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Gorilla Girl – Anne Schmauch

Léone est une pile électrique punk de 21 ans. Sa mère pense qu’elle va droit dans le mur avec ses conneries – en même temps, sa mère est flic… mais il ne faut pas que cela se sache ! En effet, quand on fait partie d’un groupe de filles punk qui s’appelle les Juicy Pussy, que l’on fait des graffitis anarchistes dans Paris et que l’on participe à des émeutes… Avoir une famille dans les forces de l’ordre, c’est la honte ! Surtout quand on devient raide dingue d’un squatteur qui a des activités très louches…

Lisette a envie d’avoir une crête et une couche-culotte fluo

Ce roman n’est pas qu’une comédie romantique punk ! (Même si je tiens à souligner la maîtrise du premier chapitre qui est digne des meilleurs quiproquo théâtral). Gorilla Girl aborde des questions très profondes comme la résilience face aux traumatises, le rôle des forces de l’ordre et l’intégrité, le tout dans un style enjoué et décoiffant. L’autrice déploie une écriture punk bien frappée qui entremêle paroles de chansons revisitées des Juicy Pussy pour faire la chronique d’une génération en colère mais tellement optimiste ! La qualité de l’écriture est au rendez-vous et les 370 pages du roman se lisent en un souffle. Anne Schmauch utilise un phrasé très parlé, brut, sauvage, qui correspond à la pugnacité de son héroïne qui ne veut faire aucune concession dans sa vie.

Leone est une héroïne féminine et combative qui m’a réellement embarquée dans ses combats et ses mésaventures amoureuses. Elle frappe (souvent) et fonce tête baissée dans le danger pour protéger ceux qu’elle aime ou pour se battre contre l’injustice. Tous les personnages secondaires sont atypiques. Les amis de Leone sont très attachants et les rencontres qu’elle va faire au fil du roman nous montrent des personnages sans demi-mesure. Elle va notamment se retrouver à vivre dans un squat d’intellectuels avec des grenouilles qui produisent du LSD ! Vous l’aurez compris, c’est un titre original où les marginaux font ce qu’ils peuvent pour survivre, nécessité faisant foi.

Bob tague des morses dans tout Paris

Après l’excellent La sauvageonne, Anne Schmauch continue de nous proposer des portraits de filles badass, pleines de rêves et de convictions. Léone nous est tout de suite attachante, notamment grâce à cette scène d’exposition hilarante dont parle Lisette qui donne le ton du roman. Drôle, punchy (dans tous les sens du terme), engagé, percutant, vivace, Gorilla Girl c’est tout ça à la fois tout en étant une véritable comédie romantique qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Parce que oui, Bob a adoré cette histoire d’amour qui démarre par une bonne beigne et semble compromise avant même d’avoir commencée. Mais le talent d’Anne Schmauch, c’est de nous embarquer dans une histoire complètement dingue et survoltée, sans aucun temps mort, qui écorche un peu tout le monde au passage, mais sans jamais être complètement sombre. Pourtant, vu les sujets cités par Lisette, il y avait de quoi ! Une intrigue parfaitement maîtrisée, une galerie de personnages exceptionnels, une écriture vive, Gorilla Girl c’est cette excitation qui te prend quand le concert est sur le point de commencer, le crépitement que tu sens dans tes veines avant un moment exceptionnel. Bref, c’est une bonne droite qui te fait voir les étoiles.

Gorilla Girl, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782377314690 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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La sauvageonne – Anne Schmauch

Fleur vit dans une station-essence avec son frère Kilian, prodige du violon, sa mère qui gère la boutique et son père, pompiste et garagiste. Mais depuis de nombreuses années, la station n’attire plus personne et il est difficile de s’en sortir… Fleur et son frère ne rêvent que d’une chose : se tirer de là et monter à Paris, d’autant plus que Kilian a la possibilité de passer le concours du Conservatoire. Le jour où un malfrat vient s’échouer chez eux avec une valise pleine de billets, Fleur et Kilian décident de prendre la tangente…

★★★★☆

Première incursion d’Anne Schmauch dans le roman adolescent après l’excellent Mémé Dusa dans la collection Pépix, l’autrice quitte le registre de l’humour pour un texte beaucoup plus sombre et survolté, sur la quête de liberté de deux adolescents. On commence dans un cadre étonnant : celui d’une station-service perdue dans la cambrousse, entre Laon et Maubeuge, où la vie de Fleur se limite à une montagne de pneus d’un côté et à une odeur tenace d’essence de l’autre avec un père macho et tyrannique entre les deux. Vous aussi ça vous donnerait envie de vous tirer, non ? Quand l’opportunité se présente, si le vent de la liberté souffle très fort, tout comme la promesse d’une vie dorée, Fleur, son frère et leur copain de vacances et d’enfance Rodrigue se retrouvent finalement dans un environnement sans doute aussi gris et empuanti qu’avant : un vieil immeuble crado de Bagnolet avec vue plongeante sur l’autoroute A3. Gaz d’échappements et bruits de circulation ne vont pas les empêcher de continuer à croire à l’impossible. Sauf que ! Dépenser des billets volés, surtout des grosses coupures, c’est pas simple. Et quand on a jamais eu autant d’argent entre les mains, difficile de faire comme si un billet de 500 c’était la routine. On essaye de se faire à cette nouvelle vie qui commence et on fait également des rencontres. La plus marquante étant celle avec un petit groupe de graffeurs qui tente de survivre grâce à des petites combines sur l’autoroute. Et on se retrouve à nouveau dans un environnement totalement inédit, parallèle, invisible… C’est en fait l’une des grandes forces de ce roman que ces lieux inhabituels, habités de personnages bizarres, fantomatiques, terrifiants et, parfois, amicaux. L’autre force de La sauvageonne, c’est sa galerie de personnages, depuis la bagarreuse Fleur jusqu’aux rôles secondaires, dont l’épaisseur malgré leur nombre rend le texte particulièrement bien tenu. Enfin, Anne Schmauch maîtrise parfaitement son action, et ses scènes d’action, pour un rendu aussi brutal qu’efficace. Vaut mieux pas lui chercher des noises à la petite Fleur ! 😛

La sauvageonne, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 mai 2018
9782377311002 – 15,50€
à partir de 14 ans