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La clé d’or – Les frères Grimm et Joseph Vernot

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Parmi tous les contes de Grimm, dont certains ont été rendus célèbres par diverses adaptations, il en est peut-être que vous ne connaissez pas… La clé d’or fait partie de ces contes un peu moins connus, et d’autant moins qu’il s’agit d’un « conte-attrape », où la fin de l’histoire est généralement un pied-de-nez au lecteur ou à l’auditeur. Voilà qui vous intrigue, non ? :P

En plein cœur de l’hiver, un jeune garçon prend son traîneau pour aller chercher du bois. En voulant faire un feu dans la forêt, après avoir bien travaillé, il trouve une petite clé d’or. Celle-ci doit sûrement ouvrir quelque chose à proximité ! Bientôt, il trouve un coffret…

★★★★☆

Dans ce conte extrêmement court, on ne vous dira rien de la chute, malicieuse et inattendue, mais on va surtout vous parler des illustrations. C’est Joseph Vernot, qui s’est déjà attaqué à d’autres contes célèbres et à l’illustration de L’histoire sans fin de Michael Ende (chez Hachette), qui créé les images de cette petite histoire publiée à l’origine dans les Contes de l’enfance et du foyer des frères Grimm. Et c’est tout simplement superbe !

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Dans un format tout en hauteur, les planches s’étirent pour un effet magique. La couverture avec dorures et les pages de garde, tels des papiers peint, au motif d’oiseau, annoncent tout de suite le bel ouvrage. Joseph Vernot joue principalement sur le noir et blanc, les ombres des décors et des personnages. Seul notre petit héros, et quelques paysages, obtiennent des couleurs. Le style de Joseph Vernot, entre art nouveau et art déco, fait aussi la part belles aux illustrations animales, avec des oiseaux au trait d’une grande finesse. On notera enfin la petite serrure dorée, toute minuscule en quatrième de couverture qui résume à merveille l’histoire de cette Clé d’or.
Un conte à découvrir et à offrir sans attendre !

La clé d’or, Jacob & Wilhelm Grimm, illustré par Joseph Vernot, traduit par Raphaël Baud (Chocolat ! jeunesse)
disponible depuis le 15 octobre 2016
9782917516577 – 16€
à partir de 5 ans
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Power Club, 1. L’apprentissage – Alain Gagnol

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En 2038, les super-héros sont aussi populaires que les boys-band dans les années 1990. Ils font partie du Power Club, groupe créé aux Etats-Unis, qui rassemble des jeunes entre 16 et 25 ans dont les parents ont assez d’argent pour leur offrir l’adhésion. Pour son anniversaire, c’est le cadeau que reçoit Anna de la part de ses parents ! Bientôt, elle se rend à New York, où l’opération qui lui verra attribuer ses superpouvoirs se déroulera…

★★★★☆

Dans ce premier tome d’une trilogie, Alain Gagnol nous présente un monde où les super-héros sont connus de tous, tels des acteurs ou des musiciens célèbres, et où ils ont obtenus leurs pouvoirs non pas par accident – comme c’est très souvent, voire tout le temps, le cas dans les histoires de super-héros que nous connaissons bien – mais grâce à la fortune de leurs géniteurs. Eh oui ! En 2038, pour devenir un super-héros, inutile d’avoir un sens aigu de la justice ou de vouloir faire le bien autour de vous et sauver la veuve et l’orphelin ! Demandez juste quelques millions de dollars à papa-maman et hop, vous rejoindrez le Power Club ! On vous inoculera alors des boosters, une petite merveille de la technologie qui vous garantira de voler dans les airs, une super-force, une résistance aux balles et autres trucs cools. En échange, vous participerez aussi à l’émission de télé-réalité hebdomadaire du club, signerez des contrats juteux pour devenir l’égérie d’une marque de cosmétiques et paraderez dans toutes les soirées branchées. Et sauvez les petites gens des grands méchants ? Ouais, bon, de temps à autres, quoi… quand c’est un peu chaud pour la police, histoire que des mecs bien entraînés pour des prises d’otage ou quoi ne se fassent pas canarder.

Anna va donc devenir la nouvelle membre du Power Club, malgré une réticence première due à son manque d’intérêt pour la célébrité et la frime qui lui semble émaner des autres super-héros. Et bientôt, si elle trouve les super-pouvoirs vraiment très cools, son envie d’être une véritable super-héroïne – sauver des vies, donc, être utile à la population – va se révéler être un problème pour le Club et ses dirigeants. Sans compter que, à son arrivée à New York, elle a entendu quelque chose qu’elle n’aurait pas dû entendre… Une information sensible qui concerne la mort du premier super-héros de l’histoire depuis la création du Power Club…

Avec ce premier tome de Power Club, Alain Gagnol signe un roman de super-héros passionnant, avec des scènes d’action surpuissantes, une sensation de voler avec Anna plus vraie que nature, et une réflexion super intéressante sur le pouvoir de l’image et de la célébrité. Le complot qui entoure la mort d’un super-héros du Power Club, l’enquête menée par Anna, sa relation si particulière avec l’incroyable technologie qui coule dans ses veines, tout cela donne une épaisseur de plus à ce roman très réussi, dont la fin jouissive nous donne encore plus envie de découvrir la suite des aventures d’Anna ! Alain, on est prêt pour le tome 2 ! :D

Power Club, 1. L’apprentissage, Alain Gagnol (Syros)
disponible depuis le 5 janvier 2017
9782748521504 – 17,95€
à partir de 13 ans
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L’ombre d’un nuage – Nicolas Poupon

Bon, vous avez remarqué, on a un peu loupé le coche sur les cadeaux de Noël cette année et on a pas eu le temps de vous présenter tous les trésors qu’on avait trouvé. Mais c’est pas grave ! A la place de la fève, mettez un livre dans la galette des rois, ou tartinez vos crêpes de la Chandeleur avec quelques pages… Et puis il y a bien des anniversaires chaque jour de l’année, non ? :P

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C’est l’été et il fait incroyablement chaud ! Même pas d’ombre où se reposer ! La petite bande de Nestor s’ennuyait ferme sous un arbre jusqu’à ce que Carlos déboule en courant en disant qu’il avait vu un nuage. Ni une ni deux, les enfants partent à la recherche de ce nuage, espérant qu’il leur fournira de l’ombre et, surtout, de la pluie ! Pour la bande de copains, l’aventure commence…

★★★★★

Dans cet album entre roman illustré et bande-dessinée, Nicolas Poupon nous présente une bande de joyeux copains super attachants et en manque d’aventure, et ce dès la page de garde ! On rencontre ainsi Nestor, notre narrateur, qui n’est pas trop doué dans l’écriture mais plein de bonne volonté ; son petit frère Prosper, le plus petit et le plus mignon ; Pedro, qui ne sait pas s’exprimer autrement que sous forme de question ; Coin-Coin, l’intello avec toujours un bouquin dans les mains ; Meredith, la seule fille du groupe et la plus futée ; et Carlos, le chef de bande dont le papa fait un peu peur. Très vite, nos jeunes héros se lancent à l’aventure, bien décidés à s’emparer de ce nuage qui en devenait presque légendaire tant le soleil brille depuis un temps pas possible !

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Découpé en plusieurs chapitres dessinés, le récit de ces aventures est tout simplement délicieux ! On se laisse entraîner dans la quête de cette petite bande, ses découvertes (les double nœuds : absolument génial !) et ses questionnements (un nuage pleut-il ou pleure-t-il ?). L’écriture de Nicolas Poupon, à hauteur de ses personnages, est espiègle et pleine de vie, quand bien même les derniers mots de Coin-Coin nous demandent d’excuser son copain Nestor qui écrit vraiment mal ! Quant aux illustrations : c’est un régal : de la vivacité, de l’expressivité, de l’inventivité, que ce soit en pleine double-pages ou en médaillons, avec des bulles ou sans. Un superbe album, où l’émotion et l’humour se mêlent habilement et où la capture de ce petit nuage va réserver bien des surprises à nos jeunes héros. A découvrir absolument ! ❤

L’ombre d’un nuage, Nicolas Poupon (Sarbacane)
disponible depuis le 10 octobre 2016
9782848659022 – 18€
à partir de 8 ans
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Atlas des nuages – Julie Guillem

97823300691480-3538949

Dernière ligne droite avant Noël et, pour les retardataires, quelques idées de cadeaux sont toujours disponibles chez Bob et Jean-Michel. Aujourd’hui, on vous propose un somptueux documentaire à offrir à tous les amateurs de notre beau ciel bleu ou à ceux qui aiment les très beaux livres… ❤

★★★★★

Comment se forment les nuages ? Comment reconnaître un cumulonimbus d’un nimbostratus ? (et non, ce ne sont pas les nouveaux modèles de balai pour le Quidditch) Dans son Atlas des nuages, qui a été réalisé dans le cadre d’un projet de fin d’études, Julie Guillem nous propose ainsi de découvrir tous les nuages qui existent dans le ciel ! Rien que ça ! :D
Le documentaire commence tout d’abord par nous expliquer la formation des nuages et comment on classe les nuages, avant de s’intéresser véritablement au cœur du sujet : les différents nuages. On découvre ainsi qu’il existe plusieurs « genres » de nuages (des formes) et qu’à l’intérieur de ces genres, il y a aussi différentes espèces ! Avouez que, comme Jean-Michel, vous pensiez qu’il existait juste des nuages en forme de cœur ou en caca d’avion…
Le monde des nuages est donc bien vaste et, avec une grande simplicité et une grande clarté dans les explications, Julie Guillem va alors nous présenter chaque genre de nuage classés selon leur altitude.

Quelques éléments documentaires. (c) Actes Sud junior.

Quelques éléments documentaires. (c) Actes Sud junior.

Et après les planches explicatives, ce sont les grandes double-pages représentant les nuages qui nous émerveillent ! Des peintures absolument superbes qui, au-delà de l’aspect documentaire, offrent une dimension toute poétique à l’ouvrage. On se laisse emporter par la contemplation de ces images et de ces nuages que l’on a ensuite très envie de (re)découvrir en levant le nez vers le ciel. Des nuages doux, épais, tarabiscotés, embrouillés ou étirés, il en existe de toutes les sortes et il ne nous reste plus qu’à retenir tous ces noms latins et les associer au bon nuage lors de nos futures séances d’observation.

Quand on vous dit que c'est superbe ! (c) www.julieguillem.com

Quand on vous dit que c’est superbe ! + sur le site de www.julieguillem.com

Un ouvrage d’autant plus beau qu’il bénéficie d’une jolie maquette tout en hauteur et d’une reliure en toile bleue. Un atlas vraiment très original, qui oscille entre le livre documentaire et le beau livre et qui ravira tous les curieux, petits ou grands, parole de Bob. :)

Atlas des nuages, Julie Guillem (Actes Sud junior)
disponible depuis le 9 novembre 2016
9782330069148 – 19,50€
à partir de 8 ans
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Nous autres, simples mortels – Patrick Ness

S’il y a bien un auteur que Bob et Jean-Michel aiment particulièrement, c’est Patrick Ness. Et ce depuis son incroyablement originale trilogie du Chaos en marche que l’on vous conseille très très grandement de découvrir. :D Alors que l’adaptation au cinéma du magnifique Quelques minutes après minuit sort en France en janvier 2017, on vous présente aujourd’hui son dernier né : Nous autres, simples mortels.

97820750745820-3453695Mikey attend la fin de l’année avec impatience. Il espère décrocher son bac et partir ensuite à l’université. Le bal de promo l’angoisse un peu également, désireux qu’il est d’y aller avec la jolie Henna à qui il n’arrive pas à dire son amour… Mais il se passe des choses un peu bizarres dans sa ville, en ce moment. Mikey a été témoin d’un étrange rayon bleu dans la forêt. Puis des animaux ont commencé à se comporter étrangement…genre un cerf qui se relève après avoir été percuté par sa voiture ! Le monde serait-il encore sous la menace d’une apocalypse quelconque ?

★★★☆☆

Vampires, zombies, mangeurs d’âmes et autres extraterrestres, la petite ville de banlieue de Michael aura tout connu ! Etonnamment, personne n’en parle vraiment, et tout le monde s’en fout pas mal. Surtout Mikey et sa bande de copains pour qui le principal, l’urgence, c’est d’obtenir le bac. D’autant que tous ces trucs-là, ce sont les « indie kids » qui les vivent. Ceux qui sont populaires, qui ont des noms un peu chelous et qui se fourrent toujours dans le sauvetage de la planète.

Tout ça vous paraît un peu étrange, obscur ? C’est pas mal l’effet que nous procure le roman quand on le commence : qui sont ces indie kids ? mais que se passe-t-il, en fait ? Car Patrick Ness a choisi de s’intéresser non pas aux héros des histoires, à ceux qui combattent les vampires ou cassent du zombie à coup de raquette, mais bien à ceux qui ne sont pas les héritiers des Chasseurs, ou les adolescents aux super-pouvoirs. Imaginez que, dans Twilight, on ait l’histoire du point de vue de la fille dans la classe de Bella qui n’a aucune idée que les Cullen sont des vampires et qui ne peut pas piffrer Bella qu’elle trouve pas intéressante et puis, de toute façon, elle a déjà des tonnes d’autres amis. Euh…ouais, ok, mais du coup ça doit être un peu chiant, non ? Détrompez-vous ! En se moquant des romans fantastiques adolescents actuels (clairement, dans les ouvertures de chapitres, qui expliquent ce qui se passe pour les indie kids, tous les poncifs du genre sont rassemblés et c’est vraiment très drôle), Patrick Ness évoque surtout l’adolescence telle qu’elle est vécue par tout un chacun : l’angoisse de réussir son bac, l’interrogation sur l’amour, l’amitié, la famille et ses problèmes, l’anxiété et autres maladies de l’adolescence. Des thématiques qui paraissent là aussi « déjà lues » mais qui, mêlés à cette histoire héroïque en second plan, amènent surtout à nous dire que, même dans nos vies ordinaires, il peut se passer des choses extraordinaires. Inutile d’être celui qui trucidera la Reine des Damnés ou celle qui vivra un triangle amoureux avec un Ange et un Démon. Pas besoin de ça pour souffrir, faire preuve de courage, prendre des risques ou aimer. On le fait très bien aussi dans la vraie vie. Et ça nous suffit.

Un roman peut-être un peu en dessous des précédents, il n’est clairement pas aussi fort émotionnellement que les autres, mais très étonnant et dont j’ai trouvé très drôles les piques lancées aux romans young adults ! :P

Nous autres, simples mortels, Patrick Ness, traduit par Bruno Krebs (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 21 novembre 2016
9782075074582 – 16€
à partir de 14 ans
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Need – Joelle Charbonneau

97827459753930-3426777

« Désir : envie de posséder un objet ou de réaliser un rêve.
Besoin : nécessité de détenir quelque chose ou d’accomplir un acte essentiel à votre vie. »
Need est le nouveau réseau social qui fait fureur auprès des adolescents du lycée de Nottawa. Ce site génial propose en effet de répondre à tous vos besoins, de façon totalement anonyme, et sans vous demander quoi que ce soit en échange…enfin, juste des petits services de rien du tout…

★★★★☆

Kaylee est une lycéenne qui a du mal à concilier la vie au lycée et en famille depuis l’annonce de la maladie de son petit frère. Pour avoir une chance de survivre, la garçon doit attendre une greffe de rein. Et malgré toutes les pistes déployées par Kaylee, aucun donneur compatible ne s’est présenté… Alors quand ce nouveau site apparaît sur la toile, Kaylee est tout d’abord réticente, se posant des questions sur l’étonnante facilité avec laquelle tout semble être possible… Puis un jour, elle fait sa première demande sur NEED : « j’ai besoin d’un rein pour mon frère ». Évidemment, quand on a lu plein de livres et vu plein de films et de séries, on se dit tout de suite : « ohoooh, il y en a un qui va se retrouver vite fait dépiauté de son rein et se vidant de son sang dans une baignoire » (Non ? Pas vous ?) Bref. En dépit de cette évidence, ce qui est intéressant, c’est comment Joelle Charbonneau va jouer avec les personnages et les situations pour mener à ce qu’on imagine bien être la fin terrible du livre. Car le roman ne se concentre pas uniquement sur Kaylee et va aussi nous proposer de suivre certains de ses camarades de classe et comment eux aussi vont être entraînés dans cette machinerie infernale, comment ils vont embrasser le jeu pervers des contreparties pour obtenir ce qu’ils veulent, ou comment ils vont s’en trouver victimes.

Clairement, nous sommes dans un roman rythmé, dans une écriture d’une grande simplicité et qui nous embarque dans une frénésie et une angoisse permanente. La collection Page Turners n’a jamais aussi bien portée son nom ! Mais ce qui est le plus fascinant dans ce roman, c’est bien sûr la réflexion autour des réseaux sociaux et de ce que nous sommes prêts à faire pour obtenir ce que l’on veut. Terrifiant. C’est sans doute le mot qui qualifie le mieux le roman, tant les situations présentées et vécues par les personnages sont réalistes et pourraient faire l’objet des pages de faits divers dans les journaux.
J’ai seulement été un peu déçue de la résolution, de qui se cache derrière NEED et pourquoi il a ciblé les lycéens de Nottawa. Heureusement, la toute dernière page change la donne… :P Si vous êtes à la recherche d’un bon thriller psychologique à vous glacer le sang…bienvenue sur NEED

NEED, Joelle Charbonneau, traduit par Amélie Sarn (Milan jeunesse)
disponible depuis le 19 octobre 2016
9782745975393 – 14,90€
à partir de 13 ans
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L’étrange hôtel de Secrets’ Hill – Kate Milford

97827002510360-3655713

Milo s’apprête à passer les vacances de Noël dans l’hôtel géré par ses parents. En plein hiver et situé tout en haut d’une colline, rares sont les clients à cette période de l’année et Milo espère bien profiter de ses parents pendant ces vacances. Mais voilà qu’un étrange monsieur aux chaussettes dépareillées débarque et demande une chambre. Puis une fille aux cheveux bleus et ainsi de suite… Que peuvent-ils bien tous avoir à faire à l’hôtel de Secrets’ Hill ?

★★★★★

D’habitude, les clients de l’hôtel, appelé parfois aussi Villa de Verre en raison de ses vitraux, sont plutôt des personnages louches qui trafiquent des choses non moins étranges : bulbes de fleurs, pistolets à bouchon, etc. Cette fois-ci, pourtant, pas de contrebandiers mais un chapelet d’étranges loustics aux styles et coiffures variés qui vont chambouler tous les projets de Milo, jeune garçon qui n’aime pas beaucoup le changement. A peine les premiers clients sont-ils arrivés que les mystères apparaissent : près du funiculaire qui amène les visiteurs jusqu’à l’hôtel, Milo découvre un portefeuille dans lequel se trouve une carte nautique qui ne ressemble à rien de connu alentour. Étrange ! Et quand certains clients se font dérober des objets lors de la nuit, c’est sûr, il se passe quelque chose à la Villa de Verre ! Avec l’aide de Meddy, la fille de la boulangère venue prêter main forte aux parents de Milo et fan de jeux de rôles, Milo va enquêter et peu à peu découvrir les secrets de l’hôtel et de ses clients…

Je n’avais pas été aussi bien menée en bateau dans un roman policier pour enfants depuis longtemps ! Kate Milford développe en plus de 500 pages un huis-clos hivernal qui rappelle bien sûr Les dix petits nègres d’Agatha Christie (sans le côté meurtrier) où les faux-semblants et les twists sont judicieusement placés. Parole de Bob, vous ne verrez pas venir l’une des révélations finales ! Ou alors vous êtes le genre vraiment très fort au Cluedo. Au-delà de l’enquête, qui n’est pas que policière d’ailleurs, mais qui a aussi un côté aventureux (le jeu de rôle) et historique (beaucoup de choses se jouent sur l’histoire de l’hôtel), l’auteure évoque aussi très bien la famille et l’adoption. Milo est un garçon d’origine chinoise recueilli par les Wood, qui gèrent l’hôtel. Malgré le fait qu’il n’a jamais connu ses véritables parents, il ne peut s’empêcher de penser à eux et de se demander qui ils sont. Il y a une réflexion extrêmement belle et intéressante sur ce sujet, distillée au fur et à mesure que l’enquête avance et où l’on sent que, malgré tout l’amour de ses parents adoptifs, il ne cessera jamais de se questionner. Kate Milford joue d’autant bien ses cartes qu’elle nous surprend lorsqu’un autre personnage découvre sa propre origine et qu’on aurait pu croire qu’elle allait coller avec celle de Milo. Elle ne tombe ainsi ni dans la facilité, ni dans le happy end total. Et c’est sans doute la très jolie et sensible note à la fin du roman qui explique ce choix et apporte autant de finesse à la psychologie de Milo.

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill est un excellent roman à l’intrigue policière superbement ficelée, aux personnages attachants, malins et joueurs, qui fait la part belle non seulement à l’émotion mais également à l’aventure et au conte, où les histoires racontées au coin du feu sont tout aussi passionnantes que celle que nous suivons. Car la grande force du roman, c’est aussi de nous faire entrer dans cet hôtel comme si nous en étions nous aussi clients…
Un beau cadeau à faire pour Noël (et à lire à cette période totalement idéale), d’autant plus que le roman est illustré (même si j’aurais bien aimé plus de planches) et que sa couverture aux reflets argentés le fait briller de mille feux. :P

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill, Kate Milford, traduit par Anne Delcourt, illustré par Alban Marilleau (Rageot)
disponible depuis le 3 novembre 2016
9782700251036 – 17,90€
à partir de 11 ans
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Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

Une lecture qu’on redoute, à cause de sa thématique. Bien sûr à la réflexion la réticence s’amoindrit car on sait que Vincent Villeminot maîtrise ses sujets et que Tibo Bérard est minutieux même dans l’intensité, alors qu’est-ce qu’on risque ?

samedi14novembre

Le vendredi 13 novembre, B. perd son frère Pierre. Après un moment d’errance, il reconnait l’un des terroristes dans le métro et décide de le suivre. Prêt à tout, perdu dans son chagrin et ses incompréhensions il va s’adonner à l’expérience malheureuse de la vengeance…

★★★★★

Le rôle de leur vie

« mon frère Pierre est mort » et « l’Arabe », ces mots seront répétés de nombreuses fois par B. comme les litanies d’un homme fermé qui n’a pas encore la force de voir au-delà de son propre obscurantisme. Retranché chez sa soeur dans le nord, le présumé terroriste (on évite les conclusions trop hâtives dès le début du roman) sera séquestré par B. Ce qui suit ne sera que le théâtre de l’absurdité d’une violence arrivée trop tôt et par erreur dans la vie d’un homme. Un acte sauvage pour un acte sauvage. En attaquant dans leur foi cette fratrie dans des scènes qui coupent le souffle, B. devient l’ennemi à son tour. Les deux hommes ne semblent plus si différents désormais.

« Alors elles faisaient peur, les victimes ? Elles feraient peur, davantage que pitié ? »

C’est être témoin de leur plongée dans l’inconnu qui l’est. Mais les bêtes redeviennent des hommes, aussi au fil du roman B. devient Benjamin et l’Arabe Abdelkrim al-Raqiq. Benjamin vomit et Abdelkrim se souille : doit-on y voir la fuite de leur haine ? Benjamin semble reprendre sa forme humaine en donnant son prénom à Layla, la cadette al-Raqiq qu’il a humiliée et torturée.

Layla, meilleur espoir féminin
« S’il y a un problème avec l’islam en France, c’est toujours pour nous…les filles »  (Layla)

Elle a été la victime facile de Benjamin. Prise d’assaut dans la cage d’escalier de l’immeuble elle a d’abord cru aux prémices d’un viol avant de réaliser qu’elle allait devenir la cible des actes causés par son frère. Son sang-froid est bouleversant : elle a subit en silence les avilissements de B. De l’ingestion de porc en passant par la nudité forcée devant une caméra, elle est restée drapée dans la dignité et le calme. Après l’orage dans la tête de Benjamin, les excuses, les remords et les discussions sont engagés. Autant de compréhension et de recul dans un si petit corps me sidère. Elle semble pouvoir désamorcer tout ce qui est susceptible d’être sauvé, y compris Benjamin. Toute la définition de l’espoir réside en Layla.

Les figurants

Le choix d’exploiter ce lendemain du point de vue des anonymes est éminent : de la jeune étudiante au vieux barbu de la gare en passant par une infirmière, un père, tous se questionnent et ignorent comment agir. Des inconnus qui nous ressemblent et qui essaient, chacun apportant une perspective différente.

« Est-ce ça qu’ils attaquent, vraiment ? Le fait de rire, de boire, de mettre des robes légères, d’aller à un concert, en terrasse, de danser ? Vraiment ? Est-ce si subversif ? Ça les empêche de quoi, ces salauds ? D’être purs ? Elle ne sait pas. Elle est un peu perdue. »  (Ninon)
La prochaine séance…

…c’est vous qui en décidez. Comme un dvd qu’on regarde chez soi, cette lecture-visionnage est intime et Vincent vous laisse la télécommande. Les chapitres sont composés de 5 grands actes chacun contenant une part douloureuse, entrecoupés d’entractes qui nous permettent de reprendre notre souffle. Et quelquefois en pleine action, des arrêts sur image, des pauses minutieusement choisies. Si bien que nos questions pleines d’inquiétudes ont à peine le temps d’émerger que la réponse est déjà écrite. Et le générique de fin : les crédits de l’auteur qui lui aussi, apporte sa perspective à l’édifice.

Samedi 14 novembre, Vincent Villeminot(Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 novembre 2016
9782848659220 – 15,50€
à partir de 14 ans
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On n’est pas des moutons ! Claire Cantais & Yann Fastier

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Enfin un livre où la notion d’individualisme est exploitée à bon escient ! Un imagier qui rend hommage au non-conformisme et à l’acceptation de sa propre différence, l’encourageant même. Une lecture fondamentale adressée aux enfants qui suscite de nombreuses réflexions dont la plus importante : qu’est-ce qui fait de moi ce que je suis ?

★★★★★

La notion de liberté déclinée

Cet ouvrage offre la perspective de donner une nouvelle définition sur être un enfant aujourd’hui. Laissons-le se forger sa propre opinion, prendre la parole, donner son avis, exprimer ses idées, ses émotions, faire de sa différence une force. Qu’il apprenne à s’accorder du temps, à ne pas se laisser polluer par les différentes composantes de la société, prendre soin de soi. C’est aussi ça, grandir. Des idées progressistes ont la part belle également : inutile d’user du machisme, cela ne fera pas de vous un homme, de même que l’adoption du strass et de la paillette ne vous rendra pas plus féminine : qu’importe le genre, on a rien à prouver.
Ne pas être un mouton aujourd’hui c’est aussi lâcher nos technologies en faveur du monde qui nous entoure (la nature, la lecture…) il est facile de devenir accroc à son smartphone alors qu’il suffit de relever la tête pour croiser un regard bienveillant, une inspiration, une idée, de la beauté.

Les subtilités des auteurs 

Ahah, Claire, Yann : vous ne trompez personne nous avons lu entre les lignes ! Le choix des verbes est minutieux. « Pouvoir, vouloir, savoir : trois mots qui mènent le monde » (Victor Hugo. C’est lui le coupable) L’usage de ces verbes ainsi que celui de l’impératif dans cet ouvrage appuie cette implacable volonté de s’affirmer et outre les notions de liberté, l’autre message est capté : l’importance de l’expression de l’assurance et de la confiance en soi. Une fois les illustrations de Claire décryptées, j’ai été charmée : elles sont brutales, franches, empruntes de réalisme…L’adéquation avec le texte est parfaite : Claire Cantais nous met à l’épreuve en nous imposant des métaphores honnêtes de la réalité. Entre le bestiaire et le manifeste, une poésie futée se dégage de cet album sincère et féroce.

La clôture du livre offre des témoignages d’enfants qui ont choisi à un moment de leur vie, l’individualisme au détriment des us et coutumes de la société. Leur lecture est dérangeante car révélateurs des malaises quotidiens : ces enfants sont tournés en ridicule mais au fond ce sont eux qui se sont moqués du reste des autres en étant eux-mêmes.

« Le vendredi 10 octobre 2008, Albertina Gorrochategui, une grande de 8 ans, aurait aimé savoir pourquoi il faut se lever quand un adulte entre dans la classe. Elle a posé la question. Elle attend toujours la réponse. »
On n’est pas des moutons, Yann Fastier, illustré par Claire Cantais
(La ville brûle)
collection Jamais trop tôt
disponible depuis le 17 mars 2016
9782360120727 – 13€
à partir de 5 ans
A découvrir également dans la collection Jamais trop tôt

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