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Adèle & les noces de la Reine Margot – Silène Edgar

Silène Edgar revient avec un roman qui pulvérise Max Gallo, remet en place Stéphane Bern et bouleverse les codes de la lecture plaisir.

★★★★★

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Adèle, adolescente en pleine crise décide que ses parents sont nuls et que les études sont moins importantes que le temps qu’elle peut consacrer à ses amies. Les vacances arrivent à grands pas et là…le drame. Elle doit lire un livre. Mais ce n’est pas tout : en entier ! La catastrophe absolue, la punition ultime pour Adèle qui considère la lecture comme une perte de temps. Un livre avec pour titre « La Reine Margot » de Dumas de surcroît – toutes ces tribulations historiques n’enchantent absolument pas la jeune fille qui semble lutter pour repousser l’inévitable. Mais tout va changer lorsque dans ses rêves, Adèle se retrouve à la Cour de la Reine Margot parmi une farandole de personnages dont se démarque un charmant jeune homme…Adèle se retrouve face à un choix cornélien : rester en 1572 et sacrifier sa vie de 2015 ou quitter son rêve ?

Silène Edgar a du écouter les plaintes de nombreux adolescents : « lire un livre ?! nooon tout mais pas ça ! s’te-plait maman je nettoierai le garage tous les week-ends ! » Voilà une histoire qui devrait réconcilier quelques enfants avec la lecture : cette femme sait mêler l’histoire à l’agréable qui est parfois l’ennemi numéro 1 des thèmes pour certains. Déjà, avec 14-14 qu’elle avait co-écrit avec Paul Béorn, l’association histoire + fantastique avait été plus que concluante et chacun des jeunes clients qui l’ont lu ont tous été conquis et surpris de l’avoir « dévoré ». Que tout le monde se rassure : Adèle et les noces de la Reine Margot est addictif, avec une saveur d’aisance et le luxe d’avoir un excellent livre entre les mains. Je pense que Silène Edgar ne laisse rien au hasard. Si elle a choisi de mettre en avant une adolescente en détresse émotionnelle (eh oui : ce roman aborde également le mal-être de l’adolescence) et qui n’aime pas lire, c’est une meilleure tactique que toutes celles que Jack Bauer a pu utiliser en 24. Parce que pour le vivre régulièrement en librairie : il n’y a rien de plus simple que d’intéresser un adolescent à la lecture en lui présentant un personnage qui lui aussi ne s’y intéresse pas avec lequel il trouvera quelques similitudes. Well done Silène.

Adèle & les noces de la Reine Margot, Silène Edgar (Castelmore)
en librairie depuis le 15 avril 2015
9782362311451 – 10.90€
à partir de 9 ans

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Le choix de Bérénice – Fabien Clavel

9782700246544,0-2506046

Hier, Rageot a lancé une nouvelle collection : In love. Destinée aux adolescents, elle propose des romans d’amour librement adaptés de classiques de la littérature. Et là, exit les romances mêlées de fantastique ou de créatures étranges, ce sont des romans d’amour « à l’ancienne », si j’ose dire. Le choix de Bérénice, écrit par Fabien Clavel (que je connais surtout par ses romans de fantasy), fait partie des trois premiers titres de la collection. Le pari est-il réussi ?

Arslan rencontre Bérénice lors des vacances d’été et tombe instantanément amoureux d’elle. Mais celle-ci est sous le charme de Titus, futur héritier du plus grand empire financier au monde. Lorsque Titus demande à Bérénice de l’accompagner aux États-Unis, elle ne peut se résoudre à partir sans Arslan, devenu ami du couple. Comment se dernier parviendra-t-il à dissimuler son amour pour Bérénice ?

★★★☆☆

Pour cette histoire, Fabien Clavel s’inspire de la tragédie de Racine, sobrement intitulée Bérénice. L’auteur explique qu’il a choisi cette histoire car elle l’a beaucoup touché et parce qu’il s’agissait d’une des rares tragédies où il n’y a pas de mort… On passe donc ainsi de la pièce de théâtre au roman, ce qui se ressent beaucoup dans l’écriture et plus particulièrement dans les dialogues. C’est étonnant, mais pas déplaisant. Je ne sais pas si vous avez vu le film Beaucoup de bruit pour rien, de Joss Whedon (adaptation modernisée de la pièce de Shakespeare, où tout se déroule aux États-Unis, à notre époque, mais en gardant le texte original), car j’ai trouvé que le procédé était très similaire et donnait la même impression. A la place de la Rome antique, Fabien Clavel a transposé son action aux États-Unis, dans la ville de Rome (Géorgie), où le campus remplace le palais. Et au lieu d’être rois et princesses, les personnages principaux sont tous héritiers de multinationales diverses. Mais pour ceux qui connaissent la pièce de Racine, l’intrigue est la même, et vous n’aurez pas de surprise. Pour les autres, cette lecture vous donnera probablement envie de découvrir l’œuvre originale (cela a été mon cas, je ne connaissais pas cette tragédie-là de Racine). :) Mais ne vous inquiétez pas, les thématiques soulevées sont très contemporaines et se prêtent très bien à une adaptation à notre époque : les différences de classes sociales, la réussite, les traditions, le triangle amoureux… Et l’amour, bien sûr. Le roman fonctionne bien, et puis ça change de lire des histoires d’amour qui n’impliquent pas des créatures surnaturelles ou des humains surpuissants, ou dans un contexte post-apocalyptique terrible. Ou à l’hôpital. :P
Maintenant, je serais curieuse de connaître le ressenti des lecteurs ciblés par cette nouvelle collection. Je ne sais pas comment sont traités les autres romans, mais j’ai tout de même un doute sur l’appréciation de ce texte par les ados de 14 ans et plus (tranche d’âge ciblée). L’écriture n’est pas très difficile, elle est efficace, et le texte, court et très romantique, sera sûrement plus recherché et apprécié de lecteurs un poil plus jeunes. J’attends vos retour là-dessus !

A noter : le travail de Rageot sur la maquette, qui est très aérée et qui propose un rabat vers l’intérieur, servant aussi bien de marque-page que donnant l’impression d’ouvrir un livre rempli de quelques secrets… De quoi donner envie de lire à l’intérieur, non ? :)

Le choix de Bérénice, Fabien Clavel (Rageot)
collection In Love
en librairie depuis le 18 mars 2015
9782700246544 – 10,50 €
à partir de 12 ans

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How to love – Katie Cotugno

9782266234788,0-2266706

En mai dernier, Pocket jeunesse a publié un roman d’amour vraiment magnifique, qu’on a vraiment adoré avec Jean-Michel et qui s’appelle Eleanor & Park, de Rainbow Rowell. On vous le conseille, donc, si vous ne l’avez pas encore lu ! Et pour cette rentrée littéraire, voici qu’une nouvelle romance apparaît dans le catalogue de l’éditeur… Il sera probablement très rare qu’on parle de livres qu’on a pas aimé sur ce blog, mais parfois, on aime pas du tout ! :(

Reena, 15 ans, est amoureuse de Sawyer, 17 ans, depuis toujours. Lorsque celui-ci la quitte un jour sans prévenir, elle découvre qu’elle est enceinte. Reena, meurtrie et rejetée par sa famille, catholique, va devoir accueillir son bébé seule et, surtout, renoncer à ses rêves. Mais quelques années plus tard, Sawyer revient…

☆☆☆☆☆

Malheureusement, je n’ai pas du tout accroché ! L’histoire se découpe en chapitres « avant » et « après », qui distille ainsi le suspens entre le début de la relation entre Reena et Sawyer et ce qui se passe au retour du garçon. C’est un peu déjà vu et souvent énervant (car bien sûr, les chapitres s’arrêtent toujours au moment où ça devient intéressant). Beaucoup de thématiques sont pourtant abordées : les mères-adolescentes, la religion, l’homosexualité, la drogue, mais toujours à la surface et j’ai regretté que certains sujets ne soient pas plus abordés. En fait, j’ai l’impression que les histoires d’amour américaines restent toujours à la surface des choses (par puritanisme ?) et que tout semble magique et romantique. J’aime bien rêver et m’évader dans les histoires, mais j’aime bien aussi qu’on me parle de la réalité et de ce qui m’attend (du moins, en me mettant à la place de l’adolescente que j’étais). Même le personnage de Sawyer, qui a pourtant de sérieux problèmes, est hautain, sûr de lui, et qui entraîne notre douce et chaste Reena dans des situations à la limite du danger, est présenté comme un héros romantique « bad boy » dont rêvent toutes les filles. Et je dois avouer que ça m’embête pas mal qu’on présente ce personnage et cette relation comme un idéal. Il me semble qu’il manque un certain recul, une finesse qui permette la réflexion. Car même Reena, l’héroïne pleine de rêves et de courage, finit par n’être qu’une jeune fille naïve et sans saveur. Quant aux personnages secondaires, ils restent eux-aussi à la surface du livre, ce qui est bien dommage. Très déçue, donc, et limite désolée que de telles histoires soient proposées aux jeunes filles d’aujourd’hui (et ce n’est pas que mon côté féministe qui parle !).

How to love, Katie Cotugno (Pocket Jeunesse)
en librairie le 4 septembre
9782266234788 – 15,90 €
à partir de 13 ans

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Tant que nous sommes vivants – Anne-Laure Bondoux

S’il y a une auteure que je souhaite serrer dans mes bras, c’est Anne-Laure Bondoux. Son prochain roman est une merveille, il a fait fondre mon coeur de pierre et c’est plutôt rare.

★★★★★

tant-que-nous-sommes-vivantsBo et Hama travaillent tous les deux dans l’usine de métallurgie de la ville et vivent d’un bel amour comme on en voit peu. A la suite d’un accident, ils sont contraints de fuir vers des terres inconnues, face à face avec la rudesse de la vie et ses épreuves.

Un roman initiatique où on assiste à la transformation des personnages, l’adversité les fait grandir et les bonheurs qu’ils connaissent les font survivre.

Une histoire qui m’a fait pensé à Billy Elliot de Melvin Burgess, sans doute pour l’aspect ouvrier de la ville, la forte présence du chômage et les combats plein d’espoir des personnages. Un bel écho en somme. Mais il y a d’autres dimensions dans ce roman : empreinte de magie et d’aventure, cette lecture nous consume et on comprend peu à peu qui est ce mystérieux narrateur qui nous conte l’histoire de Bo et Hama…Je me retiens de ne pas tout vous révéler de ce roman mais je vous donne quelques indices de lecture parce que je suis sympa : une explosion, un cabaret, un nouveau-né, la nature sauvage et hostile, 19 petits personnages, des allures de légendes et des questions fondamentales qui résonnent souvent dans ce roman, comme celle de Hama :
« Faut-il perdre une part de soi pour que la vie continue ? »

Un conte au goût métallique doublé d’une écriture presque lyrique, merci Anne-Laure Bondoux pour ce roman si bien achevé.

Et Bob aussi l’a lu !

★★★★★
Anne-Laure Bondoux est une raconteuse d’histoires incroyable ! J’avais adoré ses précédents romans (en particulier Les larmes de l’assassin) et je n’ai pas été déçue avec celui-ci, que j’attendais avec impatience ! Ce roman aux allures de conte ne vous laissera sûrement pas indifférent : on se laisse entraîner dans un univers sans nom ni temps ni histoire. La seule chose que l’on sait : c’est la guerre, passée, présente ou future. Il y a l’usine, sombre et gigantesque, nerf d’acier de cette ville où vivent Bo et Hama, deux jeunes gens unis par un amour digne d’un conte de fées. Et il y a des rumeurs lointaines, des prophéties énoncées par un vieil homme, une femme aux jambes de fer, des rêves étranges… Une atmosphère qui nous enveloppe, nous transporte de la froideur du métal au soleil de la mer, en passant par les entrailles de la terre. L’histoire de Bo et Hama se déroule sous nos yeux fascinés, le narrateur se dévoile peu à peu et le cheminement de la vie se poursuit jusqu’à la dernière page… L’on pourrait discourir encore longtemps sur ce merveilleux roman, mais je vais m’arrêter là et, comme Jean-Michel, vous inviter chaudement à lire Tant que nous sommes vivants.

Tant que nous sommes vivants
en librairie le 25 septembre
Anne-Laure Bondoux
Gallimard Jeunesse éditions
9782070653799
17 €
à partir de 13 ans

* Entretien avec Anne-Laure Bondoux suivi d’un extrait, à lire sur le site de Gallimard
* Le site de l’auteur
* Je le mentionnais plus haut –> « Billy Elliot » de Melvin Burgess à découvrir

disponible en Folio Junior à 6€