Galerie
0

Interview de Lorène Lebrun

Chez Bob et Jean-Michel, on adore les belles rencontres de papier… et en ce début d’année nous avons fait la rencontre de l’adorable ours Bleuet de Kim Heegyum. D’où vient-il ? Qui est derrière cette toute nouvelle maison d’édition ? Lisette a pris sa plus belle couche-culotte pour aller interviewer l’éditrice de Michi, Lorène Lebrun, afin d’en savoir plus !

Cliquez ici pour lire l’interview !

Un grand merci à Lorène pour le temps qu’elle nous a consacré ! On espère que l’interview vous plaira et vous a donné envie de découvrir cette nouvelle maison d’édition jeunesse. N’hésitez pas à découvrir leurs premiers albums dans votre librairie préférée ou en bibliothèque !

Son
0

La vie indocile d’Achille Le Guennec – Isabelle Renaud & André Mora

A l’aube des vacances d’été, Achille Le Guennec rêve d’assister au festival de métal organisé par son oncle, mais un bulletin catastrophique et un avis de redoublement risquent bien de l’en empêcher ! Et lorsque son père se fait licencier de son travail pour cause de mondialisation (il ne parle pas anglais !), c’est le chamboulement dans la famille. Avec sa petite sœur Eloïse, il est ainsi obligé de se trouver un correspondant anglais pour l’été, mais aussi de réviser toutes ses matières et, surtout, de remonter à cheval – grande tradition Le Guennec – lui qui en a une frousse bleue depuis une chute. Bref, les vacances ne s’annoncent pas super fun…

En ce froid mois de janvier, rien de tel qu’une bonne petite comédie familiale et estivale pour se donner du baume au cœur ! Et cette entrée dans la vie des Le Guennec va vous réchauffer autant les zygomatiques que l’âme ! Achille est en effet un adolescent ma foi plutôt dans la moyenne, ni en crise, ni vraiment parfait, qui rêve de guitares saturées et de la belle Corinne – qui elle ne lui accorde aucun regard. Évidemment, ses parents, et surtout son père, attendent beaucoup de lui et projettent pas mal de leurs envies sur le pauvre garçon qui n’a rien demandé. C’est donc avec une certaine mauvaise volonté et un peu d’entourloupe qu’Achille va tenter de faire sauter la corvée de correspondant et de reprise de l’équitation car, malheureusement, les révisions, il ne pourra pas y couper… Quand sa petite sœur réussit à entrer en contact avec une correspondante et que celle-ci, Alice, vient passer une semaine chez eux, Achille n’est pas au bout de ses surprises…

Dans un style enjoué et plein d’humour, Isabelle Renaud et André Mora nous dressent le portrait d’un adolescent irrésistible, petit métalleux au cœur tout mou qui se laisse embarquer par la tornade Alice, une drôle d’anglaise qui va secouer durablement la famille Le Guennec. Vous vous en doutez, une histoire d’amour va lui tomber dessus, tout comme une redécouverte de l’équitation, notamment des techniques de dressage éthologique qui vont remettre en perspective tout ce qu’il sait de sa relation avec les chevaux et, plus largement…avec les humains. Car bien sûr, il est aussi question des relations familiales, de la pression des parents sur leurs enfants (même s’ils veulent bien faire) et de l’épanouissement de chacun. Bref, un roman léger et enthousiasmant, tout en énergie et en tendresse, qui donne envie de rester plus longuement auprès des Le Guennec.

La vie indocile d’Achille Le Guennec, Isabelle Renaud et André Mora (Syros)
disponible depuis le 12 janvier 2023
9782748531138 – 17,95€
à partir de 12 ans
Galerie
0

Magic Charly, t.3 – Justice soit faite ! – Audrey Alwett

Chers lecteurs,

Voici le final envoûtant de la série Magic Charly. Vous aviez lu mon enthousiasme lors de ma lecture du tome 1. Et bien, ce dernier tome est aussi EXTRAORDINAIRE que les deux précédents. C’est le cœur serré que j’ai fermé la dernière page de cette incroyable trilogie. Cette chronique est garantie sans aucun spoiler – c’est à peine si je vous raconte l’histoire en réalité, tellement j’ai aimé me replonger dans l’univers et l’inventivité de l’autrice, sans aucune attente.

Petit retour en arrière sur la fin du tome 2 et quelques mots sur le tome 3.

Dans le deuxième tome, Audrey Alwett nous laissait en plein cliffhanger. Nous terminions l’histoire avec le sinistre juge Dendelion devenant une allégorie de la Justice, l’Allégorie de la mort qui serait le frère de Sapotille et notre jeune Charly était passé dans un autre monde… De quoi ouvrir ce nouveau tome avec beaucoup d’attentes et de questions.

Dans ce troisième tome… Les pannes de magie se multiplient à Thadam. Sapotille et Césaria essayent de rallier les troupes pour préparer une attaque contre le juge. Pendant ce temps, Charly a retrouvé sa grand-mère et apprend à développer sa magie intuitive tout en cherchant un moyen de retourner dans son monde.

Mettez votre plus beau sapeur, prenez une pâtisserie de Dame Mélisse pour terminer cette trilogie en beauté ! Le merveilleux y est partout : magie, émotions, amour, amitié, concours de magie, humour, le tout avec les mêmes personnages truculents (à quand un livre sur Dame Carasse ?) qui évoluent pour notre plus grand plaisir. Vous ne pouvez pas rester indifférent à cette lecture, cette série mettra des étincelles dans votre coeur.

La magie ici est politique, au coeur d’une lutte de pouvoir, elle ne sauve personne. Elle n’empêche pas les larmes, les indignations et son lot de surprises ! Vous l’aurez compris, ce troisième tome est à la hauteur de toute la série. C’est un très beau voyage, une histoire humaine, bouleversante, qui invite à la réflexion (sur le pouvoir, le consentement..) tout en offrant des puissants moments d’émotions.

Vous aimez la magie ? Lisez cette série. Vous aimez Harry Potter ? Lisez cette série. Vous aimez Terry Pratchett ? Lisez cette série. Vous aimez lire ? Lisez cette série.

Magic Charly, t.3 – Justice soit faite !, Audrey Alwett,(Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 3 novembre
9782075138383 – 17.50€
à partir de 12 ans
Son
0

Le voleur de drap – Elodie Bouédec

Un petit garçon dort profondément, jusqu’à ce que son drap lui glisse des jambes et le réveille en frissonnant ! Quelle surprise de découvrir alors un petit fantôme qui le lui a piqué. Celui-ci s’est perdu en allant à la blanchisserie et, désormais, il ne sait plus comment rejoindre ses compagnons pour se rendre dans l’Envermonde. Le petit garçon pourra-t-il l’aider ?

D’abord réticent, ce petit garçon réveillé subitement dans la nuit va se laisser embarquer par le petit fantôme et tenter de lui venir en aide. Pour cela, il va essayer de se rappeler tous les endroits où l’on sait qu’il peut y avoir des fantômes : cimetières, manoirs mystérieux et probablement hantés, fêtes foraines endormies ou encore bois sombres… Mais nos deux compères font chou blanc et, bientôt, pointe le lever du jour, désespérant le fantôme et faisant craindre au petit garçon que ses parents ne s’inquiètent. Le petit fantôme finira-t-il par rejoindre ses amis et l’Envermonde ?

Une histoire d’amitié singulière sur fond de fantastique pour une nuit magique et hors du temps, voilà ce que nous réserve cet album d’Elodie Bouédec, non sans rappeler quelques histoires classiques de la littérature jeunesse. Ce sont surtout les illustrations qui nous interpellent et nous happent, grâce à une technique plutôt unique : le sable ! Déjà repérée avec Dans mon petit monde (chez le même éditeur, sur un texte de Sandrine Bonini), Elodie Bouédec crée des images avec du sable qu’elle teinte, photographie puis retravaille à l’ordinateur, leur donnant ainsi un grain (haha) tout particulier. Ici, dans des compositions oscillant entre l’album et la bande dessinée, ses images délicates et lumineuses dégagent une atmosphère aussi douce et mystérieuse qu’un rêve, en parfaite adéquation avec le sujet du livre. Une quête nocturne réussie !

Le voleur de drap, Elodie Bouédec (Grasset-Jeunesse)
disponible depuis le 19 octobre 2022
9782246830122 – 17,50€
à partir de 5 ans
Galerie
0

101 façons de lire tout le temps – Timothée de Fombelle et Benjamin Chaud

Avertissement : Les 101 façons de lire tout le temps est un ouvrage dont les postures acrobatiques ne peuvent être reproduites par les adultes que sous la surveillance d’un enfant. Timothée de Fombelle et Benjamin Chaud, deux grands noms de la littérature jeunesse, ont joint leurs talents pour nous offrir un hymne à la lecture.

Après les droits imprescriptibles du lecteur (le droit de ne pas lire, de sauter des pages, etc) de Daniel Pennac que l’on peut retrouver dans le livre Comme un Roman. Il était temps que les lecteurs puissent retrouver leurs positions favorites et farfelues dans un recueil ! Le peuple des lecteurs a enfin sa Bible ! Timothée de Fombelle, tel un scientifique aguerri à scrupuleusement noté, collectionné, étudié, les positions des enfants qui lisent. Comment les plus passionnés d’entre nous arrivent à glisser de la lecture partout ? Qui ne s’est pas retrouver, alors qu’il était plongé dans un livre, dans une position biscornue ? Comme si notre corps, pour supporter l’excitation de l’ouvrage, devait faire de la gymnastique !

Cette magnifique galerie de personnages est un délice à découvrir grâce aux illustrations de Benjamin Chaud qui arrive en quelques traits à donner vie à chaque lecteur : l’escargot qui ne se presse pas en lisant aux toilettes, la poule mouillée qui lit en bloquant la porte de sa chambre la nuit, la linotte qui rate sa station… Des lecteurs que l’on a vu, reconnu et que nous sommes…

Mais peut-être que parmi vous cher lecteurs, certains lisent peu et sont tombés sur cette chronique par curiosité ou découvriront cet ouvrage en librairie. Quelle serait votre position favorite en lisant une BD ? Un roman d’amour ou d’aventure ? Peut-être que ce livre sera une invitation à découvrir la gymnastique de la lecture ? Quelle est donc cette magie que l’on retrouve dans tous les portraits ? Où sommes-nous quand nous lisons ? Un album à lire dans toutes les positions, pour tous les âges, pour tous les lecteurs ou futurs lecteurs (mêmes les moins souples !).

101 façons de lire tout le temps, Timothée de Fombelle, illustré par Benjamin Chaud (Gallimard jeunesse)
disponible à partir du 3 novembre 2022
9782075176491 – 19,50 €
à partir de 6 ans
Galerie
0

L’amie de papa – Angela Portella et Léa Mazé

Une petite fille s’impatiente, ce soir l’amie de papa va venir ! Elle a hâte de l’accueillir et surtout elle aimerait qu’elle reste ! Elle va chercher toutes les excuses pour la faire rester. La petite fille range bien sa chambre, se coiffe et dès l’arrivée de l’amie de papa, elle lui montre ses dessins, lui raconte quantité de choses pour l’accaparer et retarder l’heure de la séparation…

Au départ, je pensais que cet album parlerait de l’envie de certains enfants de voir leurs parents retrouver l’amour, tomber amoureux. Un besoin urgent des enfants que leur parent ne soit pas seul, de faire comme tous les couples et d’être deux. « Je veux tellement qu’ils soient amoureux dit-elle ». C’est ce que j’imaginais. Mais j’avais tort.

Cette histoire va au delà. Cet album tendre et puissant, parle de la séparation des parents, vécue à travers les yeux de cette petite-fille, du désir profond de remettre ses parents ensemble. Le texte est délicat, tendre, ciselé et d’une justesse comme j’ai rarement vu sur ce sujet.

L’album est porté par les sublimes illustrations de Léa Mazé qui traitent ce sujet avec finesse et sensibilité. Une petite fée apparaît dès les gardes de l’album et suit la petite fille, comme un prolongement d’elle-même. Elle est très expressive, elle va refléter l’état émotionnel de l’enfant tout au long de l’histoire. Les couleurs sont subtiles, un camaïeu de bleu, un orange doux mettent en avant les détails accrocheurs.

Un album à mettre entre toutes les mains des enfants séparés (et les autres aussi). Il est tendre et subtil. 32 pages de tendresse. 32 pages d’amour. Certes cet album n’aidera pas à apaiser la douleur de la séparation mais il permettra d’ouvrir des très belles conversations, de montrer à tous les enfants de parents séparés qu’ils ont un rêve en commun, irréalisable, certainement, mais bien réel. Une ribambelle de sentiments font leur apparition : l’excitation, le doute, la manipulation… pour obtenir ce que la petite fille souhaite. Vous l’aurez compris : un sans-faute pour Lisette !

L’amie de papa, Angela Portella, illustré par Léa Mazé (Little Urban)
disponible depuis le 23 septembre
9782374081625 – 14.50€
à partir de 4 ans
Image
0

Les Facétieuses – Clémentine Beauvais

Un roman de Clémentine Beauvais, c’est un peu comme le Beaujolais nouveau : on l’attend toujours avec beaucoup d’impatience, un peu toujours à la même date, et on a vraiment hâte de le déguster ! Mais, surtout, on se demande quelle surprise nous attend…eh bien, sachez-le, vous n’allez pas être déçu.es !

Quand on lui propose d’écrire un texte de théâtre, Clémentine Beauvais – autrice déprimée suite à des échecs personnels et professionnels – s’intéresse soudainement à l’un des grands mystères de notre Histoire : les marraines la bonne fée. En effet, en se demandant qui pouvait bien être la marraine de Louis XVII, Clémentine trébuche et commence alors une enquête sur ces personnalités quasi oubliées qui ont disparu en même temps que la magie dans notre monde…

Bob a reçu le don de grâce (ou de graisse ?)…

Pour cette nouvelle rentrée, Clémentine Beauvais délaisse le roman et la fiction pour nous embarquer dans un essai aussi merveilleux que facétieux… Nous voici donc embarqués dans une enquête douce-dingue sur le sort des marraines la bonne fée, qui officiaient depuis des siècles sur les bambins royaux et de la grande noblesse. En bonne universitaire, Clémentine Beauvais s’attèle donc à la longue phase de recherches, émaillée de belles trouvailles ou au contraire de sérieuses déceptions, pour nous raconter comment les marraines la bonne fée ont progressivement disparu après la Révolution française et, par voie de conséquence, comment à disparu la magie. Mais au-delà de l’énigme historique, c’est l’occasion également de découvrir Clémentine Beauvais dans son quotidien d’autrice fraîchement revenue de Grande-Bretagne où elle travaillait jusqu’à présent, ses amis ses amours ses emmerdes (comme dit la chanson), jusqu’à l’entrée progressive du mystère dans sa vie.

Encore une fois, Clémentine Beauvais nous éblouit par son imagination extravagante et sa maîtrise d’une narration qui nous happe dès les premières pages. Et ce alors même qu’il s’agit d’un essai (vous en avez lu beaucoup, vous, qui étaient aussi passionnants que ça ?) ! Vous serez libres, à la fin du livre, de croire ou ne pas croire à la conclusion de son enquête mais posez-vous quelques minutes et réfléchissez un peu à ce que vous pensez savoir du monde… Clémentine Beauvais a peut-être raison…

Alors le monde ne serait pas régi par les reptiliens et les Illuminati… ?

…et Lisette celui de l’esprit ! (ou pas)

Facétie : action, parole ou écrit qui a quelque chose de bouffon, de burlesque ; plaisanterie, farce, espièglerie nous dit la célèbre fée Larousse. Clémentine Beauvais est une autrice malicieuse, si vous ne le saviez pas encore, ce livre vous le prouvera ! Elle signe avec ce roman une autofiction déroutante. Entre enquête, fiction et conte merveilleux, Clémentine brouille les pistes. Elle joue avec les codes et la forme, comme elle l’avait fait dans son précédent roman Âge Tendre. Encore une fois, elle nous époustoufle ! On ne sait pas déjouer le vrai du faux. Elle s’amuse à mettre en scène sa vie, sa famille et d’autres auteurs de chez Sarbacane. Coucou Julia, coucou Aylin ! Mais surtout elle va mener l’enquête sur la disparition des marraines la bonne fée, pourquoi ont-elles disparu ? Elle taquine nos certitudes historiques, insère des extraits de livre d’Histoire plus vrais que nature. On en viendrait à douter de notre passé.

Malgré mon émerveillement devant la faculté de l’autrice à se renouveler, il a un infime-mini-rikiki-chouïa bémol. J’ai trouvé les derniers chapitres un peu dense. Digne d’une grande universitaire mais du haut de mes couches-culotte, c’était moins magique – tout en restant brillant (comme une baguette magique !).

Lisette a envie de rester dans la comparaison vinicole de Bob, pour dire que Clémentine Beauvais nous offre un excellent millésime ! Tel un grand champagne, c’est souple, vif et pétillant ; ça nous laisse un joli goût littéraire en bouche.

Bonne fée
Allez les enfants, venez découvrir Pierre Bourdieu et les inégalités sociales sous fond de magie !

Les Facétieuses, Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 24 août 2022
9782377317318 – 17€
à partir de 13 ans
Son
0

Gamine – Emmanuelle Rey

Judith a seize ans, fait de la natation en club avec sa meilleure amie, et ne rêve que d’avoir un petit copain intéressant. En boîte, elle rencontre Colin, mature, sûr de lui et qui s’intéresse à elle. Mais il a 32 ans, et peu importe s’il a le double de son âge (même si elle lui a – un peu ! – menti) car elle est enfin amoureuse !

Après le poignant Comme deux frères (qu’on n’avait pas eu l’occasion de commenter ici mais qu’on vous conseille grandement) sur la disparition et la culpabilité, Emmanuelle Rey revient chez Didier Jeunesse avec un roman qui s’intéresse aux relations toxiques et notamment à l’emprise. Je ne vous divulgue rien, on le sait très rapidement ! D’autant plus que le texte est très court, ce qui participe d’ailleurs à la qualité de ce roman, raconté du point de vue de Judith, et qu’on lit en totale apnée. Car la relation de Judith avec Colin devient très vite dérangeante, faite de règles et d’excuses dont on comprend très vite qu’elles vont mettre la jeune fille sous l’emprise de cet homme pas si beau, pas si intéressant, pas si puissant, mais qui va la manipuler à sa guise. Malgré les mises en garde de sa meilleure copine, ou même de sa famille, mais aussi de sa propre conscience que tout n’est pas « normal », Judith s’enfonce un peu plus dans cette relation qui n’a plus rien de magique et qui la met dans des situations parfois inconfortables ou dangereuses.

L’écriture d’Emmanuelle Rey, sans artifices, où tout est dit sans suggestions ou fioritures, est terriblement efficace. L’empathie pour Judith est totale et la sensation de retenir notre souffle jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot, n’en est sans doute pas une ! (On a bien expiré une fois arrivé à la fin, soyez prévenu.es !) Un roman intense et bouleversant. On aime aussi cette très belle couverture d’Emmanuel Polanco, qui s’accorde parfaitement au texte.

Gamine, Emmanuelle Rey (Didier Jeunesse)
disponible le 14 septembre 2022
9782278120918 – 13,50€
à partir de 14 ans
Son
0

D’après La Traviata – Fabien Clavel

En cette rentrée littéraire, les éditions Gulf Stream sortent une nouvelle collection de romans ados intitulée « Prélude ». Celle-ci propose des romans courts, réinterprétant des opéras célèbres avec les codes du roman adolescent, pour faire découvrir la richesse du répertoire classique et montrer l’intemporalité des histoires qui y sont évoquées. Chez Bob et Jean-Michel, nous avons découvert D’après La Traviata dont on ne connaissait finalement pas grand-chose à part le titre ou quelques airs connus…

Waïla, surnommé Violetta en souvenir des fleurs de son Algérie natale, vit à Paris avec sa mère qui ne lui a jamais témoigné d’affection. Consciente de sa beauté, désireuse d’être aimée, elle adopte peu à peu des comportements destructeurs, qui vont la mettre sur le chemin du Baron. Devenue escort-girl alors qu’elle n’est même pas majeure, Violette goûte au luxe et à l’argent qui coule à flots, jusqu’à sa rencontre avec Alfredo, avec qui elle va connaître le bonheur…

Héroïne tragique par excellence, Fabien Clavel nous invite à découvrir le destin de Violetta, la Traviata, à travers une longue lettre qu’elle écrit pour Alfredo. On y découvre ses origines, ses joies, ses peines et tout ce qui l’a menée à cette vie qui ne sera que trop courte. Entre l’époque à laquelle se déroule l’histoire dans l’opéra de Verdi et la nôtre, contemporaine, les considérations sont exactement les mêmes – c’est d’ailleurs ce qui a poussé Fabien Clavel à choisir cette œuvre, comme il l’explique dans sa préface, évoquant le mouvement #metoo ou encore l’affaire Zahia. Le roman s’inscrit en effet dans une résonnance avec l’opéra de Verdi sur la condition de la femme, le pouvoir des hommes et la difficulté à sortir de la pauvreté. L’histoire, aux thèmes universels, n’en est que plus bouleversante. D’autant plus que Fabien Clavel a choisi la versification pour cette longue lettre dans laquelle Violetta se révèle : l’écriture en vers apporte ainsi une fluidité, une émotion et un lyrisme qui donnent vie à son histoire comme le ferait la musique – voilà qui tombe bien !

D’après La Traviata, Fabien Clavel (Gulf Stream)
collection Prélude
disponible depuis le 25 août 2022
9782354889814 – 13€
à partir de 14 ans
Son
0

Les Errantes – Jo Witek

Suzanne est une streameuse de jeux vidéo à la recherche de la célébrité. Saskia une jeune artiste lettone qui rêve d’être exposée dans une galerie. Et Anne-Lise une adolescente de bonne famille à la spiritualité exacerbée. Toutes trois vivent au sixième étage d’un bel immeuble haussmannien et ne se connaissent pas réellement. Jusqu’à ce qu’elles soient la proie d’étranges phénomènes qui vont leur demander de s’unir pour se sortir de ce qui va vite devenir un véritable enfer mental…

Le talent de Jo Witek n’est plus à démontrer : aussi à l’aise dans le thriller que dans le contemporain ou même l’album et le documentaire, nous voici cette fois dans le domaine de l’épouvante. Un genre qu’on adore tout particulièrement ici ! Dans ce roman à trois voix, préparez-vous à quelques nuits blanches et à interroger votre santé mentale. Alors que l’on fait connaissance avec nos trois jeunes filles aux caractères, aux histoires et aux intérêts diamétralement opposés, l’étrange fait peu à peu son entrée dans leurs vies, remettant en cause leurs certitudes, percutant leur réalité. Mais ces voix étranges, ces cauchemars trop prégnants ou ces apparitions fantomatiques dont elles vont être les victimes vont aussi et surtout les rassembler et les amener à considérer une amitié dont elles n’avaient pas forcément envie au premier abord. Une sororité qui se construit, donc, en dépit de leurs différences et de leurs angoisses. D’autant plus que les fantômes qui les hantent ont sans doute bien plus à voir avec elles qu’elles ne le pensent…

Mais la force du roman de Jo Witek n’est pas seulement dans cette angoisse glissante, elle est aussi dans ces très beaux portraits de jeunes femmes, et surtout dans ce que ces scènes de terreur disent réellement. Car, à mesure que l’histoire avance, que les jeunes filles font face et tentent de comprendre, ce sont d’autres histoires qui viennent se révéler, des histoires terribles, des histoires de femmes qui ont été brisées. Et c’est là toute l’ingéniosité du récit (et l’un des traits caractéristiques d’une bonne histoire d’horreur) qui, en plus de nous faire frissonner, nous dévoile des destins et des réalités sociales fortes. L’épouvante pour provoquer une réflexion féministe : on dit oui !

Les Errantes, Jo Witek (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 17 août 2022
9782330167868 – 16,50€
à partir de 13 ans