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J’ai vu un magnifique oiseau – Michal Skibiński et Ala Bankroft

1939. Michal a huit ans. Pour pouvoir passer dans la classe supérieure et progresser dans son orthographe, son instituteur lui demande de tenir un cahier dans lequel il doit écrire chaque jour une nouvelle phrase. Ce qu’il vit, ce qu’il voit, ou ce qu’il ressent. Pendant ses deux mois de vacances, Michal notera consciencieusement toutes les choses qui lui sont arrivées.

Véritable cahier d’écolier tenu par l’auteur quand il était enfant, J’ai vu un magnifique oiseau est un témoignage fort de l’entrée dans la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’un enfant. Tout le cahier de Michal Skibiński ne figure pas dans le livre, comme en témoigne le fac-similé de quelques pages du cahier original à la fin de l’album, mais permet de se rendre compte du changement progressif de la vie du petit garçon, d’abord très insouciante, faite des petites joies quotidiennes puis soumise à l’invasion allemande et à la guerre qui débute, accaparant toute son attention et sans doute sa peur.

Chaque phrase du cahier de Michal est accompagnée d’une illustration en double-page. Et quel magnifique travail que celui d’Ala Bankroft, qui nous propose des peintures impressionnistes à couper le souffle ! Malgré toutes les personnes de l’entourage ou de la famille citées par l’auteur dans son cahier, l’illustratrice a pris le parti de ne jamais représenter de personnages et nous offre uniquement les décors, les objets, les paysages qui rythment la vie estivale de notre petit écolier. Elle donne ainsi à voir tout ce que Michal ne dit pas de son environnement, tout ce que notre imaginaire peut offrir en lisant ses quelques phrases d’enfant, et accompagne de ses couleurs et ambiances la progression de l’histoire. Ainsi les peintures du début de l’album sont-elles ensoleillées et verdoyantes avant que la guerre ne vienne assombrir les ciels et les paysages. Une vision d’artiste superbe qui accompagne à merveille l’apparente naïveté de ce cahier d’écolier. Un album sensible et délicat, magnifique témoignage du basculement de l’insouciance à l’horreur de la guerre. Indispensable !

J’ai vu un magnifique oiseau, Michal Skibiński, illustré par Ala Bankroft, traduit par Lydia Waleryszak (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 16 septembre 2020
9782226451231 – 14,50€
à partir de 6 ans
Son
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Échappées imaginaires

Pour cette dernière chronique avant notre annuel repos estival, Bob vous propose de partir en voyage avec deux petites Alice : nous suivrons l’une en colonie de vacances et l’autre au cœur de la nuit. Emerveillements garantis !

Des vacances timbrées

Alice envoie à sa grand-mère une carte postale où elle raconte ses vacances en colonie. Elle y décrit ses activités, les autres enfants, les visites et les paysages… Mais si le texte semble tout à fait normal, ressemblant trait pour trait à ce que vous écriviez sûrement aussi à vos parents ou vos amis, les illustrations nous emmènent elles dans un tout autre univers, peuplé de créatures fantastiques, de paysages fantasmagoriques et d’activités étonnantes. Un décalage qui rend l’album particulièrement fascinant, jusque dans les dernières pages où la grand-mère d’Alice lui répond, nous surprenant encore un peu plus !

Un voyage magnifique, porté par des illustrations chatoyantes et inspirantes au crayon de couleur, qui rappelle par certains côtés l’univers d’Hayao Miyazaki. Mathilde Poncet mélange habilement la simplicité du quotidien à la richesse du fantastique dans un album qui nous invite véritablement à nous plonger dans les images, à voir et revoir ces petits détails merveilleux qui nous échappent à la première lecture, et à nous questionner sur ces étonnantes vacances : sont-elles le fruit de l’imagination de cette petite fille ou bien un voyage réel dans un monde fantastique ? En tous cas, on a très envie de vivre pareilles vacances !

Des vacances timbrées, Mathilde Poncet (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 9 juin 2020
9782369021216 – 17,90€
à partir de 4 ans

La belle échappée

A la tombée de la nuit, Alice fait la rencontre d’un petit chat sauvage. Mais c’est déjà l’heure d’aller se coucher et le petit chat rejoint ses amis dans la forêt pour leur proposer d’aider la petite fille à s’échapper de sa chambre et l’inviter à découvrir les mystères de la nuit. Une balade nocturne faite d’escalades, de dégringolades pour respirer la nuit, jusqu’au moment où celle-ci s’efface au profit du jour, ramenant Alice dans sa chambre…et accompagnée du chat ! L’album alors bascule, puisque cette fois, c’est le chat sauvage qui va découvrir une incroyable journée auprès d’Alice et de ses amis…

Maylis Daufresne nous surprend dans cette histoire où les rôles sont inversés. Ici, c’est l’animal qui veut ramener l’enfant chez lui, dans son univers. Puis une parfaite symétrie s’opère quand c’est au tour du chat de découvrir l’univers de l’enfant, y découvrant des activités similaires à celles vécues pendant la nuit. Une histoire qui aborde ainsi l’amitié et la découverte de l’autre et de son monde dans une échappée tendre et mystérieuse. Les magnifiques et foisonnantes illustrations de Magali Dulain, au crayon de couleur et à l’aquarelle, illuminent cette nuit et cette journée magiques. On apprécie le petit clin d’œil aux Musiciens de Brême et on se laisse surtout happer par ses couleurs et sa nature aussi douce que merveilleuse. Une échappée magique !

La belle échappée, Maylis Daufresne, illustré par Magali Dulain (Le diplodocus)
disponible depuis le 7 mars 2020
9791094908167 – 13,50€
à partir de 4 ans

Sur ces magnifiques albums, nous vous souhaitons un été flamboyant et onirique !

Son
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La sans-visage – Louise Mey

Clara part en colonie avec sa meilleure amie Aïssa, espérant renouer alors que les deux filles ne sont plus dans le même collège. Entre les rando VTT et le rafting, les journées sont bien remplies et les ados voient sans vraiment voir toutes les bousculades, les petites cruautés de Lila sur Éléonore, surnommée Babar dès la sortie du train ! Au dixième jour de colonie, Éléonore disparaît et personne n’est étonné. Surtout pas Clara, qui a tout vu, tout entendu, et qui a fini par s’habituer, trouvant ça presque « normal »…

Vous connaissez peut-être Louise Mey pour ses thrillers en littérature adulte : il s’agit ici de son premier roman pour adolescents. Vous l’aurez compris, il sera question de harcèlement. Mais surtout, de la façon dont il est perçu par ceux qui l’observent. Et notamment à travers les yeux de Clara, 13 ans, gamine de 4e dont le souci principal est de savoir si Aïssa et elle sont toujours les meilleures amies du monde, comme elles l’étaient avant que cette dernière ne déménage. Cette colo, c’est l’occasion de se retrouver, de resserrer les liens. Mais clairement, Aïssa comme Clara ont changé pendant cette année de séparation, et Clara le vit très mal, souvent jalouse quand Aïssa montre de l’intérêt aux autres ados de la colo (alors qu’ils vont vachement débiles, tous, entre ceux qui sont accros à leur console, celles qui se croient trop belles, ou ceux qui ricanent comme des nazes en se fouettant les mollets avec des branches…) et pourtant consciente que oui, tout a changé. Alors que cette Éléonore se fasse traiter de grosse, de moche, se fasse frapper « sans faire exprès » et autres brimades du même acabit, Clara s’en fout. Le principal, c’est que c’est pas elle, la victime. Et puis bon, elle a qu’à faire des efforts, aussi, Éléonore, non ?

Un roman très fort, donc, construit comme un thriller, oscillant entre le jour J, celui où Éléonore disparaît, et des flashbacks sur les dix jours qui ont précédé, pour comprendre comment on en est arrivé là. Le plus fort est sans doute cette réflexion sur ce que c’est qu’être témoin de ce harcèlement, sur la façon dont, à 13 ans, on est capable de fermer les yeux, d’être heureux que ça ne soit pas tombé sur nous, d’avoir envie de réagir mais d’avoir peur de l’effet de groupe, jusqu’à une sorte d’indifférence, jusqu’à trouver ça « normal »… Louise Mey le rend ici avec beaucoup de justesse et de réalisme, grâce aussi à un style très oral qui nous fait entrer véritablement dans la tête de Clara. La mécanique insidieuse de ce harcèlement est analysée dans son ensemble et, si ce harcèlement est principalement vu par Clara, on le découvre aussi indirectement à travers les autres personnages, depuis les autres ados de la colo jusqu’aux deux moniteurs. Une excellente lecture, jamais donneuse de leçon, mais toujours pertinente et interpellante, qui rejoint les indispensables sur le sujet. A lire absolument !

La sans-visage, Louise Mey (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 10 juin 2020
9782211307031 – 15€
à partir de 12 ans
Son
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En émois – Anne Cortey

En plein cœur de l’été, en Provence, Jeanne ne profite pas tellement de ses vacances. Sa meilleure amie est à l’autre bout de la France, elle doit s’occuper des animaux et aider ses parents dans leur boutique en pleine saison touristique. Son seul plaisir : se baigner dans le lac avec Gwen, resté dans le coin lui aussi. Mais alors que celui-ci tarde à la rejoindre au bord du lac, Jeanne entend la sonnerie d’un téléphone oublié. On y réclame Kévin mais Jeanne ne sait pas de qui il s’agit et la personne raccroche… Quel petit mystère à résoudre pour cet été aussi chaud que long…

Prolongeons un petit peu nos vacances d’été avec ce fort joli texte d’Anne Cortey, pour sa première excursion dans le roman adolescent. Dans un décor provençal absolument charmant, où l’on goûte toutes les sensations de la narratrice, nous transportant littéralement dans la chaleur de la colline et la rafraichissante fraîcheur du lac, Anne Cortey nous offre le récit d’une histoire d’amour qui naît, des premiers émois, comme l’évoque si bien le titre.

Contrairement à ce que laisse penser notre petit résumé du roman, la narration est double. On commence d’ailleurs avec celle du « garçon » avant de passer à Jeanne qui nous emmène dans son quotidien d’amatrice de grasses matinées. L’identité de ce garçon nous sera révélée un peu plus tard, alors que l’on suit à la fois son histoire en même temps que celle de Jeanne, où les rêves de joueur de volley se mêlent à des difficultés au collège ; et son passé à travers des flash-backs sur du papier rose, où l’on découvre les souffrances familiales. Bon, vous pensez bien que ce garçon est évidemment celui que Jeanne finira par rencontrer, mais nous ne vous dirons rien de plus de cette histoire et les circonstances de leur rencontre pour vous laisser apprécier la poésie des mots d’Anne Cortey et son écriture tout en sensations.

A noter la magnifique illustration de couverture de Cyril Pedrosa, ainsi que ses deux planches intérieures, tout aussi belles, qui nous plongent encore plus dans cette atmosphère enveloppante, chaude et intime de cet été du premier amour. Un très beau texte !

En émois, Anne Cortey (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 21 août 2019
9782211302289 – 13,50€
à partir de 12 ans
Son
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Vacances d’été – Mori

Il est désormais temps pour Bob & Jean-Michel de profiter de vacances bien méritées. Avant de vous les souhaiter aussi bonnes et reposantes que les nôtres, une dernière petite chronique pour donner le ton de ces Vacances d’été.

★★★★★

Clic ! Clic ! (Ouais, on est né au 20e siècle, les appareils photos faisaient ce bruit-là !) On prend la pose devant le tableau de la classe pour notre dernier jour d’école. Et puis, comme cette petite fille et son chat noir, le rituel de la pose photo se fera durant toutes les vacances d’été. De ces moments capturés par Mori, à la piscine municipale, chez le marchand de glace, à la plage ou encore à la campagne, se dégagent une incroyable tendresse. La petite fille n’esquisse pourtant pas l’ombre d’un sourire, le petit chat noir semble tout étonné et pourtant, l’auteur parvient à donner à chaque moment une véritable intensité et beaucoup d’humour. Déjà par ces poses très « figées » et répétitives qui nous font instantanément sourire, et puis par ces petits détails parfois incongrus que l’on prend plaisir à observer.

Des petits moments de vie, souvenirs inoubliables de vacances, merveilleusement mis en scène dans des double-pages de très belle composition. Je suis particulièrement tombée en admiration devant celles de la plage, de la mare aux grenouilles ou encore du champ de tournesol.
Bref, un superbe imagier de vacances et un talent à suivre puisqu’il s’agit d’un premier album pour Mori.

Hein oui que c’est trop beau ?

Vacances d’été, Mori (HongFei)
disponible depuis le 16 mai 2019
9782355581557 – 13,90€
à partir de 3 ans

Sur ce, passez de bien belles vacances ! 😀

Son
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La vie est une aventure !

Il suffit parfois d’un rien pour qu’un moment devienne mémorable ! Les personnages de nos albums du jour vivent tous une aventure à leur échelle, depuis le pas de la porte jusqu’au-delà de l’océan.

Courons sous la pluie !

Une famille rentre de la plage quand soudain, l’averse s’abat sur eux ! Vite vite, il faut se mettre à l’abri…mais c’est trop tard, tout le monde est déjà trempé. Pas grave, profitons de cette pluie, sautons dans les flaques, avant de se retrouver autour du déjeuner préparé par mamie. Un album parfaitement de saison qui, avec un texte joyeux et qui va droit au but, nous invite à vivre l’instant présent, trempé ou pas. Les illustrations de Cécile Becq, à la gouache et aux cadrages très cinématographiques, nous offrent des doubles pages éclatantes de couleurs. Un très bel album au doux parfum d’été – malgré la pluie – qui ravivra de jolis et précieux souvenirs de vacances.

Courons sous la pluie !, Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Cécile Becq (Sarbacane)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782377312306 – 15,90€
à partir de 3 ans
Dimanche

Rendez-vous à nouveau chez mamie avec le nouvel album de Fleur Oury. C’est dimanche, et Clémentine rend visite à sa grand-mère avec ses parents. Ce n’est jamais très drôle chez mamie, il faut être poli et il y a toujours plein de brindilles dans ses poils. Alors que les adultes finissent le repas, Clémentine sort de table et cherche à s’occuper dans le jardin. Tiens, un trou dans les buissons ? La petite renarde s’y engouffre, pour découvrir un monde étonnant ! Quel régal que ces illustrations au crayon de couleur d’une incroyable délicatesse ! Et ce orange qui pète ! Fleur Oury nous montre encore toute sa sensibilité et son talent à représenter la nature et l’enfance dans cet album qui loue l’imagination, et crée une proximité toute nouvelle entre une grand-mère et sa petite fille. C’est touchant, poétique, et de toute beauté !

Dimanche, Fleur Oury (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 18 avril 2019
9782369021056 – 15,50€
à partir de 4 ans
Le grand voyage de Rickie Raccoon

Pour ceux qui sont un peu plus grands et savent lire tout seul, c’est avec un grand plaisir que l’on retrouve l’univers riche et plein d’humour de Gaëlle Duhazé. Après Chaton pâle, voici Rickie, une petite ratonne-laveuse (ça se dit sans doute pas, mais on fait ce qu’on veut ici) qui décide de quitter sa terre d’adoption pour partir à l’aventure. Un voyage qui va la mener de Vancouver au Japon, à la recherche du bonheur mais aussi de ses origines. Gaëlle Duhazé nous fait vibrer dans cette aventure étonnante et légèrement déjantée autour de l’estime et la recherche de soi, et du fait de grandir. Une Rickie drôle et attachante, grâce à qui nous découvrons le folklore japonais mais aussi des réseaux insoupçonnés de transports transpacifique (et ça c’est dingue !). On apprécie toujours autant les illustrations rythmées, aux couleurs chatoyantes, et à la précision qui fourmille de petits détails drôles et savoureux. Rickie Raccoon est d’une bien agréable compagnie et on se plaît à lire et relire son incroyable voyage à la découverte d’elle-même.

Le grand voyage de Rickie Raccoon, Gaëlle Duhazé (HongFei)
disponible depuis le 21 février 2019
9782355581489 – 15,50€
à partir de 7 ans
Son
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Vivant – Roland Fuentès

9782748525328,0-4698383

Pour les vacances de Pâques, huit amis se retrouvent dans un gîte près de Marseille. Au programme : révisions, sport et détente pour être fin prêts pour les examens. C’est Lucas qui a invité Elias, un inconnu pour les autres, mais qui attire leurs regards et leur curiosité durant tout le séjour. Jusqu’au moment où l’un des amis, Mattéo, se saisit d’un couteau et transforme ces vacances en combat à mort.

★★★☆☆

Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans les calanques entre deux jeunes hommes. Mattéo, armé d’un couteau, poursuit avec rage Elias. Mattéo, c’est le leader charismatique du groupe de copains étudiants, celui qui pourrait devenir sportif professionnel, qui organise le programme des vacances, qui sort avec la belle Salomé. Elias, lui, est manœuvre sur un chantier et ne connaît dans le groupe que Lucas, qui l’a invité. On ne sait pas vraiment qui il est, d’où il vient, mais son incroyable gentillesse, sa curiosité et son attitude paisible, naïve, interpellent les autres jeunes, certains se sentent mal à l’aise, d’autres ne voient que de la perfection. En tous cas, Elias ne laisse personne indifférent. Et Mattéo encore moins que les autres ! Mais qu’est-ce qui pousse le sportif à ce coup de folie ? C’est bien la question que tous les protagonistes se posent… et nous avec !

Avec Vivant, Roland Fuentès nous propose un thriller psychologique haletant et fascinant. Sa construction, alternant les chapitres de course poursuite et les souvenirs de chaque jeune sur ce qui a sans doute amené à cette folle cavalcade, amène un vrai suspense tandis que se révèlent petit à petit les événements, le déchaînement de violence. Sans vous en dire trop sur ce que l’histoire dévoile des personnages et de leurs motivations, Vivant c’est une réflexion sur notre rapport à l’autre et principalement à « l’étranger », à ce qu’il laisse à voir de lui et à ce qu’il nous montre de nous, ce qu’il provoque en nous, le meilleur comme le pire… C’est aussi une réflexion sur le groupe et comment un élément étranger, justement, peut faire basculer l’équilibre de chacun et du collectif. Et c’est aussi une évocation du sport et de ses valeurs que l’on rencontre assez peu en littérature, où Roland Fuentès met en lumière l’effort, le travail, l’art presque, que demande la performance sportive mais aussi la question de vie, de survie, qu’elle peut représenter pour certains. La dédicace qui figure au début du roman n’est d’ailleurs pas anodine…

S’il est difficile de dire que Vivant est « trop bien », c’est parce que le roman nous laisse avec un drôle de sentiment, celui d’avoir été bousculé, d’avoir posé dans notre esprit les petites pierres de la réflexion à entamer ou à poursuivre sur notre façon d’accueillir les autres, notre aptitude à la tolérance. Un roman profondément humain !

Vivant, Roland Fuentès (Syros)
disponible le 11 janvier 2018
9782748525328 – 14,95€
à partir de 13 ans
Discussion
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Bob & Jean-Mi’ à la playa

C’est la traditionnelle pause estivale pour Bob et Jean-Michel (qui étaient déjà un peu en vacances depuis quelques temps, hein), qui reviendront toujours plus beaux, toujours plus forts dès la fin du mois d’août ! On a déjà commencé à lire de choses très très chouettes pour la rentrée littéraire et on a hâte de vous en parler… ;D
D’ici-là, on vous souhaite…

UN BEL ÉTÉ !

Amusez-vous bien !

Son
5

Star Trip – Eric Senabre

Vous l’avez sans doute remarqué, on aime beaucoup Eric Senabre par ici ! C’est donc avec beaucoup d’excitation et d’émotions que nous attendions son prochain roman. Alors quand on a vu Star Trip, sa couverture de Mathieu Persan trop stylée qui nous parlait tout de suite (Star Trek !!!!) et le résumé, c’était notre réaction :


Alors…vous croyez que Bob a pu être déçu ?

9782278081745,0-4105573A l’été 1968, dans un coin perdu de l’Idaho, May Peeples et son petit frère Sam sont « abandonnés » par leurs parents qui ont dû partir sans pouvoir rien leur expliquer. La jeune fille doit alors jongler entre s’occuper de son petit frère handicapé et collé à la télé pour ne pas manquer sa série de SF préférée : Star Trip ; son petit ami Will qu’une autre fille tente de séduire ; le révérend qui veut absolument faire d’elle une bonne chrétienne ; et son désir de retourner à la ville. Alors, quand un matin, May découvre dans sa grange l’acteur qui joue le capitaine Burke dans la série de son petit frère, tout bascule !

★★★★★

Est-ce là le meilleur roman d’Eric Senabre ? Bob dit OUI ! OUI ! OUI ! Star Trip, c’est un roman hommage totalement fou qui nous emmène jusqu’aux frontières du réel, où une jeune fille de 15 ans va se lancer dans un pari insensé pour compenser l’absence de ses parents et la déception de son petit frère à ne pas avoir de vraies vacances. Avec Will, ils vont en effet décider de construire une réplique d’une navette de Star Trip pour que le gamin puisse jouer avec. Et puis en allant à la grande ville pour faire du shopping, May et Will vont tomber sur une séance de dédicace impromptue de Benjamin Spike, l’acteur vedette de cette série de science-fiction. L’occasion est trop belle pour faire plaisir à Sam, même si le comédien se révèle particulièrement exécrable… Comment Benjamin Spike atterrira dans la grange de May Peeples ? Je ne vous en dis rien, ce serait trop dommage…

Road-trip déjanté et rafraîchissant, Star Trip est LE roman idéal pour se plonger dans une aventure psychédélique au cœur des Sixties, aux références musicales géniales (David Bowie en guest-star), aux personnages secondaires truculents et typiquement farfelus de l’Amérique rurale (je dois dire que le shérif Noir irlandais pur souche m’a fait mourir de rire) et aux mystères particulièrement bien trouvés ! Le roman ne manque pas non plus d’humour, caustique ou absurde selon les situations, et d’amour… Si vous aimez l’aventure, les références au cinéma ou aux séries de SF, à la musique, les personnages forts et les hurluberlus, vous serez, comme Bob, totalement conquis par Star Trip et en ressortirez des étoiles plein les yeux. Un coup de cœur intersidéral ! ❤️

Star Trip, Eric Senabre (Didier jeunesse)
disponible depuis le 10 mai 2017
9782278081745 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Les belles vies – Benoît Minville

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Vasco et Djib’ sont amis depuis leur enfance. Inséparables, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves jusqu’au jour où, après une bagarre, leurs parents décident de les envoyer dans la Nièvre où un couple accueillant des enfants de la DDASS accepte de les recevoir en échange de leur aide à la réparation d’une grange.

★★★★★

C’est le début de « vacances » qui vont totalement changer leurs vies ! Petits jeunes des cités qui font se lamenter les vieilles dames dans les bus, Vasco, d’origine portugaise, et Djib’, d’origine africaine, se retrouvent dans un trou perdu au fin fond de la Nièvre bien franchouillarde, avec son saucisson et ses vaches qui paissent tranquilles. Et quelques racistes. Ils débarquent ainsi chez Tonton et Tata, respectivement 80 et 60 ans, qui ont accueilli plus d’une cinquantaine d’enfants dans leur vie. Parmi ceux présents cet été-là, il y a Dylan et Jessica, frère et sœur abandonnés par une mère incapable de s’occuper d’eux. Le premier, apprenti chez un boucher, a énormément de mal à contenir un tempérament violent, la seconde est une bimbo qui file un mauvais coton. Il y a aussi Chloé, hippie aux cheveux courts dont le passé reste un mystère, et une ribambelle de petits, certains cassés par la vie, d’autres issus d’anciens pensionnaires de Tonton et Tata…

Toute cette smala va passer l’été à se baigner au lac, à la rivière ou la piscine, à faire du vélo, à préparer le repas du midi, à pêcher, aller aux champignons, regarder des films ou encore préparer une adaptation théâtrale de la Sorcière de la rue Mouffetard (avec un clin d’œil à un certain ogre de chez Sarbacane). Et entre toutes ces activités dignes des meilleures colonies de vacances, Vasco et Djib’ vont découvrir un tout nouveau monde et changer, apprendre à grandir. Ils vont d’abord devoir apprivoiser l’indomptable Dylan et ses démons, se découvrir un intérêt tout particulier pour les filles, se confronter aux péquenots du coin qui apprécient moyen la présence de ces parigots. Avec Benoît Minville, c’est tout un panel d’émotions qu’on trouve dans ses romans, ce sont des gosses paumés, des « frères » plein d’humour et de déconne, des premiers amours intenses, des amitiés balbutiantes, de la violence contenue, de la force tranquille, de la sagesse et de la vie. Jamais titre n’a été mieux trouvé pour un roman que celui-ci : Les belles vies. Un roman absolument magnifique, qui nous transporte dans des paysages de vacances à la campagne qu’on a tous connus, dans des émotions tourbillonnantes et dans des personnages dont on sait qu’ils vont nous manquer dès la dernière page tournée. Des belles vie, oui, vraiment très belles. *yeux qui brillent*

Les belles vies, Benoît Minville (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 5 octobre 2016
9782848659237 – 15,50€
à partir de 13 ans