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T’arracher – Claudine Desmarteau

9791035200763, 0-4318608

Un torse nu de jeune mâle, une couverture étonnamment douce au toucher… vous pensiez que Claudine Desmarteau se mettait au new adult ? 😛

Lou est en terminale. Entre les copains, les fêtes et l’Admission Post Bac, ce pourrait être une année tout à fait « normale » pour la jeune fille, mais ce n’est pas le cas. Mais Lou a été quittée par son mec. Et ça, ça l’a proprement anéantie. Son absence l’obsède tandis que son chagrin semble grandir chaque jour. En fait, il n’y a plus rien qui compte que Lui, l’absence de lui…

Bob s’arrache les cheveux

★★★★☆

Le roman s’ouvre sur une page complète de « Toi » répétés inlassablement, qui donne le ton et nous plonge aussitôt dans les affres de la douleur sentimentale. Lou s’est fait jeter comme une vieille chaussette, sans explications et, malheureusement pour elle, elle aimait bien ce trop ce mec qui lui a brisé le cœur. Son chagrin prend de telles proportions qu’elle saoule sa meilleure amie Sacha, qu’elle est encore plus exécrable avec ses parents, et prend les mauvaises décisions. Incapable de le supprimer de Facebook, elle le stalke continuellement, se faisant encore plus mal de le voir en photo avec d’autres filles, elle croit l’apercevoir dans la rue, partout. Et elle essaye de comprendre pourquoi il l’a laissée tomber. Pendant ce temps-là, plus rien d’autre n’a d’importance, malgré son dossier scolaire dont on lui rabâche les oreilles : ses retards, ses notes qui chutent, son avenir, etc. La terminale, c’est l’année importante, n’est-ce pas ?

Sans doute pas quand on a le cœur brisé en mille morceaux. Claudine Desmarteau explore l’une des plus intenses périodes de l’adolescence : le chagrin d’amour. Le vrai, celui où tu te dis que c’est bon, ta vie ne vaut plus d’être vécue et que personne ne peut comprendre ton malheur. Celui qui te vrille les tripes, qui te rend imperméable et aveugle à tout ce qui t’entoure, qui te transforme en tout ce que tu n’es pas. La sincérité transparaît immédiatement dans le texte de Claudine, on retrouve son style vif, à la fois cru et sensible, tout en intensité, où les émotions de l’adolescence sont exacerbées à l’extrême. A tel point qu’on se demande même si le « Toi » de Lou existe vraiment ? Interprétation personnelle sûrement fausse mais qui donne une autre dimension à mes lectures de T’arracher. Et parvenir à oublier ce garçon, à se relever va être toute une épreuve pour Lou, que je vais vous laisser découvrir… Un roman où, encore une fois dans l’œuvre de Claudine Desmarteau, la musique vient jouer son rôle d’expression des sentiments à fleur de peau de son héroïne. Si T’arracher ne m’a pas autant remuée que le fabuleux Jan (qu’il faut lire si vous ne l’avez toujours pas fait), il n’en reste pas moins un roman gonflé de sincérité, et d’espoir.

Jean-Michel s’arrache la tête

★★★★☆

Ce roman m’a semblé interminable – pas parce qu’il était écrit avec les pieds ou que le sujet était mal traité – simplement parce que la passion étouffante selon Claudine Desmarteau est si réaliste qu’on se croit volontiers dans le cortex cérébral de Lou. T’arracher, sous-titre : “je l’ai dans la peau” car loin d’être une histoire d’amour, Claudine débarque sans crier gare avec la thématique de l’aliénation amoureuse. Frustrée par l’absence de son ancien amour, Lou n’est qu’un paillasson, privée de volonté et de sens critique. Ses attentes sont asphyxiantes : un regard, un mot, un geste, une attention de la part de l’autre qui ne viendront pas. Tout cela rend l’atmosphère plus que nébuleuse et on attend avec impatience qu’elle finisse enfin de se renier afin de se reconstruire. Mon gros Bob mentionne plus haut “on se demande même si le « Toi » de Lou existe vraiment ?” tant les émotions négatives sont poussées à l’extrême. Et bien mon cher, ce questionnement est légitime et tu t’es bien fait dupé par la machiavélique Claudine qui voulait probablement que tu en arrives là : ce lien amoureux qui flotte tellement dans le vide et l’absence de réciprocité (parce qu’elle est impossible) faussent le jugement de Lou qui s’enterre toujours un peu plus.
C’est ça, l’aliénation amoureuse.
Claudine Majax, troublante magicienne, on aime ton style.
Et tes goûts musicaux.
Et sinon vous avez lu Jan ?

T’arracher, Claudine Desmarteau,(Thierry Magnier)
disponible depuis le 23 août 2017
9791035200763 – 13,80€
à partir de 14 ans
Son
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La fourmi rouge – Emilie Chazerand

Bob et Jean-Michel reviennent en forme après des vacances bien méritées ! Et comme tous les ans, c’est avec la rentrée littéraire qu’on se retrouve… Pour se faire un peu plaisir avant de retourner sur les bancs de l’école, on vous propose de rester un peu en vacances avec ce premier roman qui explose de drôlerie comme un feu d’artifice !

9782848659985,0-4372232Un prénom de protège-slip, un nom de pâtisserie allemande (qu’on peut aussi déformer pour en faire le petit nom d’une partie de l’anatomie humaine), un œil qui part en vrille et un père taxidermiste qui l’emmène au lycée dans une voiture customisée à la fourrure ? Oui, il s’agit bien de Vania Strudel, 15 ans, présidente du club très fermé des Minables. Heureusement qu’elle a son meilleur ami Pierre-Rachid pour voir la vie du bon côté… Mais voilà qu’après les vacances d’été, le jeune homme revient beau comme un dieu et, surtout, accompagné d’une horrible petite amie…

★★★★☆

Et quand Vania apprend que cette nouvelle girlfriend n’est autre que sa pire ennemie, cette pouffiasse de Charlotte Kramer, autant vous dire que son monde s’effondre définitivement ! Entre le nouveau prof qui ne lui fait pas de cadeaux, les looses quotidiennes, Pirach (pour Pierre-Rachid) qui s’éloigne peu à peu d’elle, et ses conversations à sens unique avec le vieux monsieur du dessus qu’elle garde parfois, la vie de Vania est HORRIBLE. Jusqu’au jour où elle reçoit un mail anonyme qui lui démontre qu’elle n’est pas qu’une vulgaire fourmi noire et qu’elle pourrait être bien plus que ce qu’elle pense d’elle-même et se démarquer réellement, être une « fourmi rouge ».

On connaissait Emilie Chazerand pour ses albums joueurs et irrévérencieux et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on découvre sa plume en long format avec ce roman qui se pose en digne héritier des Petites Reines, dans la même collection, et à rapprocher également de Je suis ton soleil, paru au printemps. On y retrouve en effet une héroïne cynique à souhait, qui aurait sans doute eu sa place sur le podium des Boudins, et dont la vie semble particulièrement vide et improbable. (En vrai, on aimerait bien vivre parfois des trucs aussi loufoques qu’elle !) Entre répliques bien envoyées et dialogues savoureux, Emilie Chazerand nous propose des scènes délectables, des personnages sympathiquement humains, quoi-qu’affublés de beaucoup de tares. Il vous faudra parfois prendre un peu de recul car Vania est une ado qui ne prend pas de pincettes et qui risque fort de vous faire grincer des dents… Un roman particulièrement bien rythmé et piquant dans lequel on ne s’ennuie pas un seul instant ! Un humour qui cache aussi une véritable profondeur, où des sujets « graves » sont abordés avec finesse et sensibilité, comme le deuil ou le harcèlement scolaire. Une mention toute spéciale pour papa Strudel, un adulte responsable, présent, aimant (quand bien même Vania en a parfois honte, le trouve ringard, moche ou relou) et personnage essentiel du roman. Les parents ne sont pas toujours au top dans les romans jeunesse (quand ils sont là, bien sûr) et ça fait du bien d’en voir un qui fait bien son job. Pour ça, merci Emilie !
Petite et insignifiante fourmi noire deviendra-t-elle une belle et piquante fourmi rouge ? On vous laisse le découvrir ! 😀

La fourmi rouge, Emilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 23 août 2017
9782848659985 – 15,50€
à partir de 13 ans