Son
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Jusqu’ici, tout va bien – Gary D. Schmidt

9782211217132,0-4442925

1968. Après avoir perdu son travail, le père de Doug Swieteck emmène toute sa famille à Marysville, une petite ville dans laquelle il espère trouver un nouveau travail. Doug n’est pas particulièrement enchanté : la ville est nulle, il fait trop chaud, la nouvelle maison est un trou à rat, son frère est un crétin fini, son autre frère au Vietnam et son père traîne trop avec Ernie Eco à boire des coups. Seul le sourire de sa mère le maintient à flot…jusqu’à sa rencontre avec les oiseaux d’Audubon…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas les romans de Gary D. Schmidt, il est temps de vous y mettre ou vous rateriez des moments de lectures absolument exceptionnels ! Après nous avoir régalé avec La guerre des mercredis (on en a pas parlé ici, on a honte, mais Bob l’a lu super tard…genre il y a 2-3 mois alors on se rattrape maintenant) et le jeune Holling Hoodhood (eh ouais, ça arrive !) qui découvrait Shakespeare avec une prof qui le détestait tout en rencontrant ses idoles du baseball, c’est à l’un des copains de Holling que l’on s’intéresse dans ce nouveau roman : Doug.

Doug n’a pas la vie facile et, si on le suspectait déjà dans La guerre des mercredis, on le découvre enfin avec cette histoire qu’il nous raconte. Alors que les hommes s’apprêtent à marcher sur la Lune et que la guerre au Vietnam fait rage, le garçon emménage dans une nouvelle ville, la « stupide Marysville » et doit composer avec un père violent et un frère qui lui fait toutes les crasses possibles. Etiqueté « voyou » à cause de cela, il se retrouve mêlé à des bagarres au collège, dans le viseur du principal et dans le collimateur du prof de sport qui a servi au Vietnam. Pourtant, malgré la stupidité de la ville, Doug va faire deux rencontres décisives : Lil’, tout d’abord, une fille au caractère bien trempé, dont le père est l’épicier de la ville qui va lui donner un petit boulot pour le samedi après-midi ; et Mr Powell, le bibliothécaire de la bibliothèque qui n’ouvre que le samedi et qui détient des originaux des Oiseaux d’Amérique d’Audubon. Cette rencontre avec les peintures du naturaliste vont considérablement ébranler toutes les certitudes du garçon et révéler des talents dont il ne soupçonnait rien ! Mais l’histoire de Doug est loin de se contenter de cela et c’est tout ce qui fait la qualité de ce roman : la richesse de son histoire, des rencontres que fait Doug, de ses passions pour le baseball (Bob n’a personnellement rien capté à tous les trucs sur le baseball mais, en bon ami pour Doug, il a hoché la tête en connaisseur), pour le dessin, les oiseaux et tout ce qui est beau dans la vie, sa difficulté à composer avec son père et ses frères, notamment quand l’aîné rentre du Vietnam changé, à faire évoluer le regard des autres sur lui et sur les préjugés que les gens ont sur sa famille… Une richesse des thèmes (et il en manque par rapport à ce que je vous ai déjà dit) qui pourrait être fouillis et qui pourtant donne une incroyable cohérence à cette tranche de vie adolescente.

Gary D. Schmidt est un auteur à découvrir absolument : on ne s’ennuie pas un seul instant, grâce à Doug, plein d’humour et de spontanéité, qui nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par tout un tas d’émotions ; aux nombreux personnages qui gravitent autour de lui et sont particulièrement fouillés et intelligemment écrits ; à tous ce que les histoires, celles avec un grand H ou celles que l’on vit au quotidien, apportent à un adolescent et construisent ce qu’il deviendra, qu’elles soient sombres ou pleines d’espoir. Un roman d’une grande intelligence, passionnant, terriblement drôle, et lumineux. Un vrai coup de cœur ! ❤

Jusqu’ici, tout va bien, Gary D. Schmidt, traduit par Caroline Guilleminot (École des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782211217132 – 18€
à partir de 13 ans
Son
5

Libérez l’ours en vous – Carole Trébor

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Kolia et Lisa sont deux lycéens qui participent au club de théâtre de leur établissement. Cette année, ils devaient travailler avec leurs camarades sur la pièce Les justes de Camus. Mais leur professeure, Patricia Valente, est malade et ne peut pas assurer les cours cette année… Avec un nouveau professeur et l’aide du mari de Patricia, les jeunes gens vont lui faire la surprise de monter une autre pièce de théâtre, celle écrite par leur professeure : Merci l’ours

★★★★☆

Après avoir écrit de nombreux romans historiques ou fantastiques avec la Russie en toile de fond, Carole Trébor nous propose cette fois-ci une fiction totalement contemporaine, à la rencontre d’adolescents passionnés par le théâtre voulant créer la surprise pour leur enseignante malade et absente en ce début d’année scolaire. Le récit est porté principalement par Kolia, d’origine russe, dont le destin est de devenir comédien, mais que son père ne comprend pas, avec qui les relations sont difficiles, d’autant plus depuis la mort de sa mère, de sa grand-mère et du remariage de son père avec une femme qu’il déteste ; et Lisa, dont les parents travailleurs sociaux ne sont pas plus encourageants – et dont elle a un peu honte – qui ne rêve que des paillettes et des lumières du métier d’actrice. Deux personnages forts, parfois agaçants, parfois attachants, toujours émouvants, autour desquels gravitent des seconds rôles que l’on découvre en même temps que Kolia et Lisa acceptent de les laisser entrer dans leurs vies.

Ce qui fait l’originalité du roman de Carole Trébor, c’est la pièce de théâtre qui parsème le récit. Merci l’ours est une pièce qui existe vraiment, écrite par l’autrice, et qui a été jouée. C’est une pièce musicale, où les chansons s’intègrent dans l’histoire racontée sur scène. Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez télécharger l’application Syros Live et, en flashant la couverture du roman, pourrez accéder au livret de la pièce pour la lire en entier, écouter les chansons (mais ce n’était pas encore disponible aujourd’hui) et découvrir d’autres petits bonus ! Mais cette pièce, c’est aussi un moyen pour les élèves de découvrir leur enseignante sous un jour nouveau car il s’agit d’une pièce semi-autobiographique et ce sont bien des surprises qui attendent Kolia et Lisa à la lecture du livret…

Avec Libérez l’ours en vous, Carole Trébor propose une histoire dense où se mêlent habilement les difficultés personnelles des adolescents et leurs problématiques de comédiens en herbe, avec la volonté de réussir à tout concilier malgré les obstacles. C’est bien évidemment un hymne au théâtre et pas seulement aux acteurs, à ceux qu’on voit sur scène, mais aussi aux autres, à ceux qui sont dans les coulisses, qui font tout pour que ça marche le jour J. Et ce sont aussi de belles histoires d’amitié, d’amours naissants, de compréhension et d’acceptation des histoires familiales et de leurs secrets. Un bien joli roman pour commencer l’année !

Libérez l’ours en vous, Carole Trébor (Syros)
disponible le 4 janvier 2018
9782748521306 – 17,95€
à partir de 13 ans
Son
6

De beaux albums sous le sapin

Il ne reste que quelques heures pour faire vos derniers achats et chez Bob & Jean-Michel, on pense à vous pour vous donner tout plein d’idées ! Alors une dernière sélection, d’albums cette fois, à offrir à toutes sortes d’enfants et leurs toutes sortes de goûts, pour les plus petits et pour les plus grands. C’est cadeau ! 🙂

Le phare à voile

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Un gardien de phare vit tranquillement dans son édifice, prenant soin de tous les navires qui longent la côte. Mais un jour, un poisson volant s’empare de la lumière de son phare et l’emporte avec lui. Alors le gardien s’élance à sa poursuite, transformant son phare en bateau… Mais comment les bateaux vont-ils se débrouiller sans lui ?
Après nous avoir émerveillés avec son Moabi, Mickaël El Fathi récidive avec cet hommage vibrant aux phares qui guident les bateaux et à leurs gardiens. Dans ce très bel album aux couleurs véritablement magiques, il nous embarque dans son histoire telle un conte merveilleux tout en évoquant la réalité des phares et de leurs gardiens aujourd’hui. Encore une fois, on se laisse happer par la poésie de son texte et, surtout, par ses images absolument sublimes pailletées de magie. Et comme dans son précédent album, un soin tout particulier est apporté à tous les aspects du livre, depuis la page de garde jusqu’aux notes documentaires. Un délice pour les yeux !

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Le phare à voile, Mickaël El Fathi (La Palissade)
disponible depuis le 12 octobre 2017
9791091330411 – 16,50€
à partir de 5 ans
L’ours et le trappeur

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Jacques Poitier est trappeur dans les Rocheuses au XIXe siècle. Un beau jour, il entend une mélodie le long de la rivière et y découvre un ours accompagné d’un concertina. Subjugué par sa voix et malgré l’étrangeté de cette rencontre, Jacques invite l’ours, Mortimer, à l’accompagner chez lui, marquant le début d’une étonnante amitié…
Les Fourmis rouges ont le chic pour publier des albums uniques et audacieux et L’ours et le trappeur n’y déroge pas ! Cette histoire d’amitié pas banale lorgne du côté du conte, où l’animal doué de parole se heurte au monde des hommes. Une histoire dans laquelle la beauté de la musique, l’émotion suscitée, est l’élan qui pousse Jacques à emmener Mortimer de part les États-Unis pour faire découvrir cette voix incroyable, quitte à risquer la découverte de la vraie nature de Mortimer. Une nature qui, l’hiver venu, sonne la fin des « concerts » de Mortimer pour les humains et, peut-être, la collaboration entre Jacques et l’ours. Une fin qui, là encore, comme un conte, laisse planer le mystère sur la réalité de cette amitié entre l’homme et l’ours, donne toute sa saveur à cet album magnifique. Car son intérêt réside également dans de sublimes illustrations où l’illustrateur de bandes dessinées se permet de très belles pleines pages, où l’on admire son trait précis et ses douces couleurs.

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L’ours et le trappeur, Christophe Swal (Les Fourmis rouges)
disponible depuis le 19 octobre 2017
9782369020851 – 15€
à partir de 6 ans
Cavale

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On l’appelle Cavale car il court tout le temps, sans jamais s’arrêter. In ne craint rien, sauf Fin, qui le poursuit. Montagne, elle, préfère rester immobile, pour échapper à Fin également. Mais quand Cavale trouve Montagne sur son chemin, il est bien obligé de s’arrêter…
Vous connaissez sans doute notre amour pour Stéphane Servant et ses univers sensibles et oniriques dans ses romans, et son humour dans ses albums. Dans Cavale, on retrouve tous ses talents au service d’une allégorie de la peur de la mort. Un texte finement ciselé d’une grande poésie, de jolies notes d’humour et d’une fulgurante beauté complètement sublimé par les illustrations subtiles de Rébecca Dautremer. Elle ajoute par ses dessins une dimension surréaliste et des touches d’humour elle aussi, à cette histoire autour de la vie, de la mort, de la peur, de l’amour et du temps qui passe. Un album magique et un magnifique coup de cœur !

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Cavale, Stéphane Servant, illustré par Rébecca Dautremer (Didier jeunesse)
disponible depuis le 25 octobre 2017
9782278085439 – 20€
à partir de 6 ans
Kado

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Le jour où ils sont arrivés, ils ont brûlé tous les villages et tué tous les habitants. Ils n’ont gardé que lui, le petit garçon qui sera offert à la Reine, le cadeau. Un rôle bien important grâce auquel il apprend à dire « Oui, ma Reine », « Tout de suite, votre Majesté ».
Avec ses mots toujours justes, à hauteur d’enfant, Thomas Scotto évoque la grande Histoire, celle de la colonisation, dans cet album poétique et, mine de rien, violent. Mine de rien car les grandes et riches peintures très colorées d’Eric Battut, tout en petits personnages, contrastent avec le sombre destin d’esclave de ce petit garçon, de Kado, le petit serviteur de la Reine. Mais c’est aussi ce qui fait toute la réussite de ce bel album sur le déracinement, cette façon dont les mots plein d’émotions de Thomas Scotto, la terrible violence de l’histoire, le bel espoir de la fin et les superbes images d’Eric Battut s’assemblent. Un album fort et sensible.

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Kado, Thomas Scotto, illustré par Éric Battut (A pas de loups)
disponible depuis le 3 novembre 2017
9782930787336 – 17€
à partir de 5 ans
Quand j’étais petite…

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Jules demande à sa maman de lui raconter des histoires de quand elle était petite. Avant d’être une maman, elle s’appelait Capucine et, quand elle était petite, elle vivait dans une maison de poupée, se rassasiait d’une framboise ou encore dormait dans une moufle !
Après avoir découvert le duo O’Leary/Morstad avec Il était une fois Lily, ce sont les toutes jeunes éditions de L’Étagère du bas qui publient leur nouvel album en France. Cette fois-ci, à travers un texte sensible et poétique, elles évoquent la relation entre une mère et son enfant, et continuent à explorer l’imaginaire à travers les souvenirs de cette maman qui était aussi petite qu’un insecte et vivait des choses extraordinaires ! Des références à certains contes bien connus viennent émailler ce joli récit aux illustrations délicates, sobrement colorées et finement rétro. De jolies illustrations en page de garde et un dos toilé complètent ce bel album en hommage au partage entre l’enfant et le parent et à la tendresse et l’amour d’une mère pour son fils.

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Quand j’étais petite…, Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad, traduit par Cécile Provost (L’Étagère du bas)
disponible depuis le 10 novembre 2017
9782955789643 – 14,95€
à partir de 3 ans
Son
3

Classiques illustrés (bis)

Il y a deux ans, nous vous proposions déjà une petite sélection de romans classiques illustrés, cadeaux parfaits pour les fêtes de Noël. Une nouvelle fournée pour cette saison avec toujours autant de beaux albums à offrir, pour le plaisir des yeux et de la (re)découverte de textes indémodables ! Bon, on ne vous remet par le Harry Potter illustré de l’année, vous l’avez déjà acheté, hein ? 🙂

Moby Dick

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La célèbre histoire de la baleine blanche et de son poursuivant acharné est ici illustrée par Anton Lomaev, connu dans son pays pour avoir surtout illustré les contes de fées les plus célèbres. Avec ses crayons et son aquarelle, il nous propose des illustrations vibrantes et magnifiques, sublimées par un grand format qui rend véritablement hommage à la qualité de ses images. On ne peut que succomber au charme classique de sa peinture grâce à une illustration quasiment à chaque page, à ses portraits stupéfiants et à ses scènes de navigation somptueuses. Le texte, dans une nouvelle traduction, ne reprend pas tout à fait l’œuvre intégrale, mais voilà une belle façon de (re)découvrir le roman d’Herman Melville.

Moby Dick, Herman Melville, illustré par Anton Lomaev, traduit par Jean Muray (Sarbacane)
collection Les grands classiques illustrés
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782377310197 – 29,90€
à partir de 11 ans
Vendredi ou La vie sauvage

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Chez Flammarion, c’est Ronan Badel qui s’attaque à un autre monument de la littérature contemporaine (enfin…du siècle dernier, quoi) : Vendredi ou La vie sauvage, de Michel Tournier. Dans une palette de couleur restreinte, avec du bleu-vert pour dominante, Ronan Badel met son trait vif et plein d’humour au service de ce roman d’aventure qui célèbre la nature et la liberté. Là aussi un grand format qui permet d’apprécier l’histoire comme les dessins, entre vignettes et pleines pages, sur un papier bien agréable au toucher. Un véritable plaisir de relire ce roman découvert à l’école quand Bob était petit !

Vendredi ou La vie sauvage, Michel Tournier, illustré par Ronan Badel (Flammarion)
disponible depuis le 18 octobre 2017
9782081394438 – 19,90€
à partir de 10 ans
Alice & merveilles

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Point de nouvelle édition avec Alice & merveilles (on triche un peu sur notre postulat de départ, du coup) mais une véritable réinterprétation de l’histoire d’Alice dans cet album CD d’une excellente qualité ! Le texte savoureux, moderne et virevoltant, entre théâtre et chanson, est proposé par Stéphane Michaka, les illustrations merveilleuses et tourbillonnantes de couleurs par Clémence Pollet et la musique swinguante de Didier Benetti est brillamment interprétée par l’Orchestre national de France et les solistes de la Maîtrise de Radio France. Une réussite à tous les points de vue, qui fait véritablement honneur au texte original de Lewis Carroll et à ses personnages. Rendez-vous sur le site de l’éditeur pour écouter quelques extraits et voir quelques planches de cet album joyeux et pétillant pour une fête de Noël de ouf !

Alice & merveilles, Stéphane Michaka d’après Lewis Carroll, illustré par Clémence Pollet (Didier jeunesse)
collection Albums-CD
disponible depuis le 2 novembre 2017
9782278089284 – 23,80€
à partir de 6 ans
Son
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Miss Pook et les enfants de la lune – Bertrand Santini

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Paris, 1907. Miss Pook, une sorcière, se fait passer pour une gouvernante anglaise auprès d’une famille bourgeoise et parvient à convaincre leur petite fille, Elise, de l’accompagner dans son château sur la Lune. Là-haut, Elise fait la connaissance de créatures aussi merveilleuses que terrifiantes et, bientôt, met au jour un terrible complot…

★★★★☆

Alors qu’une pluie de marrons s’abat sur la Provence de Gurty (n’hésitez pas à les offrir pour Noël, ils sont toujours délicieux – les marrons, mais aussi les aventures de l’épatante petite chienne 😛 ), Bertrand Santini nous offre aussi en cette fin d’année un conte fantastique trépidant…et terrifiant !

Miss Pook, c’est une sorte de Mary Poppins diabolique. A priori bien sous tous rapports, élégante, raffinée et bien élevée, cette fausse gouvernante est en réalité une sorcière à qui il ne faut pas chercher des noises et accompagnée de Goldorillon, un dragon de papier chinois. C’est par un stratagème digne des mises en garde d’un conte de fées que Miss Pook arrive à convaincre la petite Elise de quitter son douillet logis parisien pour s’installer avec elle sur la Lune. Dans son château merveilleux, Elise s’ennuie tout de même bien vite et ne rêve que d’explorer la Lune et ses mystères…malgré les interdictions de sa nouvelle maman ! Et c’est dans un enchaînement digne des tribulations d’Alice dans le pays des Merveilles que tombe Elise, où les rencontres avec d’étranges personnages se succèdent, pour un final tout en rebondissements !

Bertrand Santini, comme dans Hugo de la nuit (certain repèreront sans doute le clin d’œil), crée un univers sombre et décalé, dans lequel il s’affranchit des codes classiques induits par ses inspirations, tout en ne donnant absolument aucune limite à son imagination. Une imagination débordante mais cohérente dans son univers, qui emprunte à un certain nombre de mythes, pour notre plus grand plaisir. Et comme dans son précédent roman chez Grasset, Bertrand Santini porte à nouveau un regard amer sur l’humanité, nous invitant à réfléchir sur qui sont les véritables monstres grâce à des personnages complexes et inattendus, Miss Pook et Elise en tête.

Miss Pook et les enfants de la Lune est le premier tome réussi d’une série dont on a hâte de connaître la suite après une fin surprenante ! Bertrand Santini continue à nous émerveiller par ses univers riches, vifs et plein de surprises, tout en étant d’une grande sensibilité et d’une acuité sur le monde de l’enfance et de ses questionnements, même si c’en est parfois cruel. On notera la très belle couverture de Laurent Gapaillard, qui aurait bien donné envie d’avoir des illustrations intérieures… 😉

Miss Pook et les enfants de la lune, Bertrand Santini (Grasset jeunesse)
disponible depuis le 8 novembre 2017
9782246860556 – 13,90€
à partir de 10 ans
Son
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Les Marvels – Brian Selznick

Après un Salon de Montreuil particulièrement intense, Bob et Jean-Michel sont de retour avec plein de belles idées de cadeau pour Noël ! On commence avec le nouveau roman graphique de Brian Selznick, qui était présent cette année sur le salon et qui nous a émerveillé par son univers et son travail minutieux (et qui a quelque peu tout émotionné Bob pour être tout à fait honnête). 😛

9782747066020,0-44410201766. Alors que se joue une pièce de théâtre sur le pont d’un navire, une tempête se lève et détruit le bateau. Billy Marvel est le seul rescapé de cette tragédie. De retour à Londres après avoir été secouru, il trouve refuge dans un théâtre en construction. Devenu machiniste, la découverte d’un bébé dans les coulisses du théâtre va changer sa vie et faire naître une étonnante dynastie de comédiens.
1990. Joseph s’enfuit du pensionnat dans lequel il vit pour rejoindre Londres et la maison de son oncle qu’il n’a jamais vu, Albert Nightingale. D’abord réticent à la garder, Joseph va malgré tout rester, d’autant plus que d’étranges choses se passent dans cette demeure comme figée dans le temps…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas Brian Selznick, il faut absolument vous rattraper ! Il a totalement révolutionné le roman illustré ou graphique, comme vous voulez, pour la jeunesse avec L’invention de Hugo Cabret, que vous avez dû voir au cinéma, adapté par Martin Scorsese (eh ouais !). Et vous avez sans doute vu récemment des affiches du film Le Musée des merveilles, sorti le mois dernier, et adapté de son magnifique Black Out, lauréat du prix Sorcières en 2013. Cette fin d’année, il revient avec un roman encore plus magnifique, tant dans sa réalisation (tout plein de dorures sur la couverture et une tranche dorée) que son contenu, et encore plus gros que les précédents !

Brian Selznick est un auteur qui est parvenu à doser parfaitement ses récits en alternant les mots et les images. Dans L’invention de Hugo Cabret et Black Out, il alternait les passages écrits et les passages illustrés. Ici, on change un peu la manière faire en proposant une première partie uniquement en images, avec l’histoire des Marvels, cette illustre famille de comédiens qui connut des succès et des scandales pendant près d’un siècle et demi. La deuxième partie, celle de Joseph, est elle uniquement en mots, jusqu’à la toute fin du roman où reviennent les images pour une conclusion d’une très grande émotion. Comment ces deux histoires se lient ? C’est bien tout le mystère que va tenter de percer Joseph et, comme lui, nous sommes impatients de la savoir et complètement abasourdis quand on apprend la vérité.

Brian Selznick mène son récit d’une main de maître. Ses images en noir et blanc sont absolument magnifiques, d’autant plus quand on sait comment il les travaille (avec une loupe, sur des formats de papier de la taille d’une carte postale ou à peine), fourmillent de détails et sont d’une étonnante précision dans les visages et les émotions. Quant à son texte, Brian Selznick a le chic de nous conter des histoires émouvantes, pleine de mystères et de surprises. Inspiré par l’histoire vraie d’une maison-musée de Londres et de ses propriétaires, Brian Selznick aborde encore une fois le thème de la famille, de la recherche des origines, du deuil, et d’autres (que je vous laisse découvrir), plus durs, avec son écriture toujours douce, captivante et sensible.

Un roman graphique splendide, qui a tiré quelques larmes à Bob, et qui plaira à tous les amateurs de belles histoires racontées en mots et en images… ❤

Les Marvels, Brian Selznick, traduit par Diane Ménard (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 25 octobre 2017
9782747066020 – 19,90€
à partir de 10 ans
Discussion
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Bob & Jean-Michel au SLPJ !

Bonjour à tous,

L’activité s’est quelque peu ralentie sur Bob & Jean-Michel, car nous nous préparions pour le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil ! Nous y serons jusqu’à lundi ! Vous pourrez d’ailleurs voir Bob à trois reprises sur le salon, en tant qu’animateur de rencontres et tables rondes. Voici son programme :

Jeudi 30 novembre, à 15h

Ados : d’un monde à l’autre
Rencontre croisée avec Antoine Dole et Stéphane Servant autour de leurs derniers romans.
Scène littéraire – G17

Vendredi 1er décembre, à 9h30

Les optimistes meurent en premier
Rencontre avec Susin Nielsen autour de son dernier roman.
Scène littéraire – G17

Samedi 2 décembre, à 10h30

Prix La voix des blogueurs : fin du suspens !
Rencontre avec Clémentine Beauvais, Luc Blanvillain et Claudine Desmarteau, sélectionnés dans le Prix et annonce du vainqueur de l’édition 2017 ! Avec également (presque) tous les autres membres du jury.
Scène littéraire – G17

N’hésitez pas à venir nous voir ! 😀 Et bon salon à tous ceux qui y seront !

Son
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Nightwork – Vincent Mondiot

9782330086688,0-4499100

Patrick a 14 ans, vit avec sa mère borderline dans une cité où la drogue se vend en bas de son immeuble et qui a valu six mois de prison à son grand frère Abdel. Au collège, il est la proie favorite des harceleurs les plus brutaux. Son seul refuge, ce sont les jeux vidéo, une passion qu’il partage avec Mégane, sa meilleure amie. Mais lorsqu’Abdel sort enfin de prison, la vie déjà pas bien grandiose de Patrick ne va pas s’arranger…

★★★★☆

C’est un Patrick de 21 ans qui nous raconte son histoire, celle qui a peut-être débuté lors de ce sauvetage de moineau sur le chemin du retour de l’école, mais qui a surtout commencé bien des pages plus loin, quand il fut cet adolescent gringalet accro aux jeux vidéo, que son frère était en prison et qu’il ne pouvait même pas compter sur sa mère alcoolique et au chômage. Il lui faudra un certain temps avant de nous révéler cet « élément perturbateur » qui va chambouler totalement sa vie et peut-être a-t-il bien fait de nous raconter tout cela avant, d’amener du contexte à ce qui va suivre, à ce qu’on ne manquera pas de penser de lui si on ne connaissait que cet « élément perturbateur » ?

Difficile de ne pas trop en dire sur ce magnifique roman ! Vincent Mondiot dresse le portrait d’un jeune garçon qui ne demandait qu’à être aimé et s’est retrouvé à n’être qu’un ado égoïstement transparent et malingre avec pour seul espèce d’amour la protection d’un demi-frère. Et pourtant, on s’attache à Patrick, à sa volonté de se rappeler le bon en lui et dans sa famille, de rêver ce jeu vidéo qu’il s’imagine concevoir lorsqu’il sera plus grand, et de penser à son avenir, se débarrasser des mauvais souvenirs. Le jugera-t-on pour cet acte unique qui a bouleversé sa vie ? C’est toute la question qui hante Patrick alors qu’il nous déroule le fil de ses pensées. Et c’est tout le talent de Vincent Mondiot de nous proposer avec justesse et sincérité de découvrir l’histoire de Patrick, ses longues journées au collège et les soirées plus longues encore avec cette mère quasi-folle, son amitié improbable avec une fille qui cumule comme lui les tares attitrées de têtes de turc et l’espoir qu’un frère rentré de prison sera capable de tout arranger. Un roman touchant, poignant, pour sa franchise, son authenticité et pas du tout pour une volonté de nous apitoyer sur le sort d’un pauvre gars. Patrick est un personnage qui marque, tant dans son apparente adolescence toute en autocentrisme dont il finit par avoir parfaitement conscience que dans sa décision finale, qui le marquera lui à tout jamais. Un très beau roman !

Et pour ceux qui avaient lu Tifenn : 1 Punk : 0 chez Sarbacane, vous devriez avoir une surprise assez plaisante. 😛

Nightwork, Vincent Mondiot (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782330086688 – 14,50€
à partir de 14 ans