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Brainless – Jérôme Noirez

Aujourd’hui, ça ne rigole pas chez Bob et Jean-Michel. On vous promet du sang, des boyaux, du gros flingue…enfoncez-bien votre casquette des Renards Enragés sur le crâne, car on s’la joue Elephant contre La Nuit de Morts-Vivants ! (Non… mais…mais restez ! C’était juste une blague…enfin…) :P

9782354882488, 0-2624012

Jason, adolescent plutôt médiocre surnommé Brainless, habite Vermillion, un trou perdu du Dakota du Sud. Ville dans laquelle tout le monde s’ennuie. Depuis qu’il est mort et revenu à la vie, Brainless se fait chaque jour une injection de formol et mange de la viande crue car, bientôt, il retourne au lycée. Malgré son état, ou plutôt le syndrome dont il est infligé et qui touche de plus en plus d’ados aux Etats-Unis, il doit en effet réintégrer la « normalité ». Et un zombie – pardon, un subvivant – au lycée de Vermillion est sans doute ce qui devrait le moins inquiéter le proviseur Ortiz, car certains camarades de Brainless ont des projets particulièrement sinistres.

★★★★★

Brainless est le tout premier roman d’une nouvelle collection pour les grands ados chez Gulf Stream : Electrogène, qui se veut hétérogène, électrique et érogène. Et dont la charte graphique très pop (une tranche colorée, notamment) promet un feu d’artifice de couleurs ! Beau programme, non ? :D

En tous cas, le pari est totalement tenu dans ce nouveau titre de l’excellent Jérôme Noirez (vous l’aurez compris, Bob est fan) ! D’autant plus qu’il y avait longtemps que Bob n’avait pas lu un aussi bon roman d’horreur et de zombies, un roman qui l’a littéralement scotché à son canapé et qui lui a redonné envie de visionner tous les classiques cités dans le roman. Car, en plus d’être complètement addictif, Brainless est aussi un bel hommage au cinéma fantastique et d’horreur (celui de Romero, Carpenter, Raimi – des réalisateurs chers au cœur sanguinolent de Bob). C’est trash, c’est gore, la moitié des personnages sont haïssables au possible et à travers ce portrait d’une adolescence américaine décadente et stéréotypée, c’est surtout un concentré d’humour noir. Bon, allez, j’essaye de ne pas trop vous faire peur, mais Jérôme Noirez ne se contente pas d’égratigner l’Amérique conservatrice et d’évoquer les mœurs malsaines des adolescents, Brainless ne manque pas non plus de romance et d’un héros tout de même sympathique. Vous ne rencontrerez sans doute jamais de non-mort aussi chouette et cool que Jason, et c’est d’ailleurs aussi une chose qui m’a bien plu dans ce roman : cette « nouvelle » vision du zombie (qu’on peut sans doute rapprocher de la série In the Flesh, pour ceux qui connaissent), où il ne s’agit pas simplement d’un cadavre en décomposition essayant de vous bouffer le cerveau…
En bref, Jérôme Noirez démarre cette nouvelle collection avec beaucoup de mordant et d’intelligence et j’avoue être très impatiente d’en découvrir les prochains titres ! :P Pour vous faire patienter jusqu’à la sortie, un petit teaser du livre :

Brainless, Jérôme Noirez (Gulf Stream)
collection Électrogène
en librairie le 21 mai 2015
9782354882488 – 16€
à partir de 14 ans

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Plus de morts que de vivants – Guillaume Guéraud

plusmortsvivantsPour commencer cet article je ne peux que vous encourager à lire en guise d’amuse-bouche livresque l’extraordinaire Je mourrai pas gibier, vous ne serez plus jamais la même personne après sa lecture. Lire Guillaume Guéraud c’est comme se livrer à une expérience hors du commun : c’est le Bear Grylls de l’écriture, le Robert Rodriguez du verbe, le Jude Law des auteurs. Plus de morts que de vivants se lit d’une traite : efficace et terrifiant c’est un vortex de l’angoisse et on en réclamerait bien encore quelques pages si les doses d’adrénaline et de stupéfaction n’étaient pas déjà à leur maximum.

★★★★★

Par un matin glacial de février, quelques collégiens se retrouvent devant leur établissement scolaire, attendant le début des cours. Une grippe circule en ce moment, la plupart sont cloués au lit avant les vacances de février mais d’autres n’auront pas cette chance…Soudain les incidents se succèdent dans l’établissement : un élève saigne du nez plus que la normale, une autre a les lèvres bien bleues, une touffe de cheveux tombe à terre, des boutons apparaissent et puis tout va très vite : virus de la mort ? Qui sera le prochain a être touché ? Qui s’en sortira vivant ? Qui est l’incubateur ?

Curieusement je m’attendais à lire une histoire de morts-vivants mais tout fut plus réaliste et terre-à-terre que je ne le pensais. Comme je l’ai dit au guide du Musée de la Torture à Amsterdam à la fin de la visite : « c’était délicieusement atroce ». Ce roman est tout aussi captivant qu’un bon film d’horreur. Guillaume Guéraud possède ce talent : celui de ne pas rentrer dans des descriptions trop alambiquées et donc à être concis en nous laissant avec LE détail qui va nous perturber et faire travailler notre imagination. Nos peurs sont travaillées au corps : la peur de mourir, celle de perdre l’être aimé, sentir l’odeur des morts, se rendre compte que l’instinct de survie ne suffit plus pour rester vivant. Ce virus provoque des morts auxquelles on s’attend le moins et l’effet de surprise agrippe à la gorge : il devient difficile de déglutir lorsqu’on a la vision d’un cou qui s’ouvre en deux, d’un ventre qui explose littéralement, de dents qui se déchaussent ou de débris d’os qui se mêlent au sang.

Remarquablement écrit, j’ai trouvé que l’association de la neige et du sang était d’une esthétique sublime qui marque très bien la différence entre le concept de vie et celui de mort. Il est particulièrement appréciable au début du roman, de savoir qu’une fois le portail fermé après le début des cours : l’horreur va commencer (hinhin). Ces adolescents sont pris au piège, ils ne le savent pas encore alors que le lecteur lui, réalise tout de suite. La fin m’a déconcertée – c’est que j’ai un soupçon d’optimisme alors que Guillaume Guéraud ne nous en laisse AUCUN en réalité. Qui plus est il nous prévient avec le titre Plus de morts que de vivants. : c’est une affirmation et non pas une question :) N’ayez pas peur vous serez délicatement surpris.
Maintenant que je suis à court de qualificatifs, je vous laisse découvrir l’improbable Guillaume Guéraud.

Plus de morts que de vivants, Guillaume Guéraud (Rouergue) – collection Doado
en librairie depuis le 4 mars 2015
9782812608612 – 13.70€
à partir de 13 ans

mourraipasgibierJe mourrai pas gibier (Rouergue) – collection Doado
en librairie depuis janvier 2006
9782841567171 – 7.10€
à partir de 14 ans
★★★★★

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Eleanor – Holly Black

9782747047708,0-2283387

Aujourd’hui, c’est Halloween, alors quoi de mieux que vous présenter un livre censé faire peur ? Alors voici Eleanor…mais tiendra-t-elle le pari de vous filer la pétoche ?

Zach, Poppy et Alice partagent la même passion : les jeux de rôles avec des figurines. Ils ont inventé leur propre monde, peuplé des pirates, de sirènes et de trésors, gouverné par la Sublime Reine, une étrange poupée de porcelaine qui trône dans une vitrine chez Poppy. Mais un jour, Zach est contraint d’arrêter de jouer et le plus étrange se produit : la poupée s’anime et ordonne à Poppy de la ramener auprès des siens ou les trois enfants ne connaîtront jamais le repos…

★★☆☆☆

« Certains jeux peuvent s’avérer dangereux », telle est la phrase d’accroche de la quatrième de couverture. Malheureusement, je n’ai pas été aussi effrayée que je l’espérais. Le début du roman est un peu long à se mettre en place, l’auteur prend le temps de nous présenter les personnages, leur vie plutôt tranquille ou les difficultés familiales qu’ils rencontrent. Il faut attendre d’être arrivé au tiers du livre pour que l’aventure commence véritablement, quand les enfants décident de se lancer dans cette quête folle de ramener la Sublime Reine, qui contiendrait les cendres d’une petite fille morte, dans sa ville d’origine afin de l’enterrer. C’est également à ce moment que les éléments de peur ou d’horreur entrent dans l’histoire, car des choses bien étranges se déroulent durant leur périple, des choses auxquelles la poupée ne serait pas étrangère… Eleanor fera-t-elle peur aux plus jeunes ? Peut-être, mais j’ai trouvé que le roman aurait pu être un peu plus effrayant ou, du moins, garder le suspense jusqu’au bout et jouer un peu plus sur les doutes des personnages. Car j’ai trouvé que les enfants acceptaient assez facilement l’histoire de cette poupée (qui est pourtant terrible !) et ne semblaient pas toujours être dans une peur constante. A un moment donné, l’auteur insiste plus sur l’aspect initiatique de son histoire, et la façon dont cette quête fait grandir Zach et Alice. Déçue, donc, par cette histoire que j’attendais vraiment effrayante…

Eleanor, Holly Black (Bayard jeunesse)
en librairie depuis le 16 octobre
9782747047708 – 13,90 €
à partir de 10 ans