Son
2

Chasse à l’ange – Ingelin Rossland

9782812607196,0-2347356

Engel Winge, jeune journaliste dans un patelin norvégien, se rend sur l’île de Maroya, réputée hantée. Avec l’aide d’une médium, elle va mettre au jour des éléments étranges qui vont alimenter son enquête et l’embarquer dans une affaire qui va la conduire jusqu’à Berlin…

★★★☆☆

Ce roman fait suite à Aile d’ange et, pour vraiment tout comprendre, il me semble judicieux de lire ce premier tome. Notamment pour connaître l’âge et la personnalité de notre héroïne car il m’a fallu un très long moment (plus de la moitié du livre) pour découvrir qu’Engel avait 17 ans ! Ce qui peut être utile quand on lit certains passages au début, très crus, où elle discute sexe avec une copine ou à sa façon de parler. C’est un détail, mais j’avoue que cela m’a un peu manqué pour m’attacher au personnage, qui a d’ailleurs de faux airs de Lisbeth Salander de Millénium. Bref. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à un petit côté fantastique qui n’avait pas l’air déplaisant. Or, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qui est censée attester ou non de la présence de fantômes sur l’île, le sujet disparaît complètement au profit d’une enquête sur la drogue et autres magouilles financières. Vous risquez donc d’être déçus si vous cherchiez une histoire de fantômes ! Malgré tout, l’enquête est intéressante, le dépaysement agréable, et l’audace et l’obstination de notre journaliste donnent du rythme à cette courte histoire. Il y a d’ailleurs un petit côté cinématographique dans le découpage des chapitres, où les ellipses sont très importantes, et où l’action s’enchaîne sans s’embourber dans des descriptions trop longues. Un roman plutôt honnête, donc, même s’il me semble qu’il vaut tout de même mieux avoir lu le précédent avant de se lancer dans cette nouvelle enquête.

Chasse à l’ange, Ingelin Rossland (Rouergue)
collection DoAdo Noir
en librairie depuis le 5 novembre
9782812607196 – 13,50 €
à partir de 15 ans

Son
0

Justice pour Louie Sam – Elizabeth Stewart

9782364745087,0-2240182

Lundi, Bob et Jean-Michel étaient au Salon du livre jeunesse. Ils ont rencontré plein de monde trop sympa, ils ont vu plein de livres trop cools, ils n’en ont pas acheté beaucoup (ils ont été raisonnables) mais en attendant de découvrir leurs avis sur leurs achats, Bob avait lu un roman ado qu’il souhaitait vous présenter… :)

Territoire de Washington, 1884. En se rendant à l’école, George Gillies et ses frères découvrent le cadavre de leur voisin dans sa maison en feu. Le coupable est très vite désigné : Louie Sam, un jeune Indien qui était dans les parages. Il n’en faut pas plus pour que les hommes du village se mettent en tête de rendre justice eux-mêmes, au mépris des lois et de la vérité. Pourtant, George Gillies va vite se rendre compte que celui qu’ils pensaient coupable ne l’était peut-être pas…

★★★★☆

Captivant, ce roman tiré d’une histoire vraie est un nouveau témoignage des exactions menées par les colons sur les populations indiennes en Amérique. Une postface de l’auteur vient d’ailleurs compléter certaines informations du roman. Ici, Elizabeth Stewart nous propose le récit de George qui, comme tous les habitants de son village, est méfiant envers les Indiens. Il participe d’ailleurs au raid organisé par les colons pour capturer Louie Sam, jusqu’au moment où des détails lui sautent aux yeux, ébranlant ses croyances. Mais qui prêterait attention à un adolescent de 15 ans qui semble sympathiser à la cause indienne ? Ou, plutôt, qui voudrait le croire ? Car, au fur et à mesure de son enquête, George se heurte à des personnages qui le menacent et il ne parvient même pas à trouver le soutien du shérif. Qui, alors, pourra donner justice à Louie Sam ? Le roman est vraiment passionnant, il parvient à être à la fois une enquête, une représentation de la mentalité de l’époque (d’autant plus dans un territoire politiquement incertain) et un roman initiatique. George est un personnage auquel on s’attache très vite et dont on admire le courage, pour tenir tête à des hommes souvent menaçants et dangereux. Même si j’ai eu parfois l’impression qu’il avait l’air beaucoup plus jeune, à la façon dont il nous raconte les événements. Justice pour Louie Sam n’en reste pas moins un très bon roman, profond, qui nous amène à réfléchir sur le courage et la justice. Il est d’autant plus agréable qu’il se lit quasiment d’une traite !

Justice pour Louie Sam, Elizabeth Stewart (Thierry Magnier)
en librairie depuis le 20 août
9782364745087 – 18,50 €
à partir de 13 ans

Son
1

Les anges de l’abîme – Magnus Nordin

9782812607165, 0-2347206

Petite pause dans les idées cadeaux de Noël pour Bob, avec la critique d’un des romans ados en lice pour la Pépite 2014. Il n’a pas gagné, mais il me faisait de l’œil depuis un temps suffisamment certain pour que je me lance enfin dans ce petit pavé. J’espère que vous avez les tripes bien accrochées. ;)

Alice fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Elle se rapproche très vite de sa prof de suédois, Molly Zetterholm, et rejoint bientôt un groupe un peu particulier et complètement secret : les Anges de l’abîme. Leur mission : rendre la justice aux jeunes victimes de prédateurs sexuels.

★★★☆☆

Âmes sensibles s’abstenir ! Ce polar nordique de Magnus Nordin nous déroule une sordide affaire de pédophilie et de maltraitance. Je vous le dis tout de suite car, de toute manière, ça commence d’entrée avec une scène de disparition de jeune fille suivie, trois ans plus tard, par une opération commando des Anges de l’abîme. Il ne faut donc à l’auteur que quelques pages pour nous mettre tout de suite dans le bain et c’est un bain plutôt glacé ! J’ai trouvé l’histoire plutôt bien menée, entre la découverte progressive de chacun des personnages du groupe secret (tous victimes d’actes de maltraitance ou de sévices sexuels) et leurs opérations qui, très vite, ne deviennent qu’une seule grosse enquête. Car il nous faut peu de temps pour comprendre que la petite ville de Fjärlunda est le théâtre d’un vaste réseau pédophile. Si l’auteur ne nous perd pas un seul instant dans son récit (j’avoue m’être laissée emportée et avoir eu du mal à m’arrêter), un lecteur de polar averti verra sans aucun doute les choses venir et ne sera pas forcément surpris (cela a été mon cas). Mais cela n’enlève rien au plaisir de lecture. Là où le roman pêche, c’est peut-être justement dans son récit et ce qu’il dénonce. L’auteur nous propose en début de roman la célèbre citation de Nietzsche : « Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même ». Et c’est bien ce que font nos jeunes héros : combattre ces monstres qui attirent les adolescentes pour les violer (la méthode ici donnée dans le roman : sur le net, en se faisant passer pour des garçons cools de l’âge des proies qu’ils traquent). Et pour cela, ils usent de méthodes criminelles (enlèvement, torture psychologique), récoltent les preuves et envoient le tout à la police. Jusque là, on peut encore comprendre et même avoir de l’empathie pour ces justiciers de l’ombre. Après tout, nous sommes tous à un moment donné tellement révoltés par une situation ou un événement que nous aimerions avoir les moyens ou les armes pour réparer cette injustice. C’est humain. Pourtant, ici, je trouve que la réflexion sur la vengeance, l’auto-justice, est assez maigre. Peut-être manque-t-il une morale. En tous cas, et la fin du roman en est un parfait exemple, il me semble difficile de se faire un jugement sur ce que l’on a lu. Et je crois que l’auteur a oublié de nous donner sa propre définition du monstre. Je ne sais pas comment sera ressenti ce roman par les ados, mais la crudité de certaines scènes et cet épilogue sont d’une froideur à nous hérisser les poils sur les bras.

Les anges de l’abîme, Magnus Nordin (Rouergue)
collection DoAdo Noir
en librairie depuis le 8 octobre
9782812607165 – 14,90 €
à partir de 15 ans

Son
1

Vers le bleu – Sabrina Bensalah

9782848657110,0-2306153

Vous commencez à nous connaître, avec Jean-Michel, on aime vraiment beaucoup la collection Exprim’ chez Sarbacane. Bon, ce roman est sorti il y a déjà plus d’un mois (on a un peu de retard dans leurs parutions ! :p) mais on vous en parle quand même !

Ornella, surnommée Nel, habite dans une caravane avec sa mère, une femme immature, et Anoushka, dite Noush, 9 ans et pleine d’exubérance. Tandis que sa sœur se prépare à un concours de Mini-Miss Camping, Nel rêve de liberté. Mais son projet de fuite tombe à l’eau quand sa mère la coiffe au poteau et les abandonne à leur sort. Les deux filles vont alors devoir apprendre à faire face à leur nouvelle situation.

★★★★☆

Nous ne sommes décidément jamais déçues avec la collection Exprim’ ! Cette fois, direction un camping, dans lequel vivent nos deux héroïnes, Nel et Noush, des sœurs aux tempéraments très différents, mais qui (sur)vivent dans un monde qu’elles n’ont pas choisi. Et d’entrée de jeu, on est saisi par le côté fantasque et presque décalé de cette histoire où l’humour est une réponse à la relative misère de la famille. L’écriture de Sabrina Bensalah est d’ailleurs parfaite pour exprimer cette drôle de vie de Nel et Noush, toutes deux extrêmement attachantes. Certaines situations, particulièrement cocasses, voire loufoques, ne manqueront pas de vous arracher un sourire, même si, très vite, la situation familiale des sœurs se complique considérablement. Il y a un petit côté Little Miss Sunshine, dans ce roman, non seulement dans l’aspect Mini-Miss mais aussi dans la relation entre les personnages (celle des sœurs avec les autres, qui ont aussi un côté fantaisiste) et les événements qui viennent s’intercaler dans la vie des deux filles. C’est ce petit côté américain qui m’a bien plu dans ce roman. Car, sous le couvert de ces situations parfois un peu folles, Sabrina Bensalah les utilise pour explorer des thèmes difficiles de notre société. En bref, je vous invite à découvrir ce roman pétillant et plein de fraîcheur, servi par une écriture franche et authentique, et qui vous fera rencontrer des personnages incroyablement vivants.

Vers le bleu, Sabrina Bensalah (Sarbacane)
collection Exprim’
en librairie depuis le 1er octobre
9782848657110 – 15,50 €
à partir de 14 ans

Son
0

Comme un feu furieux – Marie Chartres

9782211216203,0-2374341

Il fait froid en ce moment, alors Bob a envie de vous faire découvrir un livre qui se passe dans une région du monde qu’il connaît bien pour y folâtrer parfois pendant ses vacances…

Au bord de l’Arctique, dans la ville de Tiksi, vit Galya Bolotine, jeune fille de 16 ans qui ne rêve que de quitter sa ville mourante, perdue au fin fond de la Sibérie. Elle s’imagine océanographe, sur les traces du commandant Cousteau, mais se trouve contrainte de s’occuper de son petit frère, Lazar. Car depuis la disparition tragique de sa mère, il y a un an, la famille Bolotine est déchirée. Le père jongle entre deux travails, Gavriil, le grand frère, ne parle plus et ne sort jamais de sa chambre, Lazar ne trouve plus le sommeil et Galya, elle, garde silencieusement ses rêves tout en espérant les voir se réaliser…

★★★★☆

Très beau texte de Marie Chartres, qui nous emporte sous le ciel noir et glacé de la Sibérie, à la rencontre de cette famille rongée par le deuil et le chagrin. Le portrait de Galya est particulièrement réussi, adolescente rêveuse qui ne souhaite que s’échapper de sa ville natale pour découvrir le monde, et qui passe tout son temps à s’occuper de son petit frère. Leur relation est d’ailleurs très belle et touchante, même si les heurts sont fréquents. J’ai beaucoup aimé cette description des sentiments chez chacun des personnages et leur façon de gérer le deuil. Petit à petit, alors que l’on entre dans l’intimité de cette famille, on se rend compte que la mort de la mère cache un secret, ou en tous cas des non-dits de la part de certains membres des Bolotine. Quelques personnages secondaires, que j’ai beaucoup appréciés, apportent des réponses ou des espoirs aux questionnements et aux rêves de Galya, ce qui épaissit parfois le mystère familial ou apporte une dimension presque fantastique au récit. Car les légendes et la poésie sont également un point important de ce roman, qui renforcent cette idée de rêve chez Galya. J’ai donc beaucoup aimé ce roman, et cette écriture qui nous transporte dans le froid et la beauté de la Sibérie, qui nous invite à réfléchir au deuil et à la reconstruction après un drame et qui, surtout, nous brosse un très beau portrait d’adolescente.

Comme un feu furieux, Marie Chartres (Ecole des Loisirs)
collection Medium
en librairie le 19 novembre
9782211216203 – 14 €
à partir de 14 ans

Son
0

Le royaume des cercueils suspendus – Florence Aubry

9782812607103,0-2347220

Il y a quelques années, j’avais littéralement adoré Le garçon talisman de Florence Aubry. Quand j’ai vu qu’elle sortait un nouveau roman au Rouergue, j’avais vraiment hâte de le découvrir, surtout qu’il paraissait dans leur nouvelle collection consacrée à la fantasy… :)

Dans un royaume lointain, la Cérémonie est un rite qui fait accéder les jeunes hommes Bââs au don merveilleux qui les rend invincibles. Ce jour-là, Huang et son village découvrent qu’il ne fait pas partie de la tribu, il n’a pas le Don. Sa punition est terrible : il est envoyé vivant auprès de son cercueil, suspendu tout en haut de la montagne. En bas, Leï, la jeune fille qu’il aime, se désespère de cette décision et Xiong et Lou-Ki, leurs amis, voient des sentiments nouveaux se révéler…

★★★☆☆

Nouveau titre de la collection Epik au Rouergue, consacrée aux littératures de l’imaginaire, Le royaume des cercueils suspendus se passe dans une contrée et un temps indistincts, même si quelques noms et références font beaucoup penser à la mythologie chinoise. Nous découvrons une coutume étrange, qui se révèle au fur et à mesure que l’histoire se déroule, par le biais des quatre personnages principaux et d’un homme plus âgé, le père du Huang. Il est ainsi parfois difficile, au début, de reconnaître les personnages et les morceaux d’histoires que l’on nous conte car il n’existe aucune séparation véritable des chapitres. Néanmoins, on se laisse assez rapidement emporter dans cette histoire belle et cruelle du passage à l’âge adulte. La plume de Florence Aubry est toujours aussi poétique et profonde. Elle risque cependant de rebuter quelques lecteurs car certains passages sont très lents (le livre est pourtant très court !) et contemplatifs. D’aucuns pourraient dire ennuyeux. Moi, j’aime bien, et je trouve que ça correspond bien à l’univers du roman. Cela dit, c’est vrai que l’intérêt pour l’histoire se manifeste assez loin dans le roman et qu’il faut peut-être un peu s’accrocher pour parvenir jusqu’au bout. Mais c’est un récit vraiment très beau, qui m’a semblé avoir des allures de conte, parfois, aussi bien dans l’écriture que dans les thématiques : on y retrouve de la jalousie, des amours contrariés, de la cruauté, de la magie et des malédictions… Je reste néanmoins sur ma faim, car le dernier chapitre est un peu brutal et semble très rapide au vu des chapitres précédents forts en émotions… Un peu dommage, donc, car j’avais plutôt bien accroché à l’histoire…

Le royaume des cercueils suspendus, Florence Aubry (Le Rouergue)
collection Epik
en librairie depuis le 8 octobre
9782812607103 – 11 €
à partir de 13 ans

Son
5

Un hiver en enfer – Jo Witek

9782330034306

Avec Jean-Michel, on a rencontré Jo Witek début septembre, lors de la matinée de présentation La Martinière/Seuil (on voulait vous en parler mais on a pas eu le temps…). Jean-Michel vous a déjà parlé de son documentaire consacré aux femmes célèbres, alors c’est à mon tour de vous parler de son tout dernier roman pour les adolescents…

Edward est un adolescent fragile. D’autant plus fragile que sa mère, qui est incapable de l’aimer, est régulièrement internée et son père, architecte de renom, souvent absent. Le harcèlement qu’il subit constamment dans son lycée privé ne lui apporte même pas la possibilité de souffler dans la vie… Alors quand ses parents ont un grave accident de la route et qu’Edward se retrouve seul avec sa mère qui soudain l’étouffe, il ne semble plus très loin de l’enfer…

★★★★☆

Choc ! C’est le premier mot qui nous vient lorsque l’on referme le livre. Jo Witek nous embarque dans un thriller très réussi, où la folie et l’horreur s’entremêlent sous nos yeux ébahis. On s’attache très vite à ce jeune homme qui, malgré une qualité de vie aisée (sa famille est riche et cultivée), est moqué et harcelé par ses camarades car sa mère est « folle ». Il ne trouve refuge que sur Internet et les MMORPG dans lesquels il mène une vie qui lui convient. Mais lorsque son père, dont il était extrêmement proche, trouve la mort dans un accident de voiture, tout bascule. Et c’est le début de la descente aux enfers pour Edward, qui va non seulement agir envers ses tortionnaires mais aussi être celui qui va subir une torture du quotidien… Beaucoup de thématiques très fortes sont abordées dans ce roman : il y a tout d’abord le harcèlement à l’école, qui va prendre des proportions énormes mais qui va aussi donner l’opportunité à Edward de se faire un ami, et un ami qui va compter. Mais c’est surtout la folie qui va être le thème central de ce roman glaçant. Non seulement celle de la mère – une femme qui n’a jamais pu aimer son enfant car elle-même n’a jamais connu sa véritable mère – mais aussi celle d’Edward, poussé à bout par ses camarades et rendu paranoïaque et angoissé. Alors quand après la mort de son père, la mère d’Edward se met à changer et à être plus « aimante » avec lui, le sentiment de paranoïa d’Edward va s’accentuer…et qui pourrait donner crédit à un enfant aussi perturbé ? C’est là toute la teneur du roman, et toute la force du récit car, jusqu’au bout, on se demande qui est fou et qui ne l’est pas ? En tous cas, n’étant pas une grande lectrice de polars, je me suis laissée prendre dans cette histoire malsaine et me suis même fait surprendre par quelques révélations ! Bref, un thriller qui fonctionne bien et qui, assurément, ne vous laissera pas de marbre…

Un hiver en enfer, Jo Witek (Actes Sud Junior)
en librairie depuis le 27 août
9782330034306 – 14,80 €
à partir de 14 ans

Discussion
0

Le blues des petites villes – Fanny Chiarello

9782211218535,0-2298062

J’avais beaucoup aimé Holden, mon frère, de Fanny Chiarello. Si j’avais été moins enthousiaste pour le roman jeunesse qui a suivi (Prends garde à toi), j’avais hâte de découvrir ce nouveau titre de la collection Médium. Et j’en ai été un peu déçue…

Sidonie, 14 ans, est loin de ressembler aux jeunes filles de son âge. Elle porte des chaussures rouges, écoute de la musique classique, ne s’intéresse à personne et a toujours pensé que sa vie ne pouvait commencer que lorsqu’elle quitterait sa petite ville. Mais un jour, sa rencontre avec Rébecca va tout faire basculer…

★★☆☆☆

Dans cette histoire, nous suivons Sidonie qui se révèle très vite un peu hautaine et horripilante par son élitisme et son jusqu’auboutisme. Elle se démarque totalement des jeunes de son âge, le revendique et souhaite plus que tout ne pas leur ressembler. Ce qui est plutôt intéressant, de ne pas se conformer à ce que nous dicte la société, de s’accepter tel que l’on est et de se moquer du regard des autres. Ce sont des valeurs que je trouve louables et que je défends. Sauf que Sidonie est vraiment très, trop, extrême, ce qui nous empêche de nous identifier réellement à elle. Heureusement, le personnage de Rébecca, plus subtil, vient adoucir les choses et permet à Sidonie d’ouvrir un peu les yeux et d’élargir ses horizons (mais pas trop non plus !). On découvre le blues, un genre musical probablement peu écouté des ados. Puis, petit à petit, tandis que leur relation se construit, c’est également l’amour qui vient se caler entre les deux jeunes filles. On aborde ainsi l’homosexualité, d’une très belle manière, et tout ce que cela implique à un si jeune âge et au sein de notre société pas si ouverte d’esprit que ça.
J’ai cependant eu du mal à m’accrocher pleinement à cette histoire et je ne suis pas sûre que les ados s’y retrouvent. C’est très littéraire, un peu à l’image de Sidonie et de ses passions peu accessibles au commun des mortels, et j’ai peur que le public visé soit un peu rebuté par le caractère de cette héroïne.

Une réflexion Jean-Michel ?

Je veux oui ! Sidonie est horripilante à souhait, l’adolescente typique en pleine crise, peu convaincante dans son histoire d’amour et très borderline : certaines de ses scènes sont à la limite du ridicule. Rebecca sauve les meubles et je rejoins Bob sur ce point : le choix du blues dans ce roman est excellent, la poésie qui en émane est en contraste avec la brutalité des comportements adolescents dans ce livre et apporte même une dose d’originalité qui aurait presque manqué…

Le blues des petites villes, Fanny Chiarello (Ecole des Loisirs)
collection Médium
en librairie le 1er octobre
9782211218535 – 15 €
à partir de 13 ans

Son
3

In the after – Demitria Lunetta

9782371020153,0-2265542

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu de roman post-apocalyptique aussi enthousiasmant ! Premier roman de Demitria Lunetta, qui semble être aussi le 1er tome d’une série (la suite vient de paraître aux Etats-Unis), In the After est particulièrement bien réussi dans son genre.

Amy, 14 ans, est devant sa télé quand tout bascule : des créatures surgissent, tuant et dévorant tous les humains. Personne ne sait d’où Ils viennent, mais il ne faut que quelques jours pour que toute la population disparaisse de la surface de la Terre… Ou presque. Car Amy fait partie des rares survivants et, avec une petite fille trouvée dans un supermarché, elle va devoir apprendre à survivre dans un monde complètement nouveau…

★★★★★

Véritable page-turner, on se laisse entraîner dans cette histoire de monstres et de silence avec une grande facilité. J’ai beaucoup aimé ce côté survie qui dure une bonne partie du roman, où le silence est la clé pour vivre un jour de plus dans ce monde infesté par des extraterrestres cannibales. J’ai trouvé l’héroïne très convaincante et le duo qu’elle forme avec Baby, une petite fille de 4 ans trouvée blessée dans un supermarché, est particulièrement touchant. C’est d’ailleurs ce que j’ai le plus aimé : cette relation étonnante, née dans la peur et le silence, où leur seule façon de communiquer est par le langage des signes, adapté par elles et pour elles. La description de la survie des deux filles est tout à fait convaincante (même si Amy part avec de gros avantages par rapport à ses voisins), de même que leurs réactions lors de leur rencontre avec d’autres survivants. Car leur vie en complète autarcie dure tout de même trois ans et quand elles finissent par retrouver un semblant de civilisation, dans la ville de New Hope, tout ne se passe pas forcément comme prévu… En effet, les survivants sont peut-être organisés et plein d’espoir pour un avenir meilleur, mais vous vous doutez bien que, dans un tel monde, il y a également beaucoup de secrets… A commencer par ces redoutables créatures : qui sont-elles ? d’où viennent-elles ? Autant de questions que va se poser Amy, tout en s’attirant les foudres de certains… La vie que mènent Amy et Baby lors de leur retour à la « civilisation » est également un grand sujet de questionnements car la politique adoptée par New Hope n’est pas forcément au goût de la jeune fille. Liberté individuelle, droit des femmes, propagande… Tous les ingrédients d’un bon roman post-apo sont présents et on ne s’ennuie vraiment pas un seul instant ! J’ai d’autant plus aimé que l’auteur évite l’écueil de la romance ! Eh oui ! On a bien souvent dans ce genre de romans une belle héroïne qui s’amourache du héros bad-boy (ou même de deux héros, un gentil parfait et un un peu plus ténébreux, parce que c’est romantique les relations torturées) et qui doivent faire face à l’adversité. Ici, c’est la relation Amy et Baby qui prime, deux sœurs par la force des choses, et s’il y a malgré tout un jeune homme de l’âge d’Amy avec qui elle se rapproche, leur relation n’a que peu d’importance. En fait, Amy n’a pas besoin d’être amoureuse pour exister (ce qui m’a toujours semblé être le cas dans beaucoup d’œuvres similaires) et, pour le coup, est une véritable rebelle, qui ne se découvre pas rebelle au moment où le pire se passe, mais qui est déjà une forte personnalité et consciente du monde qui l’entoure. C’est pour moi un point très fort de ce roman, que je vous conseille donc très vivement !

In the after, Demitria Lunetta (Lumen)
en librairie le 11 septembre
9782371020153 – 15 €
à partir de 13 ans

Son
2

Broken soup – Jenny Valentine

9782211097819,0-2297998

J’adore Jenny Valentine ! :) Si vous n’avez encore rien lu d’elle, je vous le conseille, car elle a un don tout particulier pour nous transporter dans des histoires de la vie quotidienne où se déroulent pourtant des choses extraordinaires. Et, en plus, nous fait rencontrer des ados plus passionnants les uns que les autres !

Un jour, à la caisse d’un magasin, un jeune homme tend à Rowan un objet qu’elle aurait fait tomber par terre. Il s’agit d’un négatif. Le jour où elle le développe, elle se rend compte qu’il s’agit d’une photo de son frère Jack. Jack, qui est mort il y a deux ans. Depuis, ses parents sont séparés, sa mère vit une grave dépression et c’est à Rowan, 14 ans, de s’occuper de sa petite sœur de 6 ans et du quotidien à la maison… Sauf que le négatif qu’on lui a donné, Rowan est persuadée qu’il ne lui appartient pas ! Pourtant, il va lui révéler bien des secrets et sans aucun doute changer sa vie…

★★★★☆

J’ai donc beaucoup aimé Broken soup, qui nous brosse le portrait d’une ado devenue adulte avant l’heure, qui doit s’occuper de sa famille après la mort de son frère aîné et gérer également toutes les découvertes liées à ce négatif qu’on lui a remis par erreur. Chez Jenny Valentine, bien que l’histoire se déroule dans la vie de tous les jours, ses personnages sont toujours incroyables, étonnants, originaux. J’ai trouvé la relation entre Rowan et sa petite sœur Stroma très belle, pleine d’un soutien mutuel malgré leur vie compliquée. Les personnages qu’elles vont rencontrer au fil de l’histoire vont leur permettre d’évoluer, de souffler aussi de la tension qui règne chez elles, et d’en découvrir plus sur le frère qu’elles ont perdu. J’ai trouvé la réflexion sur la mort et le deuil très juste, la façon dont cela touche une famille ou des proches, comment cela affecte chacun des membres de la famille de Rowan. Il y a bien sûr aussi une touche de romance dans cette histoire, grâce à ce mystérieux jeune homme qui tend le négatif à Rowan et qui se révèle très important. J’ai suivi avec beaucoup de plaisir l’histoire de Rowan et de sa famille, la découverte progressive des secrets qui entourent la mort – mais surtout la vie – de Jack. Pour vous dire à quel point je me suis laissée emporter dans ce roman : je n’avais pas « vu » l’une des révélations finales du livre qui, j’y pense maintenant avec le recul, était probablement facile à deviner. Bref, un très beau texte, plein de sensibilité et de tendresse, une héroïne qui nous touche et qui, par sa maturité, nous impressionne.

Broken soup, Jenny Valentine (Ecole des Loisirs)
Collection Médium
en librairie le 1er octobre
9782211097819 – 17 €
à partir de 13 ans