Son
1

La sauvageonne – Anne Schmauch

Fleur vit dans une station-essence avec son frère Kilian, prodige du violon, sa mère qui gère la boutique et son père, pompiste et garagiste. Mais depuis de nombreuses années, la station n’attire plus personne et il est difficile de s’en sortir… Fleur et son frère ne rêvent que d’une chose : se tirer de là et monter à Paris, d’autant plus que Kilian a la possibilité de passer le concours du Conservatoire. Le jour où un malfrat vient s’échouer chez eux avec une valise pleine de billets, Fleur et Kilian décident de prendre la tangente…

★★★★☆

Première incursion d’Anne Schmauch dans le roman adolescent après l’excellent Mémé Dusa dans la collection Pépix, l’autrice quitte le registre de l’humour pour un texte beaucoup plus sombre et survolté, sur la quête de liberté de deux adolescents. On commence dans un cadre étonnant : celui d’une station-service perdue dans la cambrousse, entre Laon et Maubeuge, où la vie de Fleur se limite à une montagne de pneus d’un côté et à une odeur tenace d’essence de l’autre avec un père macho et tyrannique entre les deux. Vous aussi ça vous donnerait envie de vous tirer, non ? Quand l’opportunité se présente, si le vent de la liberté souffle très fort, tout comme la promesse d’une vie dorée, Fleur, son frère et leur copain de vacances et d’enfance Rodrigue se retrouvent finalement dans un environnement sans doute aussi gris et empuanti qu’avant : un vieil immeuble crado de Bagnolet avec vue plongeante sur l’autoroute A3. Gaz d’échappements et bruits de circulation ne vont pas les empêcher de continuer à croire à l’impossible. Sauf que ! Dépenser des billets volés, surtout des grosses coupures, c’est pas simple. Et quand on a jamais eu autant d’argent entre les mains, difficile de faire comme si un billet de 500 c’était la routine. On essaye de se faire à cette nouvelle vie qui commence et on fait également des rencontres. La plus marquante étant celle avec un petit groupe de graffeurs qui tente de survivre grâce à des petites combines sur l’autoroute. Et on se retrouve à nouveau dans un environnement totalement inédit, parallèle, invisible… C’est en fait l’une des grandes forces de ce roman que ces lieux inhabituels, habités de personnages bizarres, fantomatiques, terrifiants et, parfois, amicaux. L’autre force de La sauvageonne, c’est sa galerie de personnages, depuis la bagarreuse Fleur jusqu’aux rôles secondaires, dont l’épaisseur malgré leur nombre rend le texte particulièrement bien tenu. Enfin, Anne Schmauch maîtrise parfaitement son action, et ses scènes d’action, pour un rendu aussi brutal qu’efficace. Vaut mieux pas lui chercher des noises à la petite Fleur ! 😛

La sauvageonne, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 mai 2018
9782377311002 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
10

La pyramide des besoins humains – Caroline Solé

9782211221979,0-2644791

Vous avez peut-être vu sur les réseaux sociaux d’étranges publicités pour un nouveau jeu de télé-réalité : La pyramide des besoins humains ? Vous vous êtes interrogés pour savoir de quoi il retournait ? Eh bien, aujourd’hui, date de lancement du jeu, Bob et Jean-Michel vous révèlent TOUT sur cet événement qui va rythmer vos journées et vos soirées ! 😛

Christopher vit sur un bout de carton, dans les rues de Londres. Entre la mendicité et la survie, le jeune homme finit par s’inscrire à une étrange émission de télé-réalité : la pyramide des besoins humains, qui part du principe que l’ensemble des besoins humains peut être classé en cinq catégories. Ils sont 15 000 candidats et, dans un mois, il n’en restera plus qu’un. Christopher pense n’être qu’un numéro parmi tant d’autres… Pourtant, la célébrité n’attend que lui…

★★★★☆

Haha, vous l’aurez donc compris : La pyramide des besoins humains est en réalité un roman ! (Et donc non, nous ne changeons pas notre ligne éditoriale pour parler télévision !) Un roman extrêmement réaliste qui s’attache à un personnage très marginal : un jeune ado, probablement même pas majeur, qui, après une fugue, se retrouve à arpenter les rues de Londres et à vivre sous les porches, dans un carton détrempé. Christopher, à travers les mots très justes de Caroline Solé, nous décrit son mode de vie, ou plutôt de survie, dans un Londres très différent de ce qu’on lit le plus souvent. Un Londres peuplé de sans-abris, où le danger est partout, dans la pluie comme dans les hommes. Il nous livre ainsi ses réflexions sur son existence : son enfance, sa famille, ses rêves, ses compagnons de route…tout ce qui constitue son existence. J’ai été tout de suite touchée par ce personnage qui nous raconte tout cela avec une étonnante lucidité.

Une affiche (fictive, donc !) de la campagne du jeu.

Une affiche (fictive, donc !) de la campagne du jeu.

Et au-delà de cette tranche de vie, Caroline Solé s’intéresse aussi à ce jeu de télé-réalité et à ce qui en découle : l’impact de réseaux sociaux et de la célébrité sur notre rapport aux autres. Car Christopher, comme chacun des joueurs de ce jeu, va tenter de parvenir en finale, même s’il doute fortement d’y arriver. Et il va devoir rivaliser d’imagination pour passer chaque pallier des besoins humains à remplir. On ne reste pas indifférents à l’analyse que Christopher porte sur le jeu, qui nous pousse ainsi à nous interroger nous aussi sur nos besoins fondamentaux.
Un roman original, fin et très actuel.

La pyramide des besoins humains, Caroline Solé (École des loisirs)
collection Médium
en librairie le 27 mai 2015
9782211221979 – 12,80€
à partir de 13 ans