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La vie en rose de Wil – Susin Nielsen

Après un malheureux incident lors de son arrivée à Toronto, Wil est devenu la risée de son lycée. Malgré cette déconvenue, il vit une vie plutôt tranquille entre ses mères qui l’adorent (les Mapas), son meilleur ami Sal, d’environ soixante-dix ans son aîné, et son chien borgne et courtaud Templeton. Il partage ses journées entre son job d’Expert en composition de sandwichs, l’aqua-gym avec des mamies, son talent muscial inné pour le triangle, et l’écriture de poèmes. Jusqu’au jour où son monde bascule avec l’arrivée des correspondants français… Car il découvre que son Charlie est en réalité une fille et elle est absolument fabuleuse !

Bob voit la vie en Susin Nielsen

Vous devez savoir si vous nous suivez depuis un moment que Bob est un fan absolu de Susin Nielsen et que chaque parution est attendue comme le cadeau de Noël qu’on désire de tout son cœur ! A chaque fois, Bob sait qu’il va adorer, qu’il va rire et pleurer, qu’il va vouloir aller vite au bout de l’histoire et en même temps la lire petit à petit pour la savourer. ❤ Ce nouveau roman de Susin Nielsen est encore une fois un régal de lecture ! Entre ces dialogues aux petits oignons, cette sensibilité qui touche toujours juste et cette fantaisie parfaitement dosée, on succombe pour ses personnages et ses situations aussi loufoques que sensibles. Comme toujours, on ressent une profonde bienveillance dans l’écriture et la construction des personnages de Susin Nielsen : malgré les imperfections de chacun, les difficultés rencontrées, il y a toujours tout cet espoir et cette tolérance qui caractérisent ses histoires, cette volonté de se découvrir et s’aimer soi-même. Les romans de Susin Nielsen, ce sont des moments de lecture uniques, c’est la chaleur de la couette qui nous réconforte toujours, et la promesse d’une vie en rose.

Lisette veut plus de rose dans sa vie

Si vous avez lu attentivement cette chronique, vous pouvez penser que cette histoire paraît simple mais c’est sans compter sur le merveilleux travail de conteuse de Susin Nielsen. Lisette est toujours très heureuse quand elle tombe sur un roman qui prend les adolescents au sérieux mais avec humour ! Ici, il est question d’amitié, de confiance en soi et d’émois adolescents, de vie de famille… mais également de harcèlement et de difficulté financière. Will n’est pas épargné par les désagréments de la vie, ce qui le rend terriblement attachant. L’autrice valorise la diversité : l’homosexualité, l’amitié avec une personne âgée mais ces sujets ne sont jamais au cœur du roman. La force de l’écriture réside dans sa capacité à transmettre des valeurs humanistes comme l’entraide, le respect, la tolérance avec des situations de vies cocasses ! Petit bonus avec le duo de mères de Will qui lui enseigne une sexualité très positive à base de consentement enthousiaste « Ne suppose jamais a priori qu’une fille désire un contact physique, quel qu’il soit ! Demande Toujours Avant™. » Des recommandations toujours très bien placées !

Ouvrir un livre de cette autrice, c’est se blottir dans l’histoire avec réconfort et sourire. La vie en rose de Wil est une très belle fresque humaine hétéroclite et touchante, un univers dans lequel on s’immerge avec tendresse.

La vie en rose de Wil, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 25 août 2021
9782330153472 – 14,90€
à partir de 12 ans
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Anne de Redmond – Lucy Maud Montgomery

Anne Shirley est de retour ! Elle a désormais 18 ans et rentre à l’université de Redmond. Au programme : étude, écriture, nouvelles rencontres et surtout, toutes sortes de mésaventures ô combien romantiques ! C’est en compagnie de ses anciens compagnons de vies : Gilbert, Charlie et Priscilla qu’elle va découvrir la vie d’étudiante. Mais c’est sans oublier ses retours à Green Gables pour retrouver sa famille, se ressourcer auprès de la nature et entretenir ses amitiés. Un troisième tome sous le signe de la colocation entre jeunes filles et de l’amour ! Oui car ce livre contient de nombreuses demandes en mariage…

Ce troisième tome vient confirmer tout ce que j’ai pu déjà écrire (ici et ) sur cette magnifique saga. Lucie Maud Montgomery a une écriture inimitable, que j’aime comparer à un cocktail entre la Comtesse de Ségur et Jane Austen. Non pas pour le style (je l’ai dit incomparable et poétique) mais pour le plaisir de lire un roman bucolique, nostalgique et plein de bon sentiments. C’est enveloppant et frais comme un jour d’automne et simultanément plein d’humour et lumineux.

En quittant l’île qui l’a vu grandir et s’épanouir, Anne découvre une nouvelle vie et une nouvelle partie d’elle, plus adulte. Ses nouvelles amitiés à l’université sont hautes en couleur. Elle va notamment faire la rencontre d’une jeune fille extravagante – qui mériterait une saga à elle seule : Philippa. Phil est aussi volubile qu’une Anne de 11 ans, elle est enflammée et ses amours sont un plaisir à suivre. Comme dirait Tante Jimsie en parlant de cette jeune fille :

– Eh bien, je l’espère, Anne. Je l’espère vraiment parce que je l’aime. Mais je n’arrive pas à la comprendre, elle me dépasse. Elle ne ressemble à aucune des filles que j’ai connues, ni à aucune de celles que j’ai moi-même été.
– Combien de filles avez-vous été, Tante Jimsie ?
– Environ une demi-douzaine, ma chérie !

Les lecteurs prendront aussi beaucoup de plaisir à découvrir les lettres du malicieux Davy, le jumeau dont s’occupe Marilla, qui vient apporter beaucoup d’humour et de malice grâce à sa vision enfantine de la vie !

Vous l’aurez compris, ce titre n’est pas un roman à intrigue, il s’agit de chronique racontant l’évolution des personnages. Et quelle évolution pour Anne ! L’autrice arrive, avec talent, à mettre en lumière toutes les subtilités qui font qu’un être peut rester le même toute sa vie mais avec des nouvelles nuances, des dégradés. Anne reste fidèle à ses convictions et en même temps évolue sous nos yeux. Anne de Redmond est un roman parfaitement équilibré, l’œuvre d’une autrice accomplie, qui non seulement approfondit ses personnages mais ouvre aussi de nouveaux horizons. Vivement la suite en… 2022 !

PS : Ai-je besoin encore une fois de dire à quel point l’objet lui-même est beau ? Monsieur Toussaint Louverture me surprend à chaque nouveau opus !

Anne de Redmond , Lucy Maud Montgomery, traduit par Laure-Lyn Boisseaux-Axmann (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible depuis le 19 août 2021
9782381960258 – 16,50€
à partir de 12 ans
Son
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À la recherche de Mrs Wynter – Eric Senabre

Fan de la série des années 60 « Talons hauts et veste de tweed », Medhi est aussi fou amoureux de son actrice principale, Beryl Doncaster. Sauf que celle-ci a trois fois son âge, qu’elle vit en Angleterre et qu’elle a disparu du feu des projecteurs voilà bien des années. Mais pour un amoureux transi, rien n’est impossible et Medhi va se lancer avec sa meilleure amie Julia sur les traces de la belle interprète de Mrs Wynter…

Pour celles et ceux qui avaient adoré Star Trip, vous allez assurément tomber sous le charme de ce nouvel opus « pop culture » d’Eric Senabre, qui fait d’ailleurs un petit clin d’œil à ce précédent roman. (Saurez-vous le trouver ? 😉 ) Pour les autres, nul doute que cette quête romantique aussi hasardeuse que drôle vous plaira tout autant ! En seulement quelques pages, le personnage de Medhi devient tout de suite notre meilleur ami : sa naïveté, son humour et sa fougue nous le rendent absolument sympathique. Quel.le adolescent.e n’a jamais rêvé de rencontrer son idole, de s’imaginer une histoire d’amour ou d’amitié aussi épatante que totalement irréalisable ? Eh bien, grâce à Medhi, nos espoirs reviennent ! Si vous n’avez pas de nouvelles de Bob d’ici la rentrée, c’est donc qu’il est parti à la recherche d’Orlando Bloom (eh oui ! adolescente époque Seigneur des anneaux, ici !).

En tous cas, avec À la recherche de Mrs Wynter, Eric Senabre nous offre une comédie romantique trépidante et enlevée. Le mélange de farfelu et de flegme tout à fait britanniques est l’occasion de scènes hilarantes et improbables, de dialogues savoureux dont Eric Senabre a le secret, et qui font tout le sel de ce roman absolument idéal pour l’été. La chute ne vous surprendra pas, elle est à l’instar de toutes les bonnes comédies romantiques, mais il est tellement agréable de se laisser emporter dans ce tourbillon d’émotions et de drôlerie ! Un beau coup de cœur pour ce roman, qui est aussi un très bel hommage de l’auteur à Diana Rigg, l’actrice principale de Chapeau melon et bottes de cuir décédée en 2020 et que les plus jeunes d’entre vous auront plutôt connue en Reine des épines dans Game of Thrones. Si vous avez envie de passer un excellent moment de lecture et de pouffer dans votre barbe sans vergogne, allez vite vous procurer À la recherche de Mrs Wynter ! ❤️

À la recherche de Mrs Wynter, Eric Senabre (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 7 juillet 2021
9782278100477 – 15,90€
à partir de 12 ans
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Thomas – Martine Arpin et Claude K. Dubois

La maman de Thomas vient de mourir. Un trou a été creusé dans la terre pour elle. Un trou a aussi été creusé dans son coeur d’enfant. Un gros trou noir. Vide. Si sa maman avait été là, il lui aurait demandé comment remplir ce trou. Elle aurait su. Elle savait toujours. Mais elle n’est plus là. Comment réparer son coeur ?

Thomas va chercher à travers la ville, quelqu’un qui saurait réparer les coeurs brisés. Il va aller voir les commerçants dont sa maman lui parlait : la couturière aux doigts de fée, le médecin qui guérit tout… Comme un conte en randonnée, Thomas va d’adulte en adulte pour demander une solution, mais il n’existe pas de médicament pour le chagrin, ni de rapiéçage. La tristesse reste là, un vide, une absence qui l’entoure jusque dans les illustrations où la tristesse envahit le dessin. Thomas erre, il est seul dans cette ville inhabitée. Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Thomas raconte la tristesse qui nous entoure lorsque l’on perd un être cher. Une texte aussi délicat que les illustrations de Claude K.Dubois, dont on reconnaît immédiatement le crayonnée et ses teintes pastels beige, ocre, jaune.

A force de marcher dans la ville, Thomas va revenir chez lui, retrouver son père entouré de photos de sa maman. Et si la réponse pouvait venir de là ? Et si on pouvait remplir son coeur de souvenir ? Martine Arpin nous offre une douce fin avec un florilège de souvenirs poignants qui va apporter à Thomas de l’apaisement quand il comprendra que, pour remplir le trou qui s’est creusé dans son cœur, il peut y glisser « de petits morceaux de sa maman » , des souvenirs.

Un album émouvant, sensible pour aborder ce thème délicat et mettre des mots sur la mort et sur notre plus belle façon d’affronter la perte : la force des souvenirs. Un texte triste et beau, doux et fin, comme les illustrations. Thomas fait autant pleurer d’émotions que de beauté, il devient un de mes livres indispensables.

Thomas, Martine Arpin, illustré par Claude K.Dubois (Editions D’eux)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782924645536 – 13,50€
à partir de 5 ans
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La vie invisible d’Addie Larue – V. E. Schwab

Née en France à la fin du XVIIe siècle, Adeline Larue doit épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle sait qu’elle ne connaîtra aucune liberté. Juste un lit conjugal, puis un lit de mort, peut-être un lit de bébé entre les deux. Tétanisée à l’idée de mourir sans avoir vécue, elle prie les anciens dieux, une énième fois pour la sauver et lui permettre d’être libre. Sauf qu’elle n’a pas suivie le conseil de son amie qu’il l’avait averti : il ne faut jamais prier les dieux à la nuit tombée ! Le jour de son mariage, Adeline va formuler le voeu d’obtenir davantage de temps et de liberté en scellant un pacte. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, de garder sa jeunesse, personne ne pourra plus jamais se souvenir d’elle. La voilà condamnée à traverser les âges, comme un fantôme.

Be careful what you wish for disent les anglais, que l’on pourrait traduire par Méfiez-vous de vos rêves, ils pourraient se réaliser ! Bien mal en a pris à Adeline qui se retrouve certes libre mais oubliée de tous ! Dès que son interlocuteur disparaît de sa vue, il l’oublie, elle ne peut ni écrire, ni raconter son histoire – de toute façon qui la croirait ? Cette malédiction lui interdit d’avoir un travail ou même un lieu à elle. Malgré cela, Addie va survivre, traverser les siècles, l’Histoire, aller de rencontres en rencontres, toujours éphémères à travers le monde entier. Jusqu’au jour où, après trois cents ans de vie sur Terre, un libraire de New-York va lui dire cinq mots qui vont faire basculer sa vie : Je me souviens de toi.

La vie invisible d’Addie Larue est un roman captivant, extraordinaire qui se dévore ! L’autrice, des séries à succès Cassidy Blake et Shades of Magic, nous offre un roman plus personnel et touchant. Véritable tour de force narratif, les chapitres oscillent entre le passé d’Addie et sa vie à New-York. Même si certains rebondissement se devinent facilement, il y a de très beaux retournements…notamment la fin, que j’ai trouvé digne du talent de l’autrice.

Addie est un personnage féminin fort et fascinant qui va au fil des années créer une relation avec le démon, ce dernier étant fasciné par sa proie. Suivre cette relation en pointillé est un pur plaisir. Le ténébreux est un personnage dangereusement irrésistible qui ne désire qu’une chose : qu’Addie capitule et lui donne son âme, fatiguée de cette longue vie solitaire. Tous les personnages, même très secondaires, laissent une empreinte sur l’héroïne mais aussi sur nous. L’objet livre rend justice au texte, puisque la couverture représentant Addie est recouverte d’une jaquette en calque la laissant apparaître en transparence. Une très belle mise en abime de la fatalité d’Addie à disparaître…

Au-delà de la référence au pacte faustien, ce roman nous partage une très beau récit sur la mémoire, la transmission et la création. Est-ce que notre vie a de la valeur si nous ne laissons pas de trace sur Terre ? Est-ce que l’Art n’est pas la trace ultime de l’immortalité ?

La vie invisible d’Addie Larue,V.E. Schwab(Lumen)
disponible le 3 juin 2021
9782371023048 – 17€
à partir de 16 ans
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L’année où je suis devenue ado – Nora Dåsnes

Emma est heureuse de rentrer en 5ème, cette année elle rêve de devenir stylée, construire une cabane avec ses deux meilleures amies Bao et Linnéa, aller à une pyjama-partie et tomber amoureuse ! Sauf que la rentrée ne se passe pas comme elle l’imaginait. Linnéa a changé, elle a un copain, ce qui est intolérable pour Bao qui veut continuer à construire des cabanes dans la forêt de l’école… Coincée entre les deux, Emma ne sait pas comment se positionner : comment on sait qu’on est une ado ? C’est quoi être mature ? Comment savoir si l’on est amoureuse ?

L’année où je suis devenue ado est une pure merveille ! L’histoire est pudique, authentique et vient explorer les bouleversements des premiers émois avec beaucoup de tact. Emma va tomber amoureuse de Mariam, une nouvelle élève, qui vient d’arriver dans sa classe, cet amour est amené d’une manière douce, naturelle et réservée, propre à cet âge sensible et n’est pas sujet à controverse. Ce livre traite surtout du passage délicat où nos jeux nous paraissent trop enfantins, où on se demande si la vie n’est pas partagée entre les filles qui se maquillent et les autres, celles qui sont en couple et les autres, les gamines et les ados… Emma va être tiraillée entre ses deux amies qui représentent cette transition si particulière de l’enfance à l’adolescence.

Il s’agit du premier livre de la graphiste norvégienne Nora Dåsnes qui explique qu’elle aurait aimé lire une telle histoire à 12 ans car elle considère qu’il est essentiel de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent. Pari réussi ! Les lectrices s’identifieront facilement à Emma, car elle est une narratrice attachante et pleine d’esprit. Cette autrice-illustratrice nous offre un objet livre magnifique, plus proche du roman graphique que de la bande dessinée, d’autant plus que le livre est le journal intime d’Emma. Nous y retrouvons des messages dessinées, des playlists musicales de son père (qui a très bon goût), des dessins en pleines pages, des bulles… Ces changements apportent un rythme rapide, qui ne donne qu’envie de découvrir la suite de l’histoire ! Et que dire des illustrations ? Elles sont sensibles, douces et nous montrent des moments de la vie quotidienne avec justesse, ni trop, ni pas assez.

Une BD coup de cœur qui raconte avec une extrême justesse les premiers émois amicaux et amoureux de cet âge charnière, entre l’enfance et l’adolescence. Je vous invite à découvrir cette bande dessinée qui est un véritable bonheur de lecture, à mettre entre toutes les mains !

L’année où je suis devenue ado, Nora Dåsnes (Casterman)
disponible le 5 mai 2021
9782203223615 – 15,95€
à partir de 10 ans
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Lettre à toi qui m’aimes – Julia Thévenot

Après avoir écrit un premier roman Bordeterre qui n’est pas passé inaperçu… Julia Thévenot revient avec une comédie légère et toujours musicale.

Le groupe de musique Les Moonatics est à la recherche d’un guitariste – le précédent passait trop de temps à fumer. Arrive Yliès qui va rapidement être surnommé Roméo… tellement il se fond d’amour pour la chanteuse, Pénélope.
C’est flagrant. Indéniable. Tout le monde le voit qu’il l’aime d’un amour passionné… mais alors pourquoi Pénélope ne l’aime pas ? Pourquoi le laisse-t-elle s’approcher si elle ne veut pas de lui ?

Chère Julia,

Pour écrire cette chronique, j’ai eu envie de t’écrire une missive, loin de moi l’idée de reprendre la forme poétique moderne de ton roman, mais la lettre est un forme intime où les mots viennent aisément. Je viens de terminer ta comédie non sentimentale. Enfin, si, des sentiments il y en a, beaucoup en réalité, c’est une belle histoire d’amour non réciproque.

Ce roman a réussi la prouesse de me rappeler mes 17 ans. Qu’est-ce que l’on peut être cruelle – bête – humaine à cet âge-là ! Ton héroïne, Pénélope, dans sa non réciprocité m’a touchée, on voit si peu ce prisme de « celle qui n’aime pas », celle qui ne demande rien. Celle qui se retrouve avec un cœur lourd entre les bras, paquet trop encombrant dont on ne sait pas quoi faire. On aimerait mettre sur ce cœur un tampon « Retour à l’envoyeur » mais voilà, quand ce propriétaire est dans la sphère amicale, comment gérer cette tension dans un groupe ? On a peur de le poser de peur qu’il se brise. Et pourtant ta Pénélope aurait de quoi aimer ce bel Yliès (je reconnais bien là ton goût pour les prénoms littéraires) dont la répartie et les déclarations amoureuses vont faire succomber plus d’une lectrice. J’imagine les adolescentes jalouses de Pénélope : « mais pourquoi elle l’aime pas ? Il a l’air parfait ! »

Dans ce texte, tu rappelles quelque chose qui me paraît primordial : ce n’est parce que quelqu’un de bien nous aime qu’on doit l’aimer en retour. C’est un détail mais j’aurai aimé lire ce texte quand j’étais adolescente. De lire cette liberté sexuelle, cette amitié entre garçon et fille. Et j’espère un peu, je t’avoue que ce texte donnera envie à plein d’adolescentes de briser des cœurs.

J’ai hâte de te lire et de découvrir tes prochains textes, merci pour cette belle surprise littéraire.

Lisette

Lettre à toi qui m’aimes, Julia Thévenot (Sarbacane)
disponible à partir du 7 avril 2021
9782377315994 – 12,50€
à partir de 13 ans
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D’or et d’oreillers – Flore Vesco

Mme Watkins a trois filles… et lorsque l’on a trois enfants de sexe féminin en 1813, on ne pense qu’à une chose : les marier. Quelle ne fut pas donc pas son excitation lorsqu’elle appris que Lord Handerson cherchait une épouse – et surtout qu’il avait une rente de 80 000 livres, une fortune ! Sauf que ce cher Lord est un jeune homme très excentrique, il invite directement les prétendantes à passer une nuit dans son château… sans chaperon, ni parent ! Mme Watkins, bien qu’outrée par cette proposition indécente, y envoie ses trois filles ainsi qu’une gouvernante, en espérant que l’une d’elles se fera passer la bague au doigt. (Parce que bon…80 000 livres.) En arrivant au château, les jeunes femmes vont devoir toutes dormir une nuit sur un lit d’une hauteur invraisemblable. Des matelas superposés, un prince à marier ? Est-ce qu’il n’y aurait pas un petit pois dans cette histoire ? Détrompez-vous, nous ne sommes pas dans un conte de fées ! Mais dans une histoire de magie et de sorcellerie… Nulle princesse ici mais une gouvernante qui va mener l’enquête. Attention, dans cette histoire, les murs ont des oreilles !

Lisette reste bouche bée

Encore une fois, Flore Vesco ne peut pas laisser indifférente ! Cette autrice manie les mots telles une chirurgienne aguerrie. Dans ce livre, elle fait preuve encore une fois (vous pouvez lire des chroniques de ses autres romans ici et ) de délicatesse littéraire, de figures de styles filées mais toujours justes. C’est la littérature comme je l’aime : je m’émerveille de la plume de l’autrice tout en ne perdant pas l’histoire de vue, et quelle histoire !

La quatrième de couverture indique qu’il s’agit « d’une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit… » Certes le sujet de l’intimité, des caresses nocturnes seules ou à deux, est abordé – avec talent ! – mais c’est réduire à peau de chagrin l’histoire. Nous passons d’une ambiance Jane Austen à une enquête intrigante et enfin à une histoire horrifique de maison hantée ! Le tout ambiance girl power avec Sadima, la gouvernante qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Oubliez l’histoire de la princesse au petit pois, qui n’est ici qu’une parade pour reprendre les thématiques des contes : l’amour, la magie et la peur.

Ce qui est très frustrant avec ce roman, c’est que vous en dévoiler la teneur vous donnera l’eau à la bouche, certes, mais vous divulgâchera trop l’intrigue. (Peut-être que Bob le fera mais moi je ne veux pas être responsable). Approchez, faites-moi confiance : lisez ce livre, chez vous, dans votre lit, entouré de vos oreillers et ne dormez pas sur vos deux oreilles tant que vous ne l’aurez pas terminé.

Bob en a les jambes coupées

Lisette en a déjà beaucoup dit mais je me joins à l’enthousiasme de sa lecture ! A chaque roman, Flore Vesco nous démontre une nouvelle facette de son talent et de son imaginaire pétillant et joueur qui s’amuse d’exercices de style et de jeux littéraires. C’est encore le cas avec D’or et d’oreillers. Une langue dont on se régale, un univers familier aux multiples références qui se trouve distordu pour une histoire inattendue et savoureuse. Comme Lisette, je ne saurai que vous conseiller de vous laisser envoûter par ce roman magique et sensuel !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco (l’école des loisirs)
collection Médium+
disponible depuis le 3 mars 2021
9782211310239 – 15€
à partir de 13 ans
Son
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Si tu vois le Wendigo – Christophe Lambert

Dans l’Amérique des années 1950, en plein été, David et son ami Bobby Lee s’ennuient et s’amusent dans leur quartier parfait où rien ne se passe jamais. Mais un soir, alors qu’ils s’apprêtent à rentrer, ils voient une femme hagarde, complètement nue, la bouche en sang, se diriger vers eux… Il s’agit de leur voisine, Ruth Bannerman, qui fait une crise de somnambulisme selon son mari. Si Bobby Lee oublie vite l’incident, David, lui, n’y parvient pas et, bientôt, l’étrangeté s’invite dans sa vie…

Si l’histoire se déroule dans les années 50, elle nous est en réalité racontée par un David beaucoup plus vieux, une soixantaine d’années plus tard. Déjà gamin, il aimait écrire des histoires, des petites nouvelles fantastiques et, désormais, le voilà un écrivain célèbre qui revient sur un souvenir inoubliable de son passé. L’hommage à Stephen King est bel et bien là et ne vous quittera pas tout le long du roman, où l’on sent l’influence du romancier américain. Ainsi, après cette rencontre un peu effrayante avec Ruth qui ouvre le roman, nous allons suivre David dans son questionnement sur ce qui a pu arriver à sa voisine et, par la même occasion, l’adolescent va se découvrir des sentiments pour une femme bien plus âgée que lui. S’il est compliqué de vous dire s’il s’agit d’un roman fantastique ou d’une histoire d’amour impossible, Si tu vois le Wendigo est en tous cas un roman à l’atmosphère particulière, qui ne nous laisse pas indifférent. Dans cette Amérique fantasmée des années 1950, où l’accès au rêve américain semble être à portée de mains, David va découvrir peu à peu que tout n’est pas aussi beau et aseptisé que ce lotissement tout neuf dans lequel il vit et où tout le monde se connaît. Le vernis se craquèle, tout comme l’insouciance de notre héros, et le Wendigo, cette étrange créature dont il fait bientôt la connaissance, apporte une dimension décalée et étrange qui interrogera David autant que le lecteur.

Christophe Lambert nous offre ici un roman à l’atmosphère fascinante et nous emmène dans des territoires littéraires complètement différents au fur et à mesure que l’on tourne les pages : chronique douce-amère d’une adolescence à une époque révolue (et parfaitement documentée, les petits détails sont un régal !), récit fantastique qui apporte une touche d’angoisse, thriller intense à la résolution mortelle. Envoûtant !

Si tu vois le Wendigo, Christophe Lambert (Syros)
disponible depuis le 11 février 2021
9782748527254 – 16,95€
à partir de 13 ans
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Toucher du doigt ses rêves

Un roman et une pièce de théâtre qui commencent de la même manière : un recruteur européen à la recherche des talents de demain dans des pays d’Afrique…et des garçons qui n’ont qu’un seul rêve en tête : jouer avec les plus grands ! Y parviendront-ils ?

Trois minutes de temps additionnel – Sylvain Levey

Kouam et Mafany ont quatorze ans, vivent en Guinée et passent leur temps à jouer au football. Ils rêvent de fouler un jour les pelouses sous le maillot de Manchester United. Et un jour, la chance leur sourit : une femme anglaise les recrute pour intégrer le petit club de Bradford, une première étape avant d’espérer plus grand. Malheureusement, l’arrivée en Angleterre n’est pas aussi géniale qu’ils le pensaient : il pleut tout le temps, la bouffe ne ressemble en rien à celle de leurs mères, ils se blessent, jouent mal… Et entendent des cris de singe dans le public chaque fois qu’ils sont sur la pelouse.

Si l’on découvre dans cette pièce les travers du football : le racisme d’une certaine catégorie de supporters, l’exploitation de jeunes rêveurs en quête de gloire et la marchandise qu’ils représentent – qu’ils se révèlent de vrais talents ou des déceptions, c’est surtout et avant tout un magnifique texte sur la force de l’amitié, sur la poursuite de ses rêves en dépit des embûches. Kouam et Mafany ne seront peut-être pas vos nouvelles idoles du foot mais leur parcours n’en seront pas moins satisfaisants pour eux et pour nous lecteurs. Une pièce sensible et pleine d’espoir, racontée dans une forme narrative qui apporte beaucoup de dynamisme, à lire pile-poil pendant la mi-temps. Une magnifique lettre de Sylvain Levey à son lecteur footballeur ou footballeuse conclut le livre, rappelant que le sport et la littérature ne sont jamais incompatibles.

Trois minutes de temps additionnel, Sylvain Levey (éditions Théâtrales)
collection Théâtrales Jeunesse
disponible depuis le 25 juin 2020
9782842608279 – 8€
à partir de 13 ans

ABC… – Antonio Da Silva

Jomo découvre le basketball un peu par hasard, dans son quartier pauvre de Bamako, au Mali, et en devient complètement accro ! La chance lui sourit le jour où Richard, dénicheur de talent, lui propose de s’envoler pour la France et de rejoindre l’Academy, le centre de formation créé par Tony Parker, son idole. Dès son arrivée, son talent est indéniable et son avenir sera certainement brillant ! Mais pour aller plus loin dans sa carrière, Jomo va devoir accepter de se faire aider : il ne sait pas lire. Il intègre alors un cours d’alphabétisation, qui lui permettra de s’épanouir et de rencontrer la jolie Rosa-Rose…

Le monde du basket semble un peu moins gris que celui du football dans ce roman où les adultes sont ici bien plus bienveillants que dans l’histoire de Kouam et Mafany. Jomo rencontrera même Tony Parker lui-même, véritable figure d’espoir pour le garçon ! Très vite, pourtant, le basket laisse la place à la rencontre de Jomo avec Rosa, la fille de sa prof d’alphabétisation et, non seulement le garçon va sans doute pouvoir réaliser son rêve mais aussi trouver l’amour… Un véritable parcours initiatique pour cet adolescent qui découvre une toute nouvelle vie en France. Un roman court et pourtant très dense, abordant beaucoup de sujets mais surtout marqué par un véritable sens de la surprise ! Antonio Da Silva l’avait déjà montré dans son précédent roman, Sortie 32b (dans un tout autre genre), mais il parvient à nous toucher en plein cœur avec le destin qui attend Jomo. Un roman bouleversant et, pourtant, plein d’espoir lui aussi.

ABC…, Antonio Da Silva (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 2 septembre 2020
9782812620829 – 12,80€
à partir de 13 ans