Son
0

Meurtris – Siobhán Parkinson

9782211208192FS

Après la gifle qui a laissé une marque sur la joue de sa petite sœur Julie, Jonathan décide de partir. Leur mère, alcoolique, n’est plus capable de s’occuper d’eux. Ils fuient d’abord dans la maison de leur grand-mère récemment décédée avant de se décider à rejoindre Galway. Une fugue qui va bouleverser leur vie…

★★★★☆

Tout a commencé lorsque leur grand-mère est morte. Du moins, c’est là où Jonathan – Jono – pense que son histoire commence. Car c’est le jeune homme qui nous raconte, qui écrit cette histoire avec, en tête, les conseils de son professeur d’écriture créative (ou d’anglais, si on préfère). Si Jono n’est pas particulièrement ravi de cette entrée en matière, ce début nous accroche clairement et très vite, nous avons envie de comprendre comment la mort de sa grand-mère a entraîné la suite de ce que nous allons lire. Jonathan et sa petite sœur Julie ne vivent pas dans le meilleur environnement : un père disparu de la circulation, une mère alcoolique négligente qui fait l’erreur de trop en claquant Julie trop fort. Pour éviter que les services sociaux ne s’en mêlent, Jono va mentir auprès de l’école de la petite, et de son propre collège afin d’expliquer leur absence. Et lorsque les mensonges ne sont plus possibles, c’est la fuite qui lui semble la meilleure solution. Jonathan va alors emmener sa petite sœur pour une voyage de Dublin vers Galway où, il l’espère, l’attend une vie meilleure. Fin de la première partie…

Je ne vous dévoilerais pas le contenu de la deuxième, qui lorgne du côté du polar et de la recherche de la vérité. Mais entrecoupé de souvenirs de ses grands-parents et de ses parents, le récit de Jonathan nous entraîne dans cette fugue, dans cette mission qu’il se donne de protéger sa petite sœur. Le ton juste et sans concession de Siobhán Parkinson fait de Meurtris un roman puissant d’émotions, qui nous remue et ne nous lâche pas avant la dernière page. Maltraitance, négligence et abandon sont les mots clés de cette histoire terrible qui, malgré tout, trouvera sa lueur d’espoir. En dépit d’une petite impression de « déjà-lu » sur ces thématiques, Meurtris est un roman vraiment très bien écrit, qui m’a beaucoup touché. A découvrir !

Meurtris, Siobhán Parkinson, traduit par Dominique Kugler (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 11 mai 2016
9782211208192 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
4

Jan – Claudine Desmarteau

9782364748460,0-3163293
★★★★★

Jan… Jan, c’est Janis, 11 ans, qui n’aime pas vraiment son prénom depuis qu’on l’a fait rimer avec « pisse » et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Jan, c’est une débrouillarde, une gamine qui ment un peu et qui utilise plus souvent ses poings que sa tête, une fille qui ne se laisse pas faire. Elle a un petit frère, qu’elle adore et qu’elle veut protéger. Sa mère est vendeuse de chaussures, son père est chômeur professionnel. Et il boit. Beaucoup. Malgré tout, il est super fier de cette fille qui n’est pas « une gonzesse » et Jan est profondément attachée à ses parents et à ce père qui fréquente trop le « bar des amis ». Un jour, cette famille dysfonctionnelle va voler en éclats et je ne vous dis pas comment, ce serait vous gâcher la surprise…mais il fallait bien que ça pète pour que l’on ait une histoire…

Jan, c’est une belle claque dans la figure. Et ça commence avec l’écriture de Claudine Desmarteau, qui s’est lancée le défi de tenir jusqu’au bout de son roman la langue d’une enfant de 11 ans. C’est d’un réalisme social confondant, on se laisse totalement embarquer dans cette écriture, dans ce style, dans ces inventions de mots, d’expressions que tous les enfants de 11 ans entendent et déforment par incompréhension (et on se rappelle que nous aussi, à une époque, on utilisait des expressions à tort et à travers en les entendant dans la bouche des grands et qu’on se la pétait auprès des autres en leur faisant croire qu’on connaissait des trucs incroyables). C’est d’autant plus fort que c’est typiquement le genre d’écriture qui pourrait devenir lourdingue au bout d’un moment : ici, ce n’est pas le cas, l’exercice de style est tenu jusqu’au bout à la perfection. La claque, c’est aussi cette histoire, cet engrenage qui s’enclenche et va chambouler la vie de Jan et de son petit frère. Cette révolte qui gronde en elle, et qui va trouver une résonance dans le film Les 400 coups, de François Truffaut, et notamment à travers le personnage d’Antoine Doinel. Enfin, la claque, c’est aussi cette fin, dont je ne vous dis rien, mais qui nous laisse pantelant, sur le cul, aussi belle que frustrante…

Jan, c’est une lecture incroyable au rythme effréné, une gamine au caractère de cochon, rageuse et révoltée, à qui l’on s’attache de toutes nos tripes. C’est un roman qui chamboule, qui émerveille… Superbe ! Lisez-le. Point.

Jan, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 13 avril 2016
9782364748460 – 14,50€
à partir de 12 ans
Son
4

Ma fugue chez moi – Coline Pierré

9782812610523,0-3163137

Vous l’avez peut-être remarqué, on aime un peu beaucoup Coline Pierré ici ! Il était donc normal de continuer à vous parler d’elle et de ses livres moelleux et enveloppants.

Après une énième humiliation au collège et l’annonce que sa mère ne rentrera pas pour les fêtes de Noël, Anouk décide de fuguer. Sa préparation est exemplaire et la voilà dehors, prête à rouler sa bosse sur les routes d’Alsace…jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle ne sait pas où passer la nuit. Son projet avorté, elle rentre chez elle, toute penaude, avant de trouver la solution pour faire sa fugue : le grenier !

★★★★☆

C’est sur cette idée un peu folle et étonnante que repose ce très beau roman de Coline Pierré. Il y a un mal-être chez Anouk, entre son ancienne meilleure amie Marina qui la maltraite au collège et sa mère absente depuis des années, sans compter son père qui ne semble rien comprendre à ses émotions… Seule sa petite sœur Bena est capable de la rendre heureuse, mais celle-ci est en internat et Anouk ne la voit que le week-end. Alors elle décide de partir, de fuguer, de se prendre un petit studio quelque part et vivre sa vie, jouer de son banjo, être libre. Mais son rêve d’évasion romantique se heurte à la dure réalité de la vie et, malgré cette désillusion, Anouk choisit le grenier de sa maison pour assouvir son désir de solitude. Mais alors qu’elle organise sa vie dans cette pièce oubliée, Anouk se rend compte qu’elle entend tout ce qui se passe dans la maison grâce à la tuyauterie. Une astuce idéale pour savoir quand part son père pour descendre et prendre une douche ou se ravitailler, mais aussi une difficile prise de conscience que sa fugue laisse des traces chez les autres…

Je n’en dis pas plus sur cette histoire qui, malgré ce que je peux en dire, laisse beaucoup de place à l’humour et à des situations qui vous seront sourire. Anouk est une jeune fille particulièrement discrète et débrouillarde et on s’attache très rapidement à elle, aux émotions qui la traversent et à ce qui la pousse à fuguer chez elle. J’ai beaucoup aimé ses réflexions, notamment lorsqu’elle évoque sa fugue et les raisons qui l’y ont poussée ; ses souvenirs et sa tristesse de ne pas connaître réellement sa mère, présente à la maison une ou deux fois par an, trop occupée par son métier au Pôle Nord ; sa relation avec sa petite sœur ; sa sensation que son père ne la comprend pas. J’ai l’impression de vous parler d’un roman larmoyant mais ce n’est pas le cas du tout, il y a une véritable douceur dans tout ce que nous raconte Coline Pierré à travers Anouk, je me suis sentie bordée doucereusement dans ses mots et dans son histoire, j’ai ri et je suis sortie de ce livre avec un soupir de contentement. C’est une belle histoire de famille, une jolie rencontre avec cette drôle de fille et sa drôle d’idée, un livre aussi lumineux que le laisse présager sa très belle couverture. :)

Ma fugue chez moi, Coline Pierré (Rouergue)
collection DoAdo
disponible le 9 mars 2016
9782812610523 – 10,20€
à partir de 13 ans
Discussion
0

La belle rouge – Anne Loyer

9782874262678,0-2687681

Kader est un adolescent en difficulté qui a navigué de familles d’accueil en foyer, passages entrecoupés de démêlés avec la justice. Son quotidien est bien loin de lui convenir dans son centre pour mineurs et il donne du fil à retordre à Christian, éducateur. Un soir de dispute, Kader s’enfuit et ouvre la première porte d’un camion qu’il trouve ouvert sur un parking, celui de Marje, une camionneuse au fort tempérament. La rencontre entre ces deux personnages est détonante, pour notre plus grand plaisir. :)

Dans la camionnette de Jean-Michel

★★★★☆

Une rencontre hors du commun qui m’a captivée : entre un rebelle à tendance petit délinquant qui se cherche et une femme solide qui ne jure que par son engin qu’elle surnomme “la belle rouge”, les échanges sont croustillants. Persuasive, Anne Loyer nous fait adorer ce duo surprenant. Quand Marje découvre le jeune homme dans son habitacle, sa première réaction est de le jeter dehors après qu’il eût été passablement désagréable et impoli. Rapidement, elle va le rapatrier près d’elle et faire en sorte de lui délier la langue…cet adolescent en fugue envahissant son espace vital doit bien avoir quelques révélations à faire ? Abandonné par sa mère très jeune, Kader a en tête de la rejoindre au Maroc aujourd’hui – il ne le dit pas mais ce garçon a besoin d’une figure maternelle, d’un réconfort qui briserait sa forteresse de solitude. Gros dur au cœur meurtri, il va trouver en Marje le symbole d’une guide impétueuse et moelleuse (oui moelleuse, parfaitement : Marje me fait cet effet-là). Cette conductrice aguerrie possède aussi un lourd secret, échange de bon procédé : elle se dévoilera au fil des révélations de Kader. L’histoire s’inscrit dans la réalité : il ne s’agit pas d’un conte moderne où le rose est prépondérant et la fin à paillettes. Ici, les responsabilités sont prises en considération…Marje emmène l’adolescent avec elle certes, mais elle a des responsabilités en agissant ainsi, et elle les prend. Un roman terre-à-terre où deux exclus jouent des coudes dans l’axe brutal de la vie et trouvent les réponses à leurs questions. Merci Anne :) (quoiqu’un peu court ce roman : on voulait encore plus de Marje et de Kader).

En stop avec Bob

★★★☆☆

C’est justement ce que j’ai le plus regretté : que le roman soit si court. Je rejoins Jean-Michel sur cette très belle relation qui se noue entre ces deux personnages cassés par la vie. Mais j’aurais aimé notamment mieux connaître Marje, son quotidien de routière et ce secret qu’elle ne révèle à personne. J’ai eu l’impression de voir passer cette histoire aussi vite que la Belle rouge sur l’autoroute, sans avoir eu le temps d’en apprécier toutes les couleurs et tous les détails. Sans doute que les personnages secondaires, Amandine et Christian, les éducateurs de Kader, dont l’histoire s’écrit en parallèle, et auxquels je ne me suis pas particulièrement attaché, ont contribué à cette impression. Il n’en reste pas moins un beau roman, une belle rencontre.

La belle rouge, Anne Loyer (Alice)
collection Tertio
disponible depuis le 15 octobre 2015
9782874262678 – 12€
à partir de 13 ans

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Dylan Dubois – Martine Pouchain

Après que sa mère eut quitté le foyer, le père de Dylan sombra dans l’alcool et l’adolescent fût envoyé en foyer. De retour aux côtés de son paternel, il se rend vite compte que la nouvelle petite amie de son père Cynthia, est polluante, manipulatrice et à la suite d’événements peu conventionnels, Dylan va s’enfuir et passer par la case forêt…

★★★★☆

dylanduboisOn se prend vite d’affection pour Dylan, 15 ans en quête de stabilité. Lors de son retour, il retrouve la maison familiale affublée d’une belle-mère et de son fils Pedro. La cohabitation se fait difficilement mais cela saute aux yeux : Dylan fait moult efforts et compromis qui ne sont absolument pas reconnus ni récompensés. Martine Pouchain, qui a formidablement réutilisé le mythe de la marâtre, nous offre la version 2.0 de la belle-mère de Blanche-Neige. Sournoise, fainéante, d’une beauté fatale, à tendance escamoteuse, qui a toujours raison, usant de ses charmes pour parvenir à ses fins…tout ce qu’il faut pour vous faire frémir de rage tant les injustices dues à son comportement sont répétées et révoltantes. Elle finira par aller trop loin dans la manipulation, bien après avoir joué avec les cordes sensibles de l’adolescent jusqu’à utiliser des moyens abjects voués à exciter le jeune homme. Dylan, en pleine ambivalence va commettre un acte plus ou moins violent. En plein désarroi, il fuira vers des contrées inconnues mais favorables. Lorsque Dylan rencontre Gus, un ermite vivant en plein cœur de la forêt en parfaite autonomie : nous assistons à la maturité qui fleurit de l’adolescent grâce à la sagesse bonifiée du vieil homme. J’apparente ce roman avec la série Kung Fu : Dylan Dubois est Petit Scarabée, en fuite après avoir frappé sa belle-mère qui elle-même ravage la vie familiale. Il dispose d’une arme solide contre ses ennemis : la réflexion :)

A travers ses lectures de Steinbeck, de Kerouac et de Henry David Thoreau, Martine Pouchain nous emporte au fond de nous-même et de nous place face à nos questionnements fondamentaux : qui sommes-nous ? De quoi sommes-nous capable ? Même si l’adolescent est le principal concerné, je dis “nous” car ces questions vous serons familières lors de la lecture. A défaut d’appels de phares, Martine Pouchain nous fait des appels forestiers (elle était vraiment pourrie cette phrase, je ne peux pas croire que j’ai écrit un truc pareil).

Dylan Dubois, Martine Pouchain (Sarbacane), collection Exprim’
à paraître le 4 novembre 2015
9782848658216 – 15.50€
à partir de 14 ans

Son
2

Aussi loin que possible – Éric Pessan

9782211108317,0-2703681

Un matin, sur le chemin du collège, Anthony et Tony délaissent leurs sacs de cours et se mettent à courir. Comme ça, pour s’amuser, pour savoir qui va le plus vite…et puis, arrivés au bout du parking, ils ont continué. Tout droit, ils ont continué à courir. Sans se poser de question, sans savoir où aller. Un simple marathon, une course pour laisser derrière eux leurs soucis…

★★★★☆

Un roman qui se lit comme la course de nos deux jeunes héros : sans s’arrêter, sans jamais perdre haleine. Raconté par Antoine, l’histoire débute comme la simple évocation d’une amitié. Une amitié qui lie ces deux garçons aux prénoms similaires pas seulement à cause de ça mais aussi car ils ont tous les deux quelque chose qui leur pèse. Un avis d’expulsion pour Tony, dont la famille ukrainienne va devoir quitter le territoire français, un père à la main lourde pour Antoine. Sont-ce là les raisons qui les ont poussés à se mettre à courir, un jour, comme ça ? Pour Antoine, ces raisons intimes sont venues plus tard. Au début, il ne s’agissait que d’un jeu, de quelque chose qui n’était pas prémédité. Et puis, en courant, les raisons sont apparues, les pensées ont eu le temps de se frayer un chemin dans l’esprit du jeune homme.

Aussi loin que possible pourrait être le slogan d’Antoine et Tony dans cette course qui paraît d’abord comme une fugue pour leurs familles avant d’être médiatisée et vue par la presse comme la volonté d’agir sur ce qui ne va pas dans leur vie ou, du moins, dans celle de Tony et de l’éviction de sa famille. Une course qui devient alors politique et sociale quand elle n’a commencé que par un défi entre amis. C’est sans doute là toute la beauté de ce texte qui, avec beaucoup de finesse, nous fait entrer dans les réflexions d’un garçon de 13 ou 14 ans qui, au fil de son odyssée, développe une analyse de son environnement, des gens qu’il croise, de notre société consumériste. Ce n’est pas le cœur du roman, mais j’ai trouvé les réflexions d’Antoine belles et pertinentes, l’écriture d’Eric Pessan est vraiment remarquable.
Aussi loin que possible est un roman sans doute singulier mais qui fait avant tout la part belle à une grande amitié entre deux adolescents et porte en lui un beau message d’encouragement et d’espoir.

Aussi loin que possible, Éric Pessan (Ecole des Loisirs)
collection Médium
disponible le 30 septembre 2015
9782211108317 – 13€
à partir de 14 ans

Discussion
5

Dans la gueule de l’alligator – Carl Hiaasen

9782364747234

Richard vit en Floride, où il aime aller voir les nids de tortues avec sa cousine Malley. Le jour où celle-ci fugue pour rejoindre un homme rencontré sur le net, Richard ne peut croire à cette disparition volontaire. Heureusement, il rencontre Skink, un ancien gouverneur déclaré mort, grand défenseur des causes perdues, qui va l’aider à retrouver sa cousine, en fâcheuse posture…

Quand Bob l’ouvre grande

★★★★☆

Si vous avez déjà lu du Carl Hiaasen, alors vous connaissez le goût de l’homme pour les polars écologiques et un peu barrés. Dans la gueule de l’alligator ne déroge pas à cette règle et cela grâce au personne de Skink, vieil allumé complètement déglingué, au look totalement improbable, aux ressources stupéfiantes et au mode de vie des plus surprenants. Richard en est resté comme deux ronds de flan lorsqu’il a l’a rencontré pour la première fois, un peu comme nous. Et c’est sans doute tout ce qui fait la saveur de ce roman un peu dingue qui devient très vite une longue course-poursuite semée d’embûches et d’ennuis divers et variés qui impliquent beaucoup de noyades et de chairs dévorées. Il est clair qu’on ne s’ennuie par un seul instant et qu’on retient notre souffle jusqu’au dernier moment. On peut sans doute ne pas adhérer à cette exubérance constante mais j’avoue que cela donne un côté très drôle, en tout cas décalé, à cette histoire qui ne l’est pas tant que ça. La partie écologie du roman s’intègre très bien à l’intrigue générale, l’auteur ne nous assène pas des données à tout bout de champ ou n’est pas insistant, il sait parfaitement bien doser les choses tout en nous en apprenant beaucoup sur la faune locale.
Un excellent polar écologique aux personnages forts et plein de ressources. Une course poursuite haletante et sanglante qui vous laissera sans doute pantelant…

Et dans la bouche de Jean-Michel ?

★★★★★

thedude

Skink ressemblerait à The Dude du film The big Lebowski

Mais NON DE NON quel roman ! Des tortues de mer, de l’alligator, du skate et des personnages qui pètent des étincelles ?! J’ai sincèrement passé l’un des meilleurs moments de lecture de cette Rentrée littéraire. Carl Hiaasen, en indécrottable auteur spirituel nous offre des instants et des personnages floridiens magiques : Skink qui sort du sable pour chasser un braconnier et le dérouiller…moment précieux de lecture à découvrir ! L’action et la détente se mêlent au burlesque pour une lecture riche à l’écriture et la traduction soignées. Je rejoins Bob sur cette part d’écologie qui apporte une dimension supplémentaire à ce policier qui est déjà riche. Quant au parallèle entre Skink et The Big Lebowski qui est fait au début du roman, il n’y a rien à ajouter : cet ancien gouverneur est le sosie du Dude :D En plus électrique et aventurier, certes, mais avec une barbe du tonnerre. Quant au jeune Richard, notons que le courage et la détermination dont il fait preuve pour retrouver et défendre sa cousine sont étonnants : cet adolescent se découvre lui-même des ressources dont il n’avait pas conscience et ce, pour notre plus grand plaisir ! Résultat de cette lecture : mon Bob, je veux partir au bout du monde, laisser pousser ma barbe, défendre des hérons et des tortues en sautant à pieds joints sur des braconniers qui appellerons leurs mères en détalant comme des lapins. On va rigoler hein.
Et n’oublions pas qu’en lisant Dans la gueule de l’alligator, vous deviendrez familier avec le pic à bec ivoire (l’oiseau ci-dessous qui se la pète un peu)…on ne vous dira pas pourquoi, vous n’avez qu’à le lire :)

le-Pic-à-bec-ivoire

Chers adultes, sachez que les aventures de Skink existaient déjà avant (avec plus d’actions, encore plus déjanté) et sont disponibles aux éditions 10/18 :
Queue de poisson  9782264045874
 De l’orage dans l’air  9782264041463
 Presse people  9782264059246

Dans la gueule de l’alligator, Carl Hiaasen (Thierry Magnier)
disponible le 19 août 2015
9782364747234 – 17€
à partir de 14 ans

Son
0

Eleanor – Holly Black

9782747047708,0-2283387

Aujourd’hui, c’est Halloween, alors quoi de mieux que vous présenter un livre censé faire peur ? Alors voici Eleanor…mais tiendra-t-elle le pari de vous filer la pétoche ?

Zach, Poppy et Alice partagent la même passion : les jeux de rôles avec des figurines. Ils ont inventé leur propre monde, peuplé des pirates, de sirènes et de trésors, gouverné par la Sublime Reine, une étrange poupée de porcelaine qui trône dans une vitrine chez Poppy. Mais un jour, Zach est contraint d’arrêter de jouer et le plus étrange se produit : la poupée s’anime et ordonne à Poppy de la ramener auprès des siens ou les trois enfants ne connaîtront jamais le repos…

★★☆☆☆

« Certains jeux peuvent s’avérer dangereux », telle est la phrase d’accroche de la quatrième de couverture. Malheureusement, je n’ai pas été aussi effrayée que je l’espérais. Le début du roman est un peu long à se mettre en place, l’auteur prend le temps de nous présenter les personnages, leur vie plutôt tranquille ou les difficultés familiales qu’ils rencontrent. Il faut attendre d’être arrivé au tiers du livre pour que l’aventure commence véritablement, quand les enfants décident de se lancer dans cette quête folle de ramener la Sublime Reine, qui contiendrait les cendres d’une petite fille morte, dans sa ville d’origine afin de l’enterrer. C’est également à ce moment que les éléments de peur ou d’horreur entrent dans l’histoire, car des choses bien étranges se déroulent durant leur périple, des choses auxquelles la poupée ne serait pas étrangère… Eleanor fera-t-elle peur aux plus jeunes ? Peut-être, mais j’ai trouvé que le roman aurait pu être un peu plus effrayant ou, du moins, garder le suspense jusqu’au bout et jouer un peu plus sur les doutes des personnages. Car j’ai trouvé que les enfants acceptaient assez facilement l’histoire de cette poupée (qui est pourtant terrible !) et ne semblaient pas toujours être dans une peur constante. A un moment donné, l’auteur insiste plus sur l’aspect initiatique de son histoire, et la façon dont cette quête fait grandir Zach et Alice. Déçue, donc, par cette histoire que j’attendais vraiment effrayante…

Eleanor, Holly Black (Bayard jeunesse)
en librairie depuis le 16 octobre
9782747047708 – 13,90 €
à partir de 10 ans