Son
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De la sagesse des animaux…

On entend ou lit parfois que nous avons beaucoup à apprendre des animaux. Les livres pour la jeunesse ne nous contrediront sûrement pas, n’est-il pas ? Eh bien dans ces deux petits romans, à destination des plus jeunes, vous verrez que les animaux ne manquent pas de sagesse ! 😛

Hamaika et le poisson

Contrairement à ses congénères, Hamaika est une petite poule très curieuse qui s’éloigne chaque jour un peu plus de son rassurant poulailler. Et la voilà au bord de la mer, à se promener le long de la plage, manquant presque d’écraser un poisson coincé dans un trou d’eau. Pour Hamaika, c’est le début de quelque chose de tout nouveau…

★★★★★

Superbe découverte que ce texte plein d’intelligence de Pierre Zapolarrua ! Ou comment une petite poule tête en l’air mais avide de connaissances, de découverte du monde et des autres se lie d’amitié avec un poisson tout aussi exceptionnel qu’elle. Récit d’une amitié naissante, bien sûr, d’un apprentissage de l’autre dans ses particularités, il est aussi question du dépassement de soi et de tolérance. S’il n’est pas toujours simple de constater que les autres ne sont pas aussi ouverts d’esprit que soi-même, notamment lorsque les deux amis voudront se présenter à leurs familles respectives, Hamaika ne baisse pas les bras et, malgré les doutes, continue à se battre pour un monde plus grand, meilleur… Une écriture vive, rythmée, non dénuée d’humour et de malice : des adjectifs que l’on peut accorder également aux illustrations d’Anastasia Parrotto dont j’ai adoré le style ! ❤ Une magnifique Petite Polynie qui donne de l’espoir et des couleurs à ce début d’année !

Hamaika et le poisson, Pierre Zapolarrua, illustré par Anastasia Parrotto (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 17 janvier 2019
9782352894131 – 9,50€
à partir de 7 ans

 

Par la forêt / Par le lac

C’est la fin de l’hiver, bientôt arrivera le printemps. Et pour rien au monde ce petit Indien ne manquerait ce spectacle du changement de saison ! Pour observer ce phénomène, il doit se rendre à la Colline aux Lézards…mais quel chemin prendre ? Par le lac ou par la forêt ?

★★★★★

Nouvel opus de la collection Boomerang, dont le principe est de proposer une histoire recto-verso, avec souvent le même récit raconté par deux voix différentes, Alex Cousseau nous propose ici un jeu différent : la même histoire, la même fin, mais un chemin différent pour y accéder. Notre jeune chasseur, à travers les rencontres animales qu’il fera dans ses deux périples, ne sera pas au bout de ses surprises… Les amoureux d’Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son univers plein de poésie, inspiré de contes ou légendes (ici amérindiennes) et où la nature tient une place essentielle. Une nature aussi splendide et magique que terrible et où il est souvent question de survie. Les autres se laisseront emporter par son univers et son écriture aussi poétiques que sensibles. Et vous, quel chemin choisirez-vous ?

Par la forêt / Par le lac, Alex Cousseau, illustré par Marta Orzel (Le Rouergue)
collection Boomerang
disponible depuis le 9 janvier 2019
9782812617294 – 6,50€
à partir de 8 ans
Son
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Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

En vacances, Abi est victime d’un terrible accident de la route qui lui laisse un bras en charpie. Amputée, la jeune fille doit composer avec ce handicap et laisse son ancienne vie, insupportable, derrière elle pour se murer dans son chagrin et la détestation de son nouvel état…

★★★★☆

Il y a deux ans, Marie Pavlenko nous faisait nous gondoler avec Déborah et sa loose légendaire. Cette année, autant vous dire qu’on se marre moyen moyen avec ce nouveau roman qui commence durement, et sanglantement. Imagine, t’as 20 ans et toutes tes dents, tu rêves de devenir véto… Bon, t’as quand même été larguée par ton copain deux semaines plus tôt, ça va peut-être pas fort. Et là, bim, tu te retrouves avec le bras amputé jusqu’à l’épaule. Tu passes des mois à l’hosto, tes parents en profitent pour déménager et quand tu reviens, tu peux gentiment te terrer dans ta chambre, te gaver d’antidouleurs et attendre que le temps passe à te morfondre sur ton état et sans voir personne. Car tu es devenue moche, inutile, un vrai poids pour ta famille. D’ailleurs ta sœur en a marre et te le fait sentir, ton père fait le mariole pour essayer de te faire rire, ta mère plaque tout pour s’occuper exclusivement de toi, et ta tante folle-dingue essaye tant bien que mal de te remonter le moral. Ouais, bon, dis comme ça, ça a l’air horrible comme vie. Et sans doute que ça l’est ! Essayez donc de faire des choses avec un seul bras quand vous en avez toujours eu deux ! Et puis, petit à petit, Abi sort de sa coquille… Ça commence par une petite sortie chez le coiffeur, et puis au parc…et puis avec quelqu’un, quelqu’un d’autre qu’un membre de sa famille… Ce quelqu’un, c’est Aurèle, un passionné de zoziaux qui parviendra peut-être à inciter Abi à déployer ces ailes… (C’est beau, hein ?)

Encore une fois, Marie Pavlenko parvient à trouver le ton juste, sait instiller la touche d’humour, de légèreté ou de totale déconnade quand il le faut, sans jamais minimiser les émotions et les sentiments de son personnage, son rapport à ce nouveau corps, sa gravité, ses doutes et ses peines. On sent un véritable amour pour Abi et sa famille – la relation mère/fille est d’ailleurs touchante, et est un peu dans la continuité de celle de Je suis ton soleil. Et suivre Abi dans ce chemin vers l’acceptation de son nouveau soi, de sa perte, dans sa (re)découverte des autres, est une expérience absolument bouleversante. Un si petit oiseau est une petite pépite de douceur et d’émotion à découvrir comme à l’éclosion d’un petit volatile qui sort de son œuf. Prenez-en soin et il vous le rendra bien. 🙂

Un si petit oiseau, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782081443846 – 17,50€
à partir de 13 ans
Son
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Jusqu’ici, tout va bien – Gary D. Schmidt

9782211217132,0-4442925

1968. Après avoir perdu son travail, le père de Doug Swieteck emmène toute sa famille à Marysville, une petite ville dans laquelle il espère trouver un nouveau travail. Doug n’est pas particulièrement enchanté : la ville est nulle, il fait trop chaud, la nouvelle maison est un trou à rat, son frère est un crétin fini, son autre frère au Vietnam et son père traîne trop avec Ernie Eco à boire des coups. Seul le sourire de sa mère le maintient à flot…jusqu’à sa rencontre avec les oiseaux d’Audubon…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas les romans de Gary D. Schmidt, il est temps de vous y mettre ou vous rateriez des moments de lectures absolument exceptionnels ! Après nous avoir régalé avec La guerre des mercredis (on en a pas parlé ici, on a honte, mais Bob l’a lu super tard…genre il y a 2-3 mois alors on se rattrape maintenant) et le jeune Holling Hoodhood (eh ouais, ça arrive !) qui découvrait Shakespeare avec une prof qui le détestait tout en rencontrant ses idoles du baseball, c’est à l’un des copains de Holling que l’on s’intéresse dans ce nouveau roman : Doug.

Doug n’a pas la vie facile et, si on le suspectait déjà dans La guerre des mercredis, on le découvre enfin avec cette histoire qu’il nous raconte. Alors que les hommes s’apprêtent à marcher sur la Lune et que la guerre au Vietnam fait rage, le garçon emménage dans une nouvelle ville, la « stupide Marysville » et doit composer avec un père violent et un frère qui lui fait toutes les crasses possibles. Etiqueté « voyou » à cause de cela, il se retrouve mêlé à des bagarres au collège, dans le viseur du principal et dans le collimateur du prof de sport qui a servi au Vietnam. Pourtant, malgré la stupidité de la ville, Doug va faire deux rencontres décisives : Lil’, tout d’abord, une fille au caractère bien trempé, dont le père est l’épicier de la ville qui va lui donner un petit boulot pour le samedi après-midi ; et Mr Powell, le bibliothécaire de la bibliothèque qui n’ouvre que le samedi et qui détient des originaux des Oiseaux d’Amérique d’Audubon. Cette rencontre avec les peintures du naturaliste vont considérablement ébranler toutes les certitudes du garçon et révéler des talents dont il ne soupçonnait rien ! Mais l’histoire de Doug est loin de se contenter de cela et c’est tout ce qui fait la qualité de ce roman : la richesse de son histoire, des rencontres que fait Doug, de ses passions pour le baseball (Bob n’a personnellement rien capté à tous les trucs sur le baseball mais, en bon ami pour Doug, il a hoché la tête en connaisseur), pour le dessin, les oiseaux et tout ce qui est beau dans la vie, sa difficulté à composer avec son père et ses frères, notamment quand l’aîné rentre du Vietnam changé, à faire évoluer le regard des autres sur lui et sur les préjugés que les gens ont sur sa famille… Une richesse des thèmes (et il en manque par rapport à ce que je vous ai déjà dit) qui pourrait être fouillis et qui pourtant donne une incroyable cohérence à cette tranche de vie adolescente.

Gary D. Schmidt est un auteur à découvrir absolument : on ne s’ennuie pas un seul instant, grâce à Doug, plein d’humour et de spontanéité, qui nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par tout un tas d’émotions ; aux nombreux personnages qui gravitent autour de lui et sont particulièrement fouillés et intelligemment écrits ; à tous ce que les histoires, celles avec un grand H ou celles que l’on vit au quotidien, apportent à un adolescent et construisent ce qu’il deviendra, qu’elles soient sombres ou pleines d’espoir. Un roman d’une grande intelligence, passionnant, terriblement drôle, et lumineux. Un vrai coup de cœur ! ❤

Jusqu’ici, tout va bien, Gary D. Schmidt, traduit par Caroline Guilleminot (École des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782211217132 – 18€
à partir de 13 ans
Son
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Krol le fou – Sigrid Baffert

9782211225717,0-3174681

Nous avions beaucoup aimé ici l’écriture sensible de Sigrid Baffert quand elle nous racontait l’histoire de la Fille qui avait deux ombres. Cette fois-ci, si c’est à de plus jeunes lecteurs que ce petit roman s’adresse, on retrouve encore une fois toute la sensibilité de l’auteure dans ce très beau texte illustré avec tout autant de finesse par Aurore Callias.

Edgar aime s’assoir après l’école sur le banc qui fait face à la mer et observer le rocher de Bass Rock, où nichent des fous de Bassan. Un jour, un oiseau se pose à côte de lui et se met à lui parler. Il s’appelle Krol, c’est un fou de Bassan et lui aussi aime le calme et rester à l’écart des autres…

★★★★☆

Edgar est un garçon solitaire et « trop lent » pour ses camarades de classe. Ce qu’il aime, c’est observer les oiseaux avec ses jumelles, Edgar est un scrutateur. C’est ce qui a plu à Krol et l’a incité à se poser sur le banc à côté du petit garçon pour lui parler. Passé la surprise de découvrir un oiseau qui parle, Edgar et Krol vont commencer à discuter ensemble et apprendre à se connaître. Bientôt, le fou a un service à demander au garçon, un service très important : lui écrire une lettre. Pas une lettre d’excuse, ou d’amour, mais plutôt une lettre de recommandation car Krol désire se trouver un travail. Un travail un peu comme les humains, ce qui étonne Edgar qui aimerait tant savoir voler, voltiger et plonger comme les fous de Bassan…

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Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir cette très belle rencontre entre ce garçon et ce fou, une histoire étonnante où un drôle d’oiseau va permettre à un enfant d’affronter sa solitude et de gagner en confiance en lui. On ressent toute l’affection de Sigrid Baffert pour ses personnages, pour cette tranche de vie au bord de la mer, ce petit moment de rêve. Les très belles illustrations d’Aurore Callias ajoutent à la tendresse qui se dégage de ce petit roman virevoltant comme un fou de Bassan.

Pour découvrir un peu plus le livre et ses illustrations, l’éditeur a réalisé une petite vidéo très chouette, avec la lecture d’un extrait par Sigrid Baffert herself !

Krol le fou, Sigrid Baffert, illustré par Aurore Callias (L’école des loisirs)
collection Mouche
disponible depuis le 30 mars 2016
9782211225717 – 8€
à partir de 7 ans
Son
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Le domaine – Jo Witek

9782330060862,0-3163133

Si cet oiseau mort sur la couverture vous met mal à l’aise ou vous effraie, c’est normal. 🙂 Le nouveau roman de Jo Witek joue pas mal sur ces sentiments…

Pendant les vacances d’été, Gabriel accompagne sa mère dans une demeure où elle a été engagée comme domestique. Passionné d’ornithologie, il a accepté de l’accompagner pour visiter les forêts et points d’eau qui entourent le domaine, ravi de cette solitude à venir. Mais bientôt, les petits enfants de la famille débarquent au domaine et Gabriel va faire l’expérience de sentiments forts et irrépressibles…

★★★★☆

Après s’être intéressée à la folie dans Un hiver en enfer, Jo Witek se penche ici sur une autre forme de « folie » : l’amour ! Un amour absolu, pur, dévorant et visiblement à sens unique. Gabriel est un jeune homme plutôt solitaire, le genre amateur de la nature qui peut passer des heures assis devant un étang pour observer une grenouille. Pour le reste, il est plutôt poli, bien élevé, cultivé et curieux, bref, le garçon idéal pour une mère veuve. Lorsque les petits enfants du couple de La Guillardière, qui possède le domaine, débarquent, la belle Éléonore en tête, Gabriel est victime du coup de foudre et se frotte pour la première fois au sentiment amoureux. Un amour qui le consume tant il est fort et alors, petit à petit, Gabriel semble basculer dans un état presque maladif, où son amour se transforme en voyeurisme, en perversité… Des sensations nouvelles qui le changent, et vont lui faire perdre ses repères…

Douée dans le roman psychologique, Jo Witek l’est assurément ! A la différence de ces romans précédents dans la même collection, le côté thriller est ici moins présent, en tous cas sous une autre forme et plutôt sur la fin. Avec Le domaine, on est plutôt dans un roman d’ambiance, j’ai notamment pensé aux romans gothiques du XVIIIe siècle, où le sentimental et le macabre étaient mêlés, avec des personnages extrêmement romantiques victime de passions dévorantes. L’idée du domaine, à l’écart de la civilisation, sans connexion internet ; la vie du couple La Guillardière très ancestrale avec domestiques et vieilles pierres ; ce personnage de Gabriel si éloigné des ados « habituels » ; renforcent d’ailleurs cette impression que l’on est hors du temps. Le roman comporte aussi plusieurs passages qui n’ont rien à envier au roman fantastique, des moments de rêves ou de cauchemars qui brouillent aussi les pistes et donnent à Gabriel l’impression d’un endroit étrange, malsain. Et au lecteur un certain sentiment de malaise…

Le domaine est en tous cas un excellent roman, bien écrit et passionnant. Quand on connaît les autres romans de Jo Witek, on s’attend toujours à une chute étonnante et la fin de celui-ci ne dément pas son talent à nous faire croire que tout est résolu alors que ce n’est pas le cas et à nous surprendre véritablement. Si l’on reste tout de même avec quelques questions non résolues sur la fin (me semble-t-il), on ne s’ennuie clairement pas un seul instant ! Une lecture aussi dévorante que la passion de Gabriel pour Éléonore !

Le domaine, Jo Witek (Actes Sud junior)
collection Ado – Thriller
disponible depuis le 2 mars 2016
9782330060862 – 15,50€
à partir de 14 ans
Discussion
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Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire – Gilles Abier

Avec trois parutions cette année, 2016 semble être importante pour Monsieur Abier. Celle de nouveaux succès ? On l’espère. En plus de son *très formidable* roman publié chez La Joie de Lire, on attend avec impatience Je sais que tu sais, un petit nouveau de la collection Ego chez Talents Hauts le 18 février, puis Violon dingue un Petite Poche chez Thierry Magnier en mai. Mais pour l’heure, on vous présente celui qui est déjà sorti des cartons.

9782889083046,0-3014538

Élias vit avec sa mère, Franck Garny, son beau-père et Choucroute, la chat de celui-ci. Enfant prématuré, il a toujours été petit pour son âge, particulièrement pâle et chétif. Malgré cela, Élias est persuadé qu’il est destiné à faire des choses extraordinaires. Un jour, ça le frappe : il va voler. Mais quand il commence à perdre ses doigts de pieds au profit de pattes d’oiseaux et que son nez s’allonge en bec, il n’est plus si sûr de vouloir voler…

L’avis extraordinaire de Jean-Michel

★★★★★

Comment fait-on pour écrire un roman si ensorcelant ? A la lecture de deux phrases la magie opère : les rires fusent, on aimerait retenir chacune des répliques d’Elias, la curiosité est éveillée et la fin si inattendue que le roman en devient extraordinaire. Élias aurait pu être mon meilleur pote : il adore le gratin dauphinois, Matilde et Milo sont ses meilleurs amis et je trouve que ce sont 2 des plus beaux prénoms qui existent. Surtout, il a cette capacité à utiliser la dérision comme moyen d’auto-défense : ses tortionnaires, Guillaume et Farid, sont respectivement surnommés par notre super-héros « Gratte-cul » toujours à fouiller son entre-fesses et « Deux grammes » tel le poids de son cerveau. Un héros chétif certes, mais il va en conquérir, des cœurs de lecteurs ! Comme le mentionne Bob un peu plus bas : il est difficile de ne pas spolier le livre, nous omettons des détails volontairement pour ne pas vous mettre la puce à l’oreille, vous laisser la part belle à cette découverte surprenante, cette fin intrigante qui mériterait d’être discutée.

D’autres trucs de Bob

★★★★☆

Quand il n’écrit pas de belles histoires poétiques à destination des plus jeunes, Gilles Abier est particulièrement doué pour nous trimballer là où on ne s’y attend pas grâce à des chutes surprenantes (je pense notamment à Un de perdu qui m’avait particulièrement frappée). Du coup, ça va être vachement dur de vous parler de ce roman sans rien vous révéler car je ne m’attendais vraiment pas à cette fin et, rien qu’en vous disant cela, c’est limite si je ne vous spolie pas un peu.
Je vais donc me contenter de vous dire que les personnages inventés par Gilles Abier sont réellement attachants, j’ai beaucoup apprécié l’humour très différent et très particulier de chacun, Élias le premier. On est clairement intrigué par cette drôle de chose qui arrive à Élias, cette transformation physique qu’il semble être le seul à constater mais que ses meilleurs amis acceptent avec une facilité délirante. J’ai trouvé l’écriture de Gilles Abier vraiment très fine et humoristique, d’autant plus déconcertante quand on arrive à cette fin qui non seulement nous « choque » mais nous donne envie de recommencer le livre pour repérer les endroits où l’on a rien vu venir… Bien joué, monsieur Abier.

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire, Gilles Abier, couverture illustrée par Séverin Millet (La Joie de lire)
collection Encrage
disponible depuis le 21 janvier 2016
9782889083046 – 14€
à partir de 13 ans
Son
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Tatie pourrie – David Walliams

Le David Walliams nouveau est arrivé ! Chez Bob et Jean-Michel, les romans de ce truculent anglais, digne héritier du grand maître Roald Dahl, sont toujours attendus avec beaucoup d’impatience. Après cette introduction, vous pourriez croire que nous nous sommes battus pour savoir qui le lirait en premier…mais rappelons simplement que Bob a de fort jolies défenses… 😛

9782226318695,0-2708577

Stella Saxby se réveille orpheline après l’accident qui a coûté la vie à ses parents. Unique héritière du manoir de Saxby Hall, son horrible tante Alberta, aidée de son fidèle Wagner – un hibou géant des montagnes de Bavière – est prête à tout pour lui voler l’acte de propriété. Heureusement, Stella va se trouver un allié précieux pour déjouer les terribles plans de cette tatie pourrie…

★★★★☆

La recette de David Walliams fonctionne toujours aussi bien ! Encore une fois, on passe un très bon moment de lecture et on ne voit pas défiler les bonnes grosses 400 pages (tout de même !) abondamment illustrées par Tony Ross. Un duo qui, lui aussi, marche du tonnerre ! Dans cette histoire, l’auteur nous ramène au début du siècle dernier dans l’aristocratie anglaise où le gigantisme des manoirs n’a d’égal que la solitude. Stella découvre avec horreur en se réveillant d’un profond coma que ses parents sont décédés dans un accident et que son horrible tante veille sur elle. Une tante véritablement monstrueuse dont la seule passion est les hiboux…et les sales coups ! Stella tente bien vite de fuir, mais Tante Alberta et son terrible hibou géant en ont décidé autrement et la jeune fille est séquestrée dans la cave. Plutôt cruel, non ? Eh bien ce n’est pas le pire car l’horreur ne fait que commencer pour la pauvre Stella, qui va tenter de se débarrasser de cette tatie pourrie. Heureusement, elle pourra compter sur l’aide d’un étrange petit ramoneur…

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire, mais David Walliams parvient toujours avec beaucoup de réussite à nous faire rire, nous faire grimacer de dégoût et n’épargne aucun de ses personnages…si vous aimez les tortures d’enfants, ce livre est fait pour vous ! J’apprécie aussi toujours sa façon de s’adresser au lecteur (et son chapitre sans image où, en effet, c’est quand même vachement mieux quand il y a des dessins – Bob a trouvé aussi que c’était nul comme chapitre, mais l’auteur avait ses raisons, alors ça passe) et ses trouvailles loufoques, ses personnages qui ne sont là que pour l’effet comique (le majordome) et ses petits bonus.
Un concentré d’humour (et un peu de frisson) à mettre dans les mains de tous les fans de l’auteur ou à faire découvrir à ceux qui voudraient passer une chouette soirée à rigoler. Et on vous invite aussi à découvrir tous les autres si vous ne connaissiez pas David Walliams, parce que ça vaut vraiment le coup ! 😀

Tatie pourrie, David Walliams (Albin Michel jeunesse)
collection Witty
disponible le 30 septembre 2015
9782226318695 – 12,50€
à partir de 8 ans

Son
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Monsieur Moisange – Fred Bernard et Gwendal Le Bec

9782226257918,0-2539918

Monsieur Moisange est un drôle d’oiseau, si l’on en croit les gens. En dehors de ses collègues au bureau, il ne côtoie guère que sa mère, oiselière sur les quais du Louvre. Pierre Moisange vit seul, il appelle tout le monde « coco » et malgré son allure séduisante, est un homme célibataire. « Ah si je pouvais voler… » se disait-il…ce qu’il fait dans ses rêves en compagnie d’une belle inconnue. Jusqu’au jour où son vœu s’exauce, et deux ailes lui poussent au bout des bras…

★★★★☆

Que va-t-il alors arriver à Monsieur Moisange ? C’est une toute nouvelle vie qui l’attend, entre célébrité et voyages autour du monde. Mais Pierre n’a réellement qu’un objectif : celui de retrouver la jeune femme qu’il voit en rêve, car elle existe et elle aussi rêve de lui. Pourtant, avant de la retrouver, il lui faudra tenir la promesse faite à sa mère, celle de ramener les oiseaux de sa boutique dans leurs pays à sa mort. Et c’est ainsi que notre drôle de bonhomme voyage à travers le monde, la beauté des paysages se disputant aux dangers de la nature…ou de l’homme. Sa mission terminée, il se rend alors en Inde, où semble vivre l’amour de ses rêves.
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Monsieur Moisange est un petit roman illustré, presque un conte, qui célèbre le rêve, l’amour et la liberté. Le texte de Fred Bernard est très poétique, parfois teinté d’humour, et est merveilleusement mis en image par Gwendal Le Bec et ses illustrations douces et colorées. Le livre m’a pas mal fait penser à Mon père est un homme-oiseau, de David Almond et Polly Dunbar, que j’aime beaucoup. Le propos n’est pas tout à fait le même, mais je trouve quand même qu’il y a d’agréables similarités. En tous cas, Monsieur Moisange est un bel ouvrage, qui n’aurait pas démérité un format un peu plus grand pour en apprécier encore plus les illustrations. A conseiller à tous les enfants amoureux de l’imaginaire et du rêve. 😉

Monsieur Moisange, Fred Bernard et Gwendal Le Bec (Albin Michel-Jeunesse)
en librairie depuis le 4 mars 2015
9782226257918 – 11,90 €
à partir de 8 ans

Son
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Les oiseaux – Julien Roux

9782369020332,0-2427169

Amateurs d’ornithologie (c’est la science de l’étude des oiseaux, Jean-Michel !) ou non, vous allez craquer pour ce magnifique album ! Qui commence par le tout début de l’histoire : l’œuf. Un œuf qui éclot, un petit oiseau qui grandit et découvre le monde, ainsi que d’autres espèces d’oiseaux. Une histoire a priori toute simple, qui invite les jeunes lecteurs (et les moins jeunes) à l’observation des oiseaux et de leurs habitudes ou caractéristiques. On y découvre ainsi le nid, le premier envol, les migrations, ou alors ce qui fait de l’aigle le roi du ciel, les particularités du flamant rose, etc. Ces petites informations documentaires sont savamment glissées dans un texte court et poétique, presque chantant, dans lequel on retrouve le « refrain » il est oiseau à chaque page. Quant à l’illustration, Julien Roux utilise du feutre et la technique s’allie parfaitement avec le texte. Quand on regarde les dessins au feutre de Jean-Michel qu’il faisait à l’école, c’est tout simplement abominable (en plus de dépasser des traits), mais il n’avait certainement pas le talent de Julien Roux, dont les illustrations sont vivantes et colorées. La dernière double page sur laquelle figure un grand nombre d’espèces est superbe et, en bonus, l’intérieur de la quatrième de couverture offre une présentation non exhaustive d’oiseaux (peut-être les préférés de l’auteur ?) toute aussi belle. Avec Jean-Michel, on essaie de savoir quel est notre oiseau préféré mais ils sont tous tellement beaux que c’est trop dur de choisir !

Les oiseaux, Julien Roux (Les Fourmis rouges)
en librairie depuis le 20 novembre
9782369020332 – 16,50 €
à partir de 3 ans