Son
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Juste un mot – Frédéric Vinclère

Paul a 11 ans et subi un racket au collège. Lorsque son grand frère le découvre, il lui laisse une lettre dans sa tirelire. C’est le début d’une correspondance par mail alors que Lou-Victor, le grand frère, est soudain loin de Paul. Alors que la situation semble s’aggraver, d’autres personnages vont peu à peu faire leur entrée dans la vie de Paul, avec des échanges de mots en classe ou encore des messages sur Facebook.

Comment aider son petit frère lorsque l’on est si éloigné de lui ? Éloigné parce qu’ils n’ont jamais été tellement proches, parce que leurs parents ne leur ont jamais véritablement prêté attention, et parce que Lou-Victor est dans un « internat ». Mais Paul n’est pas dupe, même si on ne lui a rien dit, il sait où est réellement son frère. Cette correspondance inattendue, née d’un acte tout de même répréhensible de Lou-Victor, va pourtant amener les deux frères à se confronter, se confier et se redécouvrir. Malgré la distance, le grand frère va tenter d’aider le plus petit à se sortir du terrible engrenage dans lequel il s’est retrouvé. Et s’il ne peut pas venir lui-même s’en charger, peut-être des camarades de Paul le pourront-ils ? Grâce aux conseils de son frère, Paul rencontre Loubna, une élève de troisième solaire et forte, qui semble faire partie d’une histoire compliquée de Lou-Victor, et qui va se révéler une véritable amie…

Sans vous en dire trop sur les chemins qui mèneront chacun d’entre eux dans cette histoire, sachez simplement que Frédéric Vinclère nous offre là une magnifique correspondance, intimiste et lumineuse. Beaucoup de non-dits, de petits secrets ne seront pas révélés, comme ce fameux mot qui débloquera une certaine situation et termine le roman, mais c’est là aussi toute la réussite de ce texte sur la famille et l’amitié. Si le point de départ se focalise sur le harcèlement que subit Paul, c’est avant tout la relation entre deux frères qui nous touche, cet éloignement forcé de Lou-Victor, ses erreurs et ses tentatives d’être un meilleur frère, une meilleure version de lui-même, d’être tout simplement là pour Paul quand personne d’autre ne l’est. Quant à Paul, il nous bouleverse par son innocence et sa profonde solitude. A travers cette correspondance, les deux frères vont apprendre à se retrouver, à s’aider mutuellement, à grandir et tenter de faire avancer leur famille. Un roman d’une grande justesse, mais également plein d’humour et d’optimisme.

Juste un mot, Frédéric Vinclère (Auzou)
disponible depuis le 27 août 2020
9782733881446 – 12,95€
à partir de 10 ans
Son
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La sans-visage – Louise Mey

Clara part en colonie avec sa meilleure amie Aïssa, espérant renouer alors que les deux filles ne sont plus dans le même collège. Entre les rando VTT et le rafting, les journées sont bien remplies et les ados voient sans vraiment voir toutes les bousculades, les petites cruautés de Lila sur Éléonore, surnommée Babar dès la sortie du train ! Au dixième jour de colonie, Éléonore disparaît et personne n’est étonné. Surtout pas Clara, qui a tout vu, tout entendu, et qui a fini par s’habituer, trouvant ça presque « normal »…

Vous connaissez peut-être Louise Mey pour ses thrillers en littérature adulte : il s’agit ici de son premier roman pour adolescents. Vous l’aurez compris, il sera question de harcèlement. Mais surtout, de la façon dont il est perçu par ceux qui l’observent. Et notamment à travers les yeux de Clara, 13 ans, gamine de 4e dont le souci principal est de savoir si Aïssa et elle sont toujours les meilleures amies du monde, comme elles l’étaient avant que cette dernière ne déménage. Cette colo, c’est l’occasion de se retrouver, de resserrer les liens. Mais clairement, Aïssa comme Clara ont changé pendant cette année de séparation, et Clara le vit très mal, souvent jalouse quand Aïssa montre de l’intérêt aux autres ados de la colo (alors qu’ils vont vachement débiles, tous, entre ceux qui sont accros à leur console, celles qui se croient trop belles, ou ceux qui ricanent comme des nazes en se fouettant les mollets avec des branches…) et pourtant consciente que oui, tout a changé. Alors que cette Éléonore se fasse traiter de grosse, de moche, se fasse frapper « sans faire exprès » et autres brimades du même acabit, Clara s’en fout. Le principal, c’est que c’est pas elle, la victime. Et puis bon, elle a qu’à faire des efforts, aussi, Éléonore, non ?

Un roman très fort, donc, construit comme un thriller, oscillant entre le jour J, celui où Éléonore disparaît, et des flashbacks sur les dix jours qui ont précédé, pour comprendre comment on en est arrivé là. Le plus fort est sans doute cette réflexion sur ce que c’est qu’être témoin de ce harcèlement, sur la façon dont, à 13 ans, on est capable de fermer les yeux, d’être heureux que ça ne soit pas tombé sur nous, d’avoir envie de réagir mais d’avoir peur de l’effet de groupe, jusqu’à une sorte d’indifférence, jusqu’à trouver ça « normal »… Louise Mey le rend ici avec beaucoup de justesse et de réalisme, grâce aussi à un style très oral qui nous fait entrer véritablement dans la tête de Clara. La mécanique insidieuse de ce harcèlement est analysée dans son ensemble et, si ce harcèlement est principalement vu par Clara, on le découvre aussi indirectement à travers les autres personnages, depuis les autres ados de la colo jusqu’aux deux moniteurs. Une excellente lecture, jamais donneuse de leçon, mais toujours pertinente et interpellante, qui rejoint les indispensables sur le sujet. A lire absolument !

La sans-visage, Louise Mey (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 10 juin 2020
9782211307031 – 15€
à partir de 12 ans
Son
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Des grands-mères en danger

Ils ne sont peut-être pas pour le même public, mais nos deux romans du jour abordent la relation d’enfants et adolescents avec leurs grands-mères, surtout quand celles-ci sont en danger… Frissons garantis !

Peur dans la neige

Fleur et son frère jumeau Julius vivent temporairement chez leur grand-mère. Une nuit, Fleur remarque de la lumière dans la forêt et, poussée par la curiosité, décide d’aller voir ce qui se trame. Qu’elle n’est pas sa surprise quand elle découvre un trésor ! Persuadée que cela pourra venir en aide à ses parents, elle s’empare du butin…provoquant une terrible réaction en chaîne…

★★★★☆

Sandrine Beau nous avait déjà bien fait flipper avec Toute seule dans la nuit ou encore Traquées ! Elle réussit encore une fois à nous embarquer avec efficacité et grelottements dans un polar bien ficelé, à destination des jeunes lecteurs. Un huis-clos aussi glaçant que la saison durant laquelle l’histoire se déroule, qui fait la part belle à des jeunes adolescents débrouillards et courageux et à une grand-mère peut-être en fauteuil roulant mais certainement pas « diminuée » ! Une mamie à la fois drôle et bravache qui fera tout aussi pour protéger ses petits-enfants. Décidément, Sandrine Beau est vraiment très forte quand il s’agit d’associer le suspense haletant du roman policier à la sensibilité des relations familiales. Idéal pour frissonner par temps de canicule ! On en redemande… 😀

Peur dans la neige, Sandrine Beau (Mijade)
collection Zone J
disponible depuis le 21 mars 2019
9782874231094 – 6€
à partir de 10 ans

 

La maison des oiseaux

Pour Zoé, harcelée par sa cousine, ses camarades et incomprise par ses parents, sa grand-mère est sa seule amie et elle se réfugie dès que possible chez elle, à la maison des Oiseaux. Mais mamie perd la tête, et les parents de Zoé décident de la placer dans une maison de retraite. Inimaginable pour Zoé comme pour sa grand-mère, qui souhaite mourir chez elle. Alors Zoé décide de fuguer, et d’emmener sa grand-mère avec elle pour retrouver un oncle qu’elle croyait disparu…

★★★★☆

Les secrets de famille sont au programme du nouveau roman d’Allan Stratton ! Mais c’est surtout la relation fusionnelle entre une adolescente et sa grand-mère atteinte de démence qui nous touche, et la difficulté pour Zoé de faire entendre sa voix tant elle est écrasée par une cousine horrible et des parents que la précarité obnubile au point de ne pas voir le mal-être de leur propre fille. La solitude de l’adolescence et la solitude de la vieillesse se mêlent alors, ne trouvant aucune échappatoire et aucun soutien familial, à moins de retrouver cet oncle dont personne ne parle jamais et qui, selon les paroles de la grand-mère de Zoé, se serait occupé d’elle, lui… Le roman devient passe alors par la case road-trip, et montre toute les difficultés rencontrées – et le courage ! – d’une jeune fille qui ferait tout pour donner à sa grand-mère la fin qu’elle mérite. Un roman bouleversant, aux thématiques fortes et rugueuses, comme sait si bien les faire Allan Stratton.

La maison des oiseaux, Allan Stratton, traduit par Sidonie Van den Dries (Milan)
disponible depuis le 29 mai 2019
9782745995872 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Rattrapage – Vincent Mondiot

Elle, c’est la fille populaire du lycée, « la blonde au cul bandant ». Lui, c’est le mec moche, plein d’acné jusque sur la raie des fesses, dont elle et ses copains se sont foutus de la gueule pendant toute l’année scolaire. Jusqu’à ce qu’il tente de se suicider et fasse le reste de sa scolarité ailleurs. Alors on a plus parlé de lui, jusqu’à ce qu’elle le voit, le jour du rattrapage du bac.

★★★★☆

Monologue puissant et nécessaire, c’est la voix de celle qui a harcelé que l’on découvre. Cette fille qui était la reine du lycée et qui s’est bien amusée avec ses amis populaires à prendre des photos, faire des vidéos ou simplement dire des méchancetés sur ceux qui n’étaient pas de leur bande, tous ceux qui sont moches, bizarres, geek, ont des baskets troués, des yeux de poisson, etc. Jusqu’à s’acharner sur ce garçon aux cheveux gras, aux noms de groupes débiles tipp-exés sur son sac à dos, à l’acné galopante qui le leur a jamais rien fait et qui, un jour, s’est ouvert les veines en plein cours de philo. Ce jour de rattrapage où elle le croise, c’est celui de sa dernière chance : de se tirer de ce lycée dont elle ne veut plus entendre parler, et de laisser ce souvenir terrible derrière elle. Mais pas facile de tirer un trait pour celle qui croyait que ce n’était qu’un jeu, que c’était pas bien méchant. Pour celle qui s’en veut, qui se demande s’il la hait, qui voudrait dire pardon, qui cherche à se « rattraper ».

Un texte très fort, du point de vue du harceleur, qui s’intéresse aussi à l’effet de groupe, à cette idée que tout ça, c’est juste pour rire, et qu’ils n’ont qu’à pas être moches, les autres, en fait. Que tout ça c’est leur faute ! Toute cette difficulté à comprendre que non, rien de tout ça n’est normal, que personne n’est moche, gros ou trop bonne. Et que personne n’a à souffrir de cela. Une réflexion sur la culpabilité, bien sûr, mais aussi sur la recherche d’absolution. Et comme toujours dans ces textes courts de la collection « D’une seule voix », c’est non seulement percutant, mais aussi tout en nuances. Un indispensable !

Rattrapage, Vincent Mondiot (Actes Sud Junior)
collection D’une seule voix
disponible depuis le 3 avril 2019
9782330121006 – 9,80€
à partir de 13 ans
Son
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Dix – Marine Carteron

Dix. C’est le nombre de participants à une émission de télé-réalité novatrice qui se déroulera dans un manoir perdu sur une île. Sept adolescents, entourés de trois adultes, vont participer à une sorte d’escape game littéraire où le but du jeu n’est pas seulement de résoudre l’énigme…mais de s’en sortir vivant !

★★★★☆

Quand ils nous promettent un « clin d’œil sanglant » aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, les éditions du Rouergue ne mentent pas sur la marchandise ! Marine Carteron reprend la trame de ce célèbre roman pour nous proposer une histoire de vengeance moderne. Certains ne seront donc peut-être pas surpris par le déroulé du récit, les autres auront le plaisir de découvrir et assister à un huis-clos macabre et malsain dans lequel tous les personnages ont des choses à se reprocher. Mais tout le monde s’accordera sur l’efficacité du récit et le rythme – des chapitres courts et des changements de personnages qui s’enchaînent – qui ne nous fait pas lâcher le roman !

Amateurs d’hémoglobines, vous serez servis ! Marine Carteron rivalise d’imagination – tout en s’inspirant de contes et de mythes, éléments importants de cette histoire – pour décrire les tourments de ces dix coupables. Des descriptions sans fard, qui risquent de vous donner quelques renvois, soyez-en avertis ! En tous cas, et sans vous révéler la teneur des raisons du supplice de ces dix personnages aux types très marqués, il est captivant de découvrir peu à peu ce dont ils sont tous coupables, la façon dont chacun essaye de se dédouaner de ses crimes ou de vivre avec cette culpabilité. Marine Carteron est vraiment très forte pour nous tenir en haleine et nous inciter à tourner les pages jusqu’à connaître le fin mot de son histoire (même si c’est l’heure de dodo depuis longtemps !).

Dix est un roman sans complaisance, pour les tortionnaires, bien sûr, mais aussi pour ceux qui ont laissé faire. Cru et cruel, le roman aborde des thématiques actuelles très fortes et, en ce sens, la libre adaptation fonctionne très bien. On prend un certain plaisir – un peu coupable, ok – à se délecter du châtiment réservé à tous ces personnages retors que vous allez vite trouver détestables. Alors, vous vous laissez tenter ?

Dix, Marine Carteron (Le Rouergue)
collection DoAdo Noir
disponible depuis le 20 mars 2019
9782812617324 – 14,80€
à partir de 14 ans
Son
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♫ Tout au bout de mes rêves… ♫

Les deux romans que Bob vous présente aujourd’hui n’ont absolument rien à voir et pourtant… Deux romans portés par des narrateurs garçons, deux romans où les rêves (et les cauchemars !) sont le moteur de leurs histoires, deux romans aux ambiances à la limite de l’étrange… Allez au bout de vos rêves avec Jean-Jacques Goldman et Bob & Jean-Michel, c’est cadeau ! ♫

Même pas en rêve

Timéo entre en seconde et à l’internat en même temps. Surpris une nuit à rêver un peu trop intensément de la jolie Aliénor, il devient le souffre-douleur de ses compagnons de chambrée. Heureusement, il peut compter sur Louis, ténébreux et mystérieux, sur qui toutes les émotions semblent couler alors que Tim est complètement aux prises des siennes. Une amitié forte et étonnante, bientôt renforcée par des événements qui vont interroger Tim sur son nouvel ami…

★★★★☆

Difficile de survivre dans le milieu hostile du lycée quand on est un garçon craintif de nature, et particulièrement pessimiste. Timéo est la tête de turc parfaite et les autres l’ont bien compris. Il va pourtant trouver une aide inattendue mais ô combien précieuse avec Louis, dont toutes les filles sont amoureuses et à qui personne ne cherche des noises. Un passé mystérieux, renforcé par une présence paternelle qui fait rêver – le père de Louis est un brillant chercheur à l’origine de la spectrine, une sorte de drogue capable de faire oublier tous les mauvais souvenirs – et une absence totale de peur, Louis est un véritable héros pour Tim qu’un rien angoisse. Et puis le harcèlement continue et les événements s’enchaînent… Un premier roman de Vivien Bessières très prometteur sur la force de l’amitié et le harcèlement, bien sûr, mais avec aussi une ambiance proche du thriller qui nous interroge sur les traumatismes et l’acceptation d’une réalité qu’on voudrait oublier ou supprimer de son esprit. Un roman juste, parfois cruel mais surtout sensible sur l’adolescence. A découvrir !

Même pas en rêve, Vivien Bessières (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 6 février 2019
9782812617546 – 12,80€
à partir de 14 ans

 

Tant que durent les rêves

Nathan a dix-huit ans et se prépare pour les championnats de France de natation. Il est pressenti pour intégrer l’équipe de France aux prochains JO et ne rêvent d’ailleurs que de ça… Mais depuis quelques temps, une petite voix instille le doute en lui et la peur de ne pas réussir. Cette voix, cette « Bête » comme il la surnomme, prend tellement de place qu’un jour, Nathan assiste impuissant à un phénomène plus qu’étrange…

★★★☆☆

Après avoir déjà fait du sport le thème (entre autres) de son précédent roman, Vivant (dont certains remarqueront peut-être les clins d’œil dans ce nouveau texte), Roland Fuentès continue à explorer la relation de ses personnages à une discipline sportive, à la façon dont elle les forge, aussi bien dans les qualités positives que dans les doutes, les moments de faiblesse ou de découragement. Ici, ce doute prend une forme totalement inattendue pour chavirer dans une ambiance très proche des nouvelles fantastiques du 19e siècle, où le héros assiste avec stupéfaction à un basculement de la plus grande étrangeté. Une expérience étonnante que Nathan va partager avec d’autres personnages du roman, qui vont tous être confrontés à la possible destruction de leur rêve… Petite mention pour Alicia, autrice en herbe, qui permet à Roland Fuentès de faire un parallèle intéressant entre l’écriture et le sport, où le degré de travail, de pratique et de persévérance ne sont peut-être pas si différents ? Un roman dans lequel on se laisse flotter et emporter doucement par le courant, dont les personnages nous invitent à croire en nos rêves et à nous dépasser pour les réaliser.

Tant que durent les rêves, Roland Fuentès (Syros)
disponible depuis le 7 février 2019
9782748526189 – 16,95€
à partir de 12 ans
Son
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Lectures d’été #2

Deuxième et dernière partie des lectures d’été de Bob…eh oui, ça sent déjà la rentrée littéraire ! Mais vous verrez, il est encore question de pas mal de voyages et ceux qui aiment se faire du mal y trouveront aussi leur compte. 😛

Catégorie #vacances de la loose

Un mois à l’ouest

A l’époque où Internet, les SMS et Google Maps n’existaient pas encore (quand vos ados n’étaient même pas nés), Fred tombe amoureux d’une canadienne et décide d’aller la rejoindre. Sauf qu’en fait, la miss partageait pas franchement les sentiments, et notre pauvre garçon se retrouve tout seul à errer sur un continent bien loin de chez lui. Commence alors un road-trip entre Canada et États-Unis, où les quelques dollars en poche fondent comme neige au soleil et où gros ratages et belles rencontres se succèdent. Comme toujours, le style de Claudine Desmarteau est vif, incisif, rythmé et nous offre ici de belles tranches d’oralité québécoise. On se régale des tribulations de ce frenchie un poil loser, qui cache malgré tout une véritable profondeur. Des photos en noir et blanc, comme des petites respirations apaisantes dans la galère, parsèment ce road-trip qui sent le vécu !

Un mois à l’ouest, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 18 avril 2018
9791035201470 – 14,50€
à partir de 15 ans
Y aller

On continue avec un autre loser du voyage : Solal, complètement accro aux jeux vidéo, et notamment à Zelda, qui décide un jour de tout arrêter, de se débrancher, et se lance dans un périple un peu fou : rejoindre le centre de la France, à Bruère-Allichamp. Équipé d’un sac à dos plus lourd que lui et de toute sa motivation, le garçon se lance, il y va ! Hervé Giraud nous offre un road-trip totalement décalé qui fonctionne à merveille : on rit de ce retour à la nature de ce geek un peu halluciné qui n’a que le monde de Zelda pour repère (et qui obtient d’ailleurs des « objets magiques » au fur et à mesure des rencontres de son périple) et on s’attendrit de sa naïveté et de son exaltation en toute situation. Une aventure initiatique jubilatoire !

Y aller, Hervé Giraud (Thierry Magnier)
disponible depuis le 16 mai 2018
9791035201777 – 12,90€
à partir de 13 ans

Catégorie #ouille, ça pique !

Les collisions

Quand deux lycéens de terminale L s’ennuient et décident de jouer les Merteuil et Valmont de leur classe, attendez-vous à un remake des Liaisons dangereuses où les lettres deviennent textos mais où la manipulation et la perversité sont exactement les mêmes ! Gabriel et Laëtitia n’ont absolument rien à envier à leurs aînés de fiction, et Joanne Richoux nous brosse un portrait à l’acide de cette jeunesse qui s’ennuie et qui n’a – presque – que faire des conséquences, nous montrant par là-même à quel point la transposition de la cour du XVIIIe siècle à cette classe de lycée est d’une étonnante modernité. Un roman terriblement dérangeant, mais tellement juste, porté par un style acéré, intransigeant, qui nous place dans la position non moins honteuse d’un voyeur impuissant qui se délecte des drames à venir. Une vraie claque !

Les collisions, Joanne Richoux (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 avril 2018
9782377310739 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
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Nightwork – Vincent Mondiot

9782330086688,0-4499100

Patrick a 14 ans, vit avec sa mère borderline dans une cité où la drogue se vend en bas de son immeuble et qui a valu six mois de prison à son grand frère Abdel. Au collège, il est la proie favorite des harceleurs les plus brutaux. Son seul refuge, ce sont les jeux vidéo, une passion qu’il partage avec Mégane, sa meilleure amie. Mais lorsqu’Abdel sort enfin de prison, la vie déjà pas bien grandiose de Patrick ne va pas s’arranger…

★★★★☆

C’est un Patrick de 21 ans qui nous raconte son histoire, celle qui a peut-être débuté lors de ce sauvetage de moineau sur le chemin du retour de l’école, mais qui a surtout commencé bien des pages plus loin, quand il fut cet adolescent gringalet accro aux jeux vidéo, que son frère était en prison et qu’il ne pouvait même pas compter sur sa mère alcoolique et au chômage. Il lui faudra un certain temps avant de nous révéler cet « élément perturbateur » qui va chambouler totalement sa vie et peut-être a-t-il bien fait de nous raconter tout cela avant, d’amener du contexte à ce qui va suivre, à ce qu’on ne manquera pas de penser de lui si on ne connaissait que cet « élément perturbateur » ?

Difficile de ne pas trop en dire sur ce magnifique roman ! Vincent Mondiot dresse le portrait d’un jeune garçon qui ne demandait qu’à être aimé et s’est retrouvé à n’être qu’un ado égoïstement transparent et malingre avec pour seul espèce d’amour la protection d’un demi-frère. Et pourtant, on s’attache à Patrick, à sa volonté de se rappeler le bon en lui et dans sa famille, de rêver ce jeu vidéo qu’il s’imagine concevoir lorsqu’il sera plus grand, et de penser à son avenir, se débarrasser des mauvais souvenirs. Le jugera-t-on pour cet acte unique qui a bouleversé sa vie ? C’est toute la question qui hante Patrick alors qu’il nous déroule le fil de ses pensées. Et c’est tout le talent de Vincent Mondiot de nous proposer avec justesse et sincérité de découvrir l’histoire de Patrick, ses longues journées au collège et les soirées plus longues encore avec cette mère quasi-folle, son amitié improbable avec une fille qui cumule comme lui les tares attitrées de têtes de turc et l’espoir qu’un frère rentré de prison sera capable de tout arranger. Un roman touchant, poignant, pour sa franchise, son authenticité et pas du tout pour une volonté de nous apitoyer sur le sort d’un pauvre gars. Patrick est un personnage qui marque, tant dans son apparente adolescence toute en autocentrisme dont il finit par avoir parfaitement conscience que dans sa décision finale, qui le marquera lui à tout jamais. Un très beau roman !

Et pour ceux qui avaient lu Tifenn : 1 Punk : 0 chez Sarbacane, vous devriez avoir une surprise assez plaisante. 😛

Nightwork, Vincent Mondiot (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782330086688 – 14,50€
à partir de 14 ans
Son
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La lune est à nous – Cindy Van Wilder

9782367404776,0-4360363

Max a 17 ans et emménage en Belgique suite à la séparation de ses parents. Déjà en surpoids et harcelé pour cette raison, il ne sait pas comment révéler à sa famille qu’il est gay. Olive, elle, est noire, grosse et s’assume complètement grâce à son compte Instagram, « Curvy Grace », qui compte de nombreux fans. Mais lorsqu’on lui propose de rejoindre une chaîne YouTube, les choses dérapent et Olive va être confrontée à la pire méchanceté. Heureusement, les chemins d’Olive et de Max vont se croiser…

★★★★☆

La première fois que Max rencontre Olive, celle-ci se prépare à réaliser le Swimsuit challenge pour son compte Instagram, un défi qui consiste à se renverser un seau d’eau en maillot de bain pour une œuvre de charité. Mais un père de famille n’apprécie pas tellement de voir une grosse noire s’exhiber devant ses enfants au milieu d’un parc public et le lui fait savoir à grand renfort d’insultes racistes, grossophobes et de gestes agressifs. Sans compter ceux qui regardent, avides de conflit et de photos ou vidéos croustillantes à poster sur les réseaux sociaux. C’est dans cette posture que Max, mal dans sa peau, voit cette fille et, dans leurs deux regards se lit une compréhension mutuelle. Leur amitié n’en sera pour autant pas si simple à construire car Olive va très vite se retrouver la cible d’un harcèlement d’une grande violence, sur Internet mais aussi au bahut. Malgré ses amis au lycée ou au Dépôt, le lieu de rassemblement des jeunes avec des convictions, Olive va devoir affronter cette haine quasi seule tandis que Max va tout faire pour l’aider même s’il a ses propres problèmes à la maison et avec son difficile coming out

Avec ce roman très contemporain, Cindy Van Wilder donne la parole à deux adolescents qui ont rarement la chance d’être au premier rang dans les histoires. A travers Olive et Max, elle se fait la voix de l’acceptation de soi et des autres, du droit à la différence et à l’amour de soi. Le personnage d’Olive est ainsi parfaitement écrit : une jeune fille qui a appris à aimer ses formes et à inviter les autres, ses fans sur Instagram, à s’accepter tel qu’ils sont et à voir la beauté partout où elle est, même si elle ne correspond pas à ce que la société attend des jeunes gens et aux images dans les publicités et les magazines. Une apparente force qui se fissure aussi vite qu’il fut long d’accepter son corps trop gros ou trop noir pour les autres. Celui de Max, plus renfermé, plus replié sur lui-même n’en est pas moins d’une grande sensibilité, entre haine de soi et volonté de montrer au monde qui il est vraiment. J’ai beaucoup aimé toute la justesse de l’écriture de Cindy Van Wilder, qui n’hésite pas à dire les choses comme elles sont sans s’encombrer du politiquement correct, quitte à nous bousculer. J’ai aimé les représentations de la famille, de la difficulté à communiquer avec des parents adoptifs, à accepter la séparation de ses parents ou à compter sur son petit frère pour briser sa solitude. Il y a de véritables moments de beauté dans les relations que Max et Olive entretiennent avec leur famille ou leurs amis, notamment ceux du Dépôt, dont les causes vont des droits LGBT jusqu’au féminisme tout en s’amusant en organisant des événements ludiques ou artistiques. Un lieu d’une importance capitale dans le roman pour nos deux personnages.

Je vous laisse donc découvrir La Lune est à nous et ses émotions en montagnes russes où la solidarité, l’acceptation de soi et des autres, la bienveillance sont les maîtres mots de ce roman sensible et nécessaire. 🙂

La lune est à nous, Cindy Van Wilder (Scrinéo)
disponible depuis le 14 septembre 2017
9782367404776 – 17,90€
à partir de 12 ans
Son
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Blue Gold – Elizabeth Stewart

En 2014, nous découvrions Elizabeth Stewart avec un très beau roman historique, Justice pour Louie Sam, autour des populations indiennes et de la justice. Cette fois-ci, elle nous emmène à travers le monde, à la rencontre de trois jeunes filles emblématiques de notre époque, confrontées elles aussi à la justice, ou plutôt l’injustice.

9782747055246,0-3755047Fiona est canadienne. Après une soirée un peu arrosée, cette lycéenne envoie un selfie dénudé à son petit ami. Sylvie est congolaise, réfugiée en Tanzanie où elle vit dans un camp après avoir vécu l’horreur dans son village natal, pillé pour un minerai précieux : le coltan. Laiping, elle, a quitté son village et sa famille pour trouver du travail dans une usine de fabrication de téléphones dans une grande ville. Les trois jeunes filles ne se connaissent pas mais elles ont un point commun : le téléphone portable.

★★★★☆

Le portable est-il plus précieux que leurs vies ? Un sous-titre peut-être un peu racoleur mais qui va pourtant se révéler être la véritable question pendant tout le roman. Ce sont donc trois voix que nous suivons : Fiona, lycéenne accro à son portable qui fait l’erreur d’envoyer à son nouveau petit ami une photo de ses seins, qui perd le fameux objet et se retrouve être exposée à tous ; Sylvie, jeune réfugiée en Tanzanie avec sa mère et ses petits frères et sœurs a vécu des événements traumatiques qui lui ont laissé une cicatrice lui balafrant le visage et qui doit concilier la survie de sa famille, son désir de faire des études de médecine et son frère qui se laisse entraîner dans les magouilles du chef de guerre local ; et enfin Laiping, qui espère envoyer de l’argent à ses parents en travaillant à l’usine, découvrant un tout nouveau monde qui lui semble merveilleux avant de se rendre compte des terribles conditions de travail. Comment ces trois destins vont-ils finir par se rencontrer ?

Roman absolument passionnant, c’est bien cette idée de vies croisées qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Mais c’est aussi, et surtout, ces portraits très justes et touchants de ces adolescentes aux prises avec une société qui les dépasse, qui vont découvrir toute l’injustice de leurs conditions respectives et devoir se montrer forte pour surmonter ce qui les attend. Même si Fiona semble être le personnage le moins exploité (moins de chapitres et une histoire que certains jugeront peut-être moins « grave » que les autres), toutes nous offrent un regard éclairant sur notre monde. Les amateurs de dystopie seront d’ailleurs sans doute ravis de découvrir que la Chine est un décor parfaitement réaliste et actuel – inutile d’aller chercher dans la science-fiction ! Ceux qui aiment les textes engagés ne pourront qu’être sensibles à cet excellent roman qui nous invite à réfléchir à l’exploitation humaine sous toutes ses formes, et à s’informer sur la fabrication des produits de notre quotidien. Une postface de l’auteure vient d’ailleurs compléter son propos. Et ceux qui aiment les belles histoires ne seront certainement pas en reste : Fiona, Sylvie et Laiping vous toucheront au cœur par leur sensibilité et leur désir de changer la société.

Et comme c’est de saison, on proposerait bien Blue Gold pour le projet #unlivrepourdemain lancé par notre copain Tom ! 😀

Blue Gold : 3 filles, 3 destins : le téléphone portable est-il plus précieux que leurs vies ?, Elizabeth Stewart, traduit par Jean-Luc Defromont (Bayard)
disponible depuis le 15 février 2017
9782747055246 – 15,90€
à partir de 13 ans