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Le copain de la fille du tueur – Vincent Villeminot

2016, c’est un peu l’année Vincent Villeminot. Après La brigade de l’ombre au mois de juin chez Casterman, l’homme revient avec pas moins de trois romans pour la rentrée littéraire ! Aujourd’hui, on vous présente Le copain de la fille du tueur qui sort en même temps que Les pluies, chez Fleurus (dont on vous parle demain) et, enfin, Samedi 14 novembre (en novembre, donc), chez Sarbacane. Autant vous dire que vous n’avez pas fini d’entendre parler de Vincent Villeminot ! ;)

9782092565223,0-3350599

Fils d’un poète prix Nobel, Charles rejoint un lycée huppé pour « gosse de riches » en Suisse. Il y fait la connaissance de Touk-Ernest, fils d’un dictateur africain, qui devient son meilleur ami. Pour tuer le temps, ils font les quatre cent coups… jusqu’à l’arrivée de Selma. Une fille mystérieuse qui tape dans l’œil de Charles et qui n’est autre que la fille d’un terriblement célèbre narcotrafiquant mexicain…

★★★☆☆

A quoi peut-on s’attendre avec un titre pareil ? Sans doute pas à ce que l’action démarre dans un pensionnat de haut standing pour « filles et fils de ». Pourtant, c’est bien là que nous rencontrons Charles qui, lorsque sa résidence prend feu lors de son premier jour, rencontre Touk-E, qui a eu la bonne idée de faire cuire des saucisses au-dessus de la poubelle à papier en attendant l’arrivée de sa cuisine toute équipée. Pour les deux garçons, c’est le début d’une très grande amitié ! Et d’idées toutes plus étonnantes les unes des autres pour tromper l’ennui dans cette pension de riches… Cette histoire aurait pu se contenter de n’être que celle de deux potes s’amusant à mettre le bazar en pension si n’avait pas débarquée en cours d’année cette fille cachée sous son sweat à capuche, écouteurs sur les oreilles, boucles blondes et dents du bonheur. Une fille qui coupe le souffle de Charles… et ses jambes puisqu’il est bien incapable d’aller lui parler pour seulement connaître son prénom.

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire, dont le mystère est une des premières réussites. Même après avoir lu la quatrième de couverture, vous ne vous attendrez sans doute pas à la petite révélation qui fait aussi le nœud de l’intrigue. Vincent Villeminot nous raconte une histoire d’amour en plusieurs temps, qui fait aussi la part belle au thriller angoissant et à la comédie (surtout dans la première partie). Un fils de poète ne pouvait sans doute pas vivre son premier amour autrement qu’avec force romantisme, le genre qui vous tient en haleine, vous fait ressentir toutes les émotions et les émois des personnages. Il y avait longtemps que je n’avais lu d’histoire d’amour aussi romantique, enrobée d’un suspense propre au roman policier. Un mélange qui fonctionne parfaitement, et qui réussit à nous angoisser et nous émouvoir en même temps. Le copain de la fille du tueur est en tous cas un roman atypique, l’écriture de Vincent Villeminot hachée, saccadée, et pourtant, avec ce mélange des genres détonant et ces personnages que je crois volontairement stéréotypés (l’Africain fils de dictateur, la Mexicaine fille de trafiquant de drogue et le Suisse timide fils de poète, je rappelle), ça marche ! Une bonne lecture ! :D

Le copain de la fille du tueur, Vincent Villeminot (Nathan)
disponible le 8 septembre 2016
9782092565223 – 16,95€
à partir de 13 ans
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Les garçons ne tricotent pas (en public) – T.S. Easton

Saint-Jean-Michel-des-Eaux, attention les yeux ! Ce livre a sans doute l’une des couvertures les plus atroces (je ne peux pas la regarder plus de 0,005 secondes sans avoir envie de me crever les yeux), les plus improbables, les plus « mais…mais…pourquoi ???? » (euh…sérieusement, Nathan, POURQUOI ???) mais ne vous y fiez pas et essayez de faire abstraction, de coller du papier journal dessus, de la couvrir avec du papier opaque comme vos manuels de cours en 6e, car vous passeriez quand même à côté d’un très très bon moment de lecture, parole de Bob. :)

9782092559161,0-3155289Ben Fletcher, après avoir volé une bouteille de Martini Rosso et renversé à vélo la dame qui fait traverser les petits, est désormais placé sous contrôle judiciaire. Dans le cadre de sa mise à l’épreuve, il est contraint de s’inscrire à une activité manuelle, et à cause d’un malentendu, il se retrouve dans le cours de tricot ! L’horreur ! Ben accepte cependant de jouer le jeu, tant que personne en dehors du groupe de tricot n’est au courant. Et il découvre bien vite que le tricot, ce n’est pas si mal et qu’il est quand même vachement doué…

★★★★★

Comment cacher à vos amis un peu cons et à votre père archétype de la virilité que vous vous adonnez à une « activité de fille » et, pire, « de vieille » ? C’est bien là tout le problème de Ben, 16 ans, pas trop doué avec les filles (mais vachement amoureux de Megan, et de sa prof Melle Swallow et puis la mère de Megan est pas mal non plus…) ni vraiment en rien, d’ailleurs, qui se fait harceler occasionnellement par la terreur du lycée, et qui vivait sa vie plutôt tranquillement jusqu’à l’incident qui lui a valu des ennuis avec la justice. Ben va inventer pas mal de mensonges, qui vont le mettre dans des situations précaires, surtout quand le tricot se révèle une activité qui le passionne et pour laquelle il est vraiment très doué. Doué au point de participer à des compétitions locales puis de plus en plus importantes… De mensonges en mensonges, Ben s’enlise et tout pourrait bien vite tourner au vinaigre…

Pour notre plus grand plaisir, les stratégies de Ben conduisent à des moments improbables, cocasses et parfois totalement débiles. Écrit sous la forme d’un journal intime, T.S. Easton (qui est aussi l’auteur d’une dystopie dont on vous a parlé) nous brosse le portrait d’un adolescent absolument attachant. Je me suis amusée du début à la fin et j’ai éclaté de rire à de nombreuses reprises. Les dialogues sont géniaux, les nombreux personnages – même parfois un peu stéréotypés – offrent une galerie particulièrement comique et l’histoire, même s’il est loin d’y avoir de l’action, propose des tas de rebondissements plus savoureux les uns que les autres. On ne s’ennuie vraiment pas et on passe un moment super agréable avec Ben et sa vie tout de même bien compliquée à lutter malgré lui contre les préjugés. Si vous avez lu Susin Nielsen, Ben m’a pas mal fait penser à certains de ses personnages, une espèce de nerd embrigadé dans des trucs improbables, héros du quotidien. J’ai ressenti exactement le même plaisir qu’à la lecture de Moi, Ambrose, roi du scrabble, par exemple. Et ça fait plutôt du bien ce genre d’histoire bien écrite (et bien traduite), pleine d’humour et de bonne humeur. Maintenant, j’ai envie de me mettre au tricot ! :P

Les garçons ne tricotent pas (en public), T.S. Easton, traduit par Anne Delcourt (Nathan)
disponible depuis le 10 mars 2016
9782092559161 – 15,95€
à partir de 13 ans
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La fille de la ville – Boris Lanneau

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Après trois filles à vélo et une drôle de famille en mini-van, ce sont maintenant cinq mecs en bagnole qui veulent repousser un peu la rentrée. :)

Cinq copains, à la vie à la mort. Cinq mecs de la campagne qui rêvent de la fille de la ville. Celle qui revient cet été et qu’il faudra séduire avec une voiture. Et ça tombe bien, ils ont une 2CV de collection. Mais après une chasse au lièvre à fond la caisse, tout tombe à l’eau, la voiture comme les rêves…

★★☆☆☆

Attila, Dolby, Dudu, Jmenba et Rouge-Gorge, pour vous servir. Surnommés l’Equipe, comme au foot. Cinq mecs qui n’ont pas grand-chose à faire dans leur petit bled, surtout pendant ces vacances où ils n’attendent qu’une seule chose : revoir la fille de la ville. Celle qui les a tant émoustillés l’été précédent en étant…pas comme les autres. Une fille spéciale, unique. Et à Saint-Savin, leur petit village, pour séduire une fille, il faut une bagnole. Malheureusement, ils mettent leur 2CV à l’eau après une nuit à toute berzingue et, le lendemain, la voiture disparaît. Les cinq bonhommes vont alors devoir se lancer à la recherche de leur trésor, surtout quand celui-ci ne leur appartient pas : la voiture est en effet au père de Dudu.
Entre les souvenirs de l’été dernier, la découverte de nos cinq héros et leur course contre la montre pour retrouver leur voiture, Boris Lanneau construit un roman où l’action se déroule sur des chapeaux de roue. Les temps-morts, telle la mi-temps en plein milieu de match, sont ceux de la fille de la ville, le moment où l’on rêve de cette créature inaccessible et ô combien mystérieuse. Mais au-delà de cette course effrénée pour récupérer la 2CV, c’est avant tout une histoire d’amitié, de vies de famille, de difficultés à communiquer, de relations entre les gens, de petits moments de tristesse ou de bonheur… Malgré tous ces ingrédients, je ne suis pas parvenue à me laisser emporter totalement dans le roman, sans doute à cause du style très immersif auquel je n’adhère que modérément, qui m’a parfois perdue dans la narration et qui ne m’a pas toujours rendu les personnages sympathiques…

La fille de la ville, Boris Lanneau (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 2 septembre 2015
9782848658193 – 15,50€
à partir de 14 ans