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Les chroniques de Prydain, t.1 et 2 – Lloyd Alexander

Pour ceux qui ont grandi avec Le Seigneur des Anneaux ou Les chroniques de Narnia, vous avez sans doute manqué, vous aussi, de cet autre grand classique de la fantasy des années 1960, qui n’avait encore jamais été traduit dans son intégralité en France. Eh oui ! Si Les Chroniques de Prydain et son auteur Lloyd Alexander sont souvent cités comme une inspiration chez de nombreux auteurs anglo-saxons, nous ne pouvions jusqu’alors que hocher la tête en faisant « ah ouais, je vois… ». Mais aujourd’hui, réjouissez-vous ! Les éditions Anne Carrière se sont lancées dans la publication intégrale de la série : le premier tome est sorti en janvier et le cinquième paraîtra en octobre. On vous parle aujourd’hui des deux premiers…

Taram est un apprenti porcher qui ne rêve que d’aventures et de batailles héroïques. Mais son quotidien est loin d’y ressembler et sa tâche principale est de s’occuper d’Hen Wren, une truie prophétesse. Le jour où celle-ci s’échappe de son enclos, Taram est bien obligé de la poursuivre mais, bien vite, l’animal est introuvable. Taram est loin de se douter que cette quête n’est que le début d’une aventure qui va le mener à affronter le terrible Roi Cornu, le seigneur de guerre du maléfique Arawn qui rêve de régner sur tout le royaume de Prydain…

Si le nom de Taram vous dit quelque chose, c’est normal ! Son histoire (ou une partie) a en effet été adaptée par les studios Walt Disney dans les années 1980 avec Taram et le chaudron magique. Dans le roman, en tous cas, ce qui semble démarrer comme une quête annexe dans un jeu vidéo est surtout le moyen de nous présenter Taram, un jeune héros un peu antipathique, mécontent de sa situation et qui va devoir faire preuve de qualités qu’il ne possède pas comme il le croit. Sa rencontre avec le prince Gwydion, grand héros de guerre, va déjà lui remettre les idées en place et, bientôt, ce sont tous les autres compagnons de voyage qui vont lui permettre de trouver sa place, de se rendre compte de ses vraies forces et qualités. Ainsi allons-nous faire la connaissance de Gurgi, drôle de créature menée par son estomac vorace ; Eilonwy, jeune princesse un peu sorcière qui ne s’en laisse pas conter ; Fflewddur, ancien roi devenu barde errant ; et Doli, un nain bourru qui s’évertue à devenir invisible. Une équipée pas franchement héroïque mais qui insuffle la dose d’humour, de courage et de ruse qui leur permettront à tous de mener une aventure digne des meilleures chansons épiques !

Si l’on retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy aux inspirations de mythologie galloise, avec tous ses lieux attendus, les deux premiers tomes des Chroniques de Prydain sont tout de même particulièrement étonnants : le personnage d’Eilonwy est tout à fait intéressant par son côté féministe ; si Taram et ses compagnons vivent nombre d’aventures par tome, ils ne sont pourtant jamais au cœur de batailles grandioses ou bien d’événements importants qui leur sont relatés ensuite (ou en prise directe avec le grand méchant qui n’est pour le moment qu’un nom lointain) ; et ce sont surtout les apprentissages de Taram qui comptent plus que les victoires sur un ennemi. Le deuxième tome est particulièrement rude pour le caractère de l’apprenti porcher, qui va devoir apprendre à prendre sur lui pour se montrer plus honorable que d’autres, et ainsi apprendre à grandir et devenir meilleur, avec l’aide de ses amis.

Si chaque tome propose une aventure qui débute et se termine, il est vraiment passionnant de suivre l’évolution de Taram et de ses compagnons de route à travers leurs tentatives de mettre des bâtons dans les roues du terrible Arawn, tout en revenant à chaque fois à leur point de départ, la ferme de Caer Dallben où chacun retrouve ses occupations. Mais l’aventure n’est jamais bien loin du bout du chemin… Bref, on ne peut que vous recommander cette série intelligente, drôle, un peu effrayante et surtout captivante !

Les chroniques de Prydain, Lloyd Alexander, traduit par Marie de Prémonville (Anne Carrière)
1. Le livre des trois
disponible depuis le 17 janvier 2020
9782843379772 – 15€
2. Le chaudron noir
disponible depuis le 21 février 2020
9782843379789 – 15€
à partir de 10 ans
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Et le désert disparaîtra – Marie Pavlenko

Pour cette première chronique en duo, Bob et Lisette se sont penchés sur le tout nouveau roman de Marie Pavlenko qui, après nous avoir fait beaucoup rire (et un peu pleuré), revient avec un texte très différent et particulièrement actuel !

Samaa, 12 ans, rêve de chasser les arbres comme les hommes de sa tribu nomade. Son peuple vit dans le désert, respire dans des bouteilles d’oxygène et se nourrit de barres de protéines. Ils vendent le bohis à la grande ville en échange d’eau et de nourriture. Seule l’Ancienne, un veille femme qui vit à l’écart de la tribu en attendant la mort, se souvient d’un monde ancien où les arbres étaient synonymes de vie. Un jour, Samaa décide de suivre les chasseurs, mais très vite perd leurs traces dans l’immensité du désert. Lors d’une tempête de sable, Samaa se retrouve coincée dans une trouée et découvre un arbre gigantesque, de l’eau… Blessée, Samaa va réaliser que le monde d’avant n’a peut-être pas tout à fait disparu.

Lisette se sent seule dans le désert…

Ce roman très contemplatif, se rapprochant du conte, est un bel hommage à notre Nature. L’écriture de Marie Pavlenko est toujours poétique, lente, on subit avec Samaa le temps qui passe. Mais je crains aussi que certains lecteurs subissent le manque d’action, de suspense.
L’autrice aimerait que ce livre devienne un étendard d’une jeunesse qu’elle admire, cette lecture peut être une première graine dans la tête des jeunes lecteurs pour ouvrir grand les yeux sur ce que pourrait devenir notre monde si nous n’y prenons pas soin.

Lisette, du haut de ses couches culottes, a envie de vous rappeler que : le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment est maintenant ! Et puis elle serait trop triste si les framboisiers venaient à disparaître.

…Bob garde l’espoir !

C’est justement le côté contemplatif du roman qui a beaucoup plu à Bob. La force de l’écriture de Marie Pavlenko réside dans cette poésie, cette lenteur qui nous rend plus proches de la solitude, de la peur, et des espoirs de Samaa. Un récit fait de silences, qui explore la croyance d’une population qui n’a jamais connu rien d’autre que le désert et son enfer, et d’une jeune fille qui redécouvre tout ce qu’elle tenait pour vrai, tout ce que les arbres apportent au monde. C’est aussi l’histoire d’un combat, qui résonne bien évidemment avec ceux menés par la jeunesse d’aujourd’hui : celui de se faire entendre, de prendre soin de notre Terre qui subit les ravages de l’humanité et de tenir tête à ceux qui détiennent (ou croient détenir) l’autorité ou le savoir. A travers un récit d’anticipation d’une grande humanité, et la magnifique voix de Samaa, Marie Pavlenko nous invite à prendre conscience du caractère précieux de la nature et à la protéger, coûte que coûte !
Vous l’aurez compris, c’est un coup de cœur pour Bob ! ❤

A noter !
> une parution simultanée en livre audio, magnifiquement lu par la comédienne Delphine Cogniard, qui donne à entendre toute l'émotion de ce très beau roman.
> l'attention toute particulière portée à la fabrication du roman, de la façon la plus écologique possible.

Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 8 janvier 2020
9782081495616 – 14€
à partir de 12 ans
Et le désert disparaîtra (version audio), Marie Pavlenko, lu par Delphine Cogniard (Gallimard)
collection Écoutez lire
disponible depuis le 9 janvier 2020
9782072883927 – 18,90€
à partir de 12 ans
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La proie – Philippe Arnaud

Au Cameroun, Anthéa partage son quotidien entre les mardis où elle aide sa mère au marché et les autres jours de la semaine qu’elle passe à l’école et où l’apprentissage n’est pas si simple. Heureusement, elle retrouve après la classe tous les petits pour leur raconter des histoires, un talent qu’elle maîtrise parfaitement ! Jusqu’au jour où une belle femme blanche lui propose de les accompagner en France, où elle pourra recevoir une meilleure éducation…

★★★★☆

Mais vous pensez bien qu’avec un titre pareil, Anthéa ne va pas juste aller à l’école et soudainement devenir brillante grâce à notre merveilleux système scolaire ? Si ? Alors vous êtes bien optimiste… Anthéa est une jeune fille à la vie simple, un peu effacée derrière l’exubérance de sa cousine qui prend toute la place, et qui se trouve face à un blocage quand il s’agit d’apprendre mais qui se révèle complètement lorsqu’elle s’improvise conteuse auprès des plus jeunes. Elle ne rêvait pas particulièrement de la France ou de n’importe quel autre pays, jusqu’à ce que ces Blancs riches proposent à sa famille de s’occuper de son éducation en Europe. Elle part, le cœur meurtri de quitter son pays natal, ses amis, ce garçon qui commençait à l’intéresser… Et se retrouve dans la banlieue parisienne, où la richesse de la famille en Afrique ne signifie plus rien dans cette France où le père se retrouve au chômage et la mère reprend son travail à la mairie, subvenant seule aux besoins de la famille. Progressivement, le statut d’Anthéa passe de collégienne à domestique… Passeport confisqué, téléphone surveillé, impossibilité de sortir de l’appartement, c’est insidieusement que les rouages se mettent en place et que la vie d’Anthéa passe de la promesse d’une vie meilleure à celle d’un esclavage moderne terrifiant.

Philippe Arnaud nous conte l’histoire d’une lente descente aux enfers, où la luminosité de la vie au Cameron s’assombrit, se noircit à mesure que nous suivons Anthéa dans la découverte de sa nouvelle vie en France. Construit comme un thriller, avec Anthéa comme seul point de vue, c’est la tension qui nous prend aux tripes, c’est elle qui nous fait deviner, qui nous fait vainement espérer que non, ce n’est pas ce qui va se passer, que ça n’ira pas jusque-là… La réaction de la famille, l’attitude de chacun de ses membres est d’une violence terrible, qui ajoute complètement au sentiment d’angoisse, d’inéluctable, d’impuissance du lecteur… Un roman à la construction impeccable, subtil et glaçant sur la violence faite aux femmes, le néo-colonialisme et l’esclavage moderne, qui nous offre malgré tout le portrait d’une jeune fille forte et généreuse, que l’espoir et la résilience ne quitteront jamais.

La proie, Philippe Arnaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782377311804 – 16€
à partir de 14 ans
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Nip & Nimp – Lionel Serre

Lorsque Lionel ne dessine pas sur l’actualité ou qu’il ne planche pas sur des supaires bd, il offre un peu de son temps et de son talent de Seigneur impétueux du feutre pour créer des ouvrages jeunesse…Alors tu parles, on est tout de même vachement contentes de chroniquer celui qui paraîtra aux Fourmis Rouges le 18 février prochain.

★★★★★

nipnimp

Nip et Nimp se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Si l’un agit dans la normalité, l’autre prend un chemin opposé en faisant le contraire de chaque geste de Nip. Jeux de mots de bon aloi à chaque page, le duo fonctionne à merveille.

Lionel Serre semble avoir été inspiré par le zeugma*, ce qui le place indubitablement aux côtés de Desproges.

Voici un exemple :
« Il sauta un repas et sa belle-sœur, reprit son souffle et une banane. »
Pierre Desproges

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Lionel Serre

…aurions-nous percé le secret de l’inspiration de Lionel ?
Avec son humour de qualité au service des plus petits, la drôle de création de M. Serre mérite d’être lue.

*Zeugma : figure de style qui consiste à lier par la syntaxe deux mots ou groupes de mots dont un seul se rapproche logiquement au verbe. Les deux mots liés syntaxiquement peuvent être incompatibles parce que l’un est abstrait et l’autre concret :
« cet album de Lionel est plein de charme et de dessins »

Alors ?

Succession d’illogismes de la part de Nimp qui, justifiant de son prénom, fait n’importe quoi. Mais c’est un malin qui met le jeune lecteur dans une position de force puisqu’à chaque sketch l’enfant pourra se vanter de savoir ce qu’il aurait fallu faire pour ne pas se retrouver dans une situation saugrenue. Ainsi, l’apprentissage de la vie quotidienne peut être assimilé s’il ne l’est pas déjà : on appelle pas un ascenseur comme on appelle un chien // On ne plante pas un clou comme on plante une fleur // On ouvre pas une enveloppe comme une boîte de conserve…

Nip & NimpLionel Serre(Les Fourmis Rouges)
disponible le 18 février 2016
9782369020516 – 14€
à partir de 3 ans