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Missouri 1627 – Jenni Hendriks et Ted Caplan

Veronica est l’élève parfaite : belle, brillante, très populaire, elle vient d’être admise dans une prestigieuse fac américaine. Une jeune fille bien sous tout rapport, qui n’a jamais créé de vagues ni de soucis à ses parents catholiques. Alors quand elle découvre qu’elle est enceinte, alors qu’ils avaient pris toutes leurs précautions avec son petit ami… son monde s’écroule. Raconter à sa famille qu’elle a eu des relations sexuelles n’est vraiment pas au programme, sinon ils l’obligeraient à se marier et à garder l’enfant. Elle doit donc avorter de manière discrète. Sauf que l’état le plus proche qui accepte qu’une mineure se fasse avorter, sans accord parental, est à 1627 km de chez elle. Ne pouvant s’y rendre seule, elle se tourne vers la seule personne au courant de sa situation (par malchance) son ancienne meilleure amie Bailey, devenue une punk à la réputation très sulfureuse et pas fréquentable. Les voilà en route pour un road trip qui s’annonce effréné !

Missouri 1627 est une comédie sur l’avortement très bien ficelée, complètement loufoque parfois, dont on parcourt les pages comme les deux héroïnes parcourent les kilomètres. Fluide, rapide, efficace. Les chapitres sont notamment nommés Kilomètre 0, Kilomètre 92, etc et s’enchaînent tels des épisodes de série (on pensera à Sex Education) avec un style très imagé et beaucoup de dialogues succulents. Ce n’est donc pas une surprise de découvrir que les auteurs sont scénaristes et que le livre a déjà été adapté : Unpregnant sorti en 2020.

Veronica et Bailey sont deux filles que tout opposent. Durant des années, Veronica n’a pas adressé la parole à Bailey, ne voulant pas abimer l’image de perfection qu’elle donne aux autres, en côtoyant quelqu’un qui se moque autant des conventions. Pourtant Bailey est là, tandis que Veronica est incapable de mettre dans la confidence ses « vraies » amies et leur fait croire qu’elle passe un week-end en amoureux avec Kévin, son petit ami parfait.

Ce road trip est chargé de remises en question, de disputes, de légèreté, de conversations autour de l’éducation et du jugement des autres. Quel est le prix pour la popularité de Veronica si elle doit faire cet avortement en cachette ? Mais l’aventure est aussi au rendez-vous avec des rencontres hasardeuses, des courses-poursuites, un lancé de furet, une visite dans un strip-club. Le voyage n’est pas de tout repos ! Pas le temps de se reposer, surtout que Bailey veut faire de ce week-end une aventure qui va marquer leur vie.

🏆 Mention spéciale pour le personnage de Kevin, pur exemple de masculinité toxique, petit ami collant, dangereux, détestable qui revient toujours tel un zombie dont l’on n’arrive pas à se débarrasser.

Missouri 1626, une comédie sur l’avortement ? Oui mais pas que ! Le fil rouge de ce roman reste la liberté d’être et d’aimer qui l’on souhaite sans avoir peur du jugement des autres et surtout de faire ce que l’on veut de son corps. Les auteurs, avec humour, arrivent à ne pas banaliser pour autant l’avortement et de faire de ce roman une très belle histoire d’amitié !

Missouri 1627, Jenni Hendriks et Ted Caplan, traduit par Sidonie Van den Dries (Bayard)
disponible depuis le 24 février 2021
9791036303685 – 15,90€
à partir de 14 ans
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Les âmes croisées – Pierre Bottero

Nawel vit dans le royaume des douze cités. Elle est une riche héritière issue de la caste des Perles, noble et dominante. Dans cette société inégalitaire, comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va devoir décider de la caste correspondant à ses aspirations profondes et ce choix déterminera la fonction qu’elle occupera jusqu’à la fin de ses jours. Pourtant quelques jours avant cette cérémonie, elle va provoquer une tragédie… Est-elle un monstre ? Jusqu’où la société la forge-t-elle ? Nawel va se rendre compte que toute sa vie est planifiée et va s’interroger sur la voie qu’elle doit suivre…

Dès le début du livre, le tempérament suffisant de Nawel est très antipathique. Elle a un caractère strict, prétentieux et froid. Tellement assurée de sa posture de Perle que lorsqu’une Cendre, une moins que rien dans cette société, la bouscule, Nawel demande à ce qu’elle soit fouettée, ce qui provoquera sa mort… Suite à cet accident, Nawel va découvrir la vérité sur le fonctionnement de sa famille, ce que sont capables de faire ses proches et à quel point elle a été manipulée, comme ses amis, pour choisir sa caste. Son statut de puissante Perle va être mis à l’épreuve… puisque Nawel va décider d’aller à l’encontre de son choix initial et familial et va demander d’intégrer une caste très particulière…celle des Armures.

Outre le monde incroyable dans lequel l’auteur nous plonge – dont je parlerai d’ici quelques lignes – le plus intéressant à mes yeux dans ce roman est l’évolution du personnage de Nawel, très complexe. En même temps qu’elle se découvre elle-même, en cherchant le sens qu’elle veut donner à sa vie, son caractère change. Et la magie opère, on se prend d’amitié pour elle, on s’attache. Ces deux amis Philla et Ergaïl sont des personnages très secondaires à mes yeux qui ne sont présents que pour mettre en avant les réflexions profondes de Nawel sur le destin et la responsabilité, l’ambition et la sincérité.

Mais attention, ne croyez pas qu’il s’agit d’un livre avec beaucoup d’introspection. Les batailles, les retournements, les dangers se glissent dans les chapitres très courts qui rythment le roman. (Vous savez le genre de chapitre où on se dit « plus qu’un »… et on termine le livre finalement). L’univers est très riche et original avec son système de société, ses peuples et son bestiaire. L’auteur nous offre un univers foisonnant, que l’on prend plaisir à parcourir. Cette construction du monde fantastique est remarquable, comme on peut s’y attendre quand on connaît les merveilleuses séries de l’auteur. Note pour les fans : ce livre est également lié aux autres trilogies notamment à L’Autre. Malheureusement, beaucoup de questions restent en suspension dans cette aventure, puisqu’il s’agit d’un premier tome d’une trilogie qui ne sera jamais finie puisque Pierre Bottero est décédé avant.

Les âmes croisées, dont on ne découvrira le sens du titre que tardivement dans le roman, a été réédité cette année par les éditions Rageot en version poche afin de permettre à un jeune lectorat de le redécouvrir. C’est un réel plaisir de retrouver la plume très poétique de Pierre Bottero, qui est aussi acérée et tranchante quand il le faut : « Vivre, c’est se mettre en danger, réalisa-t-elle de la même façon qu’apprendre à marcher, c’est d’abord accepter l’idée de tomber. » La qualité du papier et la magnifique couverture, réalisée par Noëmie Chevalier, est à la hauteur de cette quête, pleine de rebondissements et de la plume de son auteur, immortelle.

Les âmes croisées, Pierre Bottero (Rageot)
disponible depuis le 10 février 2021
9782700274295 – 8,20€
à partir de 12 ans
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Sam et le pouvoir des mots – Marjorie Danna et Nicolas Haverland

Madame Com’Com est une marraine de la communication, elle vient de la planète Touscop’1. Sa mission est de parcourir les planètes pour aider les gens à communiquer avec les autres. Voilà que ses antennes magiques l’alertent… le petit Sam a besoin d’elle ! Il en a marre : encore une journée à recevoir des ordres, à se dépêcher et à se faire gronder…

Sam et le pouvoir des mots propose, d’une manière ludique et vivante, de découvrir la Communication NonViolente. La CNV, pour les intimes, est une démarche qui met en lumière ce qui facilite ou entrave une relation. Elle nous aide à renouer avec une qualité d’écoute de soi-même et de l’autre, et à retrouver bienveillance et empathie. Sam et sa marraine Madame Com’Com nous montrent que pour communiquer de manière efficace, il est très important de clarifier ce qui se passe en soi et d’écouter sans jugement ni interprétation. Grâce aux exemples et aux outils fournis par Com’Com, Sam (et les lecteurs) s’exprimeront bientôt sans agressivité et apprendront à faire des demandes qui répondent à leurs besoins.

Véritable outil pratique le livre alterne saynètes illustrées et cahier d’outils ludiques et imagés pour que le lecteur expérimente la CNV grâce aux temps d’interaction avec Mme Com’Com. Pour cela, la marraine utilise deux marionnettes : Gigi la girafe et le Tukitu le chacal. Tukitu emploie souvent le “Tu qui tue” pour accuser tandis que Gigi parle avec son coeur, exprime ses sentiments, ne juge pas. Nous humains, enfants et adultes, faisons très (trop?) souvent appel à notre chacal intérieur. Nous accusons l’autre par peur, nous jouons à « qui a tort, qui a raison ? » Alors que la girafe avec son coeur plus éloigné de sa tête, arrive à dire plus sereinement ce qu’il se passe pour elle sans accuser l’autre. Sam, va apprendre à utiliser son super-pouvoir l’OSBD (Observation-Sentiment-Besoin-Demande) pour transformer ses expériences du quotidien en se connectant à ce qu’il a en lui.

Les auteurs ont scénarisé des moments de vie qui parleront à tous les enfants : la récitation d’une poésie, une dispute avec une amie, l’entraînement de sport et même une conversation avec les parents. La CNV est utile partout, tout le temps ! Vous pourrez retrouver dans le livre : des marionnettes à découper à l’effigie de Tukitu et Gigi ; le bonhomme OSBD pour mémoriser les étapes de la CNV ; la liste des sentiments et une chanson pour mémoriser OSBD – qui j’espère deviendra le tube de l’année !

Sam et le pouvoir des mots, Marjorie Danna, illustré par Nicolas Haverland (Editions Pera)
disponible depuis le 4 janvier 2021
9782490190041 – 13,50 €
à partir de 7 ans
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La vie, c’est mortel ! – Claire Lecœuvre et Charlotte Gastaut

Depuis la nuit des temps l’homme se questionne sur la mort. Qu’est-ce que c’est ? Comment supporter la perte de ses proches ? L’homme a-t-il toujours redouté la mort ? Est-ce que toutes les civilisations possèdent des rituels ? Lesquels ? Et les animaux ? Dans de très nombreuses cultures, la mort n’est qu’une partie de la vie et on la célèbre. Triste, la mort ? Pas toujours !

Le premier chapitre s’ouvre sur une question légitime et ô combien intéressante : comment sait-on que l’on est mort ? En réalité, la loi française a statué sur une définition officielle de la mort que depuis une soixantaine d’années. Le saviez-vous ? Pour être mort, il faut répondre à trois critères : l’absence totale de conscience, la fin de tous les réflexes et l’absence de respiration. Le ton est donné ! Chaque chapitre aborde une thématique précise qui permet de couvrir une large palette : l’immortalité, notre rapport à la mémoire, à notre vie sur Internet (quid des comptes Facebook après le décès de la personne ?) et même l’utilisation des pesticides dans les cimetières. On pourra apprendre par exemple que, dans le zoroastrisme, on continue de fêter 30 ans plus tard l’anniversaire de la mort d’une personne avec des grands banquets. Une manière de rester éternel dans le cœur des proches.

 

La vie, c’est mortel ! aborde des sujets parfois encore tabous mais également indispensables. Pour alléger le propos, nous pouvons compter sur les illustrations de la talentueuse Charlotte Gastaut qui apportent légèreté, poésie et fantaisie. D’après des anthropologues, le fait d’être en contact régulier avec la mort, de l’intégrer comme une partie de la vie, rend les gens plus vivants et heureux. A l’inverse, cacher la mort aux enfants et éviter d’en parler pourrait entraîner des traumatismes. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire 🙂 La mort est un vaste sujet qui continuera de faire couler beaucoup de larmes et d’encre !

La vie, c’est mortel !, Claire Lecœuvre, illustré par Charlotte Gastaut (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782330141615 – 17,50€
à partir de 10 ans
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La princesse sans bouche – Florence Dutruc-Rosset et Julie Rouvière

Dans un beau château de conte de fée vivait une petite princesse, elle avait bon coeur et aimait courir après les papillons. La princesse était très heureuse et vivait avec le roi et la reine. Sauf qu’un soir le roi, son père, entra dans sa chambre et commit l’irréparable, l’innommable… Il la toucha comme si elle était sa femme, ce qui est interdit à tous les papas de la Terre. Incapable de partager ce qu’il s’était passé, la princesse en perdit son sourire et sa bouche.

Dans la droite lignée de Peau d’Âne, cet album aborde le thème de l’inceste grâce à la forme du conte initiatique. La petite princesse va rencontrer des personnages emblématiques du monde des contes comme le chasseur ou une dame magique. Elle fera surtout une belle rencontre avec une biche blessée dont elle va s’occuper avec beaucoup de douceur… Une belle image de sa propre blessure. Deux pages à la fin de l’album expliquent les symboles derrière les personnages que l’on peut retrouver dans la réalité et donnent des ressources et des pistes pour trouver de l’aide.

L’autrice à travers ce texte très abordable montre que chaque enfant peut renaître à la vie après avoir traversé les plus sombres drames et que la reconstruction passera par la parole. Les illustrations sont très proches du monde des dessins animés Disney avec des scènes émouvantes mais également douces et oniriques, permettant une approche plus facile avec les enfants. Car oui il faut en parler tôt ! Les chiffres sont malheureusement terrifiants : 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 13 sont victimes de violences sexuelles (source OMS) et 80% des violences sexuelles, pour les enfants de moins de 10 ans, sont faites dans un contexte familiale et proche.

Thématique difficile que l’inceste (et encore peu abordée en littérature jeunesse) mais qu’il est admirable d’en parler avec le conte, cette forme si propre à parler des violences. La princesse sans bouche est, au-delà d’un beau support pour discuter d’inceste, une belle histoire poétique de reconstruction.

La princesse sans bouche, Florence Dutruc-Rosset, illustré par Julie Rouvière (Bayard)
collection Albums découvertes
disponible depuis le 4 novembre 2020
9791036315497 – 13,90€
à partir de 5 ans
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La Capucine – Marie Desplechin

Louise, 13 ans, a été confiée à un maraîcher de Bobigny. C’est une fille costaude qui aime le travail de la terre, voir les légumes pousser et les vendre dans le ventre de Paris, aux Halles. Si son patron ne la battait pas et si elle était justement payée, Louise serait restée. Mais le jour où vient la raclée injustifiée de trop, elle décide de partir. Direction Paris où travaille sa mère en tant que domestique, et son indéfectible protectrice, Bernadette, génie de la cuisine et de la voyance réunis. Sauf qu’à 13 ans, même si on rêve de liberté, encore faut-il gagner sa vie ?

Avec La Capucine, Marie Desplechin renoue avec le roman historique : elle boucle ainsi une trilogie intitulée « Les filles du siècle », initiée avec Satin grenadine et Séraphine, dont les thèmes principaux sont le XIXe et l’émancipation des femmes. Trois femmes déterminées qui disent non à leur destin tout tracé. (Les trois romans sont à lire !)

Louise est un personnage d’adolescente, encore une fois chez Marie Desplechin, très attachante avec un caractère fort, qui vous rappellera peut-être le journal culte d’Aurore. On retrouve le don de cette autrice pour nous peindre des héroïnes incroyables. Louise est tellement vivante que l’on aurait aimé qu’elle soit inspirée d’une personne réelle. Elle est une fille simple, amoureuse de la terre, qui a le don de nous faire sourire à chaque page avec son franc-parler, son authenticité et son courage.

Ce roman nous permet une incursion dans un Paris tourné vers le spiritisme, on y croisera Alexandre Dumas, des socialistes, des péniches et même Victor Hugo sous les traits de Bernadette (car celle-ci est possédée par l’âme de cet auteur), ce qui vaut des passages farfelus inoubliables !

À Paris, même quand on n’a rien à faire, je crois qu’on ne s’ennuie jamais.

On retrouve dans ce roman la plume formidable de Marie Desplechin. Le rythme est maîtrisé, rien n’est en trop ou pas assez. Il est tentant d’imaginer que des adolescentes comme Louise ont existé et existent encore à notre époque… des femmes déterminées à ne pas se laisser imposer le destin qui leur est tracé.

La Capucine, Marie Desplechin (l’école des loisirs)
disponible depuis le 28 octobre 2020
collection Médium+
9782017108443 – 18€
à partir de 11 ans
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Frida Kahlo : non à la fatalité – Elsa Solal

Brisée, corsetée dans le plâtre et l’acier, paralysée, amputée, Frida Kahlo a souffert toute sa vie. Cette artiste mexicaine dont le visage est connu dans le monde entier est devenue une icône féministe, le symbole de l’artiste, de la liberté amoureuse mais aussi du courage. Dans ce court texte, Elsa Solal nous peint le combat acharné que cette artiste hors du commun a mené contre la souffrance et le handicap, sans jamais cessé de peindre ni d’aimer.

La mort a toujours talonné Frida, à 6 ans elle contracta la poliomyélite. Malgré les “Frida la boiteuse” et autres quolibets, elle décide de se battre, de poursuivre ses études (elle veut devenir médecin) et de croquer la vie à pleines dents. Viendra l’accident de bus célèbre qui la cloua au lit. Colonne vertébrale et bassin brisés, cette acharnée, avec l’aide de sa famille, transforma son lit en atelier d’artiste et installa un miroir au-dessus de son lit afin de faire des autoportraits. Frida renaîtra artiste.

« Très tôt une décision intérieure s’est forgée, elle ne se laissera pas rompre par l’adversité. Nulle fatalité ne viendra à bout de sa détermination à vivre comme les autres malgré sa situation, maladie, handicap, polio. Mais cela exige une sorte de discipline, inflexible, de force hors du commun. Les regrets, la rancoeur, elle les chasse vite comme les moustiques à coups de journal ou de savate. Funambule au-dessus du vide, elle ne peut se permettre trop d’écarts d’âme. »

Elsa Solal nous offre un portrait courageux et optimiste, avec un style poétique et flamboyant, elle nous fait entendre les pensées et même l’humour de Frida ! Ce court texte se focalise essentiellement sur le chemin qu’a fait l’artiste sur sa relation à son corps, mais nous parcourons également sa relation avec sa famille et son grand amour avec l’ogre Diego Rivera. Nous sommes loin d’une biographie traditionnelle, pour les aficionado de Frida Khalo, qui souhaitent la découvrir en images, le célèbre film Frida réalisé par Julie Taymor avec Salma Hayek est à voir – mais ce texte vient apporter une nouvelle perspective à ce parcours de vie.

L’autrice avait envie de porter un message d’espoir, de raconter à tous comment on peut surmonter la douleur physique, la maladie ou le handicap. Qui mieux que la grande artiste mexicaine pouvait incarner le miracle de la vie ? Frida Kahlo est une icône qui incarne la résilience, la force, le féminisme et également le désir de vivre. Ce merveilleux récit, nous fait entendre le rire et la joie de l’artiste qui combat la fatalité du handicap avec panache ! ❤️ Frida Kahlo

Frida Kahlo : non à la fatalité, Elsa Solal (Actes Sud Junior)
collection Ceux qui ont dit non
disponible depuis le 14 octobre 2020
9782330137304 – 9€
à partir de 12ans
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Le cri du homard – Guillaume Nail

Aurore doit repasser son bac et travailler tout l’été à la charcuterie familiale de Montaubourg – un petit village perdu de Normandie. Mais les vacances vont prendre un tournant inattendu car Aurore et ses amies vont faire un pari : embrasser le bel inconnu qu’elles ont croisé lors d’une virée en voiture. Sauf que ce charismatique garçon est Archambault, il travaille à la conserverie de la ville ennemie, entreprise tenue par la sœur du père d’Aurore avec qui il a coupé les ponts. Pari pimenté donc ! Sauf qu’Aurore va réussir à se faire embaucher en douce, sans le dire à son père. Elle va participer avec Archambault au lancement d’un important projet d’agrandissement de l’usine : un élevage expansif de homards. Certes, ce projet s’annonce créateur d’emplois mais il va également noyer le littoral sous le béton. Prise entre son ambition, ses sentiments pour Archie et ses amies, Aurore va pourtant choisir son camp, celui du changement. Mais le doute s’immisce, le progrès est-il forcément à ce prix ?

Le cri du homard est l’un des premiers titres de la nouvelle collection #onestprêt qui souhaite aborder la question de l’urgence climatique à travers des récits inspirants, en collaboration avec le mouvement On est prêt. Celui-ci, lancé en 2018, rassemble des experts, des artistes, des créateurs web pour sensibiliser et mobiliser le large public sur des questions de société et d’environnement.

Avant d’être un texte qui souhaite éveiller à la sensibilité écologique, Guillaume Nail nous offre une histoire. Lors de notre lecture, nous sommes embarqués avec l’héroïne dans sa relation amoureuse avec Archie, sa rébellion contre sa famille et son ambition pour une autre vie possible. Aurore est une adolescente qui dès le départ déteste son village paumé et n’a qu’une crainte : ne pas réussir à s’échapper de cette vie. Son travail dans la conserverie est pour elle un premier acte vers un changement de vie !

A travers son style direct, franc, l’auteur réussi à parler aux adolescents. Il injecte à merveille à Aurore (et à ses amis) un côté rebelle et ambitieux et en même temps une conscience sensible. L’entourage de notre héroïne vient la bousculer, plus d’une fois, et on sent une dualité profonde chez Aurore. Certes, elle travaille dans une ville ennemie et l’animosité entre Montaubourg et La Rocque est digne d’une romance à la Shakespeare ! C’est un réel combat pour elle de trouver sa place.

Ce roman agrémenté d’une partie « pour aller plus loin » permettra aux lecteurs curieux et motivés de se renseigner davantage sur la protection de l’océan ou encore la lutte contre l’artificialisation des littoraux. Aurore nous montre qu’il est possible d’ouvrir les yeux sur ce qui se joue mais surtout qu’il faut influer sur les sphères décisionnelles. Il est bien de se responsabiliser au niveau de notre consommation mais le véritable enjeu dépasse la dimension individuelle. Un roman qui va apporter de quoi nourrir le débat écologique !

Le cri du homard, Guillaume Nail (Glénat)
collection #onestprêt
disponible depuis le 14 octobre 2020
9782344042786 – 13,90€
à partir de 13 ans
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La rentrée catastrophique de Romane Lux, t.1 – Sylvain Zorzin et Moricio

Romane panique complètement ! Sa rentrée en CM1 ne se passe pas du tout mais alors pas du tout comme prévu ! Son maître d’école, qui était connu pour être sévère, a décidé de faire régner la paix cosmique dans sa classe de manière très originale… (pour ne pas dire catastrophique !). Son père frise l’arrêt cardiaque à chaque croisement car il a toujours peur que quelque chose lui arrive. Sa petite soeur continuer de faire toujours tout comme elle et le plus beau garçon de l’école, Kédon, lui fait un peu beaucoup d’effet.

Cette série graphique, entre roman et BD, nous plonge dans le quotidien loufoque de Romane qui a une famille pas toujours commode et surtout un instituteur qui débloque carrément… Romane aurait aimé une rentrée classique mais c’est sans compter sur toute une ribambelle de personnages improbables. Il faut avouer que le personnage du maître d’école est très caricatural et va, par exemple, superposer les chaises et les tables de la classe pour diffuser des bonnes énergies. Les mésaventures modernes de Romane ressemblent à une rédaction scolaire, dans le sens où les histoires sont invraisemblables et s’enchaînent très rapidement à la manière de gags.

Le travail de l’illustration sur ce roman est particulièrement réussi pour un jeune public. Toutes les pages du roman sont illustrées et chaque dessin vient renforcer l’humour de manière dynamique et loufoque. Ce roman s’adressera plutôt pour des lecteurs « qui n’aiment pas lire » et qui pourraient prendre plaisir à découvrir Romane, une héroïne très cartoon !

La rentrée catastrophique de Romane Lux, t.1, Sylvain Zorzin, illustré par Moricio (Bayard Jeunesse)
disponible depuis le 26 août
9791036311246 – 12,90€
à partir de 9 ans
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Gorilla Girl – Anne Schmauch

Léone est une pile électrique punk de 21 ans. Sa mère pense qu’elle va droit dans le mur avec ses conneries – en même temps, sa mère est flic… mais il ne faut pas que cela se sache ! En effet, quand on fait partie d’un groupe de filles punk qui s’appelle les Juicy Pussy, que l’on fait des graffitis anarchistes dans Paris et que l’on participe à des émeutes… Avoir une famille dans les forces de l’ordre, c’est la honte ! Surtout quand on devient raide dingue d’un squatteur qui a des activités très louches…

Lisette a envie d’avoir une crête et une couche-culotte fluo

Ce roman n’est pas qu’une comédie romantique punk ! (Même si je tiens à souligner la maîtrise du premier chapitre qui est digne des meilleurs quiproquo théâtral). Gorilla Girl aborde des questions très profondes comme la résilience face aux traumatises, le rôle des forces de l’ordre et l’intégrité, le tout dans un style enjoué et décoiffant. L’autrice déploie une écriture punk bien frappée qui entremêle paroles de chansons revisitées des Juicy Pussy pour faire la chronique d’une génération en colère mais tellement optimiste ! La qualité de l’écriture est au rendez-vous et les 370 pages du roman se lisent en un souffle. Anne Schmauch utilise un phrasé très parlé, brut, sauvage, qui correspond à la pugnacité de son héroïne qui ne veut faire aucune concession dans sa vie.

Leone est une héroïne féminine et combative qui m’a réellement embarquée dans ses combats et ses mésaventures amoureuses. Elle frappe (souvent) et fonce tête baissée dans le danger pour protéger ceux qu’elle aime ou pour se battre contre l’injustice. Tous les personnages secondaires sont atypiques. Les amis de Leone sont très attachants et les rencontres qu’elle va faire au fil du roman nous montrent des personnages sans demi-mesure. Elle va notamment se retrouver à vivre dans un squat d’intellectuels avec des grenouilles qui produisent du LSD ! Vous l’aurez compris, c’est un titre original où les marginaux font ce qu’ils peuvent pour survivre, nécessité faisant foi.

Bob tague des morses dans tout Paris

Après l’excellent La sauvageonne, Anne Schmauch continue de nous proposer des portraits de filles badass, pleines de rêves et de convictions. Léone nous est tout de suite attachante, notamment grâce à cette scène d’exposition hilarante dont parle Lisette qui donne le ton du roman. Drôle, punchy (dans tous les sens du terme), engagé, percutant, vivace, Gorilla Girl c’est tout ça à la fois tout en étant une véritable comédie romantique qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Parce que oui, Bob a adoré cette histoire d’amour qui démarre par une bonne beigne et semble compromise avant même d’avoir commencée. Mais le talent d’Anne Schmauch, c’est de nous embarquer dans une histoire complètement dingue et survoltée, sans aucun temps mort, qui écorche un peu tout le monde au passage, mais sans jamais être complètement sombre. Pourtant, vu les sujets cités par Lisette, il y avait de quoi ! Une intrigue parfaitement maîtrisée, une galerie de personnages exceptionnels, une écriture vive, Gorilla Girl c’est cette excitation qui te prend quand le concert est sur le point de commencer, le crépitement que tu sens dans tes veines avant un moment exceptionnel. Bref, c’est une bonne droite qui te fait voir les étoiles.

Gorilla Girl, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782377314690 – 16€
à partir de 13 ans