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Claudine Desmarteau, c’est…

Définir Claudine Desmarteau n’est pas une mince affaire. Pourtant à travers la lecture de quelques-uns de ses ouvrages  nous avons tenté de décrypter ce phénomène caché derrière ces cheveux de rock-star.

…Une vision honnête de l’âge ingrat

transformetoiClaudine a cette volonté de complicité avec son lecteur à chacun de ces livres. Elle lutte contre l’inactivité, l’haleine pourrie, l’abus de facebook et la malbouffe. Dans Transforme-toi elle surfe habilement sur les tendances en mentionnant Booba, Nabilla, Zlatan et DSK tout en tempérant avec sa culture des années 70-80 (David Bowie, Bob Marley et Serge Gainsbourg). Elle dédramatise cette période déshonorante en employant une vulgarité tempérée ainsi qu’un humour aussi incisif que désinvolte. S’aventurer comme ça dans les recoins culturels des ados…quelle intrépidité !

Si tu pouvais diminuer un peu...

Si tu pouvais diminuer un peu…

Claudine est incorruptible quand il s’agit d’aborder les transformations corporelles (et c’est pour ça qu’on l’apprécie). On nous parle poils, parties génitales, voix mutante, caractère de merde. C’est bien l’honnêteté. Un carnet de dessin qui a la praticité de faire rire sur la condition difficile à un ado aux taux d’hormones qui crève le plafond. Si elle nous avait dit d’aller brosser nos dents à 14 ans nous l’aurions fait sans broncher tant son aura est grande. Claudine permet de relativiser la période difficile des premiers émois amoureux qui sont généralement peuplés de râteaux qui blessent. Elle nous propose aussi de devenir artiste et de dessiner moult crottes. Vous aurez également le privilège de voir un chat dessiné par Claudine (un chat probablement irradié).

« Certaines parties de ton corps grandissent moins vite que tes pieds [...] la taille n’est en aucun cas une garantie des performances. »
Transforme-toi(Flammarion Jeunesse)
disponible depuis le 21 septembre 2016
9782081373945 – 12€
à partir de 12 ans

…Le langage chatoyant des adolescents

christophercolomboFaut pas prendre les jeunes pour des citrons, Claudine le sait. Grand gourou au style unique, chacune de ses illustrations possède ce trait vif quelquefois mal assuré, à l’image des adolescents bancals. Dans Christopher Colombo, elle met en scène un môme accroc à sa console embarqué par un saucisson à propulsion dans des mondes dangereux et totalement barrés. Christopher s’est-il fait confisquer sa console et s’enfuit dans les tréfonds de son imagination en guise de compensation ? Ou est-il devenu catatonique et baveux à force de trop jouer ? Toujours est-il que Mister Colombo se donne à fond dans ses aventures et ça compte, d’avoir un imaginaire développé.

Christopher Colombo,(Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 28 septembre 2016
9782226325167 – 13,50€
à partir de 11 ans

janAdmirative des jeunes, Claudine puise depuis des années au fil de ses livres leur langage à la mode. D’ailleurs on a trop le seum qu’une femme plus vieille que nous nous apprenne des expressions telles que OKLM t’as vu (nous aussi on peut être provoc’ Claudine)
Dans Jan, elle s’est lancée le défi de tenir jusqu’au bout de son roman la langue d’une enfant de 11 ans. C’est d’un réalisme social confondant, on se laisse totalement embarquer dans cette écriture, dans ce style, dans ces inventions de mots, d’expressions que tous les enfants de 11 ans entendent et déforment par incompréhension.

Jan(Thierry Magnier)
disponible depuis le 13 avril 2016
9782364748460 – 14,50€
à partir de 11 ans

…Du cinéma et des bandes-son

troublesClaudine c’est aussi le cinéma qui résonne dans ses textes : de Truffaut avec les 400 coups dans Jan – d’ailleurs vous l’avez lu ? qu’attendez-vous ? – en passant par des références telles que I love you Philip Morris, le Secret de Brokeback Mountain et de grands réalisateurs comme David Lynch dans Troubles, ces références font écho aux thématiques du roman telles que l’ambiguïté sexuelle, la jeunesse perdue, les incompréhensions intergénérationnelles et l’avenir incertain. Cet éclectisme nourrit son lecteur à coup sûr. Ce n’est pas un hasard si on referme ce roman avec un clap de fin.

Troubles(Albin Michel Jeunesse)
collection Wiz
disponible depuis le 29 août 2012
9782226242891 – 12€
à partir de 15 ans
teensong

La musique est mémorable dans certains romans, aussi au cœur de Teen Song on trouve Led Zeppelin qui tourne en boucle dans le mp3 d’une adolescente de 14 ans. Ça la regonfle à bloc quand elle écoute certaines chansons « à fond », son père lui offre les dvd de leurs concerts et une gratte n’est jamais très loin…Gainsbourg y est encore présent (ndlr : il est mentionné et dessiné dans Transforme-toi) sur les murs cette fois…Des portraits riches et inspirants toujours dans l’air du temps et Claudine est là pour nous le rappeler.

« Je déteste Sarkozy. En plus il est fan de Johnny Halliday. Alors que quand il était jeune, il aurait pu aller voir Led Zep en concert. La burne » – extrait de Teen Song -
Teen song(Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 25 mars 2010
9782226209580 – 12,70€
à partir de 12 ans

Claudine Desmarteau écrit des manuels de survie qui nous transportent par ses délires désopilants, ses aphorismes développés qui sont pour le moins addictifs. Les affres de l’adolescence sont impénétrables…sauf si vous lisez un de ses livres. Claudine est irrévérencieuse, on adore.

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La semaine des Claudine

L’année dernière, nous avons fait de bien belles rencontres et il s’avère que deux d’entre elles ont l’audace de porter le même prénom…L’occasion était trop belle alors on s’est dit pourquoi pas les mettre à l’honneur et leur consacrer une semaine ?
lasemainedesclaudine
Vous connaissez sûrement la Claudine des romans de Colette, le col et votre tante fort sympathique qui vous pince les joues, mais en connaissez-vous d’autres ?

Faites place à la Claudine #1

…qui a accepté de répondre à nos questions ! Pour lire l’interview, cliquez sur ses lunettes. Ou le cheval. Ou un géranium. Peu importe, tous les chemins mènent à Rome.
claudinedevey

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Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

Une lecture qu’on redoute, à cause de sa thématique. Bien sûr à la réflexion la réticence s’amoindrit car on sait que Vincent Villeminot maîtrise ses sujets et que Tibo Bérard est minutieux même dans l’intensité, alors qu’est-ce qu’on risque ?

samedi14novembre

Le vendredi 13 novembre, B. perd son frère Pierre. Après un moment d’errance, il reconnait l’un des terroristes dans le métro et décide de le suivre. Prêt à tout, perdu dans son chagrin et ses incompréhensions il va s’adonner à l’expérience malheureuse de la vengeance…

★★★★★

Le rôle de leur vie

« mon frère Pierre est mort » et « l’Arabe », ces mots seront répétés de nombreuses fois par B. comme les litanies d’un homme fermé qui n’a pas encore la force de voir au-delà de son propre obscurantisme. Retranché chez sa soeur dans le nord, le présumé terroriste (on évite les conclusions trop hâtives dès le début du roman) sera séquestré par B. Ce qui suit ne sera que le théâtre de l’absurdité d’une violence arrivée trop tôt et par erreur dans la vie d’un homme. Un acte sauvage pour un acte sauvage. En attaquant dans leur foi cette fratrie dans des scènes qui coupent le souffle, B. devient l’ennemi à son tour. Les deux hommes ne semblent plus si différents désormais.

« Alors elles faisaient peur, les victimes ? Elles feraient peur, davantage que pitié ? »

C’est être témoin de leur plongée dans l’inconnu qui l’est. Mais les bêtes redeviennent des hommes, aussi au fil du roman B. devient Benjamin et l’Arabe Abdelkrim al-Raqiq. Benjamin vomit et Abdelkrim se souille : doit-on y voir la fuite de leur haine ? Benjamin semble reprendre sa forme humaine en donnant son prénom à Layla, la cadette al-Raqiq qu’il a humiliée et torturée.

Layla, meilleur espoir féminin
« S’il y a un problème avec l’islam en France, c’est toujours pour nous…les filles »  (Layla)

Elle a été la victime facile de Benjamin. Prise d’assaut dans la cage d’escalier de l’immeuble elle a d’abord cru aux prémices d’un viol avant de réaliser qu’elle allait devenir la cible des actes causés par son frère. Son sang-froid est bouleversant : elle a subit en silence les avilissements de B. De l’ingestion de porc en passant par la nudité forcée devant une caméra, elle est restée drapée dans la dignité et le calme. Après l’orage dans la tête de Benjamin, les excuses, les remords et les discussions sont engagés. Autant de compréhension et de recul dans un si petit corps me sidère. Elle semble pouvoir désamorcer tout ce qui est susceptible d’être sauvé, y compris Benjamin. Toute la définition de l’espoir réside en Layla.

Les figurants

Le choix d’exploiter ce lendemain du point de vue des anonymes est éminent : de la jeune étudiante au vieux barbu de la gare en passant par une infirmière, un père, tous se questionnent et ignorent comment agir. Des inconnus qui nous ressemblent et qui essaient, chacun apportant une perspective différente.

« Est-ce ça qu’ils attaquent, vraiment ? Le fait de rire, de boire, de mettre des robes légères, d’aller à un concert, en terrasse, de danser ? Vraiment ? Est-ce si subversif ? Ça les empêche de quoi, ces salauds ? D’être purs ? Elle ne sait pas. Elle est un peu perdue. »  (Ninon)
La prochaine séance…

…c’est vous qui en décidez. Comme un dvd qu’on regarde chez soi, cette lecture-visionnage est intime et Vincent vous laisse la télécommande. Les chapitres sont composés de 5 grands actes chacun contenant une part douloureuse, entrecoupés d’entractes qui nous permettent de reprendre notre souffle. Et quelquefois en pleine action, des arrêts sur image, des pauses minutieusement choisies. Si bien que nos questions pleines d’inquiétudes ont à peine le temps d’émerger que la réponse est déjà écrite. Et le générique de fin : les crédits de l’auteur qui lui aussi, apporte sa perspective à l’édifice.

Samedi 14 novembre, Vincent Villeminot(Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 novembre 2016
9782848659220 – 15,50€
à partir de 14 ans
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On n’est pas des moutons ! Claire Cantais & Yann Fastier

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Enfin un livre où la notion d’individualisme est exploitée à bon escient ! Un imagier qui rend hommage au non-conformisme et à l’acceptation de sa propre différence, l’encourageant même. Une lecture fondamentale adressée aux enfants qui suscite de nombreuses réflexions dont la plus importante : qu’est-ce qui fait de moi ce que je suis ?

★★★★★

La notion de liberté déclinée

Cet ouvrage offre la perspective de donner une nouvelle définition sur être un enfant aujourd’hui. Laissons-le se forger sa propre opinion, prendre la parole, donner son avis, exprimer ses idées, ses émotions, faire de sa différence une force. Qu’il apprenne à s’accorder du temps, à ne pas se laisser polluer par les différentes composantes de la société, prendre soin de soi. C’est aussi ça, grandir. Des idées progressistes ont la part belle également : inutile d’user du machisme, cela ne fera pas de vous un homme, de même que l’adoption du strass et de la paillette ne vous rendra pas plus féminine : qu’importe le genre, on a rien à prouver.
Ne pas être un mouton aujourd’hui c’est aussi lâcher nos technologies en faveur du monde qui nous entoure (la nature, la lecture…) il est facile de devenir accroc à son smartphone alors qu’il suffit de relever la tête pour croiser un regard bienveillant, une inspiration, une idée, de la beauté.

Les subtilités des auteurs 

Ahah, Claire, Yann : vous ne trompez personne nous avons lu entre les lignes ! Le choix des verbes est minutieux. « Pouvoir, vouloir, savoir : trois mots qui mènent le monde » (Victor Hugo. C’est lui le coupable) L’usage de ces verbes ainsi que celui de l’impératif dans cet ouvrage appuie cette implacable volonté de s’affirmer et outre les notions de liberté, l’autre message est capté : l’importance de l’expression de l’assurance et de la confiance en soi. Une fois les illustrations de Claire décryptées, j’ai été charmée : elles sont brutales, franches, empruntes de réalisme…L’adéquation avec le texte est parfaite : Claire Cantais nous met à l’épreuve en nous imposant des métaphores honnêtes de la réalité. Entre le bestiaire et le manifeste, une poésie futée se dégage de cet album sincère et féroce.

La clôture du livre offre des témoignages d’enfants qui ont choisi à un moment de leur vie, l’individualisme au détriment des us et coutumes de la société. Leur lecture est dérangeante car révélateurs des malaises quotidiens : ces enfants sont tournés en ridicule mais au fond ce sont eux qui se sont moqués du reste des autres en étant eux-mêmes.

« Le vendredi 10 octobre 2008, Albertina Gorrochategui, une grande de 8 ans, aurait aimé savoir pourquoi il faut se lever quand un adulte entre dans la classe. Elle a posé la question. Elle attend toujours la réponse. »
On n’est pas des moutons, Yann Fastier, illustré par Claire Cantais
(La ville brûle)
collection Jamais trop tôt
disponible depuis le 17 mars 2016
9782360120727 – 13€
à partir de 5 ans
A découvrir également dans la collection Jamais trop tôt

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onestpasdessuperheros

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Passion et Patience – Rémi Courgeon

élégance (n.f) : qualité de ce qui est exprimé avec justesse et délicatesse, Rémi Courgeon.

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Deux jumelles prénommées Passion et Patience sont dépeintes comme physiquement similaires mais aux caractères totalement opposés. Deux fillettes qui s’entendent à merveille et se distinguent par leur complémentarité : « Passion entraînait Patience, Patience calmait Passion ». Gus, leur voisin les a toujours connues et, grand amateur de constructions ravissait les sœurs avec cabanes et balançoires. En grandissant, il fît de sa passion son métier et les deux sœurs seront d’une grande inspiration dans sa carrière…

★★★★★

Un album qui commence par une citation de James Brown extraite de sa chanson This is a man’s world sur l’influence d’une femme dans la vie d’un homme, on sait que ce livre sera intelligent dans sa dédicace faite aux femmes. Rémi Courgeon a créé l’essence de l’inspiration de Gustave Eiffel : le voisin Gus n’est autre que ce célèbre architecte !
Muses de toute une vie, les sœurs se révèlent perspicaces et d’un soutien sans failles envers Gustave. Elles furent d’ailleurs les premières à croire en l’originalité de la tour bien avant qu’elle ne soit matérialisée et célèbre. L’auteur ne laisse rien au hasard : l’usage des prénoms Passion et Patience représentent des qualités propres à tout bon architecte.

Les deux jeunes femmes font chaleureusement écho à Camille et Madeleine de Fleurville, sans doute grâce à cet esprit Second Empire qui règne à chaque page mais plus moderne, grâce à l’usage maîtrisé de la couleur. Passion est incarnée par le rouge et Patience le rose. Une page sublime montre Patience rongée par son désarroi amoureux tenant en sa main un livre rouge : témoin de la passion qui l’habite. Quant au vert : il est présent à chaque page, subtilement utilisé comme trace indélébile des deux femmes dans la vie de Gus.

Un album audacieux, sensible et indéniablement abouti entre les mains qui laisse échapper une question : mais qui sont donc les muses de Rémi Courgeon ?

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Réclamez des contes ! – Delphine Jacquot

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Vous vous souvenez peut-être de Delphine Jacquot pour ses nombreuses collaborations avec Didier Jeunesse (Casse-Noisettes, Monsieur Offenbach à la fête, Monsieur Chopin) avec Cécile Roumiguière (Un éléphant à New-York, le fil de soie), son Cabinet de curiosités dans la collection Grandimage ou encore Les aventures improbables de Peter et Herman aux Fourmis Rouges avec lesquelles elle signe un nouvel album, précieux.

★★★★★

Delphine Jacquot semble ne pas voir apprécié les dénouements des classiques de son enfance. Son talent sous le bras elle est donc partie à la réparation des bleus à l’âme des plus grands héros connus en leur concoctant des produits miracles présentés à travers des réclames personnalisées. Usant de rimes et d’ingéniosité, cette lecture promet d’être insolite et euphorique !

On trouve le titre bien astucieux : « réclamez [des contes] » pour « réclames », les jeux de mots c’est la petite empreinte des Fourmis Rouges toujours appréciable.
Delphine a introduit la publicité dans un monde dépourvu de cette technologie et de ses pouvoirs. Un anachronisme fabuleux ! Pris immédiatement au sérieux, ce vent de fraîcheur moderne souffle sur la poussière de ces contes que l’on connait trop bien. On ferme cet album avec le sentiment que tous ces produits sont indispensables pour les personnages : comment ont-ils pu s’en passer pendant tant d’années ? Vont-ils enfin pouvoir vivre heureux ? Le but est atteint, on en réclame encore (elle était facile).

Comme ses plus grands camarades de crayons, Delphine Jacquot organise intelligemment textes et images : la réclame sur la page de gauche et l’illustration de son propos sur la page de droite pour un jeu d’observation percutant (François Roca use souvent cette technique et le résultat est à la hauteur de son talent). Une mise en valeur impeccable, une cohérence, de l’humour élégant : cet album est un travail d’orfèvre.

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L’expression du temps a une importance particulière. Comme si nous voyagions dans une capsule temporelle, Delphine nous transporte à des instants charniers des contes de fées où tout est prêt à basculer et soudain…COUPURE PUBLICITAIRE produits de super-héros les méchants seront trollés le malheur sera hors-la-loi : des réalisations au service des célébrités de la littérature, on devine que plus rien ne sera pareil.
Aussi, Le vilain petit canard a acquit confiance en lui grâce aux altères Poiplum : au sommet de tous ses comparses c’est un être affirmé, la belle-mère de Blanche-Neige obtiendra satisfaction grâce à son miroir amical et bienveillant qui l’éloignera de la jalousie, Le Petit Poucet ne se perdra pas grâce à ces post-its à coller sur son chemin…Une force se dégage des couleurs employées par Delphine : peut-on faire plus expressif et réconfortant ? Car ses personnages rayonnent et triomphent. Le format est idéal et rend justice à la lumière et aux détails que Delphine insuffle.

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Ca me rend fière d’être libraire tiens.

Réclamez des contes !, Delphine Jacquot
(Les Fourmis Rouges)
disponible depuis le 20 octobre 2016
9782369020677 – 18,50€
à partir de 5 ans
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L’échappée – Allan Stratton

9782745980625,0-3426764

Après un thriller sombre et terrifiant, Allan Stratton revient avec un roman tout aussi glaçant ! Paru tout d’abord en 2000 outre-Atlantique, puis revu et corrigé en 2008, L’échappée est le tout nouveau roman de l’auteur paru en France. :)

Leslie est une lycéenne bourrée de problèmes, à l’école comme à la maison. Au point où elle pensait que sa vie ne pouvait pas être plus médiocre, Jason, un nouvel élève du type « cool-et-je-le-sais » entre tout à coup dans son quotidien de fille à la dérive…

Avec les mots de Jean-Michel…

★★★★☆

Allan Stratton a choisir de mettre en évidence une jeune femme timide, naïve, rebelle, avec un léger manque de confiance en elle comme beaucoup à cet âge, qui veut (se) prouver quelque chose…une adolescente normale en somme. Toutes les filles du lycée deviennent envieuses de Leslie lorsqu’elle rencontre Jason. Quelle chance de posséder un tel garçon dans son existence. A tort. Car Jason est un type odieux, du genre à devenir une enflure de première catégorie qui battra sa femme avec à coups de torchon bien placés pour éviter les bleus. Déterminé à contrôler chaque élément de la vie de Leslie, il va la terroriser de façons inimaginables. Le point positif c’est que cette situation va permettre à Leslie de grandir et de s’élever dans le vrai monde : vous savez celui qui est froid, dur, où on ne peut compter que sur sa propre volonté ?
Le côté sombre de la première histoire d’amour est brillamment exploité. Perturbant et captivant, ce roman l’est indubitablement car Allan n’a pas peur de nous montrer à quel point une relation abusive peut être féroce. Un auteur vraiment engagé, ce monsieur Stratton : écrire à travers le cerveau tourmenté d’une adolescente et parfaitement cibler sa psychologie, c’est du grand art.

Allan : plus fort que les plus forts ▼

Allan, auteur de la balle dans son pull en fibres mélangées ▼

…et ceux de Bob

★★★★☆

Un roman glaçant, écrit sous la forme d’un journal intime – exercice demandé par la professeur de français déprimée de Leslie – qui nous plonge dans l’enfer quotidien de la jeune fille depuis sa rencontre avec le beau et sexy Jason. Allan Stratton retranscrit à la perfection les pensées qui agitent l’adolescente sous la coupe de ce « pervers narcissique » et la difficulté qu’elle a à accepter que sa relation amoureuse ne se passe pas « normalement » mais aussi la honte, la peur, la solitude, la colère… Malgré des lueurs d’espoir, Leslie ne trouve aucun soutien du côté des adultes – la proviseure du lycée étant bien la pire ! – et n’est surtout pas prête à la recevoir quand il lui est proposé… Une descente aux enfers terrible et terrifiante tandis que les secrets du garçon sont percés à jour. Avec L’échappée, Allan Stratton signe un roman dur et sans concession, servi par une écriture à la première personne particulièrement accrocheuse. A lire !

L’échappée, Allan Stratton, traduit par Sidonie Van den Dries (Milan)
disponible depuis le 7 septembre 2016
9782745980625 – 13,90€
à partir de 14 ans
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Les pluies – Vincent Villeminot

On vous présentait hier Le copain de la fille du tueur, l’un des nombreux romans de la rentrée de Vincent Villeminot, histoire d’amour en plein thriller. Avec Les pluies, c’est encore une histoire d’amour qu’il nous propose et, même si l’éditeur insiste beaucoup là-dessus sur la quatrième de couverture (peut-être à tort ?), c’est aussi un roman entre aventure et science-fiction… :)

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Depuis des mois, il pleut sans discontinuer. Le niveau des eaux monte et, bientôt, Kosh et Lou doivent évacuer leurs maisons. Tous deux, avec leurs frères et sœur, attendant le retour de leurs parents pour partir mais très vite, il faut fuir. Juste à ce moment, les parents de Kosh arrivent mais un pont se brise et leur voiture est engloutie par les eaux furieuses du fleuve. Les enfants n’ont plus le temps, ils doivent quitter leur village. Réfugiés dans le clocher de l’église, ils attendent que les secours arrivent et tentent de survivre sous une pluie torrentielle et la montée des eaux…

Sous l’eau avec Bob

★★★★☆

C’est dans un monde similaire au nôtre que vivent Kosh et son frère Malcolm, la belle Lou, son petit frère Noah et Ombre, le bébé. Mais ce monde est ravagé par des pluies improbables, qui ne s’arrêtent jamais et qui génèrent des dérèglements climatiques importants. Lorsqu’ils perdent tout, les cinq jeunes sont obligés de survivre comme ils le peuvent et ce serait dommage de vous en dire plus sur leur survie ou l’aventure qui les attend (même si l’éditeur en révèle déjà beaucoup) car ce qui fait l’intérêt du roman, c’est justement cette surprise et cette découverte de ce monde sous les eaux chaque fois que l’on tourne une page. Il y a effectivement une histoire d’amour, celle de Lou et Kosh mais il y a aussi surtout cette confiance à construire entre chacun des enfants, les caractères différents, les difficultés à s’imposer ou se faire respecter, et celles inhérentes aux rencontres qu’ils feront. On retrouve tous les ingrédients d’un bon roman d’aventure : la quête, la séparation, les promesses, l’espoir, mais aussi ceux de l’anticipation ou de la science-fiction à tendance dystopique : la société qui s’effondre, la violence, la loi du plus fort. C’est vraiment prenant et on a hâte de découvrir la suite puisqu’il s’agit en réalité d’un premier tome !

A l’abri avec Jean-Michel

★★★★★

Grands Dieux ! Vincent Villeminot n’aurait pas pu choisir plus terrifiant comme cause mortelle : l’eau. Insidieuse, fourbe et toute puissante : que peut-on faire contre elle lorsqu’elle se déchaîne ? Il nous offre un avant-goût de ce qui, foncièrement, pourrait nous arriver. Bob trouve que ce roman relève de la science-fiction, je pense au contraire qu’il est pragmatique et on ne peut plus réaliste. Nos jeunes protagonistes sont fabuleusement dépeints et aucun n’est laissé au hasard : de Kosh qui devient leader du groupe et adulte par la même occasion, à Lou qui par la force des choses devient presque une mère, Noah et Malcolm qui se vouaient une haine mutuelle futile avant le déluge et désormais se serrent les coudes pour mieux survivre. Tous ont un rôle bien déterminé. Exemplaires et intelligents, ils nous prouvent que la survie est avant tout une question de courage et de ténacité.
Cher Vincent, tu m’as tant fait peur que tu viens de me décider à apprendre à nager.

Sachez que lorsque vous aurez terminé ce roman, une soif insoutenable de connaître la suite des événements se fera sentir. Ce sera dur, on vous prévient vous aurez la langue pâteuse. Le tome 2 ne sort qu’apparemment en février, c’est beaucoup trop long. C’est pourquoi nous vous suggérons à tous de harceler de mots d’amour l’éditeur afin que cette sortie soit accélérée. Vive Vincent Villeminot, vive la collection Lire en grand, vive le harcèlement.

Les pluies, Vincent Villeminot (Fleurus)
disponible le 9 septembre 2016
9782215132141 – 16,90€
à partir de 13 ans
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This is Sadie – Sara O’Leary & Julie Morstad

thisissadieEn compagnie de Sadie, voyager n’aura jamais été aussi simple et tendre.

Sadie est une petite fille à l’imagination débordante. Voyez plutôt : elle fût une fillette vivant dans la mer ainsi qu’un petit garçon élevé par des loups…Elle a vécu des aventures dans de nombreux pays imaginaires et visité des mondes de contes de fées. Elle possède des ailes qui peuvent l’emporter loin, où qu’elle veuille, les cartons deviennent des bateaux, des maisons d’escargots et les coussins se transforment en châteaux.

★★★★★

Sadie aime les histoires plus que tout car on a besoin de peu de choses pour les créer. Pour cette fillette, le monde est plein d’opportunités merveilleuses. Outre les clins d’oeil facétieux où elle s’introduit intelligemment dans les contes de la petite Sirène, dans le Livre de la jungle et dans le pays des merveilles de cette chère Alice, cet album est un doux trésor de lecture. Sadie est évidemment une grande lectrice et une petite fille habile de ses mains. Elle agit comme l’enfant qu’elle est avec ces moments précieux où son imagination prend le pas sur le réel pour l’emporter dans des aventures où chaque élément présent autour d’elle peut compter : si vous vous souvenez que quelques cartons ont fait l’objet d’une réflexion sur une éventuelle construction de château fort quand vous étiez enfant alors vous comprenez de quoi il retourne.
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Cet album célèbre l’enfance où l’imagination est puissante et sans limites : un état qui parfois nous manque cruellement en tant qu’adulte. La verve de Sadie est communicative et son mélange des genres nous rappelle qu’un enfant explore sans cesse les différentes identités et les genres qui s’offrent à lui : elle fût brièvement une princesse puis successivement une sirène et un garçon sauvage. Des exemples aussi efficaces que farfelus pour adoucir leurs mœurs : ce n’est pas grave, laissez-les jouer.

thisissadie-wolves

Les illustrations singulières et lumineuses de Julie Morstad rendent nostalgiques. Il y a de la fantaisie, de l’humour, beaucoup de messages dans ces pages. L’un d’entre eux est sans doute le plus important de tous : les enfants apprennent à travers le jeu…Et l’élément le plus avenant de et album reste sans doute le fait que Sadie semble aimer par-dessus tout les renards :)

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Trois mots : sa – lampe – champignon <3

Malheureusement, cet album n’est pas paru dans les pays francophones. On espère qu’il le sera. Vous pouvez toujours l’obtenir dans sa version originale.

This is Sadie, Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad (Tundra Books)
disponible depuis le 12 mai 2015
9781770495326 – 17€
à partir de 4 ans
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Les fragiles – Cécile Roumiguière

Si nous avons l’habitude de découvrir des auteurs dans la collection Exprim’ à travers des premiers romans, c’est cette fois une « déjà grande » qui rejoint le casting de Sarbacane avec un roman tragique, dont la très belle couverture tout en relief laisse planer une aura de mystère…

lesfragiles

Drew a 9 ans quand, au retour d’un match de handball, il assiste impuissant au racisme de son père. Choqué et incapable d’en parler, d’oublier, le garçon grandit dans la haine de ce père qui semble tout aussi incapable de l’aimer. Une haine qui le ronge, le consume, jusqu’à cette rencontre avec Sky, une fille incroyable qui cache aussi des fêlures, fragile comme lui…

Bob

★★★☆☆

Dans un incessant va et vient entre le passé et ce « jour J » aux accents terribles, Cécile Roumiguière explore la relation entre un père et un fils. Un jeune garçon qui voudrait plaire à son père, un homme qui ne semble pas avoir envie de l’aimer et dont la violence, le racisme, vont d’un seul coup transformer le désir d’affection en haine brûlante. Drew grandit, son père finit par s’éloigner, et il fait la rencontre de Sky lors de vacances à la mer. Une rencontre qui va donner un nouveau goût à sa vie, et ce malgré le passé qui refait surface régulièrement. La construction du récit et l’écriture de Cécile Roumiguière, aussi poétique que brutale, nous transporte dans ce roman bouleversant, où la fragilité de ses personnages nous prend aux tripes. Je regrette seulement la fin, qui, après toutes ces émotions intenses, enfonce encore plus le clou et nous laisse avec un goût amer, terrible. Dur !

Jean-Michel

★★★☆☆

On a du mal à croire à certains événements lors de la lecture tant ils sont violents. Certes, l’écriture parnassienne de Cécile Roumiguière adoucit l’animosité de ces scènes, mais l’impact de ce roman a été trop fort pour moi. Mes hormones d’ornithorynque ont peut-être joué mais mes pleurs découlant de cette lecture m’ont fait l’effet d’un coup de poing : cet Exprim sera difficile à conseiller. Pas accessible à tous les adolescents, mais nécessaire : pour ces images fortes du racisme, pour la violence d’un père sur sa famille, sur la difficulté de la construction de soi qui en découle. Dès le début, on sait que Drew a tué son père et tout au long du roman nous assistons à un tête-à-tête entre un fils révolté qui a commis l’irréparable et un père blotti dans son repos éternel tout confort alors qu’il mériterait d’entendre les paroles pleines de véracité de son enfant et pire encore. Pour moi, justice n’a pas été rendue et c’est ce qui m’a le plus scandalisé. Drew a tout de même sombré dans la démence la plus totale. Ce qui rend cette lecture psychotique. Un soupçon d’ambiance Shining flotte dans les pages : ce roman m’a effrayé. De qualité, mais ça retourne sacrément la tête !

Les fragiles, Cécile Roumiguière (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 6 avril 2016
9782848658629 – 15,50€
à partir de 14 ans