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Tu ne sais rien de l’amour – Mikaël Ollivier

9782364749511,0-3603987

Ne vous fiez à cette couverture…étonnante – aussi bien photoshoppée que quand Jean-Michel joue avec Paint – car dessous se cache un très beau roman. ;)

Le jour où Nicolas reçoit un mail de sa mère intitulé « Ce qu’il vous faut savoir », le jeune homme replonge dans ses souvenirs d’enfance. Une période étrange où, dès son plus jeune âge, on le voyait se marier avec Malina, la plus belle fille qu’il ait jamais vu, et aux côtés de laquelle il aime et grandit. Mais très vite, il se pose des questions sur sa famille, son père qui cache sa maladie, sa mère qui semble cacher des secrets et sur l’amour, celui qu’il porte à Malina et celui des adultes…

Bob ne sait rien…

★★★★☆

Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on aimer une seule personne dans toute sa vie ? Quelle différence entre amour et désir ? Tant de questions qui hantent la vie de Nicolas, un garçon gentil, discret, à qui on a jamais vraiment demandé son avis, et surtout pas en ce qui concernait l’amour. Depuis qu’il est bébé, il fréquente la belle Malina. Ils grandissent ensemble et, sous la « pression » de la mère de Nicolas, sont promis à se fiancer, à être le couple parfait. Et tout dans leur vie facilite ce destin : ils sont toujours dans la même classe, passent leurs vacances ensemble et dorment même ensemble dès leur entrée dans l’adolescence… Une relation étrange, presque malsaine dans ce jeune couple qui donne au roman une atmosphère toute particulière. Mais la relation qu’entretient Nicolas avec son père et sa mère vont aussi l’amener à se poser des questions sur sa famille et les secrets qu’elle cache… Mikaël Ollivier signe avec Tu ne sais rien de l’amour un roman subtil et touchant, où les secrets et la maladie coexistent avec une très belle réflexion sur l’amour. J’ai beaucoup aimé l’alternance des souvenirs de Nicolas et de cette nuit où il reçoit le mystérieux mail de sa mère, jouant ainsi sur le suspense. C’est vraiment très fin, avec à la fois de la retenue et de l’émotion… une très belle histoire d’amour et de famille qui plaira tout autant aux grands ados qu’aux adultes.

…et Jean-Michel non plus

★★☆☆☆

Bob devrait arrêter de m’humilier en public parce que je me suis améliorée avec Paint alors que lui, ne sait toujours pas faire cuire du riz.
Il y a beaucoup de définitions de l’amour à assimiler dans ce roman : celle de l’amour maternel (d’une mère envers son fils et envers un enfant qui n’est pas le sien), l’amour d’enfance (Nicolas et Malina), l’amour adultérin (on ne spoliera point vous vous débrouillez), l’amour paternel et l’amour d’un fils envers son père. Ça fait beaucoup. J’ai fait une légère overdose. Mais aucun personnage n’est laissé au hasard : tout le monde remplit une définition, un rôle et qu’il n’y ait aucun personnage secondaire donne un poids certain au roman. Je n’ai pas apprécié cette fin qui annonce clairement des tempêtes qui renverseront à coups sûrs cette belle définition de l’adoration sans limite que se portent les personnages les uns aux autres. Existe t-il un amour possible sans culpabilité ? (ma collègue Léa m’a soufflé cette phrase et je n’arrive pas à trouver une réponse). Le roman offre néanmoins une vision positive et juste de l’amour : il est possible de le vivre mais avec des compromis et des difficultés. Un reflet de la réalité pertinent, mais grisant.

Tu ne sais rien de l’amour, Mikaël Ollivier (Thierry Magnier)
disponible depuis le 24 août 2016
9782364749269 – 15,90€
à partir de 14 ans
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Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

Après le succès incroyable de son dernier roman, Les petites reines, dont on attend avec impatience de voir l’adaptation théâtrale ET cinématographique, nous avions également hâte de découvrir le nouveau roman de Clémentine Beauvais dont, à moins d’habiter sur une autre planète, vous avez déjà sans doute entendu parler. :) Bob et Jean-Michel vous le présentent, et une fois n’est pas coutume, sont en total désaccord ! Let the fight begin!

9782848659084,0-3389543Tatiana rencontre Eugène un été. Elle a 14 ans, lui 17, et n’ont rien d’autre à faire que parler… Tatiana tombe amoureuse et semble-t-il que lui aussi. Jusqu’à ce qu’une lettre et un accident les sépare pour de bon. Mais dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard… Adaptation en vers libre du roman de Pouchkine et de l’opéra de Tchaikovsky, tous deux intitulés Eugène Onéguine.

Dans les rêves de Jean-Michel

★★★★★

J’ai su que j’allais aimer ce roman au moment où Clémentine a mentionné Roch Voisine, mais aussi la vitesse de connexion internet de 2006, Msn, Skyblog, Dromadaire.fr, Tchaïkovski et Laurent Binet. Une écriture lyrique, presque théâtrale où les mots gigotent au gré des rimes rendant tout acte décrit, langoureux et délicat. Et l’omniprésence de la fraîcheur, on en parle ?

« Je voudrais un exemplaire de la sensation de ses deux doigts sur mon poignet
Oh là là vous êtes sûre ?
Certaine
Vous savez que ça vous garantis de ne pas dormir avant trois heures, trois heures et demie du matin ces choses-là !
Je sais, mais j’en ai besoin
C’est très addictif, je dois vous avertir.
Je ferai attention
Bon. Si vous le dites. Veillez à respecter les précautions d’emploi. »

Les affres de la passion se dessinent dans le texte de Clémentine, celles des relations amoureuses aussi. On les croit profondes, elles ne sont que superficialité et égoïsme de la jeunesse. On les croit superficielles, elles représentent le véritable amour. On ne sait malheureusement tout cela qu’à la fin, quand tout est brisé. Tatiana et Eugène le savent. C’est mouvementé et efficace « il m’a claqué la porte au cœur » avec des images fortes au fil des rimes. Ma citation préférée reste celle-ci :
C’est frêle, ces jeunes personnes tellement éblouies par le jour, qu’elles ne sont pas apprêtées pour la nuit
Même si l’écriture de Clémentine est douce, il flotte de l’amour amer teinté de violence. Je suis on ne peut plus ravie par la clôture du roman qui offre la certitude qu’une histoire d’amour reste toujours complexe. Tatiana est tiraillée entre la flatterie d’un homme qui l’a rejeté et désormais ne veut qu’elle…et le désir ardant de s’en protéger : c’est si commun mais si peu exploité dans les romans pour adolescents. Jusqu’aux bout des doigts de son auteur donc, l’audace est présente à toutes les pages. Songe à la douceur est un titre bien pensé. Mais tout de même, j’ai hâte d’avoir la réponse à cette question : comment Léa, Guillaume et Florence, respectivement 15, 14 et 13 ans, vont-ils comprendre cette histoire d’amour de trentenaires ? Un livre qui promet en prime de nombreux débats.

Sur un nuage avec Bob

★☆☆☆☆

C’est un roman atypique et audacieux que nous propose Clémentine Beauvais avec Songe à la douceur et s’il remporte déjà tous les suffrages, dont celui de Jean-Michel, Bob a été beaucoup moins emballé. Est-ce cette écriture en vers et sa petite musique indissociable de sa lecture qui a embêté Bob dans son appréciation du roman ? Peut-être. Si l’écriture est belle, avec de très jolies trouvailles comme celles relevées par Jean-Michel, j’ai pourtant eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire d’Eugène et Tatiana, à me laisser transporter par les mots et les émotions. Je me suis parfois ennuyée, c’est vrai, et les personnages m’ont agacés, je n’ai finalement pas été sensible à leur amour contrarié. Un roman étonnant malgré tout, dans sa forme surtout, qui mêle habilement classicisme et modernisme et, tout comme Jean-Michel, je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent les ados et si, comme moi, d’autres lecteurs sont passés totalement à côté… :|

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 24 août 2016
9782848659084 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

9782748521900,0-3360369

Macha-des-Oyats a cent sept ans et vit dans le monde de la Douceur, où la nature, le respect de l’environnement et des autres a remplacé la violence et la technologie du monde de la Fin. Un jour, de jeunes gens viennent trouver Macha, la dernière à avoir connu ce monde terrible, et lui demandent de bien vouloir raconter son histoire, celle avant la Fin et l’arrivée de la Douceur…

★★★★★

Il y a dans le monde de la Douceur cette utopie qui manque depuis un certain temps dans la littérature d’anticipation et de science-fiction, notamment pour les adolescents. Jérôme Leroy renoue avec le genre dans cette histoire où Macha, une très vieille femme, vit dans un arbre, avec une communauté de gens tous plus sympathiques les uns que les autres. Le monde de la Douceur est né dans les ZAD voilà quatre générations et, désormais, les gens y vivent de la nature, de l’échange, du partage, sans technologie (en tous cas pas celle que l’on connaît et qui est à l’origine de la fin de l’ancien monde) ou notion d’argent, de propriété… Un vrai paradis ! Une utopie parfaite.

Lorsque trois jeunes gens viennent trouver Macha pour qu’elle leur raconte son histoire, celle d’avant la Fin, et non pas celle de la naissance de la Douceur dont ils ont déjà tant de témoignages, Macha est réticente, peu désireuse de retourner dans les tréfonds de sa mémoire, dans la violence et l’horreur qu’elle a connu adolescente. Pourtant, elle le fera, et c’est bien la plus grande partie du roman qui s’intéresse à cette enfance où Macha a vécu le pire. Je ne vous en dirais pas trop sur la vie d’avant de la centenaire, qui se découvre au fur et à mesure de la lecture mais tout se déroule à Nantes, dans une belle-famille de la haute société aux idées bien arrêtées alors que, dans la France de l’époque, les attentats s’enchaînent, les ZAD se multiplient, le parti politique nationaliste du Bloc Patriotique s’approche du pouvoir… Une situation qui n’est pas sans rappeler la nôtre… L’histoire de Macha, pleine d’émotion et de rébellion, nous montre tout le changement qui aura lieu entre le monde de la Fin et la Douceur dans laquelle elle vit désormais.

Un magnifique roman dans lequel Jérôme Leroy a choisi de nous montrer un futur positif et optimiste, qui ne sera peut-être pas le nôtre mais qui nous donne envie d’y vivre et d’y croire. Une très belle façon d’évoquer la politique et les problématiques actuelles. Beaucoup d’espoir, de chaleur et de lumière dans Macha en dépit de la dureté et de la violence vécue par la jeune fille, héroïne attachante et courageuse. Un roman lumineux à mettre entre toutes les mains ! :)

Macha ou l’évasion, Jérôme Leroy (Syros)
disponible le 25 août 2016
9782748521900 – 16,95€
à partir de 13 ans
Son
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La Marque – Anne Loyer

Bob et Jean-Michel sont de retour ! Ils ont lu plein quelques livres pendant les vacances, dont ceux de la rentrée littéraire (celle des jeunes et des ados), et qu’on commence à vous présenter dès aujourd’hui ! :D

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Tous les 5 ans, le Peuple des tentes envoie ses enfants âgés de 15 ans qui possèdent la Marque à la cité-oasis de Kyos, où on leur promet un avenir radieux. Car le monde est un vaste désert et envoyer leurs enfants à la cité de Kyos, c’est assurer au reste de la famille de bénéficier de l’eau, denrée rare et gérée par la ville derrière les murs gigantesques. Bientôt, l’Appel résonne et Sika et Sek, deux jeunes Marqués, vont devoir s’avancer vers la cité-oasis…

★★★☆☆

Dans un monde dévoré par le soleil, un peuple tente de survivre aux pieds d’une cité dont chacun rêve d’entrevoir les merveilles. Car tous les cinq ans, les portes de Kyos s’ouvrent pour laisser entrer les jeunes Marqués destinés à vivre dans la ville merveilleuse. Les autres, ceux qui n’entreront jamais dans la cité, ce sont leurs parents, qui bénéficieront de rations d’eau suffisantes pour vivre décemment. Mais il y a aussi les Oubliés, ceux que la Marque ne choisit pas à la naissance, ceux qui sont rejetés et vivent au-delà des dunes, loin des heureuses familles d’enfants Marqués que sont le Peuple des tentes. Enfin, les Bannis, ceux que la cité rejette au dernier moment et qui rejoignent le camp des Oubliés. Et puis il y a Rey, l’Echappé. Cinq ans plus tôt, le garçon Marqué a tourné le dos à la cité prête à l’accueillir, à sa famille et à son petit frère Sek. Lorsque le nouvel Appel résonne, Rey réapparaît, avec l’idée d’empêcher son frère d’entrer dans Kyos. Mais Sek ne se laisse pas facilement convaincre, pas comme Sika que la naissance d’un frère, la mort d’une mère et les révélations d’une sage-femme vont l’inciter à se rebeller…

Avec La Marque, Anne Loyer nous propose une dystopie aux ressorts assez classiques dans un univers désertique où l’eau est le trésor et la malédiction d’un peuple soumis à la loi d’une cité fermée et mystérieuse. L’univers est vraiment intéressant, le suspens bien dosé et les secrets révélés au compte-goutte. Si le gros avantage de cette « énième » dystopie est qu’elle tient en un seul tome de 340 pages, c’est peut-être aussi son inconvénient ! Les événements s’enchaînent en effet très rapidement, les personnages et leurs décisions mûrissant très vite et donnant l’impression que toute l’histoire ne se déroule que sur 3 ou 4 jours, ce qui n’est sans doute pas le cas. A la fin, on reste aussi avec la sensation de ne pas avoir découvert tout de l’univers inventé par Anne Loyer, qu’on aurait aimé explorer plus en détails, d’être passé trop vite à un endroit ou de ne pas avoir toutes les clés du mystère. Il n’en reste pas moins un roman bien écrit et enthousiasmant, à proposer notamment aux lecteurs qui voudraient découvrir le genre. :)

La Marque, Anne Loyer (Bulles de savon)
disponible depuis le 17 août 2016
9791090597587 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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L’Écureuil, 1. Un démon sous les toits – Fabien Grolleau, Benjamin Mialet et Lou Bonelli

9782848658872,0-3276168

Paris, 1870. Alors que les Prussiens se rapprochent de la capitale, un jeune garçon aux cheveux roux flamboyants, surnommé l’Écureuil, vole de toit en toit, chapardant des bijoux, de la nourriture… Ce qui n’est pas au goût du terrible Max, roi des voleurs et des malfrats de la ville. Mais cette cavale sur les toits de Paris lui fait également rencontrer un certain nombre de personnages…

★★★★☆

Mais qui est donc cet enfant à la chevelure flamboyante et indomptable qui vole au-dessus de Paris ? Passée une introduction où l’on a craint pour sa vie, l’Écureuil bondit de toits en toits, chaparde des bijoux pour les échanger contre de la nourriture, ne se rendant pas forcément compte de ce que cela implique… Et chaque jour, l’Écureuil observe par la fenêtre une belle et triste jeune femme, enfermée dans un dôme, et « fiancée » de Max, le terrible roi des voleurs de Paris. Un roi qui n’apprécie pas tellement qu’un petit rouquin se mêle de ses affaires… Pendant ce temps, la guerre approche des portes de Paris et l’Écureuil fait bientôt la rencontre d’un ramoneur. Puis de Victor Hugo. L’écrivain semble d’ailleurs partager un secret avec le garçon des toits…

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Mais c’est un mystère que vous devrez éclaircir en lisant le premier tome de cette série qui n’en comptera que deux ! Certains secrets de l’Écureuil se révèlent déjà dans cette première histoire mais nul doute que nous en aurons encore dans le prochain volume. Un démon sur les toits est en tous cas une première aventure de grande qualité, tant dans le scénario, un brin classique mais qui fait également son charme, dans la plus pure lignée des récits se déroulant à cette époque, que dans le dessin, un style graphique aussi flamboyant que les cheveux de notre héros, et aux couleurs vives et énergiques. Une BD très réussie dont on attend la conclusion avec impatience ! :P

L’Écureuil, 1. Un démon sous les toits, Fabien Grolleau, Benjamin Mialet et Lou Bonelli (Sarbacane)
disponible depuis le 1er juin 2016
9782848658872 – 14,50€
à partir de 10 ans
Son
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Les livres – Christos & Lili Chemin

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Pour la première fois, la maman de Vladimir l’emmène à la bibliothèque. Elle lui promet des livres magiques, qui vont le transporter, l’emporter au bout du monde… Et Vladimir a plutôt hâte de découvrir un endroit avec autant de magie ! Mais très vite, le voilà déçu…

★★★★☆

En effet, la bibliothèque n’a pas l’air si magique que ça ! Tout est en ordre, bien droit et bien rangé, certains livres ont l’air beau mais certains sont vraiment moches ! Mais c’est à l’intérieur qu’ils sont beaux, lui affirme sa maman… Soit, Vladimir essaye ! Mais il ne se passe rien, absolument rien, ils ne bougent même pas quand on les touche, comme sur la tablette de papa… Tandis que maman cherche un livre, Vladimir continue à explorer et, avec l’aide d’un autre petit chat, se met à jouer avec les livres, à créer des formes, des trains…des monstres ! Puis vient le moment de l’histoire, que la maman de Vladimir va leur raconter…et là, la magie s’opère…

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Ode à la bibliothèque et aux livres, nous professionnels du livre ne pouvons qu’être sensibles à cette histoire célébrant à la fois notre cœur de métier mais également l’importance de l’imaginaire et de l’imagination. C’est avec une langue toute simple et légère que Christos nous offre cet album à hauteur d’enfant et qui entre littéralement en résonance avec ce que l’on peut observer en bibliothèque. Mais la qualité de cet album réside aussi dans son traitement graphique : un format à l’italienne dans lequel Lili Chemin nous propose une vie aérienne de la bibliothèque et de ses visiteurs. Un labyrinthe de livres, des constructions vues du ciel et une référence rigolote à Pac-Man et nous voici transportés dans son univers original et en parfait adéquation avec le sujet. Un parti pris graphique étonnant mais aussi d’une grande simplicité de compréhension pour les plus jeunes lecteurs. Un livre à mettre entre toutes les mains ! :)

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Les livres, Christos, illustré par Lili Chemin (Møtus)
disponible depuis le 14 mai 2016
9782360110674 – 13€
à partir de 2 ans
Son
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En ce temps-là – Gaia Guasti et Audrey Spiry

Connaissez-vous cette collection chez Thierry Magnier : Les décadrés ? Le principe est assez simple : un illustrateur a carte blanche pour réaliser des images à partir d’un thème (dans ce cas précis : la forêt et la cabane). Une fois les illustrations terminées, elles sont confiées à un auteur qui invente alors une histoire et réorganise comme il le souhaite les images de l’illustrateur… Voici ce que ça donne avec En ce temps-là. :)

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En ce temps-là, il existait un monde jeune, neuf, où vivaient trois esprits : Silva, l’esprit de la montagne ; Rio, celui de la rivière et Nyx, celui de la nuit. Chacun avait son rôle dans l’ordre du monde. Jusqu’au jour où une goutte de rosée devient un enfant, dont Nyx obtient la charge. Cet enfant grandit dans son monde de nature, et bientôt, ses rêves aussi…

★★★★★

Connue surtout pour ses romans, Gaïa Guasti propose ici son premier texte pour un album. Et comment vous dire ? Ce texte est d’une puissance et d’une poésie véritablement magique ! Sorte de mythe des origines, En ce temps-là évoque de la plus belle manière la relation de l’homme à la nature et à son environnement. On reconnaît l’influence de la mythologie et des cosmogonies dans ces esprits de la nature et de l’apparition de l’humanité sur ce monde étrange. Les mots de Gaïa Guasti, légers et forts, doux et bruts, se marient parfaitement avec les illustrations aussi splendides qu’envoutantes d’Audrey Spiry. Les couleurs et les lumières font beaucoup dans ces peintures parfois abstraites, parfois très évocatrices. 9782364749092_en-ce-temps3J’ai particulièrement aimé la représentation de ces esprits de la nature, entre grands singes et figures mythologiques. On sent dans les illustrations d’Audrey Spiry une vraie invitation au rêve, à l’imagination et à la magie. Et on ne pouvait pas rêver mieux que le texte extraordinaire de Gaïa Guasti sur ces magnifiques images. :)

Un superbe album à découvrir et qui propose en fin d’ouvrage d’entrer dans l’atelier d’Audrey Spiry, pour en savoir plus sur son travail sur cet album, accompagné de quelques mots de Gaïa Guasti sur cette démarche originale d’inventer une histoire à partir d’illustrations.

En ce temps-là, Gaia Guasti, illustré par Audrey Spiry (Thierry Magnier)
collection Les décadrés
disponible depuis le 18 mai 2016
9782364749092 – 16,80€
à partir de 6 ans
Son
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Les fils de George – Manu Causse

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Mardochée, 15 ans, est un garçon solitaire, duquel personne ne s’approche. Lui-même ne cherche pas à devenir ami avec les autres. En tant que membre de la communauté du Livre de George, on lui interdit de toute manière de communiquer avec les autres. Jusqu’au jour où son ami Chrysostome est retiré du lycée, et où Léo, un garçon de sa classe, l’invite au repas de fin d’année…

★★★★☆

Vous l’aurez sans doute compris : Manu Causse s’intéresse dans ce nouveau roman aux sectes. Ici, c’est une secte originaire des États-Unis qui s’est installé en France voilà des années et que les habitants tolèrent vaguement puisqu’elle n’est pas (encore ?) listée dans les sectes dangereuses. Tout le monde se contente de les regarder étrangement et, au lycée, peu nombreux sont ceux qui s’intéressent à ces garçons bizarroïdes qui débarquent chaque matin dans un break déglingué et qui ont des prénoms improbables. Pourtant, lorsque Léo invite Mardochée au repas de fin d’année – sans arrière-pensée aucune, juste dans l’esprit de camaraderie au sein d’une classe – la foi du jeune garçon commence à vaciller. Car dans le même temps, son ami Chrysostome a « disparu » et Mardochée doit préparer sa Conversion, le rite de passage obligé pour devenir un parfait fils de George…

A travers le point de vue de ces deux personnages, Mardochée à l’intérieur et Léo à l’extérieur de la secte, Manu Causse nous propose une histoire avec un sujet finalement assez peu traité en littérature jeunesse (on pense seulement à Le monde attend derrière la porte, de Pascale Maret ou Prisonnière de la Lune, de Monika Feth). Pour une première approche de ce que peut être une secte et de ses implications sur le mode de vie d’un enfant ou d’un adolescent dans ce contexte, le roman de Manu Causse est vraiment très juste et invite à une réflexion pertinente. Si la lectrice adulte aurait sans doute aimé en savoir plus sur le Livre de George, le format court de la collection Ego permet tout de même d’ouvrir le débat sur un sujet qui n’est pas toujours au cœur de l’actualité ou des préoccupations. Intéressant, percutant parfois, et bien rythmé, Les fils de George est à découvrir ! :D

Les fils de George, Manu Causse (Talents Hauts)
collection Ego
disponible depuis le 17 juin 2016
9782362661501 – 8€
à partir de 12 ans
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This is Sadie – Sara O’Leary & Julie Morstad

thisissadieEn compagnie de Sadie, voyager n’aura jamais été aussi simple et tendre.

Sadie est une petite fille à l’imagination débordante. Voyez plutôt : elle fût une fillette vivant dans la mer ainsi qu’un petit garçon élevé par des loups…Elle a vécu des aventures dans de nombreux pays imaginaires et visité des mondes de contes de fées. Elle possède des ailes qui peuvent l’emporter loin, où qu’elle veuille, les cartons deviennent des bateaux, des maisons d’escargots et les coussins se transforment en châteaux.

★★★★★

Sadie aime les histoires plus que tout car on a besoin de peu de choses pour les créer. Pour cette fillette, le monde est plein d’opportunités merveilleuses. Outre les clins d’oeil facétieux où elle s’introduit intelligemment dans les contes de la petite Sirène, dans le Livre de la jungle et dans le pays des merveilles de cette chère Alice, cet album est un doux trésor de lecture. Sadie est évidemment une grande lectrice et une petite fille habile de ses mains. Elle agit comme l’enfant qu’elle est avec ces moments précieux où son imagination prend le pas sur le réel pour l’emporter dans des aventures où chaque élément présent autour d’elle peut compter : si vous vous souvenez que quelques cartons ont fait l’objet d’une réflexion sur une éventuelle construction de château fort quand vous étiez enfant alors vous comprenez de quoi il retourne.
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Cet album célèbre l’enfance où l’imagination est puissante et sans limites : un état qui parfois nous manque cruellement en tant qu’adulte. La verve de Sadie est communicative et son mélange des genres nous rappelle qu’un enfant explore sans cesse les différentes identités et les genres qui s’offrent à lui : elle fût brièvement une princesse puis successivement une sirène et un garçon sauvage. Des exemples aussi efficaces que farfelus pour adoucir leurs mœurs : ce n’est pas grave, laissez-les jouer.

thisissadie-wolves

Les illustrations singulières et lumineuses de Julie Morstad rendent nostalgiques. Il y a de la fantaisie, de l’humour, beaucoup de messages dans ces pages. L’un d’entre eux est sans doute le plus important de tous : les enfants apprennent à travers le jeu…Et l’élément le plus avenant de et album reste sans doute le fait que Sadie semble aimer par-dessus tout les renards :)

sadiesroom

Trois mots : sa – lampe – champignon <3

Malheureusement, cet album n’est pas paru dans les pays francophones. On espère qu’il le sera. Vous pouvez toujours l’obtenir dans sa version originale.

This is Sadie, Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad (Tundra Books)
disponible depuis le 12 mai 2015
9781770495326 – 17€
à partir de 4 ans