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Baleine rouge – Michelle Montmoulineix

9782330075835,0-4045933

Delphine part en vacances au bord de la mer avec son père et sa belle-mère qu’elle n’apprécie pas. En se promenant sur la plage, elle fait la rencontre d’une vieille femme qui semble confondre les couleurs et qui, chaque soir, s’en va nager au loin. Intriguée, Delphine et son nouvel ami Thomas se rendent chez Léandre, un vieil homme qui va leur conter l’histoire étonnante d’Eliaz, mousse breton du siècle dernier, et de Skye, jeune baleine bleue.

★★★★☆

Quel rapport entre Delphine, adolescente du 21e siècle à la famille recomposée et dont la mère lui manque affreusement après qu’elle soit partie un jour sans laisser d’adresse, et Eliaz, jeune garçon de onze ans engagé comme mousse sur un terre-neuvier pour rapporter de l’argent à ses parents en des temps difficiles ? Ahah, je ne vous le dirais pas ! Mais sachez que cela concerne évidemment l’océan et les majestueuses baleines qui vivent dans ses eaux. Le roman fait la part belle au récit d’Eliaz, conté par un personnage de vieil homme malicieux qui ne refuse pas de raconter les légendes du village à de jeunes ados curieux. Un procédé assez classique mais qui fonctionne toujours aussi bien : on réagit comme Delphine et Thomas à chaque rebondissement de l’histoire. Et cette histoire, c’est celle d’Eliaz et de son étonnante amitié avec une baleinelle (ouais, c’est rare mais ça se dit) prénommé Skye. Je ne vous en dis pas plus, même si les lecteurs avertis verront sans doute où tout cela va.

La beauté du roman vous frappera par sa description du monde sous-marin et de celui des baleines. Notre imaginaire nous les présente douces, majestueuses, puissantes. Michelle Montmoulineix nous en fait le même portrait et y ajoute, sans qu’on s’en rende compte, tout un tas d’informations étonnantes sur ces superbes créatures. Je crois que les passages concernant Skye et sa mère Blow sont mes préférés, on y sent tout l’amour et toute la sensibilité de l’auteure pour les baleines. Des moments poétiques qui contrebalancent la dureté de la vie d’Eliaz sur le terre-neuvier, du mal de mer aux brimades du second. Mais grâce à la musique de son violon et aux étranges sculptures du saleur Lullan, indien du Canada, Eliaz va voir sa vie changer radicalement… Par bien des aspects, le récit de Léandre va toucher Delphine en plein cœur et la perte de sa mère la ronger sérieusement. La vieille et « folle » Marina lui apportera-t-elle les réponses qu’elle cherche ?

Baleine rouge est une histoire intemporelle somme toute classique mais qui apporte un vrai souffle d’aventure, avec des sensations et une universalité qui m’ont parfois rappelé les textes de Michael Morpurgo. Si vous aimez les baleines, comme Bob, alors vous n’en serez que plus conquis par ce texte aussi doux et éthéré qu’un moment passé dans la sérénité de l’océan.

Baleine rouge, Michelle Montmoulineix (hélium)
disponible depuis le 15 mars 2017
9782330075835 – 13,90€
à partir de 10 ans
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Les chroniques d’Hurluberland – Olivier Ka

9782812610608,0-3270085

Après un texte très noir sur la relation entre une mère et son fils, Olivier Ka change littéralement de registre avec ce tout nouveau roman…détonnant ! :D

Hurluberland est un drôle de royaume. Chaque jour, il s’y passe des choses étonnantes : des chanteuses qui font pousser des fleurs, une couturière qui pleure des diamants ou encore un pêcheur qui rapporte un cheval minuscule d’une île minuscule…

★★★★☆

Quelle agréable surprise que ce recueil d’histoires fantastico-burlesques qui nous transporte dans le monde improbable d’Hurluberland. Une contrée un peu magique avec son lot de bizarreries, ses personnages tarabiscotés et ses histoires délirantes. A travers ses 10 petites histoires, Olivier Ka nous fait découvrir son univers original et extravagant, où des personnages aux caractères très typés vont être aux prises avec des événements extraordinaires et, très souvent, à une morale qui les fera réfléchir à leurs comportements. Des histoires qui font ainsi penser à des petits contes, ou des fables.

L’écriture fine et humoristique d’Olivier Ka fait tout le charme de ce recueil inattendu mais particulièrement réussi. Des illustrations de Juliette Barbanègre ouvrent chaque chapitre et, avec cette superbe couverture, on regrette qu’il n’y ait pas plus d’images d’Hurluberland et de ses habitants au cœur du livre. Tout comme on regrette que le recueil soit si court ! Nul doute que ces hurluberlus de ce drôle de royaume ont encore des tonnes d’histoires à nous raconter ! Néanmoins, cette première entrée dans le monde inventé par Olivier Ka est à effectuer ! Vous ne regretterez assurément pas ce voyage singulier et absurde.

Et figurez-vous qu’avant d’être un livre, Les chroniques d’Hurluberland était, et est toujours, un spectacle de lectures musicales et d’ombres proposé par l’auteur lui-même ! Une très jolie façon de découvrir également cet univers insolite ! :)

Les chroniques d’Hurluberland, Olivier Ka (Le Rouergue)
collection DacOdac
disponible le 11 mai 2016
9782812610608 – 8€
à partir de 9 ans
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Le peuple des sardines – Delphine Perret

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Il y a peu de temps on s’est plongé avec délice dans l’incroyable catalogue de l’Atelier du poisson soluble…et nous avons déniché quelques pépites. De l’originalité, du charme, de l’humour, on travaille dur à l’Atelier ! Chez Bob et Jean-Mi il y a un vieil adage qui dit que quand ça commence à sentir la sardine : on arrive, tu peux préparer les tartines. Ce qu’il y a de particulier avec Delphine Perret c’est qu’on la redécouvre sans arrêt à chaque album et Le peuple des sardines ne fait pas exception : la folie douce de Delphine n’a décidément pas de limites. Un conte estival qu’on ne peut pas bouder où la malice de l’auteur fait mouche. Un petit format doté d’une pochette cartonné et qui tient dans la poche.

★★★★☆

Connaissez-vous l’origine des sardines en boîte ? Les sardines poussaient dans les sardiniers, elle naissaient dans les boîtes, se tenaient bien au chaud. On les cueillait encore vertes, avant que les boîtes ne s’ouvrent dans les sardiniers. Arrive Maurice : un petit inconscient qui rêve depuis tout petit de posséder un sardinier dans son jardin. Une lettre qu’il avait écrite au Père Noël témoigne de son adulation sans précédent :

Chaire Paire noèl j’ai été saje très saje, je voudrai bien un saredinier, mairci davence. Maurice.
sans la pochette (c'est toujours aussi joli hein, pfiou !)

sans la pochette (c’est toujours aussi joli hein, pfiou !)

Autant vous dire que Maurice ne plaisante pas avec les rêves. Aussi, à 41 ans il vola une bouture de cet arbre et fît pousser un sardinier dans son jardin. Mais en partant en vacances il ne rendit pas compte que ses sardines étaient en avance…elles allèrent dans les autres plantations, libérèrent toutes leurs congénères encore en boîtes. Ainsi naquit la légende de La grande migration du peuple des sardines…et de la Saint Maurice :) Quelle bande de coquines ces sardines. Une histoire pleine d’insouciance où Delphine Perret répond à une question qui a probablement été posée par un enfant jadis : “comment met-on les sardines dans les boîtes ?” Delphine, merci pour la friandise, c’est toujours un plaisir, bisou.

Le peuple des sardines, Delphine Perret
Atelier du poisson soluble
en librairie depuis septembre 2004
9782913741249 – 8.00€
à partir de 4 ans

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Un éléphant pour le thé – Linda Groeneveld

éléphantthé A l’aube, la petite princesse se leva avant tout le monde : elle a faim, elle veut jouer avec ses cubes, ses poupées, à cache-cache mais elle s’ennuie fermement car aucun adulte n’est réveillé. Elle a bien un papa, il est fort – il peut soulever 3 chevaux – mais en tant que Roi il a beaucoup de travail et reste irrémédiablement fatigué. Que faire lorsqu’un papa est trop occupé à régner sur un royaume et que l’on veut jouer ? Parce que ni les poupées, ni les laquais ne participent aux jeux de la princesse. Elle n’a qu’une idée en tête depuis que son quotidien est devenu ennuyeux : avoir un chien. Le roi lui a promis mais l’acquisition du canin a bien du retard…Une baronne arrive bientôt au palais et le Roi est bien préoccupé pour penser au chien tant attendu. La princesse n’en a cure de cette femme. A son arrivée, la petite ne serra pas la main que lui avait tendue la baronne, ce qui la vexa promptement et prit aussitôt la fillette en grippe.

“Une baronne ?! Est-ce qu’elle avait du flair ? Est-ce qu’elle levait la patte quand elle faisait pipi ? Est-ce qu’elle enterrait les os ? Non, bien sûr que non ! Les baronnes font beaucoup trop de chichis.”

★★★★☆

Comme le veut la coutume dans les contes : le Roi est séduit par cette femme qui se révélera vénale, égocentrique, autoritaire mais d’une grand beauté qui n’apprécie guère les animaux, les enfants et le bazar qu’ils propagent. La baronne s’enticha du Roi et très vite la rumeur du mariage s’étend et les cadeaux commencent à affluer. Soudain, un présent plus gros que jamais attire tous les regards : un éléphant ?! La princesse en fit bien vite son animal de compagnie : pourquoi se gênerait-elle ? Pour embêter une baronne au sale caractère, mieux vaut être deux…Mais le mystère du pachyderme en guise de cadeau reste entier et la fin de ce conte malicieux est bien étonnante.

Une histoire tendre parsemée de touches d’humour qui fait sourire. Une parodie que l’on pourrait adapter à notre époque : un père célibataire qui travaille d’arrache-pied et qui culpabilise de ne pas passer assez de temps avec sa fille. Moralité : ce n’est pas parce qu’un papa travaille trop que cela fait de lui un mauvais parent – la preuve : il est toujours présent pour lui raconter une histoire avant de la border.
Un vrai souffle d’air frais ce livre…avec des paillettes, du thé et une touche du vandalisme : ouvrez-le, vous saurez :)

Un éléphant pour le thé, Linda Groeneveld (Magnard Jeunesse)
Collection Romans Perles
en librairie depuis le 9 mars 2015
9782210961012 – 12.90€
à partir de 8 ans

Discussion
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Tant que nous sommes vivants – Anne-Laure Bondoux

S’il y a une auteure que je souhaite serrer dans mes bras, c’est Anne-Laure Bondoux. Son prochain roman est une merveille, il a fait fondre mon coeur de pierre et c’est plutôt rare.

★★★★★

tant-que-nous-sommes-vivantsBo et Hama travaillent tous les deux dans l’usine de métallurgie de la ville et vivent d’un bel amour comme on en voit peu. A la suite d’un accident, ils sont contraints de fuir vers des terres inconnues, face à face avec la rudesse de la vie et ses épreuves.

Un roman initiatique où on assiste à la transformation des personnages, l’adversité les fait grandir et les bonheurs qu’ils connaissent les font survivre.

Une histoire qui m’a fait pensé à Billy Elliot de Melvin Burgess, sans doute pour l’aspect ouvrier de la ville, la forte présence du chômage et les combats plein d’espoir des personnages. Un bel écho en somme. Mais il y a d’autres dimensions dans ce roman : empreinte de magie et d’aventure, cette lecture nous consume et on comprend peu à peu qui est ce mystérieux narrateur qui nous conte l’histoire de Bo et Hama…Je me retiens de ne pas tout vous révéler de ce roman mais je vous donne quelques indices de lecture parce que je suis sympa : une explosion, un cabaret, un nouveau-né, la nature sauvage et hostile, 19 petits personnages, des allures de légendes et des questions fondamentales qui résonnent souvent dans ce roman, comme celle de Hama :
“Faut-il perdre une part de soi pour que la vie continue ?”

Un conte au goût métallique doublé d’une écriture presque lyrique, merci Anne-Laure Bondoux pour ce roman si bien achevé.

Et Bob aussi l’a lu !

★★★★★
Anne-Laure Bondoux est une raconteuse d’histoires incroyable ! J’avais adoré ses précédents romans (en particulier Les larmes de l’assassin) et je n’ai pas été déçue avec celui-ci, que j’attendais avec impatience ! Ce roman aux allures de conte ne vous laissera sûrement pas indifférent : on se laisse entraîner dans un univers sans nom ni temps ni histoire. La seule chose que l’on sait : c’est la guerre, passée, présente ou future. Il y a l’usine, sombre et gigantesque, nerf d’acier de cette ville où vivent Bo et Hama, deux jeunes gens unis par un amour digne d’un conte de fées. Et il y a des rumeurs lointaines, des prophéties énoncées par un vieil homme, une femme aux jambes de fer, des rêves étranges… Une atmosphère qui nous enveloppe, nous transporte de la froideur du métal au soleil de la mer, en passant par les entrailles de la terre. L’histoire de Bo et Hama se déroule sous nos yeux fascinés, le narrateur se dévoile peu à peu et le cheminement de la vie se poursuit jusqu’à la dernière page… L’on pourrait discourir encore longtemps sur ce merveilleux roman, mais je vais m’arrêter là et, comme Jean-Michel, vous inviter chaudement à lire Tant que nous sommes vivants.

Tant que nous sommes vivants
en librairie le 25 septembre
Anne-Laure Bondoux
Gallimard Jeunesse éditions
9782070653799
17 €
à partir de 13 ans

* Entretien avec Anne-Laure Bondoux suivi d’un extrait, à lire sur le site de Gallimard
* Le site de l’auteur
* Je le mentionnais plus haut –> “Billy Elliot” de Melvin Burgess à découvrir

disponible en Folio Junior à 6€