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Le cri du homard – Guillaume Nail

Aurore doit repasser son bac et travailler tout l’été à la charcuterie familiale de Montaubourg – un petit village perdu de Normandie. Mais les vacances vont prendre un tournant inattendu car Aurore et ses amies vont faire un pari : embrasser le bel inconnu qu’elles ont croisé lors d’une virée en voiture. Sauf que ce charismatique garçon est Archambault, il travaille à la conserverie de la ville ennemie, entreprise tenue par la sœur du père d’Aurore avec qui il a coupé les ponts. Pari pimenté donc ! Sauf qu’Aurore va réussir à se faire embaucher en douce, sans le dire à son père. Elle va participer avec Archambault au lancement d’un important projet d’agrandissement de l’usine : un élevage expansif de homards. Certes, ce projet s’annonce créateur d’emplois mais il va également noyer le littoral sous le béton. Prise entre son ambition, ses sentiments pour Archie et ses amies, Aurore va pourtant choisir son camp, celui du changement. Mais le doute s’immisce, le progrès est-il forcément à ce prix ?

Le cri du homard est l’un des premiers titres de la nouvelle collection #onestprêt qui souhaite aborder la question de l’urgence climatique à travers des récits inspirants, en collaboration avec le mouvement On est prêt. Celui-ci, lancé en 2018, rassemble des experts, des artistes, des créateurs web pour sensibiliser et mobiliser le large public sur des questions de société et d’environnement.

Avant d’être un texte qui souhaite éveiller à la sensibilité écologique, Guillaume Nail nous offre une histoire. Lors de notre lecture, nous sommes embarqués avec l’héroïne dans sa relation amoureuse avec Archie, sa rébellion contre sa famille et son ambition pour une autre vie possible. Aurore est une adolescente qui dès le départ déteste son village paumé et n’a qu’une crainte : ne pas réussir à s’échapper de cette vie. Son travail dans la conserverie est pour elle un premier acte vers un changement de vie !

A travers son style direct, franc, l’auteur réussi à parler aux adolescents. Il injecte à merveille à Aurore (et à ses amis) un côté rebelle et ambitieux et en même temps une conscience sensible. L’entourage de notre héroïne vient la bousculer, plus d’une fois, et on sent une dualité profonde chez Aurore. Certes, elle travaille dans une ville ennemie et l’animosité entre Montaubourg et La Rocque est digne d’une romance à la Shakespeare ! C’est un réel combat pour elle de trouver sa place.

Ce roman agrémenté d’une partie « pour aller plus loin » permettra aux lecteurs curieux et motivés de se renseigner davantage sur la protection de l’océan ou encore la lutte contre l’artificialisation des littoraux. Aurore nous montre qu’il est possible d’ouvrir les yeux sur ce qui se joue mais surtout qu’il faut influer sur les sphères décisionnelles. Il est bien de se responsabiliser au niveau de notre consommation mais le véritable enjeu dépasse la dimension individuelle. Un roman qui va apporter de quoi nourrir le débat écologique !

Le cri du homard, Guillaume Nail (Glénat)
collection #onestprêt
disponible depuis le 14 octobre 2020
9782344042786 – 13,90€
à partir de 13 ans
Son
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Le chapeau rouge – Rachel Stubbs

Un grand-père offre à sa petite-fille son chapeau. Un beau chapeau rouge, bien grand et large, qui pourra l’accompagner partout où elle voudra aller, la protègera autant du soleil que des intempéries, lui permettra de se fondre dans la masse comme de ressortir du lot. Bref, tout est possible avec ce chapeau rouge, jusqu’à raconter à son grand-père les merveilleuses aventures que l’on aura vécu avec…

Vous ne pensiez pas qu’il était possible de vivre tant de choses avec un accessoire de mode somme toute très banal ? Et pourtant ! Notre petite héroïne, poussée par son grand-père qui va lui montrer toutes les possibilités offertes par ce chapeau qu’il lui offre, va se lancer dans des aventures à travers le globe et vivre par elle-même tout ce que lui promet ce cadeau. Une façon, peut-être, de perpétuer cet héritage laissé par ce grand-père aussi affectueux qu’encourageant. Car il est évidemment question ici de transmission, à la fois d’un objet mais également de toutes les expériences de ce grand-père, de tout ce qu’il a pu vivre lui-même avec ce chapeau rouge.

Le texte de Rachel Stubbs est tout en simplicité et en tendresse, son rythme est en parfaite adéquation avec les illustrations mêlant crayons de couleur et digital. Du noir et des variances de bleu et de rouge confèrent à l’ensemble une ambiance toute particulière : entre des doubles aux détails foisonnants et d’autres plus épurées, on oscille entre les moments de partage entre le grand-père et sa petite-fille et ceux de leurs aventures, de leur imaginaire. Un album doux et sensible sur la transmission, et les moments inoubliables vécus par un grand-père avec sa petite-fille. C’est vraiment très beau !

Le chapeau rouge, Rachel Stubbs, traduit par Emmanuelle Beulque (Sarbacane)
disponible depuis le 2 septembre 2020
9782377314454 – 14,90€
à partir de 3 ans
Son
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Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
Son
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« OZ » la nouvelle collection de Syros

Cet été sont parus les premiers titres de la collection OZ, toute nouvelle venue pour les 8-12 ans chez Syros qui promet « des histoires où (presque) tout est possible » ! Vaste programme ! On y retrouve des auteurs et autrices bien connus de la maison qui nous offrent des histoires où priment le pouvoir de l’imaginaire, l’aventure, l’amitié et l’humour ! Contrairement à d’autres collections pour ce même âge, ici il n’y aura pas d’illustrations, seulement des cabochons en début et fin de chapitres. Aujourd’hui, on vous présente deux titres qui nous ont beaucoup plu. 😀

CornichonX

Angélina ne se sent pas très bien cette année : elle est la plus petite de sa classe et elle vit avec des parents qui n’ont jamais vraiment grandis et se comportent comme de vrais gamins ! Chez elle, on ne mange que du fast-food et des bonbons, ses parents font des concours de déguisements, on ne fait que rigoler et s’amuser…bref, ils sont très peu présents pour répondre à ses interrogations… Le jour où un bocal de cornichonx atterrit par mégarde dans leur frigo, Angélina découvre qu’en les grignotant, ils semblent répondre à ses questions…

Ah, grandir ! Grande question des préadolescents et d’Angélina qui doit se débrouiller toute seule pour comprendre… Yves Grevet nous offre un beau moment d’émotion et une jolie réflexion sur la famille, sur la difficulté à se comprendre entre parents et enfants. La dimension fantastique induite par cet étrange pot de cornichons en est ainsi d’autant plus intéressante et subtile qu’on finit par se demander si ce sont bien des condiments magiques ou si Angélina a réussi à grandir par elle-même. Un roman très malin !

Mystères à Minuit

Victor vit à Minuit, la ville la plus hantée du monde et est le seul à voir les fantômes pour de vrai ! Avec son ami Balti, 12 ans depuis six cent soixante-huit ans, ils proposent leurs services de chasseurs de mystères. Alors que la fameuse soirée d’Halloween approche, faisant de Minuit l’une des attractions touristiques de l’année, voilà que l’une des lointaines descendantes de Balti est enlevée… Un mystère à résoudre pour nos deux chasseurs…

Camille Brissot nous offre une histoire fantastique comme on les aime avec cette chasse au fantôme particulièrement drôle et un peu frissonnante ! Le décor est planté, rappelant ces villes comme Edimbourg, célèbre pour ses nombreux fantômes, et les personnages immédiatement attachants pour une entrée dans l’histoire facile et prenante. Un roman bien construit, qui joue avec tous les codes des histoires de fantômes, à grand renfort de mystères, de trésors et de légendes effrayantes. Le tout avec beaucoup d’humour et de suspense, de très jolies amitiés, bref, tous les ingrédients sont réunis pour plaire aux lecteurs affamés d’aventures qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout. On espère que d’autres mystères nous attendant bientôt dans la ville de Minuit !

CornichonX, Yves Grevet, illustré par Benoît Audé (Syros)
collection OZ
disponible depuis le 25 juin 2020
9782748527094 – 9,95€
à partir de 8 ans
Mystères à Minuit, la ville la plus hantée du monde, Camille Brissot, illustré par Glen Chapron (Syros)
collection OZ
disponible depuis le 25 juin 2020
9782748527070 – 9,95€
à partir de 8 ans
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Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans
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Ogresse – Aylin Manço

Depuis le départ de son père, Hippolyte vit seule avec sa mère qui lui prépare chaque soir de beaux morceaux de viande bien juteux qu’elle a parfois bien du mal à avaler, et qui s’enferme chaque nuit dans la cave. En plus de cela, son meilleur ami d’enfance est de retour cette année dans sa classe, et lui tourne quelque peu la tête ; elle est forcée de parler à la grosse Lola que personne n’aime ; et sa vieille voisine disparaît mystérieusement. Décidément, rien ne va plus dans la vie d’Hippolyte et quand sa mère se jette sur elle pour la mordre, sa vie bascule définitivement…

Bob se régale de mollusques

Si je n’avais pas été complètement séduite par le premier roman d’Aylin Manço (La dernière marée, chez Talents Hauts, j’avais beaucoup aimé le style, moins l’histoire racontée), j’ai été ici saisie par l’atmosphère, l’écriture très charnelle, entre fascination, répulsion et écœurement (on est un peu comme dans le film Grave si vous l’avez vu), et par cette relation étrange entre une mère et sa fille. A la frontière du fantastique, le roman nous embarque surtout dans le récit d’une adolescente qui ne sait plus tellement où elle en est, soumise à ses émotions, ses désirs, ses questionnements, ses peurs, dans une vision de l’adolescence particulièrement juste et actuelle. Un roman très fort, brillant dans sa construction et sa métaphore, une écriture troublante, Aylin Manço est assurément un talent à suivre !

Lisette préfère les grenouilles juteuses

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire Ogresse, sa lecture m’a presque donné envie de devenir pesco-végétarienne. Ce roman contemporain est assez incomparable : roman familial qui parle du tiraillement que l’on peut ressentir en tant qu’enfant divorcé, roman d’une ado mal dans sa peau qui craque pour son meilleur ami d’enfance et en même temps conte macabre. Je dois avouer que les amis de notre héroïne sont à couper le souffle de sincérité et de justesse. L’amitié adolescente comme on s’en souvient : brutale et entière.
L’autrice a une écriture incisive très remarquable. Impossible de lâcher le roman, je l’ai dévoré d’une traite.
Si vous cherchez une lecture sucrée passez votre chemin, par contre si vous avez envie d’une lecture relevée qui vous prendra aux tripes, dévorez ce roman. (Attention, vous aurez peut-être envie après d’une douceur pour vous en en remettre.)

Ogresse, Aylin Manço (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 5 février 2020
9782377313754 – 16€
à partir de 13 ans
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Je te plumerai la tête – Claire Mazard

Lilou voue une admiration sans borne à son père, le père idéal, charmant, drôle, parfait, toujours là pour elle et qui lui montre son affection et son attention à chaque moment de sa vie. Et depuis que sa mère est hospitalisée, le duo père/fille est plus soudé que jamais, même si cela signifie pour Lilou de ne jamais rendre visite à sa mère, de ne pas penser à elle alors qu’elle est en phase terminale… Il faudra que ses amis lui fassent quelques remarques innocentes pour que Lilou réalise peu à peu dans quel monde elle vit…

En 500 pages hyper prenantes et qu’on ne voit pas défiler, Claire Mazard nous offre un thriller psychologique d’une grande efficacité et, surtout, plutôt effrayant ! Évidemment, c’est très chouette d’avoir une belle relation avec son père, qu’il vous montre plein d’attention, qu’il soit tout le temps disponible pour venir vous chercher à la sortie du lycée, qu’il ait toujours un super cadeau à vous offrir et qu’il soit toujours de bon conseil car, bien sûr, il a toujours raison, il est drôle, charmeur et charmant, plein de réussite, tout le monde au village le dit et quel courage il a avec sa femme très malade… Vous l’aurez peut-être compris, il est question ici de la perversion narcissique et comment un père entretient une emprise toxique sur sa fille. Mais aussi de comment une adolescente, complètement subjuguée et envoûtée par la perfection de son papa, va peu à peu prendre conscience que ce n’est peut-être pas tout à fait « normal » comme situation et comme relation. Et le chemin va être très long car Lilou n’est pas prête à accepter que toute sa vie n’ait été qu’un mensonge, que son père n’est pas sincère et qu’il l’a sans doute privée d’un véritable amour parental. La particularité de cette manipulation, c’est que Lilou va sans cesse trouver des excuses à son père, imaginer que tout n’est que méprise, que son père l’aime vraiment trop pour lui faire ça… En dépit de l’aide de ses meilleurs amis, de ce garçon qui n’a d’yeux que pour elle et de cette tante avec qui elle renoue – difficilement – ouvrir les yeux sera très compliqué, car cela ferait s’effondrer son monde et la plongerait dans la plus grande des détresses…

Le style est simple mais efficace : Claire Mazard est avant tout dans l’écriture de l’émotion, avec un récit conçu comme un journal intime – exercice qui est d’ailleurs conseillé à Lilou à un moment donné. C’est très bien fait, tout en tension, et le roman aborde un sujet finalement assez peu traité en littérature jeunesse, celui de la manipulation psychologique au sein de la famille. Un roman indispensable !

Je te plumerai la tête, Claire Mazard (Syros)
disponible depuis le 6 février 2020
9782748526783 – 17,95€
à partir de 13 ans
Son
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Filles de la Walïlü – Cécile Roumiguière

Sur la presqu’île de Iurföll, ce sont les femmes qui gouvernent, qui exercent tous les métiers et qui sont libres de choisir leurs amours, alors que les hommes partent en mer, à la pêche. Dans cette société matriarcale très sereine, Albaan se languit de son père qui lui raconte les histoires de la Walïlü, une créature mystérieuse qui la fascine. Mais bientôt, la vie joyeuse de la presqu’île se fissure quand une femme au visage ravagé s’installe et répand des rumeurs de malédiction sur Albaan et sa famille…

La sublime couverture réalisée par Joanna Concejo retranscrit parfaitement l’ambiance singulière du nouveau roman de Cécile Roumiguière : un univers entre le sel de l’eau et les bruits froissés ou inquiétants de la forêt, teinté d’une magie que l’on devine dans ce paysage aussi beau que mystérieux. Si la presqu’île de Iurföll est une invention, le roman s’inscrit pourtant dans notre monde actuel, et vient piocher dans des sociétés de femmes existantes de par le monde pour créer celle dans laquelle vit et grandit Albaan. Une société matriarcale absolument passionnante, coincée entre ses traditions tenaces et sa volonté de modernité, qui met hommes et femmes sur le même pied d’égalité mais qui se construit, il est vrai, sur la femme, la seule présente sur la terre ferme tandis que les hommes partent pêcher sur de longues durées. Et malgré la relative tranquillité dans laquelle vit tout ce petit monde, l’arrivée d’une femme étrange va bouleverser toute la communauté pourtant très soudée.

Cécile Roumiguière nous subjugue par son écriture envoûtante, dépaysante, poétique et délicate, qui nous plonge dans un univers à la lisière du fantastique et nous fait rencontrer des personnages remarquablement construits, intrigants et inoubliables. Vous vous en doutez, le roman est profondément féministe et aborde ainsi de nombreuses questions sur le rapport au corps, sur la sexualité, mais il est également l’écho de bien d’autres questionnements, plus écologiques ou éthiques. Mais c’est aussi et surtout le récit d’une vengeance, d’une famille, de l’intime et du parcours d’une jeune fille alors qu’elle grandit. Un roman ambitieux, magique, qui nous enchante comme un conte et nous passionne comme un magnifique récit de vie. L’un des plus beaux romans de cette rentrée d’hiver. ❤

Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 5 février 2020
9782211305297 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Demandez-leur la lune – Isabelle Pandazopoulos

Lilou, Samantha et Bastien sont en échec scolaire et ne passeront pas en seconde générale. Farouk est un jeune turc qui apprend le français dans l’attente de son audition pour avoir le droit de rester en France. Tous les quatre vont rejoindre le cours d’Agathe Fortin, une prof de français pas comme les autres qui leur propose de participer à un concours d’éloquence. Pour la première fois, la voix de ces quatre jeunes a une importance pour quelqu’un.

Après La décision et Trois filles en colère, Isabelle Pandazopoulos nous offre à nouveau un roman fort et riche en émotions. Nous sommes ici dans une campagne perdue, zone blanche autant pour Internet que pour les chances de poursuivre ses rêves pour des jeunes à qui rien ne semble possible. Lilou est effacée, sa famille et elle rongées par les actions d’un frère qui planent au-dessus d’eux ; Samantha doit composer avec une mère bipolaire qui projette ses rêves sur elle et l’aime pourtant d’un amour inconditionnel ; Bastien est quant à lui contraint de suivre les traces de son père, en dépit de ses propres envies ; et Farouk a fui la Turquie en laissant sa famille seule suite à l’arrestation de son père, et attend le jour de l’audience qui décidera de son droit ou non à résider sur le territoire français. Quatre jeunes qu’une jeune prof de français aux méthodes non orthodoxes doit remettre sur les rails de l’école, quitte à ne pas être spécialement soutenue par cette dernière… Car on lui demande de faire en sorte que ces gosses rentrent dans le moule, pas qu’ils fassent des exercices bizarres et pas dans les programmes.

Mais si Agathe Fortin est loin de ressembler aux autres profs et que ses méthodes sont sources de frictions pour les quatre élèves, elles vont pourtant révéler chacun d’entre eux. Et leur permettre de pouvoir enfin s’exprimer : la colère, les doutes, les espoirs, les problèmes et même l’amour ! Ça balbutie, au début, ça se heurte ou ça ne se comprend pas mais bientôt, les mots prennent le pas, la parole se libère et, surtout, le lien se resserre. Isabelle Pandazopoulos tisse un formidable roman, d’une grande justesse, entre cri d’espoir et bombe d’émotions (on est parfois vraiment pris à la gorge tant les personnages nous touchent et nous accompagnent). Un roman vibrant, qui donne de la voix à ceux qui pensent la leur inaudible, et qui leur offre une personne pour les écouter, pour les entendre, et pour les faire entendre. A mettre entre toutes les mains !

Demandez-leur la lune, Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 16 janvier 2020
9782075137287 – 12,90€
à partir de 13 ans
Son
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Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Xiomara, presque 16 ans, est une adolescente à qui on impose le silence. Ecrasée par une mère bigote qui veut faire d’elle une nonne, ignorée par un père constamment devant sa télé, reluquée et sifflée par tous les hommes à cause d’un corps devenu femme trop vite, son seul soutient réside en son jumeau, quoique pas toujours très aidant, et sa meilleure amie qui n’en peut plus de son intérêt pour les garçons… Jusqu’au jour où quelqu’un est prêt à entendre sa voix.

Vous en avez sans doute déjà beaucoup entendu parler, mais Signé Poète X le mérite assurément. Elizabeth Acevedo, americano-dominicaine et poétesse, a sans doute utilisé beaucoup de son propre parcours pour nous offrir celui de Xiomara, jeune fille qui doit jongler entre la religion et son premier amour. Comment réussir à être soi, à s’affirmer et à s’aimer quand, depuis toujours, le poids de la tradition, des stéréotypes, condamne toute forme d’émancipation ? Fille d’immigrés dominicains, fille d’un couple malheureux condamné au jugement des autres, fille « miracle », jumelle complètement différente de son frère avec qui elle ne parvient pas à communiquer, Xiomara ne peut quasiment compter sur personne pour s’en sortir. Alors elle le fait avec ses poings, n’hésitant pas à casser le pif de ceux qui se frottent trop près de son corps trop précoce, ou qui emmerdent son frère qui n’a pas sa carrure. Son seul refuge : un carnet dans lequel elle note ses poèmes, un jardin secret qu’elle n’est prête à ouvrir à personne, sauf peut-être à Aman…et puis à ce club de slam monté par la prof qui a remarqué son talent ?

Magnifique roman en vers, dans une traduction signée Clémentine Beauvais, Elizabeth Acevedo nous touche au cœur avec ce texte intense, et cette voix exceptionnelle qu’est celle de Xiomara, entre colère et pudeur. Un texte féministe sans aucun doute, mais qui évoque aussi la pression parentale, le poids de la religion, la puissance des mots et l’adolescence qui se cherche, qui veut croire en ses rêves. La puissance des mots de Xioamara, leur sensibilité et leur justesse, en font un roman rempli d’espoir et d’amour. Une très belle découverte, et une autrice à suivre et à entendre très bientôt en France (et profitez ainsi d’aller faire un petit coucou à notre coupine Lucille) ! 😉

Signé poète X, Elizabeth Acevedo, traduit par Clémentine Beauvais (Nathan)
disponible depuis le 29 août 2019
9782092587294 – 16,95€
à partir de 14 ans