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Thomas – Martine Arpin et Claude K. Dubois

La maman de Thomas vient de mourir. Un trou a été creusé dans la terre pour elle. Un trou a aussi été creusé dans son coeur d’enfant. Un gros trou noir. Vide. Si sa maman avait été là, il lui aurait demandé comment remplir ce trou. Elle aurait su. Elle savait toujours. Mais elle n’est plus là. Comment réparer son coeur ?

Thomas va chercher à travers la ville, quelqu’un qui saurait réparer les coeurs brisés. Il va aller voir les commerçants dont sa maman lui parlait : la couturière aux doigts de fée, le médecin qui guérit tout… Comme un conte en randonnée, Thomas va d’adulte en adulte pour demander une solution, mais il n’existe pas de médicament pour le chagrin, ni de rapiéçage. La tristesse reste là, un vide, une absence qui l’entoure jusque dans les illustrations où la tristesse envahit le dessin. Thomas erre, il est seul dans cette ville inhabitée. Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Thomas raconte la tristesse qui nous entoure lorsque l’on perd un être cher. Une texte aussi délicat que les illustrations de Claude K.Dubois, dont on reconnaît immédiatement le crayonnée et ses teintes pastels beige, ocre, jaune.

A force de marcher dans la ville, Thomas va revenir chez lui, retrouver son père entouré de photos de sa maman. Et si la réponse pouvait venir de là ? Et si on pouvait remplir son coeur de souvenir ? Martine Arpin nous offre une douce fin avec un florilège de souvenirs poignants qui va apporter à Thomas de l’apaisement quand il comprendra que, pour remplir le trou qui s’est creusé dans son cœur, il peut y glisser « de petits morceaux de sa maman » , des souvenirs.

Un album émouvant, sensible pour aborder ce thème délicat et mettre des mots sur la mort et sur notre plus belle façon d’affronter la perte : la force des souvenirs. Un texte triste et beau, doux et fin, comme les illustrations. Thomas fait autant pleurer d’émotions que de beauté, il devient un de mes livres indispensables.

Thomas, Martine Arpin, illustré par Claude K.Dubois (Editions D’eux)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782924645536 – 13,50€
à partir de 5 ans
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La vie invisible d’Addie Larue – V. E. Schwab

Née en France à la fin du XVIIe siècle, Adeline Larue doit épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle sait qu’elle ne connaîtra aucune liberté. Juste un lit conjugal, puis un lit de mort, peut-être un lit de bébé entre les deux. Tétanisée à l’idée de mourir sans avoir vécue, elle prie les anciens dieux, une énième fois pour la sauver et lui permettre d’être libre. Sauf qu’elle n’a pas suivie le conseil de son amie qu’il l’avait averti : il ne faut jamais prier les dieux à la nuit tombée ! Le jour de son mariage, Adeline va formuler le voeu d’obtenir davantage de temps et de liberté en scellant un pacte. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, de garder sa jeunesse, personne ne pourra plus jamais se souvenir d’elle. La voilà condamnée à traverser les âges, comme un fantôme.

Be careful what you wish for disent les anglais, que l’on pourrait traduire par Méfiez-vous de vos rêves, ils pourraient se réaliser ! Bien mal en a pris à Adeline qui se retrouve certes libre mais oubliée de tous ! Dès que son interlocuteur disparaît de sa vue, il l’oublie, elle ne peut ni écrire, ni raconter son histoire – de toute façon qui la croirait ? Cette malédiction lui interdit d’avoir un travail ou même un lieu à elle. Malgré cela, Addie va survivre, traverser les siècles, l’Histoire, aller de rencontres en rencontres, toujours éphémères à travers le monde entier. Jusqu’au jour où, après trois cents ans de vie sur Terre, un libraire de New-York va lui dire cinq mots qui vont faire basculer sa vie : Je me souviens de toi.

La vie invisible d’Addie Larue est un roman captivant, extraordinaire qui se dévore ! L’autrice, des séries à succès Cassidy Blake et Shades of Magic, nous offre un roman plus personnel et touchant. Véritable tour de force narratif, les chapitres oscillent entre le passé d’Addie et sa vie à New-York. Même si certains rebondissement se devinent facilement, il y a de très beaux retournements…notamment la fin, que j’ai trouvé digne du talent de l’autrice.

Addie est un personnage féminin fort et fascinant qui va au fil des années créer une relation avec le démon, ce dernier étant fasciné par sa proie. Suivre cette relation en pointillé est un pur plaisir. Le ténébreux est un personnage dangereusement irrésistible qui ne désire qu’une chose : qu’Addie capitule et lui donne son âme, fatiguée de cette longue vie solitaire. Tous les personnages, même très secondaires, laissent une empreinte sur l’héroïne mais aussi sur nous. L’objet livre rend justice au texte, puisque la couverture représentant Addie est recouverte d’une jaquette en calque la laissant apparaître en transparence. Une très belle mise en abime de la fatalité d’Addie à disparaître…

Au-delà de la référence au pacte faustien, ce roman nous partage une très beau récit sur la mémoire, la transmission et la création. Est-ce que notre vie a de la valeur si nous ne laissons pas de trace sur Terre ? Est-ce que l’Art n’est pas la trace ultime de l’immortalité ?

La vie invisible d’Addie Larue,V.E. Schwab(Lumen)
disponible le 3 juin 2021
9782371023048 – 17€
à partir de 16 ans
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Souvenirs de Marnie – Joan G. Robinson

Anna est envoyée par ses parents adoptifs dans un village côtier d’Angleterre chez un couple d’amis. Cette jeune orpheline renfermée, a toujours l’impression d’être en dehors du monde, différente et préférant rester seule à observer la nature, plutôt que de se lier d’amitié avec des enfants de son âge. En explorant les environs, elle découvre une vieille bâtisse au bord de l’eau, à la fenêtre, une jeune fille se fait brosser les cheveux. Rêve ? Réalité ? Anna va faire la rencontre de la mystérieuse Marnie et va nouer avec elle une étonnante amitié.

Souvenirs de Marnie  est un très beau texte qui nous fait naviguer sur la ligne du temps et de l’enfance avec une extrême douceur. Il nous rappelle le goût des jeux partagés, la magie de l’imagination mais aussi la solitude, les angoisses que l’on peut éprouver enfant. Anna va à travers son amitié avec Marnie s’épanouir et s’ouvrir au monde.

Joan G. Robinson offre un cadre et une histoire intemporelle qui touchera aussi bien les adolescents que les adultes. Les descriptions de ce village côtier nous permet de suivre Anna pas à pas à travers les dunes. Le texte nous dévoile les pensées intimes et parfois douloureuses d’Anna, qui a peur de l’abandon, du rejet et porte un masque « neutre » pour ne surtout pas être remarqué, ne pas faire de vague. Mais c’est près de la mer et de cette maison dans laquelle vit Marnie, qu’elle va plonger dans une quête identitaire et intime pour trouver sa place.

Anna tâtonna dans le noir jusqu’à trouver ses tennis – elles les aurait complètement oubliées sans ce rappel, preuve que la fille était réelle ! et rentra en courant au cottage, tout tremblante d’excitation. Elle s’était juré de ne pas chercher à connaître la famille quand elle s’installerait dans la Villa, et pourtant elle était si heureuse. On aurait pu croire qu’elle n’avait jamais rencontré quelqu’un de son âge auparavent. Cette fille-là était différente. Il y avait quelque chose de magique chez elle.

Ce classique britannique, paru en 1967, doit sa première traduction aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. L’éditeur y a apporté un soin tout particulier, la douceur et le grammage du papier crée une expérience qui vient accroître l’ambiance poétique du texte. Peut-être que vous connaissez du même nom le film d’animation du Studio Ghibli qui est une adaptation fidèle de ce roman jeunesse. Ce livre fait parti des 50 livres qu’il faut avoir lus selon Hayao Miyazaki, qu’attendez-vous donc ?

À mi-chemin entre le roman initiatique, poétique et à suspense, Anna va en quelques mois grandir et subtilement trouver des réponses sur son identité de manière fluide et tout à fait inattendue. Si on peut penser au début du roman qu’il s’agit d’une simple histoire d’amitié, le scénario se tisse de manière efficace et délicate, le roman va plus loin sur la quête identitaire, comme un puzzle, c’est un vrai travail d’orfèvre !

Souvenirs de Marnie, Joan G. Robinson, traduit par Patricia Barbe-Girault (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible depuis le 22 avril 2021
9782381960197 – 16,50€
à partir de 12 ans
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Les sortilèges de Zora, t.1 – Judith Peignen et Ariane Delrieu

Zora est furieuse, sa grand-mère Babouchka veut l’obliger à aller au collège, pour avoir une vie dans le monde des Nonsorciers (et avoir un VRAI métier). Mais Zora ne l’entend pas de cette oreille, du haut de ses 12 ans, elle est une sorcière et veut le rester ! Malheureusement pour elle, sa grand-mère utilise sa magie pour l’envoyer à l’école sans pouvoirs…

 

Premier tome d’un diptyque, Les sortilèges de Zora est très accrocheur ! Victimes de la chasse aux sorcières, celles-ci doivent se cacher, Zora a donc été envoyé chez sa grand-mère, loin de ses parents, par sécurité. Elle ne peut pas rentrer chez elle car la chasse bat encore son plein, ses parents organisent la résistance et doivent se battre. Ils n’ont qu’une envie pour leur fille : qu’elle devienne avocate, infirmière, qu’elle puisse avoir une vie normale. Zora ne veut qu’une chose : rester sorcière pour utiliser ses pouvoirs. Son arrivée au collège ne passera pas inaperçu, elle est très différente de ses camarades, elle ne connaît pas les conventions sociales, ne mange que des sucreries à la cantine, ne parle à personne. Loin des sortilèges et des potions, Zora découvre les moqueries de ses camarades, les élans amoureux et surtout une fille l’intrigue… elle la soupçonne d’être une sorcière. Amie ou Ennemie ?

Cette BD aborde avec délicatesse et humour les questions de la différence et de la transmission, le tout sur fond de bouleversements adolescents. Les pouvoirs de Zora sont jubilatoires et feront rêver plus d’un lecteur ! Les illustrations d’Ariane Delrieu nous dévoilent un univers riche, facétieux et coloré rendant les personnages particulièrement attachants. Dans les dernières pages, des extraits du grimoire de Zora sont dévoilés : comme un journal intime, la jeune sorcière y partage son matériel, un peu d’Histoire et des recettes. Apprentis sorciers, apprenties sorcières, cette histoire est pour vous ! Et si vous avez vous-mêmes des pouvoirs, n’hésitez pas à les utiliser pour que l’on découvre la suite très vite.🪄

Les sortilèges de Zora, t.1 – Une sorcière au collège, Judith Peignen et Ariane Delrieu (Vents d’Ouest)
disponible depuis le 5 mai 2021
9782749309385 – 11,50€
à partir de 10 ans
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L’année où je suis devenue ado – Nora Dåsnes

Emma est heureuse de rentrer en 5ème, cette année elle rêve de devenir stylée, construire une cabane avec ses deux meilleures amies Bao et Linnéa, aller à une pyjama-partie et tomber amoureuse ! Sauf que la rentrée ne se passe pas comme elle l’imaginait. Linnéa a changé, elle a un copain, ce qui est intolérable pour Bao qui veut continuer à construire des cabanes dans la forêt de l’école… Coincée entre les deux, Emma ne sait pas comment se positionner : comment on sait qu’on est une ado ? C’est quoi être mature ? Comment savoir si l’on est amoureuse ?

L’année où je suis devenue ado est une pure merveille ! L’histoire est pudique, authentique et vient explorer les bouleversements des premiers émois avec beaucoup de tact. Emma va tomber amoureuse de Mariam, une nouvelle élève, qui vient d’arriver dans sa classe, cet amour est amené d’une manière douce, naturelle et réservée, propre à cet âge sensible et n’est pas sujet à controverse. Ce livre traite surtout du passage délicat où nos jeux nous paraissent trop enfantins, où on se demande si la vie n’est pas partagée entre les filles qui se maquillent et les autres, celles qui sont en couple et les autres, les gamines et les ados… Emma va être tiraillée entre ses deux amies qui représentent cette transition si particulière de l’enfance à l’adolescence.

Il s’agit du premier livre de la graphiste norvégienne Nora Dåsnes qui explique qu’elle aurait aimé lire une telle histoire à 12 ans car elle considère qu’il est essentiel de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent. Pari réussi ! Les lectrices s’identifieront facilement à Emma, car elle est une narratrice attachante et pleine d’esprit. Cette autrice-illustratrice nous offre un objet livre magnifique, plus proche du roman graphique que de la bande dessinée, d’autant plus que le livre est le journal intime d’Emma. Nous y retrouvons des messages dessinées, des playlists musicales de son père (qui a très bon goût), des dessins en pleines pages, des bulles… Ces changements apportent un rythme rapide, qui ne donne qu’envie de découvrir la suite de l’histoire ! Et que dire des illustrations ? Elles sont sensibles, douces et nous montrent des moments de la vie quotidienne avec justesse, ni trop, ni pas assez.

Une BD coup de cœur qui raconte avec une extrême justesse les premiers émois amicaux et amoureux de cet âge charnière, entre l’enfance et l’adolescence. Je vous invite à découvrir cette bande dessinée qui est un véritable bonheur de lecture, à mettre entre toutes les mains !

L’année où je suis devenue ado, Nora Dåsnes (Casterman)
disponible le 5 mai 2021
9782203223615 – 15,95€
à partir de 10 ans
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Lucienne Eden ou l’île perdue – Stéphane Jaubertie

Sur une île déserte vit Lucienne Eden, une jeune fille qui rêve de rejoindre sa mère, star à Las Vegas, et qui, en attendant, partage sa solitude avec un vieil homme un peu doux-dingue. Mais voilà qu’un jour s’échoue sur sa plage une masse de déchets en tout genre…et de laquelle émerge un adolescent complètement perdu, à la recherche de son père.

Lucienne Eden, c’est l’histoire d’une rencontre qui commence plutôt mal. D’un côté, une gamine solitaire qui ne mâche pas ses mots et de l’autre, un garçon échoué qui semble un peu choqué par ce qu’il vient de vivre, nous offrant une première scène vivifiante et drôle à souhait faite d’incompréhension, de colère et d’entêtement. Bien sûr, nos deux jeunes gens vont peu à peu s’apprivoiser alors que Lucienne fait découvrir à « Machin », qui s’appelle en réalité Gaspard (l’occasion d’un comique de répétition durant toute la pièce ultra bien dosé et toujours à propos), son île aussi fantasque et étonnante qu’elle, qui se trouve de plus en plus menacée. Entre les leçons avec Andris, vieillard lunaire mais enthousiaste, les balades sur l’île où poussent des forêts de brocolis géants et où l’on doit faire attention aux pandas mangeurs de grizzlis, et l’apprentissage de l’autre, la pièce se déroule sous nos yeux dans un joyeux enchaînement de scènes aussi drôles que sensibles !

S’il est question d’écologie, de questionnements sur l’avenir de la planète, la pièce de Stéphanie Jaubertie est aussi une réjouissante et piquante comédie qui explore les bouleversements de l’adolescence, et notamment le désir. Les personnages sont diablement attachants et gentiment dingos, le style est enlevé et impertinent et on ne cesse de glousser à mesure que se déroulent les péripéties tantôt extraordinaires, tantôt sensibles, de Lucienne et Gaspard. Un véritable petit bonheur de lecture ! ❤️

Lucienne Eden ou l’île perdue, Stéphane Jaubertie (Théâtrales)
collection Théâtrales jeunesse
disponible depuis le 18 février 2021
9782842608507 – 8€
à partir de 12 ans
Son
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Bleu jardin – Clémence Sabbagh et Teresa Arroyo Corcobado

Bienvenue dans le jardin avec cette toute nouvelle collection à destination des tout-petits : « Couleurs jardin » ! Des cartonnés documentaires qui invitent à découvrir ce qui se cache dans nos jardins à partir d’une couleur. Pour ce Bleu jardin, c’est la mésange bleue que nous allons suivre alors qu’elle vient tout juste de se poser sur l’une des fleurs – bleue également – qui embellit le jardin. Et il va s’en passer des choses pour cette mésange, qui va rencontrer un compagnon puis installer son nid dans un arbre du jardin. Toutes les conditions sont ainsi idéalement rassemblées pour observer son comportement, ses habitudes alimentaires et tout ce qui fait la vie d’un oiseau.

Dans ce texte poétique raconté comme une histoire, Clémence Sabbagh interpelle également les enfants qui sont invités à participer s’ils le désirent : elle leur pose des questions, leur propose de suivre le vol de la mésange du doigt ou de l’aider à gratter l’écorce d’un arbre pour trouver de la nourriture. On se prête volontiers au jeu qui nous rapproche un peu plus de cet oiseau aussi familier qu’insaisissable.

Quant aux illustrations de Teresa Arroyo Corcobado, elles sont tout simplement sublimes ! Ses oiseaux sont dessinés avec une précision raffinée, les couleurs sont chatoyantes et les décors de jardin nous font bien rêver en ces temps de confinement !
Et pour inviter les enfants à prendre soin de la nature qui les entoure, une petite activité est proposée en fin d’album : fabriquer une guirlande gourmande pour les mésanges qui ont parfois du mal à trouver de quoi se nourrir en hiver. Une bien jolie manière de terminer cet album joyeux et interactif qui sent bon le printemps ! 🐦

Bleu jardin, Clémence Sabbagh, illustré par Teresa Arroyo Corcobado (Le diplodocus)
collection Couleurs jardin
disponible depuis le 2 avril 2021
9791094908211 – 11,90€
à partir de 2 ans
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Marie-Verte – Émilie Chazerand et Marion Arbona

Dans la famille Machin-Truc, tout le monde est blond comme des biscuits. Alors le jour où Marie-Verte est née, ses parents furent très surpris ! La petite fille avait la peau verte, et même verte-verte-verte, couleur pelouse anglaise. Désormais, dit le père, les photos de familles seront en noir et blanc. Rapidement cependant, Marie-Verte conquit le cœur de tout le monde, même à l’école, tellement elle est généreuse et originale. Mais elle se sent incomprise… est-ce qu’elle est la seule au monde à avoir cette couleur de peau ?

Cet album fantaisiste nous fait découvrir une petite fille indépendante et curieuse (qui aurait bien pu être copine avec l’héroïne Verte de Marie Desplechin dont elle partage une partie du prénom). Mais ici, point de magie ! Lorsque notre héroïne va découvrir l’existence d’une mystérieuse tribu à la peau verte comme la sienne, Les Tikunu, ni une ni deux, elle décide de partir seule dans la jungle profonde pour les rencontrer !

Émilie Chazerand (que l’on aime beaucoup beaucoup) qui nous offre un texte qui sent bon la liberté et la chlorophylle mais surtout qui joue sur les stéréotypes dans un univers complément décalé ! Une de mes pages préférées est notamment le voyage de Marie-Verte qui « traversa les airs pendant une journée entière, puis, une fois à terre, dut prendre un train, un taxi-bus, une pirogue trouée et un âne bâté (…) ». Le style de l’autrice est toujours désopilant et elle s’amuse à glisser parfois des références et des rimes improbables, par exemple Pierre-Mayeul avec épagneul. Les magnifiques illustrations de Marion Arbona nous transportent avec joie et bonne humeur dans les aventures de Marie-Verte, qui avec un nom pareil ne peut devenir qu’écolo ! Vous l’aurez compris un album qui ne se prend pas au sérieux mais qui parle de notre place dans le monde et de notre besoin de trouver sa propre tribu !

Marie-Verte, Émilie Chazerand, illustré par Marion Arbona (Sarbacane)
disponible depuis le 7 avril 2021
9782377316076 – 15,90€
à partir de 6 ans
Son
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Nos elles déployées – Jessie Magana

En 1974, Solange a 15 ans et marche fièrement avec sa mère Coco et les amies de celle-ci alors que la loi sur l’avortement est en passe d’être votée. Mais Solange se cherche aussi beaucoup : sa mère prend beaucoup de place et elle doit également composer avec son désir qui s’éveille. Quelques décennies plus tard, en 2018, c’est au tour de Sido, la fille de Solange, qui a hérité de l’engagement de ses aînées, de se heurter à son modèle familial et de tenter de trouver sa propre voie…

Quel roman ! Jessie Magana nous emmène à la rencontre de trois générations de femmes qui ont choisi de s’engager, d’ouvrir la réflexion sur leur société et leur corps, d’interroger l’amour et la famille. Une véritable saga familiale et féministe qui nous happe dès les premiers instants avec cette manif’ pour le droit des femmes à disposer de leurs corps. Nous sommes alors en 1974 et le moment est historique. L’écriture de Jessie Magana nous emporte comme un souffle, on ne lâche dès lors plus cette histoire de famille, de femmes et de désirs alors que Solange se cherche, essaye de comprendre Coco et son histoire, et se trouve en proie à des envies et des contradictions qui vont l’amener à entrer en opposition avec sa mère. Et peut-être qu’il lui faut alors partir… Vient justement l’été, Solange part en Algérie et y découvre la Kabylie qui va changer complètement sa vie. Le bond se fait jusqu’en 2018, où l’on découvre Sido, en lutte contre la réforme du lycée, en plein mouvement des gilets jaunes ou encore de #metoo. L’engagement est de famille et, tout comme sa mère avant elle, Sido s’est construite avec Coco et ses amies féministes tandis que Solange est bien loin de l’adolescente qu’elle était…

Parfaitement documenté et ancré dans les événements passés et actuels, Jessie Magana nous offre là un magnifique récit d’éveil au militantisme, au féminisme, et à la sexualité. Une mention spéciale, d’ailleurs, pour toutes les scènes de sexe et de découverte de la sexualité féminine qui sont très réussies ! Les personnages sont tout en nuances et en sont ainsi particulièrement attachants, à tel point que l’on aurait presque envie de continuer à marcher à leurs côtés. C’est percutant et intelligent, sensuel et émouvant, authentique et bienveillant, et c’est un roman assurément indispensable. Un coup de cœur ! ❤️

Nos elles déployées, Jessie Magana (Thierry Magnier)
disponible depuis le 3 mars 2021
9791035204433 – 14,80€
à partir de 14 ans
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Kiosque – Anete Melece

Depuis toujours, Olga travaille dans un kiosque à journaux. Ce minuscule espace, c’est toute sa vie. Elle connaît ses clients par cœur : ceux qui viennent acheter chaque jour leur magazine, ceux qui viennent simplement pour parler, ceux qui lui font signe en passant ou encore les touristes, qui lui demandent systématiquement le chemin vers le musée. Mais le soir, quand elle ferme le rideau de fer, Olga se met à rêver de soleils, de mers et de plages lointaines…

Le quotidien d’Olga, c’est une routine constante. Chaque matin, elle est livrée de son nouveau stock de journaux, elle ouvre son rideau et son premier client, comme toujours, est ce monsieur au teint jaunâtre de bien trop fumer ! Puis s’ensuivent tous ses clients habituels, qu’elle a appris à connaître et qui rythment sa journée jusqu’au soir. Et lorsqu’elle baisse le rideau, Olga se plonge dans ses propres magazines, et rêve de voyager et de voir le monde, loin de ce petit kiosque étriqué. Il suffit d’un matin et du livreur de journaux qui pose le nouveau stock trop loin de sa porte pour que cette journée soit complètement chamboulée ! Car alors que des jeunes en profitent pour lui piquer des bonbons, Olga se rue vers eux à travers sa trop petite fenêtre et fait basculer son kiosque avec elle ! Surprise, voilà maintenant qu’elle peut se déplacer et commencer à vivre sa propre aventure…

Avec Kiosque, Anete Melece nous offre un album plein de tendresse qui nous invite à poursuivre nos rêves. Comme Olga, on est parfois incapable de sortir de notre quotidien et de notre train-train et il suffit alors d’un petit coup de pouce pour découvrir que l’on peut faire tout ce qu’on veut et poursuivre ses rêves. C’est aussi un album qui nous touche particulièrement en ce moment car il met en scène un personnage dont le travail est essentiel pour tous ces gens qui passent et s’arrêtent devant son kiosque chaque jour. Une jolie manière de mettre en lumière le rôle parfois très social des commerçants de proximité. Le tout avec des peintures colorées et un peu naïves qui ajoutent le soupçon de magie qu’il faut !

Préexistant à l’album, il y a un court-métrage d’animation, réalisé par Anete Melece, que je vous invite à aller voir pour profiter plus longuement encore de son magnifique travail d’illustration.

Kiosque, Anete Melece (L’école des loisirs)
collection Pastel
disponible depuis le 10 mars 2021
9782211305686 – 13€
à partir de 5 ans