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Leur sang coule dans tes veines – Rachel Burge

Depuis qu’elle a eu un accident qui l’a rendue borgne, Martha peut lire les émotions d’une personne à travers ses vêtements. Souhaitant comprendre ce don étrange, elle décide de retourner là où l’incident s’est produit chez sa grand-mère en Norvège. Elle pourra peut-être lui expliquer l’incident dont elle n’a aucun souvenir et cet étrange pouvoir. Sauf qu’en arrivant, un inconnu occupe la maison et lui apprend que sa grand-mère est décédée… Qui est ce jeune homme ? Pourquoi sa mère ne l’a pas prévenue du décès ? Quelles sont les ombres étranges qui gravitent autour de l’arbre dont elle tombée ?

Voici une histoire qui ne nous laisse pas une seconde de répit. Et pour un premier roman, le rythme est admirable, attention vous risquez de ne pas lâcher ce livre !

Nous sommes enfermés avec Martha et l’inconnu dans cette cabane isolée, entourée par une nature menaçante. Plus Martha découvre qui était sa grand-mère, plus elle comprend qu’elle est l’héritière d’une lignée de femmes très puissantes. Une famille dont l’histoire est tissée avec brio dans la mythologie nordique. Son aïeule ne serait autre que la gardienne de la porte du royaume des morts et suite à son décès, des âmes affolées s’échappent dont une créature féroce, assoiffée de mort…

En plus d’accueillir l’émergence de sa faculté à lire les vêtements, Martha doit conjuguer avec le deuil et l’acceptation de son visage défiguré par l’accident. Sans jamais basculer dans le genre horreur, il y a des chapitres qui ne manqueront pas de vous faire frissonner. Pour conclure – et ne pas risquez de trop vous en dire – retenez que ce roman est un savoureux mélange entre mythologie nordique et fantasy. L’atmosphère est envoûtante, un brin horrifique !

Note : un deuxième tome est prévu, mais vous pouvez vous arrêter là car l’histoire se suffit à elle-même. Vous risquez cependant d’avoir envie de lire la suite quand même !

Leur sang coule dans tes veines, Rachel Burge, traduit par Corinne Daniellot (Casterman)
disponible depuis le 5 janvier 2022
9782203224247 – 16 €
à partir de 15 ans
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L’année où je suis devenue ado – Nora Dåsnes

Emma est heureuse de rentrer en 5ème, cette année elle rêve de devenir stylée, construire une cabane avec ses deux meilleures amies Bao et Linnéa, aller à une pyjama-partie et tomber amoureuse ! Sauf que la rentrée ne se passe pas comme elle l’imaginait. Linnéa a changé, elle a un copain, ce qui est intolérable pour Bao qui veut continuer à construire des cabanes dans la forêt de l’école… Coincée entre les deux, Emma ne sait pas comment se positionner : comment on sait qu’on est une ado ? C’est quoi être mature ? Comment savoir si l’on est amoureuse ?

L’année où je suis devenue ado est une pure merveille ! L’histoire est pudique, authentique et vient explorer les bouleversements des premiers émois avec beaucoup de tact. Emma va tomber amoureuse de Mariam, une nouvelle élève, qui vient d’arriver dans sa classe, cet amour est amené d’une manière douce, naturelle et réservée, propre à cet âge sensible et n’est pas sujet à controverse. Ce livre traite surtout du passage délicat où nos jeux nous paraissent trop enfantins, où on se demande si la vie n’est pas partagée entre les filles qui se maquillent et les autres, celles qui sont en couple et les autres, les gamines et les ados… Emma va être tiraillée entre ses deux amies qui représentent cette transition si particulière de l’enfance à l’adolescence.

Il s’agit du premier livre de la graphiste norvégienne Nora Dåsnes qui explique qu’elle aurait aimé lire une telle histoire à 12 ans car elle considère qu’il est essentiel de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent. Pari réussi ! Les lectrices s’identifieront facilement à Emma, car elle est une narratrice attachante et pleine d’esprit. Cette autrice-illustratrice nous offre un objet livre magnifique, plus proche du roman graphique que de la bande dessinée, d’autant plus que le livre est le journal intime d’Emma. Nous y retrouvons des messages dessinées, des playlists musicales de son père (qui a très bon goût), des dessins en pleines pages, des bulles… Ces changements apportent un rythme rapide, qui ne donne qu’envie de découvrir la suite de l’histoire ! Et que dire des illustrations ? Elles sont sensibles, douces et nous montrent des moments de la vie quotidienne avec justesse, ni trop, ni pas assez.

Une BD coup de cœur qui raconte avec une extrême justesse les premiers émois amicaux et amoureux de cet âge charnière, entre l’enfance et l’adolescence. Je vous invite à découvrir cette bande dessinée qui est un véritable bonheur de lecture, à mettre entre toutes les mains !

L’année où je suis devenue ado, Nora Dåsnes (Casterman)
disponible le 5 mai 2021
9782203223615 – 15,95€
à partir de 10 ans
Son
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Ash House – Angharad Walker

Ash House est le lieu de la dernière chance pour Sol, un garçon qui a enchaîné les hôpitaux sans trouver l’aide appropriée à son mal. Mais alors qu’il découvre son nouvel environnement, il est frappé par son étrangeté. Entre cette maison que l’on dirait faite de cendres, ces enfants certes accueillants mais aux drôles de prénoms et, surtout, il n’y a aucun adulte ! Se peut-il que cet endroit hors du temps et inédit soit le seul où on puisse le sauver ?

A l’instar de ce jeune garçon à qui est attribué le nom de Sol, pour Solitude, on découvre l’univers d’Ash House avec autant de circonspection que d’angoisse. Arrivé un peu de manière abrupte, sans explications, presque sans se souvenir de comment tout cela s’est déroulé, on rencontre avec lui tous ces enfants aux prénoms étranges, donnés d’après des « Obligeances », sorte de qualités ou de dispositions que tous les enfants d’Ash House sont censés montrer et apprendre. Car malgré qu’il n’y ait aucun adulte, le programme est clairement établi chaque jour, avec son emploi du temps strict et ses assignations, édicté par un coup de téléphone du Directeur, seul adulte responsable et pourtant absent depuis plusieurs années… Vous n’en serez pas étonnés : malgré l’accueil chaleureux de Freedom, avec qui il va se lier, Sol est surtout plutôt perplexe et peu rassuré par cette vie qui l’attend ! Et, surtout, comment est-ce possible qu’il guérisse dans un endroit pareil ? Les cendres de la maison pourraient-elles avoir un pouvoir particulier ? Ou bien le Docteur, qui arrive soudainement à Ash House et inquiète les autres, sera-t-il capable de le soigner ?

Je ne vous en dirai pas plus sur ce roman à l’atmosphère aussi fascinante que pesante, qui nous fait très agréablement frissonner (pour ceux qui aiment se faire peur !), comme le laisse deviner cette couverture à l’ambiance fantomatique. Difficile également de vous parler des thèmes abordés par le roman sans vous dévoiler sans doute le nœud de l’histoire – bien qu’il laisse également toute latitude à interprétation. En tous cas, si vous aimez les romans qui filent les chocottes et interrogent notre santé mentale, le sinistre parfum d’étrangeté d’Ash House devrait assurément vous plaire !

Ash House, Angharad Walker (Casterman)
disponible depuis le 3 mars 2021
9782203222519 – 16€
à partir de 13 ans
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Le Cinérêve, t.1 Le mystère Hortensia – Anne Didier, Roland Garrigue et Catherine Duval

Augustin Poussin a 9 ans et adore aller espionner son étrange voisine mademoiselle Hortensia, surtout qu’elle fait pousser des fleurs abracadabrantes. Un jour Augustin, accompagné de sa chienne Croquette, l’entend parler de l’inauguration d’un Cinérêve. Qu’est-ce que cela peut être ? Est-ce que sa voisine a des pouvoirs magiques ? Le mystère est trop tentant pour Augustin qui décide de mener l’enquête !

Notre duo de héros très curieux et débrouillard va rapidement pouvoir rentrer au Cinérêve. Dans ce lieu incroyable, sont proposés des rêves à vivre comme si l’on choisissait son film sur un catalogue de VOD. Voulez-vous rêver de chevalerie ? De tapis volant ? Ni une, ni deux, Augustin va réussir à se faufiler dans un rêve incognito. Le voilà grand chevalier ! Dans son rêve, il peut se venger de son professeur M. Poincaré et de son camarade de classe Maxime qui ont tendance à le persécuter. Le lendemain, pour la première fois son maître le laisse tranquille. Drôle de coïncidence ? Notre cinéphile rêve (et c’est le mot) de retourner au cinéma mais celui-ci est réservé aux enchanteurs…

Ce premier tome d’une trilogie fut réjouissant. En parallèle de cette échappatoire fantastique qu’offre le Cinérêve pour Augustin, loin de l’école où il est harcelé, celui-ci va se se créer des amitiés féminines à l’école (qui je pense auront encore plus d’importance dans les prochains tomes). Cette BD se lit d’une traite et nous donne envie de découvrir rapidement les nouvelles aventures d’Augustin… surtout que le scénario se termine en plein suspense ! Du côté des illustrations, Roland Garrigue, s’il a déjà mis en couleurs des bandes dessinées, cette nouvelle série est la première qu’il signe en tant que dessinateur. Son trait assez rond nous plonge dès les premières pages dans une ambiance mystérieuse et pourtant familière. Les planches sont très harmonieuses et le rythme trépidant de l’histoire vient apporter un côté dessin animé, très rapide et prenant.

Augustin et Croquette se feront adopter très rapidement par les jeunes lecteurs. Le scénario est classique mais diablement efficace, on a envie de découvrir la suite et pourquoi pas nous aussi aller faire un tour au Cinérêve !

Le cinérêve, tome 1 : Le mystère Hortensia, Anne Didier, Roland Garrigue et Catherine Duval (Casterman)
disponible depuis le 21 octobre 2020
9782203181168 – 11,95€
à partir de 8 ans
Son
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L’année de grâce – Kim Liggett

Tierney a seize ans et, comme toutes les jeunes filles de son âge et de sa communauté, elle va entrer dans son année de grâce. Une année dont personne ne parle, et surtout pas les femmes, mais qui doit permettre à toutes les jeunes filles de se débarrasser de leur magie. Elles sont alors envoyées à l’écart de la communauté, où il leur faudra dissiper toute trace de cette magie pour revenir purifiée…

Dans cette communauté hors du temps, fondée sur la religion, les filles n’ont que trois destins possibles : devenir épouse et mère (la meilleure situation, évidemment) ; travailler dans les maisons de labeur ou en domesticité ; vendre leurs corps dans les quartiers extérieurs. Si cela vous rappelle l’univers de La servante écarlate, le roman de Kim Liggett n’en est effectivement pas si éloigné. On retrouve en effet dans L’année de grâce une réflexion glaçante sur la place de la femme dans une société régie par les hommes et par la religion. La société est d’une violence inouïe pour ces jeunes filles et ces femmes à qui on inculque depuis toujours qu’elles ont un pouvoir terrible dont elles doivent se débarrasser. L’année de grâce, sorte d’exil au fin fond de la forêt, dans un domaine encerclé d’une palissade, à la merci de ces braconniers qui tuent les filles qui s’égarent hors du portail pour en retirer leur magie par le dépeçage et le prélèvement d’organes, est proprement effrayante. Dans cette société, Tierney se démarque de ses camarades par sa volonté de ne pas vouloir se marier – censé être le rêve de toutes ! – de rester libre de choisir celui qu’elle voudra épouser si elle en a envie, ce qui n’est pas le cas pour le moment. Et, surtout, elle rêve ! Elle rêve d’une fleur et d’une jeune femme qui l’incite à la révolte, à penser par elle-même. Mais alors que Tierney arrive dans l’enceinte qui voit son année de grâce débuter, tout ce qu’elle croit et croyait savoir se brise dans un huis-clos où la folie de ses camarades ne fait que commencer…

Obsédant, le roman de Kim Liggett nous fait entrer tout de suite dans une ambiance envoûtante et angoissante, dans une histoire intemporelle de révolte contre le système. Mais là où l’autrice nous surprend, c’est dans cette héroïne et cette histoire parfaitement réalistes, qui montrent une révolte qui se construit, qui prend du temps, qui s’insinue lentement et qui plantera ses graines là où il le faudra. C’en est vraiment très fort, d’autant plus que c’est servi par une écriture toute en suggestion et en patience, en pions savamment placés, mais ce sera peut-être frustrant pour les lecteurs qui aiment quand ça va vite. Mais le roman de Kim Liggett aborde aussi d’autres notions très fortes, particulièrement justes et définitivement effrayantes, comme la psychologie sociale qui régit cette communauté, et notamment le groupe de jeunes filles en année de grâce. C’est intelligent, puissant et ça apporte une vraie profondeur à l’histoire ainsi qu’au personnage de Tierney, jusqu’à cette fin incroyable. L’année de grâce, c’est un roman dont on pourrait parler des heures, un roman qui nous remue, nous marque et nous amène à réinterroger nos constructions sociales. Et c’est surtout un véritable hymne à la sororité. Un roman fascinant et absolument indispensable, à faire lire aux garçons comme aux filles. Une pépite ! ❤

L’année de grâce, Kim Liggett (Casterman)
disponible depuis le 7 octobre 2020
9782203036680 – 19,90€
à partir de 14 ans
Son
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Pour la beauté du geste !

Nos deux héroïnes du jour ont en commun la réalisation d’exploits sportifs remarquables. Traverser les Etats-Unis d’ouest en est en courant, grimper sur le plus haut sommet du monde : ça vous en bouche un coin, hein ? Heureusement, ces incroyables efforts qui nous font déjà suer sont littéraires et, s’ils vous laisseront peut-être pantelants après votre lecture, vous en ressortirez en revanche sans courbatures et avec deux modèles d’une jeunesse engagée ! Prêts ? Partez !

A en perdre haleine – Deb Caletti

Un soir, après être allée chercher un burger, Annabelle décide de tout laisser en plan, et se met à courir. Elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint Washington, la capitale, soit l’exact opposé de sa position sur la carte. Accompagnée par son grand-père qui la suit en camping-car, Annabelle court car elle a quelque chose à dire, un combat à mener.

Et ce combat, on le découvrira au fur et à mesure des révélations qu’Annabelle nous confiera. On le devine en filigrane, une tragédie a frappé la vie de l’adolescente et la course devient sa façon de réagir, de se sortir de ce statut de victime qu’on lui attribue depuis lors, de faire passer un message, d’accepter, peut-être, ce qui lui est arrivé, et de trouver une forme d’apaisement. Le roman nous tient en haleine, de la même manière qu’Annabelle travaille son souffle pour tenir un marathon de près de cinq mois. La façon de toucher du doigt le cœur du sujet, avant qu’Annabelle ne le repousse, est parfois un peu agaçant pour le lecteur, mais participe à l’attachement pour cette héroïne qui n’a pas conscience d’inspirer, que son message peut aller au-delà de sa propre expérience. De jolies rencontres émaillent l’aventure d’Annabelle, mettent en perspective son histoire et montrent l’intérêt grandissant du grand public pour son combat. Deb Caletti nous offre un roman sensible, aux réflexions sociétales fortes, même si parfois un peu trop appuyées (les attentes de la société sur la façon dont « doivent être » les filles, par exemple, sont clairement indispensables, mais ce n’est pas toujours amené très subtilement). Engagé et inspirant !

A en perdre haleine, Deb Caletti, traduit par Maud Desurvire (PKJ)
disponible le 3 septembre 2020
9782266292962 – 18,50€
à partir de 14 ans

8848 mètres – Silène Edgar

Mallory a quinze ans et est la plus jeune alpiniste à tenter l’ascension de l’Everest. Avec son père, ils s’entraînent depuis toujours et, cette fois, ils se lancent dans cette incroyable aventure. Avec leur équipe, ils se préparent, évaluent les risques et découvrent ce parcours d’ascension qui ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait jusqu’à présent…

Et Mallory va découvrir bien plus que le « simple » exploit sportif de gravir le sommet de l’Everest du haut de son adolescence. Car l’Everest, ce n’est pas n’importe quelle montagne. Alors que la jeune fille doit composer entre l’attention portée à sa santé, son oxygène et le froid capable de la tuer, elle est aussi malgré elle une curiosité qui pousse les médias à s’intéresser à son périple, lui demandant l’effort supplémentaire de réaliser des interviews. Silène Edgar nous invite ainsi à découvrir la manière dont se prépare une telle ascension, entre passages très descriptifs du trajet, de la façon dont tout cela s’organise, et des moments plus introspectifs qui nous emmènent aux côtés de Mallory et de la révélation que va être l’Everest pour elle. Car si, au départ, il s’agissait surtout de réaliser cet exploit avec son père, gravir l’Everest c’est aussi découvrir tout ce que cela recouvre : la pollution importante à quelques mètres du sommet et les effets du réchauffement climatique, la mort inéluctable au moindre faux pas, et la philosophie bouddhiste autour de la montagne. Un parcours initiatique qui va ainsi bien au-delà de l’exploit sportif pour se découvrir soi et le monde qui nous entoure. Un roman tout aussi engagé que le précédent, sur la préservation de la nature, avec une héroïne toute aussi attachante et déterminée.

8848 mètres, Silène Edgar (Casterman)
collection Ici/maintenant
disponible depuis le 10 juin 2020
9782203064317 – 16€
à partir de 12 ans
Son
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« Hanté », la collection qui va hanter tes nuits !

Vous aussi vous avez grandi avec la collection « Chair de poule » ? Vous aussi vous êtes traumatisés des pantins (surtout après avoir vu l’adaptation télé de l’époque) ou n’avez jamais voulu ouvrir le placard sous l’évier ? Alors tremblez, car vos cauchemars sont loin d’être derrière vous ! Avec « Hanté » et ses deux premiers titres, les éditions Casterman ambitionnent de vous foutre une bonne grosse trouille. Et…ça marche : Lisette n’est plus la seule à faire pipi au lit !

La maison sans sommeil

Paul vient de déménager et il a bien du mal à trouver le sommeil dans cette maison qui grince et craque de partout, comme si ça se faufilait jusqu’à lui… Et c’est encore pire quand il s’endort car alors, il se réveille dans la cave et il n’y est pas seul ! Si vous parvenez à lire le prologue sans déglutir, alors votre cœur est suffisamment accroché pour continuer cette histoire qui ne laissera aucun instant de répit dans l’angoisse puis l’horreur. C’est un certain Benoît Malewicz qui signe ce premier titre de la collection et si je vous dis que sous ce pseudo se cache en fait Thibault Vermot, j’imagine que vous ne serez pas surpris si je vous dis aussi que ce roman est abominablement effrayant ? Car si la collection se veut « pour ceux qui n’ont pas peur d’avoir peur », leurs auteurs ne s’interdisent donc rien et, ici, le côté très « graphique » de certaines scènes vous fera peut-être détourner les yeux comme devant un film d’horreur. Mais l’intrigue est maîtrisée, le style efficace et sans concession, et évite toute facilité grâce à un dénouement qui donne peu de réponses et ouvre à l’interprétation…et à continuer de frissonner !

L’amie du sous-sol

Pour le deuxième titre, c’est Rolland Auda qui nous emmène à la rencontre de Letho qui, s’inquiétant de l’absence de sa meilleure amie Alma au collège, décide de se rendre chez elle pour voir si tout va bien. Mais il semble qu’Alma est malade et que, dans la vieille boutique à côté de chez elle où elle se réfugie, se cache un étrange secret… Une ambiance quelque peu différente dans ce texte où la peur se diffuse progressivement et prend un peu plus de temps pour se dévoiler. Rolland Auda joue avec notre angoisse et, subtilement, nous amène jusqu’à un dénouement là aussi surprenant et inattendu. Moins dans l’horreur pure, L’amie du sous-sol effraye de manière un peu plus psychologique même si, comme dans le premier titre, on s’interroge sur la frontière entre le réel et l’imaginaire – ou le cauchemardesque.

Deux manières d’effrayer, mais deux manières de qualité, et on a plutôt hâte de découvrir les prochains titres de cette collection qui offre aux auteurs français un bel espace de créativité horrifique et horrifiante ! Vous laisserez-vous tenter ?

La maison sans sommeil, Benoît Malewicz (Casterman)
collection Hanté
disponible depuis le 4 mars 2020
9782203064553 – 5,95€
à partir de 10 ans
L’amie du sous-sol, Rolland Auda (Casterman)
collection Hanté
disponible depuis le 4 mars 2020
9782203180949 – 5,95€
à partir de 10 ans
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À propos de la vie – Christian Borstlap

La vie ! Quel vaste sujet. Qu’est-ce que l’on sait à propos d’elle ?

« Toute vie est connectée », explique Christian Borstlap, l’auteur de cet album un peu ovni. En effet, ce projet est né d’une campagne vidéo pour le zoo d’Amsterdam (Artis) dont il en est l’adaptation livresque. La volonté de l’auteur est de célébrer le cercle de la vie, prendre conscience de tout ce qui est vivant, montrer la grandeur de la vie et son interconnexion. C’est l’hiiiiiistoire de la vie ! 🎵

« Dans la vie, on bouge, on ressent, parfois on donne… et d’autres fois on prend.
La vie peut être compliquée… mais de temps à autre elle est douce et belle. »

Bien que le projet initial soit autour d’un zoo, cet artiste plasticien néerlandais a réalisé des créatures abstraites, très expressives ! « Il y a de la fourrure et des plumes dans le film, il y a du caca et des ânes, il y a des espèces volantes rampantes et grognantes, mais il n’y a pas de vrais animaux », a déclaré l’auteur sur le site Web It’s Nice That. L’album montre que les lois de la nature sont réelles et pertinentes pour tous les êtres, avec une pincée d’humour il montre que parfois il y la nécessité d’être discret ou très bruyant ; de se battre ou de s’enfuir. Le graphisme donne un côté « arty » qui n’est pas pour déplaire à Lisette. Les illustrations renouvèlent les albums sur le sujet vaste de la vie avec un style très crayonné, texturé. 

Cet album sans prétention est très touchant, le texte est simple et juste. Il sera surtout un bon support pour discuter avec les jeunes enfants curieux ! Notamment sur le rôle des humains dans la nature, « parce que la vie des uns est liée à la vie des autres. Nous sommes interdépendants ! »

Personne n’est une île, nous sommes tous connectés et c’est chouette de nous le rappeler parfois.

A propos de la vie, Christian Borstlap (Casterman)
collection Les albums Casterman
disponible le 11 mars 2020
9782203064737 – 15,95€
à partir de 4 ans
Son
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Envole-moi – Annelise Heurtier

9782203122215,0-4031956

Vous le savez (ou pas, d’ailleurs, parce qu’en vrai, on a commenté qu’un seul de ses livres donc c’est pas forcément évident), on aime beaucoup les romans d’Annelise Heurtier chez Bob et Jean-Michel. Son œil aiguisé sur le monde qui l’entoure, sa façon toujours délicate d’évoquer les problématiques de l’adolescence. Cette fois-ci, Annelise Heurtier nous parle du handicap mais aussi, et surtout, d’amour. ♥

Swann rêve de s’acheter la guitare de ses rêves. Pour récolter de l’argent, il participe au vide-grenier de son village. Et ce jour-là, il a un coup de foudre pour la fille du stand d’en face, Joanna. Mais un détail lui a échappé : elle est en fauteuil roulant… Malgré les doutes et les difficultés que le handicap de la jeune fille peut impliquer, ils vont débuter leur histoire d’amour, en dépit de ce que tout le monde peut en penser.

★★★★☆

Et ce que le monde en pense, c’est aussi un peu ce que pense Swann au début du roman. Swann, c’est un peu le beau gosse du lycée : 15 ans, musicien, sorti avec déjà pas mal de filles. Quand il se rend compte que Joanna est en fauteuil roulant, son coup de foudre prend un peu de plomb dans l’aile : que vont dire les gens ? et comment sortir avec une fille qui ne peut pas faire la moitié des choses qu’il faisait avec ses autres copines ? et puis, comment on fait l’amour quand on est en fauteuil roulant ? Des questions qu’il semble évident de se poser mais qui, pour Swann, vont vite être balayées par ce sentiment incroyable qu’il a pour Joanna. Ainsi comment leur histoire, une histoire pas si simple à évoquer devant les autres, de peur du rejet, de l’étonnement ou des ricanements mais qui va grandir au fur et à mesure de ce qu’ils vont vivre, de surprises pleines d’adrénaline en coups de mou à en faire presque exploser leur jeune couple…

Je ne vous en dirais pas plus, pour vous laisser découvrir cette histoire d’amour toute en finesse et en sensibilité. Annelise Heurtier propose une belle réflexion sur le handicap, ne s’interrogeant pas outre mesure sur les difficultés du handicap ou n’y voyant que des obstacles ou des situations discriminantes (même si elles existent et font même partie d’un des enjeux forts du roman), mais bien sur les opportunités et les possibilités de Joanna. Une jeune fille finalement comme les autres, avec ses doutes et ses rêves, ses déceptions et ses surprises. Et avec un petit copain. Car au-delà du handicap, c’est, comme je vous le disais, une très belle histoire d’amour. Un véritable coup de foudre, une relation qui progresse en douceur, qui se noue avec simplicité et complicité, qui se laisse le temps de mûrir, d’affronter les obstacles, de faire mentir les vieilles tantes aigries. J’ai presque envie de dire une histoire d’amour « originale » au regard de tous les autres romans ados où les relations amoureuses sont souvent inutilement complexes de frissonnements et de triangles amoureux, voire malsaines ou douteuses. Mais je dirais plutôt une histoire d’amour très joliment romantique, enrichissante – pour Swann comme pour Joanna (et pour nous) – et pleine d’espoir. Annelise Heurtier montre encore toute sa délicatesse, sa justesse et sa sincérité. Et on aime ça !

Envole-moi, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782203122215 – 12,90€
à partir de 12 ans
Son
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Le complexe du papillon – Annelise Heurtier

9782203102286,0-3169392

A la rentrée, Mathilde remarque une fille incroyablement belle. C’est Cézanne, une ancienne camarade de classe jusque-là plutôt banale qui, au retour de l’été, est devenue la plus belle plante du collège. Invitée au mariage de la sœur de sa meilleure amie Louison, et désireuse de séduire Jim qui y sera également, Mathilde veut à tout prix perdre du poids pour rentrer dans le robe bleue magnifique vue au centre commercial et être aussi jolie que Cézanne…

★★★☆☆

Annelise Heurtier s’attaque souvent à des sujets audacieux dans ces livres, ce que j’aime tout particulièrement chez elle. Ici, c’est un sujet un peu plus rebattu qu’elle aborde : l’anorexie. Malgré ce thème souvent lu en roman jeunesse, elle prend le parti de s’intéresser plutôt à l’anorexie mentale, et pas seulement physique. Ainsi, point de poncifs ou de scènes difficiles, mais plutôt une lente descente aux enfers pour Mathilde qui, de jeune fille sportive (elle fait de l’athlétisme, on imagine aisément un corps souple et musclé : a priori, un très beau corps !) souhaite avoir un corps de mannequin et plus particulièrement un « thigh gap » (l’espace entre les deux cuisses quand on sert les jambes), rendu populaire par la it-girl Cara Delevingne (vue récemment dans l’adaptation ciné de La face cachée de Margo). Tout ça pour plaire à un garçon et ressembler à une fille de sa classe dont la transformation a été spectaculaire durant l’été ! Quand on repense à sa propre adolescence (ou même maintenant que nous sommes plus grandes à voir chaque jour des affiches de publicité), on se met sans difficulté dans la peau de Mathilde, avec l’envie nous aussi, parfois, de ressembler à ces si belles filles à qui le monde semble réussir. Un complexe dont il est bien difficile de se débarrasser…

Annelise Heurtier décrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité l’état de Mathilde, sa volonté de passer d’une moche chenille à un magnifique papillon et l’engrenage terrible dans lequel elle tombe, à quel point il est si facile de ne pas se rendre compte quel danger cela représente… Cet aspect-là est vraiment très bien traité, sans jugement mais avec tous les outils de réflexion nécessaires pour le lecteur.
J’ai seulement regretté la rapidité de la fin, la facilité avec laquelle Mathilde abandonne son crush pour Jim (qui, de toute manière, n’est pas particulièrement présent et pour lequel on se demande bien ce qui plaît à notre héroïne) et la résolution du deuil qui frappait aussi Mathilde. Je n’ai pas beaucoup parlé de cet aspect-là de l’histoire, qui a pourtant son importance, puisque la mort de la grand-mère de Mathilde et l’incapacité de sa mère à en parler vont aussi faire partie des raisons du mal-être de la jeune fille, de la maladie. Il n’en reste pas moins un très beau roman, accessible et bien écrit. 🙂

Le complexe du papillon, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 6 avril 2016
9782203102286 – 12,90€
à partir de 12 ans