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Ma Grande – Sibylle Delacroix

Elise est très grande. Tout est grand chez elle : les mains, les pieds, les jambes, le coeur. Quand elle tombe, elle tombe de haut. La vie d’Elise se résume à sa grande taille. Pourtant, elle aimerait bien qu’on voit plus loin… Que les autres voient qu’elle est encore toute petite à l’intérieur.

Des histoires de géants, des potions magiques qui peuvent nous faire grandir, on peut en trouver facilement mais rares sont les albums qui parlent d’être grand en taille quand on est jeune. Elise, c’est la vie d’une enfant gênée par son gabarit, si grande que parfois elle ne peut pas rentrer dans la page, ni sur les photos de classe. Alors elle se baisse, devient bossue, pour se faire de plus en plus petite. Nous avons tous connus, je pense, un ou une élève plus grand.e que les autres qui se faisait surnommer girafe, asperge, à qui on demandait si elle n’allait pas attraper froid de là-haut, ou que sais-je encore comme idioties. Cet album est pour eux. Un album sur mesure !

Le terme Ma grande paraît pourtant un sobriquet doux, gentil, presque un compliment ! Tout le talent de cette histoire est de montrer avec délicatesse, millimètre par millimètre, que les mots sont forts, précieux et peuvent renforcer ou apaiser un complexe. Le côté aérien d’Elise, qui a la tête dans les nuages, est finement illustré dans des dessins aux crayons de couleurs dans des tons gris et rouge. Des illustrations très douces comme l’instinct d’Elise à s’effacer mais avec beaucoup de lumière.

Un album doux, sensible pour rappeler qu’une personne ne se résume pas à une distinction physique, que l’on n’est jamais trop ou pas assez.

Ma grande, Sibylle Delacroix (Mijade)
disponible depuis le 3 juin 2021
9782807701168- 12 €
à partir de 5 ans
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Des albums sourires pour cette rentrée

Au programme deux albums assez différents mais qui ont des valeurs communes : l’imagination et des illustrations malicieuses et enfantines !

Le livre des arbres & plantes qui restent à découvrir

Connaissez-vous le célèbre palmier à moustaches ? Le chaussettier appelé aussi le saule pleureur à chaussettes ? Non ? Et le malpolinier, cet arbre qui ne peut pas s’empêcher de vous tirer la langue dès que vous avez le dos tourné ? Si ces plantes ne vous sont pas familières, peut-être n’avez-vous pas ouvert assez grand les yeux lors de votre dernière balade en forêt…

Le grand, le fort, l’irrésistible Olivier Tallec nous offre pour la rentrée un imagier surréaliste célébrant la nature, mais surtout l’imaginaire, à travers des arbres et des plantes inventés, aux caractéristiques bien singulières : le peuplier-couverture, le pin brosse à dents ou encore l’arbre-glace. Cet album est une invitation pour les enfants à imaginer à leurs tours des arbres extraordinaires. Les dessins sont plein de malice et d’impertinence, c’est ludique et réjouissant à souhait.

Le livre des arbres & plantes qui restent à découvrir, Olivier Tallec (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 1 septembre 2021
9782330154585 – 17€
à partir de 3 ans

Kate Moche

Kate subit les moqueries et se fait appeler Kate Moche à l’école. Les andouilles de la cour de récréation disent qu’elle n’est pas très maligne et maladroite. Pourtant elle s’en moque et garde toujours le sourire ! Quand Kate se regarde dans le miroir, elle voit beaucoup des choses incroyables dans son reflet…

Le texte d’Antoine Dole, écrit dans un style poétique, nous montre l’importance de s’aimer. Kate se voit comme une doctoresse dévouée pour ses jouets, une experte en guimauve, une sportive haut niveau… Kate est courageuse, charismatique, visonnaire ! Une belle histoire qui montre que le regard que l’on porte sur soi est beaucoup plus important que tous ce que les autres peuvent dire de nous ! Kate croit en elle. Elle croit en ses pouvoirs magiques et cette confiance laisse les « andouilles » de son école pantois. De nombreux enfants sont un jour confrontés à des remarques déplaisantes et la conclusion de ce livre est la meilleure qui soit : l’ignorance.

Habituée aux dessins humoristiques et colorés de Magali Le Huche, c’est toujours un plaisir que d’observer les détails des pages des métiers : une tasse éléphant, trois brigands cachés, des bonbons à croquer. Les illustrations se savourent à chaque page. La palette de couleur incarne parfaitement Kate, son imagination, sa confiance en soi et sa joie de vivre.

Simple et efficace, cet album pétillant est à recommander en cette rentrée pour rappeler que toutes les Kate de la terre peuvent devenir qui elles veulent !

Kate Moche, Antoine Dole, illustré par Magali Le Huche (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 1 septembre 2021
9782330154561 – 14,90€
à partir de 6 ans
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Thomas – Martine Arpin et Claude K. Dubois

La maman de Thomas vient de mourir. Un trou a été creusé dans la terre pour elle. Un trou a aussi été creusé dans son coeur d’enfant. Un gros trou noir. Vide. Si sa maman avait été là, il lui aurait demandé comment remplir ce trou. Elle aurait su. Elle savait toujours. Mais elle n’est plus là. Comment réparer son coeur ?

Thomas va chercher à travers la ville, quelqu’un qui saurait réparer les coeurs brisés. Il va aller voir les commerçants dont sa maman lui parlait : la couturière aux doigts de fée, le médecin qui guérit tout… Comme un conte en randonnée, Thomas va d’adulte en adulte pour demander une solution, mais il n’existe pas de médicament pour le chagrin, ni de rapiéçage. La tristesse reste là, un vide, une absence qui l’entoure jusque dans les illustrations où la tristesse envahit le dessin. Thomas erre, il est seul dans cette ville inhabitée. Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Thomas raconte la tristesse qui nous entoure lorsque l’on perd un être cher. Une texte aussi délicat que les illustrations de Claude K.Dubois, dont on reconnaît immédiatement le crayonnée et ses teintes pastels beige, ocre, jaune.

A force de marcher dans la ville, Thomas va revenir chez lui, retrouver son père entouré de photos de sa maman. Et si la réponse pouvait venir de là ? Et si on pouvait remplir son coeur de souvenir ? Martine Arpin nous offre une douce fin avec un florilège de souvenirs poignants qui va apporter à Thomas de l’apaisement quand il comprendra que, pour remplir le trou qui s’est creusé dans son cœur, il peut y glisser « de petits morceaux de sa maman » , des souvenirs.

Un album émouvant, sensible pour aborder ce thème délicat et mettre des mots sur la mort et sur notre plus belle façon d’affronter la perte : la force des souvenirs. Un texte triste et beau, doux et fin, comme les illustrations. Thomas fait autant pleurer d’émotions que de beauté, il devient un de mes livres indispensables.

Thomas, Martine Arpin, illustré par Claude K.Dubois (Editions D’eux)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782924645536 – 13,50€
à partir de 5 ans
Son
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Bleu jardin – Clémence Sabbagh et Teresa Arroyo Corcobado

Bienvenue dans le jardin avec cette toute nouvelle collection à destination des tout-petits : « Couleurs jardin » ! Des cartonnés documentaires qui invitent à découvrir ce qui se cache dans nos jardins à partir d’une couleur. Pour ce Bleu jardin, c’est la mésange bleue que nous allons suivre alors qu’elle vient tout juste de se poser sur l’une des fleurs – bleue également – qui embellit le jardin. Et il va s’en passer des choses pour cette mésange, qui va rencontrer un compagnon puis installer son nid dans un arbre du jardin. Toutes les conditions sont ainsi idéalement rassemblées pour observer son comportement, ses habitudes alimentaires et tout ce qui fait la vie d’un oiseau.

Dans ce texte poétique raconté comme une histoire, Clémence Sabbagh interpelle également les enfants qui sont invités à participer s’ils le désirent : elle leur pose des questions, leur propose de suivre le vol de la mésange du doigt ou de l’aider à gratter l’écorce d’un arbre pour trouver de la nourriture. On se prête volontiers au jeu qui nous rapproche un peu plus de cet oiseau aussi familier qu’insaisissable.

Quant aux illustrations de Teresa Arroyo Corcobado, elles sont tout simplement sublimes ! Ses oiseaux sont dessinés avec une précision raffinée, les couleurs sont chatoyantes et les décors de jardin nous font bien rêver en ces temps de confinement !
Et pour inviter les enfants à prendre soin de la nature qui les entoure, une petite activité est proposée en fin d’album : fabriquer une guirlande gourmande pour les mésanges qui ont parfois du mal à trouver de quoi se nourrir en hiver. Une bien jolie manière de terminer cet album joyeux et interactif qui sent bon le printemps ! 🐦

Bleu jardin, Clémence Sabbagh, illustré par Teresa Arroyo Corcobado (Le diplodocus)
collection Couleurs jardin
disponible depuis le 2 avril 2021
9791094908211 – 11,90€
à partir de 2 ans
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Marie-Verte – Émilie Chazerand et Marion Arbona

Dans la famille Machin-Truc, tout le monde est blond comme des biscuits. Alors le jour où Marie-Verte est née, ses parents furent très surpris ! La petite fille avait la peau verte, et même verte-verte-verte, couleur pelouse anglaise. Désormais, dit le père, les photos de familles seront en noir et blanc. Rapidement cependant, Marie-Verte conquit le cœur de tout le monde, même à l’école, tellement elle est généreuse et originale. Mais elle se sent incomprise… est-ce qu’elle est la seule au monde à avoir cette couleur de peau ?

Cet album fantaisiste nous fait découvrir une petite fille indépendante et curieuse (qui aurait bien pu être copine avec l’héroïne Verte de Marie Desplechin dont elle partage une partie du prénom). Mais ici, point de magie ! Lorsque notre héroïne va découvrir l’existence d’une mystérieuse tribu à la peau verte comme la sienne, Les Tikunu, ni une ni deux, elle décide de partir seule dans la jungle profonde pour les rencontrer !

Émilie Chazerand (que l’on aime beaucoup beaucoup) qui nous offre un texte qui sent bon la liberté et la chlorophylle mais surtout qui joue sur les stéréotypes dans un univers complément décalé ! Une de mes pages préférées est notamment le voyage de Marie-Verte qui « traversa les airs pendant une journée entière, puis, une fois à terre, dut prendre un train, un taxi-bus, une pirogue trouée et un âne bâté (…) ». Le style de l’autrice est toujours désopilant et elle s’amuse à glisser parfois des références et des rimes improbables, par exemple Pierre-Mayeul avec épagneul. Les magnifiques illustrations de Marion Arbona nous transportent avec joie et bonne humeur dans les aventures de Marie-Verte, qui avec un nom pareil ne peut devenir qu’écolo ! Vous l’aurez compris un album qui ne se prend pas au sérieux mais qui parle de notre place dans le monde et de notre besoin de trouver sa propre tribu !

Marie-Verte, Émilie Chazerand, illustré par Marion Arbona (Sarbacane)
disponible depuis le 7 avril 2021
9782377316076 – 15,90€
à partir de 6 ans
Son
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Kiosque – Anete Melece

Depuis toujours, Olga travaille dans un kiosque à journaux. Ce minuscule espace, c’est toute sa vie. Elle connaît ses clients par cœur : ceux qui viennent acheter chaque jour leur magazine, ceux qui viennent simplement pour parler, ceux qui lui font signe en passant ou encore les touristes, qui lui demandent systématiquement le chemin vers le musée. Mais le soir, quand elle ferme le rideau de fer, Olga se met à rêver de soleils, de mers et de plages lointaines…

Le quotidien d’Olga, c’est une routine constante. Chaque matin, elle est livrée de son nouveau stock de journaux, elle ouvre son rideau et son premier client, comme toujours, est ce monsieur au teint jaunâtre de bien trop fumer ! Puis s’ensuivent tous ses clients habituels, qu’elle a appris à connaître et qui rythment sa journée jusqu’au soir. Et lorsqu’elle baisse le rideau, Olga se plonge dans ses propres magazines, et rêve de voyager et de voir le monde, loin de ce petit kiosque étriqué. Il suffit d’un matin et du livreur de journaux qui pose le nouveau stock trop loin de sa porte pour que cette journée soit complètement chamboulée ! Car alors que des jeunes en profitent pour lui piquer des bonbons, Olga se rue vers eux à travers sa trop petite fenêtre et fait basculer son kiosque avec elle ! Surprise, voilà maintenant qu’elle peut se déplacer et commencer à vivre sa propre aventure…

Avec Kiosque, Anete Melece nous offre un album plein de tendresse qui nous invite à poursuivre nos rêves. Comme Olga, on est parfois incapable de sortir de notre quotidien et de notre train-train et il suffit alors d’un petit coup de pouce pour découvrir que l’on peut faire tout ce qu’on veut et poursuivre ses rêves. C’est aussi un album qui nous touche particulièrement en ce moment car il met en scène un personnage dont le travail est essentiel pour tous ces gens qui passent et s’arrêtent devant son kiosque chaque jour. Une jolie manière de mettre en lumière le rôle parfois très social des commerçants de proximité. Le tout avec des peintures colorées et un peu naïves qui ajoutent le soupçon de magie qu’il faut !

Préexistant à l’album, il y a un court-métrage d’animation, réalisé par Anete Melece, que je vous invite à aller voir pour profiter plus longuement encore de son magnifique travail d’illustration.

Kiosque, Anete Melece (L’école des loisirs)
collection Pastel
disponible depuis le 10 mars 2021
9782211305686 – 13€
à partir de 5 ans
Son
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Confettis – Adèle Jolivard

En septembre, à la rentrée, une petite fille se rend à l’école à vélo et apprend à lire, puis à faire des dictées. Aux vacances de la Toussaint, elle part dans un gîte avec ses parents. Puis vient Mardi Gras et ses déguisements, son carnaval et les parades organisées dans le village. Au printemps, elle part en classe verte et découvre le Cantal. Puis la fin d’année, tout est un peu plus relâché et les vacances arrivent…

Dans ces cinq petites histoires, rythmées par des événements qui marquent les grandes étapes de l’année pour cette petite fille, Adèle Jolivard nous offre le portrait incroyablement juste et sensible de l’enfance – son enfance ? En tous cas, certaines anecdotes du quotidien de cette petite fille, ou les événements qu’elle vit, m’ont rappelé plein de souvenirs de ma propre enfance (les chars au carnaval de mon village que j’avais complètement oubliés !!!) C’est toute la magie de son écriture, au plus proche des sensations de l’enfance, qui nous enchante : tous ces petits moments qui semblent anodins, ces réflexions qui passent d’un sujet à un autre ou d’un sentiment à son contraire. Une simplicité et une fluidité de la narration qui nous émeut autant qu’elle nous fait sourire.

Et si la force des émotions est là dans les mots, que dire des illustrations ! Un trait noir fin et délicat, avec des touches de couleur, qui apporte tantôt de la poésie, tantôt de l’humour, et toujours cette tendresse de l’enfance, des souvenirs et des moments si précieux qu’elle referme. On observe avec délice les petits détails de certaines images en pleine page et on s’émerveille de son talent à croquer les situations, qui raviront tant les enfants que les adultes.

Avec sa tendresse et son graphisme, Confettis nous fait bien sûr penser au Björn de Delphine Perret (le format en est d’ailleurs le même), mais l’album d’Adèle Jolivard nous offre en plus cette délicieuse sensation de nostalgie de notre enfance. Un très grand coup de cœur pour ce magnifique album ! ❤️

Confettis, Adèle Jolivard (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 18 mars 2021
9782369021384 – 13,50€
à partir de 4 ans
Son
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Histoires d’ours

C’est bientôt le printemps durant lequel on espère pouvoir sortir de notre hibernation qui dure depuis bien longtemps… Mais avant de quitter définitivement l’hiver, Bob vous propose de découvrir trois (ou presque) albums des éditions Père Fouettard avec les pro de l’hibernation : nos amis les ours, compagnons intemporels des histoires.

Mon grand ours, mon petit ours et moi

Une petite fille nous présente les deux ours qui sont dans sa vie : le petit, celui en peluche avec qui elle partage ses jeux et son imagination ; et puis le grand, celui qui l’accompagne quand elle sort, la prend sur ses épaules ou la protège du froid dans son grand manteau bien chaud. Ses deux ours sont toujours là pour elle et elle est toujours là pour eux…

Quelle mignonitude que cet album qui nous offre une petite capsule de vie quotidienne aussi douce que joyeuse ! La petite fille de ce récit familial nous fait découvrir son quotidien avec son doudou préféré et…son papa ! Une chute qui ravira évidemment les jeunes lecteurs à qui cette histoire est destinée et les adultes qui la leur liront en ayant tout deviné (mais en ne révélant rien, bien sûr !). Le texte tout en simplicité de Margarita del Mazo est un véritable plaisir et les illustrations de Rocio Bonilla, tendres et complices, lui apportent une pointe d’humour et de malice. On est complètement charmé par cet album qui nous offre une jolie chronique de la journée parfaite d’une petite fille et de son papa. Absolument mignon !

Mon grand ours, mon petit ours et moi, Margarita del Mazo, illustré par Rocio Bonilla, traduit par Gaïa Mugler (Père Fouettard)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782371650503 – 16€
à partir de 3 ans

Grand Blanc

Aujourd’hui, Saski a huit ans et a enfin le droit d’aller pêcher toute seule et montrer à son père comme elle aussi peut rapporter plein de poissons ! Sur la banquise, l’hiver est rude et l’ourse a du mal à trouver de quoi se rassasier pour nourrir également ses petits. Alors que la tempête se lève, faisant perdre les repères de la petite fille comme de l’ourse, leurs trajectoires vont se croiser…

Histoire d’une rencontre, de celle de l’humain et de l’animal, Grand Blanc nous fait découvrir la banquise, ses dangers et ses instants de grâce. Le texte d’Adèle Tariel, entre légèreté et suspense un tout petit peu angoissant, nous emporte tout de suite dans ce récit d’une petite fille qui grandit, pleine d’enthousiasme, de courage et de bonté, et de cette ourse à la recherche de quoi sauver ses petits d’un rude hiver et capable elle aussi de se montrer bienveillante lorsque le danger les prend toutes les deux. Les magnifiques illustrations de Jérôme Peyrat nous transportent dans ce grand blanc et nous font ressentir la tempête comme le froid grâce à ces papiers et calques découpés qui donnent du relief au paysage enneigé et tempétueux. Une technique qui convient merveilleusement à l’ambiance de cet album vivant et vivifiant. Une réussite !

Grand Blanc, Adèle Tariel, illustré par Jérôme Peyrat (Père Fouettard)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782371650664 – 16€
à partir de 3 ans

Ours, ours, ours

Dans cette histoire, attendez-vous à être bousculés ! On commence sur la banquise, avec un ours blanc…hum, autant vous dire qu’un ours blanc sur une banquise immaculée, on ne voit pas trop l’animal… Bon, alors ce sera l’histoire d’un ours brun sur la banquise. Certes, on le voit bien, mais l’ours brun n’est pas spécialement chaud pour se geler les miches sur ce continent de glace… Bref, notre ours blanc et notre ours brun vont faire fi du narrateur de cette histoire pour nous raconter la leur…

Si vous êtes friands de ces histoires où tout est chamboulé, l’album de Camille Tisserand est fait pour vous ! Une histoire drôle et amusante qui se termine sur un beau moment d’amour et de douceur qui fera la surprise des lecteurs, servie par des illustrations qui en font aussi toute la saveur. Camille Tisserand s’amuse ainsi des couleurs et des motifs pour fondre ses ours dans un décor ou les faire ressortir grâce à des traits malins et tout de suite identifiables. Un album en quatre couleurs (bleu, noir, brun et blanc) qui lui donnent une atmosphère toute particulière et qui annonce avec originalité et tendresse l’arrivée du printemps !

Ours ours ours, Camille Tisserand (Père Fouettard)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782371650527 – 14€
à partir de 3 ans
Son
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Ceux qui décident – Lisen Adbage

A l’école, il y a ceux qui décident. Et il y a les autres, ceux qui n’ont jamais rien le droit de faire. C’est bien simple, à chaque fois que ceux qui n’ont rien le droit de faire se mettent à s’amuser, ceux qui décident leur donnent des ordres puis s’approprient ce avec quoi ils s’amusaient, leur demandant de dégager. Ceux qui décident, ce sont les enfants dans la cour qui jouent aux plus forts, qui disent qui joue avec quoi ou avec qui, et à qui personne ne dit jamais rien. Jusqu’à ce que…

Quel magnifique et pertinent album pour parler du harcèlement, qui commence parfois dès les plus petites cours d’école. On assiste ici à la loi exercée par un petit groupe d’élèves sur le reste de la cour de récréation. Un microcosme enfantin dans lequel n’apparaît aucun adulte pour intervenir dans le conflit, ni d’ailleurs aucun autre enfant parmi ceux qui assistent depuis les fenêtres de l’école ou des immeubles avoisinant. Si ceux qui décident n’arrêtent pas de déloger ceux qui n’ont rien le droit de faire dès qu’ils s’amusent un peu, ces derniers ne se laissent pas abattre et finissent toujours pas trouver une autre occupation. Jusqu’au moment où tout cela suffit, et où les ordres contradictoires de ceux qui décident finissent par pousser les enfants à s’unir pour dire non et tenir tête à ce petit groupe de tyrans.

Lisen Adbage nous offre un album percutant sur les rapports de force et le droit de dire non, de s’opposer à l’injustice. Un album qui nous montre aussi toute l’importance du collectif, de s’unir pour contrer ceux qui veulent imposer leur loi. Le texte court, incisif, va tout de suite à l’essentiel. La violence subie par ceux qui n’ont rien le droit de faire et induite par le sujet est contrebalancée par des illustrations aux couleurs extrêmement vives et joyeuses et des personnages très divers, parfois même avec des particularités rigolotes ou inattendues qui nous rendent ces enfants aussi attendrissants que réalistes. Un album tout en subtilité.

Ceux qui décident, Lisen Adbage, traduit par Marianne Ségol-Samoy (L’étagère du bas)
disponible depuis le 7 janvier 2021
9782490253302 – 14€
à partir de 5 ans
Son
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Aux origines…

Non, nous ne remonterons pas aux origines de Noël alors qu’il ne vous reste que quelques jours pour choisir quels livres mettre sous le sapin. 🎄 Mais peut-être serez-vous tentés par ces albums tendres et drôles qui vous feront découvrir la vérité sur les fantômes ou la création d’une drôle de bête qui ressemble à l’être humain…

La vérité sur les fantômes

On raconte beaucoup de choses sur les fantômes…et vous avez sans doute vous-même plein d’idées sur la question ! Mais tout ce que vous croyez est loin d’être vrai comme va nous le raconter ce petit fantôme qui lève le voile sur les mystères qui les entourent. Ainsi, contrairement aux idées reçues, les fantômes ne portent pas que du blanc, adorent faire peur mais ont parfois la pétoche eux aussi, peuvent être tristes, aimer la glace à la fraise, sortir pique-niquer quand il fait beau ou regarder un film par temps de pluie…

Ne seraient-ils pas comme nous, ces fantômes, finalement ? Lisa Blumen nous offre un album frais et malicieux qui joue avec les mots et les attributs du mythe fantomatique. On avait adoré découvrir son style dans Trafic à la fosse aux griffes (Kilowatt, 2017), quel plaisir de retrouver son dessin tout en rondeurs, au feutre et au crayon de couleurs. Ses petits fantômes aux jambes qui dépassent de sous les draps sont drôles, farceurs, rêveurs, mélancoliques, trouillards et surtout véritablement vivants ! On se laisse embarquer dans ce jeu de cache-cache qui brouille la frontière entre le réel et l’imaginaire pour se terminer sur une résolution finale qui donne la clé du mystère…ou bien l’épaissit encore plus ? Un album tendre et amusant !

La vérité sur les fantômes, Lisa Blumen (Le rouergue)
disponible depuis le 28 octobre 2020
9782812621215 – 16€
à partir de 5 ans

Une drôle de bête

Il y a longtemps, si longtemps que personne ne s’en souvient, le Dabba d’en haut et son frère le Dabba d’en bas, qui créèrent le ciel et la terre et toutes les créatures qui y vivent, eurent l’idée d’une toute nouvelle bête. Une fois créée avec une poignée de terre et l’eau du marigot, les deux Dabba demandent aux autres créatures qui existent déjà ce qu’elles en pensent. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas bien convaincus par cette drôle de bête : pas assez de poils, pas de griffes ou de cornes, bref, rien ne va…

Dans cette histoire qui revisite le mythe des frères Prométhée et Epiméthée, Martine Laffon, qui n’en est pas à sa première exploration de la mythologie, nous raconte avec beaucoup d’humour et d’intelligence la naissance de l’Homme. Et si le texte était déjà truculent en lui-même, on glousse d’autant plus avec les illustrations hilarantes de Delphine Durand, qui nous régale encore une fois de créatures tantôt réalistes, tantôt loufoques mais aux airs toujours ahuris, grognons ou rieurs. Les Dabba ont une allure improbable, tout comme cet Om qui ne semble pas bien mesurer la chance qui lui est offerte, mais leur envie de réussir cette nouvelle bête est aussi attendrissante que touchante. Un album malicieux et foisonnant, des créatures attachantes, pour un conte des origines qui ne cesse de nous fasciner : une réussite !

Une drôle de bête, Martine Laffon, illustré par Delphine Durand (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782369021308 – 17€
à partir de 4 ans