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Thomas – Martine Arpin et Claude K. Dubois

La maman de Thomas vient de mourir. Un trou a été creusé dans la terre pour elle. Un trou a aussi été creusé dans son coeur d’enfant. Un gros trou noir. Vide. Si sa maman avait été là, il lui aurait demandé comment remplir ce trou. Elle aurait su. Elle savait toujours. Mais elle n’est plus là. Comment réparer son coeur ?

Thomas va chercher à travers la ville, quelqu’un qui saurait réparer les coeurs brisés. Il va aller voir les commerçants dont sa maman lui parlait : la couturière aux doigts de fée, le médecin qui guérit tout… Comme un conte en randonnée, Thomas va d’adulte en adulte pour demander une solution, mais il n’existe pas de médicament pour le chagrin, ni de rapiéçage. La tristesse reste là, un vide, une absence qui l’entoure jusque dans les illustrations où la tristesse envahit le dessin. Thomas erre, il est seul dans cette ville inhabitée. Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Thomas raconte la tristesse qui nous entoure lorsque l’on perd un être cher. Une texte aussi délicat que les illustrations de Claude K.Dubois, dont on reconnaît immédiatement le crayonnée et ses teintes pastels beige, ocre, jaune.

A force de marcher dans la ville, Thomas va revenir chez lui, retrouver son père entouré de photos de sa maman. Et si la réponse pouvait venir de là ? Et si on pouvait remplir son coeur de souvenir ? Martine Arpin nous offre une douce fin avec un florilège de souvenirs poignants qui va apporter à Thomas de l’apaisement quand il comprendra que, pour remplir le trou qui s’est creusé dans son cœur, il peut y glisser « de petits morceaux de sa maman » , des souvenirs.

Un album émouvant, sensible pour aborder ce thème délicat et mettre des mots sur la mort et sur notre plus belle façon d’affronter la perte : la force des souvenirs. Un texte triste et beau, doux et fin, comme les illustrations. Thomas fait autant pleurer d’émotions que de beauté, il devient un de mes livres indispensables.

Thomas, Martine Arpin, illustré par Claude K.Dubois (Editions D’eux)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782924645536 – 13,50€
à partir de 5 ans
Son
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Bleu jardin – Clémence Sabbagh et Teresa Arroyo Corcobado

Bienvenue dans le jardin avec cette toute nouvelle collection à destination des tout-petits : « Couleurs jardin » ! Des cartonnés documentaires qui invitent à découvrir ce qui se cache dans nos jardins à partir d’une couleur. Pour ce Bleu jardin, c’est la mésange bleue que nous allons suivre alors qu’elle vient tout juste de se poser sur l’une des fleurs – bleue également – qui embellit le jardin. Et il va s’en passer des choses pour cette mésange, qui va rencontrer un compagnon puis installer son nid dans un arbre du jardin. Toutes les conditions sont ainsi idéalement rassemblées pour observer son comportement, ses habitudes alimentaires et tout ce qui fait la vie d’un oiseau.

Dans ce texte poétique raconté comme une histoire, Clémence Sabbagh interpelle également les enfants qui sont invités à participer s’ils le désirent : elle leur pose des questions, leur propose de suivre le vol de la mésange du doigt ou de l’aider à gratter l’écorce d’un arbre pour trouver de la nourriture. On se prête volontiers au jeu qui nous rapproche un peu plus de cet oiseau aussi familier qu’insaisissable.

Quant aux illustrations de Teresa Arroyo Corcobado, elles sont tout simplement sublimes ! Ses oiseaux sont dessinés avec une précision raffinée, les couleurs sont chatoyantes et les décors de jardin nous font bien rêver en ces temps de confinement !
Et pour inviter les enfants à prendre soin de la nature qui les entoure, une petite activité est proposée en fin d’album : fabriquer une guirlande gourmande pour les mésanges qui ont parfois du mal à trouver de quoi se nourrir en hiver. Une bien jolie manière de terminer cet album joyeux et interactif qui sent bon le printemps ! 🐦

Bleu jardin, Clémence Sabbagh, illustré par Teresa Arroyo Corcobado (Le diplodocus)
collection Couleurs jardin
disponible depuis le 2 avril 2021
9791094908211 – 11,90€
à partir de 2 ans
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Marie-Verte – Émilie Chazerand et Marion Arbona

Dans la famille Machin-Truc, tout le monde est blond comme des biscuits. Alors le jour où Marie-Verte est née, ses parents furent très surpris ! La petite fille avait la peau verte, et même verte-verte-verte, couleur pelouse anglaise. Désormais, dit le père, les photos de familles seront en noir et blanc. Rapidement cependant, Marie-Verte conquit le cœur de tout le monde, même à l’école, tellement elle est généreuse et originale. Mais elle se sent incomprise… est-ce qu’elle est la seule au monde à avoir cette couleur de peau ?

Cet album fantaisiste nous fait découvrir une petite fille indépendante et curieuse (qui aurait bien pu être copine avec l’héroïne Verte de Marie Desplechin dont elle partage une partie du prénom). Mais ici, point de magie ! Lorsque notre héroïne va découvrir l’existence d’une mystérieuse tribu à la peau verte comme la sienne, Les Tikunu, ni une ni deux, elle décide de partir seule dans la jungle profonde pour les rencontrer !

Émilie Chazerand (que l’on aime beaucoup beaucoup) qui nous offre un texte qui sent bon la liberté et la chlorophylle mais surtout qui joue sur les stéréotypes dans un univers complément décalé ! Une de mes pages préférées est notamment le voyage de Marie-Verte qui « traversa les airs pendant une journée entière, puis, une fois à terre, dut prendre un train, un taxi-bus, une pirogue trouée et un âne bâté (…) ». Le style de l’autrice est toujours désopilant et elle s’amuse à glisser parfois des références et des rimes improbables, par exemple Pierre-Mayeul avec épagneul. Les magnifiques illustrations de Marion Arbona nous transportent avec joie et bonne humeur dans les aventures de Marie-Verte, qui avec un nom pareil ne peut devenir qu’écolo ! Vous l’aurez compris un album qui ne se prend pas au sérieux mais qui parle de notre place dans le monde et de notre besoin de trouver sa propre tribu !

Marie-Verte, Émilie Chazerand, illustré par Marion Arbona (Sarbacane)
disponible depuis le 7 avril 2021
9782377316076 – 15,90€
à partir de 6 ans
Son
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Kiosque – Anete Melece

Depuis toujours, Olga travaille dans un kiosque à journaux. Ce minuscule espace, c’est toute sa vie. Elle connaît ses clients par cœur : ceux qui viennent acheter chaque jour leur magazine, ceux qui viennent simplement pour parler, ceux qui lui font signe en passant ou encore les touristes, qui lui demandent systématiquement le chemin vers le musée. Mais le soir, quand elle ferme le rideau de fer, Olga se met à rêver de soleils, de mers et de plages lointaines…

Le quotidien d’Olga, c’est une routine constante. Chaque matin, elle est livrée de son nouveau stock de journaux, elle ouvre son rideau et son premier client, comme toujours, est ce monsieur au teint jaunâtre de bien trop fumer ! Puis s’ensuivent tous ses clients habituels, qu’elle a appris à connaître et qui rythment sa journée jusqu’au soir. Et lorsqu’elle baisse le rideau, Olga se plonge dans ses propres magazines, et rêve de voyager et de voir le monde, loin de ce petit kiosque étriqué. Il suffit d’un matin et du livreur de journaux qui pose le nouveau stock trop loin de sa porte pour que cette journée soit complètement chamboulée ! Car alors que des jeunes en profitent pour lui piquer des bonbons, Olga se rue vers eux à travers sa trop petite fenêtre et fait basculer son kiosque avec elle ! Surprise, voilà maintenant qu’elle peut se déplacer et commencer à vivre sa propre aventure…

Avec Kiosque, Anete Melece nous offre un album plein de tendresse qui nous invite à poursuivre nos rêves. Comme Olga, on est parfois incapable de sortir de notre quotidien et de notre train-train et il suffit alors d’un petit coup de pouce pour découvrir que l’on peut faire tout ce qu’on veut et poursuivre ses rêves. C’est aussi un album qui nous touche particulièrement en ce moment car il met en scène un personnage dont le travail est essentiel pour tous ces gens qui passent et s’arrêtent devant son kiosque chaque jour. Une jolie manière de mettre en lumière le rôle parfois très social des commerçants de proximité. Le tout avec des peintures colorées et un peu naïves qui ajoutent le soupçon de magie qu’il faut !

Préexistant à l’album, il y a un court-métrage d’animation, réalisé par Anete Melece, que je vous invite à aller voir pour profiter plus longuement encore de son magnifique travail d’illustration.

Kiosque, Anete Melece (L’école des loisirs)
collection Pastel
disponible depuis le 10 mars 2021
9782211305686 – 13€
à partir de 5 ans
Son
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Confettis – Adèle Jolivard

En septembre, à la rentrée, une petite fille se rend à l’école à vélo et apprend à lire, puis à faire des dictées. Aux vacances de la Toussaint, elle part dans un gîte avec ses parents. Puis vient Mardi Gras et ses déguisements, son carnaval et les parades organisées dans le village. Au printemps, elle part en classe verte et découvre le Cantal. Puis la fin d’année, tout est un peu plus relâché et les vacances arrivent…

Dans ces cinq petites histoires, rythmées par des événements qui marquent les grandes étapes de l’année pour cette petite fille, Adèle Jolivard nous offre le portrait incroyablement juste et sensible de l’enfance – son enfance ? En tous cas, certaines anecdotes du quotidien de cette petite fille, ou les événements qu’elle vit, m’ont rappelé plein de souvenirs de ma propre enfance (les chars au carnaval de mon village que j’avais complètement oubliés !!!) C’est toute la magie de son écriture, au plus proche des sensations de l’enfance, qui nous enchante : tous ces petits moments qui semblent anodins, ces réflexions qui passent d’un sujet à un autre ou d’un sentiment à son contraire. Une simplicité et une fluidité de la narration qui nous émeut autant qu’elle nous fait sourire.

Et si la force des émotions est là dans les mots, que dire des illustrations ! Un trait noir fin et délicat, avec des touches de couleur, qui apporte tantôt de la poésie, tantôt de l’humour, et toujours cette tendresse de l’enfance, des souvenirs et des moments si précieux qu’elle referme. On observe avec délice les petits détails de certaines images en pleine page et on s’émerveille de son talent à croquer les situations, qui raviront tant les enfants que les adultes.

Avec sa tendresse et son graphisme, Confettis nous fait bien sûr penser au Björn de Delphine Perret (le format en est d’ailleurs le même), mais l’album d’Adèle Jolivard nous offre en plus cette délicieuse sensation de nostalgie de notre enfance. Un très grand coup de cœur pour ce magnifique album ! ❤️

Confettis, Adèle Jolivard (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 18 mars 2021
9782369021384 – 13,50€
à partir de 4 ans
Son
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Histoires d’ours

C’est bientôt le printemps durant lequel on espère pouvoir sortir de notre hibernation qui dure depuis bien longtemps… Mais avant de quitter définitivement l’hiver, Bob vous propose de découvrir trois (ou presque) albums des éditions Père Fouettard avec les pro de l’hibernation : nos amis les ours, compagnons intemporels des histoires.

Mon grand ours, mon petit ours et moi

Une petite fille nous présente les deux ours qui sont dans sa vie : le petit, celui en peluche avec qui elle partage ses jeux et son imagination ; et puis le grand, celui qui l’accompagne quand elle sort, la prend sur ses épaules ou la protège du froid dans son grand manteau bien chaud. Ses deux ours sont toujours là pour elle et elle est toujours là pour eux…

Quelle mignonitude que cet album qui nous offre une petite capsule de vie quotidienne aussi douce que joyeuse ! La petite fille de ce récit familial nous fait découvrir son quotidien avec son doudou préféré et…son papa ! Une chute qui ravira évidemment les jeunes lecteurs à qui cette histoire est destinée et les adultes qui la leur liront en ayant tout deviné (mais en ne révélant rien, bien sûr !). Le texte tout en simplicité de Margarita del Mazo est un véritable plaisir et les illustrations de Rocio Bonilla, tendres et complices, lui apportent une pointe d’humour et de malice. On est complètement charmé par cet album qui nous offre une jolie chronique de la journée parfaite d’une petite fille et de son papa. Absolument mignon !

Mon grand ours, mon petit ours et moi, Margarita del Mazo, illustré par Rocio Bonilla, traduit par Gaïa Mugler (Père Fouettard)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782371650503 – 16€
à partir de 3 ans

Grand Blanc

Aujourd’hui, Saski a huit ans et a enfin le droit d’aller pêcher toute seule et montrer à son père comme elle aussi peut rapporter plein de poissons ! Sur la banquise, l’hiver est rude et l’ourse a du mal à trouver de quoi se rassasier pour nourrir également ses petits. Alors que la tempête se lève, faisant perdre les repères de la petite fille comme de l’ourse, leurs trajectoires vont se croiser…

Histoire d’une rencontre, de celle de l’humain et de l’animal, Grand Blanc nous fait découvrir la banquise, ses dangers et ses instants de grâce. Le texte d’Adèle Tariel, entre légèreté et suspense un tout petit peu angoissant, nous emporte tout de suite dans ce récit d’une petite fille qui grandit, pleine d’enthousiasme, de courage et de bonté, et de cette ourse à la recherche de quoi sauver ses petits d’un rude hiver et capable elle aussi de se montrer bienveillante lorsque le danger les prend toutes les deux. Les magnifiques illustrations de Jérôme Peyrat nous transportent dans ce grand blanc et nous font ressentir la tempête comme le froid grâce à ces papiers et calques découpés qui donnent du relief au paysage enneigé et tempétueux. Une technique qui convient merveilleusement à l’ambiance de cet album vivant et vivifiant. Une réussite !

Grand Blanc, Adèle Tariel, illustré par Jérôme Peyrat (Père Fouettard)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782371650664 – 16€
à partir de 3 ans

Ours, ours, ours

Dans cette histoire, attendez-vous à être bousculés ! On commence sur la banquise, avec un ours blanc…hum, autant vous dire qu’un ours blanc sur une banquise immaculée, on ne voit pas trop l’animal… Bon, alors ce sera l’histoire d’un ours brun sur la banquise. Certes, on le voit bien, mais l’ours brun n’est pas spécialement chaud pour se geler les miches sur ce continent de glace… Bref, notre ours blanc et notre ours brun vont faire fi du narrateur de cette histoire pour nous raconter la leur…

Si vous êtes friands de ces histoires où tout est chamboulé, l’album de Camille Tisserand est fait pour vous ! Une histoire drôle et amusante qui se termine sur un beau moment d’amour et de douceur qui fera la surprise des lecteurs, servie par des illustrations qui en font aussi toute la saveur. Camille Tisserand s’amuse ainsi des couleurs et des motifs pour fondre ses ours dans un décor ou les faire ressortir grâce à des traits malins et tout de suite identifiables. Un album en quatre couleurs (bleu, noir, brun et blanc) qui lui donnent une atmosphère toute particulière et qui annonce avec originalité et tendresse l’arrivée du printemps !

Ours ours ours, Camille Tisserand (Père Fouettard)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782371650527 – 14€
à partir de 3 ans
Son
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Ceux qui décident – Lisen Adbage

A l’école, il y a ceux qui décident. Et il y a les autres, ceux qui n’ont jamais rien le droit de faire. C’est bien simple, à chaque fois que ceux qui n’ont rien le droit de faire se mettent à s’amuser, ceux qui décident leur donnent des ordres puis s’approprient ce avec quoi ils s’amusaient, leur demandant de dégager. Ceux qui décident, ce sont les enfants dans la cour qui jouent aux plus forts, qui disent qui joue avec quoi ou avec qui, et à qui personne ne dit jamais rien. Jusqu’à ce que…

Quel magnifique et pertinent album pour parler du harcèlement, qui commence parfois dès les plus petites cours d’école. On assiste ici à la loi exercée par un petit groupe d’élèves sur le reste de la cour de récréation. Un microcosme enfantin dans lequel n’apparaît aucun adulte pour intervenir dans le conflit, ni d’ailleurs aucun autre enfant parmi ceux qui assistent depuis les fenêtres de l’école ou des immeubles avoisinant. Si ceux qui décident n’arrêtent pas de déloger ceux qui n’ont rien le droit de faire dès qu’ils s’amusent un peu, ces derniers ne se laissent pas abattre et finissent toujours pas trouver une autre occupation. Jusqu’au moment où tout cela suffit, et où les ordres contradictoires de ceux qui décident finissent par pousser les enfants à s’unir pour dire non et tenir tête à ce petit groupe de tyrans.

Lisen Adbage nous offre un album percutant sur les rapports de force et le droit de dire non, de s’opposer à l’injustice. Un album qui nous montre aussi toute l’importance du collectif, de s’unir pour contrer ceux qui veulent imposer leur loi. Le texte court, incisif, va tout de suite à l’essentiel. La violence subie par ceux qui n’ont rien le droit de faire et induite par le sujet est contrebalancée par des illustrations aux couleurs extrêmement vives et joyeuses et des personnages très divers, parfois même avec des particularités rigolotes ou inattendues qui nous rendent ces enfants aussi attendrissants que réalistes. Un album tout en subtilité.

Ceux qui décident, Lisen Adbage, traduit par Marianne Ségol-Samoy (L’étagère du bas)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782490253302 – 14€
à partir de 5 ans
Son
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Aux origines…

Non, nous ne remonterons pas aux origines de Noël alors qu’il ne vous reste que quelques jours pour choisir quels livres mettre sous le sapin. 🎄 Mais peut-être serez-vous tentés par ces albums tendres et drôles qui vous feront découvrir la vérité sur les fantômes ou la création d’une drôle de bête qui ressemble à l’être humain…

La vérité sur les fantômes

On raconte beaucoup de choses sur les fantômes…et vous avez sans doute vous-même plein d’idées sur la question ! Mais tout ce que vous croyez est loin d’être vrai comme va nous le raconter ce petit fantôme qui lève le voile sur les mystères qui les entourent. Ainsi, contrairement aux idées reçues, les fantômes ne portent pas que du blanc, adorent faire peur mais ont parfois la pétoche eux aussi, peuvent être tristes, aimer la glace à la fraise, sortir pique-niquer quand il fait beau ou regarder un film par temps de pluie…

Ne seraient-ils pas comme nous, ces fantômes, finalement ? Lisa Blumen nous offre un album frais et malicieux qui joue avec les mots et les attributs du mythe fantomatique. On avait adoré découvrir son style dans Trafic à la fosse aux griffes (Kilowatt, 2017), quel plaisir de retrouver son dessin tout en rondeurs, au feutre et au crayon de couleurs. Ses petits fantômes aux jambes qui dépassent de sous les draps sont drôles, farceurs, rêveurs, mélancoliques, trouillards et surtout véritablement vivants ! On se laisse embarquer dans ce jeu de cache-cache qui brouille la frontière entre le réel et l’imaginaire pour se terminer sur une résolution finale qui donne la clé du mystère…ou bien l’épaissit encore plus ? Un album tendre et amusant !

La vérité sur les fantômes, Lisa Blumen (Le rouergue)
disponible depuis le 28 octobre 2020
9782812621215 – 16€
à partir de 5 ans

Une drôle de bête

Il y a longtemps, si longtemps que personne ne s’en souvient, le Dabba d’en haut et son frère le Dabba d’en bas, qui créèrent le ciel et la terre et toutes les créatures qui y vivent, eurent l’idée d’une toute nouvelle bête. Une fois créée avec une poignée de terre et l’eau du marigot, les deux Dabba demandent aux autres créatures qui existent déjà ce qu’elles en pensent. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas bien convaincus par cette drôle de bête : pas assez de poils, pas de griffes ou de cornes, bref, rien ne va…

Dans cette histoire qui revisite le mythe des frères Prométhée et Epiméthée, Martine Laffon, qui n’en est pas à sa première exploration de la mythologie, nous raconte avec beaucoup d’humour et d’intelligence la naissance de l’Homme. Et si le texte était déjà truculent en lui-même, on glousse d’autant plus avec les illustrations hilarantes de Delphine Durand, qui nous régale encore une fois de créatures tantôt réalistes, tantôt loufoques mais aux airs toujours ahuris, grognons ou rieurs. Les Dabba ont une allure improbable, tout comme cet Om qui ne semble pas bien mesurer la chance qui lui est offerte, mais leur envie de réussir cette nouvelle bête est aussi attendrissante que touchante. Un album malicieux et foisonnant, des créatures attachantes, pour un conte des origines qui ne cesse de nous fasciner : une réussite !

Une drôle de bête, Martine Laffon, illustré par Delphine Durand (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782369021308 – 17€
à partir de 4 ans
Son
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Un peu de philosophie

Il n’est jamais trop tôt pour se poser des questions sur soi, sur les autres ou sur ce qui nous entoure. Avec nos deux albums du jour, vous allez avoir matière à vous interroger, à observer et à contempler…

Parfois, on a l’impression qu’il ne se passe rien…

Un enfant entre dans un parc, promenant son chien. L’employé municipal balaye les feuilles mortes. Un couple d’amoureux se dispute. Une vieille dame nourrit les pigeons. Parfois, on dirait qu’il ne se passe rien, et que le temps passe, tout simplement… Jusqu’à ce que le chien se lance à la poursuite des pigeons, entraînant tout un tas de petites catastrophes… Et voilà qu’il se passe plein de petits riens !

Voilà un bel album pour s’intéresser au temps qui passe, ou qui ne passe pas, à ces instants où l’on s’assoit tout simplement sur un banc pour observer autour de soi : les gens, la nature et tout ce qui se passe devant nous. Comme cet enfant assis sur son banc, son chien couché à ses pieds, on se laisse entraîner par ces petites scènes de vie quotidienne, on s’interroge sur ces « petits riens » qui s’invitent à nous pour disparaître aussi vite, ou qui nous marqueront durablement. Comme le seront peut-être tous ces petits riens provoqués par le chien qui s’enfuit, petite tornade dans ce parc tranquille, qui amèneront l’enfant et la vieille dame à se parler et à partager ensemble un petit rien qui deviendra précieux. Le texte poétique et philosophique de Simon Priem nous invite à ralentir, à nous poser comme cet enfant et cette vieille dame et à regarder, à nous souvenir et à savourer tous ces petits riens qui font la vie. Avec ses magnifiques peintures à l’huile, Stéphane Poulin accompagne la douceur de ce texte et lui apporte également beaucoup d’humour grâce aux situations provoquées par la fuite de ce chien et à des personnages amusants et vivants. Une très belle manière de rappeler l’importance de toutes ces petites choses apparemment sans importance qui sont parfois de jolis souvenirs, de belles rencontres et des moments précieux.

Parfois, on a l’impression qu’il ne se passe rien…, Simon Priem, illustré par Stéphane Poulin (Sarbacane)
disponible depuis le 4 novembre 2020
9782377314621 – 15,90€
à partir de 5 ans

Le cadeau

A la veille de Noël, le père de Xiong lui offre une sortie au musée. Voilà un cadeau qui ne l’enthousiasme pas du tout : Xiong déteste les musées et ne comprend rien aux œuvres d’art. Mais peu à peu, le garçon découvre tout ce qui fait la richesse des musées et tout ce qu’il observe du comportement des autres visiteurs l’interroge sur l’art et le rapport que l’on entretient avec…

Quel album insolite ! A travers le regard enfantin de Xiong, Page Tsou évoque avec beaucoup de tendresse et d’intelligence notre rapport à l’art et aux musées. Quel enfant – ou même adulte – n’a jamais été comme Xiong, traînant des pieds pour aller au musée, décidant qu’il n’y comprenait rien avant même d’avoir vu quoi que ce soit ? Ainsi l’enfant découvre-t-il que les œuvres peuvent avoir tout autant de significations que ceux qui les observent, que certains visiteurs peuvent être subjugués par tout autre chose que les tableaux au mur, ou encore qu’on n’est pas obligé de tout comprendre. Cette expérience intime et philosophique lui permet ainsi de changer son regard, d’accepter d’être touché par ce qu’il voit ou ce qu’il comprend et de laisser ses préjugés derrière lui. Et Le cadeau est également une véritable expérience graphique. Photographie, dessin et collage numérique forment des images étonnantes, à la saveur très vintage, qui servent admirablement le propos et apportent également pas mal d’humour. Un album sensible et atypique pour faire l’expérience de l’art. A découvrir !

Le cadeau, Page Tsou, traduit par Chun-Liang Yeh (HongFei)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782355581755 – 15,90€
à partir de 6 ans
Son
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Quand vient la nuit

La nuit, il se passe parfois de drôles de choses. C’est justement ce que nous allons voir dans ces deux magnifiques albums à mettre sous le sapin ! Vous n’avez plus qu’à vous laisser porter par ces nuits pleines de magie…

Ööfrreut la chouette

Voilà deux ans qu’Ööfrreut observe cette petite fille qui vit la nuit, qui passe ses journées seules et s’aventure sans peur dans la forêt à la nuit tombée. Intriguée et curieuse, la chouette se laisse peu à peu approcher par la petite fille et, lorsque cette dernière est en difficulté, Ööfrreut n’hésite pas à lui venir en aide.

Histoire d’une amitié étonnante entre une petite fille et une chouette, Cécile Roumiguière nous offre également un magnifique hymne à la nature. Racontée du point de vue de l’oiseau, on y découvre ainsi certains comportements propres à l’espèce qui, mis en parallèle avec ceux des humains, nous interpellent, nous attendrissent ou nous font doucement sourire. La solitude vécue par ces deux personnages, qui va les rapprocher et se transformer en amitié, est d’une incroyable tendresse et montre toute la compréhension qui peut exister entre l’humain et l’animal dans ces nuits au cœur de la forêt. Les illustrations de Clémence Monnet, à l’aquarelle et aux crayons de couleur, illuminent l’histoire ! On est tout de suite emportés, tout de suite subjugués par ses couleurs, ses décors de nature foisonnante et merveilleuse et ses personnages si vivants. Moi qui suis une grande fan de chouettes, son Ööffreut est absolument superbe ! ❤️ Un album fascinant, sensible et poétique et une très belle histoire d’amitié entre une petite fille aventureuse et respectueuse de la nature et une chouette protectrice et bienveillante.

Ööfrreut la chouette, Cécile Roumiguière, illustré par Clémence Monnet (Seuil Jeunesse)
disponible depuis le 17 septembre 2020
9791023512434 – 13,50€
à partir de 5 ans

La nuit de la fête foraine

Dans un grand pré s’installe, sous les yeux des animaux de la forêt, une fête foraine. Alors que la nuit tombe et que les humains rentrent chez eux après cette folle journée à s’amuser, les animaux s’approchent et, peu à peu, montent dans les manèges, se laissent tenter par les friandises et s’enivrent de cette atmosphère de fête ! Mais bientôt, le jour se lève, et les animaux doivent regagner leur forêt…

Quel magnifique album pour s’évader, s’imprégner de moments de magie et rêver de fêtes et de gourmandises. Comme tous ces animaux, on aimerait bien, nous aussi, s’offrir cette parenthèse enchantée, se régaler de barbe-à-papa et tournoyer dans des manèges à nous faire dresser les poils ! C’est sans texte que l’histoire de cette fête foraine se déroule, que les animaux prennent possession du lieu, reproduisent les gestes des humains, et se laissent entraîner par cet esprit d’insouciance et de magie de la fête. Les sublimes illustrations de Mariachiara Di Giorgio (qui nous avait déjà conquises avec Profession crocodile) invitent à s’immerger dans cet univers festif, à s’arrêter sur chaque détail, à observer chaque animal et à s’amuser de toutes ces petites choses cocasses ou attendrissantes que l’on découvre en s’attardant. Puis il faut s’en aller, ranger avant que les humains n’arrivent, disparaître dans la brume, terminer de s’amuser un peu avant d’aller se coucher et de retrouver le cours « normal » des choses. Un album magique et joyeux, comme un joli secret à partager et sur lequel on prend énormément de plaisir à revenir, pour vivre et revivre ce moment unique et hors du temps.

La nuit de la fête foraine, Gideon Sterer, illustré par Mariachiara Di Giorgio (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782369021285 – 15,50€
à partir de 4 ans