Son
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Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

9782748521900,0-3360369

Macha-des-Oyats a cent sept ans et vit dans le monde de la Douceur, où la nature, le respect de l’environnement et des autres a remplacé la violence et la technologie du monde de la Fin. Un jour, de jeunes gens viennent trouver Macha, la dernière à avoir connu ce monde terrible, et lui demandent de bien vouloir raconter son histoire, celle avant la Fin et l’arrivée de la Douceur…

★★★★★

Il y a dans le monde de la Douceur cette utopie qui manque depuis un certain temps dans la littérature d’anticipation et de science-fiction, notamment pour les adolescents. Jérôme Leroy renoue avec le genre dans cette histoire où Macha, une très vieille femme, vit dans un arbre, avec une communauté de gens tous plus sympathiques les uns que les autres. Le monde de la Douceur est né dans les ZAD voilà quatre générations et, désormais, les gens y vivent de la nature, de l’échange, du partage, sans technologie (en tous cas pas celle que l’on connaît et qui est à l’origine de la fin de l’ancien monde) ou notion d’argent, de propriété… Un vrai paradis ! Une utopie parfaite.

Lorsque trois jeunes gens viennent trouver Macha pour qu’elle leur raconte son histoire, celle d’avant la Fin, et non pas celle de la naissance de la Douceur dont ils ont déjà tant de témoignages, Macha est réticente, peu désireuse de retourner dans les tréfonds de sa mémoire, dans la violence et l’horreur qu’elle a connu adolescente. Pourtant, elle le fera, et c’est bien la plus grande partie du roman qui s’intéresse à cette enfance où Macha a vécu le pire. Je ne vous en dirais pas trop sur la vie d’avant de la centenaire, qui se découvre au fur et à mesure de la lecture mais tout se déroule à Nantes, dans une belle-famille de la haute société aux idées bien arrêtées alors que, dans la France de l’époque, les attentats s’enchaînent, les ZAD se multiplient, le parti politique nationaliste du Bloc Patriotique s’approche du pouvoir… Une situation qui n’est pas sans rappeler la nôtre… L’histoire de Macha, pleine d’émotion et de rébellion, nous montre tout le changement qui aura lieu entre le monde de la Fin et la Douceur dans laquelle elle vit désormais.

Un magnifique roman dans lequel Jérôme Leroy a choisi de nous montrer un futur positif et optimiste, qui ne sera peut-être pas le nôtre mais qui nous donne envie d’y vivre et d’y croire. Une très belle façon d’évoquer la politique et les problématiques actuelles. Beaucoup d’espoir, de chaleur et de lumière dans Macha en dépit de la dureté et de la violence vécue par la jeune fille, héroïne attachante et courageuse. Un roman lumineux à mettre entre toutes les mains ! 🙂

Macha ou l’évasion, Jérôme Leroy (Syros)
disponible le 25 août 2016
9782748521900 – 16,95€
à partir de 13 ans
Son
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La Marque – Anne Loyer

Bob et Jean-Michel sont de retour ! Ils ont lu plein quelques livres pendant les vacances, dont ceux de la rentrée littéraire (celle des jeunes et des ados), et qu’on commence à vous présenter dès aujourd’hui ! 😀

9791090597587,0-3389606

Tous les 5 ans, le Peuple des tentes envoie ses enfants âgés de 15 ans qui possèdent la Marque à la cité-oasis de Kyos, où on leur promet un avenir radieux. Car le monde est un vaste désert et envoyer leurs enfants à la cité de Kyos, c’est assurer au reste de la famille de bénéficier de l’eau, denrée rare et gérée par la ville derrière les murs gigantesques. Bientôt, l’Appel résonne et Sika et Sek, deux jeunes Marqués, vont devoir s’avancer vers la cité-oasis…

★★★☆☆

Dans un monde dévoré par le soleil, un peuple tente de survivre aux pieds d’une cité dont chacun rêve d’entrevoir les merveilles. Car tous les cinq ans, les portes de Kyos s’ouvrent pour laisser entrer les jeunes Marqués destinés à vivre dans la ville merveilleuse. Les autres, ceux qui n’entreront jamais dans la cité, ce sont leurs parents, qui bénéficieront de rations d’eau suffisantes pour vivre décemment. Mais il y a aussi les Oubliés, ceux que la Marque ne choisit pas à la naissance, ceux qui sont rejetés et vivent au-delà des dunes, loin des heureuses familles d’enfants Marqués que sont le Peuple des tentes. Enfin, les Bannis, ceux que la cité rejette au dernier moment et qui rejoignent le camp des Oubliés. Et puis il y a Rey, l’Echappé. Cinq ans plus tôt, le garçon Marqué a tourné le dos à la cité prête à l’accueillir, à sa famille et à son petit frère Sek. Lorsque le nouvel Appel résonne, Rey réapparaît, avec l’idée d’empêcher son frère d’entrer dans Kyos. Mais Sek ne se laisse pas facilement convaincre, pas comme Sika que la naissance d’un frère, la mort d’une mère et les révélations d’une sage-femme vont l’inciter à se rebeller…

Avec La Marque, Anne Loyer nous propose une dystopie aux ressorts assez classiques dans un univers désertique où l’eau est le trésor et la malédiction d’un peuple soumis à la loi d’une cité fermée et mystérieuse. L’univers est vraiment intéressant, le suspens bien dosé et les secrets révélés au compte-goutte. Si le gros avantage de cette « énième » dystopie est qu’elle tient en un seul tome de 340 pages, c’est peut-être aussi son inconvénient ! Les événements s’enchaînent en effet très rapidement, les personnages et leurs décisions mûrissant très vite et donnant l’impression que toute l’histoire ne se déroule que sur 3 ou 4 jours, ce qui n’est sans doute pas le cas. A la fin, on reste aussi avec la sensation de ne pas avoir découvert tout de l’univers inventé par Anne Loyer, qu’on aurait aimé explorer plus en détails, d’être passé trop vite à un endroit ou de ne pas avoir toutes les clés du mystère. Il n’en reste pas moins un roman bien écrit et enthousiasmant, à proposer notamment aux lecteurs qui voudraient découvrir le genre. 🙂

La Marque, Anne Loyer (Bulles de savon)
disponible depuis le 17 août 2016
9791090597587 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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Memorex – Cindy Van Wilder

9782354883324,0-3260772

2022. Un an après l’attentat qui a coûté la vie à sa mère, Réha s’apprête à retourner chez son père, reclus sur leur île privée depuis la fameuse journée, pour une commémoration. Son jumeau Aïki sera également présent, un frère qui l’ignore complètement depuis la tragédie, à son plus grand désarroi. Mais peu avant de partir, Réha commence à recevoir des messages anonymes, des messages qui l’incitent à se souvenir…

★★★★☆

Des souvenirs qui n’aident assurément pas Réha dans son processus de deuil. Fille de Kassa Ayyadam, riche propriétaire de la société Memorex, spécialisée dans la recherche sur le cerveau, et de Carol, qui tenait la fondation Breathe, soutenant l’art contemporain engagé, Réha est une jeune fille bien née qui fréquente les meilleures écoles. La mort de sa mère sera non seulement terrible pour elle, mais va attirer également tous les regards sur leur famille, l’empêchant de vivre en paix. Une situation qui ne s’améliore pas quand elle commence à recevoir des messages anonymes lui intimant de se rappeler…mais se rappeler quoi ?

Roman d’anticipation, Memorex l’est assurément ! Le questionnement sur la mémoire et les manipulations de notre cerveau sont au cœur de cette histoire comme de notre actualité. Mais c’est surtout la partie thriller du roman qui va prendre le plus d’importance au fil de la lecture. Car ce qui devait être des vacances – peu joyeuses, certes – va très vite devenir un huis-clos angoissant et terrifiant, où les révélations vont exploser comme les bateaux susceptibles de permettre leur fuite. Réha va ainsi se retrouver coincée sur Star Island, l’île privée familiale, avec son père, son jumeau et sa petite amie Petite Miss Parfaite, Holly pardon, et oncle Mike, le père adoptif de Kassa. Et une tripotée d’ennemis, bien sûr.

Autant vous le dire tout de suite, vous n’allez pas lâcher ce roman ! L’écriture de Cindy Van Wilder est addictive. La construction, alternant entre le moment présent et les flash-backs, donne un rythme et une dynamique qui renforcent notre envie de continuer et de découvrir les secrets terribles de la famille Ayyadam, et notamment des expériences menées par le père de Réha, tel un docteur Frankenstein, une référence totalement assumée par l’auteure. Une intrigue bien menée, des personnages bien campés et un rythme soutenu, les amateurs de thrillers d’anticipation devraient se régaler ! 🙂

Memorex, Cindy Van Wilder (Gulf Stream)
collection Électrogène
disponible depuis le 6 mai 2016
9782354883324 – 17€
à partir de 14 ans
Son
9

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous – Nathalie Stragier

9782748520651,0-3131554

Pour cette première chronique de 2016, rien de mieux que de vous présenter un premier roman. Et si en plus il donne la pêche, c’est plutôt une bonne façon de commencer l’année. 🙂 Que cache donc ce titre à rallonge et cette couverture étonnante (oui, c’est bien un sèche-cheveux mais vous saurez tout en lisant…le livre !) ?

Andrea est une lycéenne sans histoire, préparant son voyage d’été avec son meilleur ami quand tout bascule. Elle rencontre en effet Pénélope, une fille totalement paniquée, persuadée de venir du futur et pour qui l’année 2019 est celle de la fin du Moyen âge, une époque barbare et dangereuse. Et lorsque Andrea la ramène chez elle, c’est véritablement le début des ennuis…

★★★★☆

« Une comédie à suspense décapante et addictive », voilà ce que vous promet l’éditeur…et il a carrément raison ! Vous n’allez pas lâcher ce roman qui se lit avec un véritable plaisir et qui brosse un portrait de notre société hilarant. Je n’ose pas en dire plus, de peur d’en révéler trop sur l’histoire, même si on la devine assez rapidement quand Pénélope parle de son monde à elle, mais sachez que le féminisme y est très présent. Le trait est parfois un peu forcé mais sert tellement bien l’intrigue que l’on ne peut s’empêcher de sourire, et de réfléchir aussi ! Une réflexion qui nous pousse à nous interroger sur les différences entre les hommes et les femmes, sur notre mode de vie…

L’écriture de Nathalie Stragier fait beaucoup dans ce roman. Fluide, rythmée et sans complexes, on tourne les pages sans s’en rendre compte et on s’attache instantanément à Andrea, à sa famille et à cette drôle de fille perdue dans les méandres d’un passé qui la terrifie. Il n’y a peut-être que le personnage de Mathias, le meilleur ami d’Andrea, que l’on regrette de ne pas connaître un peu plus au regard de l’importance qu’il semble avoir pour la jeune fille. Mais c’est bien Pénélope et ses drôles de réactions et réflexions qui nous intéressent le plus, nous intriguant sur son propre monde et nous faisant réaliser des choses sur le nôtre. En parlant de son monde, j’ai un autre petit regret : que le côté science-fiction du roman ne ressorte pas un peu plus, mais le sujet ne portant pas réellement sur le voyage dans le temps, on se rend très vite compte que c’est moins important que la société dans laquelle est née Pénélope et qui fera l’avenir d’Andrea. De plus, les mots de l’auteur (dans l’interview réalisée par Syros qui accompagnait le service de presse que nous avons reçu) laissent à penser que le roman pourrait avoir une suite… Nous en saurons sans doute plus à ce moment-là ! 😛

En tous cas, Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous est le roman idéal pour commencer 2016 avec le sourire, et sans oublier la réflexion. Une très chouette découverte ! 🙂

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier (Syros)
disponible le 7 janvier 2016
9782748520651 – 16,90€
à partir de 13 ans

Son
6

Cité 19 – Stéphane Michaka

Avant d’être un livre, Cité 19 était aussi un feuilleton radiophonique diffusé il y a quelques années sur France Culture. Malheureusement, Bob n’a pas réussi à retrouver le podcast de l’émission pour vous le partager…alors à la place, il va vous parler du roman ! D’un autre côté, c’est ce qui vous intéresse le plus, non ? 🙂

MISE A JOUR : En fait, grâce à Catou31 (merci !), vous pouvez découvrir le premier épisode du feuilleton sur le site de l’auteur !

9782266241410,0-2744843

Faustine est passionnée par le XIXe siècle. Sa mère en était spécialiste avant sa disparition et son père est le gardien du Musée d’Orsay. Alors qu’elle s’apprête à passer son bac, elle apprend la mort de son père, tombé de la tour Saint-Jacques. Dévastée, elle l’est encore plus quand on lui demande d’identifier le corps et qu’elle ne reconnaît pas les mains de son père… Cette découverte annonce le début d’une aventure terrifiante qui va l’amener à suivre un homme dans une station de métro et se réveiller…150 ans plus tôt !

★★★★☆

Premier tome d’un diptyque qui trouvera sa conclusion en janvier 2016, Cité 19 mêle habilement les genres : un roman historique très bien documenté quand notre héroïne se réveille dans les faubourgs en construction d’Haussmann ; un thriller n’épargnant aucun détail sanglant quand Faustine se retrouve dans le Paris du Second Empire à enquêter sur un mystérieux meurtrier (ou une bête ?) qui éviscère ses victimes ; et un récit de science-fiction qui ne tient pas seulement au voyage dans le temps… Mais je ne peux rien vous dire sans vous gâcher la surprise qui a très bien fonctionné pour moi. 😛

Avec tous ces ingrédients, Stéphane Michaka signe un roman terriblement haletant, où l’on découvre une héroïne forte et indépendante, dotée de facultés dont elle s’étonne elle-même, et qui se retrouve embrigadée dans une enquête qui va la toucher plus qu’elle ne le pense. Il est difficile d’en dire plus sur le roman sans vous dévoiler des choses qui pourraient gâcher votre lecture et le suspense qui en fait tout l’intérêt. Néanmoins, sachez qu’il vous faudra patienter un petit peu pour arriver au cœur de l’histoire. C’est d’ailleurs dommage car le début du roman pourrait sans doute rebuter quelques lecteurs. Il n’y avait pas forcément besoin de s’attarder sur le passé de Faustine (en particulier sa période punk qui semble sortir de nulle part) qui n’apporte pas grand chose au reste du récit ou à la psychologie du personnage, ni même à ses amis de lycée qu’on oublie bien vite jusqu’à ce qu’ils réapparaissent vers la fin du roman. J’étais donc assez perplexe mais après ces 60 premières pages, en revanche, vous entrerez au cœur du récit et ne pourrez plus le lâcher avant d’être parvenu au bout…et regretter que la suite n’arrive pas plus vite ! 😛 Que ce début chaotique ne vous rebute pas, la suite en vaut véritablement la peine !

Cité 19, Stéphane Michaka (Pocket Jeunesse)
disponible le 15 octobre 2015
9782266241410 – 16,90€
à partir de 14 ans

Son
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7 secondes – Tom Easton

9782371020368, 0-2684620

Ce soir, Bob vous propose un jeu : vous avez très exactement 7 secondes pour lire cet article. Au-delà…vous avez perdu ! Qui est prêt à relever ce défi ?

Mila vit dans une Europe appauvrie et délabrée par la guerre. Avec son mentor, Julian, elle décide de rejoindre les Îles, un havre de paix dans lequel les habitants vivent avec une puce téléphonique dans la tête. Lorsque les autorités des Îles décident de lui implanter cette puce, ils découvrent dans le crâne de Mila un objet qui ressemble à une bombe… Mila n’a alors plus d’autre choix que la fuite…

★★★☆☆

1, 2, 3…ainsi commence cette course-poursuite sans temps mort qu’est 7 secondes. Sept secondes, c’est le temps d’avance dont dispose Mila. En effet, la puce téléphonique dans sa tête lui permet ce décalage, au départ utilisé simplement pour permettre à son usager de modifier une erreur qu’il aurait faite ou de ne pas être vu dans une position gênante. Car chaque habitant des Îles dispose de cette puce et, un peu comme un jeu de télé-réalité, cette puce permet à tout un chacun de pouvoir Visionner les autres, à condition de connaître son numéro de téléphone. Une technologie un peu complexe, plutôt étonnante et, surtout, très invasive.

4, 5, 6…le monde de Tom Easton s’inscrit dans la mouvance de la dystopie et, là encore, ce sont les guerres qui sont à l’origine de la destruction d’une grande partie du monde. Mila est issue de la pauvreté, de l’Europe ravagée et c’est pour sauver sa peau qu’elle suit Julian, qui a vécu dans les Îles voilà quelques années. A peine sont-ils arrivés en vue des Îles que Julian meurt, laissant Mila seule avec ce petit objet qu’elle découvre dans sa tête. Une bombe, sans doute, qui va la pousser à quitter le Centre qui accueille les réfugiés et à échapper aux griffes de l’Agence, une police chargée d’estimer ou non la dangerosité de ces réfugiés. Grâce à sa puce et à l’aide d’Adam, un Agent pas si mauvais qu’il en a l’air, Mila va réussir à déjouer un certains nombres de pièges tendus par le gouvernement des Îles…

7 ! S’il ne faut que sept secondes à Mila pour être toujours en avance par rapport à ces ennemis, il ne nous faut à nous que peu de temps pour parvenir au bout de ce roman tant l’action et les événements s’enchaînent à vitesse grand V ! L’écriture de Tom Easton est simple, efficace, et nous mène exactement là où il le souhaite. On ne s’ennuie clairement pas un seul instant ! Mila est de plus une héroïne totalement badass déployée au beau milieu d’un vaste complot qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. J’ai cependant trouvé certaines situations un peu trop rocambolesques, une fin un peu téléphonée (haha) et Tom Easton ne propose pas une grande originalité dans son univers… Sans doute pourrait-on pas passer à autre chose après toutes ces dystopies… 😛 Néanmoins, un roman efficace qui plaira aux amateurs du genre.

7 secondes, Tom Easton (Lumen)
disponible le 17 septembre 2015
9782371020368 – 15€
à partir de 13 ans

Son
4

Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

9782211221986, 0-2703710

Vous ne trouvez pas que la couverture de ce roman fout un petit peu les jetons ? 😀 Pourtant, pas d’horreur dans ce livre…enfin…

Après l’éradication des animaux qui ont causé des épidémies et ravagé le monde, celui-ci se reconstruit petit à petit. Linka et sa petite sœur Oska vivent dans la 16e Maison, un orphelinat où chacun doit préparer son avenir pour répondre au mieux aux exigences du Ministère. Un jour, Linka trouve une bête dans un terrain vague. Elle la nomme Vive et, se sentant soudain plus forte avec la présence de cet être étrange, elle commence à rêver d’une autre vie…

★★★★★

Imaginez un monde sans animaux, un monde où le métier le plus prestigieux est celui de chasser les oiseaux pour les tuer. Dans l’univers imaginé par Alice de Poncheville, c’est l’élevage intensif, les traitements infligés aux bêtes qui ont conduit le monde à sa perte. Aujourd’hui, il ne reste plus que les rats, indécrottables survivants, et les insectes, source de protéines pour les habitants de ce monde. Et les rares oiseaux ou petits animaux, instantanément exterminés lorsqu’ils sont signalés. Alors quand une flopée d’enfants ne rêve que de voir ces beaux renards ou ces impressionnants éléphants autrement que dans les documentaires du vieux monde, il ne faut pas s’étonner qu’on parle de mystérieux enfants sauvages et de ce terroriste de Docteur Fury…
Le roman d’Alice de Poncheville est magnifique et son histoire, une dystopie, se distingue dans le genre en évitant tous les poncifs des grandes séries à succès. Le résumé ci-dessus ne vous donne clairement pas tout ce qu’on retrouve dans l’histoire, et cela vaut sans doute mieux tant il est beaucoup plus intriguant de découvrir au fur et à mesure le fonctionnement de ce monde, de se laisser emporter dans l’écriture passionnante de l’auteure. Et de faire connaissance avec des personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Linka et sa sœur, ainsi que tous les autres personnages que nous rencontrons, sont vraiment attachants. Même si le rôle d’orphelin dans une histoire initiatique n’est pas nouveau, ni les directeurs d’orphelinats peu amènes, l’engouement pour l’histoire est telle que cela ne nous dérange pas, on veut juste se laisser porter par le vent, à l’instar de Vive, jusqu’à la fin du roman. Nous, les enfants sauvages est une très belle ode à la nature, on se laisse emporter dans la poésie des enfants sauvages, les souvenirs d’un monde perdu, les amitiés indéfectibles et la générosité de résistants en passe de mener une rébellion. Je me suis régalée des mots et des images d’Alice de Poncheville, et j’espère que vous en ferez tout autant ! 🙂

Nous, les enfants sauvages, Alice de Poncheville (Ecole des Loisirs)
collection Medium
disponible le 2 septembre 2015
9782211221986 – 19,50€
à partir de 13 ans

Son
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La source, t.1 Errance – Maxime Fleury

9782364746954,0-2629259

Sur une Terre stérile, Albeda et Tilo entament leur Errance, une mission périlleuse dont le but est de rapporter à leur clan le secret de la Source qui, selon la légende, devrait ramener l’abondance. Durant leur marche, les deux jeunes gens vont découvrir les vestiges de l’ancien monde et croiser des tribus hostiles ou des communautés accueillantes… Parviendront-ils à trouver la Source dans ce monde en ruines ?

★★★★☆

Pour son premier roman, Maxime Fleury s’est lancé dans la dystopie, le genre du moment ! Pourtant, ce qu’il nous propose dans ce roman est très différent de ce qu’on lit habituellement, et je pense que cela vient principalement de l’absence de romance à l’eau de rose et de scènes d’action à faire pâlir les réalisateurs de Mission : impossible. En effet, ce qui semble intéresser Maxime Fleury ici, c’est plutôt le rapport des personnages à leur passé, à leur enfermement, à leurs croyances. Et la quête que suivent Albeda et Tilo. Une quête finalement assez obscure, ou en tous cas très vague…puisque lorsque les deux jeunes gens se mettent en route, ils ne savent même pas qu’il existe une multitude de routes différentes… Plutôt mal barrés, non ?

J’ai beaucoup apprécié le fait que, comme les personnages du roman, nous découvrons le monde au fur et à mesure. Nous ne savons rien de ce qui a fait de la Terre un endroit totalement stérile, détruit. Nous n’avons que les légendes, les suppositions avancées par nos héros ou les personnes qu’ils rencontrent sur leur chemin. On meurt de savoir ce qui s’est passé, ce qui a causé cet état du monde et, pourtant, on finit par accepter de ne pas avoir de réponses et de se laisser transporter dans l’aventure que vont vivre Albeda et Tilo. L’écriture de Maxime Fleury en est d’ailleurs parfaite, il ne lui faut que quelques mots pour nous embarquer dans son histoire et nous happer jusqu’à la dernière page. Une dernière page qui nous laisse évidemment sur notre faim, comme tout bon premier tome qui se respecte, et qui nous pousse à guetter la suite avec impatience !

N’hésitez pas aussi à aller lire l’avis de notre cousin le Lapin Blanc sur ce roman !

La source, t.1 Errance, Maxime Fleury (Thierry Magnier)
disponible depuis le 20 mai 2015
9782364746954 – 11€
à partir de 13 ans

Son
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Mon heure viendra – Nina Vogt-Ostli

9782330032616,0-2559759

Vous avez remarqué que Bob et Jean-Michel sont un peu lents dernièrement ? En créatures aquatiques qu’ils sont, il faut dire que ce soleil ne leur réussit pas… Mais pas de panique, ils sont toujours là ! 😉 Et c’est Bob aujourd’hui qui vous parle du futur…

Hans Petter est un garçon brillant, mais le souffre-douleur de ses camarades depuis de nombreuses années. Un jour, alors qu’il compte passer une nouvelle soirée sur l’ordinateur à jouer, quelqu’un entre en contact avec lui sur internet. Elle s’appelle Fera et vient du futur. Sans doute encore une « blague » d’Andreas, son tortionnaire. A moins que… ?

★★★★☆

Voilà assurément un roman qui plaira aux amateurs de science-fiction ! Captivant et très bien écrit, Mon heure viendra s’intéresse donc à un adolescent harcelé par les autres depuis tellement d’années qu’il a décidé de laisser de côté son intelligence pour se rendre invisible dans la classe, auprès des profs et surtout, aux yeux des autres. Hans Petter vit seul avec sa mère qui l’a eu trop jeune, son père est toujours dans l’équation, mais il le voit très peu, et il a l’impression qu’il ne l’aime pas et aurait préféré ne jamais l’avoir. Alors quand une jeune fille semble s’intéresser à lui, Hans Petter « renaît ». C’est tout d’abord le soupçon qui le tient (bah oui, vous réagiriez comment si quelqu’un vous disait venir du futur ?), jusqu’à ce que Fera lui envoie des « preuves » de ce qu’elle dit. Une relation de confiance commence alors à se créer entre les deux jeunes gens, d’autant plus qu’ils sont tous les deux particulièrement intelligents pour leurs âges. Et bientôt, Fera révèle à Hans Petter pourquoi elle correspond avec lui… Mais je ne vous le révèlerais pas ! Car ce serait trop vite vous dévoiler la clé de ce roman. Même là, je vous en dis déjà trop car vous comprendrez vite de quoi il retourne à la lecture. Déjà que la couverture en dit long… 😛

En tous cas, Mon heure viendra est un très bon roman de science-fiction, qui s’intéresse à une thématique chère au genre : et si vous aviez la possibilité de changer le passé ? J’ai beaucoup apprécié les nombreuses conversations de Fera et Hans Petter sur le bien et le mal, qui nous incitent nous aussi à nous interroger sur ces notions. En tant qu’amatrice du genre, je n’ai pas forcément été surprise par le twist final, mais je pense que cela doit bien marcher pour ceux qui découvrent la science-fiction, d’autant plus qu’on se laisse facilement porter par l’histoire très prenante. Efficace !

Mon heure viendra, Nina Vogt-Ostli (Actes Sud junior)
collection Ado
en librairie depuis le 22 avril 2015
9782330032616 – 13,50€
à partir de 13 ans

Son
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Le secret de l’inventeur, t.1 Rébellion – Andrea Cremer

Bob ne s’arrête plus de lire ! Et il vient de terminer le premier tome de la nouvelle trilogie d’Andrea Cremer. Andrea Cremer qui sera présente lors du Salon du livre de Paris et que nous aurons la chance de pouvoir interviewer, grâce aux éditions Lumen ! 😀 Du coup, si vous aussi vous avez des questions pour l’auteur, n’hésitez surtout par à nous les envoyer par mail ou en laissant un commentaire sur cet article. 🙂

9782371020290, 0-2492203

Lorsque Charlotte sauve un jeune garçon d’une machine lancée à ses trousses, elle ne s’imagine pas que sa vie est sur le point de changer. Nous sommes aux États-Unis, peu après la guerre d’indépendance remportée par les britanniques et la résistance s’organise. Charlotte et d’autres jeunes, cachés dans les Catacombes, en font partie. Mais l’arrivée du jeune garçon surnommé Grave va changer leurs plans. Charlotte va ainsi devoir se rendre dans la cité flottante de New York pour y percer le secret de son nouvel ami, et venir en aide à la rébellion.

★★★☆☆

Premier tome de ce qui s’annonce comme une trilogie, Le secret de l’inventeur est une uchronie steampunk (ou rétro-futuriste, c’est comme vous voulez), qui part du principe que la guerre d’indépendance des États-Unis s’est soldée par un échec des colons. C’est donc l’Empire britannique qui gouverne d’une main de fer…et ce n’est pas peu dire puisque l’Empire possède des machines de guerre propres à mater l’ennemi et à dissuader toute rébellion. Notre jeune héroïne, Charlotte, fait partie de cette rébellion des colons américains et, si elle vit éloignée des combats et de ses parents qui les mènent, cela ne l’empêche pas de faire tout son possible pour les rejoindre. Mais la rencontre avec Grave, va totalement changer la donne, tout en lui donnant la possibilité de vivre l’aventure dont elle rêvait.
Malgré un début un peu long à la mise en place, Rébellion est un roman qui plaira sans aucun doute. On y trouve tous les ingrédients requis : héroïne rebelle, monde fantastique, mystères et aventures…et une amourette contrariée. L’intérêt vient surtout de l’inspiration steampunk de l’auteur et le choix du lieu et de l’époque. Je ne suis pas une experte du genre mais de tout ce que j’ai lu, ça se déroulait le plus souvent dans le courant du XIXe siècle en Europe. Il est donc super intéressant de découvrir le découpage des États-Unis après l’échec de la guerre d’indépendance (notamment grâce à une carte), même si ça reste succinct afin de privilégier l’intrigue, et l’évolution de l’histoire du pays après cette guerre. En revanche, c’est un peu dommage que l’auteur ne nous donne pas plus de repères historiques (ou une chronologie) car il n’est pas si aisé de savoir à quelle époque on se trouve exactement et certains détails peuvent nous échapper (il est vrai qu’en tant qu’européens, et surtout français, on étudie moins l’histoire des États-Unis à l’école que celle de l’Europe). J’ai aussi regretté que certaines informations de civilisation arrivent si tard dans le récit, par exemple : les personnages ont tendance à jurer le nom de dieux grecs. Pourquoi ? C’est un mystère qui nous sera plus ou moins expliqué vers la fin du récit.
Au-delà de ces détails, qui n’ont finalement que peu d’incidence sur l’histoire en elle-même, le récit est très bien mené. On se laisse entraîner avec Charlotte dans la découverte de cette New York flottante, où les us et coutumes sont bien différents de ceux des Catacombes, et où elle devra donner le change si elle veut réussir sa mission. On s’interroge sur le mystère qui entoure Grave, même si on se doute très vite (ou même dès le début si on est amateur de steampunk) de sa réelle nature, et on se laisse émerveiller par les gadgets et les secrets des Inventeurs qui peuplent ces États-Unis alternatifs.
Le petit laïus de l’éditeur nous promettait « monstres d’acier » (c’est bon, et il y en a des plutôt coriaces !), « magie vaudou » (bon, je n’en ai pas relevé des tonnes d’allusions au sujet, même si on en trouve un peu à la fin) et « combat pour la liberté » (c’est en effet la mission de notre jeune héroïne mais ça reste à réaliser). Globalement, le programme est tenu, mais on sent quand même bien qu’il ne s’agit que d’une mise en bouche et qu’il nous faudra probablement attendre la suite pour en apprécier toute la saveur… Car nombre de mystères sont posés et l’auteur nous promet de belles aventures à venir… A suivre, en tous cas et peut-être aurons-nous quelques réponses durant le Salon du livre ! 🙂

Le secret de l’inventeur, 1. Rébellion, Andrea Cremer (Lumen)
en librairie depuis le 12 février 2015
9782371020290 – 15 €
à partir de 13 ans