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Amanda et les amis imaginaires – A.F Harrold

 

Rudger est le meilleur ami d’Amanda et son seul défaut est de ne pas réellement exister. Amanda Shuffleup : drôle de fillette, à l’imaginaire débordant passe qui le plus clair de son temps à s’amuser avec Rudger jusqu’au jour où un terrible accident chamboule tout…

★★★★☆

amandaamisimaginairesUn sacré petit roman !  Après l’accident d’Amanda, Rudger commence à s’estomper et pour continuer à vivre, il se doit de retrouver un autre enfant qui croirait suffisamment en lui. Très vite, la solitude gagne ce bonhomme qui part à la recherche de sa vie imaginée par Amanda. Un personnage imaginaire peut-il survivre sans son créateur ? Ce roman possède cette dimension terrifiante où un être tente de subsister dans un monde où tout est contre lui. Vous ne serez pas au bout de vos surprises lorsque vous rencontrerez Monsieur Butor qui a la réputation de hanter les mondes imaginaires. Sinistre, on raconte qu’il les mangerait…C’est brillant, dramatique et drôle. Les illustrations d’Emily Gravett ajoutent une force supplémentaire à cet ouvrage qui est déjà d’une belle originalité. Si vous connaissez le dessin animé Foster, la maison des amis imaginaires (oui, ici nous aimons Gulli et Cartoon Network), vous trouverez de petites similitudes qui raviront votre goût pour l’onirique, la fantaisie et où vous développerez un attachement certain aux personnages qui sont choux : Rudger est si gentil que la perspective de lui faire un câlin vous décrochera un sourire. Amanda est spirituelle et le fait qu’elle ne soit qu’une enfant provoque des situations farfelues nécessaires à l’histoire.

On peut tout de même se questionner sur la santé mentale de cette fillette. Ne faites pas « OHHH », je sais que tout le monde se pose la question. Elle va bien. Je vous le promets. On se dit que ses parents doivent être des gens horribles pour qu’une enfant soit poussée à l’extrême dans ses retranchements…mais il s’avère que sa maman est une femme tout à fait réconfortante, posée, délicieuse et son instinct maternel ne lui impose pas d’emmener sa fille consulter un psychiatre. Elle préfère jouer le jeu de son enfant, tout simplement. N’est-ce pas pendant l’enfance que l’imaginaire se doit de ne pas être brisé par un autre que soi-même ?

Amanda et les amis imaginaires, A.F Harrold & Emily Gravett (illustratrice)
(Seuil Jeunesse)
disponible depuis le 1er octobre 2015
9791023504088 – 15€
à partir de 10 ans

Son
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Ses griffes et ses crocs – Mathieu Robin

GetBlob.ashx

Bob avait prévu de faire son article un peu plus tôt mais figurez-vous que, à l’instar des personnages du roman qu’il va vous présenter, votre morse préféré est parti en vacances dans une contrée sauvage (la Bourgogne) et n’avait aucun moyen de communication avec le monde…jusqu’à aujourd’hui. 😛

Marcus a toutes sortes de tocs qui font de sa vie une suite de cauchemars. Lorsque sa famille part en vacances avec des amis dans un chalet perdu au fond de la forêt, ses repères sont complètement chamboulés. Et cela ne s’arrange pas lorsqu’il tombe sur un livre parlant de la montagne où ils se trouvent, une montagne que la légende dit maudite…

★★★★☆

Si vous souhaitez vous faire peur cet été, alors Ses griffes et ses crocs est fait pour vous ! L’intrigante et magnifique couverture du livre donne très bien le ton : il y a aura du mystère, des légendes et sans doute du frisson. Et tout y est, en effet. On découvre tout d’abord Marcus et ses angoisses qui l’amènent à ne pas pouvoir marcher sur les rainures du parquet ou à devoir prendre absolument le même chemin à l’aller et au retour ; on apprend à connaître sa famille, et notamment sa grande sœur Lia, rebelle un peu gothique qui le traite avec mépris. Puis ceux avec qui ils vont passer leurs vacances : Mary et Paul, jumeaux parfaits, et Sam, leur grand frère trisomique, accompagné de son gros chien Hercule. Tout ce petit monde va être enfermé dans un chalet à flan de montagne et devoir s’adapter aux manies déroutantes de Marcus. Jusqu’au moment où les parents disparaissent suite à une promenade…
C’est à ce moment que tout va se jouer et que l’on se retrouve dans un roman oscillant entre l’aventure et l’horreur, où des enfants vont être livrés à eux-mêmes et devoir s’improviser « héros ». Car Marcus découvre très vite les secrets de la montagne et la légende qui l’accompagne, une légende terrible qui parle d’une Bête, un monstre qui dévore tout sur son passage. Et quand tous les animaux de la forêt s’enfuient, Marcus est persuadé que la Bête s’est réveillée par sa faute. Car il a enfreint ses tocs.
Mathieu Robin parvient à nous emporter dans son roman dès les premiers instants. On sait que quelque chose va arriver, mais quoi ? Il nous fait passer de surprises en surprises, des vrais surprises, car on ne voit rien venir et on a pas l’habitude de voir certaines choses arriver… Qu’il est difficile de vous en parler sans dévoiler des moments importants !
En tous cas, Ses griffes et ses crocs est un roman captivant et angoissant, qui parvient à maintenir son suspense et ses révélations jusqu’à la dernière page.

Ses griffes et ses crocs, Mathieu Robin (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible depuis le 3 juin 2015
9782330050795 – 13€
à partir de 13 ans

Son
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Le coeur de la poupée – Rafik Schami

9782211211819,0-2644780

Quel étrange livre que Le cœur de la poupée ! Il faut dire aussi que Bob l’a un peu cherché, car il n’aime pas trop les poupées…ça lui file la pétoche ! Et cette couverture et ces illustrations de poupées de Grégory Elbaz ont bien accentué le sentiment de malaise de Bob. Sérieusement, ça ne vous fait pas un peu peur, vous ?

Un jour où il fait tout gris, Nina accompagne ses parents au marché aux puces. Sous l’étal d’un vendeur, elle découvre une poupée dans un seau, mais il se n’agit pas de n’importe quelle poupée. C’est Petitoi, une poupée qui parle et qui est capable d’aspirer les peurs. Une poupée parfaite pour Nina. Mais une poupée à qui il manque pourtant quelque chose et qu’elle aimerait beaucoup avoir…

★★☆☆☆

Le cœur de la poupée nous emporte dans un univers très enfantin, où les chapitres se succèdent sans toujours se suivre. En effet, nous suivons Nina dans sa vie de tous les jours, les anecdotes de l’école, ses jeux avec sa voisine, ses angoisses et ses peurs, les gens qu’elle rencontre. Et Petitoi, qui est toujours là pour jouer avec elle, lui raconter des histoires ou des souvenirs de ses vies d’avant avec d’autres enfants, discuter avec les autres peluches et jouets, etc. Un univers qui semble finalement ne s’ancrer dans aucun temps en particulier. Je croyais d’ailleurs que le roman se passait à une époque plus ancienne que la nôtre. Les illustrations semblent intemporelles et l’écriture de Rafik Schami agréablement vieillotte. Mais différents éléments du récit nous prouvent que non.

Le cœur de la poupée aborde une certaine variété de thèmes, depuis la peur enfantine en passant par la mort et le deuil, mais qui a surtout une grand part de philosophie. Car Petitoi se demande ce que cela lui ferait d’avoir un cœur, de ressentir comme Nina ressent les choses. Et la petite fille et la poupée échangent régulièrement sur des concepts comme la mort ou l’âme…
Un roman étonnant, donc, sur l’importance de l’enfance, mais dont j’ai peur qu’il ne trouve pas son public autant chez les plus jeunes que chez les ados de par sa construction peu évidente, qui en fait une lecture peu facile. Il n’a en tous cas pas tellement trouvé son public avec Bob.

Le coeur de la poupée, Rafik Schami, illustré par Grégory Elbaz (École des loisirs)
collection Neuf grands formats
en librairie depuis le 20 mai 2015
9782211211819 – 15,80€
à partir de 9 ans

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Embardée – Christophe Léon

embardeeGeorge et Phil habitent à Paris, ce sont des plasticiens reconnus, d’excellents artistes. Ils sont également mariés et heureux papas de Gabrielle, qui a maintenant 13 ans. Leur bonheur est sans équivoque. L’histoire devient moins douce lorsque Christophe Léon nous entraîne dans un futur sombre où les bouleversements les plus cauchemardesques transforment la vie paisible d’une famille homoparentale en quotidien violent où l’intolérance est maîtresse de la rue. Cette histoire ne vous rappelle rien ? Un passé pas si lointain…la discrimination, les interdictions, les losanges roses à porter sur son torse.

★★★★★

Un énorme coup de cœur pour ce roman

Tout commence par un accident : la voiture a fait une « embardée ». Personne ne porte secours aux deux pères ; « la loi interdisant de porter secours à ces gens-là ». Le losange rose cousu sur leurs poitrines rappelant aux témoins qu’ils sont « différents ». Condamnés à vivre dans un ghetto avec les autres losanges roses, ils sont bannis et fichés. Leurs droits ont été proscrits : plus d’union en mairie, plus le droit d’adopter d’enfants, plus de défilés mais en dépit de cette société à vomir George et Phil s’aiment plus que tout et inculque à leur fille le mode de survie. Les injustices répétées dans ce roman m’ont rapidement fait mal au cœur. Nous apprenons à un passage que Gabrielle est somalienne et elle se fait traiter de « négresse » dans la cour de l’école. Une scène étrange pour la fillette car son environnement familial était jusque là dépourvu de tout racisme. Mais George et Phil arrivent à tout arranger à chaque agression ce qui nous rend le sourire. Ce roman pousse à la réflexion : et si tout cela arrivait ? L’alternative que propose Christophe Léon n’est pas impossible, le roman est d’ailleurs très crédible. Le schéma de la famille traditionnelle n’est pas remis en cause : un papa + une maman = enfant épanoui. Pourquoi pas. Mais l’auteur nous montre que deux papas peuvent rendre également un enfant heureux. Par ailleurs Gabrielle est traumatisée par toutes les violences extérieures dont elle est le témoin et parfois la victime et non pas par le fait d’être élevée par deux hommes. D’ailleurs l’amour qu’ils se portent est exemplaire et rend leur foyer chaleureux. N’importe quel enfant rêverait de grandir dans une famille comme la leur.

Il y a un élément dans le roman que je n’arrive pas à me sortir de la tête : Christophe Léon fait mention d’un groupe que je qualifierai de terrifiant. La LVF : Ligue pour les Valeurs Familiales qui milite pour l’internement psychiatrique des losanges roses. Actuellement, il existe des gens persuadés que l’homosexualité est une maladie.

Ce roman est brillant, il ouvre l’esprit.

Embardée, Christophe Léon (La Joie de lire)
collection Encrage
en librairie depuis le 19 mars 2015
9782889082667 – 13€
à partir de 12 ans

Son
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Eleanor – Holly Black

9782747047708,0-2283387

Aujourd’hui, c’est Halloween, alors quoi de mieux que vous présenter un livre censé faire peur ? Alors voici Eleanor…mais tiendra-t-elle le pari de vous filer la pétoche ?

Zach, Poppy et Alice partagent la même passion : les jeux de rôles avec des figurines. Ils ont inventé leur propre monde, peuplé des pirates, de sirènes et de trésors, gouverné par la Sublime Reine, une étrange poupée de porcelaine qui trône dans une vitrine chez Poppy. Mais un jour, Zach est contraint d’arrêter de jouer et le plus étrange se produit : la poupée s’anime et ordonne à Poppy de la ramener auprès des siens ou les trois enfants ne connaîtront jamais le repos…

★★☆☆☆

« Certains jeux peuvent s’avérer dangereux », telle est la phrase d’accroche de la quatrième de couverture. Malheureusement, je n’ai pas été aussi effrayée que je l’espérais. Le début du roman est un peu long à se mettre en place, l’auteur prend le temps de nous présenter les personnages, leur vie plutôt tranquille ou les difficultés familiales qu’ils rencontrent. Il faut attendre d’être arrivé au tiers du livre pour que l’aventure commence véritablement, quand les enfants décident de se lancer dans cette quête folle de ramener la Sublime Reine, qui contiendrait les cendres d’une petite fille morte, dans sa ville d’origine afin de l’enterrer. C’est également à ce moment que les éléments de peur ou d’horreur entrent dans l’histoire, car des choses bien étranges se déroulent durant leur périple, des choses auxquelles la poupée ne serait pas étrangère… Eleanor fera-t-elle peur aux plus jeunes ? Peut-être, mais j’ai trouvé que le roman aurait pu être un peu plus effrayant ou, du moins, garder le suspense jusqu’au bout et jouer un peu plus sur les doutes des personnages. Car j’ai trouvé que les enfants acceptaient assez facilement l’histoire de cette poupée (qui est pourtant terrible !) et ne semblaient pas toujours être dans une peur constante. A un moment donné, l’auteur insiste plus sur l’aspect initiatique de son histoire, et la façon dont cette quête fait grandir Zach et Alice. Déçue, donc, par cette histoire que j’attendais vraiment effrayante…

Eleanor, Holly Black (Bayard jeunesse)
en librairie depuis le 16 octobre
9782747047708 – 13,90 €
à partir de 10 ans

Son
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Un hiver en enfer – Jo Witek

9782330034306

Avec Jean-Michel, on a rencontré Jo Witek début septembre, lors de la matinée de présentation La Martinière/Seuil (on voulait vous en parler mais on a pas eu le temps…). Jean-Michel vous a déjà parlé de son documentaire consacré aux femmes célèbres, alors c’est à mon tour de vous parler de son tout dernier roman pour les adolescents…

Edward est un adolescent fragile. D’autant plus fragile que sa mère, qui est incapable de l’aimer, est régulièrement internée et son père, architecte de renom, souvent absent. Le harcèlement qu’il subit constamment dans son lycée privé ne lui apporte même pas la possibilité de souffler dans la vie… Alors quand ses parents ont un grave accident de la route et qu’Edward se retrouve seul avec sa mère qui soudain l’étouffe, il ne semble plus très loin de l’enfer…

★★★★☆

Choc ! C’est le premier mot qui nous vient lorsque l’on referme le livre. Jo Witek nous embarque dans un thriller très réussi, où la folie et l’horreur s’entremêlent sous nos yeux ébahis. On s’attache très vite à ce jeune homme qui, malgré une qualité de vie aisée (sa famille est riche et cultivée), est moqué et harcelé par ses camarades car sa mère est « folle ». Il ne trouve refuge que sur Internet et les MMORPG dans lesquels il mène une vie qui lui convient. Mais lorsque son père, dont il était extrêmement proche, trouve la mort dans un accident de voiture, tout bascule. Et c’est le début de la descente aux enfers pour Edward, qui va non seulement agir envers ses tortionnaires mais aussi être celui qui va subir une torture du quotidien… Beaucoup de thématiques très fortes sont abordées dans ce roman : il y a tout d’abord le harcèlement à l’école, qui va prendre des proportions énormes mais qui va aussi donner l’opportunité à Edward de se faire un ami, et un ami qui va compter. Mais c’est surtout la folie qui va être le thème central de ce roman glaçant. Non seulement celle de la mère – une femme qui n’a jamais pu aimer son enfant car elle-même n’a jamais connu sa véritable mère – mais aussi celle d’Edward, poussé à bout par ses camarades et rendu paranoïaque et angoissé. Alors quand après la mort de son père, la mère d’Edward se met à changer et à être plus « aimante » avec lui, le sentiment de paranoïa d’Edward va s’accentuer…et qui pourrait donner crédit à un enfant aussi perturbé ? C’est là toute la teneur du roman, et toute la force du récit car, jusqu’au bout, on se demande qui est fou et qui ne l’est pas ? En tous cas, n’étant pas une grande lectrice de polars, je me suis laissée prendre dans cette histoire malsaine et me suis même fait surprendre par quelques révélations ! Bref, un thriller qui fonctionne bien et qui, assurément, ne vous laissera pas de marbre…

Un hiver en enfer, Jo Witek (Actes Sud Junior)
en librairie depuis le 27 août
9782330034306 – 14,80 €
à partir de 14 ans