluche qui disparaît puis réapparaît déchiquetée, carcasse d’animal dans le salon… La peur et la tension grandissent : que cache La-Gueule-du-Loup ?

Il y a dans l’œuvre d’Eric Pessan un style et un univers unique (et on se rend compte qu’on ne vous a pas parlé de beaucoup de ses romans ici, alors qu’on les adore !) qui explore la vie de personnages liés ensemble par le même lieu d’habitation. Ici pourtant, on s’éloigne de Nantes pour un récit qui emprunte les codes du genre fantastique. Des fragments de texte qui parlent d’un loup, des poèmes confinés écrits par Jo et le récit de la jeune fille se mélangent habilement pour créer une ambiance propre à nous déstabiliser, à supposer mille et un scénarios, et nous laisser ce goût étrange qui ne nous lâchera pas jusqu’à la fin du livre.

Cette maison que Jo découvre, elle qui n’a jamais rencontré ses grands-parents, est autant une énigme que le lieu de secrets dont elle ressent l’importance et l’indicible douleur. Entre les éléments qui se déchaînent et les étrangetés qui surgissent, l’ambiance est posée et l’écriture d’Eric Pessan, puissante et sensuelle, renforce la sensation anxiogène qui nous tenaille. Avec Jo, on essaye de comprendre si des phénomènes paranormaux ont effectivement lieu ou s’ils sont les symptômes plus profonds d’une maladie indéfinissable. Eric Pessan nous ballote sur la fine ligne qui sépare le réel du rêve, ou ici du cauchemar. Si la métaphore du loup donnera vite un indice sur la vérité au lecteur averti, elle ne manquera pas de surprendre celles et ceux qui se seront laissés prendre dans la toile sinueuse tissée par l’auteur.

Dans ce roman court et glaçant, parfaitement maîtrisé, Eric Pessan nous raconte les dégâts terribles d’un secret de famille avec intelligence et subtilité. Saisissant !

La Gueule-du-loup, Eric Pessan (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 1er septembre 2021
9782211312400 – 14€
à partir de 13 ans
Son
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Grim, fils du marais – Gaël Aymon

Grim est un garçon muet qui a toujours vécu dans la dangereuse Forêt Mouvante. Après un terrible événement, il est contraint de fuir et découvre enfin le monde qui ne se limite pas à sa forêt. Il y découvre un système de castes, où chacun à son utilité – Nourrice, Construisant, Combattant ou encore Guérissant, Dame et Sieur, etc. Mais il se retrouve aussi bientôt mêlé à un vaste complot qui vise à renverser la Reine, leur mère à tous, et se lance avec de nombreux compagnons dans un périple pour la prévenir du danger qui la menace.

Quel univers ! Quel souffle et quel style ! Dès les premières pages de ce roman d’aventure singulier, oscillant entre fantasy et dystopie, on est complètement happé par le récit. Dans la peau et l’esprit de Grim, on découvre en même temps que lui ce monde étrange, construit autour d’une Reine toute-puissante qui a créé chaque être et leur a assigné des tâches précises et utiles au bon fonctionnement de leur civilisation et à la survie de l’humanité. Si l’univers présenté ressemble à ce que vous connaissez des sociétés de fourmis ou d’abeilles, ce n’est pas un hasard et l’analogie se dévoile tout le long du roman. Malgré le handicap de Grim, qui se trouve être bien gênant quand on veut comprendre, se faire comprendre et que l’on est détenteur de secrets, le garçon va s’attirer la protection et la sympathie de plusieurs personnages qui vont l’accompagner dans une quête aussi dangereuse qu’essentielle à la survie de tous ! Et, surtout, son regard neuf, voire naïf, sur le monde qu’il découvre sera le point de départ d’une réflexion juste et fascinante sur la notion de singularité et de collectif.

Car au-delà de l’aventure passionnante et haletante, le roman de Gaël Aymon est avant tout une magnifique réflexion sur la force de l’amitié. Qu’importe l’étrangeté de l’un, la différence de l’autre, l’important réside dans le respect et l’amitié que l’on porte à l’autre, l’acceptant dans son entier, avec ses qualités et ses défauts. Une notion simple et universelle qu’il n’est jamais inutile de rappeler… La singularité et la réussite de ce roman tient aussi au style, une écriture très visuelle qui éveille tout de suite notre imaginaire pour une immersion immédiate dans cet univers marécageux, et une voix curieuse qui se démarque, rappelant ce qu’a pu faire Patrick Ness dans Le chaos en marche. Elle est aussi dans la description de cet univers et de ces castes à la création et l’utilité aussi terribles que fascinantes, qui offre quelques bons moments de frissons et une certaine exigence qui provoque la réflexion. Enfin, les illustrations de Violaine Leroy qui accompagnent le récit. Toujours trop rares en littérature ado, elles apportent ici une vision de l’univers et son style au crayon et à l’encre adoucit l’âpreté du monde de Grim. Un roman palpitant et profond comme on les aime. Ne passez pas à côté ! ❤

Grim, fils du marais, Gaël Aymon, illustré par Violaine Leroy (Nathan)
disponible depuis le 9 septembre 2021
9782092492079 – 16,95€
à partir de 13 ans
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Le jour et la nuit

Hasard des parutions, en cette rentrée littéraire ado, deux romans de science-fiction nous proposent d’imaginer notre planète qui connaîtrait un jour perpétuel ou, au contraire, une grande nuit. Entre le soleil toujours à son zénith et la nuit noire, quelle étrange vie vous séduirait le plus ? ☀️🌑

Les Nuées, t.1 Erémos

Après des polars et des romans historiques se déroulant en Amérique du Nord, Nathalie Bernard nous fait la surprise de nous proposer un récit entre anticipation et dystopie avec Erémos, premier tome d’une duologie. Le roman nous invite à découvrir les récits entrecroisés de Lisbeth, jeune fille qui vit sur une Terre où le soleil ne se couche jamais et où la vie est parfaitement réglée pour chacun, et de Lucie, une astronaute de l’an 2025 qui effectue sa première mission dans l’ISS et nous raconte son quotidien. Mais cette même année, un événement terrible se produit, réduisant à néant toute vie sur Terre et faisant des astronautes les seuls survivants… Quant à Lisbeth, la disparition soudaine de sa mère va semer le doute chez elle, jusqu’à enclencher le début d’une rébellion.

De ces deux destins que des siècles séparent, Nathalie Bernard tisse un récit aussi haletant que passionnant. L’alternance des voix apporte un rythme et un attachement aux deux personnages tandis qu’on découvre avec curiosité leur évolution et les liens qui vont progressivement se faire dans la compréhension de ce nouvel environnement. Si la dystopie est un univers qui présente souvent une société totalitaire – et c’est le cas ici aussi – Nathalie Bernard nous invite à découvrir les prémices de sa formation, et comment les décisions d’une poignée de survivants animés par la volonté de reconstruction d’un monde – et de bien faire ! – vont les mener à celui de Lisbeth. Il nous faudra attendre le tome 2 pour en saisir toute la mesure, mais les indices et les conjectures sont déjà nombreux dans ce premier tome efficace. Un récit habilement mené, donc, à l’univers original et fascinant dans son hypothèse scientifique de départ, et des personnages qui nous accompagnent dans leur cheminement vers l’espérance ou la liberté et la vérité. Je suis personnellement très curieuse du destin de Lisbeth et de ce que nous réservent ces fameuses Nuées… Vivement la suite !

Les Nuées, t.1 Erémos, Nathalie Bernard (Thierry Magnier)
disponible depuis le 26 août 2021
9791035204679 – 14,80€
à partir de 13 ans

Nos jours brûlés, t.1

Quittons la chaleur et l’éclat du soleil pour la Grande Nuit. Nous sommes cette fois en 2049 et voilà vingt ans que l’astre solaire a disparu au profit d’une nuit perpétuelle. Elikia, née dans ce monde sans soleil, n’a jamais connu que ça et, pourtant, avec sa mère Diba, elles se sont lancées dans une quête pour ramener le jour. Persuadées que la disparition du soleil est liée à celle d’une cité mythique abritant des dieux et des esprits, elles sillonnent le continent africain à la recherche de témoignages pouvant les mettre sur la voie de Juddu, la fameuse cité. Mais si les humains se sont habitués à vivre dans cette longue et interminable nuit, celle-ci est aussi pleine de dangers et, très vite, Elikia va devoir en affronter bien des aspects…

Si les premiers abords de ce roman relèvent aussi de l’anticipation, on bascule assez vite dans un univers plus fantastique et magique qui va nous mener au cœur de croyances et mythologies africaines. C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman qui nous fait découvrir des cosmogonies peu souvent rencontrées en littérature jeunesse. Et c’est avec Elikia et son apprentissage de ce monde étrange et envoûtant que l’on va peu à peu découvrir les dessous de cette Grande Nuit et des raisons de la disparition du soleil, puis de son propre héritage. Une quête initiatique passionnante servie par la fluidité d’une écriture très visuelle qui nous projette dans un univers où esprits créateurs, magie et créatures hybrides seront autant de découvertes que de redoutables dangers ! Un premier roman assurément à découvrir !

Nos jours brûlés, t.1, Laura Nsafou (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 15 septembre 2021
9782226460349 – 16,90€
à partir de 13 ans
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Annie au milieu – Émilie Chazerand

Annie est la sœur de Velma et Harold. Au centre de la famille, elle irradie de son sourire et de sa fantaisie. Mais Annie est « différente » selon les autres, car elle a un chromosome en plus. Et c’est cette « différence » qui va être le motif de renvoi de son équipe de majorette, une passion qu’Annie adore plus que tout ! La sidération et la colère passées, la famille d’Annie ne va pas se laisser abattre et va au contraire faire équipe et se rassembler pour montrer leur propre équipe de majorettes et en mettre plein la vue à ces intolérants !

Liste de 21 raisons d’aimer le roman

· Un roman choral, raconté tour à tour du point de vue de Velma, Harold et Annie.
· Le ton du roman, certes décalé et drôle comme on connaît si bien Émilie Chazerand, mais avec une gravité qu’on lui découvre et qui apporte plus de profondeur que ses précédents romans.
· La question de la place dans la famille, ces voix de Velma et Harold qui peinent à exister, à se faire entendre, dans l’ombre de leur sœur qui mobilise toute l’attention, toute la famille.
· La voix d’Annie, si rare en littérature, qui donne sa vibration à tout le roman. (Une autre voix trisomique à découvrir dans le roman de Mel Darbon).
· Dalida, amie imaginaire qui scintille et apporte cette fantaisie aussi drôle qu’inattendue.
· L’univers des majorettes, une discipline plutôt inédite en littérature, qui contribue à l’humour du roman et au dépassement de soi d’une famille qui prend enfin le temps de se parler, se (re)découvrir.
· La galerie de personnages secondaires, qui apportent tous un petit quelque chose de plus à cette chronique familiale.
· La typographie qui se réduit lors des chapitres de Velma. Si discrète qu’elle ne prend pas trop de place dans la page… avec ses pensées si douloureuses « Aujourd’hui, j’ai un peu existé ».
· La passion d’Annie pour les paillettes.
· L’ouverture de cœur que procure ce roman, l’élan d’amour pour la vie quand on le referme.
· La relation entre la mère d’Annie et la grand-mère, une relation d’amour-haine, si pleine de répartie.
· L’amour d’Harold pour Camille.
· Marie-Claire, la grand-mère, qui résume assez bien l’idée globale du livre : « la famille, c’est un gilet pare-balles ».
· La recette de ce livre : un chouia de mal-être, une pointe de différence, une bonne dose de secrets et surtout beaucoup d’humour et d’amour.
· Les paris discrets entre les parents.
· La chanson Basique d’Orelsan
· Gigi l’amoroso, la poule.
· Les dimanches dans la famille.
· La fin est à la hauteur du reste du roman : réaliste et pleine d’espoir.
· Les listes de Velma, qui nous ont inspiré la nôtre, et qui se terminent invariablement avec la même raison.
· Annie.

Et la bande-annonce du roman pour poser l’ambiance…

Annie au milieu, Émilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 25 août 2021
9782377316953 – 17€
à partir de 13 ans
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La vie en rose de Wil – Susin Nielsen

Après un malheureux incident lors de son arrivée à Toronto, Wil est devenu la risée de son lycée. Malgré cette déconvenue, il vit une vie plutôt tranquille entre ses mères qui l’adorent (les Mapas), son meilleur ami Sal, d’environ soixante-dix ans son aîné, et son chien borgne et courtaud Templeton. Il partage ses journées entre son job d’Expert en composition de sandwichs, l’aqua-gym avec des mamies, son talent muscial inné pour le triangle, et l’écriture de poèmes. Jusqu’au jour où son monde bascule avec l’arrivée des correspondants français… Car il découvre que son Charlie est en réalité une fille et elle est absolument fabuleuse !

Bob voit la vie en Susin Nielsen

Vous devez savoir si vous nous suivez depuis un moment que Bob est un fan absolu de Susin Nielsen et que chaque parution est attendue comme le cadeau de Noël qu’on désire de tout son cœur ! A chaque fois, Bob sait qu’il va adorer, qu’il va rire et pleurer, qu’il va vouloir aller vite au bout de l’histoire et en même temps la lire petit à petit pour la savourer. ❤ Ce nouveau roman de Susin Nielsen est encore une fois un régal de lecture ! Entre ces dialogues aux petits oignons, cette sensibilité qui touche toujours juste et cette fantaisie parfaitement dosée, on succombe pour ses personnages et ses situations aussi loufoques que sensibles. Comme toujours, on ressent une profonde bienveillance dans l’écriture et la construction des personnages de Susin Nielsen : malgré les imperfections de chacun, les difficultés rencontrées, il y a toujours tout cet espoir et cette tolérance qui caractérisent ses histoires, cette volonté de se découvrir et s’aimer soi-même. Les romans de Susin Nielsen, ce sont des moments de lecture uniques, c’est la chaleur de la couette qui nous réconforte toujours, et la promesse d’une vie en rose.

Lisette veut plus de rose dans sa vie

Si vous avez lu attentivement cette chronique, vous pouvez penser que cette histoire paraît simple mais c’est sans compter sur le merveilleux travail de conteuse de Susin Nielsen. Lisette est toujours très heureuse quand elle tombe sur un roman qui prend les adolescents au sérieux mais avec humour ! Ici, il est question d’amitié, de confiance en soi et d’émois adolescents, de vie de famille… mais également de harcèlement et de difficulté financière. Will n’est pas épargné par les désagréments de la vie, ce qui le rend terriblement attachant. L’autrice valorise la diversité : l’homosexualité, l’amitié avec une personne âgée mais ces sujets ne sont jamais au cœur du roman. La force de l’écriture réside dans sa capacité à transmettre des valeurs humanistes comme l’entraide, le respect, la tolérance avec des situations de vies cocasses ! Petit bonus avec le duo de mères de Will qui lui enseigne une sexualité très positive à base de consentement enthousiaste « Ne suppose jamais a priori qu’une fille désire un contact physique, quel qu’il soit ! Demande Toujours Avant™. » Des recommandations toujours très bien placées !

Ouvrir un livre de cette autrice, c’est se blottir dans l’histoire avec réconfort et sourire. La vie en rose de Wil est une très belle fresque humaine hétéroclite et touchante, un univers dans lequel on s’immerge avec tendresse.

La vie en rose de Wil, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 25 août 2021
9782330153472 – 14,90€
à partir de 12 ans