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Aux origines…

Non, nous ne remonterons pas aux origines de Noël alors qu’il ne vous reste que quelques jours pour choisir quels livres mettre sous le sapin. 🎄 Mais peut-être serez-vous tentés par ces albums tendres et drôles qui vous feront découvrir la vérité sur les fantômes ou la création d’une drôle de bête qui ressemble à l’être humain…

La vérité sur les fantômes

On raconte beaucoup de choses sur les fantômes…et vous avez sans doute vous-même plein d’idées sur la question ! Mais tout ce que vous croyez est loin d’être vrai comme va nous le raconter ce petit fantôme qui lève le voile sur les mystères qui les entourent. Ainsi, contrairement aux idées reçues, les fantômes ne portent pas que du blanc, adorent faire peur mais ont parfois la pétoche eux aussi, peuvent être tristes, aimer la glace à la fraise, sortir pique-niquer quand il fait beau ou regarder un film par temps de pluie…

Ne seraient-ils pas comme nous, ces fantômes, finalement ? Lisa Blumen nous offre un album frais et malicieux qui joue avec les mots et les attributs du mythe fantomatique. On avait adoré découvrir son style dans Trafic à la fosse aux griffes (Kilowatt, 2017), quel plaisir de retrouver son dessin tout en rondeurs, au feutre et au crayon de couleurs. Ses petits fantômes aux jambes qui dépassent de sous les draps sont drôles, farceurs, rêveurs, mélancoliques, trouillards et surtout véritablement vivants ! On se laisse embarquer dans ce jeu de cache-cache qui brouille la frontière entre le réel et l’imaginaire pour se terminer sur une résolution finale qui donne la clé du mystère…ou bien l’épaissit encore plus ? Un album tendre et amusant !

La vérité sur les fantômes, Lisa Blumen (Le rouergue)
disponible depuis le 28 octobre 2020
9782812621215 – 16€
à partir de 5 ans

Une drôle de bête

Il y a longtemps, si longtemps que personne ne s’en souvient, le Dabba d’en haut et son frère le Dabba d’en bas, qui créèrent le ciel et la terre et toutes les créatures qui y vivent, eurent l’idée d’une toute nouvelle bête. Une fois créée avec une poignée de terre et l’eau du marigot, les deux Dabba demandent aux autres créatures qui existent déjà ce qu’elles en pensent. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas bien convaincus par cette drôle de bête : pas assez de poils, pas de griffes ou de cornes, bref, rien ne va…

Dans cette histoire qui revisite le mythe des frères Prométhée et Epiméthée, Martine Laffon, qui n’en est pas à sa première exploration de la mythologie, nous raconte avec beaucoup d’humour et d’intelligence la naissance de l’Homme. Et si le texte était déjà truculent en lui-même, on glousse d’autant plus avec les illustrations hilarantes de Delphine Durand, qui nous régale encore une fois de créatures tantôt réalistes, tantôt loufoques mais aux airs toujours ahuris, grognons ou rieurs. Les Dabba ont une allure improbable, tout comme cet Om qui ne semble pas bien mesurer la chance qui lui est offerte, mais leur envie de réussir cette nouvelle bête est aussi attendrissante que touchante. Un album malicieux et foisonnant, des créatures attachantes, pour un conte des origines qui ne cesse de nous fasciner : une réussite !

Une drôle de bête, Martine Laffon, illustré par Delphine Durand (Les fourmis rouges)
disponible depuis le 10 novembre 2020
9782369021308 – 17€
à partir de 4 ans
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De l’art de dessiner…

Dessiner, c’est quand même pas facile ! Bob en est la preuve vivante. Pourtant, nos deux illustratrices du jour nous montrent que tout est possible avec un trait, un rond, une couleur ou même une tâche sur la page… Vous y croyez, vous ? 🙂

Le livre des erreurs

Ça commence comme une erreur de débutant : on a fait un œil plus grand que l’autre. Crotte ! Bon, on remet à niveau mais là, les yeux sont vachement énormes. On cercle avec des lunettes et bim, ça marche. Sauf qu’après, le cou est trop long et les coudes trop pointus… Bref, on ne fait que des erreurs ! Heureusement que Corinna est là pour nous aider à utiliser toutes ces bourdes pour imaginer ensuite une histoire et, surtout, dessiner une image qui va ne faire que grossir et se nourrir de toutes ces tâches d’encre, de tous ces gribouillis et autres ratages !

Avec simplicité, Corinna Luyken nous offre un texte rassurant sur la créativité et l’imagination, ou comment, à partir d’une erreur, on peut tout transformer ! Loin d’être un manuel de dessin, il apporte néanmoins des petites astuces qu’on sera bien contents de pouvoir réutiliser ! Mais surtout, le trait de Corinna Luyken est d’une finesse pleine de douceur alors que se construit sous nos yeux une scène étonnante et merveilleuse. Des dessins au noir sur de grands fonds blancs, avec seulement quelques touches de couleurs. C’est drôle, intelligent et ingénieux ! Et ce n’est pas grave du tout, si on fait une erreur…

Le livre des erreurs, Corinna Luyken (Kaléidoscope)
disponible depuis le 25 septembre 2019
9782877676120 – 14€
à partir de 5 ans

Kaléidoscopages

Avec cette même envie de créativité, d’imagination et de liberté d’interprétation de l’image, Delphine Perret nous invite à découvrir toute la richesse de ce qu’offrent les traits, les points, les tâches, etc. Un album comme un imagier dans lequel nous sont proposées différents interprétations de ce que peut être in zigouigoui (nom savant, cherchez pas) ou une tâche, de toutes les lectures possibles d’une image. Et à travers cette belle manière de nous interroger sur le sens, Delphine Perret nous montre aussi tout ce qu’il est possible de faire avec des éléments de dessin tout simple ! (Dessinateurs en herbe, à vous de vous en emparer !)

Très justement sélectionné pour la Pépite albums au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil (il ne l’a pas eue si vous avez un peu suivi la chose), Kaléidoscopages est un livre à mettre entre toutes les mains, petites et grandes. Delphine Perret nous offre un jeu de perception avec une bonne dose d’humour et nous invite elle-aussi à exercer notre regard, à prendre un crayon et à entraîner notre imagination !

Et si vous n’en avez pas assez, Delphine Perret a sorti en même temps une variation sur l’arbre, tiré d’une des pages du précédent : C’est un arbre. Vous verrez que cette affirmation ne tiendra pas longtemps et, sous la forme d’un récit, on découvre tout ce que peut être un arbre : un abri pour les oiseaux, du papier pour les livres, du bois pour la cheminée, etc. Jusqu’à boucler la boucle (mais on ne vous dit pas comment !). Une très jolie variation pour les plus jeunes au travail imaginé dans Kaléidoscopages.

Kaléidoscopages, Delphine Perret (Le Rouergue)
disponible depuis le 2 octobre 2019
9782812618789 – 15€
à partir de 5 ans
C’est un arbre, Delphine Perret (Le Rouergue)
disponible depuis le 2 octobre 2019
9782812618765 – 12€
à partir de 3 ans
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En ce temps-là – Gaia Guasti et Audrey Spiry

Connaissez-vous cette collection chez Thierry Magnier : Les décadrés ? Le principe est assez simple : un illustrateur a carte blanche pour réaliser des images à partir d’un thème (dans ce cas précis : la forêt et la cabane). Une fois les illustrations terminées, elles sont confiées à un auteur qui invente alors une histoire et réorganise comme il le souhaite les images de l’illustrateur… Voici ce que ça donne avec En ce temps-là. 🙂

9782364749092,0-3269922

En ce temps-là, il existait un monde jeune, neuf, où vivaient trois esprits : Silva, l’esprit de la montagne ; Rio, celui de la rivière et Nyx, celui de la nuit. Chacun avait son rôle dans l’ordre du monde. Jusqu’au jour où une goutte de rosée devient un enfant, dont Nyx obtient la charge. Cet enfant grandit dans son monde de nature, et bientôt, ses rêves aussi…

★★★★★

Connue surtout pour ses romans, Gaïa Guasti propose ici son premier texte pour un album. Et comment vous dire ? Ce texte est d’une puissance et d’une poésie véritablement magique ! Sorte de mythe des origines, En ce temps-là évoque de la plus belle manière la relation de l’homme à la nature et à son environnement. On reconnaît l’influence de la mythologie et des cosmogonies dans ces esprits de la nature et de l’apparition de l’humanité sur ce monde étrange. Les mots de Gaïa Guasti, légers et forts, doux et bruts, se marient parfaitement avec les illustrations aussi splendides qu’envoutantes d’Audrey Spiry. Les couleurs et les lumières font beaucoup dans ces peintures parfois abstraites, parfois très évocatrices. 9782364749092_en-ce-temps3J’ai particulièrement aimé la représentation de ces esprits de la nature, entre grands singes et figures mythologiques. On sent dans les illustrations d’Audrey Spiry une vraie invitation au rêve, à l’imagination et à la magie. Et on ne pouvait pas rêver mieux que le texte extraordinaire de Gaïa Guasti sur ces magnifiques images. 🙂

Un superbe album à découvrir et qui propose en fin d’ouvrage d’entrer dans l’atelier d’Audrey Spiry, pour en savoir plus sur son travail sur cet album, accompagné de quelques mots de Gaïa Guasti sur cette démarche originale d’inventer une histoire à partir d’illustrations.

En ce temps-là, Gaia Guasti, illustré par Audrey Spiry (Thierry Magnier)
collection Les décadrés
disponible depuis le 18 mai 2016
9782364749092 – 16,80€
à partir de 6 ans
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Je serai cet humain qui aime et qui navigue – Franck Prévot et Stéphane Girel

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Un petit garçon passe les grandes vacances chez son grand-père, ancien marin-pêcheur. Lors d’une promenade, il découvre un magnifique coquillage, qu’il porte à son oreille lorsqu’il remarque l’inscription « Ecoute-moi ». Et c’est un poème magnifique qu’il entend, quand son grand-père n’y entend que les vagues de la mer…

★★★★☆

Tanni koseb yasa kana dija sebar… Ainsi commence ce poème étrange entendu dans le coquillage. Une langue, une sonorité inconnue tant de l’enfant que du grand-père. Ce charabia a-t-il un sens ? Petit à petit, à force de l’écouter, l’enfant va être touché par cette musique issue de la conque, et se laisser emporter par les mots étrangers et composer sa propre traduction. Une première traduction qu’il récite à son grand-père, en hommage à sa vie, son bateau, sa femme disparue. Et c’est un grand-père ému qui conforte l’enfant dans son idée d’un poème qui s’adresse à tous, qui voyage et se transmet dans les âmes et dans les cœurs. Après la récitation, c’est donc l’écriture de tout ce que le poème lui évoque, une façon pour l’enfant de se découvrir, de grandir, de mieux percevoir le monde qui l’entoure…

A travers un texte d’une grande qualité poétique, Franck Prévot nous offre une belle histoire de transmission entre un grand-père et son petit-fils et, surtout, un poème fabuleux auquel on peut, comme l’enfant, donner le sens que l’on désire, qui nous inspire, qui nous parle. Une invitation à l’imagination et à la création littéraire à laquelle le lecteur peut d’ailleurs apporter son bout de coquillage en traduisant lui aussi le poème, qui trouvera sa place aux côtés des autres traductions proposées. 🙂
La puissance de cet univers poétique vaut aussi par les illustrations lumineuses, solaires, de Stéphane Girel, dont la délicatesse du dessin et la lumière qui se dégage de ses couleurs sont particulièrement évocatrices. On apprécie d’ailleurs le très grand format qui permet de se laisser encore plus emporter par les images et les mots…

Et pour en voir un peu plus de ce magnifique album et en apprécier les illustrations, une petite vidéo réalisée par l’éditeur. 🙂

Je serai cet humain qui aime et qui navigue, Franck Prévot, illustré par Stéphane Girel (HongFei cultures)
disponible depuis le 19 mai 2016
9782355581113 – 16,50€
à partir de 7 ans