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Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Xiomara, presque 16 ans, est une adolescente à qui on impose le silence. Ecrasée par une mère bigote qui veut faire d’elle une nonne, ignorée par un père constamment devant sa télé, reluquée et sifflée par tous les hommes à cause d’un corps devenu femme trop vite, son seul soutient réside en son jumeau, quoique pas toujours très aidant, et sa meilleure amie qui n’en peut plus de son intérêt pour les garçons… Jusqu’au jour où quelqu’un est prêt à entendre sa voix.

Vous en avez sans doute déjà beaucoup entendu parler, mais Signé Poète X le mérite assurément. Elizabeth Acevedo, americano-dominicaine et poétesse, a sans doute utilisé beaucoup de son propre parcours pour nous offrir celui de Xiomara, jeune fille qui doit jongler entre la religion et son premier amour. Comment réussir à être soi, à s’affirmer et à s’aimer quand, depuis toujours, le poids de la tradition, des stéréotypes, condamne toute forme d’émancipation ? Fille d’immigrés dominicains, fille d’un couple malheureux condamné au jugement des autres, fille « miracle », jumelle complètement différente de son frère avec qui elle ne parvient pas à communiquer, Xiomara ne peut quasiment compter sur personne pour s’en sortir. Alors elle le fait avec ses poings, n’hésitant pas à casser le pif de ceux qui se frottent trop près de son corps trop précoce, ou qui emmerdent son frère qui n’a pas sa carrure. Son seul refuge : un carnet dans lequel elle note ses poèmes, un jardin secret qu’elle n’est prête à ouvrir à personne, sauf peut-être à Aman…et puis à ce club de slam monté par la prof qui a remarqué son talent ?

Magnifique roman en vers, dans une traduction signée Clémentine Beauvais, Elizabeth Acevedo nous touche au cœur avec ce texte intense, et cette voix exceptionnelle qu’est celle de Xiomara, entre colère et pudeur. Un texte féministe sans aucun doute, mais qui évoque aussi la pression parentale, le poids de la religion, la puissance des mots et l’adolescence qui se cherche, qui veut croire en ses rêves. La puissance des mots de Xioamara, leur sensibilité et leur justesse, en font un roman rempli d’espoir et d’amour. Une très belle découverte, et une autrice à suivre et à entendre très bientôt en France (et profitez ainsi d’aller faire un petit coucou à notre coupine Lucille) ! 😉

Signé poète X, Elizabeth Acevedo, traduit par Clémentine Beauvais (Nathan)
disponible depuis le 29 août 2019
9782092587294 – 16,95€
à partir de 14 ans
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Je serai cet humain qui aime et qui navigue – Franck Prévot et Stéphane Girel

9782355581113,0-3173389

Un petit garçon passe les grandes vacances chez son grand-père, ancien marin-pêcheur. Lors d’une promenade, il découvre un magnifique coquillage, qu’il porte à son oreille lorsqu’il remarque l’inscription « Ecoute-moi ». Et c’est un poème magnifique qu’il entend, quand son grand-père n’y entend que les vagues de la mer…

★★★★☆

Tanni koseb yasa kana dija sebar… Ainsi commence ce poème étrange entendu dans le coquillage. Une langue, une sonorité inconnue tant de l’enfant que du grand-père. Ce charabia a-t-il un sens ? Petit à petit, à force de l’écouter, l’enfant va être touché par cette musique issue de la conque, et se laisser emporter par les mots étrangers et composer sa propre traduction. Une première traduction qu’il récite à son grand-père, en hommage à sa vie, son bateau, sa femme disparue. Et c’est un grand-père ému qui conforte l’enfant dans son idée d’un poème qui s’adresse à tous, qui voyage et se transmet dans les âmes et dans les cœurs. Après la récitation, c’est donc l’écriture de tout ce que le poème lui évoque, une façon pour l’enfant de se découvrir, de grandir, de mieux percevoir le monde qui l’entoure…

A travers un texte d’une grande qualité poétique, Franck Prévot nous offre une belle histoire de transmission entre un grand-père et son petit-fils et, surtout, un poème fabuleux auquel on peut, comme l’enfant, donner le sens que l’on désire, qui nous inspire, qui nous parle. Une invitation à l’imagination et à la création littéraire à laquelle le lecteur peut d’ailleurs apporter son bout de coquillage en traduisant lui aussi le poème, qui trouvera sa place aux côtés des autres traductions proposées. 🙂
La puissance de cet univers poétique vaut aussi par les illustrations lumineuses, solaires, de Stéphane Girel, dont la délicatesse du dessin et la lumière qui se dégage de ses couleurs sont particulièrement évocatrices. On apprécie d’ailleurs le très grand format qui permet de se laisser encore plus emporté par les images et les mots…

Et pour en voir un peu plus de ce magnifique album et en apprécier les illustrations, une petite vidéo réalisée par l’éditeur. 🙂

Je serai cet humain qui aime et qui navigue, Franck Prévot, illustré par Stéphane Girel (HongFei cultures)
disponible depuis le 19 mai 2016
9782355581113 – 16,50€
à partir de 7 ans
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Maman Renard – Amandine Momenceau

COUV-RENARDS

Premier ouvrage publié de l’auteur, cet album est insoutenable de mignonnerie. On le repose avec la satisfaction de posséder un ouvrage de qualité, une création intemporelle…on aimerait que ce livre devienne un classique. Amandine Momenceau, assez doué de ses dix doigts maispasque (oui on a lu sa bio, on se renseigne ma petite dame chez Bob et Jean-Michel), découpe en long en large et en travers rendant le final poétique et presque animé.

★★★★★

L’histoire est efficace : par une belle journée d’hiver ensoleillée, quatre renardeaux gambadent allègrement dans la neige et échappent à la surveillance de leur mère. La partie de « cache-cache » est lancée et fonctionne à merveille grâce aux animations de l’auteur. Le but est de nous balader de page en page, les découpes laissant belle part à la découverte des éléments cachés. Divertissant à souhait, le calme s’impose au fil des événements tant on se laisse porter par gaillardise des petits. Si jamais vous ressentez un soupçon d’inquiétude à la lecture ne vous faites aucun souci : tout se passe à merveille, Amandine Momenceau n’a pas réalisé un album sur la chasse et tous les petits finiront par se pelotonner contre leur mère.

Afin de vous rendre compte des animations, l’Agrume a publié une chouette vidéo de démonstration

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Maman Renard, Amandine Momenceau (L’Agrume)
disponible depuis le 20 octobre 2015
9791090743328 – 18€
à partir de 3 ans

 

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Dans la tête d’Albert – Carole Chaix & Annie Agopian

danslatêtedalbert« A Angèle Cambournac
A Thierry Magnier
Merci d’avoir dit oui à cet « ovni » ! »

Un bel ovni en effet
Comme toujours avec Carole Chaix chaque album est une jolie surprise, ses illustrations sont toujours en parfaite concordance avec les textes soignés d’excellents auteurs. Dans la tête d’Albert est une mignardise pour l’âme, qui à son tour, devient tout à coup embuée d’émotion(s).

Albert et son Chien vivent ensemble et il n’est est pas toujours facile pour l’animal de comprendre son maître car il est plein de contradictions, et son silence est parfois compliqué à décrypter.

Mais qui est donc Albert ?

Albert a un petit vélo dans la tête. Il veille, pense, réfléchit, parfois trop, le regard dans le vide, il rêvasse entre ses deux oreilles, il perd les pédales, s’énerve, s’entête, s’accroche. C’est son Chien qui le promène au bout de sa laisse. En vélo, Albert fait le fou, il s’amuse au gré du vent tandis que les gens rient de lui. Serait-il différent ? Schizophrène, bipolaire, dépressif, mélancolique ? Il voit le monde différemment, des dizaines de sensations et d’envies parcourent sa tête, parfois en même temps : chaque jour contient son lot de surprises. Ce que son Chien considère comme une insuffisance de goût ou des lacunes d’attention, relève en fait d’une grande perspicacité de la part de son maître. Serait-il un génie ? Il est seul dans sa cafetière qui bout sans cesse. Il est timide et un manque de confiance en lui le retranche dans sa tête. Il n’est pas maître de lui-même : ses émotions peuvent le dépasser et des colères injustifiées prennent le pas sur la raison. Albert est comme n’importe lequel d’entre nous : il ne connait pas la recette du bonheur mais qu’à cela ne tienne, il n’aura jamais finit d’apprendre et de grandir…
Une histoire délicate et fragile comme son personnage, à découvrir patiemment. Un album sans doute réservé aux amateurs de livres insolites, à ceux qui apprécient la poésie et allez savoir pourquoi : en le lisant, je lui ai trouvé le petit goût amer et sucré d’une tartelette au citron.

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images Thierry Magnier éditions

Dans la tête d’Albert, Carole Chaix & Annie Agopian
disponible le 26 août 2015
9782364747241 – 17€
difficile de donner un âge pour cet album, ouvrez-le 🙂

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Blackwood, le pensionnat de nulle part – Lois Duncan

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Dans les nouvelles parutions de la collection Black Moon figure Blackwood, un roman qui date de 1974 et traduit pour la première fois en France afin de préparer une adaptation cinématographique actuellement en cours et produite par nulle autre que Stephenie Meyer, la maman de Twilight. Alors, prochain gros succès ou pas ? 😛

Après le remariage de sa mère, Kit est contrainte d’aller dans un pensionnat. Elle arrive à Blackwood, ancienne demeure gothique où elle étudiera avec d’autres jeunes filles. Sous la direction de Mme Duret, les filles recevront un enseignement de qualité, où les arts ont toute leur place. Mais très vite, Kit ressent un étrange malaise dans cette école…à commencer par le fait qu’elles ne sont que quatre pensionnaires…

★★★☆☆

Amateurs de mystères et de romans gothiques façon 19e siècle, ce roman est fait pour vous ! Il y a indéniablement un petit goût de vieillot dans ce roman qui a quand même 40 ans, même s’il a été remanié par son auteur il y a quelques années (ce qui a sans doute aidé pour l’adaptation ciné à venir). Si Lois Duncan a ajouté des ordinateurs et des téléphones portables (inutiles très vite) histoire de s’intégrer dans le 21e siècle, les dialogues sont quant à eux restés très old school : on imagine mal quatre adolescentes s’exprimer aujourd’hui comme elles le font dans tout le roman. Mais c’est finalement ce qui fait aussi le charme désuet de cette histoire de fantômes. On a l’impression d’être hors du temps, dans un huis-clos angoissant où la résolution ne viendra que dans les dernières pages…s’il y en a une ! (héhé, non je ne vous dis rien) Les personnages sont attachants, particulièrement Kit et Sandy, on se laisse assez vite emporter par l’ambiance et dans le mystère qui entoure cette étrange pension dont la froide Mme Duret garde bien les secrets. De quoi donner un film inquiétant… 🙂

Blackwood, le pensionnat de nulle part, Lois Duncan (Hachette)
collection Black Moon
disponible le 26 août 2015
9782012036475 – 16€
à partir de 13 ans