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Le dernier sur la plaine – Nathalie Bernard

En 1860, Kwana, jeune indien comanche, voit son père, le grand chef Peta Nocona, se faire assassiner et sa mère et sa petite sœur enlever par les Texas Rangers. Dernier rescapé de sa tribu, il rejoint d’autres guerriers, avec l’espoir de se venger. Mais Kwana et les autres tribus indiennes vont devoir faire face à bien d’autres dangers car le Président Grant a décidé que rien n’arrêterait son désir de « civiliser » les plaines…

Après nous avoir fait découvrir le sort réservé aux Indiens au Canada il n’y a pas si longtemps de ça (et de manière encore plus récente dans deux thrillers plus contemporains), Nathalie Bernard continue à explorer la vie et le destin d’un peuple en nous emmenant cette fois dans les Etats-Unis de la fin du XIXe siècle, à la rencontre du dernier chef comanche libre. Car le roman est en effet inspiré librement de la vie de Quanah Parker, qui fut le fils d’un grand chef indien et d’une femme blanche, enlevée lors d’un raid. Symbole de la fin d’une ère, qui voit la fin du mode de vie des Amérindiens, privés de leurs ressources « naturelles » après l’extermination des bisons, forcés de rejoindre des réserves où ils sont privés de leurs libertés, Kwana est aussi celui d’un monde nouveau, où vont devoir cohabiter les deux facettes de ses origines.

Comme dans ses précédents romans, Nathalie Bernard nous offre un récit extrêmement prenant et passionnant, qui nous transporte littéralement sur le dos d’un mustang lancé au galop, à savourer l’immensité des grandes plaines et des territoires comanches. Récit d’aventure surtout, on suit le jeune Kwana dans cette incessante bataille pour protéger les siens et cette culture à laquelle on veut leur faire renoncer. Si les éléments biographiques sont là, forcément, la construction de l’histoire, découpée selon les différents « noms » de Kwana et vue à travers ses propres yeux, la rend particulièrement émouvante. L’écriture sensible et sans manichéisme de Nathalie Bernard, que l’on appréciait déjà dans ses précédents romans, confirme son talent de raconteuse d’histoires.
Si vous n’êtes pas encore convaincu, espérons que la magnifique couverture de Tom Haugomat, dont les couleurs et l’ambiance révèlent parfaitement le sentiment de lecture, le fera. 🙂

Le dernier sur la plaine, Nathalie Bernard (Thierry Magnier)
disponible depuis le 28 août 2019
9791035202729 – 14,80€
à partir de 13 ans
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Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Xiomara, presque 16 ans, est une adolescente à qui on impose le silence. Ecrasée par une mère bigote qui veut faire d’elle une nonne, ignorée par un père constamment devant sa télé, reluquée et sifflée par tous les hommes à cause d’un corps devenu femme trop vite, son seul soutient réside en son jumeau, quoique pas toujours très aidant, et sa meilleure amie qui n’en peut plus de son intérêt pour les garçons… Jusqu’au jour où quelqu’un est prêt à entendre sa voix.

Vous en avez sans doute déjà beaucoup entendu parler, mais Signé Poète X le mérite assurément. Elizabeth Acevedo, americano-dominicaine et poétesse, a sans doute utilisé beaucoup de son propre parcours pour nous offrir celui de Xiomara, jeune fille qui doit jongler entre la religion et son premier amour. Comment réussir à être soi, à s’affirmer et à s’aimer quand, depuis toujours, le poids de la tradition, des stéréotypes, condamne toute forme d’émancipation ? Fille d’immigrés dominicains, fille d’un couple malheureux condamné au jugement des autres, fille « miracle », jumelle complètement différente de son frère avec qui elle ne parvient pas à communiquer, Xiomara ne peut quasiment compter sur personne pour s’en sortir. Alors elle le fait avec ses poings, n’hésitant pas à casser le pif de ceux qui se frottent trop près de son corps trop précoce, ou qui emmerdent son frère qui n’a pas sa carrure. Son seul refuge : un carnet dans lequel elle note ses poèmes, un jardin secret qu’elle n’est prête à ouvrir à personne, sauf peut-être à Aman…et puis à ce club de slam monté par la prof qui a remarqué son talent ?

Magnifique roman en vers, dans une traduction signée Clémentine Beauvais, Elizabeth Acevedo nous touche au cœur avec ce texte intense, et cette voix exceptionnelle qu’est celle de Xiomara, entre colère et pudeur. Un texte féministe sans aucun doute, mais qui évoque aussi la pression parentale, le poids de la religion, la puissance des mots et l’adolescence qui se cherche, qui veut croire en ses rêves. La puissance des mots de Xioamara, leur sensibilité et leur justesse, en font un roman rempli d’espoir et d’amour. Une très belle découverte, et une autrice à suivre et à entendre très bientôt en France (et profitez ainsi d’aller faire un petit coucou à notre coupine Lucille) ! 😉

Signé poète X, Elizabeth Acevedo, traduit par Clémentine Beauvais (Nathan)
disponible depuis le 29 août 2019
9782092587294 – 16,95€
à partir de 14 ans
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Ce qui fait battre nos cœurs – Florence Hinckel

2030. Lorsque le cœur artificiel bas de gamme de sa petite sœur subit un énième raté, Esteban craque. Il kidnappe alors Leila, la célèbre « fille artificielle », et Noah, le fils caché de l’homme le plus riche de France et héritier de la société Organic qui fabrique et vend tous les organes artificiels. Mais son acte prend très vite un tournant auquel il ne s’attendait pas, notamment lorsque Maria, jeune femme « augmentée » s’invite dans sa cavale, retransmise en direct sur tous les réseaux…

Après Théa pour l’éternité, #Bleue ou encore Traces, Florence Hickel nous offre un nouveau récit d’anticipation où la question du transhumanisme, et tout ce que cela recouvre, sera le cinquième personnage de cette folle cavale en voiture. Car la majeure partie du roman se déroule dans cette voiture de luxe pour un huis-clos aussi haletant que passionnant. Raconté tour à tour par chacun des personnages, on découvre leurs histoires respectives, leurs désirs et rêves profonds, leurs failles, en même temps que toute la nation suit avec une passion démesurée les aventures de ces fugitifs pourchassés par les forces de police. Et dans le filigrane de ces scènes d’action, on explore avec chaque protagoniste la question de ce qui fait de nous des êtres humains. Leila est-elle encore humaine avec tous ses organes artificiels qui ont remplacé les originaux ? Et Maria n’est-elle pas trop puissante avec ce bras qu’elle a construit elle-même, lui donnant une force plus importante que la normale ? Des questions qui abordent le rapport à nos corps et leur évolution grâce au progrès technologique, mais Florence Hinckel va bien au-delà pour interroger les rapports humains et la trajectoire de chacun des personnages est ainsi passionnante, nous poussant à une réflexion aussi complexe qu’édifiante.

Il n’y a aucun temps mort dans ce récit mené tambour battant, dans lequel l’autrice n’oublie pour autant pas ses personnages, avec qui l’on vibre tout le long de cette cavale. Peut-être les connaisseurs et amateurs de science-fiction ne seront pas surpris par ce qui se révèle à mesure que l’on atteint la fin de l’histoire, et pourtant, le final est absolument glaçant. Ce futur fera-t-il battre vos cœurs (d’effroi) ?

Ce qui fait battre nos cœurs, Florence Hinckel (Syros)
disponible depuis le 22 août 2019
9782748526080 – 17,95€
à partir de 13 ans
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En émois – Anne Cortey

En plein cœur de l’été, en Provence, Jeanne ne profite pas tellement de ses vacances. Sa meilleure amie est à l’autre bout de la France, elle doit s’occuper des animaux et aider ses parents dans leur boutique en pleine saison touristique. Son seul plaisir : se baigner dans le lac avec Gwen, resté dans le coin lui aussi. Mais alors que celui-ci tarde à la rejoindre au bord du lac, Jeanne entend la sonnerie d’un téléphone oublié. On y réclame Kévin mais Jeanne ne sait pas de qui il s’agit et la personne raccroche… Quel petit mystère à résoudre pour cet été aussi chaud que long…

Prolongeons un petit peu nos vacances d’été avec ce fort joli texte d’Anne Cortey, pour sa première excursion dans le roman adolescent. Dans un décor provençal absolument charmant, où l’on goûte toutes les sensations de la narratrice, nous transportant littéralement dans la chaleur de la colline et la rafraichissante fraîcheur du lac, Anne Cortey nous offre le récit d’une histoire d’amour qui naît, des premiers émois, comme l’évoque si bien le titre.

Contrairement à ce que laisse penser notre petit résumé du roman, la narration est double. On commence d’ailleurs avec celle du « garçon » avant de passer à Jeanne qui nous emmène dans son quotidien d’amatrice de grasses matinées. L’identité de ce garçon nous sera révélée un peu plus tard, alors que l’on suit à la fois son histoire en même temps que celle de Jeanne, où les rêves de joueur de volley se mêlent à des difficultés au collège ; et son passé à travers des flash-backs sur du papier rose, où l’on découvre les souffrances familiales. Bon, vous pensez bien que ce garçon est évidemment celui que Jeanne finira par rencontrer, mais nous ne vous dirons rien de plus de cette histoire et les circonstances de leur rencontre pour vous laisser apprécier la poésie des mots d’Anne Cortey et son écriture tout en sensations.

A noter la magnifique illustration de couverture de Cyril Pedrosa, ainsi que ses deux planches intérieures, tout aussi belles, qui nous plongent encore plus dans cette atmosphère enveloppante, chaude et intime de cet été du premier amour. Un très beau texte !

En émois, Anne Cortey (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 21 août 2019
9782211302289 – 13,50€
à partir de 12 ans