Son
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Duos improbables !

Force est de constater qu’on arrive à vous présenter des romans ou des albums avec des thématiques souvent proches. Cette fois, si les histoires de nos deux romans n’ont pas grand-chose en commun (quoique !), ils nous proposent en revanche tous deux des duos assez improbables… 😛

Nos mains en l’air

Dans la famille de Victor, on est braqueurs de père en fils. Sauf que Victor, c’est pas vraiment son truc. Il est plutôt gentil, et vient même en aide aux victimes de traumatismes. De son côté, Yaël est une toute jeune ado sourde, orpheline vivant chez une tante richissime et détestable. Lorsque Victor est envoyé cambrioler la maison de Yaël, la rencontre est totalement inattendue et va les mener à quitter leurs familles respectives…

★★★★☆

De cette rencontre aussi étonnante qu’improbable va débuter un road-trip d’Angers jusqu’à la Bulgarie où nos deux héros vont apprendre à se connaître et à se dépasser. Le talent de Coline Pierré réside dans la justesse de son ton, et dans la tendresse qu’elle met à chaque fois dans ses histoires et ses personnages. Il faut du temps à Victor pour apprivoiser la jeune Yaël, qui ne se laisse pas abattre par son handicap, mais l’inverse est également vrai, et la relation qui se noue entre les deux jeunes gens est lumineuse, spéciale, et donne toute sa saveur à ce roman aussi drôle que sensible. Une très belle réflexion sur la famille, le dépassement de soi, et une magnifique histoire d’amitié.

Nos mains en l’air, Coline Pierré (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 1er mai 2019
9782812618000 – 14,80€
à partir de 13 ans

 

Et la Lune, là-haut

Alistair est un génie des maths. Son rêve : aller sur la Lune. Mais Alistair n’a jamais mis les pieds hors de son appartement, où il vit seul avec sa mère. S’il est incollable sur les sciences (de l’astronomie au décryptage des émotions), il est en revanche complètement démuni lorsque sa mère décède, le laissant totalement seul. Il se décide alors à sortir et est tout de suite repéré par Yaro, un jeune sans-papiers qui flaire le bon pigeon…

★★★★☆

Nous passons un cran au-dessus dans l’improbable avec le duo Alistair-Yaro et leur histoire aussi rocambolesque que délirante ! Pourtant, et comme chez Coline Pierré, les choses sont loin d’être marrantes : la relation toxique entre Alistair et sa mère, le passé d’immigré de Yaro et toutes les embûches qu’ils vont rencontrer au cours de leur drôle de périple… Car malgré tout cela, et en dépit de la volonté de Yaro de juste crécher au sec quelques jours et se barrer ensuite, comme nous, il ne peut que s’attacher à ce drôle de zozo incapable de savoir ce que l’on fait lorsqu’une personne décède (la mettre dans le canapé n’est pas une bonne idée, par exemple). Muriel Zürcher réussit avec beaucoup d’humour et d’humanité à nous emporter dans ce compte à rebours décalé vers la réalisation des rêves d’Alistair et de Yaro.

Et la lune, là-haut, Muriel Zürcher (Thierry Magnier)
disponible depuis le 22 mai 2019
9791035202507 – 14,50€
à partir de 13 ans
Son
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Ma fugue chez moi – Coline Pierré

9782812610523,0-3163137

Vous l’avez peut-être remarqué, on aime un peu beaucoup Coline Pierré ici ! Il était donc normal de continuer à vous parler d’elle et de ses livres moelleux et enveloppants.

Après une énième humiliation au collège et l’annonce que sa mère ne rentrera pas pour les fêtes de Noël, Anouk décide de fuguer. Sa préparation est exemplaire et la voilà dehors, prête à rouler sa bosse sur les routes d’Alsace…jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle ne sait pas où passer la nuit. Son projet avorté, elle rentre chez elle, toute penaude, avant de trouver la solution pour faire sa fugue : le grenier !

★★★★☆

C’est sur cette idée un peu folle et étonnante que repose ce très beau roman de Coline Pierré. Il y a un mal-être chez Anouk, entre son ancienne meilleure amie Marina qui la maltraite au collège et sa mère absente depuis des années, sans compter son père qui ne semble rien comprendre à ses émotions… Seule sa petite sœur Bena est capable de la rendre heureuse, mais celle-ci est en internat et Anouk ne la voit que le week-end. Alors elle décide de partir, de fuguer, de se prendre un petit studio quelque part et vivre sa vie, jouer de son banjo, être libre. Mais son rêve d’évasion romantique se heurte à la dure réalité de la vie et, malgré cette désillusion, Anouk choisit le grenier de sa maison pour assouvir son désir de solitude. Mais alors qu’elle organise sa vie dans cette pièce oubliée, Anouk se rend compte qu’elle entend tout ce qui se passe dans la maison grâce à la tuyauterie. Une astuce idéale pour savoir quand part son père pour descendre et prendre une douche ou se ravitailler, mais aussi une difficile prise de conscience que sa fugue laisse des traces chez les autres…

Je n’en dis pas plus sur cette histoire qui, malgré ce que je peux en dire, laisse beaucoup de place à l’humour et à des situations qui vous seront sourire. Anouk est une jeune fille particulièrement discrète et débrouillarde et on s’attache très rapidement à elle, aux émotions qui la traversent et à ce qui la pousse à fuguer chez elle. J’ai beaucoup aimé ses réflexions, notamment lorsqu’elle évoque sa fugue et les raisons qui l’y ont poussée ; ses souvenirs et sa tristesse de ne pas connaître réellement sa mère, présente à la maison une ou deux fois par an, trop occupée par son métier au Pôle Nord ; sa relation avec sa petite sœur ; sa sensation que son père ne la comprend pas. J’ai l’impression de vous parler d’un roman larmoyant mais ce n’est pas le cas du tout, il y a une véritable douceur dans tout ce que nous raconte Coline Pierré à travers Anouk, je me suis sentie bordée doucereusement dans ses mots et dans son histoire, j’ai ri et je suis sortie de ce livre avec un soupir de contentement. C’est une belle histoire de famille, une jolie rencontre avec cette drôle de fille et sa drôle d’idée, un livre aussi lumineux que le laisse présager sa très belle couverture. 🙂

Ma fugue chez moi, Coline Pierré (Rouergue)
collection DoAdo
disponible le 9 mars 2016
9782812610523 – 10,20€
à partir de 13 ans
Son
4

La folle rencontre de Flora et Max – Coline Pierré et Martin Page

9782211223942,0-2817234

Flora est dans une prison pour mineure. Max est enfermé chez lui, incapable d’affronter le monde extérieur. Pourtant, il va commencer à envoyer des lettres à la jeune fille dont il se sent proche par leur enfermement respectif. D’abord étonnée, Flora va finalement se laisser prendre au jeu et tous deux vont tenir cette correspondance au fil de l’année…

★★★★☆

Une folle rencontre, en effet, et une correspondance étonnante entre ces deux jeunes gens que tout semble opposer ! Flora et Max fréquentaient le même lycée, bien qu’ils ne se soient jamais réellement remarqués. Max a dû le quitter suite à une grave crise d’angoisse, qui l’a contraint à rester dans le cocon rassurant de sa chambre. Quand il apprit qu’une jeune fille de son lycée était désormais incarcérée, il s’est trouvé des points communs avec elle et, sur un coup de tête, décide de lui envoyer une lettre. Débute alors une correspondance qui va permettre à ces deux jeunes de se réconforter l’un l’autre, d’essayer de survivre à leurs enfermements respectifs grâce à une amitié naissante et de se construire leur petite place dans le monde.

La folle rencontre de Flora et Max est un roman lumineux, on découvre chaque lettre avec le sentiment d’assister à quelque chose de singulier, d’exceptionnel. Une impression sans doute liée au procédé utilisé par les auteurs. L’éditeur explique en effet que les auteurs, Coline Pierré dans la peau de Flora et Martin Page dans celle de Max, se sont échangés des lettres quatre mois durant. Ce qu’ils considèrent comme « une expérience passionnante et très fertile, car la surprise, la découverte de la lettre de l’autre nous donnait envie de rebondir, de nouvelles idées germaient sans cesse ». Je trouve qu’on sent très bien cette émulation qui transparaît au fur et à mesure que le roman avance, que Flora et Max échangent des idées toutes plus surprenantes les unes que les autres. Mais ce qui m’a surtout beaucoup plu, c’est cette douceur dans les lettres, l’humour et la fantaisie de ces deux jeunes gens. On ressort de cette lecture avec le cœur gonflé d’espoir, comme les personnages de l’histoire. Magnifique !

La folle rencontre de Flora et Max, Coline Pierré et Martin Page (École des loisirs)
collection Médium
disponible le 11 novembre 2015
9782211223942 – 14,50€
à partir de 13 ans

Son
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L’immeuble qui avait le vertige – Coline Pierré

9782812608537, 0-2559769

Aujourd’hui, Hannah et sa famille emménagent dans leur tout nouvel appartement, tout juste inauguré par le maire, qui a prénommé l’immeuble Hector. Hannah est évidemment très heureuse de découvrir sa nouvelle chambre et son superbe placard…jusqu’au moment où l’immeuble se met à trembler. Tremblement de terre ? Bizarre, ça n’a frappé que l’immeuble ! Et voilà que ça recommence ! C’est la panique chez les habitants car Hector continue de trembler…

★★★☆☆

Avec un tel titre, on ne pouvait s’attendre à rien d’autre qu’à un brin de fantaisie. Et c’est le cas ! En témoignent les citations de Roald Dahl et d’Astrid Lindgren en début de roman (au cas où vous auriez toujours eu un doute sur le contenu). Car, franchement, vous connaissez des immeubles qui ont le vertige, vous ? C’est donc tout le sujet du livre, et son petit côté loufoque.
Au début, on essaye quand même de rester rationnel : après tout, un immeuble qui tremble de partout, ce n’est pas normal. Alors on fait venir les architectes, les scientifiques. Rien, aucune idée de ce qui se passe. Il faudra attendre que notre jeune Hannah soit elle-même sujette au vertige pour qu’elle fasse le parallèle entre ses symptômes et ceux d’Hector. Et alors ce seront désormais des docteurs, des spécialistes de la médecine, qui vont intervenir et déclarer que, en effet, Hector souffre de vertige. Mais comment le soigner ? Ça, je ne vous le dis pas et vous laisse le découvrir en lisant le roman…
En tous cas, L’immeuble qui avait le vertige est un petit roman très chouette, avec un petit côté fou qui devrait plaire aux plus rêveurs. Très vite, on s’attache à Hannah, son amie Louise et Hector, que l’on finit par considérer comme un être à part entière, avec ses émotions. On rit aussi des frasques du maire, de la politique et de l’urbanisme des villes qui sont gentiment moquées par l’auteur. Et on apprécie le côté solidarité qui se crée au sein de cette communauté de locataires, prêts à tout pour garder leur immeuble et capables d’inventer des choses complètement folles pour le sauver…

L’immeuble qui avait le vertige, Coline Pierré (Rouergue)
collection DacOdac
en librairie depuis le 8 avril 2015
9782812608537 – 7€
à partir de 9 ans