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Mon île – Mark Janssen

Une petite fille et son papa naviguent sur l’océan lorsqu’une terrible tempête détruit leur bateau, les laissant à la dérive sur un radeau. Heureusement, une terre est en vue, une toute petite île prête à les accueillir… Mais soudain, leur île semble bouger ! C’est le début d’un tout nouveau voyage à dos de tortue…

Bienheureux ces naufragés qui trouvent refuge sur le dos d’une tortue ! Cette géante des mers les accueille avec bienveillance et va permettre à ce père et sa fille de profiter de toute la beauté des océans, même si ceux-ci ne sont pas dénués de dangers. Heureusement, leur île prend soin d’eux, leur fait découvrir toute la vie des créatures marines et de celles qui traversent les océans ou vivent le long de leurs côtes. Nos naufragés sont ainsi heureux sur leur île, dans cette nouvelle vie tout en découvertes. Jusqu’à ce qu’un navire apparaisse au loin, signant leur retour à la civilisation humaine. Mais la petite fille ne quitte pas son île sans lui avoir fait une promesse : celle de venir la protéger le jour où elle aussi en aura besoin.

Album sur la protection de l’environnement et des créatures qui peuplent les mers et les océans, c’est à travers les merveilles de ces eaux que les enfants pourront être sensibilisés à notre biodiversité. Et quoi de plus beau que ces illustrations incroyables de Mark Janssen ? Telles d’immenses peintures digitales, les poissons et créatures océanes prennent vie grâce à des couleurs étonnantes, qui vont jusqu’à scintiller, pour nous en mettre plein les yeux. On plonge littéralement dans ces tableaux envoûtants, vertigineux et d’une fantastique richesse visuelle. Un voyage véritablement extraordinaire et inoubliable, pour cette petite fille qui se lie d’amitié avec cette tortue salvatrice et pour les lecteurs qui seront subjugués par les images de Mark Janssen. Magique et émouvant !

Mon île, Mark Janssen (Kaléidoscope)
disponible depuis le 19 août 2020
9782378880422 – 13,50€
à partir de 3 ans
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Alice & Alex – Claire et Hugo Zaorski

Alice et Alex se croisent un jour chez le couturier alors qu’ils commandaient des tenues pour l’été. Un événement si insignifiant, qu’on pourrait ne pas en parler, cependant pour eux, c’est un événement important. Un trouble inconnu les saisit tous les deux. Malheureusement rien ne les retient ici, ils rentrent chez eux sans un mot, la tête en vrac. Les jours passent… Ils ne comprennent pas ce qui leur arrive, ils ne dorment plus, rougissent et enchaînent les catastrophes. Heureusement on leur diagnostique un joli coup de foudre ! Vont-ils se retrouver ? L’amour sera-t-il réciproque ?

Quel univers flamboyant que cet album ! Une rencontre amoureuse menée cheveux au vent, au rythme d’un texte dansant et chantant. La composition graphique est telle qu’Alice et Alex ont chacun leur page, tels des miroirs, ils sont reliés par un sentiment d’amour et de craintes identiques. Les plans symétriques nous montrent de manière subtile que les deux soupirants ont exactement les mêmes sentiments et désirs. (Oui même l’homme se languit d’amour !)

Les illustrations de Claire Zaorski sont captivantes et hypnotiques. Le lecteur n’aura qu’une envie : passer des longs moments à observer les motifs, les formes et les couleurs. L’univers est somptueux : végétaux et motifs sont les rois de cet album. Les couleurs sont magnifiques, le jaune, vert et rose se bousculent, se mélangent en une danse amoureuse. Une seule envie : avoir les dessins sur des cartes postales, des carnets, des tee-shirts pour prolonger le plaisir de l’illustration.

Alice & Alex, Claire et Hugo Zaorski (Sarbacane)
disponible le 2 septembre 2020
9782377314478 – 16,50€
à partir de 5 ans
Son
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Échappées imaginaires

Pour cette dernière chronique avant notre annuel repos estival, Bob vous propose de partir en voyage avec deux petites Alice : nous suivrons l’une en colonie de vacances et l’autre au cœur de la nuit. Emerveillements garantis !

Des vacances timbrées

Alice envoie à sa grand-mère une carte postale où elle raconte ses vacances en colonie. Elle y décrit ses activités, les autres enfants, les visites et les paysages… Mais si le texte semble tout à fait normal, ressemblant trait pour trait à ce que vous écriviez sûrement aussi à vos parents ou vos amis, les illustrations nous emmènent elles dans un tout autre univers, peuplé de créatures fantastiques, de paysages fantasmagoriques et d’activités étonnantes. Un décalage qui rend l’album particulièrement fascinant, jusque dans les dernières pages où la grand-mère d’Alice lui répond, nous surprenant encore un peu plus !

Un voyage magnifique, porté par des illustrations chatoyantes et inspirantes au crayon de couleur, qui rappelle par certains côtés l’univers d’Hayao Miyazaki. Mathilde Poncet mélange habilement la simplicité du quotidien à la richesse du fantastique dans un album qui nous invite véritablement à nous plonger dans les images, à voir et revoir ces petits détails merveilleux qui nous échappent à la première lecture, et à nous questionner sur ces étonnantes vacances : sont-elles le fruit de l’imagination de cette petite fille ou bien un voyage réel dans un monde fantastique ? En tous cas, on a très envie de vivre pareilles vacances !

Des vacances timbrées, Mathilde Poncet (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782369021216 – 17,90€
à partir de 4 ans

La belle échappée

A la tombée de la nuit, Alice fait la rencontre d’un petit chat sauvage. Mais c’est déjà l’heure d’aller se coucher et le petit chat rejoint ses amis dans la forêt pour leur proposer d’aider la petite fille à s’échapper de sa chambre et l’inviter à découvrir les mystères de la nuit. Une balade nocturne faite d’escalades, de dégringolades pour respirer la nuit, jusqu’au moment où celle-ci s’efface au profit du jour, ramenant Alice dans sa chambre…et accompagnée du chat ! L’album alors bascule, puisque cette fois, c’est le chat sauvage qui va découvrir une incroyable journée auprès d’Alice et de ses amis…

Maylis Daufresne nous surprend dans cette histoire où les rôles sont inversés. Ici, c’est l’animal qui veut ramener l’enfant chez lui, dans son univers. Puis une parfaite symétrie s’opère quand c’est au tour du chat de découvrir l’univers de l’enfant, y découvrant des activités similaires à celles vécues pendant la nuit. Une histoire qui aborde ainsi l’amitié et la découverte de l’autre et de son monde dans une échappée tendre et mystérieuse. Les magnifiques et foisonnantes illustrations de Magali Dulain, au crayon de couleur et à l’aquarelle, illuminent cette nuit et cette journée magiques. On apprécie le petit clin d’œil aux Musiciens de Brême et on se laisse surtout happer par ses couleurs et sa nature aussi douce que merveilleuse. Une échappée magique !

La belle échappée, Maylis Daufresne, illustré par Magali Dulain (Le diplodocus)
disponible depuis le 7 mars 2020
9791094908167 – 13,50€
à partir de 4 ans

Sur ces magnifiques albums, nous vous souhaitons un été flamboyant et onirique !

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Les esprits de l’escalier – Clémentine Beauvais et Gérald Guerlais

Un esprit frappeur hante depuis 118 ans un immeuble parisien. Seul, voilà plus d’un siècle qu’il observe les humains. Il pensait avoir tout vu… jusqu’au jour où une nouvelle venue débarque pour hanter son immeuble. Elle vient juste de mourir, c’est une fille d’aujourd’hui, impertinente et insaisissable. Lui, il se languit d’amour et vient d’hier… Comment pourrait-il lui plaire ?

Clémentine Beauvais nous parle une nouvelle fois d’amour avec cet album (découvrez son interview et pour les curieux ses précédents ouvrages ici, et même ici) avec un style frais, aérien et stylisé. Dans cette histoire d’amour futée, il est question des affres de la séduction et des jeux de mots qui tombent à plat. En effet, notre pauvre amoureux reste muet face à notre fantômette et sa répartie arrive quand sa dulcinée s’est envolée. Vous manquez, comme notre héros, de riposte et vous avez une épiphanie – une réplique parfaite – qui arrive trop tard ? Vous avez l’esprit de l’escalier ! Cette expression viendrait du livre Paradoxe sur le comédien de Diderot qui écrivait «…l’homme sensible comme moi, tout entier à ce qu’on lui objecte, perd la tête et ne se retrouve qu’au bas de l’escalier ». Mais heureusement pour notre esprit de l’escalier l’amour donne des ailes et des mots.

Au fil des grandes doubles pages, nos personnages virevoltent, se croisent ! Les grandes illustrations nous dévoile Paris, sa frénésie, ses chats (nombreux!) et l’architecture grandiose. Les lecteurs assidus de l’autrice apercevront un clin d’œil à l’une de ses précédentes œuvres – je vous laisse chercher. Mention spéciale à cette magnifique illustration d’escaliers !

 

Un très bel album pour profiter de la musique de l’autrice et pour plonger dans les somptueuses illustrations de Gérald Gerlais. Un livre qui évoque l’amour, le plaisir des mots. Comme quoi même l’amour peut toucher n’importe quel bon esprit !

Les esprits de l’escalier, Clémentine Beauvais, illustré par Gérald Guerlais (Sarbacane)
disponible depuis le 29 janvier 2020
9782377313730 – 15,90 €
à partir de 7 ans
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Le barrage – David Almond et Levi Pinfold

Avant de commencer à vous parler de cet album, Bob voulait exprimer sa joie de retrouver les mots de David Almond, l’un de ses auteurs favoris, dont beaucoup de romans de son adolescence sont désormais épuisés… Et autant vous le dire tout de suite : les yeux de Bob brillent autant de joie que d’émotion ! ❤

Lorsque le barrage sera achevé, les terres seront inondées. Mais avant qu’elles ne disparaissent à jamais, Kathryn et son père se rendent une dernière fois dans le village abandonné et, avec leur musique, dansent et chantent pour les maisons et les souvenirs qu’elles renferment, pour tous ceux qui ont dû partir et ceux qui viendront… Et puis le barrage est terminé, les terres inondées, formant désormais un magnifique lac, d’où la musique ne s’en ira jamais !

Est-ce que ça ne vous a pas toujours fasciné ces barrages et cette idée que sous l’eau qui est retenue, il y avait avant des habitations, des gens, une nature qui s’ébrouait ? Inspiré de l’histoire vraie qui lui a été racontée par une célèbre musicienne, David Almond nous invite à découvrir ce souvenir de petite fille qui, avec son père, a choisi d’offrir de la musique et de l’espoir à cette vallée bientôt recouverte par les eaux. Un texte poétique, sensible, vibrant, qui évoque également la perte, la disparition d’un monde, et la volonté de se souvenir, de ne jamais oublier ce qui a vécu là, tout ce qui a été beau. Un récit magnifique que des illustrations fascinantes rendent encore plus fort et émouvant !

C’est Levi Pinfold, dont le travail n’est pas encore très présent en France, qui est aux images et autant vous dire qu’elles sont incroyables ! Il s’en dégage une atmosphère et une lumière qui nous font hésiter entre la photographie et la peinture. Des illustrations pleine page nous invitent à nous attarder, à nous émerveiller de sa précision, de son sens du détail, du jeu d’ombre et de lumière qui nous transporte dans un univers tantôt fantomatique et brumeux, tantôt ensoleillé et plein de joie. Des images qui complètent à merveille le texte de David Almond, qui laisse aussi sa place aux silences, aux évocations, aux légendes. Un album magique, à ne pas manquer !

Bonus : la bande annonce de l’album !

Le barrage, David Almond, illustré par Levi Pinfold, traduit par Christiane Duchesne (D’Eux)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782924645376 – 16€
à partir de 5 ans
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Le jardinier qui cultivait des livres – Nadine Poirier et Claude K. Dubois

Il était une fois un vieux jardinier qui était passionné de livres. Plus que tout, il aimait raconter des histoires aux gens de son village. Il allait même à leurs portes pour leur lire ses extraits préférés. Ce qui n’était pas du goût des villageois. L’homme se retrouva seul, mais il continua à aimer passionnément les livres et les cultivait avec amour dans son jardin. Puis, un jour sous une feuille il trouva une petite fille. Seule, sans parents mais pleine de questions : est-ce que le vieil homme savait faire pousser les enfants ?

Cette histoire raconte avec tendresse le pouvoir de la lecture et le plaisir des mots. En effet, l’autrice dépose des mots aux goûts savoureux pour les enfants : désinvolte, goulûment, inusitée… L’amour du jardinier pour la lecture transparaît à chaque page « il prenait soin de sa culture » Mais au delà d’un éloge de la lecture, ce texte nous raconte l’adoption de cette petite fille par le vieil homme.

Illustré avec délicatesse par la grande illustratrice belge Claude K. Dubois, les images délivrent une douceur qui se lie finement au texte. On retrouve les teintes pâles, les contours flous… L’illustratrice parle très bien de son travail dans un texte que je vous transpose ici : « L’émotion est la seule force directrice dans mon travail. Je ne dessine pas pour le côté graphique, celui-ci me sert en fait à traduire avec force les sentiments de mes personnages : la joie, la tristesse et, toujours en filigrane, la fragilité et l’étonnement face au monde qui nous entoure. Le regard des enfants croisera celui de mes personnages. Pour que cette rencontre magique ait lieu, il faut que ce regard soit vrai, sincère et vivant. » (Source l’école des loisirs) On retrouve tout dans ce récit : la fragilité, le regard de l’enfant…

Un album magnifique qui gonfle notre coeur de joie lorsqu’on le termine. Une histoire pour les amoureux des livres mais qui parle aussi d’adoption, du temps qui passe, de soin… d’amour tout simplement.

Le jardinier qui cultivait des livres, Nadine Poirier, illustré par Claude K. Dubois (Editions D’EUX)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782924645079 – 16€
à partir de 5 ans
Son
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Si c’est fluo, c’est bio !

Tu le trouves suspect ton étang qui irradie de jaune la nuit ? Ou ta boisson vert fluo 100% recyclée ? Alors t’es peut-être la bonne personne pour résoudre nos deux enquêtes du jour, et faire éclater la vérité sur des entreprises qui font fi des lois environnementales ! Justiciers de l’écologie, c’est à vous !

Des mutants dans l’étang

Après le génial Trafic à la fosse aux griffes, Véronique Cauchy nous propose une nouvelle Enquête graphique, avec cette fois Barroux au dessin. Le principe de la collection est simple : sensibiliser les enfants à l’écologie à travers des romans graphiques policiers. Et là où certains se ratent un peu en étant trop documentaires ou démago, ces enquêtes graphiques sont au contraire une véritable fiction, accompagnée simplement d’une double page documentaire en fin d’ouvrage. Véronique Cauchy réussit à nous embarquer dans une enquête véritablement à hauteur d’enfant et son écriture, qui va à l’essentiel tout en évoquant plein de pistes de réflexion, donne un rythme que la construction sous format bande dessinée complète à merveille. Et donc dans ce 2e titre de la collection, ce sont des vacances en Anjou qui permettent à nos deux héros, un frère et une sœur, de déjouer les méfaits d’une entreprise qui déverse ses déchets toxiques dans un étang. L’enquête est progressive, les différents symptômes de la pollution et de l’empoisonnement qui affectent humains et animaux distillent suspense et indices, et la résolution vient aussi grâce à l’intervention des adultes, parents et autorités compétentes. C’est vraiment très bien fichu (tout comme le 1er titre) et les illustrations de Barroux sont comme toujours un vrai régal ! Une série qui ne prend pas les enfants pour des billes à découvrir absolument !

Des mutants dans l’étang, Véronique Cauchy, illustré par Barroux (Kilowatt)
collection Enquête graphique
disponible depuis le 6 mars 2020
9782917045701 – 16,50€
à partir de 7 ans

La vie en vert fluo

Dans cet album, c’est un jeune trio d’enquêteurs qui ne pourra malheureusement pas compter sur les adultes pour venir à bout de cette usine de recyclage maléfique qui recycle absolument tout pour en faire des emballages, du compost et…des boissons ! Vous avez dit « beurk » ? Eh bien pareil pour nos jeunes héros qui vont découvrir que ce recyclage intégral, s’il paraît plutôt positif sur le papier, est en fait un véritable danger et que, bientôt, les adultes sont tous lobotomisés par leur « café vert » ou « vin composté » ! Ainsi les enfants et leur ingéniosité vont-ils être au cœur de cette enquête périlleuse qui va aussi les amener à un retour à la nature, jusqu’à ce que le problème soit résolu grâce à leur brillant stratagème. Le texte de Coline Pierré, fantasque et un peu dingo, nous emporte de l’insouciance d’une bande de copains à la lente et quelque peu terrifiante compréhension que tout ne tourne pas rond. Les illustrations hyper colorées de Gilles Freluche, dans un style graphique très vivant et expressif, offrent aussi de beaux moments de créativité et de fantastique digne des meilleurs films de monstres ! Un album qui ne manque pas d’humour et fait surtout la part belle au pouvoir de l’action collective !

La vie en vert fluo, Coline Pierré, illustré par Gilles Freluche (Mango)
disponible depuis le 10 janvier 2020
9782317022692 – 14,50€
à partir de 6 ans
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Je t’aimerai toujours – Robert Munsch et Camille Jourdy

Je t’aimerai toujours nous conte l’histoire d’une mère qui berce son enfant de mots tendres. Au fil des pages, le bébé grandit, devient enfant, puis un adolescent, puis un adulte sans que jamais ne le quitte cette berceuse et, avec elle, l’amour inconditionnel de sa mère.

Cet album est un immense classique, surtout aux États-Unis, paru en 1986 qui a fait fondre de nombreux coeurs de parents et d’enfants. Je suis très heureuse que ce livre puisse avoir une nouvelle vie avec les illustrations très tendres de Camille Jourdy. Le précédent album fait aujourd’hui oeuvre de mémoire, nous pouvons notamment y apercevoir, à l’intérieur, un baladeur à cassette et une cuvette de toilette sur la couverture. Véridique ! Ce livre très simple nous raconte la persistance de l’amour parental, à travers les changements apportés par le temps. Cet amour indéfectible, ici représenté par la comptine, est surtout porté par les illustrations de Camille Jourdy avec fourmillement de détails de vie, la tendresse des couleurs, le mouvement des corps.

Difficile de parler de l’amour d’un parent pour son enfant sans trop de niaiserie coulante rose bonbon. Le texte nous parle de cet amour en tout simplicité ; au-delà de la fatigue, des inquiétudes, du confinement, du stress inhérent au rôle de parent. Un livre que les adultes aussi bien que les enfants se plairont à lire et à relire.

Je t’aimerai toujours, Robert Munsch, illustré par Camille Jourdy, traduit par Ilona Meyer (Les éditions des Eléphants)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782372730716 – 13,50€
Dès la naissance
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D’un grand loup rouge – Mathias Friman

Dernier représentant de sa meute chassée de son territoire par les hommes, un loup rouge s’engage dans un long et rude voyage dans l’espoir de trouver une nouvelle famille. Une nuit, il rencontre une meute de loups aux yeux luisants. Méfiants, ils refusent de l’accepter à cause de sa couleur trop voyante, mais grâce au chef de meute, qui décide de l’accueillir, le loup rouge découvre que ses nouveaux compagnons sont eux aussi issus de loups qui ont fui…

Après nous avoir régalés avec son trait d’une incroyable finesse et si reconnaissable tout en explorant la chaîne alimentaire dans Une petite mouche bleue puis l’incroyable destin D’une petite graine verte, Mathias Friman nous émerveille à nouveau dans cet album sur la migration. Une migration qui n’est pas naturelle, et qui sort ainsi du travail presque documentaire des précédents titres, mais qui est induite par l’action de l’homme sur le territoire d’une meute de loups. A travers le destin terrible de ce loup rouge, qui voit sa forêt dévastée, ses congénères abattus (une illustration extrêmement forte) et sa survie menacée s’il ne se décide pas à fuir pour trouver de plus verts pâturages ailleurs, on ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à ce que vivent certaines populations humaines. Après un long voyage, le loup rouge rencontre une meute qui se montre tout d’abord méfiante et rétive à son entrée dans le groupe, car il n’est pas comme eux. Il faudra toute la bienveillance et l’intelligence d’un chef pour que le loup rouge trouve une nouvelle famille. Une famille composée elle aussi de loups – de toutes les couleurs – qui ont dû migrer à un moment donné de leur vie. Car ce que Mathias Friman nous rappelle ici, c’est que nous sommes tous issus de mouvements migratoires, qu’ils datent de plusieurs siècles ou de quelques années.

Dans ce format à l’italienne qu’on lui connait si bien, avec cette découpe sur la couverture qui laisse apercevoir ce superbe loup rouge, et ce gris métallisé qui nous attire aussitôt, c’est encore une fois le trait magnifiquement fin et réaliste qui nous subjugue. Ce rouge orangé vif qui se détache et ces scènes de nuit magnétiques, un texte poétique et sensible, Mathias Friman nous démontre encore une fois tout son talent. Un album sublime et indispensable !

D’un grand loup rouge, Mathias Friman (Les Fourmis Rouges)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782369021186 – 14,50€
à partir de 4 ans
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L’arrivée des capybaras – Alfredo Soderguit

Au poulailler, la vie est tranquille. Chacun sait ce qu’il a à faire et tout va pour le mieux. Jusqu’au jour où arrivent de la rivière les capybaras, de gros rongeurs qui cherchent refuge alors que la saison de chasse vient de s’ouvrir. Si les poules acceptent de les accueillir à côté de leur poulailler, c’est sous certaines conditions et la plus importante est de rester à distance ! Il faudra que le danger menace l’un des habitants du poulailler pour que les capybaras ne soient pas considérés comme une menace…

La peur de l’étranger, la recherche d’un refuge par temps troublé, l’entraide et le partage, l’ouverture à l’autre, l’union face à un plus grand danger et la liberté : des thèmes souvent abordés en littérature jeunesse qui trouvent dans cet album une résonnance encore plus grande. Grâce à un texte simple et dépouillé, Alfredo Soderguit nous offre une histoire à lire aussi dans ses illustrations, qui apportent une lecture plus subtile, à la fois drôle et décalée. Le texte est même parfois inexistant, laissant toute la narration au soin de l’image, suffisante, jusqu’à cette chute malicieuse qui nous promet de tout recommencer.

Une histoire très forte, à la fois amusante et actuelle, servie surtout par de magnifiques illustrations au trait précis et à la palette de couleur restreinte : brun, noir et un peu de rouille. Alfredo Soderguit donne une expressivité folle à ces animaux inquiets ou terrifiés, qui nous les rendent aussi attachants qu’un peu risibles. Mais tout est juste dans cette manière de montrer l’arrivée de ces drôles d’étrangers, l’apprivoisement de l’autre ou les différentes chutes pour chaque personnage de l’histoire. Une très belle fable animalière pour évoquer le vivre ensemble, et un vrai coup de cœur graphique.

L’arrivée des capybaras, Alfredo Soderguit, traduit par Michèle Moreau (Didier jeunesse)
disponible depuis le 19 février 2020
9782278097821 – 13,90€
à partir de 4 ans