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Starfell, Violette Dupin et le jour perdu – Dominique Valente

Vous avez égaré des clés, une chaussette ou même un dentier ? Adressez-vous à Violette, la plus jeune sorcière de la famille Dupin, qui retrouve tout ce qui a été perdu. Un don qui n’a rien d’excitant comparé aux autres membres de sa famille qui possèdent des dons puissants… Jusqu’au jour où Moreg Vaine, la plus redoutable des sorcières du royaume, demande à Violette de l’accompagner à la recherche… de mardi dernier. Ce jour a disparu de la mémoire de tous les habitants du royaume de Starfell !

Ce roman a tous les ingrédients pour plaire à de nombreux enfants : fantasy, aventure, humour et une galerie de personnages attachants ! On trouvera Oswin, un kobold (mélange de monstre sous le lit et de chat) au caractère épouvantable et très doué pour détecter les mensonges ; un voyant qui tombe dans les pommes ou encore une Calamity troll qui veut faire pousser des fleurs… Au fil du voyage de Violette et de Moreg Vaine, nous découvrons également le royaume de Starfell, royaume où la magie ne fut pas toujours tolérée. Le récit est très rythmé, les rebondissements ne manquent pas, on a vraiment envie de découvrir pourquoi le mardi a disparu, qui est derrière tout ça ?

Au début du roman, Violette Dupin souffre des moqueries dû à son pouvoir mineur, mais face à l’adversité, elle va progressivement prendre confiance en elle. Elle prendra très à coeur sa mission… et s’interrogera sur les effets secondaires d’avoir perdu une journée. Une très belle leçon de vie comme quoi chaque instant est important et qu’il faut faire très attention à ce que l’on souhaite dans la vie.

A noter, ce tome 1 se conclut très bien (sans cliffhanger) et on a hâte de découvrir les nouvelles aventures de Violette !

Starfell, t.1 – Violette Dupin et le jour perdu, Dominique Valente (Casterman)
disponible depuis le 27 mai 2020
9782203194717 – 14,95€
à partir de 9 ans
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L’épouvantable bibliothécaire – Anne-Gaëlle Balpe et Ronan Badel

Suzanne est un petit rat de bibliothèque (mais c’est une petite fille de 11 ans et demi, pas de confusion). Quand elle apprend qu’elle va passer ses vacances dans la ferme de sa tante Églantine avec UN seul roman, c’est la catastrophe ! Heureusement, une fois sur place, entre deux corvées à la ferme, elle apprend qu’un vieux manoir abrite une bibliothèque. Bizarrement, tout le monde semble avoir peur de cet endroit : la bibliothécaire serait une vieille sorcière acariâtre…

Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. L’amour de Suzanne pour les livres n’est pas sans rappeler le formidable personnage de Roald Dahl, Matilda. Ces deux héroïnes ont en commun le courage, la ruse et d’être un peu asociales. Heureusement Suzanne ne sera pas seule face à cette épouvantable bibliothécaire. Il faut souligner le côté démoniaque de la méchante bibliothécaire, elle est véritablement épouvantable ! Rapidement, elle va faire la connaissance, à son arrivée à la ferme, de deux personnages déjantés : Mo, une jeune fille bourrue et Marin, un garçon hypocondriaque. L’amitié est au coeur de l’intrigue et l’union fera la force.

L’histoire est déjantée et très drôle. En plein coeur de l’aventure, on retrouvera des pauses « infos insolites » sur les moutons, les bibliothèques ou les microbes – instructives et amusantes. Les illustrations de Ronan Badel apportent une chouette dynamique.

Un roman rythmé pour rire et trembler devant une aventure inattendue qui comprendra : fantôme, boule de feu, disparition. Un titre parfait pour les jeunes lecteurs – même pour ceux qui ne vont pas souvent en bibliothèque !

L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe, illustré par Ronan Badel (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 5 février 2020
9782377313761 – 10,90€
à partir de 9 ans
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La fille qui pouvait voler – Victoria Forester

Les McNimbus sont une famille très traditionnelle. Betty est une fervente croyante qui pense que si les choses arrivent c’est de la faute à la Providence et son mari Joe est un mari discret, qui s’occupe beaucoup de la ferme dans laquelle ils vivent. Toutes les années pour ce couple se ressemblent jusqu’à l’arrivée très tardive d’un bébé : Piper. Elle arrive après 25 années de mariage. Imaginez ! Avec une arrivée aussi inattendue, comment cet enfant pourrait-elle être autrement que bizarre ?
Dès son berceau, Piper flotte dans les airs… et en grandissant (malgré les prières enfiévrées de sa mère pour que sa fille soit normale) va développer son don jusqu’à voler littéralement dans le ciel. Terrifiés de voir la nouvelle de cette anomalie se répandre, les parents essayent de dissimuler ses talents aux yeux du monde… sauf que ce pouvoir ne passe pas inaperçu. Du jour au lendemain, Piper qui n’a jamais été à l’école, n’a jamais eu d’amis, va se retrouver dans une école top secrète réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun. Malheureusement l’école ne sera pas de tout repos pour Piper qui va devoir gagner sa place !

Piper est une héroïne terriblement attachante. Lumineuse, curieuse, naïve elle n’est pas sans rappeler l’héroïne Pollyanna de Eleanor H. Porter, un modèle d’optimisme. Les jeunes lecteurs prendront beaucoup de plaisir à découvrir l’école à travers son regard naïf, ses observations, son envie irrésistible de se lier d’amitié. Nous sommes très loin d’Harry Potter ou d’X-men ici. Les personnages secondaires, à savoir les élèves sont originaux, nous avons par exemple Conrad, un génie qui terrorise les plus jeunes, Bella Bonheur (la préférée de Lisette) qui a un don avec les couleurs, des jumeaux qui peuvent contrôler la météo ou encore Violette qui peut rapetisser à volonté.

L’intrigue est assez évidente mais comprend des trouvailles très originales. Je trouve cependant que parfois le rythme pourrait être plus effréné encore, il y a des longueurs au début notamment. L’autrice a eu le volonté première d’écrire cette histoire sous forme de scénario pour le grand écran et ensuite l’a adapté en roman (les petits incohérences de rythmes viennent peut-être de là). Même si ce roman se présente comme une saga (avec une suite donc?), je trouve que ce premier tome ne nous laisse pas sur notre faim et se suffit à lui-même. Un chouette roman pour les enfants qui parfois rêvent d’aller toucher les nuages !

La fille qui pouvait voler, Victoria Forester (Lumen)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782371022683 – 16€
à partir de 10 ans
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Bordeterre – Julia Thévenot

Prenez place à bord du livre à destination de Bordeterre. Ce voyage de 536 pages vous amènera dans des contrées inconnues, où nul auteur n’avait jamais mis les pieds avant Julia Thévenot. Pour ce voyage vous serez accompagnée d’Inès, 12 ans et de son frère autiste Tristan, 16 ans. Attachez bien vos ceintures car nous allons passer dans des zones de turbulences littéraires (et ça fait des guili-guili joyeux dans le ventre).

Bordeterre. Ville perchée comme une plante sauvage sur une faille entre deux plans de réalité. Inès et Tristan tombent (littéralement) dans ce monde parallèle alors qu’ils promenaient leur chien. A peine arrivés nos deux héros se retrouvent poursuivis par un monstre à trois yeux, qui veut leur suçoter la tête…(Cliffhanger)

La terre vous soutienne, le bord vous retienne.

Rapidement, on apprendra qu’il existe trois plans, trois mondes : celui de Tristan et Inès (notre monde à nous), Bordeterre et le plan zéro où vivent des esprits. Dans ce plan zéro, qui se trouve être un lac très profond, on trouve des pierres très précieuses qui régissent la ville de Bordeterre. Mais ce n’est pas tout, les nouveaux arrivants (nos deux héros donc) deviennent transparents et leurs souvenirs de l’ancien monde s’effacent doucement grâce à un élixir goût grenadine. Il très difficile de résumer l’histoire tant j’ai envie de passer des heures à vous décourir l’univers dense et captivant. J’aimerais vous mettre le livre entre les mains et vous dire simplement : lisez-le ! Mais où est le côté fantasy vous demandez-vous d’un air curieux ? Dans le plan zéro ? Oui mais il y a beaucoup mieux : la magie est dans la musique ! La magie ici se chante (et en français s’il vous plaît !). Elle est cependant réglementée et ne peut pas être utilisée comme bon nous semble. Imaginez une monde où pour ouvrir une porte vous devez chantez Au clair de la lune. La magie est partout dans ce roman même dans les titres des chapitres. Et surtout elle est dans l’écriture de l’autrice.

Lisette n’a pas envie de vous dévoiler trop l’histoire car la richesse de ce livre vient de l’imbrication des récits, du plaisir de découvrir cette terre d’injustice. Mais il faut souligner la profondeur des personnages secondaires, les amours tordues et la rébellion qui gronde, monte crescendo. C’est un texte mené d’une main de maître(sse) par sa cheffe d’orchestre Julia Thévenot. (Coup de coeur intersidéral pour un dandy, amoureux de la poésie, coincé dans son château).

Ce premier roman est d’une très grande qualité, le style virevolte, chante, s’amuse à être littéraire pour le plaisir des mots. C’est un vrai roman fantasy jeunesse et j’insiste là-dessus ! C’est la jeunesse au grand coeur qui se révolte et aime.

Julia Thévenot entre avec fracas dans le paysage littéraire jeunesse et pour un premier roman, on ne peut qu’être époustouflé de sa qualité ! Et parce que Lisette avait très envie de pousser la chansonnette avec Julia, elle l’a questionnée sur ses goûts musicaux dont vous trouverez l’interview ici.

Bordeterre, Julia Thévenot (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 mars 2020
9782377312252 – 18€
à partir de 14 ans
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Wicca : le manoir des Sorcelage – Marie Alhinho

Lisette a une confession à faire, elle adore l’univers de la sorcellerie, tout ce mouvement femme sorcière, femme sœur-cière qui s’émancipe…fait chaud à son petit cœur de bébé loutre.

Wicca nous présente la famille Sorcelage, une famille de sorciers très attachante, composée notamment d’Octobre et Avril, frère et soeur. Octobre est un hypersensible qui ressent les émotions et peut les influencer et Avril peut créer des tremblements de terre à chaque colère. Un jour, le cercle de pierres qui protégeait la région se brise, mettant tout le monde en danger… Ils vont devoir compter sur leur meilleure amie humaine Nour et un feu follet craquant pour empêcher des forces maléfiques de resurgir.

Dans ce manoir, pas de chat noir, ni balai, ni potion magique à base d’oeil de lézards. La magie utilisée par les Sorcelage – comme l’indique le titre – est une ancienne magie païenne : la Wicca (Ce mouvement religieux existe bel et bien et prône un culte à la nature, une belle découverte pour Lisette qui pense se reconvertir). On retrouvera, par exemple, dans le livre un petit précis à l’usage des wiccans indiquant qu’il faut «  S’aimer soi-même (même si c’est dur le matin) », un rituel de protection, qui viennent renforcer cette ambiance enchanteresse et rendent un aspect véridique à l’histoire.

Histoire qui m’a tenu en haleine, le rythme est bien dosé ! La plume de l’autrice mêle émotions et actions. Tous les personnages sont très attachants : Avril, la colérique douteuse, le sensible garçon Octobre (qui a les cheveux longs sur la couverture, pour vous ça ne veut pas dire grand chose mais pour moi ça veut dire beaucoup !), le feu follet hilarant qui se rend compte qu’être humain c’est douloureux (car oui on peut avoir des crampes et des courbatures) ou encore le manoir au mauvais caractère. Avril et Octobre vont devoir dévoiler leurs pouvoirs à leur amie humaine Nour pour combattre un monstre terrible qui se nourrit des mauvaises pensées que ses victimes s’adressent face à leurs reflets. Un monstre qui parlera aux adolescents mais pas que.

C’est l’illustratrice Diglee qui est aux commandes des illustrations, résultat : Lisette a eu envie de se faire tatouer tous les dessins tellement ils sont beaux ! Heureusement elle n’a pas encore l’âge.

Sous ses airs d’histoire sympathique, ce roman d’aventures/fantasy distille, comme un filtre d’amour, des notions d’égalité, de féminisme et de confiance en soi. Il aborde des préoccupations autour de l’image de soi, du regard des autres, de ses propres insécurités. Le tout de manière très naturelle et bienveillante à la lumière de la magie Wicca.

Un rituel magique est en préparation pour demander à l’autrice d’écrire des nouvelles aventures !

Wicca : le manoir des Sorcelage, Marie Alhinho, illustré par Diglee (Poulpe Fictions)
disponible depuis le 3 octobre 2019
9782377420872 – 12,95€
à partir de 9 ans
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Magic Charly, t.1 : L’apprenti – Audrey Alwett

Qui n’a pas envie en hiver de se faufiler sous une couette avec un thé et un bon livre, me jette la première citrouille ! Si vous cherchez un livre ensorcelant qui vous embarque dans des contrées magiques, Lisette vous conseille de vous ruer sur ce roman français d’Audrey Alwett – le premier tome d’une trilogie.

Charly, notre jeune héros de 14 ans, n’a rien de « magic », il vit avec sa mère et un chat snob. Il 
a une vie tranquille, jusqu’au jour où sa grand-mère, qui avait disparu voilà 5 ans, refasse apparition, mais celle-ci est devenue amnésique. Charly va découvrir que sa mamie fait en réalité partie d’une confrérie de magiciens et qu’on lui a volé ses souvenirs (par un personnage qui n’est pas sans RAPPELER LA MORT DE TERRY PRATCHETT). S’il souhaite l’aider, il va devoir faire une formation express de magicier (oui oui vous avez bien lu) et déjouer un terrible complot.


C’est un plaisir que de plonger dans ce monde magique qui regorge de codes, de nouvelles inventions gourmandes et farfelues. Vous découvrirez par exemple une théière perpétuelle qui fait un thé différent à chaque tasse qu’elle sélectionne en fonction de votre humeur ; des librairies qui marchent ; des moyens de locomotions qui poussent dans le jardin… et d’autres délicieuses inventions que je vous laisserai découvrir. Mais l’autrice dénonce aussi un monde où la magie est rare et donc commercialisée ; où le pouvoir est concentré dans des institutions douteuses…

Charly est un héros très attachant, il est accompagné de deux personnages féminins Sapotille, apprentie magicier comme lui et June, sa meilleure amie sans pouvoir. Ces deux héroïnes (Sapotille est ma préférée, June râle trop) vont aider Charly à gérer de nombreux rebondissements : des balais volants (qui se transforment en buissons), des tartes-chercheuses (qui s’écrasent sur les figures de leurs victimes) ou encore un dragon (pétrifié). Cependant, je me méfie de June qui, sous son air rebelle, pourrait jouer des mauvais tours ; nous verrons si ma suspicion est justifiée dans les prochains tomes.

Attention! La lecture de ce livre pourrait vous donnez envie d’adopter une serpillière magique au doux nom de Pépouze, Lisette est entrain de négocier avec Bob pour l’ajouter à leur ménagerie magique ★.

Magic Charly, t.1 L’apprenti, Audrey Alwett (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2019
9782075121453 – 16,50 €
à partir de 12 ans
Son
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Pieds de bois – Lalou

Jansen, apprenti d’un grand professeur de botanique, ne rêve que d’aventures et de découvertes scientifiques. Un beau matin, il décide de mettre enfin son plan à exécution : intégrer l’équipage d’un navire sous une fausse lettre de recommandation pour vivre son rêve. Et si cette partie-là du rêve se réalise très vite, la suite de l’aventure va se révéler bien plus complexe et étrange qu’il ne le pensait…

A une époque qui n’est jamais réellement donnée, mais qui nous ramène quelques siècles plus tôt quand le commerce entre les continents était aussi l’occasion de découvertes scientifiques, Lalou nous offre un roman d’aventures aux doux accents de réalisme magique. Aux côtés de Jansen, nous voilà embarqués dans une histoire de marins qu’une catastrophe va contraindre à complètement revoir leurs croyances. Lorsque le Batavia, leur navire, est attaqué et dévorée par des drôles de bestioles, les voilà qui dérivent le long d’une île inconnue, répertoriée sur aucune carte. Quelle n’est pas leur surprise lorsque, débarquant pour trouver de quoi réparer leur bateau, ils tombent sur des géants à la peau de bronze qui, sous prétexte d’obéir au « Protocole », ne leur laisse aucunement explorer leur île, au grand dam de Jansen… Ces Hommes de Bronze, dont les expressions totalement anachroniques nous arrachent quelques sourires, nous intriguent autant que notre héros et, quand ils apportent aux marins en perdition la solution à tout leur problème, on ne doute pas que leurs trésors et leurs mystères attireront bientôt la convoitise…

Une île étrange et inconnue, un peuple mystérieux, il n’en faudra pas plus à Jansen – et à nous lecteurs – pour succomber à la fascination que tous ces éléments exercent, et le récit de Lalou, rondement mené, nous tient en haleine jusqu’au bout. Une fable qui montre aussi l’impact de l’impérialisme sur une population jusqu’à alors coupée du reste du monde – et pour une bonne raison, et rappelle habilement comment les erreurs se répètent, encore et encore. Un roman d’aventures somme toute classique dans sa construction, mais résolument moderne sur les thématiques écologiques et sociétales, qui trouve une saveur toute particulière dans son côté magique et son humour absurde. Une belle découverte ! (On regrettera simplement les nombreuses coquilles qui parcourent le roman…) qui ne sont plus présentes dans le tirage actuel ! allez-y les yeux fermés ! (ou grands ouverts…pour lire, c’est mieux !

Pieds de bois, Lalou (Zebulo)
disponible depuis le 14 janvier 2020
9791096163137 – 13€
à partir de 13 ans
Son
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Nous sommes l’étincelle – Vincent Villeminot

★★★★★

Depuis le début de l’année, on trépigne d’impatience à l’idée de vous parler du nouveau roman de Vincent Villeminot. Et pourtant, l’exercice n’est pas simple ! (On s’y est repris à plusieurs fois et cet article sans queue ni tête vous le confirmera). Parce que le roman de Vincent est une expérience de lecture, de littérature. Qu’en faire un résumé pour vous le présenter ne serait pas lui rendre justice. Nous sommes l’étincelle est un roman grandiose, une aventure humaine et révolutionnaire unique. Sur un thème qui peut faire penser à de la dystopie « classique » : une jeunesse qui cherche à se désolidariser du monde des adultes qui les déçoit et organise une grande révolution, Vincent Villeminot s’interroge sur l’utopie et, particulièrement intéressant, sur ce qui se passe après cette révolution. Et si on s’était trompé ? Une question vertigineuse et passionnante qui est le moteur de tous ces personnages dont nous allons faire connaissance au fil d’un récit qui se dévide, se coupe et se rejoint dans une construction délibérément fragmentaire et une temporalité non-linéaire s’étalant sur de nombreuses décennies.

Do not count on us, c’est le point de départ. Un manifeste écrit en 2022 par un jeune universitaire britannique qui va inspirer la jeunesse, en France, mais partout aussi en Europe. C’est l’étincelle qu’il fallait pour réveiller les consciences, pour inciter Antigone, Xavier, Paul, Jay ou La Houle à faire sécession, à quitter la ville pour suivre le rêve d’un retour à la nature, à une communauté sans leader, sans argent, sans tout ce qui fait aujourd’hui leur rejet de cette société à laquelle ils ne veulent plus appartenir. Un roman politique ? Oui, mais pas que ! Car il y a aussi Montana, Dan et Judith. On est en 2061, dans la Forêt. Ils sont ados, enfants, et ils s’amusent auprès d’un point d’eau. Jusqu’à l’arrivée des loups. Les vrais, les animaux, et puis les autres, ceux qui enlèvent des gosses, les traînent dans toute la forêt…pour les dévorer ? D’autres récits, encore, se mêlent et se croisent, pour former un roman aussi foisonnant que maîtrisé.

Et puis il y a cette écriture, violente, organique, brutale et poétique ; ces fragments de manifeste qui exaltent, ces psaumes qui invitent à la contemplation ; ces aventures passionnantes, angoissantes, optimistes, terrifiantes. Une émotion, des émotions, on ne ressort tout simplement pas indemne de cette lecture. Un roman qui hante, dans le bon sens du terme, un roman qui fait sens, qui interpelle, qui nous touche en plein cœur. Bravo, Mr Villeminot !

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot (PKJ)
disponible le 4 avril 2019
9782266290913 – 18,90€
à partir de 14 ans
Son
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De la sagesse des animaux…

On entend ou lit parfois que nous avons beaucoup à apprendre des animaux. Les livres pour la jeunesse ne nous contrediront sûrement pas, n’est-il pas ? Eh bien dans ces deux petits romans, à destination des plus jeunes, vous verrez que les animaux ne manquent pas de sagesse ! 😛

Hamaika et le poisson

Contrairement à ses congénères, Hamaika est une petite poule très curieuse qui s’éloigne chaque jour un peu plus de son rassurant poulailler. Et la voilà au bord de la mer, à se promener le long de la plage, manquant presque d’écraser un poisson coincé dans un trou d’eau. Pour Hamaika, c’est le début de quelque chose de tout nouveau…

★★★★★

Superbe découverte que ce texte plein d’intelligence de Pierre Zapolarrua ! Ou comment une petite poule tête en l’air mais avide de connaissances, de découverte du monde et des autres se lie d’amitié avec un poisson tout aussi exceptionnel qu’elle. Récit d’une amitié naissante, bien sûr, d’un apprentissage de l’autre dans ses particularités, il est aussi question du dépassement de soi et de tolérance. S’il n’est pas toujours simple de constater que les autres ne sont pas aussi ouverts d’esprit que soi-même, notamment lorsque les deux amis voudront se présenter à leurs familles respectives, Hamaika ne baisse pas les bras et, malgré les doutes, continue à se battre pour un monde plus grand, meilleur… Une écriture vive, rythmée, non dénuée d’humour et de malice : des adjectifs que l’on peut accorder également aux illustrations d’Anastasia Parrotto dont j’ai adoré le style ! ❤ Une magnifique Petite Polynie qui donne de l’espoir et des couleurs à ce début d’année !

Hamaika et le poisson, Pierre Zapolarrua, illustré par Anastasia Parrotto (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 17 janvier 2019
9782352894131 – 9,50€
à partir de 7 ans

 

Par la forêt / Par le lac

C’est la fin de l’hiver, bientôt arrivera le printemps. Et pour rien au monde ce petit Indien ne manquerait ce spectacle du changement de saison ! Pour observer ce phénomène, il doit se rendre à la Colline aux Lézards…mais quel chemin prendre ? Par le lac ou par la forêt ?

★★★★★

Nouvel opus de la collection Boomerang, dont le principe est de proposer une histoire recto-verso, avec souvent le même récit raconté par deux voix différentes, Alex Cousseau nous propose ici un jeu différent : la même histoire, la même fin, mais un chemin différent pour y accéder. Notre jeune chasseur, à travers les rencontres animales qu’il fera dans ses deux périples, ne sera pas au bout de ses surprises… Les amoureux d’Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son univers plein de poésie, inspiré de contes ou légendes (ici amérindiennes) et où la nature tient une place essentielle. Une nature aussi splendide et magique que terrible et où il est souvent question de survie. Les autres se laisseront emporter par son univers et son écriture aussi poétiques que sensibles. Et vous, quel chemin choisirez-vous ?

Par la forêt / Par le lac, Alex Cousseau, illustré par Marta Orzel (Le Rouergue)
collection Boomerang
disponible depuis le 9 janvier 2019
9782812617294 – 6,50€
à partir de 8 ans
Son
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Le trésor de Barracuda – Llanos Campos

Feu-Follet est un jeune mousse sur « La Croix du Sud », le navire du capitaine Barracuda. Depuis six ans, ce dernier est à la recherche du fabuleux trésor de Krane. Et lorsqu’il met enfin la main dessus, c’est pour découvrir un bouquin au fond d’un coffre ! Six ans de vie gâchée ! Et pourtant, il se pourrait bien que les mémoires du vieux Krane renferment bien des trésors…pour qui saura les déchiffrer…

★★★★☆

Les pirates ont le vent en poupe ! 😀 Après le génial roman de Gilles Abier, c’est cette fois un auteur espagnol qui nous fait découvrir ce petit trésor d’aventure et d’humour ! Nous suivons donc un jeune garçon aussi malin que débrouillard, engagé sur le bateau d’un fameux pirate qui écume les mers à la recherche d’un trésor. Très vite, le capitaine Barracuda est victime d’une immense déconvenue lorsque le trésor de Krane se révèle n’être qu’un vulgaire bouquin, jusqu’au moment où l’un des pirates, ayant quelques rudiments de lecture, se rende compte que son nom est cité dans les mémoires de Krane. Autant dire que tous les pirates se demandent alors s’ils ne figurent pas eux aussi dans le livre. Une frénésie qui incite Feu-Follet et ses compagnons à apprendre à lire, pour déchiffrer eux aussi la vie de Phineas Krane. Et se pourrait-il que cet apprentissage de la lecture soit le fameux trésor ? Car bien vite, les pirates se rendent compte que les informations trouvées dans l’autobiographie de Krane se révèlent fort utiles… Et cachent peut-être enfin le véritable trésor fait d’or et de pierres précieuses ?

Une résolution à découvrir dans ce roman absolument passionnant et bien troussé, que les superbes illustrations de Nicolas Pitz accompagnent avec délice. Feu-Follet est un raconteur d’histoire attachant, qui ménage parfaitement son suspense et nous présente ses compagnons avec beaucoup d’humour et de sympathie. Une bande de pirates que l’on suit avec beaucoup de plaisir, un capitaine un peu effrayant mais qui cache lui aussi un bon fond et, surtout, une aventure captivante de bout en bout ! Vous aussi, prenez la mer sur La Croix du Sud !

Le trésor de Barracuda, Llanos Campos, traduit par Anne Cohen Beucher, illustré par Nicolas Pitz (L’école des loisirs)
collection Neuf
disponible depuis le 12 septembre 2018
9782211237246 – 13,50€
à partir de 9 ans