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Les Facétieuses – Clémentine Beauvais

Un roman de Clémentine Beauvais, c’est un peu comme le Beaujolais nouveau : on l’attend toujours avec beaucoup d’impatience, un peu toujours à la même date, et on a vraiment hâte de le déguster ! Mais, surtout, on se demande quelle surprise nous attend…eh bien, sachez-le, vous n’allez pas être déçu.es !

Quand on lui propose d’écrire un texte de théâtre, Clémentine Beauvais – autrice déprimée suite à des échecs personnels et professionnels – s’intéresse soudainement à l’un des grands mystères de notre Histoire : les marraines la bonne fée. En effet, en se demandant qui pouvait bien être la marraine de Louis XVII, Clémentine trébuche et commence alors une enquête sur ces personnalités quasi oubliées qui ont disparu en même temps que la magie dans notre monde…

Bob a reçu le don de grâce (ou de graisse ?)…

Pour cette nouvelle rentrée, Clémentine Beauvais délaisse le roman et la fiction pour nous embarquer dans un essai aussi merveilleux que facétieux… Nous voici donc embarqués dans une enquête douce-dingue sur le sort des marraines la bonne fée, qui officiaient depuis des siècles sur les bambins royaux et de la grande noblesse. En bonne universitaire, Clémentine Beauvais s’attèle donc à la longue phase de recherches, émaillée de belles trouvailles ou au contraire de sérieuses déceptions, pour nous raconter comment les marraines la bonne fée ont progressivement disparu après la Révolution française et, par voie de conséquence, comment à disparu la magie. Mais au-delà de l’énigme historique, c’est l’occasion également de découvrir Clémentine Beauvais dans son quotidien d’autrice fraîchement revenue de Grande-Bretagne où elle travaillait jusqu’à présent, ses amis ses amours ses emmerdes (comme dit la chanson), jusqu’à l’entrée progressive du mystère dans sa vie.

Encore une fois, Clémentine Beauvais nous éblouit par son imagination extravagante et sa maîtrise d’une narration qui nous happe dès les premières pages. Et ce alors même qu’il s’agit d’un essai (vous en avez lu beaucoup, vous, qui étaient aussi passionnants que ça ?) ! Vous serez libres, à la fin du livre, de croire ou ne pas croire à la conclusion de son enquête mais posez-vous quelques minutes et réfléchissez un peu à ce que vous pensez savoir du monde… Clémentine Beauvais a peut-être raison…

Alors le monde ne serait pas régi par les reptiliens et les Illuminati… ?

…et Lisette celui de l’esprit ! (ou pas)

Facétie : action, parole ou écrit qui a quelque chose de bouffon, de burlesque ; plaisanterie, farce, espièglerie nous dit la célèbre fée Larousse. Clémentine Beauvais est une autrice malicieuse, si vous ne le saviez pas encore, ce livre vous le prouvera ! Elle signe avec ce roman une autofiction déroutante. Entre enquête, fiction et conte merveilleux, Clémentine brouille les pistes. Elle joue avec les codes et la forme, comme elle l’avait fait dans son précédent roman Âge Tendre. Encore une fois, elle nous époustoufle ! On ne sait pas déjouer le vrai du faux. Elle s’amuse à mettre en scène sa vie, sa famille et d’autres auteurs de chez Sarbacane. Coucou Julia, coucou Aylin ! Mais surtout elle va mener l’enquête sur la disparition des marraines la bonne fée, pourquoi ont-elles disparu ? Elle taquine nos certitudes historiques, insère des extraits de livre d’Histoire plus vrais que nature. On en viendrait à douter de notre passé.

Malgré mon émerveillement devant la faculté de l’autrice à se renouveler, il a un infime-mini-rikiki-chouïa bémol. J’ai trouvé les derniers chapitres un peu dense. Digne d’une grande universitaire mais du haut de mes couches-culotte, c’était moins magique – tout en restant brillant (comme une baguette magique !).

Lisette a envie de rester dans la comparaison vinicole de Bob, pour dire que Clémentine Beauvais nous offre un excellent millésime ! Tel un grand champagne, c’est souple, vif et pétillant ; ça nous laisse un joli goût littéraire en bouche.

Bonne fée
Allez les enfants, venez découvrir Pierre Bourdieu et les inégalités sociales sous fond de magie !

Les Facétieuses, Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 24 août 2022
9782377317318 – 17€
à partir de 13 ans
Son
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Gamine – Emmanuelle Rey

Judith a seize ans, fait de la natation en club avec sa meilleure amie, et ne rêve que d’avoir un petit copain intéressant. En boîte, elle rencontre Colin, mature, sûr de lui et qui s’intéresse à elle. Mais il a 32 ans, et peu importe s’il a le double de son âge (même si elle lui a – un peu ! – menti) car elle est enfin amoureuse !

Après le poignant Comme deux frères (qu’on n’avait pas eu l’occasion de commenter ici mais qu’on vous conseille grandement) sur la disparition et la culpabilité, Emmanuelle Rey revient chez Didier Jeunesse avec un roman qui s’intéresse aux relations toxiques et notamment à l’emprise. Je ne vous divulgue rien, on le sait très rapidement ! D’autant plus que le texte est très court, ce qui participe d’ailleurs à la qualité de ce roman, raconté du point de vue de Judith, et qu’on lit en totale apnée. Car la relation de Judith avec Colin devient très vite dérangeante, faite de règles et d’excuses dont on comprend très vite qu’elles vont mettre la jeune fille sous l’emprise de cet homme pas si beau, pas si intéressant, pas si puissant, mais qui va la manipuler à sa guise. Malgré les mises en garde de sa meilleure copine, ou même de sa famille, mais aussi de sa propre conscience que tout n’est pas « normal », Judith s’enfonce un peu plus dans cette relation qui n’a plus rien de magique et qui la met dans des situations parfois inconfortables ou dangereuses.

L’écriture d’Emmanuelle Rey, sans artifices, où tout est dit sans suggestions ou fioritures, est terriblement efficace. L’empathie pour Judith est totale et la sensation de retenir notre souffle jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot, n’en est sans doute pas une ! (On a bien expiré une fois arrivé à la fin, soyez prévenu.es !) Un roman intense et bouleversant. On aime aussi cette très belle couverture d’Emmanuel Polanco, qui s’accorde parfaitement au texte.

Gamine, Emmanuelle Rey (Didier Jeunesse)
disponible le 14 septembre 2022
9782278120918 – 13,50€
à partir de 14 ans
Son
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D’après La Traviata – Fabien Clavel

En cette rentrée littéraire, les éditions Gulf Stream sortent une nouvelle collection de romans ados intitulée « Prélude ». Celle-ci propose des romans courts, réinterprétant des opéras célèbres avec les codes du roman adolescent, pour faire découvrir la richesse du répertoire classique et montrer l’intemporalité des histoires qui y sont évoquées. Chez Bob et Jean-Michel, nous avons découvert D’après La Traviata dont on ne connaissait finalement pas grand-chose à part le titre ou quelques airs connus…

Waïla, surnommé Violetta en souvenir des fleurs de son Algérie natale, vit à Paris avec sa mère qui ne lui a jamais témoigné d’affection. Consciente de sa beauté, désireuse d’être aimée, elle adopte peu à peu des comportements destructeurs, qui vont la mettre sur le chemin du Baron. Devenue escort-girl alors qu’elle n’est même pas majeure, Violette goûte au luxe et à l’argent qui coule à flots, jusqu’à sa rencontre avec Alfredo, avec qui elle va connaître le bonheur…

Héroïne tragique par excellence, Fabien Clavel nous invite à découvrir le destin de Violetta, la Traviata, à travers une longue lettre qu’elle écrit pour Alfredo. On y découvre ses origines, ses joies, ses peines et tout ce qui l’a menée à cette vie qui ne sera que trop courte. Entre l’époque à laquelle se déroule l’histoire dans l’opéra de Verdi et la nôtre, contemporaine, les considérations sont exactement les mêmes – c’est d’ailleurs ce qui a poussé Fabien Clavel à choisir cette œuvre, comme il l’explique dans sa préface, évoquant le mouvement #metoo ou encore l’affaire Zahia. Le roman s’inscrit en effet dans une résonnance avec l’opéra de Verdi sur la condition de la femme, le pouvoir des hommes et la difficulté à sortir de la pauvreté. L’histoire, aux thèmes universels, n’en est que plus bouleversante. D’autant plus que Fabien Clavel a choisi la versification pour cette longue lettre dans laquelle Violetta se révèle : l’écriture en vers apporte ainsi une fluidité, une émotion et un lyrisme qui donnent vie à son histoire comme le ferait la musique – voilà qui tombe bien !

D’après La Traviata, Fabien Clavel (Gulf Stream)
collection Prélude
disponible depuis le 25 août 2022
9782354889814 – 13€
à partir de 14 ans
Son
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Les Errantes – Jo Witek

Suzanne est une streameuse de jeux vidéo à la recherche de la célébrité. Saskia une jeune artiste lettone qui rêve d’être exposée dans une galerie. Et Anne-Lise une adolescente de bonne famille à la spiritualité exacerbée. Toutes trois vivent au sixième étage d’un bel immeuble haussmannien et ne se connaissent pas réellement. Jusqu’à ce qu’elles soient la proie d’étranges phénomènes qui vont leur demander de s’unir pour se sortir de ce qui va vite devenir un véritable enfer mental…

Le talent de Jo Witek n’est plus à démontrer : aussi à l’aise dans le thriller que dans le contemporain ou même l’album et le documentaire, nous voici cette fois dans le domaine de l’épouvante. Un genre qu’on adore tout particulièrement ici ! Dans ce roman à trois voix, préparez-vous à quelques nuits blanches et à interroger votre santé mentale. Alors que l’on fait connaissance avec nos trois jeunes filles aux caractères, aux histoires et aux intérêts diamétralement opposés, l’étrange fait peu à peu son entrée dans leurs vies, remettant en cause leurs certitudes, percutant leur réalité. Mais ces voix étranges, ces cauchemars trop prégnants ou ces apparitions fantomatiques dont elles vont être les victimes vont aussi et surtout les rassembler et les amener à considérer une amitié dont elles n’avaient pas forcément envie au premier abord. Une sororité qui se construit, donc, en dépit de leurs différences et de leurs angoisses. D’autant plus que les fantômes qui les hantent ont sans doute bien plus à voir avec elles qu’elles ne le pensent…

Mais la force du roman de Jo Witek n’est pas seulement dans cette angoisse glissante, elle est aussi dans ces très beaux portraits de jeunes femmes, et surtout dans ce que ces scènes de terreur disent réellement. Car, à mesure que l’histoire avance, que les jeunes filles font face et tentent de comprendre, ce sont d’autres histoires qui viennent se révéler, des histoires terribles, des histoires de femmes qui ont été brisées. Et c’est là toute l’ingéniosité du récit (et l’un des traits caractéristiques d’une bonne histoire d’horreur) qui, en plus de nous faire frissonner, nous dévoile des destins et des réalités sociales fortes. L’épouvante pour provoquer une réflexion féministe : on dit oui !

Les Errantes, Jo Witek (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 17 août 2022
9782330167868 – 16,50€
à partir de 13 ans
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Deux romances jeunesse pour l’été

❤ Votre romance, vous la voulez plutôt sanglante ou dansante ?

Anatomy : love story – Dana Schwartz

Bienvenue au 19ème siècle à Edimbourg. Hazel est une jeune aristocrate à l’avenir tout tracé. Promise à son cousin, son rôle est de se préparer à devenir une épouse dévouée. Mais du haut de ses 16 ans Hazel est plus intéressée par la médecine que par le mariage. Aspirante chirurgienne, elle décide de braver les interdits liés à son sexe et à sa classe sociale pour suivre en secret des cours d’anatomie. La ville entière d’Édimbourg est menacée par une maladie mortelle appelée la fièvre romaine et tout le monde la craint. Un autre fléau sévit : les voleurs de cadavres. Ils pillent les tombes pour vendre aux apprentis médecins et à l’université des dépouilles afin que les étudiants s’exercent.

Malheureusement, le subterfuge d’Hazel est rapidement mis à jour, son déguisement d’homme n’a pas trompé son entourage longtemps. Elle passe alors un marché avec le grand Dr Beecham : si elle réussie l’examen pour être médecin, l’université ouvrira ses portes aux femmes. Sauf qu’étant interdite de travaux pratiques, Hazel va vite se rendre compte qu’étudier les livres ne suffit pas – elle va avoir besoin de cadavres à disséquer.

La couverture est magnifique mais Lisette préfère vous avertir, ce n’est pas un roman d’amour. Cette fiction historique construite avec un soupçon de fantastique et d’amour reste chaste (malgré quelques baisers torrides dans un cimetière !)

Lisette vous mets en garde, en effet, la fin peut paraître un peu abrupte et change le ton du roman. Ce roman gothique est non seulement insolite mais aussi écrit dans un style intelligent, il dérange les codes. C’est une belle lecture dans laquelle on accompagne une héroïne téméraire et forte. Cette lecture est surprenante pourtant votre humble chroniqueuse est rarement surprise. 😉

Anatomy : love story,Dana Schwartz, traduit par Julie Lopez (Albin Michel)
disponible depuis le 1 juillet 2022
9782226472984 – 18,90€
à partir de 13 ans

Instructions for dancing

Evie ne croit plus en l’amour. Cette lycéenne, adepte des romances, a vu son monde s’écrouler le jour où elle a découvert que son père avait eu une liaison avant de quitter sa mère. Alors qu’elle va se débarrasser de sa bibliothèque de romans d’amour, elle rencontre une vieille dame qui lui offre un livre de danse. Quelque temps plus tard, Evie découvre qu’elle peut voir la vie amoureuses des couples qui s’embrassent… du premier baiser à la rupture.

En voulant comprendre d’où viennent ces visions, les pas d’Evie vont la conduire dans un studio de danse. Elle fera la rencontre d’X, qui deviendra son séduisant partenaire pour un concours. Oui, au bout d’une leçon, elle se retrouve à participer à un concours de danse- tout va très vite dans ce livre !

La danse et la musique sont des jolies couleurs de fond qui accompagnent Evie dans sa vie de lycéenne. Cependant, le roman se concentre principalement sur son quotidien avec son groupe d’amis, sa vie de famille, ses interrogations et sa dualité entre les sentiments qu’elle éprouve pour X, pour cet amour naissant et le remariage de son père.

Il faudrait aussi mentionner l’humour, les dialogues qui se dégustent comme des bonbons qui piquent, les personnages attachants… Evie et X : un duo qui va faire roucouler de nombreuses lectrices !

Ce livre est une romance qui se joue des romance ! Au programme : de la danse, un brin de fantasy et surtout beaucoup d’amour : amour familial, amical et amoureux. Ce livre est une comédie dramatique, ici on aime les histoires qui finissent mal, et qu’il est agréable d’être submergée par des émotions contradictoires.💃

Instructions for dancing, Nicola Yoon, traduit par Laurence Bouvard (Bayard)
disponible depuis le 8 juin 2022
9791036332746 – 17,90€
à partir de 12 ans
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Juliette et le géant feuillu – Christophe Mauri

Chez les Hidalf détester les Pompous c’est une histoire de famille, c’est aussi évident que les enfants n’aiment pas les légumes. Sauf que Juliette d’Airain adore les légumes et n’a rien contre le jeune Roméo Pompous… Alors qu’elle cherchait de nouvelles rimes pour la célèbre chanson « Oust Oust Pompous », son petit coeur a battu plus fort… ce qui a provoqué un événement extraordinaire. Le marronnier du jardin a commencé à pousser, pousser, sans s’arrêter !

Juliette, comme son frère Mathieu Hidalf (une des séries jeunesses les plus drôles que Lisette a eu l’opportunité de lire), n’a pas froid aux yeux et décide de s’aventurer dans l’arbre magique avec trois lucioles Papi, Pêche et Crac. S’ensuit une escapade tendre et pleine de fantaisie où Juliette va retrouver Roméo.

Comme le célèbre drame Shakespearien ces deux enfants devraient se détester. Sauf qu’ici point d’histoire d’amour mais le temps d’une aventure ils s’affranchissent de la bêtise des parents. Juliette n’oserait jamais désobéir mais son père n’a-t-il pas dit (en parlant de sa femme) que parfois les adultes racontaient d’énormes bêtises et qu’il ne fallait surtout pas les écouter ? Dès lors Juliette se fera un plaisir d’obéir à son père en faisant tout le contraire de ce qu’il recommande !

Cette courte histoire a l’allure d’un conte. Ici point de haricot magique ou de bon gros géant mais un arbre qui devient la scène de théâtre. Ce livre s’adresse à un public plus jeune que la série des Mathieu Hidalf, l’humour de Christophe Mauri est toujours présent et quelques ingénieuses inventions feront briller les yeux des enfants tels deux gouttes de oust-oust. Les illustrations de Lucie Durbiano sont très délicates et l’illustration page 69 fera rêver plus d’un enfant (ça vous rend curieux ?).

Pour conclure, c’est une belle lecture pour les jeunes lecteurs. La grande fan de Mathieu Hidalf que je suis reste sur sa faim, elle aurait aimé ENCORE plus d’humour, ENCORE plus de création ! Donc elle va relire sa saga d’amour. Christophe Mauri ❤️ forever !

Juliette et le géant feuillu, Christophe Mauri, illustré par Lucie Durbiano (Gallimard Jeunesse)
disponible depuis le 19 mai 2022
9782075158091 – 12,90€
à partir de 7 ans
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Scarlett et Browne, t1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes – Jonathan Stroud

Scarlett sait que le secret d’une hors-la-loi, c’est sa rapidité. Voyager léger, n’avoir ni attache, ni allégeance. Elle pille une ville, passe à la suivante. Dans cette Angleterre post-apocalyptique tout a été anéanti par des catastrophes naturelles. La nature est peuplée de monstres mais les villes ne sont pas des endroits sécurisées pour autant. La rencontre avec l’étrange Albert Browne va changer le cours de l’existence de Scarlett… et la transformer en véritable course-poursuite.

Western sanglant, univers hostile, aventures prenantes, mystères, pouvoirs surnaturels… ce roman ne laisse absolument aucun répit ! Attention aux coeurs sensibles, certaines scènes (de manière très sporadique) sont dignes de scènes d’horreurs. Véritable page-turner ce roman de Jonathan Stroud, l’auteur de la Trilogie de Bartiméus et de Lockwood & Co, nous offre un premier tome très percutant ! Il s’agit d’une immense course poursuite, un concentré d’action, de combat, de vol à mains armée. Cependant, ce shot d’adrénaline interroge également sur la liberté, la sécurité et par dessus-tout la tolérance.

L’univers de ce roman se découvre petit à petit, au fil de l’avancé des personnages. L’auteur nous dévoilera les dangers, les lois qui peuplent ce nouveau monde, les religions qui s’y développent. Albert est à l’image de la découverte de ce royaume, il n’est pas aussi inoffensif qu’il n’y paraît au premier regard. Scarlett va vite découvrir que ce garçon naïf cache de sombres secrets qui mettent leurs vies en danger !

Ce duo improbable fonctionne très bien, et de nombreux mystères sur leurs passés et sur leurs personnalités restent à découvrir. On imagine Scarlett comme une jeune Calamity Jane, sans foi ni loi qui refuse de se plier aux règles d’une société arbitraire. Albert serait un mélange de Sheldon (Big Bang Theory) et de Eleven de Stranger things (mais j’en dis déjà trop…). J’espère que la suite des aventures sera centrée sur le développement des personnages plus que sur l’univers hostile.

Pour conclure, ce roman est une aventure explosive dans un monde combinant Far West et une Angleterre post-apocalyptique inondée. Une aventure palpitante dans un nouveau monde inventif qui s’adressera à des très bons lecteurs.

Scarlett et Browne, Tome 1 : récit de leurs incroyables exploits et crimes , Jonathan Stroud, traduit par Laetitia Devaux (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 1 avril 2022
9782075158992 – 17,50 €
à partir de 16 ans
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Dans la cité électrique, Le cercle des veilleurs – Sarah Andrès

Oscar et sa soeur Livie Addington ont toujours habité dans une chic pension londonienne. D’aussi loin qu’Oscar se souvienne, l’établissement a toujours été sa maison, sa soeur son unique famille et le nom de sa défunte mère son seul lien avec son passé. Mais le jour de ses 12 ans, Oscar se voit remettre par le directeur une drôle de boîte contenant une montre ainsi qu’une lettre lui quémandant de traverser un miroir. Rien que ça !

Dans ce premier tome, à l’atmosphère steampunk, Oscar et Livie, vont se retrouver dans un Londres parallèle, appelé Londonium. Dans cette ville il ne faut pas se fier aux apparences : ici l’électricité est une arme et la lumière permet de créer des illusions aussi fantastiques que réelles. Cet univers très original, Oscar le découvre grâce aux Veilleurs. Ce regroupement de scientifiques, dont sa mère faisait partie, voyagent entre les mondes. Petit à petit, Oscar va en découvrir plus sur sa famille et sur les pouvoirs qu’apporte la science de la lumière. Mais, pour une mystérieuse raison, le dirigeant de la ville Sir Alexander s’intéresse beaucoup à Oscar et à sa soeur.

L’univers de La cité électrique est foisonnant et très complexe : complots, faux-semblants, mystères, secrets… ce premier tome est source de beaucoup d’interrogations. Certains rebondissements (sur la fin) sont dignes d’excellentes séries fantastiques… on sent que l’autrice sait parfaitement où elle veut nous emmener ! Le personnage de la petite soeur est à croquer, elle fait bêtises sur bêtises, aime regarder les livres à l’envers, colle des mouches sur son herbier. C’est une bouffée d’air frais dans ce monde que l’on imagine très sombre.

Ce roman faisait partie des trois finalistes du concours du premier roman organisé par Gallimard Jeunesse – RTL – Télérama en 2018. (A l’époque c’était Kamel Benaouda qui avait remporté le concours avec Norman n’a pas de super pouvoirs.) Ce récit d’aventures merveilleux dans un Londres rétro-futuriste n’a donc pas fini de parler de lui puisqu’il est annoncé comme le premier tome d’une trilogie ! Avis aux très bons lecteurs et amateurs de steampunk !

« Quand tout va mal, que vous n’avez sauvé personne, que vous êtes dans de sales draps, prisonnier dans un monde étrange, loin de chez vous, faire la fête pour oublier vos problèmes peut paraître une bonne solution. »

Dans la cité électrique, t.1 Le cercle des veilleurs, Sarah Andrès (Gallimard Jeunesse)
disponible depuis le 10 mars 2022
9782075148368 – 16€
à partir de 12 ans
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Les histoires ça ne devrait jamais finir – Esmé Planchon

Zora tient un blog consacré à l’univers de la saga littéraire des Mondes Invisibles de Maria Zumaï. Zora est une des autrices de fanfictions les plus lues des forums de fans, c’est une référence dans la communauté. Mais dans la vraie vie, en dehors d’Internet, Zora s’appelle Lucien, c’est un adolescent de 16 ans, timide et renfermé. Il aime se promener seul dans ses pensées autour d’un lac, lire et re-re-re-re lire les romans. Sa vie ne tourne qu’autour de ces livres. Jusqu’au jour où une annonce va bouleverser les lecteurs des Mondes Invisibles, un tremblement de terre. La série va rester inachevée, le quatrième tome tant attendu ne verra jamais le jour ! Lucien décide, en compagnie de deux fans, de mener l’enquête pour découvrir l’identité de Maria Zumaï afin de la supplier d’offrir aux fans la suite.

Imaginez si J.K Rowling avait arrêté Harry Potter au sixième tome ? Ou une autre de vos sagas préférées ? De quoi donner des sueurs froides aux lectrices et lecteurs que nous sommes ! Depuis ses dix ans, la vie de Lucien tourne autour de ces romans. »S’il y avait eu des biscuits Maria Zumaï, je me serais sûrement nourri exclusivement de ça. » dit-il. Lucien préfère la fiction à la réalité. Sa vision du monde est douce, mélancolique et douloureuse. Si Lucien est toujours plongé dans cette saga c’est en mémoire de son meilleur ami Max. Max avec lequel il a découvert cette saga et qui est décédé à l’âge de 12 ans. Cette année là, les yeux de Lucien, d’un bleu lumineux, ont foncé vers un bleu plus sombre.

Ce roman c’est de la poésie brute, c’est de l’amour pour les livres mais aussi pour la vie. Ce sont des personnages complexes, si loin des préjugés, toutes en nuances de couleurs. C’est un hommage à tous les livres lus sous la couette, à tous les livres relus, à toutes les conversations autour de la lecture avec une boisson chaude, à toutes les histoires qui nous aident à nous construire et à nous déconstruire, à tous les lecteurs.

La prose de l’autrice Esmé Planchon est douce, onirique, d’une justesse touchante. Elle est une magicienne des couleurs. C’est admirable, poétique tout en gardant les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Les pensées de Lucien vagabondent telles la plume de l’autrice. Etre témoin de sa transformation douce et profonde est un pur bonheur. On resort de ce livre avec l’envie de sourire à sa bibliothèque, pleine de gratitude.

J’aimerais vous inviter à plonger dans ce roman comme l’on plonge dans un lac, un beau jour d’été, en sachant que cela nous fera du bien. Outre l’écriture sublime, le monde de la littérature, les personnages attachants, l’enquête fascinante pour retrouver la trace de l’autrice anonyme, on trouve aussi une romance distillée dans les chapitres. Une histoire d’amour maladroite, irrésistible, qui fera fondre les petits coeurs. Cette idylle permettra à Lucien de faire éclore son identité queer et de concilier ses personnalités avec sensibilité. Vous l’aurez compris, ce roman est un coup de coeur 💙.

Les histoires, ça ne devrait jamais finir, Esmé Planchon (Bayard)
disponible depuis le 9 mars 2022
9791036335846 – 13,90€
à partir de 12 ans
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Gallant – V. E Schwab

La jeune Olivia Prior est à l’orphelinat de Merilance depuis toujours. Cette sinistre institution ne ressemble en rien à un foyer. Muette de naissance, Olivia y est persécutée. Personne ne connait la langue des signes, elle est coincée dans son propre monde, solitaire. Seuls des fantômes lui tiennent compagnie… Tout ce qu’elle sait de son histoire lui vient du journal intime de sa mère, avant que celle-ci ne sombre dans la folie. La folie est-elle contagieuse ? Qu’est-il arrivé à son père ? Les derniers mots de ce précieux carnet sont « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant »…Qu’est-ce que cela signifie ? Un jour, l’orpheline apprend qu’un oncle l’a enfin retrouvée et l’invite à venir vivre dans le domaine familial de Gallant. Olivia n’hésite pas une seconde à s’y rendre. Elle veut fuir cet orphelinat, découvrir son passé ; peut-être avoir une famille ? Cependant, à peine arrivée, Olivia découvre que son oncle n’a jamais pu lui écrire car il est décédé ! Son cousin Matthew lui ordonne de fuir sans explication aucune…

Faut-il encore présenter V. E Schwab ? Reconnue pour La vie invisible d’Addie Larue et de Cassidy Blake elle est une autrice phare du catalogue de Lumen et trouve parfaitement sa place dans les rayons de fantasy / fantastique. C’est donc avec beaucoup d’attente que Lisette s’est jetée dans la lecture de ce roman, qu’elle a dévoré en deux jours ! Mais il y a un mais…

Lisette est très embêtée pour ce livre, elle aurait aimé adopter Olivia et l’univers de Gallant mais ce ne fut pas le cas. Cependant si vous êtes amateurs de romans gothiques, d’ambiance sombre… ce livre est écrit pour vous ! Surtout que beaucoup d’atouts feront, nul n’en doute, plonger les jeunes lecteurs et lectrices dans une lecture frénétique (telle Lisette happée par le rythme parce que oui on veut connaître la suite des aventures !)

Si on se penche sur les personnages, Olivia est têtue, muette, orpheline, voit des goules (les fantômes) mais son personnage reste peu attachant (contrairement à Addie dans son livre précédent). Voir Olivia se battre contre les secrets et le silence étouffant donnent envie de crier pour elle. Elle va devoir déterrer seule secret après secret pour comprendre ce qu’il se passe dans la maison. Le reste du casting est assez mince can on rencontre seulement le cousin Matthew et un couple de domestiques.(J’aurai aimé que plus de temps soit consacré au développement de ce duo). Le personnage le moins convaincant reste le « méchant » (nous dirons cela pour ne pas trop spoiler), celui-ci est trop terne, simpliste et peu crédible en tant que représentant du dernier soupir.

Lisette tire son chapeau à l’autrice, pour sa capacité à créer l’attente et l’envie furieuse chez le lecteur de tourner les pages. Elle a lu le livre d’une traite voulant connaître la suite dare-dare. Une fois le livre terminé, c’était un capharnaüm sans nom dans sa tête. Un mélange de « oh! C’est touchant » et « mon dieu tout ça pour ça ». Niveau style, il comporte malheureusement beaucoup de répétions : ça chuchote à toutes les pages, les secrets abondent et les ombres s’entremêlent à tous les chapitres. Le texte oscille maintes fois entre le monologue intérieur d’Olivia et le journal intime de sa mère. Cette alternance continuelle nuit au rythme de l’histoire.

Ce roman se range à côté du Passage du diable d’Anne Fine dans le coeur de Lisette (il y a des similitudes intéressantes : les maisons, l’ambiance gothique, un côté diabolique). Il faut souligner la beauté de l’édition de Lumen. Les illustrations fantomatiques qui ponctuent les chapitres, de manière très juste, nous plongent dans l’ambiance. Bref, vous l’aurez compris Lisette est partagée. Elle reconnaît toute l’ingéniosité de l’autrice mais les portes de Gallant ne se sont pas ouvertes pour elle. Et vous chers lecteurs, qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à nous donner votre avis en commentaire ou message privé !

Gallant, V.E Schwab (Lumen)
disponible depuis le 10 mars 2022
9782371022805 – 16 €
à partir de 13 ans