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Magic Charly, t.1 : L’apprenti – Audrey Alwett

Qui n’a pas envie en hiver de se faufiler sous une couette avec un thé et un bon livre, me jette la première citrouille ! Si vous cherchez un livre ensorcelant qui vous embarque dans des contrées magiques, Lisette vous conseille de vous ruer sur ce roman français d’Audrey Alwett – le premier tome d’une trilogie.

Charly, notre jeune héros de 14 ans, n’a rien de « magic », il vit avec sa mère et un chat snob. Il 
a une vie tranquille, jusqu’au jour où sa grand-mère, qui avait disparu voilà 5 ans, refasse apparition, mais celle-ci est devenue amnésique. Charly va découvrir que sa mamie fait en réalité partie d’une confrérie de magiciens et qu’on lui a volé ses souvenirs (par un personnage qui n’est pas sans RAPPELER LA MORT DE TERRY PRATCHETT). S’il souhaite l’aider, il va devoir faire une formation express de magicier (oui oui vous avez bien lu) et déjouer un terrible complot.


C’est un plaisir que de plonger dans ce monde magique qui regorge de codes, de nouvelles inventions gourmandes et farfelues. Vous découvrirez par exemple une théière perpétuelle qui fait un thé différent à chaque tasse qu’elle sélectionne en fonction de votre humeur ; des librairies qui marchent ; des moyens de locomotions qui poussent dans le jardin… et d’autres délicieuses inventions que je vous laisserai découvrir. Mais l’autrice dénonce aussi un monde où la magie est rare et donc commercialisée ; où le pouvoir est concentré dans des institutions douteuses…

Charly est un héros très attachant, il est accompagné de deux personnages féminins Sapotille, apprentie magicier comme lui et June, sa meilleure amie sans pouvoir. Ces deux héroïnes (Sapotille est ma préférée, June râle trop) vont aider Charly à gérer de nombreux rebondissements : des balais volants (qui se transforment en buissons), des tartes-chercheuses (qui s’écrasent sur les figures de leurs victimes) ou encore un dragon (pétrifié). Cependant, je me méfie de June qui, sous son air rebelle, pourrait jouer des mauvais tours ; nous verrons si ma suspicion est justifiée dans les prochains tomes.

Attention! La lecture de ce livre pourrait vous donnez envie d’adopter une serpillière magique au doux nom de Pépouze, Lisette est entrain de négocier avec Bob pour l’ajouter à leur ménagerie magique ★.

Magic Charly, t.1 L’apprenti, Audrey Alwett (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2019
9782075121453 – 16,50 €
à partir de 12 ans
Son
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Pieds de bois – Lalou

Jansen, apprenti d’un grand professeur de botanique, ne rêve que d’aventures et de découvertes scientifiques. Un beau matin, il décide de mettre enfin son plan à exécution : intégrer l’équipage d’un navire sous une fausse lettre de recommandation pour vivre son rêve. Et si cette partie-là du rêve se réalise très vite, la suite de l’aventure va se révéler bien plus complexe et étrange qu’il ne le pensait…

A une époque qui n’est jamais réellement donnée, mais qui nous ramène quelques siècles plus tôt quand le commerce entre les continents était aussi l’occasion de découvertes scientifiques, Lalou nous offre un roman d’aventures aux doux accents de réalisme magique. Aux côtés de Jansen, nous voilà embarqués dans une histoire de marins qu’une catastrophe va contraindre à complètement revoir leurs croyances. Lorsque le Batavia, leur navire, est attaqué et dévorée par des drôles de bestioles, les voilà qui dérivent le long d’une île inconnue, répertoriée sur aucune carte. Quelle n’est pas leur surprise lorsque, débarquant pour trouver de quoi réparer leur bateau, ils tombent sur des géants à la peau de bronze qui, sous prétexte d’obéir au « Protocole », ne leur laisse aucunement explorer leur île, au grand dam de Jansen… Ces Hommes de Bronze, dont les expressions totalement anachroniques nous arrachent quelques sourires, nous intriguent autant que notre héros et, quand ils apportent aux marins en perdition la solution à tout leur problème, on ne doute pas que leurs trésors et leurs mystères attireront bientôt la convoitise…

Une île étrange et inconnue, un peuple mystérieux, il n’en faudra pas plus à Jansen – et à nous lecteurs – pour succomber à la fascination que tous ces éléments exercent, et le récit de Lalou, rondement mené, nous tient en haleine jusqu’au bout. Une fable qui montre aussi l’impact de l’impérialisme sur une population jusqu’à alors coupée du reste du monde – et pour une bonne raison, et rappelle habilement comment les erreurs se répètent, encore et encore. Un roman d’aventures somme toute classique dans sa construction, mais résolument moderne sur les thématiques écologiques et sociétales, qui trouve une saveur toute particulière dans son côté magique et son humour absurde. Une belle découverte ! (On regrettera simplement les nombreuses coquilles qui parcourent le roman…) qui ne sont plus présentes dans le tirage actuel ! allez-y les yeux fermés ! (ou grands ouverts…pour lire, c’est mieux !

Pieds de bois, Lalou (Zebulo)
disponible depuis le 14 janvier 2020
9791096163137 – 13€
à partir de 13 ans
Son
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Talismans – Thierry Magnier et Michael Cailloux

« Bonjour, vous avez un livre pour que mon enfant arrête de faire des cauchemars ? Pour aller sur le pot ? Pour apprendre à se brosser les dents ? Pour [problème de votre choix] » Amis libraires et bibliothécaires, laissez tomber tous ces livres-médicaments que vous conseillez habituellement, car Thierry Magnier nous a concocté un album exceptionnel, en contre-pied de tout ce qui existe, qui devrait ravir autant les parents que les enfants, pour peu qu’ils soient ouverts à l’imaginaire et à la rigolade.

Talismans, c’est un concept simple : quand on a peur de faire pipi au lit, de prendre un médicament dégoûtant ou de partir en voyage sans ses parents, il suffit d’utiliser un monstre-talisman selon un mode d’emploi très précis (l’accrocher comme une guirlande, le placer dans un endroit stratégique, etc.) et souvent accompagné d’une petite formule magique. Alors attention, ça ne marche pas forcément instantanément, c’est choses-là prennent du temps, et peut-être qu’il faudra le refaire plus tard si jamais votre problème est récurrent. Mais avec beaucoup d’humour et de bienveillance, Thierry Magnier distille ses conseils d’utilisation pour une résolution de n’importe quel petit tracas. Il n’y a certes que 14 situations présentées dans ce livre, mais rien ne vous empêche de vous emparer du concept pour inventer vos propres talismans et instiller votre propre magie dans la résolution de vos petits soucis.

Sans doute que cette magie de Thierry Magnier ne fonctionnerait pas si elle n’était pas accompagnée par les illustrations exceptionnelles de Michaël Cailloux ! Celui qui nous avait enchanté par ses tableaux colorés et fourmillant de détails dans Merveilleuse nature et Merveilleuses couleurs met tout son talent au service de ces talismans détachables aux formes étonnantes, aux superpositions d’éléments correspondant à la nature de chaque tracas à combattre, et aux couleurs éclatantes. De très belles frises fleuries, astronomiques ou animales enluminent chaque présentation de talisman, pour un rendu graphique brillant !

N’hésitez donc pas à vous procurer ces précieux Talismans, Thierry Magnier est loin d’être un charlatan et Jean-Michel, qui avait des petits problèmes la nuit, a utilisé Boustroupistouille et Boustroupistache (les monstres-talismans qui permettent d’arrêter de faire pipi au lit) et il en est guéri ! Et autant vous dire que ça soulage bien Bob… ! Oups… !

Talismans, Thierry Magnier, illustré par Michael Cailloux (Thierry Magnier)
disponible le 23 octobre 2019
9791035202699 – 22€
à partir de 4 ans
Son
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Magies des mots et de l’esprit

Le temps est à la fantasy avec nos deux romans du jour. Vous y découvrirez de fascinants mondes où la magie est reine et où les aventures sont aussi nombreuses que terrifiantes pour nos deux héroïnes. Êtes-vous prêts pour un petit pas de côté avec la réalité ?

La fille sans nom

Un soir, Camille décide de quitter sa maison et ses parents qui se montrent incapables de l’écouter. Arrivée près du fleuve, elle découvre une annonce devant une péniche, à laquelle elle décide de répondre, persuadée de commencer une nouvelle vie. Mais le propriétaire n’est autre qu’un mage qui emprisonne par magie la pauvre Camille, initiant le début d’une aventure qui va l’emmener à Ether, un monde jumeau de la Terre où la magie est présente.

★★★★☆

Maëlle Fierpied n’est pas une débutante dans le domaine de la fantasy et du fantastique et nous le prouve encore une fois dans cet excellent roman bourré d’aventures qui nous promet des créatures aussi fascinantes qu’attachantes (les dogrons en tête, savant mélange d’ogre et de dragon), de la magie runique et des puissants sorciers, des prisonnières et des voleurs, des grands méchants et des secrets à dévoiler. 500 pages d’une histoire extraordinaire de quête identitaire qui nous transporte dans un univers riche et complexe, où une jeune fille va se découvrir et grandir au contact d’une ribambelle de personnages particulièrement intéressants. Il ne vous aura pas échappé non plus cette couverture absolument superbe d’Antoine Doré qui donne un très bel écrin au roman de Maëlle Fierpied.

La fille sans nom, Maëlle Fierpied (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 6 mars 2019
9782211239929 – 19€
à partir de 13 ans

 

L’arrache-mots

Iliade a le don merveilleux de donner vie aux histoires qu’elle lit. Bibliothécaire, elle raconte des histoires aux enfants jusqu’au jour où une mystérieuse demande en mariage d’un héritier royal l’amène à Babel, la capitale du royaume d’Esmérie. En attendant de découvrir son futur et cachottier époux, elle devient conteuse de la Reine, où elle éblouit la cour de son talent. Mais bien vite, de nombreuses intrigues et complots la mettent au cœur de bien plus que ce qu’elle pensait…

★★★★☆

Que la première bibliothécaire qui ne rêverait pas d’avoir cet incroyable pouvoir me jette la première pierre ! Pétri de références littéraires (vous en avez déjà repéré rien que dans le résumé), le monde imaginé par Judith Bouilloc est une ode à la lecture et à la littérature. Si le monde d’Esmérie est complètement fictionnel, ses « classiques » de la littérature sont les mêmes que les nôtres (il ne nous manque qu’à savoir si ceux en littérature jeunesse le sont aussi) et sont une grande part de l’intrigue qui se joue dans cette histoire romantique et mystérieuse. Iliade est un personnage absolument charmant, entouré d’une famille aussi drôle qu’engagée, et utilisé par les puissants dans une intrigue qui la dépasse bien vite. Mais c’est une aussi l’héroïne d’une romance passionnante qui ravira les amateurs du genre… On regrettera la fin un chouïa rapide mais là encore, un univers riche et littéraire, qui nous offre une jolie histoire d’amour et de magie pour un très bon moment de lecture.

L’arrache-mots, Judith Bouilloc (Hachette)
disponible depuis le 29 mai 2019
9782016270080 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Les orphelins de métal – Padraig Kenny

Christopher est un jeune orphelin qui travaille pour M. Absalom, un inventeur malhonnête, qui crée des robots. Ces derniers sont désormais courants en Angleterre, où ils sont tantôt serviteurs, tantôt mains d’œuvre. Pourtant, il y a des règles à la création de ces robots et notamment celle de ne pas les faire ressembler à des « authentiques » êtres humains. Le jour où Christopher est enlevé par des mystérieux inconnus, ses amis robots, Lapoigne, Jack, Manda et Rob, accompagnés d’Estelle, jeune fille qui fabrique de la peau, se lancent à sa recherche et vont découvrir de nombreux secrets…

★★★★★

Bienvenue dans une Angleterre uchronique où, après la Grande Guerre, les robots sont aussi naturels dans notre paysage que les grille-pains. Un univers régi par les lois de la mécanique qui interdisent aux inventeurs de donner vie à des robots de taille adulte ou de leur insuffler une âme. Si tout cela vous fait penser aussi bien à Pinocchio que Le Magicien d’Oz ou encore aux lois de la robotique d’Asimov, c’est normal ! Avec de telles inspirations, Padraig Kenny nous offre un conte absolument fascinant et passionnant qui pose la question de ce qu’est l’humanité. Autant vous l’annoncer tout de suite : vous allez être complètement tourneboulés par ces petits robots d’une redoutable candeur et d’une profonde sensibilité malgré leur absence d’âme et leurs cœurs faits de rouages et de métal.

Un roman d’aventures mené tambour battant, qui nous emmène à la découverte de cet univers où s’affrontent inventeurs de légende, terribles secrets et risques inconsidérés, et où l’amitié reste la plus grande valeur pour tous ces petits robots. Des personnages touchants, drôles et loyaux, qui nous font reconsidérer les notions de bien et de mal. De nombreux passages, comme la tentative de M. Absalom de vendre Jack à un couple qui vient de perdre son enfant ; l’arrivée à Havrefer, cette cité où se rassemblent tous les robots qui attendent d’être réparés par Cormier, le plus grand inventeur de tous les temps désormais reclus par le chagrin ; ou encore la découverte de Christopher de sa véritable nature, sont tout simplement émouvants et nous interrogent sur tout ce que peut impliquer une invention aussi extraordinaire que ces robots dotés d’intelligence. Deuil, espoir ou encore mémoire sont alors des concepts susceptibles de trouver une toute nouvelle vie dans cet univers…

Un roman riche et captivant sur la nature humaine, une galerie de personnages bouleversants et une magnifique histoire d’amitié, de loyauté et d’acceptation de l’autre. C’est vraiment très très beau ! ❤

Les orphelins de métal, Padraig Kenny, traduit par Julie Lafon (Lumen)
disponible depuis le 4 avril 2019
9782371021693 – 15€
à partir de 10 ans
Son
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Le royaume de la Pierre d’Angle, t.1 L’art du naufrage – Pascale Quiviger

Après deux ans de navigation avec son équipage, le prince Thibault décide de retourner à Pierre d’Angle, son royaume natal. Le retour est long, entre escales protocolaires et tempêtes, passagère clandestine et orphelin à sauver. Jusqu’au jour où Thibault apprend que son père est mort. Il n’a que quelques jours pour venir réclamer la couronne ou cette dernière échoira à son frère Jacquard, aussi sombre et comploteur que lui est juste et bon.

★★★★★

Et ceci n’est que le début de l’histoire, car ces 480 pages de fantasy sont aussi riches que passionnantes ! Premier tome d’une saga qui en comptera quatre (et on a du bol car ils sont déjà tous écrits et paraîtront donc très vite jusqu’au printemps 2020), tous les ingrédients du genre sont réunis : un jeune prince qui doit se battre pour sa couronne ; une belle esclave en fuite promise à une grande destinée ; des jeux de pouvoirs ; une île mystérieuse et débordant de secrets ; et un soupçon de malédiction ? Là vous vous demandez sûrement : « ok, alors si ça ressemble à ce qu’on connaît déjà, pourquoi c’est aussi bien ? » Et je vous réponds : parce que c’est rudement bien écrit et que, même si on retrouve tous les motifs propres à la fantasy, on ne sait jamais ce qui nous attend vraiment et on se laisse complètement emporter par cet univers et cette histoire passionante.

Pascale Quiviger réussit à nous happer dès les premières scènes du roman. Une écriture fluide, poétique et intelligente, qui ne s’embarrasse pas de fioritures ampoulées comme c’est souvent le cas en fantasy, et qui joue beaucoup sur l’humour. Même dans des situations terribles, certains dialogues sont tout bonnement savoureux et pince-sans-rire. Il est ainsi tout à fait possible d’éclater de rire avant de revenir à des affaires plus sérieuses. Vous vous laisserez alors embarquer dans un récit captivant et intrigant, aux côtés de personnages diablement attachants. Thibault, en tête, bien sûr, car on ne résiste jamais à un prince droit dans ses bottes – même s’il cache quelques secrets. Mais aussi Ema, l’esclave en fuite qui, par son intelligence et son courage, va susciter le respect de tous ces marins évidemment misogynes (vous savez bien qu’une femme sur un bateau, ça porte malheur). Un couple de héros non seulement féministes mais surtout égalitaires, et ça c’est rare. Les seconds rôles ne sont clairement pas en reste, depuis les marins aux personnalités aussi différentes qu’étonnantes (fan de l’amiral Dorec, personnellement), que les présumés « méchants » de l’histoire qui vont sans doute avoir beaucoup à nous révéler dans les tomes suivants…

L’art du naufrage est le premier tome prometteur d’une saga de fantasy où l’aventure et les mystères nous tiennent déjà sacrément en haleine. Embarquez à bord de l’Isabelle, et voguez avec l’équipage de Thibault jusqu’au royaume de Pierre d’Angle, vous ne serez assurément pas déçus du voyage ! ❤

Le royaume de la Pierre d’Angle, t.1 L’art du naufrage, Pascale Quiviger (Le Rouergue)
collection Epik
disponible depuis le 10 avril 2019
9782812618048 – 16,90€
à partir de 13 ans
Son
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Papayou – Matthias Arégui

Depuis le merveilleux et envoûtant Kodhja de Thomas Scotto et Régis Lejonc, les éditions Thierry Magnier nous proposent de temps à autres des albums de bandes dessinées, aussi grands par la taille que par leurs qualités esthétiques et narratives. Et c’est encore une fois le cas avec ce nouvel album de Matthias Arégui. 🙂

9791035201326,0-4694122Bachkopf est le primate le plus grand et le plus fort de la tribu, se rendant indispensable pour ses congénères. Jusqu’au jour où le vieux Papayou trouve un petit chien dans la jungle. L’animal, mignon et rapportant plein de trésors devient très vite l’objet de toutes les attentions… Ce qui ne plaît évidemment pas à Bachkopf !

★★★★☆

Librement inspiré d’une fable japonaise, Hanasaka Jiisan, non traduite en français mais dont vous pouvez en lire une version wikipédienne, Papayou vous rappellera sans doute d’autres contes occidentaux ou orientaux que nous connaissons mieux où un objet ou animal magique attire la convoitise ou la jalousie d’un voisin, d’un ami ou d’un ennemi quelconque. Car, on le découvre très vite, Pipou, le petit chien trouvé par Papayou est magique ! Sa truffe et ses pattes flairent et déterrent les plus chouettes trésors, rendant la vie de cette tribu de macaques vachement plus facile. Ce que faisait pourtant déjà le grand et fort Bachkopf, mécontent de voir son rôle au sein du groupe complètement oblitéré par cette petite bête. Vous l’imaginez bien, Bachkopf ne va pas laisser les choses continuer ainsi et sa vengeance sera terrible…

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L’album de Matthias Arégui s’ouvre dès la première page sur une planche sans texte, où l’on découvre un chien qui creuse et un singe qui applaudit sa trouvaille. Une illustration en pleine page nous montre ensuite tout l’amour du vieux macaque pour son petit compagnon à quatre pattes. Et le narrateur arrive enfin pour nous présenter Papayou et Pipou, apportant la notion de chapitre à l’histoire et remontant dans le temps pour nous montrer comment Bachkopf est passé d’élément indispensable à la survie du groupe au singe envieux et rendu méchant par la jalousie. Une construction et un narrateur-conteur qui donnent tout son charme à cette BD magnifique. Le format imposant de l’album est idéal pour apprécier les images et les couleurs de Matthias Arégui, notamment quand elles s’étendent sur une page entière, nous proposant ainsi des planches belles et terribles, où l’émotion survient quand on ne s’y attend pas. Car il y a de l’humour dans Papayou, des petits détails, des réactions et des situations qui font sourire, mais aussi et surtout des émotions fortes, de la touchante et indéfectible amitié au deuil et à l’espoir en passant par la peine, le désir de vengeance, la haine. C’est très subtil, très joliment dessiné dans les expressions de ces singes et de ce petit chien. Matthias Arégui a un univers et un ton particuliers qui rendent son Papayou magnifique et magique. Une très belle découverte !

Papayou, Matthias Arégui (Thierry Magnier)
disponible depuis le 10 janvier 2018
9791035201326 – 20,50€
à partir de 8 ans
Son
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Maresi : chroniques de l’Abbaye Ecarlate – Maria Turtschaninoff

9782700253085,0-3755066

Sur une île invisible depuis la mer vivent une communauté de femmes. Des sœurs, qui ont fui le monde et sa violence, celle des hommes en particulier, pour vivre sous la protection d’une ancienne magie. Maresi est une adolescente qui a quitté son foyer après une terrible famine et qui espère, grâce à l’enseignement dispensé par les sœurs, pouvoir un jour apporter son savoir dans son ancien pays. Mais un jour, une nouvelle jeune fille arrive sur l’île et, avec elle, une menace sur la communauté…

★★★★☆

Oh mais voilà un roman de fantasy aussi passionnant qu’étonnant ! Nous sommes dans un monde aux frontières non définies, à la carte floue et aux peuples esquissés où l’on s’intéresse à une petite île réputée invisible à qui ne sait qu’elle se cache à cet endroit précis de l’océan. Menos est une île fouettée par les vents, riche d’une teinture précieuse et où ne vivent que des femmes, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, qui ont quitté leurs foyers trop pauvres ou cruels. C’est avec Maresi que nous découvrons l’histoire de l’île et de sa communauté ancienne. Jeune fille dont la famine a frappé le pays d’origine, Maresi se révèle aussi avide de connaissance que des bons plats préparés à l’abbaye. Déterminée et généreuse, elle accueille volontiers la nouvelle venue, Yaï, qu’un passé terrible poursuit jusque dans son sommeil. Entre corvées, découverte du lieu et apprentissage quotidien, Maresi nous apprend comme à Yaï tout ce qu’il y a à savoir sur l’Abbaye Ecarlate et le culte de la Mère Originelle. Un endroit empli de mystères, de légendes et d’une magie étrange. Mais la quiétude de ce lieu est bientôt menacée, tout comme la sécurité de Yaï et des autres femmes de l’abbaye… Car les hommes arrivent.

Avec Maresi, Maria Turtschaninoff nous offre un monde entre douceur et cruauté, espoir et mort. Le début du roman est assez lent, presque contemplatif, nous laissant découvrir l’île et ses habitantes, leur mode de vie et leur croyance et l’arrivée de cette nouvelle fille qui va bouleverser toute l’abbaye. Une manière de nous attacher à ses personnages, à son univers féminin – et féministe – avant de le voir menacé par la cruauté de l’homme. Maresi est d’ailleurs un personnage fort, qui comprend sa chance d’être à l’abbaye tout en n’oubliant pas son triste passé, déterminé à assouvir sa soif de connaissance dans un but de transmission, et effrayé par une facette de la Mère Originelle qui ne cesse de la poursuivre… Au-delà du roman féministe qui évoque tout simplement la condition des femmes et les traitements violents dont elles sont victimes (c’est le lot de beaucoup des jeunes sœurs de l’abbaye), ou de l’importance de l’éducation, Maria Turtschaninoff, à travers la figure de sa divinité, la Déesse aux Trois Visages, évoque aussi toutes les faces possibles de la femme et j’ai trouvé particulièrement intéressant le personnage de la Rose (dont je ne vous dis rien) qui donne une toute autre dimension à ce qualificatif et qui n’est pas si courant en littérature jeunesse. J’ai été véritablement conquise par ce très beau roman, sa mythologie et sa magie, ses portraits de sœurs courageuses, érudites, malicieuses ou travailleuses qui vivent en harmonie. Une magnifique découverte ! 🙂

Maresi : chroniques de l’abbaye Ecarlate, Maria Turtschaninoff, traduit par Johanna Kuningas (Rageot)
disponible depuis le 1er mars 2017
9782700253085 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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La Grande Forêt – Anne Brouillard

97822112169130-3561722

Killiok est inquiet. Son ami le magicien Vari Tchésou ne donne plus de nouvelles depuis le Printemps. De plus, une étrange roulotte serait apparue au cœur de la Grande Forêt, épaississant le mystère. Killiok se rend alors chez Veronica, dans l’espoir qu’elle puisse l’aider. Bientôt, les deux amis décident de quitter leurs maisons et de se rendre dans la Grande Forêt, à la recherche du magicien…

★★★★★

Avec La Grande Forêt, Anne Brouillard signe sans doute son œuvre la plus belle et la plus aboutie. Dans ce premier tome d’une série qui explorera le Pays des Chintiens, un monde imaginaire comprenant onze pays, l’auteure nous transporte dans son univers avec une étonnante facilité. Ses personnages, humains, animaux ou créatures rêvées (à quoi Killiok peut-il bien ressembler ? une sorte de Moomin ?) sont tout de suite attachants et nous rappellent les héros de notre enfance, ceux capables de planifier une randonnée sans rien oublier, de s’aventurer dans les sous-bois sans peur aucune, et de rencontrer d’étranges personnages qui les aideront ou les distrairont de leur quête. Il y a chez Anne Brouillard un imaginaire foisonnant d’une très grande douceur, mais aussi beaucoup d’humour et d’absurde, ce genre de choses propre à l’enfance.

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Un récit magique qui va bien au-delà de l’album : Anne Brouillard passe de l’illustration en pleine page à un découpage en bande dessinée avec une parfaite aisance. Un mélange des genres qui fonctionne à merveille, qui permet de faire avancer l’histoire plus rapidement ou bien de nous laisser le temps d’apprécier tous les détails des maisons, des paysages ou des situations vécues par nos héros dans le Pays du Lac Tranquille. Et pour parfaire son univers, des cartes du pays des Chintiens, des environs de la Grande Forêt ou encore une page de journal viennent apporter toujours plus d’authenticité et d’honnêteté à cette histoire merveilleuse.

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Un album extraordinaire qui plaira autant aux petits qu’aux grands et qui nous donne envie de continuer à explorer la Chintia avec Killiok et Veronica, ou d’autres beaux personnages. 🙂

La Grande Forêt (Le pays des Chintiens), Anne Brouillard (École des loisirs – Pastel)
disponible depuis le 5 octobre 2016
9782211216913 – 18€
à partir de 7 ans
Son
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Un garçon nommé Noël – Matt Haig

Il y a deux ans, Matt Haig nous avait offert un roman exceptionnel de génialitude avec Humains. Aujourd’hui, il revient avec un roman pour les plus jeunes que l’on vous invite à offrir à tous les enfants de 10 ans pour les fêtes de Noël ! 😀

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Nicolas vit en Finlande avec son père Joël, bûcheron. Pauvres, le jeune garçon n’a pour toute possession qu’un traîneau gravé de son surnom « Noël » (car il est né ce jour-là) et une poupée fabriquée dans un navet. Lorsqu’un chasseur se présente dans leur cabane pour proposer à Joël une mission royale, c’est l’occasion de rêver d’une vie meilleure. La mission proposée par le roi : ramener une preuve de l’existence de Lutinbourg, la ville magique des lutins.

★★★★☆

Et c’est ainsi que le père de Nicolas le laisse seul dans leur cabane en plein milieu de la forêt. Jusqu’à l’arrivée de sa terrible tante censée le garder durant l’absence de Joël et qui le force à dormir dehors dans la neige. Après d’horribles moments passés avec elle et ne voyant pas revenir son père, Nicolas décide de partir lui aussi et de tenter de trouver Lutinbourg, et son père. Sur le chemin, Nicolas va faire la rencontre d’un renne blessé qu’il va nommer Eclair et qui va l’accompagner dans son périple. Mais bientôt, l’épuisement les gagne et, sans le concours d’un petit être, Nicolas et Eclair auraient pu mourir… Et c’est ainsi que le jeune garçon et son compagnon se réveillent dans le village de Lutinbourg, accueillis par le Père Topo et Tite Nouch. Mais contrairement à la légende qui parle de lutins toujours joyeux, Nicolas découvre bien vite que quelque chose cloche…

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Comment un petit garçon pauvre comme Nicolas peut-il devenir le célèbre gros monsieur que l’on connaît sous le nom de Père Noël ? C’est tout l’enjeu de cette tendre et magique histoire imaginée par Matt Haig et magnifiquement mise en image par Chris Mould. Un univers de neige et de créatures fantastiques qui nous invite à croire en l’impossible, qui nous montre tout le pouvoir de la bonté, de la bienveillance et de la gentillesse, le crédo des lutins et de celui qui se découvrira la vocation de Père Noël. On se laisse emporter dans cette belle histoire, on sent le vent glacé de la Finlande nous fouetter le visage en enfourchant Eclair, on tremble avec Nicolas dès que l’histoire se corse et on se laisse enivrer par la magie de Noël… Un roman à déguster avec un chocolat chaud et un plaid sur les genoux pendant les longues soirées d’hiver… ☕

Un garçon nommé Noël, Matt Haig, illustré par Chris Mould, traduit par Valérie Le Plouhinec (Hélium)
disponible depuis le 5 octobre 2016
9782330066116 – 13,90€
à partir de 10 ans