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Sans foi ni loi – Marion Brunet

Garett a seize ans quand il se fait kidnapper par Ab Stenson, une dangereuse braqueuse de banques, et meurtrière, recherchée par le marshal. Bien vite, pourtant, Garett n’est pas aussi prisonnier qu’il le croit et c’est avec fascination et de son plein gré qu’il suit la fugitive dans ce qui va se révéler une aventure bien plus grande qu’il ne le pensait…

Wow ! Quand Marion Brunet dégaine le colt, ça rigole pas ! Après des récits réalistes et souvent engagés, la voilà qui nous transporte dans le Far West des cow-boys crasseux, des saloons où whisky et bagarres se mêlent aux formes généreuses des filles de joie, des attaques de train et des duels au soleil. Bref, on y retrouve tout le folklore…à une différence près : la place de la femme. Car la force du roman réside dans la figure d’Abigaïl Stenson, cette femme totalement libre, que l’on découvre à travers les yeux de Garett, qui nous fascine tout comme lui, dont le sourire est un mystère, l’histoire une légende. Il y a du Calamity Jane en Ab, on y pense forcément. Mais il y a surtout le portait d’une femme qui dérange la bien-pensance, d’une femme qui a décidé de prendre son destin en main et de vivre selon ses propres règles : celles de la liberté. Et c’est aussi l’idéal que va suivre Garett, alors qu’il découvre un véritable monde, lui qui n’était jamais allé au-delà de la propriété de son père, pasteur à la poigne de fer.

Marion Brunet nous offre là un roman fulgurant, aussi âpre que sensible, et parfaitement rythmé. Ses personnages sont furieusement justes, alors qu’on s’attache à ce duo aussi atypique que nécessaire, à cette femme absolument magnifique de détermination et à ce garçon qui va connaître une maturité précipitée. Marion Brunet nous offre une histoire sans complaisance, qui vous surprendra sans aucun doute et qui va bien au-delà du simple récit d’aventure. On se laisse emporter dans son atmosphère pleine de poussière et d’effluves d’alcool, son style nerveux et tout en tension, pour arriver à des destins de personnages, aussi complexes que touchants. On en redemande, Miss Marion ! 😉

Sans foi ni loi, Marion Brunet (PKJ)
disponible depuis le 5 septembre 2019
9782266294195 – 16,90€
à partir de 13 ans
Son
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Inspirants portraits de femmes

En ce dimanche d’une semaine bien choisie, ce sont deux albums documentaires consacrés aux femmes que nous vous proposons de découvrir, dans la lignée des Histoires du soir pour filles rebelles. 🙂

J’aimerais te parler d’elles

Avec J’aimerais te parler d’elles, on retrouve le principe des portraits de femmes qui ont marqué l’histoire : elles sont artistes, scientifiques, militantes ou aventurières. Certaines sont déjà très célèbres (Calamity Jane, Marie Curie, Simone Veil ou encore Emma Watson), d’autres un peu moins mais toutes ont été retenues pour leur contribution à l’évolution des droits des femmes. Grâce à leurs destins exceptionnels, ces 50 femmes du monde entier sélectionnées dans le 19e et le 20e siècle permettent à son autrice, Sophie Carquain, de délivrer aux plus jeunes lecteurs des messages positifs et inspirants. Les illustrations colorées de Pauline Duhamel enrichissent véritablement cet album, depuis les portraits en médaillon très ressemblants aux images pleine page proposant des scénettes humoristiques et optimistes.

J’aimerais te parler d’elles, Sophie Carquain, illustré par Pauline Duhamel (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 27 février 2019
9782226437785 – 15€
à partir de 6 ans

 

Les inventrices et leurs inventions

Du côté des éditions des Éléphants, ce sont les inventrices qui sont à l’honneur ! Dans cet album tout aussi passionnant, on découvre ainsi que de nombreuses inventions toujours utiles de nos jours (le lave-vaisselle, les essuie-glaces ou encore le Wi-Fi) ont été imaginées par des femmes ! Évidemment, toutes sont inconnues au bataillon, à part peut-être Hedy Lamarr pour les plus cinéphiles. Des textes courts et intelligents qui présentent à la fois l’inventrice (sauf quand on ne sait pas grand-chose d’elle) et les circonstances de son invention. Aitziber Lopez rend ainsi justice à ces femmes oubliées et démontre que les idées et les inventions scientifiques ne sont pas que l’apanage des hommes. Un album encore une fois inspirant, et joyeusement illustré par Luciano Lozano.

Les inventrices et leurs inventions, Aitziber Lopez, illustré par Luciano Lozano, traduit par Sébastien Cordin (Éditions des Éléphants)
disponible depuis le 21 février 2019
9782372730723 – 14€
à partir de 6 ans
Son
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Maresi : chroniques de l’Abbaye Ecarlate – Maria Turtschaninoff

9782700253085,0-3755066

Sur une île invisible depuis la mer vivent une communauté de femmes. Des sœurs, qui ont fui le monde et sa violence, celle des hommes en particulier, pour vivre sous la protection d’une ancienne magie. Maresi est une adolescente qui a quitté son foyer après une terrible famine et qui espère, grâce à l’enseignement dispensé par les sœurs, pouvoir un jour apporter son savoir dans son ancien pays. Mais un jour, une nouvelle jeune fille arrive sur l’île et, avec elle, une menace sur la communauté…

★★★★☆

Oh mais voilà un roman de fantasy aussi passionnant qu’étonnant ! Nous sommes dans un monde aux frontières non définies, à la carte floue et aux peuples esquissés où l’on s’intéresse à une petite île réputée invisible à qui ne sait qu’elle se cache à cet endroit précis de l’océan. Menos est une île fouettée par les vents, riche d’une teinture précieuse et où ne vivent que des femmes, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, qui ont quitté leurs foyers trop pauvres ou cruels. C’est avec Maresi que nous découvrons l’histoire de l’île et de sa communauté ancienne. Jeune fille dont la famine a frappé le pays d’origine, Maresi se révèle aussi avide de connaissance que des bons plats préparés à l’abbaye. Déterminée et généreuse, elle accueille volontiers la nouvelle venue, Yaï, qu’un passé terrible poursuit jusque dans son sommeil. Entre corvées, découverte du lieu et apprentissage quotidien, Maresi nous apprend comme à Yaï tout ce qu’il y a à savoir sur l’Abbaye Ecarlate et le culte de la Mère Originelle. Un endroit empli de mystères, de légendes et d’une magie étrange. Mais la quiétude de ce lieu est bientôt menacée, tout comme la sécurité de Yaï et des autres femmes de l’abbaye… Car les hommes arrivent.

Avec Maresi, Maria Turtschaninoff nous offre un monde entre douceur et cruauté, espoir et mort. Le début du roman est assez lent, presque contemplatif, nous laissant découvrir l’île et ses habitantes, leur mode de vie et leur croyance et l’arrivée de cette nouvelle fille qui va bouleverser toute l’abbaye. Une manière de nous attacher à ses personnages, à son univers féminin – et féministe – avant de le voir menacé par la cruauté de l’homme. Maresi est d’ailleurs un personnage fort, qui comprend sa chance d’être à l’abbaye tout en n’oubliant pas son triste passé, déterminé à assouvir sa soif de connaissance dans un but de transmission, et effrayé par une facette de la Mère Originelle qui ne cesse de la poursuivre… Au-delà du roman féministe qui évoque tout simplement la condition des femmes et les traitements violents dont elles sont victimes (c’est le lot de beaucoup des jeunes sœurs de l’abbaye), ou de l’importance de l’éducation, Maria Turtschaninoff, à travers la figure de sa divinité, la Déesse aux Trois Visages, évoque aussi toutes les faces possibles de la femme et j’ai trouvé particulièrement intéressant le personnage de la Rose (dont je ne vous dis rien) qui donne une toute autre dimension à ce qualificatif et qui n’est pas si courant en littérature jeunesse. J’ai été véritablement conquise par ce très beau roman, sa mythologie et sa magie, ses portraits de sœurs courageuses, érudites, malicieuses ou travailleuses qui vivent en harmonie. Une magnifique découverte ! 🙂

Maresi : chroniques de l’abbaye Ecarlate, Maria Turtschaninoff, traduit par Johanna Kuningas (Rageot)
disponible depuis le 1er mars 2017
9782700253085 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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Le jour où je suis partie – Charlotte Bousquet

Dans le monde parfait de Bob et Jean-Michel où tous naissent et vivent libres et égaux, sous la forme animale de son choix et sans discrimination, les romans de Charlotte Bousquet n’existent pas. Il n’y en a pas besoin. Malheureusement, dans la vraie vie, il y en a vraiment besoin des romans de Charlotte Bousquet…

9782081373853,0-3717549

Tidir vit dans la campagne marocaine avec sa famille. Lorsque son père, qu’elle ne voit jamais, décide de la marier contre son gré, elle décide de fuir et de rejoindre Rabat, où s’organise le 8 mars un rassemblement pour l’émancipation des femmes. Avec le souvenir de sa meilleure amie violée puis mariée de force à son bourreau, elle prend la route, décidée à prendre également son destin en main.

★★★★☆

Avec ce nouveau roman, Charlotte Bousquet continue à s’engager sur la cause des femmes. Après Là où tombent les anges et Sang-de-Lune qui abordaient la condition féminine sous le prisme de l’Histoire et de la dystopie, c’est ici dans nos sociétés actuelles qu’elle ancre le récit de Tidir, jeune fille forte et indépendante révoltée par le sort funeste de sa meilleure amie et par la société dans laquelle elle vit. C’est sa grand-mère Damya qui est son modèle, la seule femme de sa famille à la soutenir et à l’inciter à se battre pour vivre sa vie. Entre les traditions archaïques, ineptes, la peur de la « honte », et l’attrait de la liberté, Tidir choisit très vite quel sens elle veut donner à sa vie, même si ce chemin doit être semé d’embûches. Et il le sera, assurément. Car lorsqu’elle rencontre un jeune français à Marrakech qu’elle sauve in extremis d’une bande de racketteurs, partager sa compagnie est extrêmement mal vu…

Par l’évocation du voyage de Tidir vers sa liberté, Charlotte Bousquet dresse le portrait d’une société marocaine entre des traditions anciennes, rigides, et une modernité qui se veut dénuée de tous préjugés quand ce n’est pas le cas… Une société qui peut nous paraître lointaine mais qui ne l’est assurément pas au vu des combats menés partout dans le monde pour les droits des femmes. Et les réflexions qu’entend Tidir tout au long du roman, de la part des hommes comme des femmes, des campagnards comme des citadins, ne sont pas si éloignées de celles que l’on entend en France à l’égard des jeunes filles ou des femmes… C’est aussi avec beaucoup de justesse et un véritable cheminement dans la pensée de Tidir que Charlotte Bousquet évoque le viol et le destin terrible de son amie Illi. Les questions qu’elle se pose résonneront en chacune, tout comme la réflexion qui évolue au fil de la lecture et des expériences vécues par Tidir. Emaillé de références à des personnalités ou des événements importants pour l’émancipation de la femme au Maroc, et notamment à des auteures ou des journalistes, le roman propose l’éducation et l’écriture comme solution à l’oppression patriarcale. Et c’est peut-être de cette manière que Tidir trouvera sa liberté à elle…

Le jour où je suis partie est donc un très beau récit initiatique, magnifié par l’écriture toujours aussi soignée de Charlotte Bousquet et par la description des paysages de la campagne marocaine qui prennent vie sous nos yeux. Émouvante et sensible, une histoire universelle qui ne devient que trop nécessaire pour inviter les jeunes filles et garçons à réfléchir à leur avenir…

Le jour où je suis partie, Charlotte Bousquet (Flammarion jeunesse)
collection Tribal
disponible depuis le 4 janvier 2017
9782081373853 – 13€
à partir de 13 ans
Son
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Hors de moi – Florence Hinckel

Sophie a seize ans et ne cesse de rêver à cette journée d’été merveilleuse où elle a fait l’amour pour la première fois avec un garçon. Enfermée dans son souvenir, elle ne parle presque plus, semble complètement ailleurs… Jusqu’au jour où son mutisme trouve une explication : elle est enceinte. Et elle ne désire pas du tout cet enfant qui grandit en elle…

★★★★☆

Avec beaucoup de douceur et de justesse, Florence Hinckel aborde le sujet du déni de grossesse. On assiste à la découverte de Sophie de ce bébé qui grandit dans son ventre, souvenir laissé par ce garçon inconnu qui hante ses rêves depuis des mois, la difficulté à accepter cette grossesse une fois connue, et la réaction de tous à cette nouvelle : parents, amis, camarades de classe et professeurs. Mais c’est surtout la réaction de Sophie qui est au cœur de ce roman : elle ne désire pas cet enfant, et sa détresse, énorme, ne semble être comprise par personne de son entourage. Il lui faudra rencontrer Adélaïde, une autre adolescente de son lycée à la « réputation sulfureuse », elle aussi enceinte – mais par choix – pour sortir peu à peu la tête de l’eau. Elle pourra également compter sur certaines de ses amies pour mieux vivre sa grossesse. J’ai trouvé les réflexions et les questionnements des personnages très pertinents, qu’ils soutiennent ou non les décisions de Sophie car c’est ce à quoi toute jeune fille enceinte peut être confrontée, et c’est ce qui fait la force de ce roman (ou de la collection Ego en général) : il s’agit de faire réfléchir. Au-delà de cet aspect, aussi fondamental soit-il, Hors de moi est un très beau texte, très délicat, un roman vraiment intéressant et plein d’émotions.

Pour information : Hors de moi est en fait une sorte de « préquelle » au roman L’été où je suis né (Gallimard, 2011), qui raconte l’histoire de l’enfant de Sophie, 15 ans plus tard. Je ne l’avais pas lu, et ce n’est pas du tout gênant pour la lecture de celui-ci.

9782362661112,0-2229069
Hors de moi, Florence Hinckel (Talents Hauts)
Collection Ego
en librairie le 21 août
9782362661112 – 9 €
à partir de 13 ans

Son
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La cité des filles-choisies – Elise Fontenaille

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J’aime bien Elise Fontenaille car ses histoires sont toujours sources de voyages et de vérités historiques. J’aime son écriture et j’ai apprécié beaucoup de ses livres, aussi avais-je très envie de découvrir ce nouveau roman, surtout sur un sujet aussi intéressant que les civilisations sud-américaines…

En 1995, des archéologues découvrent la momie d’une jeune fille au pied d’un volcan, au Pérou. Leur découverte, exposée dans un musée, attire les touristes et les classes… Une écolière, Mina, est frappée par cette momie préservée et, dans ses songes, va entendre l’histoire de Nina, jeune fille des montagnes qui fit partie des Filles Choisies, dont le destin était lié à l’Inca et à l’Inti, le dieu soleil. Un destin que l’arrivée des Espagnols va chambouler…

★★☆☆☆

Rares sont les histoires à nous emmener au pays des Incas. Elise Fontenaille nous fait découvrir ce vaste empire, qui fut l’un des plus importants, avant de disparaître par la faute des Conquistadores, avides de sang et d’or. Nous suivons ainsi la courte vie de Nina, brodeuse de talent qui, repérée par l’Inca, va rejoindre la Cité des Filles-Choisies, une ville à l’intérieur de la ville de Cuzco, où de nombreuses jeunes filles apprennent à devenir de parfaites vestales, dédiées au Dieu Soleil, ou de futures épouses de l’Inca. L’arrivée des Conquistadores va bouleverser la vie de tout ce peuple, et notamment de ces jeunes filles et de Nina, qui va se voir confier le plus grand honneur qu’une Fille Choisie puisse obtenir : celui de sauver son Inca. Une histoire de sacrifice et de courage, d’amour également. Une façon de découvrir la civilisation inca, ses coutumes et ses rites.

Malheureusement, j’ai été très déçue par ce roman, et notamment par l’écriture d’Elise Fontenaille, qui ne m’a pas convaincue du tout ! J’ai été aussi gênée par le décalage entre cette écriture, qui m’a paru être destinée aux plus jeunes, et les thèmes abordés dans le roman, parfois d’une grande violence. Il y a notamment une scène qui m’a beaucoup dérangée : lorsque Nina fuit le temple, elle voit deux de ses compagnes aux prises avec les Conquistadores. Vous imaginez le genre de violences qui peut leur être faite… Pourtant, notre héroïne ne réagit pas plus que ça et continue sa route. Voilà de quoi vous refroidir à la lecture… Dommage, donc !

La cité des filles-choisies, Elise Fontenaille (Rouergue)
en librairie le 17 septembre
9782812606809, 9,20 €
à partir de 11 ans