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La vie invisible d’Addie Larue – V. E. Schwab

Née en France à la fin du XVIIe siècle, Adeline Larue doit épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle sait qu’elle ne connaîtra aucune liberté. Juste un lit conjugal, puis un lit de mort, peut-être un lit de bébé entre les deux. Tétanisée à l’idée de mourir sans avoir vécue, elle prie les anciens dieux, une énième fois pour la sauver et lui permettre d’être libre. Sauf qu’elle n’a pas suivie le conseil de son amie qu’il l’avait averti : il ne faut jamais prier les dieux à la nuit tombée ! Le jour de son mariage, Adeline va formuler le voeu d’obtenir davantage de temps et de liberté en scellant un pacte. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, de garder sa jeunesse, personne ne pourra plus jamais se souvenir d’elle. La voilà condamnée à traverser les âges, comme un fantôme.

Be careful what you wish for disent les anglais, que l’on pourrait traduire par Méfiez-vous de vos rêves, ils pourraient se réaliser ! Bien mal en a pris à Adeline qui se retrouve certes libre mais oubliée de tous ! Dès que son interlocuteur disparaît de sa vue, il l’oublie, elle ne peut ni écrire, ni raconter son histoire – de toute façon qui la croirait ? Cette malédiction lui interdit d’avoir un travail ou même un lieu à elle. Malgré cela, Addie va survivre, traverser les siècles, l’Histoire, aller de rencontres en rencontres, toujours éphémères à travers le monde entier. Jusqu’au jour où, après trois cents ans de vie sur Terre, un libraire de New-York va lui dire cinq mots qui vont faire basculer sa vie : Je me souviens de toi.

La vie invisible d’Addie Larue est un roman captivant, extraordinaire qui se dévore ! L’autrice, des séries à succès Cassidy Blake et Shades of Magic, nous offre un roman plus personnel et touchant. Véritable tour de force narratif, les chapitres oscillent entre le passé d’Addie et sa vie à New-York. Même si certains rebondissement se devinent facilement, il y a de très beaux retournements…notamment la fin, que j’ai trouvé digne du talent de l’autrice.

Addie est un personnage féminin fort et fascinant qui va au fil des années créer une relation avec le démon, ce dernier étant fasciné par sa proie. Suivre cette relation en pointillé est un pur plaisir. Le ténébreux est un personnage dangereusement irrésistible qui ne désire qu’une chose : qu’Addie capitule et lui donne son âme, fatiguée de cette longue vie solitaire. Tous les personnages, même très secondaires, laissent une empreinte sur l’héroïne mais aussi sur nous. L’objet livre rend justice au texte, puisque la couverture représentant Addie est recouverte d’une jaquette en calque la laissant apparaître en transparence. Une très belle mise en abime de la fatalité d’Addie à disparaître…

Au-delà de la référence au pacte faustien, ce roman nous partage une très beau récit sur la mémoire, la transmission et la création. Est-ce que notre vie a de la valeur si nous ne laissons pas de trace sur Terre ? Est-ce que l’Art n’est pas la trace ultime de l’immortalité ?

La vie invisible d’Addie Larue,V.E. Schwab(Lumen)
disponible le 3 juin 2021
9782371023048 – 17€
à partir de 16 ans
Son
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L’Infinuit, t.1 – Ross MacKenzie

Dans le Royaume d’Argent, les Sorciers sont détestés et traqués par Mme Hester, grande mage du pays. Pour les vaincre définitivement, elle a besoin du Dernier Sort qui lui permettra de contrôler l’Infinuit, une malédiction terrible capable de mettre fin à la vie entière. Mais ce sort est introuvable et l’impatience de Mme Hester grandit, quitte à mettre en péril tout le royaume… Dans la capitale, Larabelle, orpheline et glaneuse dans les égouts, pourrait bien se retrouver au cœur de cette guerre entre les Sorciers et Mme Hester…

Dans ce premier tome d’une nouvelle trilogie de fantasy sombre et passionnante, découvrez : une jeune orpheline débrouillarde et attachante au destin inattendu ; un djinn terrifiant ; une grande mage avide de pouvoir ; un petit glaneur plein de ressources et de bonté ; un jeune Mage Blanc privé de son âme et prisonnier d’une servitude qui se met à rêver de liberté ; et une Infinuit prête à prendre possession du monde entier si personne ne l’affronte… Et tout cela sans compter des alliés qui se révèleront ennemis ou inversement, des innocents contraints de rejoindre les rangs de la nuit et un combat pour l’égalité et l’acceptation de tous.

Si l’on retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy classique, Ross MacKenzie nous propose ici une histoire bien plus sombre qu’habituellement pour le public visé. La violence du monde où vivent les personnages ne nous est pas épargnée, depuis les conditions de vie déplorables d’orphelins qui doivent survivre en glanant des objets perdus dans les égouts ou celle des Mages Blancs assujettis à la terrible Mme Hester à ce qui attend la population entière quand l’Infinuit est libérée de son sommeil millénaire. La magie du Royaume d’Argent, avec son petit côté steampunk où les sorts sont dans des fioles chargées dans le barillet d’une baguette-pistolet, peut être aussi magnifique qu’effrayante. Ainsi les personnages en seront-ils d’autant plus intéressants et profonds qu’ils seront soumis à des choix moraux tout au long de leur périple.

Ce premier tome de l’histoire de Larabelle est en tous cas un vrai page-turner, l’aventure et le danger nous attendant à toutes les pages et, chose assez rare, il peut se suffire à lui-même puisque l’intrigue principale trouve une conclusion tout à fait satisfaisante. Ou presque… Une série prometteuse, notre curiosité pour ce qui attend notre héroïne est piquée !

L’Infinuit, t.1, Ross MacKenzie, traduit par Marie Leymarie (Auzou)
disponible depuis le 21 janvier 2021
9782733885932 – 14,95€
à partir de 11 ans
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Les âmes croisées – Pierre Bottero

Nawel vit dans le royaume des douze cités. Elle est une riche héritière issue de la caste des Perles, noble et dominante. Dans cette société inégalitaire, comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va devoir décider de la caste correspondant à ses aspirations profondes et ce choix déterminera la fonction qu’elle occupera jusqu’à la fin de ses jours. Pourtant quelques jours avant cette cérémonie, elle va provoquer une tragédie… Est-elle un monstre ? Jusqu’où la société la forge-t-elle ? Nawel va se rendre compte que toute sa vie est planifiée et va s’interroger sur la voie qu’elle doit suivre…

Dès le début du livre, le tempérament suffisant de Nawel est très antipathique. Elle a un caractère strict, prétentieux et froid. Tellement assurée de sa posture de Perle que lorsqu’une Cendre, une moins que rien dans cette société, la bouscule, Nawel demande à ce qu’elle soit fouettée, ce qui provoquera sa mort… Suite à cet accident, Nawel va découvrir la vérité sur le fonctionnement de sa famille, ce que sont capables de faire ses proches et à quel point elle a été manipulée, comme ses amis, pour choisir sa caste. Son statut de puissante Perle va être mis à l’épreuve… puisque Nawel va décider d’aller à l’encontre de son choix initial et familial et va demander d’intégrer une caste très particulière…celle des Armures.

Outre le monde incroyable dans lequel l’auteur nous plonge – dont je parlerai d’ici quelques lignes – le plus intéressant à mes yeux dans ce roman est l’évolution du personnage de Nawel, très complexe. En même temps qu’elle se découvre elle-même, en cherchant le sens qu’elle veut donner à sa vie, son caractère change. Et la magie opère, on se prend d’amitié pour elle, on s’attache. Ces deux amis Philla et Ergaïl sont des personnages très secondaires à mes yeux qui ne sont présents que pour mettre en avant les réflexions profondes de Nawel sur le destin et la responsabilité, l’ambition et la sincérité.

Mais attention, ne croyez pas qu’il s’agit d’un livre avec beaucoup d’introspection. Les batailles, les retournements, les dangers se glissent dans les chapitres très courts qui rythment le roman. (Vous savez le genre de chapitre où on se dit « plus qu’un »… et on termine le livre finalement). L’univers est très riche et original avec son système de société, ses peuples et son bestiaire. L’auteur nous offre un univers foisonnant, que l’on prend plaisir à parcourir. Cette construction du monde fantastique est remarquable, comme on peut s’y attendre quand on connaît les merveilleuses séries de l’auteur. Note pour les fans : ce livre est également lié aux autres trilogies notamment à L’Autre. Malheureusement, beaucoup de questions restent en suspension dans cette aventure, puisqu’il s’agit d’un premier tome d’une trilogie qui ne sera jamais finie puisque Pierre Bottero est décédé avant.

Les âmes croisées, dont on ne découvrira le sens du titre que tardivement dans le roman, a été réédité cette année par les éditions Rageot en version poche afin de permettre à un jeune lectorat de le redécouvrir. C’est un réel plaisir de retrouver la plume très poétique de Pierre Bottero, qui est aussi acérée et tranchante quand il le faut : « Vivre, c’est se mettre en danger, réalisa-t-elle de la même façon qu’apprendre à marcher, c’est d’abord accepter l’idée de tomber. » La qualité du papier et la magnifique couverture, réalisée par Noëmie Chevalier, est à la hauteur de cette quête, pleine de rebondissements et de la plume de son auteur, immortelle.

Les âmes croisées, Pierre Bottero (Rageot)
disponible depuis le 10 février 2021
9782700274295 – 8,20€
à partir de 12 ans
Son
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La ville sans vent – Éléonore Devillepoix

A Hyperborée, Lastyanax vient de terminer sa formation de mage. S’il a des ambitions, il ne s’attendait pas à devenir Ministre du Nivellement à 19 ans seulement, suite à la mort mystérieuse de son mentor… Alors qu’il prend ses fonctions, son chemin croise celui d’Arka, une gamine débarquée de loin qui a tendance à provoquer des situations malencontreuses dans sa recherche d’un père qu’elle n’a jamais connu. Tous deux vont devoir apprendre à s’apprivoiser pour déjouer les nombreux complots qui menacent la ville.

Car à Hyperborée, cité construite sur plusieurs niveaux et protégée d’un dôme magique – d’où son surnom de « ville sans vent » – la politique est un art qui se joue habilement et sournoisement. Si l’essentiel de l’action se déroule dans la ville, il est également question des autres cités de ce monde aux inspirations diverses, entre mythologie grecque et fantasy médiévale. Et Hyperborée est d’ailleurs un personnage clé, tout autant que Lastyanax ou Arka. Sa construction complexe et étonnante, basée bien évidemment sur ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, en fait le terrain de jeu parfait pour des intrigues tantôt mystérieuses et retorses, tantôt drôles et improbables. C’est d’ailleurs toute la force de ce premier roman d’Eléonore Devillepoix de proposer un roman de fantasy qui mêle habilement une intrigue politique passionnante à des personnages et des situations bourrés d’humour. Certains éléments m’ont d’ailleurs fait penser au fameux Disque-Monde de Terry Pratchett (les mages, même s’ils sont tout de même moins bras-cassés, les tortues qui ont un usage pas si éloigné de la Grande A’Tuin…). Bref, un univers riche, que l’on découvre au fur et à mesure des conflits qui se jouent, ou du passé d’Arka qui se révèle, et qui sera sans aucun doute exploré dans le deuxième tome de ce diptyque.

Mais le cœur de ce roman, ce sont aussi ses personnages. La ville, bien sûr, mais également Lastyanax et Arka. Si l’on ne se passionne pas tout de suite pour le mage, plutôt antipathique au début, on soutient tout de suite la quête d’Arka, son caractère aventureux et déterminé, son passé tout en mystères. La relation entre les deux va se mettre en place avec méfiance mais promet un très chouette développement qui change des codes du genre. Les dialogues sont savoureux, à l’image de ce duo que tout semble opposer. Comme dans toute bonne fantasy, nos héros ne sont pas seuls et un grand nombre de personnages gravitent autour d’eux. Si certains sont un peu trop en retrait (coup de cœur pour Pyrrha qu’on aimerait bien découvrir plus), d’autres apparaissent volontairement très peu de fois pour des ressorts comiques plutôt bien vus ! Mais tous apportent une densité à l’univers et à l’attachement que l’on porte à nos deux héros.

Bref, le plaisir de lecture est clairement là, on est dans une fantasy de qualité, un univers, des personnages et une intrigue qui nous embarquent dès les premières pages. Et que dire de cette magnifique couverture toute en dorures ! J’ai en tous cas bien hâte de découvrir la suite et fin de cette histoire captivante !

La ville sans vent, Éléonore Devillepoix (Hachette)
disponible depuis le 3 juin 2020
9782017108443 – 18€
à partir de 13 ans
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La fille qui pouvait voler – Victoria Forester

Les McNimbus sont une famille très traditionnelle. Betty est une fervente croyante qui pense que si les choses arrivent c’est de la faute à la Providence et son mari Joe est un mari discret, qui s’occupe beaucoup de la ferme dans laquelle ils vivent. Toutes les années pour ce couple se ressemblent jusqu’à l’arrivée très tardive d’un bébé : Piper. Elle arrive après 25 années de mariage. Imaginez ! Avec une arrivée aussi inattendue, comment cet enfant pourrait-elle être autrement que bizarre ?
Dès son berceau, Piper flotte dans les airs… et en grandissant (malgré les prières enfiévrées de sa mère pour que sa fille soit normale) va développer son don jusqu’à voler littéralement dans le ciel. Terrifiés de voir la nouvelle de cette anomalie se répandre, les parents essayent de dissimuler ses talents aux yeux du monde… sauf que ce pouvoir ne passe pas inaperçu. Du jour au lendemain, Piper qui n’a jamais été à l’école, n’a jamais eu d’amis, va se retrouver dans une école top secrète réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun. Malheureusement l’école ne sera pas de tout repos pour Piper qui va devoir gagner sa place !

Piper est une héroïne terriblement attachante. Lumineuse, curieuse, naïve elle n’est pas sans rappeler l’héroïne Pollyanna de Eleanor H. Porter, un modèle d’optimisme. Les jeunes lecteurs prendront beaucoup de plaisir à découvrir l’école à travers son regard naïf, ses observations, son envie irrésistible de se lier d’amitié. Nous sommes très loin d’Harry Potter ou d’X-men ici. Les personnages secondaires, à savoir les élèves sont originaux, nous avons par exemple Conrad, un génie qui terrorise les plus jeunes, Bella Bonheur (la préférée de Lisette) qui a un don avec les couleurs, des jumeaux qui peuvent contrôler la météo ou encore Violette qui peut rapetisser à volonté.

L’intrigue est assez évidente mais comprend des trouvailles très originales. Je trouve cependant que parfois le rythme pourrait être plus effréné encore, il y a des longueurs au début notamment. L’autrice a eu le volonté première d’écrire cette histoire sous forme de scénario pour le grand écran et ensuite l’a adapté en roman (les petits incohérences de rythmes viennent peut-être de là). Même si ce roman se présente comme une saga (avec une suite donc?), je trouve que ce premier tome ne nous laisse pas sur notre faim et se suffit à lui-même. Un chouette roman pour les enfants qui parfois rêvent d’aller toucher les nuages !

La fille qui pouvait voler, Victoria Forester (Lumen)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782371022683 – 16€
à partir de 10 ans
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Bordeterre – Julia Thévenot

Prenez place à bord du livre à destination de Bordeterre. Ce voyage de 536 pages vous amènera dans des contrées inconnues, où nul auteur n’avait jamais mis les pieds avant Julia Thévenot. Pour ce voyage vous serez accompagnée d’Inès, 12 ans et de son frère autiste Tristan, 16 ans. Attachez bien vos ceintures car nous allons passer dans des zones de turbulences littéraires (et ça fait des guili-guili joyeux dans le ventre).

Bordeterre. Ville perchée comme une plante sauvage sur une faille entre deux plans de réalité. Inès et Tristan tombent (littéralement) dans ce monde parallèle alors qu’ils promenaient leur chien. A peine arrivés nos deux héros se retrouvent poursuivis par un monstre à trois yeux, qui veut leur suçoter la tête…(Cliffhanger)

La terre vous soutienne, le bord vous retienne.

Rapidement, on apprendra qu’il existe trois plans, trois mondes : celui de Tristan et Inès (notre monde à nous), Bordeterre et le plan zéro où vivent des esprits. Dans ce plan zéro, qui se trouve être un lac très profond, on trouve des pierres très précieuses qui régissent la ville de Bordeterre. Mais ce n’est pas tout, les nouveaux arrivants (nos deux héros donc) deviennent transparents et leurs souvenirs de l’ancien monde s’effacent doucement grâce à un élixir goût grenadine. Il très difficile de résumer l’histoire tant j’ai envie de passer des heures à vous décourir l’univers dense et captivant. J’aimerais vous mettre le livre entre les mains et vous dire simplement : lisez-le ! Mais où est le côté fantasy vous demandez-vous d’un air curieux ? Dans le plan zéro ? Oui mais il y a beaucoup mieux : la magie est dans la musique ! La magie ici se chante (et en français s’il vous plaît !). Elle est cependant réglementée et ne peut pas être utilisée comme bon nous semble. Imaginez une monde où pour ouvrir une porte vous devez chantez Au clair de la lune. La magie est partout dans ce roman même dans les titres des chapitres. Et surtout elle est dans l’écriture de l’autrice.

Lisette n’a pas envie de vous dévoiler trop l’histoire car la richesse de ce livre vient de l’imbrication des récits, du plaisir de découvrir cette terre d’injustice. Mais il faut souligner la profondeur des personnages secondaires, les amours tordues et la rébellion qui gronde, monte crescendo. C’est un texte mené d’une main de maître(sse) par sa cheffe d’orchestre Julia Thévenot. (Coup de coeur intersidéral pour un dandy, amoureux de la poésie, coincé dans son château).

Ce premier roman est d’une très grande qualité, le style virevolte, chante, s’amuse à être littéraire pour le plaisir des mots. C’est un vrai roman fantasy jeunesse et j’insiste là-dessus ! C’est la jeunesse au grand coeur qui se révolte et aime.

Julia Thévenot entre avec fracas dans le paysage littéraire jeunesse et pour un premier roman, on ne peut qu’être époustouflé de sa qualité ! Et parce que Lisette avait très envie de pousser la chansonnette avec Julia, elle l’a questionnée sur ses goûts musicaux dont vous trouverez l’interview ici.

Bordeterre, Julia Thévenot (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 mars 2020
9782377312252 – 18€
à partir de 14 ans
Son
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Les chroniques de Prydain, t.1 et 2 – Lloyd Alexander

Pour ceux qui ont grandi avec Le Seigneur des Anneaux ou Les chroniques de Narnia, vous avez sans doute manqué, vous aussi, de cet autre grand classique de la fantasy des années 1960, qui n’avait encore jamais été traduit dans son intégralité en France. Eh oui ! Si Les Chroniques de Prydain et son auteur Lloyd Alexander sont souvent cités comme une inspiration chez de nombreux auteurs anglo-saxons, nous ne pouvions jusqu’alors que hocher la tête en faisant « ah ouais, je vois… ». Mais aujourd’hui, réjouissez-vous ! Les éditions Anne Carrière se sont lancées dans la publication intégrale de la série : le premier tome est sorti en janvier et le cinquième paraîtra en octobre. On vous parle aujourd’hui des deux premiers…

Taram est un apprenti porcher qui ne rêve que d’aventures et de batailles héroïques. Mais son quotidien est loin d’y ressembler et sa tâche principale est de s’occuper d’Hen Wren, une truie prophétesse. Le jour où celle-ci s’échappe de son enclos, Taram est bien obligé de la poursuivre mais, bien vite, l’animal est introuvable. Taram est loin de se douter que cette quête n’est que le début d’une aventure qui va le mener à affronter le terrible Roi Cornu, le seigneur de guerre du maléfique Arawn qui rêve de régner sur tout le royaume de Prydain…

Si le nom de Taram vous dit quelque chose, c’est normal ! Son histoire (ou une partie) a en effet été adaptée par les studios Walt Disney dans les années 1980 avec Taram et le chaudron magique. Dans le roman, en tous cas, ce qui semble démarrer comme une quête annexe dans un jeu vidéo est surtout le moyen de nous présenter Taram, un jeune héros un peu antipathique, mécontent de sa situation et qui va devoir faire preuve de qualités qu’il ne possède pas comme il le croit. Sa rencontre avec le prince Gwydion, grand héros de guerre, va déjà lui remettre les idées en place et, bientôt, ce sont tous les autres compagnons de voyage qui vont lui permettre de trouver sa place, de se rendre compte de ses vraies forces et qualités. Ainsi allons-nous faire la connaissance de Gurgi, drôle de créature menée par son estomac vorace ; Eilonwy, jeune princesse un peu sorcière qui ne s’en laisse pas conter ; Fflewddur, ancien roi devenu barde errant ; et Doli, un nain bourru qui s’évertue à devenir invisible. Une équipée pas franchement héroïque mais qui insuffle la dose d’humour, de courage et de ruse qui leur permettront à tous de mener une aventure digne des meilleures chansons épiques !

Si l’on retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy aux inspirations de mythologie galloise, avec tous ses lieux attendus, les deux premiers tomes des Chroniques de Prydain sont tout de même particulièrement étonnants : le personnage d’Eilonwy est tout à fait intéressant par son côté féministe ; si Taram et ses compagnons vivent nombre d’aventures par tome, ils ne sont pourtant jamais au cœur de batailles grandioses ou bien d’événements importants qui leur sont relatés ensuite (ou en prise directe avec le grand méchant qui n’est pour le moment qu’un nom lointain) ; et ce sont surtout les apprentissages de Taram qui comptent plus que les victoires sur un ennemi. Le deuxième tome est particulièrement rude pour le caractère de l’apprenti porcher, qui va devoir apprendre à prendre sur lui pour se montrer plus honorable que d’autres, et ainsi apprendre à grandir et devenir meilleur, avec l’aide de ses amis.

Si chaque tome propose une aventure qui débute et se termine, il est vraiment passionnant de suivre l’évolution de Taram et de ses compagnons de route à travers leurs tentatives de mettre des bâtons dans les roues du terrible Arawn, tout en revenant à chaque fois à leur point de départ, la ferme de Caer Dallben où chacun retrouve ses occupations. Mais l’aventure n’est jamais bien loin du bout du chemin… Bref, on ne peut que vous recommander cette série intelligente, drôle, un peu effrayante et surtout captivante !

Les chroniques de Prydain, Lloyd Alexander, traduit par Marie de Prémonville (Anne Carrière)
1. Le livre des trois
disponible depuis le 17 janvier 2020
9782843379772 – 15€
2. Le chaudron noir
disponible depuis le 21 février 2020
9782843379789 – 15€
à partir de 10 ans
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Wicca : le manoir des Sorcelage – Marie Alhinho

Lisette a une confession à faire, elle adore l’univers de la sorcellerie, tout ce mouvement femme sorcière, femme sœur-cière qui s’émancipe…fait chaud à son petit cœur de bébé loutre.

Wicca nous présente la famille Sorcelage, une famille de sorciers très attachante, composée notamment d’Octobre et Avril, frère et soeur. Octobre est un hypersensible qui ressent les émotions et peut les influencer et Avril peut créer des tremblements de terre à chaque colère. Un jour, le cercle de pierres qui protégeait la région se brise, mettant tout le monde en danger… Ils vont devoir compter sur leur meilleure amie humaine Nour et un feu follet craquant pour empêcher des forces maléfiques de resurgir.

Dans ce manoir, pas de chat noir, ni balai, ni potion magique à base d’oeil de lézards. La magie utilisée par les Sorcelage – comme l’indique le titre – est une ancienne magie païenne : la Wicca (Ce mouvement religieux existe bel et bien et prône un culte à la nature, une belle découverte pour Lisette qui pense se reconvertir). On retrouvera, par exemple, dans le livre un petit précis à l’usage des wiccans indiquant qu’il faut «  S’aimer soi-même (même si c’est dur le matin) », un rituel de protection, qui viennent renforcer cette ambiance enchanteresse et rendent un aspect véridique à l’histoire.

Histoire qui m’a tenu en haleine, le rythme est bien dosé ! La plume de l’autrice mêle émotions et actions. Tous les personnages sont très attachants : Avril, la colérique douteuse, le sensible garçon Octobre (qui a les cheveux longs sur la couverture, pour vous ça ne veut pas dire grand chose mais pour moi ça veut dire beaucoup !), le feu follet hilarant qui se rend compte qu’être humain c’est douloureux (car oui on peut avoir des crampes et des courbatures) ou encore le manoir au mauvais caractère. Avril et Octobre vont devoir dévoiler leurs pouvoirs à leur amie humaine Nour pour combattre un monstre terrible qui se nourrit des mauvaises pensées que ses victimes s’adressent face à leurs reflets. Un monstre qui parlera aux adolescents mais pas que.

C’est l’illustratrice Diglee qui est aux commandes des illustrations, résultat : Lisette a eu envie de se faire tatouer tous les dessins tellement ils sont beaux ! Heureusement elle n’a pas encore l’âge.

Sous ses airs d’histoire sympathique, ce roman d’aventures/fantasy distille, comme un filtre d’amour, des notions d’égalité, de féminisme et de confiance en soi. Il aborde des préoccupations autour de l’image de soi, du regard des autres, de ses propres insécurités. Le tout de manière très naturelle et bienveillante à la lumière de la magie Wicca.

Un rituel magique est en préparation pour demander à l’autrice d’écrire des nouvelles aventures !

Wicca : le manoir des Sorcelage, Marie Alhinho, illustré par Diglee (Poulpe Fictions)
disponible depuis le 3 octobre 2019
9782377420872 – 12,95€
à partir de 9 ans
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Magic Charly, t.1 : L’apprenti – Audrey Alwett

Qui n’a pas envie en hiver de se faufiler sous une couette avec un thé et un bon livre, me jette la première citrouille ! Si vous cherchez un livre ensorcelant qui vous embarque dans des contrées magiques, Lisette vous conseille de vous ruer sur ce roman français d’Audrey Alwett – le premier tome d’une trilogie.

Charly, notre jeune héros de 14 ans, n’a rien de « magic », il vit avec sa mère et un chat snob. Il 
a une vie tranquille, jusqu’au jour où sa grand-mère, qui avait disparu voilà 5 ans, refasse apparition, mais celle-ci est devenue amnésique. Charly va découvrir que sa mamie fait en réalité partie d’une confrérie de magiciens et qu’on lui a volé ses souvenirs (par un personnage qui n’est pas sans RAPPELER LA MORT DE TERRY PRATCHETT). S’il souhaite l’aider, il va devoir faire une formation express de magicier (oui oui vous avez bien lu) et déjouer un terrible complot.


C’est un plaisir que de plonger dans ce monde magique qui regorge de codes, de nouvelles inventions gourmandes et farfelues. Vous découvrirez par exemple une théière perpétuelle qui fait un thé différent à chaque tasse qu’elle sélectionne en fonction de votre humeur ; des librairies qui marchent ; des moyens de locomotions qui poussent dans le jardin… et d’autres délicieuses inventions que je vous laisserai découvrir. Mais l’autrice dénonce aussi un monde où la magie est rare et donc commercialisée ; où le pouvoir est concentré dans des institutions douteuses…

Charly est un héros très attachant, il est accompagné de deux personnages féminins Sapotille, apprentie magicier comme lui et June, sa meilleure amie sans pouvoir. Ces deux héroïnes (Sapotille est ma préférée, June râle trop) vont aider Charly à gérer de nombreux rebondissements : des balais volants (qui se transforment en buissons), des tartes-chercheuses (qui s’écrasent sur les figures de leurs victimes) ou encore un dragon (pétrifié). Cependant, je me méfie de June qui, sous son air rebelle, pourrait jouer des mauvais tours ; nous verrons si ma suspicion est justifiée dans les prochains tomes.

Attention! La lecture de ce livre pourrait vous donnez envie d’adopter une serpillière magique au doux nom de Pépouze, Lisette est entrain de négocier avec Bob pour l’ajouter à leur ménagerie magique ★.

Magic Charly, t.1 L’apprenti, Audrey Alwett (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2019
9782075121453 – 16,50 €
à partir de 12 ans
Son
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Magies des mots et de l’esprit

Le temps est à la fantasy avec nos deux romans du jour. Vous y découvrirez de fascinants mondes où la magie est reine et où les aventures sont aussi nombreuses que terrifiantes pour nos deux héroïnes. Êtes-vous prêts pour un petit pas de côté avec la réalité ?

La fille sans nom

Un soir, Camille décide de quitter sa maison et ses parents qui se montrent incapables de l’écouter. Arrivée près du fleuve, elle découvre une annonce devant une péniche, à laquelle elle décide de répondre, persuadée de commencer une nouvelle vie. Mais le propriétaire n’est autre qu’un mage qui emprisonne par magie la pauvre Camille, initiant le début d’une aventure qui va l’emmener à Ether, un monde jumeau de la Terre où la magie est présente.

★★★★☆

Maëlle Fierpied n’est pas une débutante dans le domaine de la fantasy et du fantastique et nous le prouve encore une fois dans cet excellent roman bourré d’aventures qui nous promet des créatures aussi fascinantes qu’attachantes (les dogrons en tête, savant mélange d’ogre et de dragon), de la magie runique et des puissants sorciers, des prisonnières et des voleurs, des grands méchants et des secrets à dévoiler. 500 pages d’une histoire extraordinaire de quête identitaire qui nous transporte dans un univers riche et complexe, où une jeune fille va se découvrir et grandir au contact d’une ribambelle de personnages particulièrement intéressants. Il ne vous aura pas échappé non plus cette couverture absolument superbe d’Antoine Doré qui donne un très bel écrin au roman de Maëlle Fierpied.

La fille sans nom, Maëlle Fierpied (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 6 mars 2019
9782211239929 – 19€
à partir de 13 ans

 

L’arrache-mots

Iliade a le don merveilleux de donner vie aux histoires qu’elle lit. Bibliothécaire, elle raconte des histoires aux enfants jusqu’au jour où une mystérieuse demande en mariage d’un héritier royal l’amène à Babel, la capitale du royaume d’Esmérie. En attendant de découvrir son futur et cachottier époux, elle devient conteuse de la Reine, où elle éblouit la cour de son talent. Mais bien vite, de nombreuses intrigues et complots la mettent au cœur de bien plus que ce qu’elle pensait…

★★★★☆

Que la première bibliothécaire qui ne rêverait pas d’avoir cet incroyable pouvoir me jette la première pierre ! Pétri de références littéraires (vous en avez déjà repéré rien que dans le résumé), le monde imaginé par Judith Bouilloc est une ode à la lecture et à la littérature. Si le monde d’Esmérie est complètement fictionnel, ses « classiques » de la littérature sont les mêmes que les nôtres (il ne nous manque qu’à savoir si ceux en littérature jeunesse le sont aussi) et sont une grande part de l’intrigue qui se joue dans cette histoire romantique et mystérieuse. Iliade est un personnage absolument charmant, entouré d’une famille aussi drôle qu’engagée, et utilisé par les puissants dans une intrigue qui la dépasse bien vite. Mais c’est une aussi l’héroïne d’une romance passionnante qui ravira les amateurs du genre… On regrettera la fin un chouïa rapide mais là encore, un univers riche et littéraire, qui nous offre une jolie histoire d’amour et de magie pour un très bon moment de lecture.

L’arrache-mots, Judith Bouilloc (Hachette)
disponible depuis le 29 mai 2019
9782016270080 – 15,90€
à partir de 13 ans