Son
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Inséparables – Sarah Crossan

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Après le roman de Clémentine Beauvais qui avait (un peu) divisé Bob et Jean-Michel, c’est Rageot qui continue à explorer le roman en vers pour adolescents, avec la publication en français d’un titre de Sarah Crossan, qui avait justement inspiré Clémentine Beauvais pour son propre livre. C’est d’ailleurs cette dernière qui en signe la traduction (la boucle est bouclée). Vous vous en souvenez sans doute, Bob n’avait pas été touché par Songe à la douceur…le sera-t-il cette fois ? Mystère ! (On aurait dû être scénaristes des « résumés du dernier épisode » dans les séries)

Grace et Tippi sont sœurs siamoises. Face au regard des auteurs, elles se soutiennent constamment. Elles ont toujours été scolarisées à domicile…jusqu’au jour où elles entrent enfin au lycée. C’est là que Grace tombe amoureuse.

★★★★☆

Et tomber amoureuse, c’est typiquement le genre de choses que Grace et Tippi se sont juré de ne jamais faire. Aussi physiquement que psychologiquement, cela leur semble impossible, bizarre. Pourtant, Grace ne pourra pas lutter contre ce sentiment si nouveau, si étonnant… C’est donc à travers la voix de Grace que nous découvrons l’histoire de ses siamoises qui, pendant huit mois, nous raconte, à la façon d’un journal intime, cette entrée au lycée. C’est à la fois excitant et terrifiant pour ces jeunes filles que le monde entier regarde avec fascination et répulsion. Et c’est en plus un investissement financier important pour leurs parents, dont le père est au chômage, et leur petite sœur Nicole, surnommée Dragon, qui ne rêve que de danse classique. Pour toute la famille, c’est Grace et Tippi, leur santé, qui passent avant tout. Quitte à se ruiner, quitte à renoncer à ses rêves. Alors quand l’opportunité se présente se réaliser un documentaire sur leur particularité et de gagner beaucoup d’argent, Grace et Tippi, malgré leurs réticences à être montrées comme des bêtes de foire, acceptent. Une équipe les suit alors dans leur vie quotidienne, et jusqu’au lycée, où Grace et Tippi ne se révèlent pas des modèles d’élèves studieuses et passent beaucoup de temps avec Yasmeen et Jon à faire tout un tas de choses illicites…

Beaucoup de sujets abordés dans ce roman étonnant et touchant, à commencer par cette superbe réflexion autour de la différence et de l’acceptation de soi. Les deux filles sont très différentes en terme de caractère et, pourtant, elles ne se considèrent pas autrement qu’en une seule et même personne (c’est d’ailleurs le sens du titre original One). Une réflexion forte, singulière, qui trouve aussi toute sa beauté dans l’écriture en vers. Le texte est splendide tout en étant extrêmement simple, tout en grâce et fluidité. On se laisse littéralement emporter par les mots, par ces vers qui nous font glisser jusqu’à une fin bouleversante, aussi belle que terrible, frustrante. Inséparables est un roman surprenant et émouvant, vibrant d’amour, à découvrir absolument.

Inséparables, Sarah Crossan, traduit par Clémentine Beauvais (Rageot)
disponible depuis le 17 mai 2017
9782700253269 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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Des petits, des grands, des gros, des maigres…

Aujourd’hui, Bob vous présente deux albums autour de personnages trop petits, trop grands, trop gros ou trop maigres qui voudraient bien changer un peu… Il lui semblait d’autant plus intéressant de vous parler des deux en même temps qu’ils se finissent de la même manière et sont l’occasion de découvrir le travail de deux très belles illustratrices… :P

Monsieur Martin

9791096067053,0-3740245Monsieur Martin est un homme charmant, qui croule sous le travail, mais que personne ne remarque jamais. En effet, Monsieur Martin a quelques (et on est gentils) centimètres en moins, si bien qu’il est totalement invisible pour les gens de « taille normale ». Mais voilà qu’un jour, il semble grandir !

★★★★☆

Vous pensez bien que Monsieur Martin est très heureux de prendre enfin quelques centimètres ! Sauf que non, ses poussées de croissance sont totalement incontrôlables : seul un bras pousse démesurément, puis c’est la tête qui ne rentre même plus dans sa voiture et ainsi de suite, jusqu’à ce que le bout de son nez touche la Lune. Et sur la Lune, une toute petite femme boit son thé et, d’un baiser…on vous laisse deviner ! Avec cet album, Caroline Attia nous propose une très jolie histoire autour de la différence, de l’apparence, avec un texte rythmé et plein de fantaisie. Une fantaisie que l’on retrouve également dans ses illustrations saturées de couleurs, du roux flamboyant des cheveux de Monsieur Martin au jaune de ses pulls et de sa bibliothèque bien garnie. Un très bel album où l’amour triomphe de tout !

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Monsieur Martin, Caroline Attia (Maison Eliza)
collection Pistache
disponible depuis le 13 février 2017
9791096067053 – 13,50€
à partir de 4 ans

Quatre quarts

9782362661709,0-3527872Au pays des Quarts, le gros aimerait maigrir, le maigrir voudrait grossir. Quant au petit, qu’est-ce qu’il aimerait être plus grand ! Le grand, lui, se verrait bien plus petit… Ils font alors chacun des efforts, entre régimes et sports, mais bientôt, il leur semble évident que rien ne marche (c’est parfois même pire !) et qu’il ne reste plus qu’à inventer une machine pour les remodeler selon leurs envies…

★★★★☆

Voilà une histoire un peu farfelue où des Quarts aux problèmes variés vont essayer de tout faire pour ne plus être grand, gros, petit ou maigre. Chacun essaye des choses dans son coin, avec des résultats le plus souvent ratés, jusqu’à ce qu’ils commencent à s’allier, pour faire des Demis, et enfin pour faire un Tout. Et c’est un peu bizarre d’être en entier et plus en quart mais lorsque l’on trouve quelqu’un d’autre comme soi, tout va beaucoup mieux… Encore plus de fantaisie dans cet album étonnant, qui s’intéresse lui aussi à l’apparence et aux complexes qu’on en retire parfois. Mais aussi beaucoup d’humour, que l’on retrouve non seulement dans le texte mais aussi dans les illustrations foisonnantes et pleines de détails de Violaine Costa. Un trait fin, des couleurs toutes douces et des personnages tout en rondeurs délicates, des machines délicieusement tarabiscotées, ça donne un livre aussi savoureux qu’un véritable quatre-quarts sortant du four et tout juste saupoudré d’amour. Un très bel album là aussi !

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Quatre quarts, David Guyon, illustré par Violaine Costa (Talents Hauts)
disponible le 16 mars 2017
9782362661709 – 15€
à partir de 5 ans
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On n’est pas des moutons ! Claire Cantais & Yann Fastier

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Enfin un livre où la notion d’individualisme est exploitée à bon escient ! Un imagier qui rend hommage au non-conformisme et à l’acceptation de sa propre différence, l’encourageant même. Une lecture fondamentale adressée aux enfants qui suscite de nombreuses réflexions dont la plus importante : qu’est-ce qui fait de moi ce que je suis ?

★★★★★

La notion de liberté déclinée

Cet ouvrage offre la perspective de donner une nouvelle définition sur être un enfant aujourd’hui. Laissons-le se forger sa propre opinion, prendre la parole, donner son avis, exprimer ses idées, ses émotions, faire de sa différence une force. Qu’il apprenne à s’accorder du temps, à ne pas se laisser polluer par les différentes composantes de la société, prendre soin de soi. C’est aussi ça, grandir. Des idées progressistes ont la part belle également : inutile d’user du machisme, cela ne fera pas de vous un homme, de même que l’adoption du strass et de la paillette ne vous rendra pas plus féminine : qu’importe le genre, on a rien à prouver.
Ne pas être un mouton aujourd’hui c’est aussi lâcher nos technologies en faveur du monde qui nous entoure (la nature, la lecture…) il est facile de devenir accroc à son smartphone alors qu’il suffit de relever la tête pour croiser un regard bienveillant, une inspiration, une idée, de la beauté.

Les subtilités des auteurs 

Ahah, Claire, Yann : vous ne trompez personne nous avons lu entre les lignes ! Le choix des verbes est minutieux. « Pouvoir, vouloir, savoir : trois mots qui mènent le monde » (Victor Hugo. C’est lui le coupable) L’usage de ces verbes ainsi que celui de l’impératif dans cet ouvrage appuie cette implacable volonté de s’affirmer et outre les notions de liberté, l’autre message est capté : l’importance de l’expression de l’assurance et de la confiance en soi. Une fois les illustrations de Claire décryptées, j’ai été charmée : elles sont brutales, franches, empruntes de réalisme…L’adéquation avec le texte est parfaite : Claire Cantais nous met à l’épreuve en nous imposant des métaphores honnêtes de la réalité. Entre le bestiaire et le manifeste, une poésie futée se dégage de cet album sincère et féroce.

La clôture du livre offre des témoignages d’enfants qui ont choisi à un moment de leur vie, l’individualisme au détriment des us et coutumes de la société. Leur lecture est dérangeante car révélateurs des malaises quotidiens : ces enfants sont tournés en ridicule mais au fond ce sont eux qui se sont moqués du reste des autres en étant eux-mêmes.

« Le vendredi 10 octobre 2008, Albertina Gorrochategui, une grande de 8 ans, aurait aimé savoir pourquoi il faut se lever quand un adulte entre dans la classe. Elle a posé la question. Elle attend toujours la réponse. »
On n’est pas des moutons, Yann Fastier, illustré par Claire Cantais
(La ville brûle)
collection Jamais trop tôt
disponible depuis le 17 mars 2016
9782360120727 – 13€
à partir de 5 ans
A découvrir également dans la collection Jamais trop tôt

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Les Zarnak – Julian Clary et David Roberts

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Spot et Sally sont deux hyènes qui s’ennuient ferme dans leur savane africaine. Lorsqu’un couple de touristes est malencontreusement avalé par un crocodile, les deux animaux décident de prendre leur place. Ils deviennent alors Amelia et Fred Zarnak, petit banlieusards londoniens et s’installent donc en Angleterre à la place du couple humain. Spot et Sally vivent alors comme les humains, ont un travail, font les courses, puis des enfants…

★★★★☆

Et si des animaux prenaient la place des humains ? Le remarquerions-nous ? Car la capacité d’adaptation de Spot et Sally est spectaculaire ! Il faut dire qu’à force de voir des touristes dans leur savane, ils comprenaient plutôt bien l’anglais…il ne restait qu’à cacher sa queue (l’élément indispensable pour ne pas être repéré) et savoir se mouvoir sur les pattes arrière et le tour est joué ! Une fois en Angleterre, d’ailleurs, personne ne semble voir la supercherie, on constate seulement que les Zarnak sont particulièrement joyeux : ils rient tout le temps ! Le couple est très apprécié des voisins, Fred est concepteur de blagues pour une compagnie qui fabrique des caramels et Amelia vend des chapeaux qu’elle fait elle-même. Bref, le couple d’amis idéal ! Sauf peut-être pour Mr McPafûte, un vieux bonhomme solitaire qui regarde les Zarnak d’un mauvais œil. Et ça ne s’arrange pas lorsque Fred et Amelia deviennent les heureux parents de deux mignonnes petites hyènes : Zack et Zoé. Mais le pire est à venir lorsque, en jouant, Zoé révèle malencontreusement sa queue, sous le regard stupéfait de sa meilleure amie humaine Minnie…et celui de Mr McPafûte qui repeignait son toit…

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Je ne vous dis rien de plus sur ce roman totalement déjanté, dans la plus pure veine du roman humoristique anglais pour la jeunesse, où les situations rocambolesques se succèdent pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs. Les illustrations de David Roberts sont géniales et sa représentation des hyènes habillées en humain absolument savoureuse. Des tronches tout le temps hilares, du dynamisme et parfois un peu d’angoisse accompagnent le texte fou de Julian Clary. Un texte qui est bien sûr une réflexion sur la tolérance, l’acceptation de la différence, mais qui fait également la part belle à de l’aventure, de l’émotion et, surtout, de bonnes scènes d’humour ! On appréciera d’ailleurs les blagues Carambar (oui, je l’ai dit !) de Fred Zarnak tout au long du récit. Une famille originale et décapante, qu’on découvre avec beaucoup de plaisir et qu’on a hâte de retrouver dans une nouvelle aventure tout aussi drôle et décalé ! :)

Les Zarnak, Julian Clary, illustré par David Roberts, traduit par Natalie Zimmermann (ABC Melody)
collection Melokids
disponible depuis le 2 juin 2016
9782368360699 – 11,90€
à partir de 8 ans
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Aujourd’hui, Amos – Anne Cortey & Janik Coat

Des amateurs pour la poésie d’Anne et Janik ? Vous avez intérêt à tous lever la main je vous préviens.

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★★★★★

Amos est un doux rêveur enchanté par tout ce qu’il voit et écrit ses adorables pensées dans un carnet. Après la levée du brouillard, il part à la cueillette de champignons, partage ensuite une omelette avec son ami Hulo et lui confie au coin qu’il rêverait de vivre dans un pays de poésie…

Amos est inspiré par tout ce qui l’entoure : le brouillard qui se lève, l’odeur de la terre mouillée, ses paupières lourdes et la nuit qui tombe…pas de doutes il sait apprécier la poésie des petits moments. Coloré d’un rouge qui remue les passions et d’un bleu lié au rêve, Janik a créé Amos de façon à ce qu’il soit une ballade à lui tout seul en fort contraste avec les décors pâles qui l’entourent. Sa singularité n’en est que plus remarquée. D’une grande tendresse, le texte d’Anne Cortey insuffle des sourires, sa poésie égale les traits raffinés de Janik Coat. L’illustration de la couverture est très expressive : le soleil se reflète dans les yeux d’Amos dont le blanc se remplit de jaune : il semble déjà composer son prochain sonnet. Insoutenable de mignonnerie, les douces tribulations de ce petit koala vont vous faire fondre. Janik sait dessiner les cagoules comme personne et c’est sans doute la chose plus adorable que vous verrez aujourd’hui.

Un hibou avec une cagoule rayée, ça n’a pas de prix 
extraitaujourdhuiamos

extrait © grasset jeunesse

Maintenant
Les pépites du sommeil se nichent
sous mes paupières.
Demain.
Les oiseaux y déposeront leurs chants.
Amos
Aujourd’hui, Amos, texte d’Anne Cortey, illustrations par Janik Coat (Grasset Jeunesse)
disponible depuis le 10 février 2016
9782246787341 – 13€
à partir de 3 ans

Amos a fait ses premiers chez l’éditeur Autrement jeunesse qui n’est plus, alors c’est véritablement avec plaisir et nostalgie qu’on le retrouve. Voici ses premières aventures :

Amos et le pays noir (2009) épuisé, alors si vous le trouvez, foncez dessus
9782746712447 – 16.50€
Amos et les gouttes de pluie
(2011) 9782746714656 – 10€
Amos et les pissenlits
(2011) 9782746714649 – 10€

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On est tous faits de molécules – Susin Nielsen

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Dites, Hélium, c’est quoi cette agréable et exclusive surprise ? Figurez-vous que nous, lecteurs français, sommes les premiers à lire le tout nouveau roman de Susin Nielsen car il ne sort dans son pays d’origine (le Canada) qu’au mois de mai !!! Ce n’est pas génial ? Et vous savez ce qu’il est encore plus : ce roman, On est tous faits de molécules, qui est le tout premier méga-giga-gros coup de cœur de l’année 2015 de Bob. Alors merci, merci Hélium. :)

PETITE MODIFICATION (mais qui a son importance !) : Malgré ce que Bob vous a annoncé, le roman ne sortira finalement que le 15 avril pour des causes indépendantes de la volonté de l’éditeur (le livre est en effet sélectionné pour de prestigieux prix en Angleterre, la Carnegie Medal et le Guardian Prize, qui ont donc l’exclusivité pour la parution). 2 petits mois et demi à attendre…vous allez survivre ?

Stewart, 13 ans, et enfant surdoué, a perdu sa mère il y a deux ans. Quand son père a retrouvé l’amour, les voilà tous deux à emménager chez cette nouvelle femme et sa fille, Ashley, la fille la plus populaire du collège. Stewart est ravi, il va enfin avoir une sœur ! Sauf qu’Ashley l’est beaucoup moins, surtout que son père a récemment révélé être homosexuel, ce qui est bien plus que la jeune fille peut supporter…

★★★★★

Autant vous le dire tout de suite : vous n’allez pas lâcher ce roman ! Susin Nielsen a le don de nous attacher instantanément à son histoire et à ses personnages. Même les plus casse-pieds on les aime bien ! Et, surtout, ses personnages ont toujours une originalité et une personnalité qui les distinguent de tous les autres. Ce sont des héros sans l’être, ce sont des garçons surdoués mais pas si doués que ça pour la vie sociale et qui nous promettent des réflexions pertinentes, parfois débiles, toujours très drôles. Le roman est à deux voix, celle de Stewart puis celle d’Ashley et, si les scènes se répètent de l’un à l’autre pour avoir le point de vue de chacun, on ne s’en lasse pas une seule seconde. Il y a des thèmes abordés dans ce roman qui semblent chers à l’auteur : la différence (ici, Stewart est un « petit génie » avec des problèmes d’adaptation), l’homosexualité et la façon dont elle est perçue par les personnages (honte pour Ashley, homophobie pour d’autres). Le tout avec un humour qui fait toujours mouche ! On se moque un peu d’Ashley et sa passion unique pour l’apparence et la mode qui la font souvent passer pour plus bête qu’elle ne l’est et, pourtant, elle ressemble à tellement d’ados ! Mais on frissonne aussi pour elle quand des situations dérapent… Quant à Stewart, les souvenirs de sa maman qu’il chérit, sa volonté de s’intégrer, son désir de former une nouvelle famille et sa façon de mettre les pieds dans le plat le rendent extrêmement touchant et attachant. Contrairement à son précédent roman Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, qui était très sombre, Susin Nielsen renoue ici avec une légèreté qu’on retrouve de plus en plus rarement dans la production adolescente actuelle et ça fait vraiment du bien ! Un titre parfait dans notre sélection du moment et un premier gros coup de cœur de cette année 2015 ! A lire d’urgence !

On est tous faits de molécules, Susin Nielsen (Hélium)
en librairie le 15 avril 2015
9782330039332 – 14,50 €
à partir de 13 ans

Son
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Barnabé ou la vie en l’air – John Boyne

9782070650156,0-2356421

J’aime beaucoup les romans de John Boyne et c’est toujours avec beaucoup d’impatience que j’attends ses nouveaux livres… J’avais lu The terrible thing that happened to Barnaby Brocket l’année dernière, en anglais, et voyant que Gallimard le publie enfin (dommage qu’ils n’aient pas gardé l’idée du titre original), je vous propose une petite chronique en avant-première ! :)

Alistair et Eléonore Chevreau sont un couple tout ce qu’il y a de plus normal. Ils ne se font jamais remarquer et ne le désirent aucunement. Alors le jour où naît Barnabé et qu’on découvre qu’il flotte dans les airs, ses parents sont mortifiés par la honte. Barnabé vole et, en grandissant, va devoir apprendre à vivre avec ce don bien dérangeant pour sa famille. Jusqu’au jour où ses parents, n’en pouvant plus, font une chose terrible…

★★★★★

Ce qui me plaît beaucoup chez John Boyne, c’est sa façon de nous raconter des histoires loufoques, parfois absurdes, toujours étonnantes. On retrouve un humour qui n’est pas sans faire penser à Roald Dahl, tout en délivrant un message d’une importance capitale : l’acceptation de la différence. L’histoire est tout de même terrible : des parents abandonnent volontairement leur enfant pour la simple raison qu’il ne correspond pas à leur critère de « normalité ». Pourtant, Barnabé ne va jamais leur en vouloir, trop surpris et curieux de découvrir le monde. Car son étrange pouvoir, celui de voler dans les airs, va lui faire quitter son Australie natale pour des contrées presque magiques : le Brésil, le Canada, New York, etc. Et, surtout, il va rencontrer durant ses voyages des personnages tous plus étonnants les uns que les autres, tous différents à leur manière. Je trouve le message de John Boyne dans ce livre vraiment magnifique, une véritable ode à la différence, à s’accepter tel que l’on est et à accepter les autres tels qu’ils sont. Le tout passe par l’humour et la douceur, par ce regard si innocent de Barnabé. John Boyne a un vrai don pour nous faire rire tout en nous faisant réfléchir. A signaler également, les illustrations d’Oliver Jeffers, un artiste que j’adore, qui complètent à merveille le texte de John Boyne.

Barnabé ou la vie en l’air, John Boyne (Gallimard jeunesse)
en librairie le 30 octobre
9782070650156 – 13,50 €
à partir de 9 ans

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Comme les autres – Françoise Cruz

commeautresAugustin a 9 ans et une surprise l’attend pour cette nouvelle rentrée scolaire. Mademoiselle Julie son institutrice va annoncer à ses parents qu’il est surdoué. Et dès cet instant, beaucoup de choses vont changer : à commencer par le regard qu’ils vont porter sur leur fils…il est plus que ça ! il est surdoué. Mais ce petit en a marre d’être pointé du doigt dans la cour de récré comme à la maison, même si aux yeux de papa et maman cette caractéristique est une fierté. Alors Augustin va partir et montrer ainsi son mécontentement…

★★★☆☆

Un message on ne peut plus intéressant sur l’abord de la différence qui soulève de nombreuses questions :
- comment un enfant surdoué vit-il sa condition ?
- le comportement des parents peut-il être un déclencheur d’angoisses ?
- comment le rassurer ?

Un texte qui aurait mérité d’être approfondi – parce que Françoise Cruz écrit comme elle nous prépare une tartine, c’est délicieux et captivant mais j’aurais aimé un peu de confiture sur la mienne !
Je respecte néanmoins ce choix, c’est une histoire destinée aux plus jeunes (et aux parents) afin de les sensibiliser à ce qu’un enfant surdoué peut vivre et ressentir au contact de ceux qui ne le sont pas. Belle approche et bonne idée d’avoir accompagné le texte de photos illustrant parfaitement bien la situation : Augustin est habillé en super-héros – bien malgré lui – qu’il est dur d’être un Superkid alors que l’on souhaite n’être qu’un enfant ordinaire qui se bagarre à la récré avec les copains.

« - c’est grave ‘surdoué’ ?
– oui, je crois.
– ça se soigne comment ? »

Comme les autres, Françoise Cruz (Naïve)
en librairie depuis le 11 septembre
9782350213682 – 12€
à partir de 6 ans

Discussion
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Le blues des petites villes – Fanny Chiarello

9782211218535,0-2298062

J’avais beaucoup aimé Holden, mon frère, de Fanny Chiarello. Si j’avais été moins enthousiaste pour le roman jeunesse qui a suivi (Prends garde à toi), j’avais hâte de découvrir ce nouveau titre de la collection Médium. Et j’en ai été un peu déçue…

Sidonie, 14 ans, est loin de ressembler aux jeunes filles de son âge. Elle porte des chaussures rouges, écoute de la musique classique, ne s’intéresse à personne et a toujours pensé que sa vie ne pouvait commencer que lorsqu’elle quitterait sa petite ville. Mais un jour, sa rencontre avec Rébecca va tout faire basculer…

★★☆☆☆

Dans cette histoire, nous suivons Sidonie qui se révèle très vite un peu hautaine et horripilante par son élitisme et son jusqu’auboutisme. Elle se démarque totalement des jeunes de son âge, le revendique et souhaite plus que tout ne pas leur ressembler. Ce qui est plutôt intéressant, de ne pas se conformer à ce que nous dicte la société, de s’accepter tel que l’on est et de se moquer du regard des autres. Ce sont des valeurs que je trouve louables et que je défends. Sauf que Sidonie est vraiment très, trop, extrême, ce qui nous empêche de nous identifier réellement à elle. Heureusement, le personnage de Rébecca, plus subtil, vient adoucir les choses et permet à Sidonie d’ouvrir un peu les yeux et d’élargir ses horizons (mais pas trop non plus !). On découvre le blues, un genre musical probablement peu écouté des ados. Puis, petit à petit, tandis que leur relation se construit, c’est également l’amour qui vient se caler entre les deux jeunes filles. On aborde ainsi l’homosexualité, d’une très belle manière, et tout ce que cela implique à un si jeune âge et au sein de notre société pas si ouverte d’esprit que ça.
J’ai cependant eu du mal à m’accrocher pleinement à cette histoire et je ne suis pas sûre que les ados s’y retrouvent. C’est très littéraire, un peu à l’image de Sidonie et de ses passions peu accessibles au commun des mortels, et j’ai peur que le public visé soit un peu rebuté par le caractère de cette héroïne.

Une réflexion Jean-Michel ?

Je veux oui ! Sidonie est horripilante à souhait, l’adolescente typique en pleine crise, peu convaincante dans son histoire d’amour et très borderline : certaines de ses scènes sont à la limite du ridicule. Rebecca sauve les meubles et je rejoins Bob sur ce point : le choix du blues dans ce roman est excellent, la poésie qui en émane est en contraste avec la brutalité des comportements adolescents dans ce livre et apporte même une dose d’originalité qui aurait presque manqué…

Le blues des petites villes, Fanny Chiarello (Ecole des Loisirs)
collection Médium
en librairie le 1er octobre
9782211218535 – 15 €
à partir de 13 ans