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Le cri du homard – Guillaume Nail

Aurore doit repasser son bac et travailler tout l’été à la charcuterie familiale de Montaubourg – un petit village perdu de Normandie. Mais les vacances vont prendre un tournant inattendu car Aurore et ses amies vont faire un pari : embrasser le bel inconnu qu’elles ont croisé lors d’une virée en voiture. Sauf que ce charismatique garçon est Archambault, il travaille à la conserverie de la ville ennemie, entreprise tenue par la sœur du père d’Aurore avec qui il a coupé les ponts. Pari pimenté donc ! Sauf qu’Aurore va réussir à se faire embaucher en douce, sans le dire à son père. Elle va participer avec Archambault au lancement d’un important projet d’agrandissement de l’usine : un élevage expansif de homards. Certes, ce projet s’annonce créateur d’emplois mais il va également noyer le littoral sous le béton. Prise entre son ambition, ses sentiments pour Archie et ses amies, Aurore va pourtant choisir son camp, celui du changement. Mais le doute s’immisce, le progrès est-il forcément à ce prix ?

Le cri du homard est l’un des premiers titres de la nouvelle collection #onestprêt qui souhaite aborder la question de l’urgence climatique à travers des récits inspirants, en collaboration avec le mouvement On est prêt. Celui-ci, lancé en 2018, rassemble des experts, des artistes, des créateurs web pour sensibiliser et mobiliser le large public sur des questions de société et d’environnement.

Avant d’être un texte qui souhaite éveiller à la sensibilité écologique, Guillaume Nail nous offre une histoire. Lors de notre lecture, nous sommes embarqués avec l’héroïne dans sa relation amoureuse avec Archie, sa rébellion contre sa famille et son ambition pour une autre vie possible. Aurore est une adolescente qui dès le départ déteste son village paumé et n’a qu’une crainte : ne pas réussir à s’échapper de cette vie. Son travail dans la conserverie est pour elle un premier acte vers un changement de vie !

A travers son style direct, franc, l’auteur réussi à parler aux adolescents. Il injecte à merveille à Aurore (et à ses amis) un côté rebelle et ambitieux et en même temps une conscience sensible. L’entourage de notre héroïne vient la bousculer, plus d’une fois, et on sent une dualité profonde chez Aurore. Certes, elle travaille dans une ville ennemie et l’animosité entre Montaubourg et La Rocque est digne d’une romance à la Shakespeare ! C’est un réel combat pour elle de trouver sa place.

Ce roman agrémenté d’une partie « pour aller plus loin » permettra aux lecteurs curieux et motivés de se renseigner davantage sur la protection de l’océan ou encore la lutte contre l’artificialisation des littoraux. Aurore nous montre qu’il est possible d’ouvrir les yeux sur ce qui se joue mais surtout qu’il faut influer sur les sphères décisionnelles. Il est bien de se responsabiliser au niveau de notre consommation mais le véritable enjeu dépasse la dimension individuelle. Un roman qui va apporter de quoi nourrir le débat écologique !

Le cri du homard, Guillaume Nail (Glénat)
collection #onestprêt
disponible depuis le 14 octobre 2020
9782344042786 – 13,90€
à partir de 13 ans
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Gorilla Girl – Anne Schmauch

Léone est une pile électrique punk de 21 ans. Sa mère pense qu’elle va droit dans le mur avec ses conneries – en même temps, sa mère est flic… mais il ne faut pas que cela se sache ! En effet, quand on fait partie d’un groupe de filles punk qui s’appelle les Juicy Pussy, que l’on fait des graffitis anarchistes dans Paris et que l’on participe à des émeutes… Avoir une famille dans les forces de l’ordre, c’est la honte ! Surtout quand on devient raide dingue d’un squatteur qui a des activités très louches…

Lisette a envie d’avoir une crête et une couche-culotte fluo

Ce roman n’est pas qu’une comédie romantique punk ! (Même si je tiens à souligner la maîtrise du premier chapitre qui est digne des meilleurs quiproquo théâtral). Gorilla Girl aborde des questions très profondes comme la résilience face aux traumatises, le rôle des forces de l’ordre et l’intégrité, le tout dans un style enjoué et décoiffant. L’autrice déploie une écriture punk bien frappée qui entremêle paroles de chansons revisitées des Juicy Pussy pour faire la chronique d’une génération en colère mais tellement optimiste ! La qualité de l’écriture est au rendez-vous et les 370 pages du roman se lisent en un souffle. Anne Schmauch utilise un phrasé très parlé, brut, sauvage, qui correspond à la pugnacité de son héroïne qui ne veut faire aucune concession dans sa vie.

Leone est une héroïne féminine et combative qui m’a réellement embarquée dans ses combats et ses mésaventures amoureuses. Elle frappe (souvent) et fonce tête baissée dans le danger pour protéger ceux qu’elle aime ou pour se battre contre l’injustice. Tous les personnages secondaires sont atypiques. Les amis de Leone sont très attachants et les rencontres qu’elle va faire au fil du roman nous montrent des personnages sans demi-mesure. Elle va notamment se retrouver à vivre dans un squat d’intellectuels avec des grenouilles qui produisent du LSD ! Vous l’aurez compris, c’est un titre original où les marginaux font ce qu’ils peuvent pour survivre, nécessité faisant foi.

Bob tague des morses dans tout Paris

Après l’excellent La sauvageonne, Anne Schmauch continue de nous proposer des portraits de filles badass, pleines de rêves et de convictions. Léone nous est tout de suite attachante, notamment grâce à cette scène d’exposition hilarante dont parle Lisette qui donne le ton du roman. Drôle, punchy (dans tous les sens du terme), engagé, percutant, vivace, Gorilla Girl c’est tout ça à la fois tout en étant une véritable comédie romantique qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Parce que oui, Bob a adoré cette histoire d’amour qui démarre par une bonne beigne et semble compromise avant même d’avoir commencée. Mais le talent d’Anne Schmauch, c’est de nous embarquer dans une histoire complètement dingue et survoltée, sans aucun temps mort, qui écorche un peu tout le monde au passage, mais sans jamais être complètement sombre. Pourtant, vu les sujets cités par Lisette, il y avait de quoi ! Une intrigue parfaitement maîtrisée, une galerie de personnages exceptionnels, une écriture vive, Gorilla Girl c’est cette excitation qui te prend quand le concert est sur le point de commencer, le crépitement que tu sens dans tes veines avant un moment exceptionnel. Bref, c’est une bonne droite qui te fait voir les étoiles.

Gorilla Girl, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782377314690 – 16€
à partir de 13 ans
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Alice & Alex – Claire et Hugo Zaorski

Alice et Alex se croisent un jour chez le couturier alors qu’ils commandaient des tenues pour l’été. Un événement si insignifiant, qu’on pourrait ne pas en parler, cependant pour eux, c’est un événement important. Un trouble inconnu les saisit tous les deux. Malheureusement rien ne les retient ici, ils rentrent chez eux sans un mot, la tête en vrac. Les jours passent… Ils ne comprennent pas ce qui leur arrive, ils ne dorment plus, rougissent et enchaînent les catastrophes. Heureusement on leur diagnostique un joli coup de foudre ! Vont-ils se retrouver ? L’amour sera-t-il réciproque ?

Quel univers flamboyant que cet album ! Une rencontre amoureuse menée cheveux au vent, au rythme d’un texte dansant et chantant. La composition graphique est telle qu’Alice et Alex ont chacun leur page, tels des miroirs, ils sont reliés par un sentiment d’amour et de craintes identiques. Les plans symétriques nous montrent de manière subtile que les deux soupirants ont exactement les mêmes sentiments et désirs. (Oui même l’homme se languit d’amour !)

Les illustrations de Claire Zaorski sont captivantes et hypnotiques. Le lecteur n’aura qu’une envie : passer des longs moments à observer les motifs, les formes et les couleurs. L’univers est somptueux : végétaux et motifs sont les rois de cet album. Les couleurs sont magnifiques, le jaune, vert et rose se bousculent, se mélangent en une danse amoureuse. Une seule envie : avoir les dessins sur des cartes postales, des carnets, des tee-shirts pour prolonger le plaisir de l’illustration.

Alice & Alex, Claire et Hugo Zaorski (Sarbacane)
disponible le 2 septembre 2020
9782377314478 – 16,50€
à partir de 5 ans
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Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans
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Les esprits de l’escalier – Clémentine Beauvais et Gérald Guerlais

Un esprit frappeur hante depuis 118 ans un immeuble parisien. Seul, voilà plus d’un siècle qu’il observe les humains. Il pensait avoir tout vu… jusqu’au jour où une nouvelle venue débarque pour hanter son immeuble. Elle vient juste de mourir, c’est une fille d’aujourd’hui, impertinente et insaisissable. Lui, il se languit d’amour et vient d’hier… Comment pourrait-il lui plaire ?

Clémentine Beauvais nous parle une nouvelle fois d’amour avec cet album (découvrez son interview et pour les curieux ses précédents ouvrages ici, et même ici) avec un style frais, aérien et stylisé. Dans cette histoire d’amour futée, il est question des affres de la séduction et des jeux de mots qui tombent à plat. En effet, notre pauvre amoureux reste muet face à notre fantômette et sa répartie arrive quand sa dulcinée s’est envolée. Vous manquez, comme notre héros, de riposte et vous avez une épiphanie – une réplique parfaite – qui arrive trop tard ? Vous avez l’esprit de l’escalier ! Cette expression viendrait du livre Paradoxe sur le comédien de Diderot qui écrivait «…l’homme sensible comme moi, tout entier à ce qu’on lui objecte, perd la tête et ne se retrouve qu’au bas de l’escalier ». Mais heureusement pour notre esprit de l’escalier l’amour donne des ailes et des mots.

Au fil des grandes doubles pages, nos personnages virevoltent, se croisent ! Les grandes illustrations nous dévoile Paris, sa frénésie, ses chats (nombreux!) et l’architecture grandiose. Les lecteurs assidus de l’autrice apercevront un clin d’œil à l’une de ses précédentes œuvres – je vous laisse chercher. Mention spéciale à cette magnifique illustration d’escaliers !

 

Un très bel album pour profiter de la musique de l’autrice et pour plonger dans les somptueuses illustrations de Gérald Gerlais. Un livre qui évoque l’amour, le plaisir des mots. Comme quoi même l’amour peut toucher n’importe quel bon esprit !

Les esprits de l’escalier, Clémentine Beauvais, illustré par Gérald Guerlais (Sarbacane)
disponible depuis le 29 janvier 2020
9782377313730 – 15,90 €
à partir de 7 ans
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Je t’aimerai toujours – Robert Munsch et Camille Jourdy

Je t’aimerai toujours nous conte l’histoire d’une mère qui berce son enfant de mots tendres. Au fil des pages, le bébé grandit, devient enfant, puis un adolescent, puis un adulte sans que jamais ne le quitte cette berceuse et, avec elle, l’amour inconditionnel de sa mère.

Cet album est un immense classique, surtout aux États-Unis, paru en 1986 qui a fait fondre de nombreux coeurs de parents et d’enfants. Je suis très heureuse que ce livre puisse avoir une nouvelle vie avec les illustrations très tendres de Camille Jourdy. Le précédent album fait aujourd’hui oeuvre de mémoire, nous pouvons notamment y apercevoir, à l’intérieur, un baladeur à cassette et une cuvette de toilette sur la couverture. Véridique ! Ce livre très simple nous raconte la persistance de l’amour parental, à travers les changements apportés par le temps. Cet amour indéfectible, ici représenté par la comptine, est surtout porté par les illustrations de Camille Jourdy avec fourmillement de détails de vie, la tendresse des couleurs, le mouvement des corps.

Difficile de parler de l’amour d’un parent pour son enfant sans trop de niaiserie coulante rose bonbon. Le texte nous parle de cet amour en tout simplicité ; au-delà de la fatigue, des inquiétudes, du confinement, du stress inhérent au rôle de parent. Un livre que les adultes aussi bien que les enfants se plairont à lire et à relire.

Je t’aimerai toujours, Robert Munsch, illustré par Camille Jourdy, traduit par Ilona Meyer (Les éditions des Eléphants)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782372730716 – 13,50€
Dès la naissance
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En apnée – Meg Grehan

Maxime a 11 ans, elle vit avec sa maman qui l’élève seule. Elle aime apprendre plein de choses, cela la rassure de savoir, d’avoir une réponse à chaque question. Derrière cette curiosité, sa passion de la lecture, se cache en réalité une immense angoisse. Maxime sait beaucoup de choses sur l’océan, sur sa maman, sur son meilleur ami Adam mais il y a une chose qu’elle ne sait pas expliquer. Pourquoi a-t-elle des pétillements dans la poitrine quand elle voit Chloé, une élève de sa classe ? Quels mots, quelle signification doit-elle mettre sur ce qu’elle ressent ?

Difficile à onze ans de savoir si quand on aime être avec quelqu’un c’est l’aimer bien ou l’aimer bien. Maxime nous communique toutes ses pensées, sous la forme d’un journal intime en vers libre. Un style très léger qui nous plonge profondément dans l’océan de ses pensées. Maxime va découvrir le sentiment amoureux mais pas que. Elle va découvrir qu’elle ne peut pas aider sa maman, ce n’est pas son rôle. Si sa maman pleure devant un film, ce n’est pas une catastrophe mais simplement une émotion qui passe. Il n’y a pas de réponse dans les livres pour soigner les mamans.

En Apnée est un magnifique roman sur la découverte des sentiments amoureux, d’une très grande douceur grâce à son style poétique. Une lecture dans laquelle, comme dans un bain chaud, on a envie de rester très longtemps. J’espère que beaucoup de jeunes lecteurs pourront découvrir ce roman et respirer à nouveau librement…

En apnée, Meg Grehan, traduit par Aylin Manço (Talents Hauts)
disponible depuis le 16 janvier 2020
9782362663543 – 14€
à partir de 10 ans
Son
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Baisers polaires – Janik Coat

Il y a pas loin de dix ans, Janik Coat nous faisait découvrir Clotaire, une sorte de pingouin un peu rond et pourvu d’un gros nez qui s’amusait à se déguiser en puisant dans une galerie de personnages aussi hétéroclite qu’inattendue. Pour notre plus grand plaisir, Clotaire est de retour !

Dans cet album qui semble démarrer comme un imagier, on découvre le froid, le silence et les lumières si spéciales de la banquise. Sur chaque double page, une illustration est proposée pour chaque concept. Et petit à petit, l’imagier bascule pour devenir une histoire. Une histoire dans laquelle Clotaire vit dans sa maison sous-banquisaire, prend tranquillement son bain, fait du sport, cuisine…et s’ennuit quand même un peu ! Jusqu’à ce que la sonnerie retentisse et qu’une certaine Nine débarque dans le quotidien bien huilé de Clotaire. Et toujours, la narration se fait avec une complémentarité du texte – un seul mot, un seul concept – et de l’image – qui illustre et raconte, tout en laissant une large place à l’imagination, cette improbable et inoubliable rencontre. Car cette rencontre, c’est celle qui préfigure l’amour et, à travers tout l’album, Janik Coat explore toutes les facettes du sentiment amoureux et nous en dresse l’inventaire, depuis la gêne, la pudeur, le partage, jusqu’à la séparation, le manque, les retrouvailles…et enfin l’amour !

Un petit format d’album dans lequel Janik Coat nous émerveille par la douceur et la précision de son trait au crayon de couleur. Il y a de l’émotion, de la poésie, de l’humour avec ce Clotaire à la mine impassible, mais surtout de véritables petits moments de grâce. C’est vraiment très très beau ! ❤

Baisers polaires, Janik Coat (Albin Michel Jeunesse)
collection Trapèze
disponible depuis le 12 février 2020
9782226448170 – 18€
à partir de 3 ans
Son
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À la recherche de Jack – Mel Darbon

Rosie aime Jack. Mais Rosie est une jeune fille trisomique et Jack un garçon qui ne contrôle pas sa colère. Lors d’un épisode particulièrement violent, Jack est envoyé dans un autre établissement. Une situation d’autant plus difficile pour Rosie que son père lui cache les lettres que Jack lui envoie. L’aime-t-il encore ? Pense-t-il à elle ? Rosie est dévastée et, lorsqu’elle découvre enfin les cartes postales de son amoureux et son adresse, elle n’a plus qu’une idée en tête : le rejoindre !

Rares sont les héros handicapés dans les romans, et encore plus rares quand ils sont trisomiques. Même s’ils sont parfois au cœur de l’histoire, comme dans celle d’Erin Lange (pour les plus récentes), ce ne sont pas toujours eux qui nous racontent la leur. Et c’est sans doute l’une des plus grandes forces de ce roman que de nous faire entrer dans la vie et la tête de Rosie, 16 ans, trisomique, et qui se traduit par un style bousculant, naïf, plein d’humanité.

J’ai aimé Rosie pour le réalisme de sa représentation : l’intensité de ses émotions, la façon de s’ouvrir aux autres sans aucun filtre, sa ténacité, son envie d’être indépendante, de réussir à faire toute seule, de se montrer forte tout en sachant sa différence et les réactions qu’elle peut provoquer chez les autres. Mais plus encore, c’est l’universalité de l’histoire de Rosie : elle veut retrouver son amoureux. Qu’importe son handicap, elle essayera coûte que coûte d’atteindre son but. Si tout paraît « facile » au premier abord dans la fuite de Rosie, avec tous ces londoniens sympathiques et aidants, les choses se gâtent lors d’une malheureuse rencontre et le roman se transforme alors en thriller. A ce moment-là, Mel Darbon crée une atmosphère qui fonctionne parfaitement : on a peur de ce qui pourrait arriver à Rosie tout en priant pour que ça n’arrive pas. C’est la partie la plus sombre du roman mais c’est sans aucun doute celle qui permet au roman d’être bien dosé en terme de « romance impossible » et de nous tenir en haleine vraiment jusqu’au bout. Rosie retrouvera-t-elle Jack ?

À la recherche de Jack est un roman véritablement unique par son personnage et son sujet audacieux, l’universalité de son histoire d’amour. Mais surtout, il est unique pour la place qu’il donne à ce personnage handicapé, souvent invisibilisé dans nos sociétés (et ce sur bien des plans, et notamment celui de l’amour ou de la sexualité).
Rosie est une héroïne que l’on n’oubliera pas ! ❤

À la recherche de Jack, Mel Darbon, traduit par Lili Sztajn (Hélium)
disponible depuis le 11 septembre 2019
9782330124540 – 16€
à partir de 13 ans
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En émois – Anne Cortey

En plein cœur de l’été, en Provence, Jeanne ne profite pas tellement de ses vacances. Sa meilleure amie est à l’autre bout de la France, elle doit s’occuper des animaux et aider ses parents dans leur boutique en pleine saison touristique. Son seul plaisir : se baigner dans le lac avec Gwen, resté dans le coin lui aussi. Mais alors que celui-ci tarde à la rejoindre au bord du lac, Jeanne entend la sonnerie d’un téléphone oublié. On y réclame Kévin mais Jeanne ne sait pas de qui il s’agit et la personne raccroche… Quel petit mystère à résoudre pour cet été aussi chaud que long…

Prolongeons un petit peu nos vacances d’été avec ce fort joli texte d’Anne Cortey, pour sa première excursion dans le roman adolescent. Dans un décor provençal absolument charmant, où l’on goûte toutes les sensations de la narratrice, nous transportant littéralement dans la chaleur de la colline et la rafraichissante fraîcheur du lac, Anne Cortey nous offre le récit d’une histoire d’amour qui naît, des premiers émois, comme l’évoque si bien le titre.

Contrairement à ce que laisse penser notre petit résumé du roman, la narration est double. On commence d’ailleurs avec celle du « garçon » avant de passer à Jeanne qui nous emmène dans son quotidien d’amatrice de grasses matinées. L’identité de ce garçon nous sera révélée un peu plus tard, alors que l’on suit à la fois son histoire en même temps que celle de Jeanne, où les rêves de joueur de volley se mêlent à des difficultés au collège ; et son passé à travers des flash-backs sur du papier rose, où l’on découvre les souffrances familiales. Bon, vous pensez bien que ce garçon est évidemment celui que Jeanne finira par rencontrer, mais nous ne vous dirons rien de plus de cette histoire et les circonstances de leur rencontre pour vous laisser apprécier la poésie des mots d’Anne Cortey et son écriture tout en sensations.

A noter la magnifique illustration de couverture de Cyril Pedrosa, ainsi que ses deux planches intérieures, tout aussi belles, qui nous plongent encore plus dans cette atmosphère enveloppante, chaude et intime de cet été du premier amour. Un très beau texte !

En émois, Anne Cortey (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 21 août 2019
9782211302289 – 13,50€
à partir de 12 ans