Son
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Sauvages – Nathalie Bernard

Jonas vient d’avoir 16 ans. Il lui reste très exactement soixante jours avant de retrouver enfin sa liberté. Dans ce pensionnat perdu au beau milieu du Canada, Jonas n’est qu’un numéro parmi d’autres, à qui on demande d’être obéissant, productif et discipliné. Il doit donc encore tenir deux petits mois à faire croire aux prêtres et aux sœurs qui gèrent le pensionnat qu’ils ont réussi leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était à son arrivée au pensionnat.

★★★★☆

L’année dernière, Nathalie Bernard publiait un premier roman chez Thierry Magnier : Sept jours pour survivre, un thriller glaçant et angoissant qui se déroulait au Canada et évoquait déjà le destin des amérindiens, et en particulier des femmes amérindiennes. (On ne vous en dira pas plus mais on vous invite fortement à découvrir ce roman !)

Cette année, nous sommes toujours au Canada, mais cette fois dans les années 1950, en plein cœur d’un thriller historique qui nous conduit dans le passé terrible et honteux du pays : les pensionnats autochtones. Cela ne vous parle peut-être pas et pourtant, jusqu’en 1996, il existait des institutions qui « accueillaient » (comprendre « arrachaient à leurs familles ») des enfants amérindiens afin de les scolariser, certes, mais surtout de les évangéliser et les assimiler. L’idée y était de « tuer l’Indien dans l’enfant ». Charmant, n’est-ce pas ? Les conditions de vie y étaient déplorables et les sévices endurés par les enfants tout aussi abominables. C’est donc dans cette dure réalité historique que s’ancre le récit de Nathalie Bernard qui parvient avec brio à ne pas en faire qu’un roman dénonciateur basé sur des témoignages réels mais aussi un thriller efficace et un récit passionnant.

Et cela tient sans doute à la fluidité de l’écriture de Nathalie Bernard, et à ce personnage, Jonas, qui porte admirablement le récit. Un cheminement vers la liberté qui passe par de bien trop nombreuses épreuves pour ce garçon qui ne rêve que de retrouver ses racines, et par une chasse à l’homme au cœur des forêts québécoises, où la mort n’a jamais été aussi proche. Un roman émouvant, éprouvant, magnifique et captivant qui ne vous laissera certainement pas en ressortir indemne.

Sauvages, Nathalie Bernard (Thierry Magnier)
disponible depuis le 29 août 2018
9791035201852 – 14,50€
à partir de 14 ans
Son
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Tous les bruits du monde – Sigrid Baffert

Italie, 1905. Pour venger son honneur, Graziella s’apprête à tuer son ex-fiancé Anthelmo. Enceinte jusqu’aux yeux, elle le regarde en épouser une autre, avant de viser son cœur… Condamnée pour ce meurtre, Graziella se retrouve en prison et attend son jugement, jusqu’au jour où un tremblement de terre lui offre la fuite. Une vie nouvelle s’offre à elle, mais les démons du passé ne sont jamais loin…

★★★★★

Pour ceux à qui manquait un grand roman d’aventure : voici Tous les bruits du monde ! Un destin de femme, une histoire d’amour gâchée, un honneur à laver plus important que la vie elle-même, une malédiction, des éléments qui se déchaînent, des traversées en bateau et des découvertes fabuleuses, il se passe tout cela, et bien plus encore dans le nouveau roman de Sigrid Baffert, qui nous transporte dans l’Italie et la France du début du XXème siècle. On notera d’ailleurs tout le travail de documentation pour ce roman historique où des événements réels côtoient les inventions de l’époque et quelques grandes figures des début du cinéma. Des détails et des clins d’œil qui n’éclipsent certainement pas l’aventure palpitante de Graziella et de son frère Baldassare qui vont tous deux fuir leur Italie natale pour rejoindre la France, où ils espèrent non seulement échapper aux représailles de leur départ mais également retrouver leur frère aîné, Tommaso, disparu mystérieusement voilà des années… Mais si la chance semble sourire à cette fratrie qui accueillera très vite l’enfant illégitime et non désiré de Graziella, le passé et le danger sont clairement à leurs trousses.

Un roman captivant, porté par une plume sensible et exigeante, qui, au-delà de l’aventure et de l’histoire d’une vengeance familiale, aborde aussi des thèmes beaucoup plus rares dans ce genre mais qui offrent de passionnantes explorations de l’humain : l’amour maternel, ou plutôt ici son absence ; la surdité et comment, voilà plus d’un siècle, on traitait les jeunes sourds ; et l’exil, grande question d’actualité s’il en est. Les personnages sont admirables dans leur construction, à commencer par Graziella, aussi vulnérable que déterminée, en proie à un conflit autant physique qu’émotionnel et Baldassare, le frère funambule, véritable soutien pour sa sœur, qui navigue entre l’espoir et le pragmatisme. Et puis César, le frère d’Anthelmo, un personnage diablement angoissant, qui étend son ombre menaçante sur tout le roman…

Tous les bruits du monde, c’est le souffle de la liberté, la richesse d’une époque, des personnages, et toute l’émotion d’un grand roman d’aventure.

Tous les bruits du monde, Sigrid Baffert (Milan)
disponible depuis le 22 août 2018
9782745997685 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Brexit romance – Clémentine Beauvais

Juillet 2017. Un an après le vote du Brexit, Marguerite Fiorel, une jeune chanteuse de 17 ans, se rend à Londres pour jouer Le mariage de Figaro. Accompagnée de son professeur, Pierre Kamenev, ils font la rencontre de Justine Dodgson, fondatrice d’une start-up ultra secrète, “Brexit Romance”, qui arrange des mariages franco-britanniques dans le but d’obtenir un passeport européen…

★★★★☆

Après des années d’exil chez nos voisins d’outre-Manche, il était temps que Clémentine Beauvais nous offre son roman anglais ! Et c’est avec panache, exubérance et une extrême drôlerie qu’elle le fait ! Brexit Romance ne ressemble en rien à ses romans précédents (qui ne se ressemblaient déjà pas beaucoup, on est d’accord), si ce n’est que l’on y retrouve son humour très particulier, qui prend ici une saveur très british. Commençons donc par la langue, qui est évidemment au cœur du roman puisque nos héros français, qui ne parlent pas un anglais parfait, vont être aux prises avec ces redoutables britanniques. Ainsi, ne soyez pas surpris des tournures de phrases emberlificotées comme le savent si bien faire les anglais, des traductions mot pour mot d’expressions imagées qui sont, soit obscures, soit hilarantes, et de la typographie qui reprend celles des romans anglo-saxons. Car la langue est assurément ce par quoi passe la comédie de Clémentine Beauvais, responsable qu’elle est des quiproquo, des incompréhensions qui mènent aux aventures trépidantes et surprenantes de Marguerite, Pierre, Justine et tous ceux qui se laissent embringuer dans le projet fou de “Brexit Romance”. Les dialogues sont savoureux, on ne peut que s’arrêter pour lire des passages à voix haute (ou très bien s’imaginer les intonations, les accents) et en apprécier toute la justesse, toute la musique qui s’en dégage.

Et il y a bien sûr l’histoire, les personnages. Car Brexit Romance, c’est aussi un roman qui fait la part belle à une galerie de protagonistes naïfs, lourdingues, affligeants, aimables ou détestables, qui font l’expérience de la relation franco-britannique avec plus ou moins de succès, ou de compréhension. Et Clémentine Beauvais ne se prive pas de pointer avec finesse et un brin de moquerie les différences entre français et britanniques ou les habitudes des millenials qui sont de moins en moins compréhensibles pour les « vieux ». Bref, Clémentine Beauvais nous livre enfin le fruit de son étude sociologique de française qui vit au milieu des grands-britons et, franchement, c’est juste génialement drôle. On ne vous aura pas dit grand-chose de l’histoire, mais qu’importe, vous verrez c’est vachement bien ! Vraiment, foncez ! C’est drôle, drôle, drôle et très très subtil. Et si vous n’êtes pas encore convaincus, lisez donc la super chronique de La Licorne à lunettes qui nous a coiffé au poteau sur la forme que prendrait la nôtre…huhu. 😛

Brexit romance , Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 22 août 2018
9782377311453 – 17€
à partir de 13 ans
Son
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Ueno Park – Antoine Dole

Et voilà ! Les vacances sont terminées…place désormais à la très célèbre rentrée littéraire, dont cette fin de mois d’août est particulièrement riche en nouvelles parutions à ajouter à sa gigantesque pile à lire ! 😀

Hanami est une fête au Japon où l’on célèbre l’éclosion des fleurs de cerisiers. C’est l’occasion pour les japonais, comme pour les touristes qui viennent en masse assister à ce spectacle entre mars et avril, de se retrouver dans les parcs de la ville Tokyo et observer le spectacle de la nature. Et c’est à Ueno Park que huit adolescents assistent à cette célébration…

★★★★☆

Vous ne le saviez peut-être pas – parce que ça ne transparaît pas forcément dans ses autres romans pour ados – mais Antoine Dole est un féru de culture japonaise ! Pour ce roman choral, ou ce recueil de nouvelles, c’est comme vous voulez, il nous emmène ainsi à la rencontre de huit adolescents, aux personnalités et aux trajectoires très différentes, qui sont tous à Ueno Park un jour précis pour assister à l’éclosion des fleurs de cerisiers. Huit portraits de jeunes garçons et de jeunes filles qui tentent de s’extraire d’une société japonaise qui n’acceptent pas leur différence, une société trop normée, trop étriquée pour ces jeunes qui rêvent d’autre chose. En cela, ces jeunes japonais ne sont pas bien différents de leurs congénères adolescents du monde entier, et c’est ce qui donne à ces histoires une résonance toute particulière, un attachement immédiat à ces jeunes « différents » de ce qu’on attend d’eux.

Leurs histoires sont multiples, parfois étonnantes, et ne se rejoignent pas, ou peu : on trouve ainsi une jeune fille hikikomori, incapable de quitter sa chambre, trop oppressée par ce que ses parents et la société attendent d’elle ; un jeune garçon qui tente de se reconstruire après avoir vécu un tsunami ; un autre qui subit les moqueries car il assume son look genderless kei, soit asexué ; et bien d’autres histoires où la volonté de vivre libre et de s’affirmer sont les moteurs de ces solitudes adolescentes. Un recueil d’une rare sensibilité, où la douceur de l’éclosion des fleurs de cerisiers n’a d’égale que la bienveillance de l’auteur à l’égard de ses personnages qui vont connaître espoir, renaissance ou apaisement.

Ueno Park, Antoine Dole (Actes Sud junior)
disponible depuis le 22 août 2018
9782330108274 – 13,50€
à partir de 13 ans
Son
1

Lectures d’été #2

Deuxième et dernière partie des lectures d’été de Bob…eh oui, ça sent déjà la rentrée littéraire ! Mais vous verrez, il est encore question de pas mal de voyages et ceux qui aiment se faire du mal y trouveront aussi leur compte. 😛

Catégorie #vacances de la loose

Un mois à l’ouest

A l’époque où Internet, les SMS et Google Maps n’existaient pas encore (quand vos ados n’étaient même pas nés), Fred tombe amoureux d’une canadienne et décide d’aller la rejoindre. Sauf qu’en fait, la miss partageait pas franchement les sentiments, et notre pauvre garçon se retrouve tout seul à errer sur un continent bien loin de chez lui. Commence alors un road-trip entre Canada et États-Unis, où les quelques dollars en poche fondent comme neige au soleil et où gros ratages et belles rencontres se succèdent. Comme toujours, le style de Claudine Desmarteau est vif, incisif, rythmé et nous offre ici de belles tranches d’oralité québécoise. On se régale des tribulations de ce frenchie un poil loser, qui cache malgré tout une véritable profondeur. Des photos en noir et blanc, comme des petites respirations apaisantes dans la galère, parsèment ce road-trip qui sent le vécu !

Un mois à l’ouest, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 18 avril 2018
9791035201470 – 14,50€
à partir de 15 ans
Y aller

On continue avec un autre loser du voyage : Solal, complètement accro aux jeux vidéo, et notamment à Zelda, qui décide un jour de tout arrêter, de se débrancher, et se lance dans un périple un peu fou : rejoindre le centre de la France, à Bruère-Allichamp. Équipé d’un sac à dos plus lourd que lui et de toute sa motivation, le garçon se lance, il y va ! Hervé Giraud nous offre un road-trip totalement décalé qui fonctionne à merveille : on rit de ce retour à la nature de ce geek un peu halluciné qui n’a que le monde de Zelda pour repère (et qui obtient d’ailleurs des « objets magiques » au fur et à mesure des rencontres de son périple) et on s’attendrit de sa naïveté et de son exaltation en toute situation. Une aventure initiatique jubilatoire !

Y aller, Hervé Giraud (Thierry Magnier)
disponible depuis le 16 mai 2018
9791035201777 – 12,90€
à partir de 13 ans

Catégorie #ouille, ça pique !

Les collisions

Quand deux lycéens de terminale L s’ennuient et décident de jouer les Merteuil et Valmont de leur classe, attendez-vous à un remake des Liaisons dangereuses où les lettres deviennent textos mais où la manipulation et la perversité sont exactement les mêmes ! Gabriel et Laëtitia n’ont absolument rien à envier à leurs aînés de fiction, et Joanne Richoux nous brosse un portrait à l’acide de cette jeunesse qui s’ennuie et qui n’a – presque – que faire des conséquences, nous montrant par là-même à quel point la transposition de la cour du XVIIIe siècle à cette classe de lycée est d’une étonnante modernité. Un roman terriblement dérangeant, mais tellement juste, porté par un style acéré, intransigeant, qui nous place dans la position non moins honteuse d’un voyeur impuissant qui se délecte des drames à venir. Une vraie claque !

Les collisions, Joanne Richoux (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 avril 2018
9782377310739 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
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Lectures d’été #1

Les vacances sont sans doute le meilleur moment pour lire, lire et lire ! 😀 Le comble, c’est que Bob n’a (presque) lu que des histoires avec tout ce qu’on imagine derrière le mot « vacances » : des voyages, des îles paradisiaques, des personnages eux aussi en vacances… Petit tour d’horizon de nos derniers bons moments de lecture.

Catégorie #plages

Vendredi ou les autres jours

C’est avec délice que l’on suit les nouvelles aventures de Robinson et Vendredi sur leur caillou perdu au milieu de l’océan, où leur solitude est mise à rude épreuve… En effet, pirates et autres évangélisateurs ne cessent de débarquer alors qu’ils entament une partie de crabe-caillou ou dégustent une bonne petite bière de banane. Nos deux compères rivalisent alors d’imagination pour se débarrasser de ces importuns… Un savoureux recueil de nouvelles imaginées par Gilles Barraqué, où se mêlent habilement humour et sensibilité, légèreté et profondeur. Des dialogues facétieux, des héros qui célèbrent l’enfance, le jeu et la joie de vivre et des illustrations délicates d’Hélène Rajcak, ce petit livre bleu océan vous transportera sur cette île généreuse et inventive !

Vendredi ou les autres jours , Gilles Barraqué, illustré par Hélène Rajcak (MeMo)
collection Polynie
disponible depuis le 24 mai 2018
9782352893738 – 10€
à partir de 10 ans
Pëppo

Des parents absents, une grande sœur qui se casse en laissant 2 bébés – Colette et Georges – sur les bras d’un lycéen pas très porté sur les études, qui vit dans un vieux camping pourri des années 80 avec un oncle alcolo et un Argentin musico… Bienvenue dans la vie pas toute rose de Pëppo ! Mais il y a la plage, les petits vols, les commerçants sympas qui donnent les invendus, les petites entreprises qui se créent avec rien, les bébés hyper attachants, et puis Marie-Lola, un prénom moche, des bagues aux dents et des bourrelets mais un sourire magnifique. Séverine Vidal ravit notre petit cœur avec ce roman complètement barré et pourtant plein de tendresse et d’humanité ! Une comédie douce-amère que l’on a du mal à quitter tant on finit par s’attacher à toute cette tribu de marginaux rassemblés autour de Pëppo, le plus inoubliable d’entre tous.

Pëppo, Séverine Vidal (Bayard)
disponible depuis le 6 juin 2018
9782747090711 – 13,90€
à partir de 13 ans
La sirène & la licorne

On termine avec une jolie histoire d’amour entre deux jeunes filles égratignées par la vie. Lili détonne dans sa banlieue, où paillettes et licornes sont tolérées jusqu’au moment où on la surprend embrassant une fille. Pour l’éloigner du harcèlement dont elle est victime, ses parents l’envoient en Charentes chez sa tante. Elle y fait la rencontre de Cris, ancienne championne de voile, qui cache autant de blessures qu’elle. L’amitié cède bientôt la place à l’amour, mais comment faire confiance, s’exprimer ou se livrer après avoir subi autant ? Erin Mosta évoque la reconstruction et l’homosexualité avec beaucoup de justesse et de naturel, et nous offre deux très beaux personnages.

La sirène & la licorne, Erin Mosta (Rageot)
disponible depuis le 20 juin 2018
9782700259162 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
2

L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles – Tristan Koëgel

Sept nouvelles autour de la Méditerranée, de l’Antiquité à nos jours. Où l’on rencontre une pâtissière à Gibraltar dont le secret de fabrication des gâteaux interroge les habitants ; où une jeune coiffeuse marseillaise doit composer avec son tyrannique patron ; où un amoureux des arts écoute un vieil homme lui raconter la provenance des incroyables statues du musée de Rome ; et bien d’autres histoires…

★★★★☆

Croyez-le ou non, mais c’est avec ce recueil de nouvelles que Bob découvre enfin Tristan Koëgel ! Et ce voyage autour de la Méditerranée et à travers le temps est une merveilleuse lecture, à emporter impérativement avec vous en vacances pour rêver de ces rivages et de cette mer de toutes les légendes (surtout si vous passez votre été dans ce coin-là). L’homme qui voulut peindre la mer nous emmène dans des histoires où le fantastique est au cœur de chacun des récits. Les amoureux des nouvelles fantastiques classiques de Maupassant ou de Poe s’y retrouveront assurément tant on y retrouve la lente progression vers l’étrange que des chutes parfois très sombres ou terrifiantes. Mais là où Tristan Koëgel réussit à nous happer jusqu’au bout du livre, c’est grâce à la variété des époques, des lieux et des personnages, qui, même si on se doute que ça va peut-être finir comme on ne l’attend pas, nous fait découvrir des univers complètement différents et tous passionnants. Bien sûr, on va retrouver le même personnage dans chaque histoire : la mer. Tristan Koëgel nous la décrit avec une force et une poésie qui nous subjuguent et ce n’est sans doute pas un hasard si le titre du recueil reprend celui de la nouvelle qui retranscrit le mieux l’instabilité et la beauté de l’eau à travers ce peintre qui ne parvient pas à capturer l’essence de la Méditerranée sur sa toile.

Un recueil magnifique, dont la très jolie couverture de Giulia Vetri donne bien le ton, que je vous invite à découvrir pour la variété des textes et des vies rencontrées aux destins tristement actuels ou délicieusement mythologiques. Si le recueil est parfaitement lisible par les jeunes lecteurs, je m’interroge malgré tout sur leur réception de ces textes et je serai curieuse d’avoir vos retours si vous en avez !

L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles, Tristan Koëgel (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2018
9782278085620 – 14,90€
à partir de 11 ans
Son
1

La sauvageonne – Anne Schmauch

Fleur vit dans une station-essence avec son frère Kilian, prodige du violon, sa mère qui gère la boutique et son père, pompiste et garagiste. Mais depuis de nombreuses années, la station n’attire plus personne et il est difficile de s’en sortir… Fleur et son frère ne rêvent que d’une chose : se tirer de là et monter à Paris, d’autant plus que Kilian a la possibilité de passer le concours du Conservatoire. Le jour où un malfrat vient s’échouer chez eux avec une valise pleine de billets, Fleur et Kilian décident de prendre la tangente…

★★★★☆

Première incursion d’Anne Schmauch dans le roman adolescent après l’excellent Mémé Dusa dans la collection Pépix, l’autrice quitte le registre de l’humour pour un texte beaucoup plus sombre et survolté, sur la quête de liberté de deux adolescents. On commence dans un cadre étonnant : celui d’une station-service perdue dans la cambrousse, entre Laon et Maubeuge, où la vie de Fleur se limite à une montagne de pneus d’un côté et à une odeur tenace d’essence de l’autre avec un père macho et tyrannique entre les deux. Vous aussi ça vous donnerait envie de vous tirer, non ? Quand l’opportunité se présente, si le vent de la liberté souffle très fort, tout comme la promesse d’une vie dorée, Fleur, son frère et leur copain de vacances et d’enfance Rodrigue se retrouvent finalement dans un environnement sans doute aussi gris et empuanti qu’avant : un vieil immeuble crado de Bagnolet avec vue plongeante sur l’autoroute A3. Gaz d’échappements et bruits de circulation ne vont pas les empêcher de continuer à croire à l’impossible. Sauf que ! Dépenser des billets volés, surtout des grosses coupures, c’est pas simple. Et quand on a jamais eu autant d’argent entre les mains, difficile de faire comme si un billet de 500 c’était la routine. On essaye de se faire à cette nouvelle vie qui commence et on fait également des rencontres. La plus marquante étant celle avec un petit groupe de graffeurs qui tente de survivre grâce à des petites combines sur l’autoroute. Et on se retrouve à nouveau dans un environnement totalement inédit, parallèle, invisible… C’est en fait l’une des grandes forces de ce roman que ces lieux inhabituels, habités de personnages bizarres, fantomatiques, terrifiants et, parfois, amicaux. L’autre force de La sauvageonne, c’est sa galerie de personnages, depuis la bagarreuse Fleur jusqu’aux rôles secondaires, dont l’épaisseur malgré leur nombre rend le texte particulièrement bien tenu. Enfin, Anne Schmauch maîtrise parfaitement son action, et ses scènes d’action, pour un rendu aussi brutal qu’efficace. Vaut mieux pas lui chercher des noises à la petite Fleur ! 😛

La sauvageonne, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 mai 2018
9782377311002 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
2

Le trésor de l’île sans nom – Gilles Abier

Il existe une île sans nom, qu’on ne trouve sur aucune carte du monde connu, et sur laquelle un volcan éteint cache le trésor d’une bande de pirates. Et pendant que ces derniers écument les mers, leurs enfants attendent sagement sur cette île… ou presque ! Car des navires s’approchent parfois dangereusement des côtes de l’île et les jeunes habitants, aidés de leurs précepteurs et surveillants, usent de stratagèmes pour éloigner les opportuns ! Jusqu’au jour où un capitaine espagnol ne se laisse pas démonter…

★★★★★

On connaissait Gilles Abier pour ses romans sensibles, sur l’adolescence ou pour les plus jeunes, le voici désormais sabre au clair et à la barre d’une caravelle qui pourfend les vagues, direction l’aventure ! 😮 Les pirates se font plutôt rares dernièrement en littérature jeunesse, et il était temps de nous proposer un roman aussi palpitant et bien tourné, pour les plus jeunes lecteurs. Gilles Abier nous embarque donc dès les premières lignes dans cet univers passionnant, à la rencontre d’une bande de gosses échoués sur le sable, laissés à l’arrière par leurs parents bandits des mers, toujours à la recherche de trésors à amasser. Des enfants qui aimeraient bien eux aussi traverser les mers et vivre des aventures incroyables, pleines de combats et d’or étincelant. Mais leurs parents ont d’autres projets pour eux et, surtout, des adultes sont là pour les surveiller, depuis leur préceptrice qui leur inculque les bonnes manières à la cuisinière revêche en passant par le garde du volcan. On s’attache à leurs caractères différents et à leurs histoires personnelles et on se laisse entraîner dans la plus grande aventure de leur vie : défendre leur île contre l’envahisseur !

Gilles Abier réussit admirablement à nous tenir en haleine de bout en bout, à redoubler d’inventivité et d’ingéniosité pour nous révéler les choses au bon moment, pour nous décrire une île sur laquelle on rêve de se rendre et pour nous faire passer l’un des meilleurs moments de lecture de la saison ! Et puisque le roman est génial, les illustrations ne pouvaient que l’être tout autant ! Le style de Mini Ludvin, que j’ai trouvé assez proche de l’animation japonaise, colle parfaitement à l’univers de la piraterie et ses aquarelles sont un petit bonheur : on en regrette presque que les couleurs si chouettes de la couverture ne se retrouvent pas dans les illustrations intérieures.
En bref, un excellent roman d’aventures à emporter obligatoirement avec vous à la plage, ça vous donnera assurément des idées ! Et Gilles, on en veut d’autres ! 😛

Le trésor de l’île sans nom, Gilles Abier, illustré par Mini Ludvin (Poulpe fictions)
disponible depuis le 3 mai 2018
9782377420377 – 9,95€
à partir de 9 ans
Son
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L’espoir sous nos semelles – Aurore Gomez

Après on long silence radio dont nous sommes bien désolées, Bob & Jean-Michel reprend du service et…été oblige, on vous invite à cliquer sur le petit visuel à droite pour découvrir notre sélection d’ouvrages à emporter avec vous en vacances ! 😀

***

Pour sauver sa famille de la pauvreté, Juno s’inscrit au « trek du Pownal », une course en montagne de 1000 kilomètres, suivie par les internautes, où s’affrontent 30 concurrents. Au bout de cette course : une rondelette somme d’argent pour le vainqueur.

★★★★☆

Après la mort de sa mère et de sa grande sœur, prodige de l’alpinisme, le père de Juno est tombé dans la dépression, délaissant travail et famille. La jeune fille a du abandonner ses études pour subvenir aux besoins de ses frère et sœur, et travaille à la conserverie locale. Lorsqu’elle découvre une publicité pour le fameux trek de Pownal, il ne lui faut pas longtemps pour décider de tenter sa chance. Commence alors pour elle une aventure tant sportive qu’humaine.

Roman d’aventure psychologique, on pense forcément à Hunger Games pour le côté 30 ados en liberté dans une course contre la montre. Pourtant, la comparaison s’arrête là : point de meurtres ou de dangers vicieux. Seule la nature et les autres concurrents sont susceptibles de mettre des bâtons dans les roues de Juno. Car, si elle n’a jamais montré de facultés particulières pour la marche en montagne, sa détermination est forte et la porte vers l’avant. C’est d’ailleurs le grand point fort de ce roman que ce personnage, cette jeune fille qui chemine vers une vie meilleure. On s’attache instantanément à elle, à ses blessures, à son courage et à sa profonde humanité. On se laisse embringuer dans cette marche de l’espoir, où Juno se retrouve face à elle-même, se lie avec d’autres concurrents, s’attire l’animosité de certains ou doit composer avec la stratégie de ceux qui veulent gagner coûte que coûte.
Et là où Aurore Gomez réussit à nous transporter encore plus, c’est dans le récit de ce trek, sur cette île fictive en pleine nature, où tout est savamment dosé. Randonner dans des espaces sauvages ou balisés n’est pas facile, et l’autrice parvient à amener le danger là où il faut et quand il faut, et tient son suspense jusqu’à la fin de la course. Mais celle-ci n’est pas une fin en soi, et c’est toute la finesse des relations tissées au fil de l’épreuve qui vont apporter de toutes nouvelles perspectives à l’endurante et battante Juno. Un excellent premier roman !

L’espoir sous nos semelles, Aurore Gomez (Magnard)
disponible depuis le 10 avril 2018
9782210965263 – 15,90€
à partir de 12 ans