Son
1

Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
Son
0

Serial Tattoo – Sylvie Allouche

Quand Ayo Madaki débarque dans le commissariat avec un sac plein à craquer de billets, Clara Di Lazio sent que l’affaire va être pour elle. Touchée par sa détresse, elle écoute le récit de cette mère dont la fille, Shaïna, s’est « vendue » pour 30 000€. La commissaire et son équipe sont désormais lancés dans une course contre la montre pour retrouver Shaïna, possiblement impliquée dans un trafic d’êtres humains…

Après Stabat Murder et Snap Killer, c’est avec une joie non dissimulée que l’on retrouve toute l’équipe de Clara Di Lazio dans une nouvelle enquête qui va mettre à l’épreuve nombre de personnages ! Et le chapitre d’ouverture donne le ton ! C’est d’ailleurs le tour de force du roman de Sylvie Allouche que de proposer une enquête policière dont les questions ne seront pas « qui ? quoi ? comment ? » puisque cette scène d’exposition nous révèle à peu près les raisons de la disparition de Shaïna, nous donne une idée de la fin et que l’on découvre très rapidement qui est le commanditaire. Mais alors quid de l’investigation ? du suspense ? Il est bien présent car certains éléments restent obscurs… Mais, cette fois, Sylvie Allouche nous emmène vraiment au plus proche de l’équipe de Clara et apporte une véritable profondeur aux personnages, nous attachant toujours plus à eux. Et à Louise en tête, jeune recrue épatante découverte dans Snap Killer, qui va se retrouver dans une délicate situation d’infiltration.

Dans Serial Tattoo, Sylvie Allouche aborde le thème du trafic d’êtres humains. Clara va d’ailleurs devoir collaborer avec son homologue de la brigade de répression du proxénétisme, puisque leur enquête va les mener au Bois de Vincennes où des jeunes filles venues du Nigéria (mais sans doute pas que !) sont mises sur le trottoir. Un sujet d’autant plus fort et terrible qu’il est assez désespérant sur l’état de notre monde, des droits humains et de la façon dont il semble impossible d’enrayer un tel trafic… Nos policiers vont avoir leurs nerfs mis à rude épreuve dans cette enquête qui sera bien pire que ce qu’ils imaginent ! Avec ce troisième tome, Sylvie Allouche affirme ses personnages, nous promet encore de nombreuses surprises, et confirme son talent et sa place indispensable sur les étagères de polars pour ados. Une enquête encore une fois passionnante, efficace, haletante et pertinente ! On en redemande !

Serial Tattoo, Sylvie Allouche (Syros)
disponible depuis le 20 août 2020
9782748526806 – 16,95€
à partir de 13 ans
Image
0

Âge tendre – Clémentine Beauvais

Comme tous les élèves de France, Valentin doit effectuer son service civique obligatoire avant son passage en seconde. Malheureusement, ses vœux ne sont pas respectés et il se retrouve dans un centre pour personnes âgées atteintes de démence qui reconstitue les époques d’enfance de ses pensionnaires, et le tout au cœur du Pas-de-Calais ! Voilà Valentin plongé dans les années 60-70, période dont il ne connaît absolument rien, et qui, dès les premiers jours de son « serci » se retrouve avec une mission prétendument simple…qu’il va faire complètement capoter ! Niveau d’angoisse : 9/10 !

🎶 Bob chante du Françoise Hardy

Quel plaisir de retrouver Clémentine Beauvais dans ce roman résolument pop, drôle et original ! Une originalité qui passe tout d’abord par la forme, peut-être un peu rigide et difficile d’entrée au premier abord : un rapport de stage ! Car dans cette France dirigée par une présidente (la même que celle des Petites reines ?) où tous les élèves de 3e doivent faire soit un service civique, soit l’armée, ils doivent aussi rédiger un rapport de « serci » qui comptera dans leur note de bac et montrera à quel point le dispositif les a préparé à tout plein de choses utiles pour leur avenir. Ainsi, entre les premières consignes, les conseils de rédaction et les présentations un peu guindées de Valentin, l’attachement semble compliqué. Mais très vite, on découvre que Valentin a bien dépassé son quota de pages allouées et son journal de « serci » va très vite prendre toute la place, attisant par la même occasion notre affection pour ce garçon un peu coincé, un peu bizarre, un peu angoissé, complètement à l’ouest mais surtout très drôle malgré lui ! Et nous voilà embarqués dans cette histoire où la jeunesse insouciante découvre ce qu’est la vieillesse et notamment la perte de mémoire. Vous le pensez bien, Valentin va évoluer au fil de son travail à l’unité Mnémosyne, ces établissements fictifs controversés dans lesquels sont reconstituées les époques de jeunesse des patients. Et on le constatera grâce aux « notes rétrospectives » glissées au fur et à mesure du rapport, dans lesquelles Valentin revient sur ses commentaires initiaux.

Une comédie d’apprentissage tendre et subtile, émaillée de références aux sixties, pleine d’humour et de gloussements, qui offre aussi de très beaux moments d’émotion, de réflexions sur la mémoire et le deuil. Clémentine Beauvais parvient à nous surprendre à chaque nouveau roman et, cette fois encore, on en ressort enchanté !

📚 Lisette a envie de faire un stage dans le 59

Âge Tendre est un récit sensible et loufoque qui bouleverse et agrandit un peu le coeur. La forme de ce texte sous forme de vrai-faux rapport de stage / journal intime a conquis le coeur d’étudiante de Lisette. Le lecteur découvrira Valentin qui se dévoile au contact des pensionnaires de l’unité Mnémosyne, son évolution se retrouve même dans l’écriture, une prouesse stylistique ! Clémentine Beauvais réussit avec brio à nous embarquer dans les années 60 dans cet établissement hors du commun où tout est minutieusement reconstitué pour ressembler à un village de cette époque. On y contrôle tout : la pluie, les couleurs des murs et aussi la musique qui passe ! (La reconstitution de ce lieu est remarquable et n’est pas sans rappeler le merveilleux film de La Belle époque réalisé par Nicolas Bedos). Valentin, si sensible, va trouver dans ce lieu un certain réconfort mais attention à ne pas oublier la vrai vie ! Clémentine Beauvais évoque joliment cet âge tendre où l’on se rend compte que la vie est plus nuancée : oui on peut mentir à un résident pour qu’il ne souffre pas, oui parfois l’amour est comme dans les chansons : fou et ne dure pas toute la vie.

Ce roman plaira à tous les garçons et les filles de tout âge. Il vous donnera envie de réécouter François Hardy, d’aller faire un câlin à votre grand-mère en lui demandant de vous raconter son histoire, de regarder les couples qui se tiennent la main avec beaucoup d’amour et d’être heureux tout simplement.

Âge tendre, Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 19 août 2020
9782377314652 – 17€
à partir de 13 ans
Son
0

Pour la beauté du geste !

Nos deux héroïnes du jour ont en commun la réalisation d’exploits sportifs remarquables. Traverser les Etats-Unis d’ouest en est en courant, grimper sur le plus haut sommet du monde : ça vous en bouche un coin, hein ? Heureusement, ces incroyables efforts qui nous font déjà suer sont littéraires et, s’ils vous laisseront peut-être pantelants après votre lecture, vous en ressortirez en revanche sans courbatures et avec deux modèles d’une jeunesse engagée ! Prêts ? Partez !

A en perdre haleine – Deb Caletti

Un soir, après être allée chercher un burger, Annabelle décide de tout laisser en plan, et se met à courir. Elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint Washington, la capitale, soit l’exact opposé de sa position sur la carte. Accompagnée par son grand-père qui la suit en camping-car, Annabelle court car elle a quelque chose à dire, un combat à mener.

Et ce combat, on le découvrira au fur et à mesure des révélations qu’Annabelle nous confiera. On le devine en filigrane, une tragédie a frappé la vie de l’adolescente et la course devient sa façon de réagir, de se sortir de ce statut de victime qu’on lui attribue depuis lors, de faire passer un message, d’accepter, peut-être, ce qui lui est arrivé, et de trouver une forme d’apaisement. Le roman nous tient en haleine, de la même manière qu’Annabelle travaille son souffle pour tenir un marathon de près de cinq mois. La façon de toucher du doigt le cœur du sujet, avant qu’Annabelle ne le repousse, est parfois un peu agaçant pour le lecteur, mais participe à l’attachement pour cette héroïne qui n’a pas conscience d’inspirer, que son message peut aller au-delà de sa propre expérience. De jolies rencontres émaillent l’aventure d’Annabelle, mettent en perspective son histoire et montrent l’intérêt grandissant du grand public pour son combat. Deb Caletti nous offre un roman sensible, aux réflexions sociétales fortes, même si parfois un peu trop appuyées (les attentes de la société sur la façon dont « doivent être » les filles, par exemple, sont clairement indispensables, mais ce n’est pas toujours amené très subtilement). Engagé et inspirant !

A en perdre haleine, Deb Caletti, traduit par Maud Desurvire (PKJ)
disponible le 3 septembre 2020
9782266292962 – 18,50€
à partir de 14 ans

8848 mètres – Silène Edgar

Mallory a quinze ans et est la plus jeune alpiniste à tenter l’ascension de l’Everest. Avec son père, ils s’entraînent depuis toujours et, cette fois, ils se lancent dans cette incroyable aventure. Avec leur équipe, ils se préparent, évaluent les risques et découvrent ce parcours d’ascension qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’à présent…

Et Mallory va découvrir bien plus que le « simple » exploit sportif de gravir le sommet de l’Everest du haut de son adolescence. Car l’Everest, ce n’est pas n’importe quelle montagne. Alors que la jeune fille doit composer entre l’attention portée à sa santé, son oxygène et le froid capable de la tuer, elle est aussi malgré elle une curiosité qui pousse les médias à s’intéresser à son périple, lui demandant l’effort supplémentaire de réaliser des interviews. Silène Edgar nous invite ainsi à découvrir la manière dont se prépare une telle ascension, entre passages très descriptifs du trajet, de la façon dont tout cela s’organise, et des moments plus introspectifs qui nous emmènent aux côtés de Mallory et de la révélation que va être l’Everest pour elle. Car si, au départ, il s’agissait surtout de réaliser cet exploit avec son père, gravir l’Everest c’est aussi découvrir tout ce que cela recouvre : la pollution importante à quelques mètres du sommet et les effets du réchauffement climatique, la mort inéluctable au moindre faux pas, et la philosophie bouddhiste autour de la montagne. Un parcours initiatique qui va ainsi bien au-delà de l’exploit sportif pour se découvrir soi et le monde qui nous entoure. Un roman tout aussi engagé que le précédent, sur la préservation de la nature, avec une héroïne toute aussi attachante et déterminée.

8848 mètres, Silène Edgar (Casterman)
collection Ici/maintenant
disponible depuis le 10 juin 2020
9782203064317 – 16€
à partir de 12 ans
Galerie
0

L’âge des possibles – Marie Chartres

Chicago. Saul et Rachel y sont en amoureux pour faire leur Rumspringa, une parenthèse hors de la communauté amish, qui leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause. Temple, quant à elle, doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa sœur à Chicago, mais la peur la paralyse. Dans cette immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer…

A chaque chapitre, nous entendons une voix différente. Toutes ces voix expriment avec justesse la ferveur et le doute de l’adolescence. Le couple Saul et Rachel vont connaître, grâce à ce voyage, le monde des empressés, notre monde à nous : le métro, l’ignorance des gens, le bruit mais aussi le goût des bonbons, la ferveur de la ville, le chamboulement du désir et l’Art qui prend une grande place dans ce roman… C’est un bonheur que de parcourir avec eux la ville. L’autrice nous la fait découvrir à travers tous les sens : le goût, les odeurs, les couleurs… C’est poétique et très touchant de parcourir notre monde à travers leurs regards naïfs.

Quel plaisir de retrouver la narration de Marie Chartres qui a le goût des mots. Dans ce roman, on trouve de la poésie dans les dialogues, de la justesse de cœur mais aussi de l’élégance et de l’humour face au monde. Le duo d’amoureux m’a bouleversée dans leurs questionnements, la conscience qu’ils ont de leur éducation, leurs doutes et leur tendresse l’un envers l’autre.

« J’ai observé Rachel à la dérobée. Je savais qu’elle avait adoré la phrase que venait de prononcer cet homme. Elle est tellement attentive aux mots. Rachel est comme cela, elle aime quand l’intime surgit accidentellement, tel un animal sauvage au détour d’un virage. Elle aime, malgré tout, les joyeux petits accidents dans les phrases et les yeux des gens. Je pense qu’elle ne le sait pas, mais moi, je le sais. »

Ce roman nous transporte dans l’adolescence, cet âge des possibles où tout peut basculer, où l’on comprend que la vie a toujours plus d’imagination que nous.

Un roman touchant qui nous embarque dans ce moment d’émerveillement, de liberté, qui parlera à tout les adolescents. Il faut savoir que Bob et Lisette adorent la plume de Marie Chartres, vous pouvez retrouver les chroniques de ces précédents romans. Ce roman est à la hauteur de ses précédents, lisez-le les yeux fermés ! (Bob me dit à l’oreille que ce ne sera pas pratique… aucune imagination)

L’âge des possibles, Marie Chartres (l’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 19 août 2020
9782211309714 – 15€
à partir de 14 ans
Galerie
0

L’affaire des fées de Cottingley – Natacha Henry

Été 1917, Angleterre. Elsie, 16 ans, s’occupe de sa cousine Frances, 9 ans, venue vivre chez elle avec sa mère, le temps que la guerre se termine. Elsie est furieuse de devoir s’occuper de sa cousine. Passionnée par la photo, elle ne rêve que d’une chose : travailler auprès d’un photographe de la région. Alors qu’un jour les deux cousines se font réprimander d’être revenues crasseuses de la rivière, Frances invente une excuse : elles ont vu des fées !

Ce roman, inspiré de faits réels, raconte l’un des plus grands canulars du XXème siècle : l’affaire des Fées de Cottingley. Deux jeunes filles vont en effet s’amuser à transformer des photos (je vous laisse découvrir comment) et le trucage va être si réussi que non seulement leurs mères vont les croire mais ces dernières décident de parler de cette révélation au monde scientifique. Si aujourd’hui nous avons l’habitude des fake news, cette plaisanterie enfantine va prendre des proportions immenses et va réussir à duper des membres très hauts placés du milieu scientifique mais pas que… même le célèbre spiritualiste Sir Arthur Conan Doyle, auteur de Sherlock Holmes, va y croire !

Au delà de l’histoire des photographies, ce roman permettra aux jeunes lecteurs de découvrir les fracas de la Première Guerre mondiale. Le père de Frances étant au front, nous avons régulièrement dans le roman des explications historiques de l’avancée de la guerre, de la vie des soldats. On se rend rapidement compte que pour certains personnages les fées deviennent l’ultime et unique échappatoire pour détourner leurs pensées de la guerre. Aujourd’hui, lorsque nous voyons les photographies nous ne comprenons pas comment autant de gens sont tombés dans le panneau ! Aux enfants sceptiques, il sera intéressant d’utiliser ce roman comme support pour discuter de notre rapport à l’image, aux effets-spéciaux.

Ce roman, qui a été écrit en collaboration avec les ayant-droit des deux soeurs, nous rappelle que les jeunes filles ne souhaitaient aucunement créer un canular, mais qu’il s’agissait simplement de deux cousines qui s’amusaient. Et ça c’est magique !

L’affaire des fées de Cottingley, Nathacha Henry (Rageot)
disponible le 26 août 2020
9782700263756 – 13€
à partir de 10 ans
Son
0

Phalaina – Alice Brière-Haquet

Angleterre, XIXe siècle. Par une nuit d’hiver, un homme trouve une étrange enfant dans la forêt. Muette, les yeux rouges, il l’accueille tout d’abord chez lui avant de la confier à un couvent londonien. Des années plus tard, Manon est toujours une petite fille bizarre, auréolée de mystères, et activement recherchée par la Fondation Humphrey. Quel est donc le mystère de ses origines ?

Le mystère, c’est bien la composante principale de ce premier roman d’Alice Brière-Haquet pour les adolescents. Et c’est dans une Angleterre nimbée de fantastique qu’elle nous emmène, à l’époque des théories de Darwin et de l’intérêt porté au naturalisme et à l’étude des espèces. Mais aussi dans le Londres de Jack L’Eventreur, dont l’ombre plane toujours, menaçante. Plusieurs voix vont se croiser dans ce récit qui plante son décor progressivement, lui donnant d’abord des allures de conte. Très vite, pourtant, le nœud de l’intrigue prend corps, notamment grâce aux lettres qui s’insèrent dans le récit, celles d’un scientifique qui écrit à Darwin pour lui raconter l’étonnante et merveilleuse découverte qu’il vient de faire. Alice Brière-Haquet sait maintenir son suspense et reste volontairement avare de détails pour nous laisser le loisir de l’imaginaire, des conjectures et des soupçons. Entre le fantastique et l’enquête policière, le mystère des origines de Manon, des découvertes d’Humphrey et des agissements de la Fondation donne un roman riche et passionnant.

Mais le sujet sous-jacent à ce roman historique mâtiné de fantastique, c’est celui de la nature et de sa préservation, entrant ainsi en résonnance avec des préoccupations très actuelles. Car ce sont les travers de la recherche scientifique, du désir de comprendre, classifier et expérimenter qui sont dénoncés à travers cette volonté de mettre la main sur Manon et ses étranges origines. Mais Alice Brière-Haquet le fait habilement, nous interrogeant ainsi sur les fondements philosophiques de cette démarche mais aussi plus généralement sur notre rapport à la nature et aux êtres vivants, sur l’histoire de l’humanité qui cherche encore et toujours à utiliser, s’emparer, se servir plutôt que d’essayer de vivre en harmonie, en pleine conscience de l’autre.

Un roman très étonnant, en tous cas, qui nous emmène dans des territoires étranges, tant dans l’histoire que dans l’écriture, qui ellipse énormément de choses, qui glisse de l’humour, de la poésie, de l’horreur, des pensées animales, etc. Un roman peut-être pas si simple pour qui ne lui laisse pas la porte complètement ouverte mais qui en ouvrira bien d’autres à ceux qui se laisseront guider par les papillons de nuit ! A découvrir !

Phalaina, Alice Brière-Haquet (Le Rouergue)
collection Epik
disponible le 26 août 2020
9782812620959 – 15€
à partir de 13 ans
Son
0

« OZ » la nouvelle collection de Syros

Cet été sont parus les premiers titres de la collection OZ, toute nouvelle venue pour les 8-12 ans chez Syros qui promet « des histoires où (presque) tout est possible » ! Vaste programme ! On y retrouve des auteurs et autrices bien connus de la maison qui nous offrent des histoires où priment le pouvoir de l’imaginaire, l’aventure, l’amitié et l’humour ! Contrairement à d’autres collections pour ce même âge, ici il n’y aura pas d’illustrations, seulement des cabochons en début et fin de chapitres. Aujourd’hui, on vous présente deux titres qui nous ont beaucoup plu. 😀

CornichonX

Angélina ne se sent pas très bien cette année : elle est la plus petite de sa classe et elle vit avec des parents qui n’ont jamais vraiment grandis et se comportent comme de vrais gamins ! Chez elle, on ne mange que du fast-food et des bonbons, ses parents font des concours de déguisements, on ne fait que rigoler et s’amuser…bref, ils sont très peu présents pour répondre à ses interrogations… Le jour où un bocal de cornichonx atterrit par mégarde dans leur frigo, Angélina découvre qu’en les grignotant, ils semblent répondre à ses questions…

Ah, grandir ! Grande question des préadolescents et d’Angélina qui doit se débrouiller toute seule pour comprendre… Yves Grevet nous offre un beau moment d’émotion et une jolie réflexion sur la famille, sur la difficulté à se comprendre entre parents et enfants. La dimension fantastique induite par cet étrange pot de cornichons en est ainsi d’autant plus intéressante et subtile qu’on finit par se demander si ce sont bien des condiments magiques ou si Angélina a réussi à grandir par elle-même. Un roman très malin !

Mystères à Minuit

Victor vit à Minuit, la ville la plus hantée du monde et est le seul à voir les fantômes pour de vrai ! Avec son ami Balti, 12 ans depuis six cent soixante-huit ans, ils proposent leurs services de chasseurs de mystères. Alors que la fameuse soirée d’Halloween approche, faisant de Minuit l’une des attractions touristiques de l’année, voilà que l’une des lointaines descendantes de Balti est enlevée… Un mystère à résoudre pour nos deux chasseurs…

Camille Brissot nous offre une histoire fantastique comme on les aime avec cette chasse au fantôme particulièrement drôle et un peu frissonnante ! Le décor est planté, rappelant ces villes comme Edimbourg, célèbre pour ses nombreux fantômes, et les personnages immédiatement attachants pour une entrée dans l’histoire facile et prenante. Un roman bien construit, qui joue avec tous les codes des histoires de fantômes, à grand renfort de mystères, de trésors et de légendes effrayantes. Le tout avec beaucoup d’humour et de suspense, de très jolies amitiés, bref, tous les ingrédients sont réunis pour plaire aux lecteurs affamés d’aventures qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout. On espère que d’autres mystères nous attendant bientôt dans la ville de Minuit !

CornichonX, Yves Grevet, illustré par Benoît Audé (Syros)
collection OZ
disponible depuis le 25 juin 2020
9782748527094 – 9,95€
à partir de 8 ans
Mystères à Minuit, la ville la plus hantée du monde, Camille Brissot, illustré par Glen Chapron (Syros)
collection OZ
disponible depuis le 25 juin 2020
9782748527070 – 9,95€
à partir de 8 ans
Son
0

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire – Maëlle Desard

Esther Parmentier, 19 ans, fait son stage dans un cabinet d’agence comptable où elle s’ennuie profondément et où la chaleur écrasante de l’été strasbourgeois lui fait regretter sa Bretagne natale. Mais elle n’est pas au bout de ses peines car elle déboule tout à coup dans un monde complètement fou et inattendu lorsqu’elle découvre qu’elle est une sorcière ! La voilà désormais stagiaire au sein de l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Et sa première enquête va la mener sur d’étranges disparitions d’adolescents…

Préparez-vous à succomber au charme ébouriffant et sarcastique d’Esther Parmentier, qui n’avait rien demandé à personne et se retrouve à frayer avec des créatures sorties tout droit de contes de fées ! Inspiré de la mythologie celtique, le monde magique de Maëlle Desard se compose de créatures aussi diverses que les vampires, les banshees, les loup-garous ou encore les djinns et les fantômes. Et sachez que tout ce petit monde vit parmi nous, grâce aux sorcières qui ouvrent des portails magiques entre la Terre et le Sidh, cet autre monde dont les créatures sont originaires. Passé le choc de cette découverte et de son nouveau statut de sorcière (de niveau 2 sur 82, soit un score particulièrement bas), Esther va se laisser embrigader dans une enquête de disparitions d’adolescents qui préfigure peut-être un complot bien plus important… Et pour tuteur, elle aura l’agent Loan, un vampire ultra séduisant qui lui hérisse le poil et avec qui la relation va être plus qu’électrique !

Maëlle Desard nous offre une enquête fantastique absolument trépidante, qui nous happe dès les premières pages. Et c’est dû sans aucun doute à la vivacité d’Esther, sa propension au sarcasme et aux formules fleuries et bouillonnantes ! J’ai eu un peu peur au début, que ce soit trop lourd et agaçant, et puis on se laisse vite prendre dans ce tourbillon d’actions et de dialogues qui fusent, qui ricochent et emportent tout sur leur passage. Les personnages sont tous très drôles et rivalisent d’imagination (gros coup de cœur pour le fantôme Mozzie et ses emojis très parlants) et Esther est sans doute aussi la plus originale, se démarquant des héroïnes qui se découvrent toujours être l’élue, la plus puissante de leur espèce ou ce genre de choses. Ici, les pouvoirs d’Esther – nuls, car elle est niveau 2, rappelons-le – ne sont pas ceux que l’on attend. Alors certes, elle résiste plutôt pas mal aux pouvoirs de séduction des Créatures, mais elle se révèle surtout être une enquêtrice plutôt douée en déduction et futée quand elle y met un peu du sien. Entre ses insécurités et sa vie qui bascule sans lui laisser le temps de digérer, Esther est ainsi très attachante et son humour dévastateur achève de nous convaincre d’en faire notre future meilleure amie.

Un roman décapant et plein d’énergie qui nous laisse un peu pantelant (c’est qu’on y laisse quelques litres de sueur nous aussi !) mais avec une furieuse envie de suivre Esther et tous les personnages de l’agence dans une nouvelle tribulation !

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire, t.1 – Cadavre haché, vampire fâché : une enquête sang pour sang, Maëlle Desard (Rageot)
disponible depuis le 1er juillet 2020
9782700275520 – 15,90€
à partir de 13 ans
Galerie
0

Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans