Son
2

Sauveur et fils, saison 1 – Marie-Aude Murail

Aujourd’hui, Bob fait son coming-out : il n’avait quasiment rien lu de Marie-Aude Murail (à part 22 ! et Maïté coiffure). Hérésie, n’est-ce pas ? 😛 C’est donc avec une certaine candeur qu’il vous parle aujourd’hui de son tout dernier roman, premier tome de ce qui s’annonce au moins comme une trilogie…

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Sauveur Saint-Yves est psychologue à Orléans. Chaque semaine, il reçoit des patients aux histoires bien différentes qui fascinent son fils, Lazare, 8 ans, qui a trouvé un petit coin tranquille pour espionner les consultations de son père. Bientôt, des choses étranges se passent autour de la maison des Saint-Yves…ce qui pousse Lazare à se poser de plus en plus de questions sur ses origines et cette mère qu’il n’a jamais connue, décédée peu après sa naissance en Martinique.

★★★★☆

Cette première saison de Sauveur & fils, c’est un peu le pendant littéraire la série télé En analyse. Chaque semaine, nous assistons aux consultations du docteur Saint-Yves, qui reçoit, semble-t-il, beaucoup d’enfants et d’adolescents dans son cabinet. Alors que l’on suit avec un intérêt croissant la progression de chaque patient, c’est la vie de famille de Sauveur et les secrets qu’il cache à son fils qui sont au cœur de ce premier tome. Des secrets dont les racines se trouvent en Martinique, d’où est originaire Saint-Yves, mais qui semblent s’étendre jusqu’en France métropolitaine…

Que cache donc Sauveur à son fils ? C’est bien toute la question qui nous ronge à la lecture et qui ne trouvera de résolution qu’à la fin du roman, mais Marie-Aude Murail parvient à nous faire patienter sans rechigner grâce aux consultations auxquelles, comme Lazare, nous assistons en essayant de ne pas faire de bruit pour ne rien rater des choses confidentielles qui se disent. Et à travers tous ces patients, Marie-Aude Murail se permet d’évoquer de nombreux sujets difficiles, voire tabous, tels que la scarification, l’identité sexuelle, la dépression, la pédophilie… Elle n’oublie pas non plus le racisme, celui ordinaire, dont on ne se rend pas toujours compte, qui frappe continuellement Sauveur et Lazare. Malgré tous ces nombreux sujets qui pourraient être lourds et angoissants dans un seul roman, Marie-Aude Murail n’oublie pas l’humour et c’est sans doute la vie de famille du psychologue et la relation avec son fils – malgré les secrets – qui nous permet de « souffler » entre chaque patient et chaque tranche de vie perturbée.

Une très belle première saison, riche en émotions, qui nous donne très envie de continuer à suivre Sauveur, Lazare et tous ces patients qui nous touchent au fil du récit.
Le point noir ? Sans aucun doute la couverture du livre, qui n’est pas particulièrement représentative du roman (même s’il y a bien des hamsters/cochons d’Inde dans l’histoire) et qui rebutera très certainement le public auquel Sauver & fils est destiné… Dommage, mais faites fi et vous passerez un très beau moment de lecture. 😉

Sauveur et fils – saison 1, Marie-Aude Murail (École des Loisirs)
collection Medium GF
disponible depuis le 13 avril 2016
9782211228336 – 17€
à partir de 13 ans
Son
3

Hugo de la nuit – Bertrand Santini

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Une nuit d’été, un enfant, des fantômes, un secret… C’est le programme du tout nouveau roman de Bertrand Santini, après le génialissime et hilarant Journal de Gurty. Intrigués ? 😀

Hugo et sa famille vivent dans une belle demeure à Monliard. Un terrain qui attire la convoitise quand un gisement de pétrole est découvert dans le cimetière du domaine. Et une nuit, tout bascule…

★★★★☆

Difficile de vous résumer le roman de Bertrand Santini sans vous révéler quelques ressorts de l’intrigue ! Pourtant, je ne peux pas ne pas vous dire que Hugo, notre héros, meurt dès la première page. Eh oui, c’est bien triste mais c’est comme ça ! Hugo avait 11 ans, bientôt 12, et c’est la veille de son anniversaire que le malheur s’abat sur lui et sa famille… Sa mère, Hélène, est auteure de romans jeunesse et, grâce à la fortune amassée par les ventes de sa série à succès en 7 tomes (toute ressemblance avec le parcours d’une certaine J.K. Rowling serait fortuite), a acheté le domaine de Monliard. Son père, Romain, est botaniste et, quand le gisement de pétrole est découvert, il compte bien parvenir à protéger le domaine grâce à une fleur présumée éteinte qui a justement poussé près d’une tombe dans le cimetière. Mais, comme je vous l’ai dit, le malheur va s’abattre sur la famille…

C’est là qu’une simple histoire de territoire et d’avidité villageoise se transforme en conte horrifique et ce pour notre plus grand plaisir ! Je ne vous ferais pas de gros spoiler en vous disant que le cimetière de Monliard est hanté par des fantômes et que le cœur du roman va se dérouler entre le monde de la vie et celui de la mort. Pour ceux qui ont lu L’étrange vie de Nobody Owens, sachez que ce cimetière et ses habitants n’ont rien à envier à ceux de Neil Gaiman. Loufoques, étranges, exubérants, mélancoliques, tels sont les fantômes dont Hugo va faire la connaissance. Et nous voilà désormais dans un roman où la peur côtoie un humour pince-sans-rire avec beaucoup de réussite.

Mais là où Bertrand Santini est le plus fort, c’est qu’il joue avec nos impressions et nos sensations jusqu’à la fin du roman, et nous interroge sur notre sens du rêve – ou du cauchemar – et de la réalité. C’est vraiment bien fichu, on se laisse entraîner dans cette nuit étrange et étonnante, on a les chocottes, on rigole, on frissonne, on danse… Une véritable ambiance gothico-burlesque que cette magnifique couverture toute en dorures ne laisse peut-être pas présager mais qui nous surprend fort agréablement. On en redemande ! 😛

Hugo de la nuit, Bertrand Santini (Grasset jeunesse)
disponible depuis le 20 avril 2016
9782246860259 – 13,50€
à partir de 11 ans
Son
1

Le complexe du papillon – Annelise Heurtier

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A la rentrée, Mathilde remarque une fille incroyablement belle. C’est Cézanne, une ancienne camarade de classe jusque-là plutôt banale qui, au retour de l’été, est devenue la plus belle plante du collège. Invitée au mariage de la sœur de sa meilleure amie Louison, et désireuse de séduire Jim qui y sera également, Mathilde veut à tout prix perdre du poids pour rentrer dans le robe bleue magnifique vue au centre commercial et être aussi jolie que Cézanne…

★★★☆☆

Annelise Heurtier s’attaque souvent à des sujets audacieux dans ces livres, ce que j’aime tout particulièrement chez elle. Ici, c’est un sujet un peu plus rebattu qu’elle aborde : l’anorexie. Malgré ce thème souvent lu en roman jeunesse, elle prend le parti de s’intéresser plutôt à l’anorexie mentale, et pas seulement physique. Ainsi, point de poncifs ou de scènes difficiles, mais plutôt une lente descente aux enfers pour Mathilde qui, de jeune fille sportive (elle fait de l’athlétisme, on imagine aisément un corps souple et musclé : a priori, un très beau corps !) souhaite avoir un corps de mannequin et plus particulièrement un « thigh gap » (l’espace entre les deux cuisses quand on sert les jambes), rendu populaire par la it-girl Cara Delevingne (vue récemment dans l’adaptation ciné de La face cachée de Margo). Tout ça pour plaire à un garçon et ressembler à une fille de sa classe dont la transformation a été spectaculaire durant l’été ! Quand on repense à sa propre adolescence (ou même maintenant que nous sommes plus grandes à voir chaque jour des affiches de publicité), on se met sans difficulté dans la peau de Mathilde, avec l’envie nous aussi, parfois, de ressembler à ces si belles filles à qui le monde semble réussir. Un complexe dont il est bien difficile de se débarrasser…

Annelise Heurtier décrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité l’état de Mathilde, sa volonté de passer d’une moche chenille à un magnifique papillon et l’engrenage terrible dans lequel elle tombe, à quel point il est si facile de ne pas se rendre compte quel danger cela représente… Cet aspect-là est vraiment très bien traité, sans jugement mais avec tous les outils de réflexion nécessaires pour le lecteur.
J’ai seulement regretté la rapidité de la fin, la facilité avec laquelle Mathilde abandonne son crush pour Jim (qui, de toute manière, n’est pas particulièrement présent et pour lequel on se demande bien ce qui plaît à notre héroïne) et la résolution du deuil qui frappait aussi Mathilde. Je n’ai pas beaucoup parlé de cet aspect-là de l’histoire, qui a pourtant son importance, puisque la mort de la grand-mère de Mathilde et l’incapacité de sa mère à en parler vont aussi faire partie des raisons du mal-être de la jeune fille, de la maladie. Il n’en reste pas moins un très beau roman, accessible et bien écrit. 🙂

Le complexe du papillon, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 6 avril 2016
9782203102286 – 12,90€
à partir de 12 ans
Son
5

Jan – Claudine Desmarteau

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★★★★★

Jan… Jan, c’est Janis, 11 ans, qui n’aime pas vraiment son prénom depuis qu’on l’a fait rimer avec « pisse » et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Jan, c’est une débrouillarde, une gamine qui ment un peu et qui utilise plus souvent ses poings que sa tête, une fille qui ne se laisse pas faire. Elle a un petit frère, qu’elle adore et qu’elle veut protéger. Sa mère est vendeuse de chaussures, son père est chômeur professionnel. Et il boit. Beaucoup. Malgré tout, il est super fier de cette fille qui n’est pas « une gonzesse » et Jan est profondément attachée à ses parents et à ce père qui fréquente trop le « bar des amis ». Un jour, cette famille dysfonctionnelle va voler en éclats et je ne vous dis pas comment, ce serait vous gâcher la surprise…mais il fallait bien que ça pète pour que l’on ait une histoire…

Jan, c’est une belle claque dans la figure. Et ça commence avec l’écriture de Claudine Desmarteau, qui s’est lancée le défi de tenir jusqu’au bout de son roman la langue d’une enfant de 11 ans. C’est d’un réalisme social confondant, on se laisse totalement embarquer dans cette écriture, dans ce style, dans ces inventions de mots, d’expressions que tous les enfants de 11 ans entendent et déforment par incompréhension (et on se rappelle que nous aussi, à une époque, on utilisait des expressions à tort et à travers en les entendant dans la bouche des grands et qu’on se la pétait auprès des autres en leur faisant croire qu’on connaissait des trucs incroyables). C’est d’autant plus fort que c’est typiquement le genre d’écriture qui pourrait devenir lourdingue au bout d’un moment : ici, ce n’est pas le cas, l’exercice de style est tenu jusqu’au bout à la perfection. La claque, c’est aussi cette histoire, cet engrenage qui s’enclenche et va chambouler la vie de Jan et de son petit frère. Cette révolte qui gronde en elle, et qui va trouver une résonance dans le film Les 400 coups, de François Truffaut, et notamment à travers le personnage d’Antoine Doinel. Enfin, la claque, c’est aussi cette fin, dont je ne vous dis rien, mais qui nous laisse pantelant, sur le cul, aussi belle que frustrante…

Jan, c’est une lecture incroyable au rythme effréné, une gamine au caractère de cochon, rageuse et révoltée, à qui l’on s’attache de toutes nos tripes. C’est un roman qui chamboule, qui émerveille… Superbe ! Lisez-le. Point.

Jan, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 13 avril 2016
9782364748460 – 14,50€
à partir de 12 ans
Son
1

Timide – Elodie Perrotin

Avec ce tout premier album à La Palissade, Elodie Perrotin a complètement ému Bob, qui s’est retrouvé dans le personnage de cette jeune fille timide qui nous raconte son histoire. 🙂

Timidejpeg_Page_01« Mon personnage est très léger et peut facilement se froisser. Si on lui pose des questions il essaiera de se faire le plus petit possible pour s’effacer dans le papier parce qu’ il a peur de parler. Il est timide, il n’a pas beaucoup confiance en lui, et beaucoup de trémolos dans sa voix.
Dans ce livre on ne l’entendra pas, mais on lira ses phrases et ses dessins qui, peut-être te parleront ? » (Présentation du livre par l’auteure).

★★★★★

Oui, Elodie, tes phrases et tes dessins m’ont beaucoup parlé ! Tout comme toi, j’ai été un petit morse, tout mimi, tout timide, qui essayait de se rendre invisible pour ne pas être interrogé, qui rougissait comme une pivoine dès qu’on prononçait son nom et qui admirait tous ces grands un peu exubérants, qui n’avaient pas l’air de se soucier plus que ça du regard des autres.

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Non seulement tes mots m’ont parlé, les situations dont tu parles m’ont rappelé celles que j’ai également vécues mais tes images, Elodie, ajoutent encore plus de force à ton récit introspectif, au partage de ton histoire qui va résonner dans tous les petits cœurs de timides et qui leur permettra sans doute de dédramatiser ce sentiment et, tout comme toi et moi aujourd’hui, de le maîtriser et de l’accepter.

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Sous cette très belle couverture – j’adore ces petites mèches de cheveux qui forment le titre – se cachent en effet des illustrations de grande qualité. On commence d’ailleurs avec une très belle illustration de la timidité : une petite fille à moitié coupée par la page de titre, cherchant sans doute à se cacher sous les pages pour disparaître de honte. Peu de couleurs sur les pages, du gris, du jaune, du rouge, du bleu, et un graphisme simple, épuré, en parfaite adéquation avec le texte. Un superbe album à mettre entre toutes les mains, celles des petits mais aussi, et surtout, des grands !

Merci Elodie pour cette très belle ode à la timidité et aux timides ! 😀

Timide, Elodie Perrotin (La Palissade)
disponible depuis le 11 avril 2016
9791091330282 – 13,50€
à partir de 7 ans
Son
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Les aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin – Elzbieta

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Lorsqu’il avait 9 ans, Migrelin a vécu une aventure avec sa grand-mère et s’est même fait enlever ! Des années plus tard, son neveu retrouve ses archives, constituées de coupures de presse, de rapports ministériels top secret, de lettres…

★★★★☆

Connue pour ses albums, Elzbieta se lance dans le roman pour la jeunesse et, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette entrée est tout simplement renversante ! Ce drôle de petit roman, qui nous est raconté par le neveu de Migrelin, est composé de plein de petites choses étonnantes : entre le récit de la découverte de ces archives par le neveu et ses suppositions sur l’aventure qu’a vécue son oncle, on trouve des rapports du cabinet du Ministère des Affaires Etranges (quel est donc ce ministère étrange ? et comment l’oncle est-il entré en possession de ces papiers ?), des rapports de police, des coupures de journaux, des correspondances bizarre de la grand-mère de Migrelin avec un magicien… Bref, un monceau de pistes pour tenter de découvrir ce qui s’est réellement passé quand Migrelin avait 9 ans et, surtout, ce que peuvent bien être ce dragon et ce « kikilapondu » qui semblent au cœur de cette étrange affaire.

Un roman totalement déjanté, parfaitement rocambolesque, faisant ainsi honneur à son titre, qui ravira les amateurs d’enquête policière et de loufoque. Il est en plus très court, se lit avec une curiosité et un intérêt croissant (bah oui, quand même, c’est vachement bizarre tous ces trucs), nous emportant dans cette aventure incroyable et dans laquelle certaines de nos questions risquent malgré tout de rester sans réponse… C’est étonnant et détonant et c’est le genre de petit roman qui fait du bien à lire ! On en redemande ! 😀

Les aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin, Elzbieta (Le Rouergue)
collection DacOdac
disponible depuis le 3 février 2016
9782812609947 – 8€
à partir de 8 ans
Son
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Krol le fou – Sigrid Baffert

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Nous avions beaucoup aimé ici l’écriture sensible de Sigrid Baffert quand elle nous racontait l’histoire de la Fille qui avait deux ombres. Cette fois-ci, si c’est à de plus jeunes lecteurs que ce petit roman s’adresse, on retrouve encore une fois toute la sensibilité de l’auteure dans ce très beau texte illustré avec tout autant de finesse par Aurore Callias.

Edgar aime s’assoir après l’école sur le banc qui fait face à la mer et observer le rocher de Bass Rock, où nichent des fous de Bassan. Un jour, un oiseau se pose à côte de lui et se met à lui parler. Il s’appelle Krol, c’est un fou de Bassan et lui aussi aime le calme et rester à l’écart des autres…

★★★★☆

Edgar est un garçon solitaire et « trop lent » pour ses camarades de classe. Ce qu’il aime, c’est observer les oiseaux avec ses jumelles, Edgar est un scrutateur. C’est ce qui a plu à Krol et l’a incité à se poser sur le banc à côté du petit garçon pour lui parler. Passé la surprise de découvrir un oiseau qui parle, Edgar et Krol vont commencer à discuter ensemble et apprendre à se connaître. Bientôt, le fou a un service à demander au garçon, un service très important : lui écrire une lettre. Pas une lettre d’excuse, ou d’amour, mais plutôt une lettre de recommandation car Krol désire se trouver un travail. Un travail un peu comme les humains, ce qui étonne Edgar qui aimerait tant savoir voler, voltiger et plonger comme les fous de Bassan…

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Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir cette très belle rencontre entre ce garçon et ce fou, une histoire étonnante où un drôle d’oiseau va permettre à un enfant d’affronter sa solitude et de gagner en confiance en lui. On ressent toute l’affection de Sigrid Baffert pour ses personnages, pour cette tranche de vie au bord de la mer, ce petit moment de rêve. Les très belles illustrations d’Aurore Callias ajoutent à la tendresse qui se dégage de ce petit roman virevoltant comme un fou de Bassan.

Pour découvrir un peu plus le livre et ses illustrations, l’éditeur a réalisé une petite vidéo très chouette, avec la lecture d’un extrait par Sigrid Baffert herself !

Krol le fou, Sigrid Baffert, illustré par Aurore Callias (L’école des loisirs)
collection Mouche
disponible depuis le 30 mars 2016
9782211225717 – 8€
à partir de 7 ans
Son
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Il ou elle ?

Au début du mois sont parus au Rouergue plusieurs titres à destination de la jeunesse sur une thématique commune : le genre et, surtout, la liberté d’être soi. Aujourd’hui, Bob vous en présente deux : un album et un roman. 🙂

Buffalo belle – Olivier Douzou

9782812610554,0-3163131

Enfant, Annabelle préférait les fusils et les cow-boys aux poupées et à la marelle et s’amusait à interchanger les « il » et les « elle ». En grandissant, ces jeux ont trouvé leur sérieux et Annabelle a commencé à s’interroger sur sa véritable identité…

★★★★☆

Dans cet album pour les plus grands, Olivier Douzou traite du genre en jouant avec inventivité sur celui de la grammaire. Un texte sous forme d’exercice de style, pas si simple, où les mots se finissant habituellement en « il » sont remplacés par des « elle » et inversement. Une gymnastique intellectuelle qui, une fois comprise, nous révèle un texte plein de poésie et toute l’ambiguïté et l’incertitude d’une enfant à la recherche de son identité sexuelle. Les très belles illustrations au fusain, brutes, graphiques, achèvent de nous transporter dans ce texte libre et sans tabou. Un poème tout en « je » de Buffalo Belle termine cet album unique et indispensable.

Pour en savoir plus sur l’album, le Rouergue propose sur leur site une interview de l’auteur.

Buffalo belle, Olivier Douzou (Rouergue)
disponible depuis le 2 mars 2016
9782812610554 – 12€
à partir de 10 ans
Je suis qui je suis – Catherine Grive

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Depuis toujours, Raph’ a un gros chagrin, quelque chose qui l’empêche de se sentir bien. C’est l’été, Raph’ passe son temps à fouiller les boîtes aux lettres de ses voisins, et lors d’une sortie avec son copain Bastien, Raph’ rencontre Sarah avec qui l’ado sympathise. C’est peut-être le début de la disparation de son chagrin ?

★★★☆☆

Si Rahp’ ne parvient pas à nommer ce chagrin qui l’habite, nous découvrons petit à petit de quoi il retourne. C’est avec une certaine finesse que Catherine Grive nous parle de cette difficulté à comprendre ce que l’on est au fond de soi. Raph’ est-elle un garçon ? Est-il une fille ? Il nous faut aussi à nous lecteur une bonne cinquantaine de pages pour comprendre si Raph’ est un garçon ou une fille de naissance, l’auteur ne nous donnant que peu d’indices. Alors que l’été avance et que Raph’ trouve en Sarah une véritable amie, son chagrin va petit à petit se dénouer et la jeune fille lui apporter de l’espoir. Dommage que la fin de l’histoire soit un peu rapide ! Néanmoins, Je suis qui je suis est un roman sensible, construit autour de non-dits, et un beau portrait d’adolescence en quête de construction de son identité sexuelle.

Je suis qui je suis, Catherine Grive (Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 2 mars 2016
9782812610585 – 9,20€
à partir de 13 ans
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Le domaine – Jo Witek

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Si cet oiseau mort sur la couverture vous met mal à l’aise ou vous effraie, c’est normal. 🙂 Le nouveau roman de Jo Witek joue pas mal sur ces sentiments…

Pendant les vacances d’été, Gabriel accompagne sa mère dans une demeure où elle a été engagée comme domestique. Passionné d’ornithologie, il a accepté de l’accompagner pour visiter les forêts et points d’eau qui entourent le domaine, ravi de cette solitude à venir. Mais bientôt, les petits enfants de la famille débarquent au domaine et Gabriel va faire l’expérience de sentiments forts et irrépressibles…

★★★★☆

Après s’être intéressée à la folie dans Un hiver en enfer, Jo Witek se penche ici sur une autre forme de « folie » : l’amour ! Un amour absolu, pur, dévorant et visiblement à sens unique. Gabriel est un jeune homme plutôt solitaire, le genre amateur de la nature qui peut passer des heures assis devant un étang pour observer une grenouille. Pour le reste, il est plutôt poli, bien élevé, cultivé et curieux, bref, le garçon idéal pour une mère veuve. Lorsque les petits enfants du couple de La Guillardière, qui possède le domaine, débarquent, la belle Éléonore en tête, Gabriel est victime du coup de foudre et se frotte pour la première fois au sentiment amoureux. Un amour qui le consume tant il est fort et alors, petit à petit, Gabriel semble basculer dans un état presque maladif, où son amour se transforme en voyeurisme, en perversité… Des sensations nouvelles qui le changent, et vont lui faire perdre ses repères…

Douée dans le roman psychologique, Jo Witek l’est assurément ! A la différence de ces romans précédents dans la même collection, le côté thriller est ici moins présent, en tous cas sous une autre forme et plutôt sur la fin. Avec Le domaine, on est plutôt dans un roman d’ambiance, j’ai notamment pensé aux romans gothiques du XVIIIe siècle, où le sentimental et le macabre étaient mêlés, avec des personnages extrêmement romantiques victime de passions dévorantes. L’idée du domaine, à l’écart de la civilisation, sans connexion internet ; la vie du couple La Guillardière très ancestrale avec domestiques et vieilles pierres ; ce personnage de Gabriel si éloigné des ados « habituels » ; renforcent d’ailleurs cette impression que l’on est hors du temps. Le roman comporte aussi plusieurs passages qui n’ont rien à envier au roman fantastique, des moments de rêves ou de cauchemars qui brouillent aussi les pistes et donnent à Gabriel l’impression d’un endroit étrange, malsain. Et au lecteur un certain sentiment de malaise…

Le domaine est en tous cas un excellent roman, bien écrit et passionnant. Quand on connaît les autres romans de Jo Witek, on s’attend toujours à une chute étonnante et la fin de celui-ci ne dément pas son talent à nous faire croire que tout est résolu alors que ce n’est pas le cas et à nous surprendre véritablement. Si l’on reste tout de même avec quelques questions non résolues sur la fin (me semble-t-il), on ne s’ennuie clairement pas un seul instant ! Une lecture aussi dévorante que la passion de Gabriel pour Éléonore !

Le domaine, Jo Witek (Actes Sud junior)
collection Ado – Thriller
disponible depuis le 2 mars 2016
9782330060862 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
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Traqués sur la lande – Jean-Christophe Tixier

Aujourd’hui, on vous parle du nouveau roman de Jean-Christophe Tixier (dont on avait beaucoup aimé le précédent), écrit dans le cadre du Feuilleton des Incos, qui consiste à faire découvrir les coulisses de l’écriture d’un roman à une classe grâce à une correspondance avec un auteur (plus d’infos sur le site des Incorruptibles). 🙂

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1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne pour enfants, une émeute éclate après le coup de trop porté par un surveillant. Des garçons en profitent pour s’échapper sur la lande. Gabriel est parmi eux et, très vite, la traque commence. Aucun ne veut être repris, tous veulent retrouver la liberté. Pour cette dernière, Gabriel va pouvoir compter sur Aël, une jeune fille qui connaît le coin comme sa proche et qui, elle aussi, rêve de liberté…

★★★☆☆

Dans ce roman historique, Jean-Christophe Tixier évoque un sujet que l’on connaît assez peu et qui reste absent des livres d’histoire au collège ou au lycée : les bagnes pour enfants (en tous cas, ce n’était pas dans les miens à l’époque où j’y étais). Les moments qui s’y déroulent vraiment sont peu nombreux puisque le roman débute sur l’évasion des enfants mais, en peu de mots, Jean-Christophe Tixier nous fait très vite comprendre les terribles conditions de ces endroits. Le cœur du roman s’intéresse à la fuite, à la traque organisée par les habitants de l’île pour retrouver tous les jeunes gamins échappés. Une chasse motivée par l’argent et la peur. C’est dans ce contexte que Gabriel, jeune prisonnier évadé va croiser la route d’Aël, belle jeune fille qu’un père violent désire marier à un riche touriste. Aël, pleine de ressources et de bonté, va venir en aide à ce garçon aux yeux gris et à ses jeunes compagnons qui ne connaissent rien d’autre que les humiliations et les privations…

Tiré d’une histoire vraie, comme nous le rappelle l’auteur à la fin de son roman, Traqués sur la lande est un récit fluide et bien mené qui, au-delà de nous présenter une réalité historique, offre une belle histoire d’évasion, de liberté et d’amour. On sent certainement l’influence de la classe sur cette dernière – l’histoire d’amour me paraissant en effet un peu rapide – mais elle ajoute un romantisme tout de même bienvenu, contrebalançant les destins tragiques de certains des évadés. Sans vous dévoiler la fin, sachez que celle-ci est vraiment très réussie et surprenante, sans être un véritable happy-end, elle reste ouverte et pleine d’espoir. Une mention spéciale pour la couverture de Sébastien Pelon, que je trouve très belle.

Sur le même thème des colonies pénitentiaires pour enfants (mais quelques décennies plus tôt), je vous conseille également la lecture du très beau roman d’Ahmed Kalouaz, Les sauvageons.

Traqués sur la lande, Jean-Christophe Tixier (Rageot)
collection Le feuilleton des Incos
disponible depuis le 16 mars 2016
9782700250961 – 12,50€
à partir de 12 ans