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Thomas – Martine Arpin et Claude K. Dubois

La maman de Thomas vient de mourir. Un trou a été creusé dans la terre pour elle. Un trou a aussi été creusé dans son coeur d’enfant. Un gros trou noir. Vide. Si sa maman avait été là, il lui aurait demandé comment remplir ce trou. Elle aurait su. Elle savait toujours. Mais elle n’est plus là. Comment réparer son coeur ?

Thomas va chercher à travers la ville, quelqu’un qui saurait réparer les coeurs brisés. Il va aller voir les commerçants dont sa maman lui parlait : la couturière aux doigts de fée, le médecin qui guérit tout… Comme un conte en randonnée, Thomas va d’adulte en adulte pour demander une solution, mais il n’existe pas de médicament pour le chagrin, ni de rapiéçage. La tristesse reste là, un vide, une absence qui l’entoure jusque dans les illustrations où la tristesse envahit le dessin. Thomas erre, il est seul dans cette ville inhabitée. Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Thomas raconte la tristesse qui nous entoure lorsque l’on perd un être cher. Une texte aussi délicat que les illustrations de Claude K.Dubois, dont on reconnaît immédiatement le crayonnée et ses teintes pastels beige, ocre, jaune.

A force de marcher dans la ville, Thomas va revenir chez lui, retrouver son père entouré de photos de sa maman. Et si la réponse pouvait venir de là ? Et si on pouvait remplir son coeur de souvenir ? Martine Arpin nous offre une douce fin avec un florilège de souvenirs poignants qui va apporter à Thomas de l’apaisement quand il comprendra que, pour remplir le trou qui s’est creusé dans son cœur, il peut y glisser « de petits morceaux de sa maman » , des souvenirs.

Un album émouvant, sensible pour aborder ce thème délicat et mettre des mots sur la mort et sur notre plus belle façon d’affronter la perte : la force des souvenirs. Un texte triste et beau, doux et fin, comme les illustrations. Thomas fait autant pleurer d’émotions que de beauté, il devient un de mes livres indispensables.

Thomas, Martine Arpin, illustré par Claude K.Dubois (Editions D’eux)
disponible depuis le 4 mars 2021
9782924645536 – 13,50€
à partir de 5 ans
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La vie invisible d’Addie Larue – V. E. Schwab

Née en France à la fin du XVIIe siècle, Adeline Larue doit épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle sait qu’elle ne connaîtra aucune liberté. Juste un lit conjugal, puis un lit de mort, peut-être un lit de bébé entre les deux. Tétanisée à l’idée de mourir sans avoir vécue, elle prie les anciens dieux, une énième fois pour la sauver et lui permettre d’être libre. Sauf qu’elle n’a pas suivie le conseil de son amie qu’il l’avait averti : il ne faut jamais prier les dieux à la nuit tombée ! Le jour de son mariage, Adeline va formuler le voeu d’obtenir davantage de temps et de liberté en scellant un pacte. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, de garder sa jeunesse, personne ne pourra plus jamais se souvenir d’elle. La voilà condamnée à traverser les âges, comme un fantôme.

Be careful what you wish for disent les anglais, que l’on pourrait traduire par Méfiez-vous de vos rêves, ils pourraient se réaliser ! Bien mal en a pris à Adeline qui se retrouve certes libre mais oubliée de tous ! Dès que son interlocuteur disparaît de sa vue, il l’oublie, elle ne peut ni écrire, ni raconter son histoire – de toute façon qui la croirait ? Cette malédiction lui interdit d’avoir un travail ou même un lieu à elle. Malgré cela, Addie va survivre, traverser les siècles, l’Histoire, aller de rencontres en rencontres, toujours éphémères à travers le monde entier. Jusqu’au jour où, après trois cents ans de vie sur Terre, un libraire de New-York va lui dire cinq mots qui vont faire basculer sa vie : Je me souviens de toi.

La vie invisible d’Addie Larue est un roman captivant, extraordinaire qui se dévore ! L’autrice, des séries à succès Cassidy Blake et Shades of Magic, nous offre un roman plus personnel et touchant. Véritable tour de force narratif, les chapitres oscillent entre le passé d’Addie et sa vie à New-York. Même si certains rebondissement se devinent facilement, il y a de très beaux retournements…notamment la fin, que j’ai trouvé digne du talent de l’autrice.

Addie est un personnage féminin fort et fascinant qui va au fil des années créer une relation avec le démon, ce dernier étant fasciné par sa proie. Suivre cette relation en pointillé est un pur plaisir. Le ténébreux est un personnage dangereusement irrésistible qui ne désire qu’une chose : qu’Addie capitule et lui donne son âme, fatiguée de cette longue vie solitaire. Tous les personnages, même très secondaires, laissent une empreinte sur l’héroïne mais aussi sur nous. L’objet livre rend justice au texte, puisque la couverture représentant Addie est recouverte d’une jaquette en calque la laissant apparaître en transparence. Une très belle mise en abime de la fatalité d’Addie à disparaître…

Au-delà de la référence au pacte faustien, ce roman nous partage une très beau récit sur la mémoire, la transmission et la création. Est-ce que notre vie a de la valeur si nous ne laissons pas de trace sur Terre ? Est-ce que l’Art n’est pas la trace ultime de l’immortalité ?

La vie invisible d’Addie Larue,V.E. Schwab(Lumen)
disponible le 3 juin 2021
9782371023048 – 17€
à partir de 16 ans
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Souvenirs de Marnie – Joan G. Robinson

Anna est envoyée par ses parents adoptifs dans un village côtier d’Angleterre chez un couple d’amis. Cette jeune orpheline renfermée, a toujours l’impression d’être en dehors du monde, différente et préférant rester seule à observer la nature, plutôt que de se lier d’amitié avec des enfants de son âge. En explorant les environs, elle découvre une vieille bâtisse au bord de l’eau, à la fenêtre, une jeune fille se fait brosser les cheveux. Rêve ? Réalité ? Anna va faire la rencontre de la mystérieuse Marnie et va nouer avec elle une étonnante amitié.

Souvenirs de Marnie  est un très beau texte qui nous fait naviguer sur la ligne du temps et de l’enfance avec une extrême douceur. Il nous rappelle le goût des jeux partagés, la magie de l’imagination mais aussi la solitude, les angoisses que l’on peut éprouver enfant. Anna va à travers son amitié avec Marnie s’épanouir et s’ouvrir au monde.

Joan G. Robinson offre un cadre et une histoire intemporelle qui touchera aussi bien les adolescents que les adultes. Les descriptions de ce village côtier nous permet de suivre Anna pas à pas à travers les dunes. Le texte nous dévoile les pensées intimes et parfois douloureuses d’Anna, qui a peur de l’abandon, du rejet et porte un masque « neutre » pour ne surtout pas être remarqué, ne pas faire de vague. Mais c’est près de la mer et de cette maison dans laquelle vit Marnie, qu’elle va plonger dans une quête identitaire et intime pour trouver sa place.

Anna tâtonna dans le noir jusqu’à trouver ses tennis – elles les aurait complètement oubliées sans ce rappel, preuve que la fille était réelle ! et rentra en courant au cottage, tout tremblante d’excitation. Elle s’était juré de ne pas chercher à connaître la famille quand elle s’installerait dans la Villa, et pourtant elle était si heureuse. On aurait pu croire qu’elle n’avait jamais rencontré quelqu’un de son âge auparavent. Cette fille-là était différente. Il y avait quelque chose de magique chez elle.

Ce classique britannique, paru en 1967, doit sa première traduction aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. L’éditeur y a apporté un soin tout particulier, la douceur et le grammage du papier crée une expérience qui vient accroître l’ambiance poétique du texte. Peut-être que vous connaissez du même nom le film d’animation du Studio Ghibli qui est une adaptation fidèle de ce roman jeunesse. Ce livre fait parti des 50 livres qu’il faut avoir lus selon Hayao Miyazaki, qu’attendez-vous donc ?

À mi-chemin entre le roman initiatique, poétique et à suspense, Anna va en quelques mois grandir et subtilement trouver des réponses sur son identité de manière fluide et tout à fait inattendue. Si on peut penser au début du roman qu’il s’agit d’une simple histoire d’amitié, le scénario se tisse de manière efficace et délicate, le roman va plus loin sur la quête identitaire, comme un puzzle, c’est un vrai travail d’orfèvre !

Souvenirs de Marnie, Joan G. Robinson, traduit par Patricia Barbe-Girault (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible depuis le 22 avril 2021
9782381960197 – 16,50€
à partir de 12 ans
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Les sortilèges de Zora, t.1 – Judith Peignen et Ariane Delrieu

Zora est furieuse, sa grand-mère Babouchka veut l’obliger à aller au collège, pour avoir une vie dans le monde des Nonsorciers (et avoir un VRAI métier). Mais Zora ne l’entend pas de cette oreille, du haut de ses 12 ans, elle est une sorcière et veut le rester ! Malheureusement pour elle, sa grand-mère utilise sa magie pour l’envoyer à l’école sans pouvoirs…

 

Premier tome d’un diptyque, Les sortilèges de Zora est très accrocheur ! Victimes de la chasse aux sorcières, celles-ci doivent se cacher, Zora a donc été envoyé chez sa grand-mère, loin de ses parents, par sécurité. Elle ne peut pas rentrer chez elle car la chasse bat encore son plein, ses parents organisent la résistance et doivent se battre. Ils n’ont qu’une envie pour leur fille : qu’elle devienne avocate, infirmière, qu’elle puisse avoir une vie normale. Zora ne veut qu’une chose : rester sorcière pour utiliser ses pouvoirs. Son arrivée au collège ne passera pas inaperçu, elle est très différente de ses camarades, elle ne connaît pas les conventions sociales, ne mange que des sucreries à la cantine, ne parle à personne. Loin des sortilèges et des potions, Zora découvre les moqueries de ses camarades, les élans amoureux et surtout une fille l’intrigue… elle la soupçonne d’être une sorcière. Amie ou Ennemie ?

Cette BD aborde avec délicatesse et humour les questions de la différence et de la transmission, le tout sur fond de bouleversements adolescents. Les pouvoirs de Zora sont jubilatoires et feront rêver plus d’un lecteur ! Les illustrations d’Ariane Delrieu nous dévoilent un univers riche, facétieux et coloré rendant les personnages particulièrement attachants. Dans les dernières pages, des extraits du grimoire de Zora sont dévoilés : comme un journal intime, la jeune sorcière y partage son matériel, un peu d’Histoire et des recettes. Apprentis sorciers, apprenties sorcières, cette histoire est pour vous ! Et si vous avez vous-mêmes des pouvoirs, n’hésitez pas à les utiliser pour que l’on découvre la suite très vite.🪄

Les sortilèges de Zora, t.1 – Une sorcière au collège, Judith Peignen et Ariane Delrieu (Vents d’Ouest)
disponible depuis le 5 mai 2021
9782749309385 – 11,50€
à partir de 10 ans
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L’année où je suis devenue ado – Nora Dåsnes

Emma est heureuse de rentrer en 5ème, cette année elle rêve de devenir stylée, construire une cabane avec ses deux meilleures amies Bao et Linnéa, aller à une pyjama-partie et tomber amoureuse ! Sauf que la rentrée ne se passe pas comme elle l’imaginait. Linnéa a changé, elle a un copain, ce qui est intolérable pour Bao qui veut continuer à construire des cabanes dans la forêt de l’école… Coincée entre les deux, Emma ne sait pas comment se positionner : comment on sait qu’on est une ado ? C’est quoi être mature ? Comment savoir si l’on est amoureuse ?

L’année où je suis devenue ado est une pure merveille ! L’histoire est pudique, authentique et vient explorer les bouleversements des premiers émois avec beaucoup de tact. Emma va tomber amoureuse de Mariam, une nouvelle élève, qui vient d’arriver dans sa classe, cet amour est amené d’une manière douce, naturelle et réservée, propre à cet âge sensible et n’est pas sujet à controverse. Ce livre traite surtout du passage délicat où nos jeux nous paraissent trop enfantins, où on se demande si la vie n’est pas partagée entre les filles qui se maquillent et les autres, celles qui sont en couple et les autres, les gamines et les ados… Emma va être tiraillée entre ses deux amies qui représentent cette transition si particulière de l’enfance à l’adolescence.

Il s’agit du premier livre de la graphiste norvégienne Nora Dåsnes qui explique qu’elle aurait aimé lire une telle histoire à 12 ans car elle considère qu’il est essentiel de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent. Pari réussi ! Les lectrices s’identifieront facilement à Emma, car elle est une narratrice attachante et pleine d’esprit. Cette autrice-illustratrice nous offre un objet livre magnifique, plus proche du roman graphique que de la bande dessinée, d’autant plus que le livre est le journal intime d’Emma. Nous y retrouvons des messages dessinées, des playlists musicales de son père (qui a très bon goût), des dessins en pleines pages, des bulles… Ces changements apportent un rythme rapide, qui ne donne qu’envie de découvrir la suite de l’histoire ! Et que dire des illustrations ? Elles sont sensibles, douces et nous montrent des moments de la vie quotidienne avec justesse, ni trop, ni pas assez.

Une BD coup de cœur qui raconte avec une extrême justesse les premiers émois amicaux et amoureux de cet âge charnière, entre l’enfance et l’adolescence. Je vous invite à découvrir cette bande dessinée qui est un véritable bonheur de lecture, à mettre entre toutes les mains !

L’année où je suis devenue ado, Nora Dåsnes (Casterman)
disponible le 5 mai 2021
9782203223615 – 15,95€
à partir de 10 ans
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Marie-Verte – Émilie Chazerand et Marion Arbona

Dans la famille Machin-Truc, tout le monde est blond comme des biscuits. Alors le jour où Marie-Verte est née, ses parents furent très surpris ! La petite fille avait la peau verte, et même verte-verte-verte, couleur pelouse anglaise. Désormais, dit le père, les photos de familles seront en noir et blanc. Rapidement cependant, Marie-Verte conquit le cœur de tout le monde, même à l’école, tellement elle est généreuse et originale. Mais elle se sent incomprise… est-ce qu’elle est la seule au monde à avoir cette couleur de peau ?

Cet album fantaisiste nous fait découvrir une petite fille indépendante et curieuse (qui aurait bien pu être copine avec l’héroïne Verte de Marie Desplechin dont elle partage une partie du prénom). Mais ici, point de magie ! Lorsque notre héroïne va découvrir l’existence d’une mystérieuse tribu à la peau verte comme la sienne, Les Tikunu, ni une ni deux, elle décide de partir seule dans la jungle profonde pour les rencontrer !

Émilie Chazerand (que l’on aime beaucoup beaucoup) qui nous offre un texte qui sent bon la liberté et la chlorophylle mais surtout qui joue sur les stéréotypes dans un univers complément décalé ! Une de mes pages préférées est notamment le voyage de Marie-Verte qui « traversa les airs pendant une journée entière, puis, une fois à terre, dut prendre un train, un taxi-bus, une pirogue trouée et un âne bâté (…) ». Le style de l’autrice est toujours désopilant et elle s’amuse à glisser parfois des références et des rimes improbables, par exemple Pierre-Mayeul avec épagneul. Les magnifiques illustrations de Marion Arbona nous transportent avec joie et bonne humeur dans les aventures de Marie-Verte, qui avec un nom pareil ne peut devenir qu’écolo ! Vous l’aurez compris un album qui ne se prend pas au sérieux mais qui parle de notre place dans le monde et de notre besoin de trouver sa propre tribu !

Marie-Verte, Émilie Chazerand, illustré par Marion Arbona (Sarbacane)
disponible depuis le 7 avril 2021
9782377316076 – 15,90€
à partir de 6 ans
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Lettre à toi qui m’aimes – Julia Thévenot

Après avoir écrit un premier roman Bordeterre qui n’est pas passé inaperçu… Julia Thévenot revient avec une comédie légère et toujours musicale.

Le groupe de musique Les Moonatics est à la recherche d’un guitariste – le précédent passait trop de temps à fumer. Arrive Yliès qui va rapidement être surnommé Roméo… tellement il se fond d’amour pour la chanteuse, Pénélope.
C’est flagrant. Indéniable. Tout le monde le voit qu’il l’aime d’un amour passionné… mais alors pourquoi Pénélope ne l’aime pas ? Pourquoi le laisse-t-elle s’approcher si elle ne veut pas de lui ?

Chère Julia,

Pour écrire cette chronique, j’ai eu envie de t’écrire une missive, loin de moi l’idée de reprendre la forme poétique moderne de ton roman, mais la lettre est un forme intime où les mots viennent aisément. Je viens de terminer ta comédie non sentimentale. Enfin, si, des sentiments il y en a, beaucoup en réalité, c’est une belle histoire d’amour non réciproque.

Ce roman a réussi la prouesse de me rappeler mes 17 ans. Qu’est-ce que l’on peut être cruelle – bête – humaine à cet âge-là ! Ton héroïne, Pénélope, dans sa non réciprocité m’a touchée, on voit si peu ce prisme de « celle qui n’aime pas », celle qui ne demande rien. Celle qui se retrouve avec un cœur lourd entre les bras, paquet trop encombrant dont on ne sait pas quoi faire. On aimerait mettre sur ce cœur un tampon « Retour à l’envoyeur » mais voilà, quand ce propriétaire est dans la sphère amicale, comment gérer cette tension dans un groupe ? On a peur de le poser de peur qu’il se brise. Et pourtant ta Pénélope aurait de quoi aimer ce bel Yliès (je reconnais bien là ton goût pour les prénoms littéraires) dont la répartie et les déclarations amoureuses vont faire succomber plus d’une lectrice. J’imagine les adolescentes jalouses de Pénélope : « mais pourquoi elle l’aime pas ? Il a l’air parfait ! »

Dans ce texte, tu rappelles quelque chose qui me paraît primordial : ce n’est parce que quelqu’un de bien nous aime qu’on doit l’aimer en retour. C’est un détail mais j’aurai aimé lire ce texte quand j’étais adolescente. De lire cette liberté sexuelle, cette amitié entre garçon et fille. Et j’espère un peu, je t’avoue que ce texte donnera envie à plein d’adolescentes de briser des cœurs.

J’ai hâte de te lire et de découvrir tes prochains textes, merci pour cette belle surprise littéraire.

Lisette

Lettre à toi qui m’aimes, Julia Thévenot (Sarbacane)
disponible à partir du 7 avril 2021
9782377315994 – 12,50€
à partir de 13 ans
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Dear Evan Hansen – collectif

Il y a bien une chose qui rassemble les êtres humains, c’est le désir de connexion, de sociabilité. Evan Hansen souffre d’anxiété sociale, il est transparent au lycée, il ne parle à personne à part à sa mère et son psy. Mais un jour tout change avec une lettre qui n’aurait jamais dû être lue, un mensonge qui n’aurait jamais dû être prononcé… Et soudain, il se retrouve au centre de l’attention. Pour la première fois, il se sent apprécié. Et si un mensonge vous permettait enfin d’exister ? Que feriez-vous ?

Sur les conseils de son psy, Evan s’écrit des lettres à lui-même. L’objectif ? Essayer de voir le beau dans la vie, évacuer son anxiété et mettre des mots sur son mal-être. Exercice très difficile pour Evan qui a toujours du mal à s’intégrer et passe son temps à s’excuser de tout, incapable même de se commander à manger car il ne veut pas parler aux livreurs. Un jour, une de ses lettres est dérobée par Connor, un camarade de classe qui est retrouvé mort quelques heures après : un suicide. Lorsque les parents de Connor vont trouver la lettre, ils pensent qu’Evan et Connor étaient amis. Evan, dans la confusion, ne nie pas et piégé par son mensonge, il provoque ainsi toute une suite de situations rocambolesques.

Après 13 reasons why dont on connait le succès, voici un texte très juste et très intéressant sur le suicide et notre besoin vital de trouver sa place. L’histoire est à la fois moderne, incroyablement touchante et drôle en même temps. Evan est un personnage exclu dont ce mensonge va lui apporter ce qu’il n’avait jamais eu auparavant : une vie sociale, des personnes qui font attention à lui. Notamment la famille du défunt Connor qui va devenir presque une seconde famille pour lui. Malgré les sujets difficiles du suicide et de l’exclusion, l’humour n’est jamais très loin. La maladresse d’Evan n’a pas de limite et les personnages qui l’entourent ne lui facilitent clairement pas la vie, notamment Jared, un garçon à la répartie cinglante, qui l’aidera à créer des preuves pour prouver son amitié avec Connor.

Ce roman, qui se lit d’un trait tant les scènes sont efficaces, plaira aux lecteurs adolescents tant les thématiques sont proches de leurs interrogations : l’amitié, la vie aux lycées, l’amour, la mort, les réseaux sociaux, la famille recomposée ou dysfonctionnelle. Ainsi, Evan n’a pas le monopole des mensonges. Au lycée, les étudiants font aussi preuve d’arrivisme et d’hypocrisie… Certaines vont vendre des objets commémoratifs, ouvrir des blogs à propos de Connor, qu’ils ne connaissaient point. Mais comme le dit notre héros, quand une personne meurt «  (…) une fois qu’elle est partie, on oublie ses mauvais côtés. On la pare de toutes ses qualités et on en conserve une version idéalisée. »

Peut-être le savez-vous ? Ce roman est tiré de la comédie musicale éponyme qui n’est pas très connue en France mais a un beau succès dans les pays anglophones. Dear Evan Hansen a remporté 6 Tony Awards dont celui de la meilleure comédie musicale. Juste pour le plaisir, je vous insère une chanson, surtout que les rumeurs courent qu’un film serait en préparation. Je pense que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce cher Evan Hansen.

Dear Evan Hansen, Val Emmich, Steven Levenson, Benj Pasek et Justin Paul (Bayard)
disponible depuis le 3 mars 2021
9782080233943 – 16,90 €
à partir de 14 ans
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Anne d’Avonlea – Lucy Maud Montgomery

Dans ce deuxième tome des aventures d’Anne, l’orpheline idéaliste aux cheveux roux vient d’avoir 16 ans. Institutrice, elle est pleine d’ambition et souhaite gagner le cœur de ses élèves avec sa naïveté touchante et son imagination – toujours aussi débordante. De plus, avec quelques amis, elle crée la Société d’amélioration du village d’Avonlea avec la volonté d’embellir les paysages mais cette nouvelle activité va la plonger dans toutes sortes de situations embarrassantes… Histoire d’épicer encore plus cette tranquille île, Marilla, sa mère adoptive, va accueillir des jumeaux à Green Gables.

Anne est née enfant de la lumière. Une fois qu’elle a croisé une vie en y glissant un sourire ou une parole comme un rayon de soleil, la personne voyait son existence, sur le moment en tout cas, comme belle, pleine d’espoir et d’estime. Cet extrait représente en tout point l’effet anneshirleysien de ce roman ! Anne est toujours une héroïne attachante et son adolescence est encore plus délicieuse que son enfance dont vous pourrez lire la chronique ici. Notamment car ses monologues poétiques sont moins nombreux et elle partage plus de réflexions sur l’éducation, l’amour, le monde des adultes, le pouvoir de l’imagination tout en vivant des péripéties incroyables. Elle a toujours le chic pour se mettre dans des situations rocambolesques avec beaucoup de recul sur ses propres défauts. Anne grandit avec beaucoup de nuances tout en restant une éternelle optimiste.

Quel plaisir de retrouver la nature d’Avonlea à travers les yeux de son héroïne et de découvrir les nouveaux habitants. De nombreux personnages vont faire leur apparition : M. Harrisson et son perroquet moqueur, les élèves d’Anne, dont le fascinant et imaginatif Paul et les jumeaux Dora et Davy, dont le garçon est un créateur de bêtise ambulant. Même si je fus surprise de cette nouvelle adoption de la part de Marilla et que j’avais peur de la redondance, je dois avouer que le personnage de Davy apporte son lot de farces et des dialogues enfantins malicieux. L’écriture de Lucy Maud Montgomery dépeint toujours les émotions avec pudeur et réalisme, les paysages avec fantaisie et les relations humaines avec humour et empathie.

L’éditeur Monsieur Toussaint Louverture a réussi à faire de ce second tome un objet livre encore plus beau que le précédent, avec cette couverture fabuleusement colorée – et j’ai pris encore plus de plaisir que le premier livre. Anne n’a pas fini de nous étonner. Certaines héroïnes sont faites pour les aventures, et c’est un don qu’Anne d’Avonlea possède !

Anne d’Avonlea, Lucy Maud Montgomery, traduit par Isabelle Gadoin (Monsieur Toussaint Louverture)
disponible depuis le 18 février 2021
9782381960135 – 16,50€
à partir de 12 ans
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Missouri 1627 – Jenni Hendriks et Ted Caplan

Veronica est l’élève parfaite : belle, brillante, très populaire, elle vient d’être admise dans une prestigieuse fac américaine. Une jeune fille bien sous tout rapport, qui n’a jamais créé de vagues ni de soucis à ses parents catholiques. Alors quand elle découvre qu’elle est enceinte, alors qu’ils avaient pris toutes leurs précautions avec son petit ami… son monde s’écroule. Raconter à sa famille qu’elle a eu des relations sexuelles n’est vraiment pas au programme, sinon ils l’obligeraient à se marier et à garder l’enfant. Elle doit donc avorter de manière discrète. Sauf que l’état le plus proche qui accepte qu’une mineure se fasse avorter, sans accord parental, est à 1627 km de chez elle. Ne pouvant s’y rendre seule, elle se tourne vers la seule personne au courant de sa situation (par malchance) son ancienne meilleure amie Bailey, devenue une punk à la réputation très sulfureuse et pas fréquentable. Les voilà en route pour un road trip qui s’annonce effréné !

Missouri 1627 est une comédie sur l’avortement très bien ficelée, complètement loufoque parfois, dont on parcourt les pages comme les deux héroïnes parcourent les kilomètres. Fluide, rapide, efficace. Les chapitres sont notamment nommés Kilomètre 0, Kilomètre 92, etc et s’enchaînent tels des épisodes de série (on pensera à Sex Education) avec un style très imagé et beaucoup de dialogues succulents. Ce n’est donc pas une surprise de découvrir que les auteurs sont scénaristes et que le livre a déjà été adapté : Unpregnant sorti en 2020.

Veronica et Bailey sont deux filles que tout opposent. Durant des années, Veronica n’a pas adressé la parole à Bailey, ne voulant pas abimer l’image de perfection qu’elle donne aux autres, en côtoyant quelqu’un qui se moque autant des conventions. Pourtant Bailey est là, tandis que Veronica est incapable de mettre dans la confidence ses « vraies » amies et leur fait croire qu’elle passe un week-end en amoureux avec Kévin, son petit ami parfait.

Ce road trip est chargé de remises en question, de disputes, de légèreté, de conversations autour de l’éducation et du jugement des autres. Quel est le prix pour la popularité de Veronica si elle doit faire cet avortement en cachette ? Mais l’aventure est aussi au rendez-vous avec des rencontres hasardeuses, des courses-poursuites, un lancé de furet, une visite dans un strip-club. Le voyage n’est pas de tout repos ! Pas le temps de se reposer, surtout que Bailey veut faire de ce week-end une aventure qui va marquer leur vie.

🏆 Mention spéciale pour le personnage de Kevin, pur exemple de masculinité toxique, petit ami collant, dangereux, détestable qui revient toujours tel un zombie dont l’on n’arrive pas à se débarrasser.

Missouri 1626, une comédie sur l’avortement ? Oui mais pas que ! Le fil rouge de ce roman reste la liberté d’être et d’aimer qui l’on souhaite sans avoir peur du jugement des autres et surtout de faire ce que l’on veut de son corps. Les auteurs, avec humour, arrivent à ne pas banaliser pour autant l’avortement et de faire de ce roman une très belle histoire d’amitié !

Missouri 1627, Jenni Hendriks et Ted Caplan, traduit par Sidonie Van den Dries (Bayard)
disponible depuis le 24 février 2021
9791036303685 – 15,90€
à partir de 14 ans