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Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire – Maëlle Desard

Esther Parmentier, 19 ans, fait son stage dans un cabinet d’agence comptable où elle s’ennuie profondément et où la chaleur écrasante de l’été strasbourgeois lui fait regretter sa Bretagne natale. Mais elle n’est pas au bout de ses peines car elle déboule tout à coup dans un monde complètement fou et inattendu lorsqu’elle découvre qu’elle est une sorcière ! La voilà désormais stagiaire au sein de l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Et sa première enquête va la mener sur d’étranges disparitions d’adolescents…

Préparez-vous à succomber au charme ébouriffant et sarcastique d’Esther Parmentier, qui n’avait rien demandé à personne et se retrouve à frayer avec des créatures sorties tout droit de contes de fées ! Inspiré de la mythologie celtique, le monde magique de Maëlle Desard se compose de créatures aussi diverses que les vampires, les banshees, les loup-garous ou encore les djinns et les fantômes. Et sachez que tout ce petit monde vit parmi nous, grâce aux sorcières qui ouvrent des portails magiques entre la Terre et le Sidh, cet autre monde dont les créatures sont originaires. Passé le choc de cette découverte et de son nouveau statut de sorcière (de niveau 2 sur 82, soit un score particulièrement bas), Esther va se laisser embrigader dans une enquête de disparitions d’adolescents qui préfigure peut-être un complot bien plus important… Et pour tuteur, elle aura l’agent Loan, un vampire ultra séduisant qui lui hérisse le poil et avec qui la relation va être plus qu’électrique !

Maëlle Desard nous offre une enquête fantastique absolument trépidante, qui nous happe dès les premières pages. Et c’est dû sans aucun doute à la vivacité d’Esther, sa propension au sarcasme et aux formules fleuries et bouillonnantes ! J’ai eu un peu peur au début, que ce soit trop lourd et agaçant, et puis on se laisse vite prendre dans ce tourbillon d’actions et de dialogues qui fusent, qui ricochent et emportent tout sur leur passage. Les personnages sont tous très drôles et rivalisent d’imagination (gros coup de cœur pour le fantôme Mozzie et ses emojis très parlants) et Esther est sans doute aussi la plus originale, se démarquant des héroïnes qui se découvrent toujours être l’élue, la plus puissante de leur espèce ou ce genre de choses. Ici, les pouvoirs d’Esther – nuls, car elle est niveau 2, rappelons-le – ne sont pas ceux que l’on attend. Alors certes, elle résiste plutôt pas mal aux pouvoirs de séduction des Créatures, mais elle se révèle surtout être une enquêtrice plutôt douée en déduction et futée quand elle y met un peu du sien. Entre ses insécurités et sa vie qui bascule sans lui laisser le temps de digérer, Esther est ainsi très attachante et son humour dévastateur achève de nous convaincre d’en faire notre future meilleure amie.

Un roman décapant et plein d’énergie qui nous laisse un peu pantelant (c’est qu’on y laisse quelques litres de sueur nous aussi !) mais avec une furieuse envie de suivre Esther et tous les personnages de l’agence dans une nouvelle tribulation !

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire, t.1 – Cadavre haché, vampire fâché : une enquête sang pour sang, Maëlle Desard (Rageot)
disponible depuis le 1er juillet 2020
9782700275520 – 15,90€
à partir de 13 ans
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Taxonomie de l’amour – Rachael Allen

Il faut savoir deux choses sur Spencer : il a le syndrome de la Tourette et il est tombé fou amoureux de sa voisine Hope, qui vient d’emménager à côté de chez lui. Spencer sent tout de suite qu’elle est spéciale : Hope aime escalader les arbres, adore les anecdotes bizarres sur des sujets inutiles, et surtout, elle ne se moque pas de lui et de ses tics moteurs et vocaux. À ses côtés, il a l’impression de faire enfin partie du monde qui l’entoure. Les deux adolescents vont grandir l’un à côté de l’autre, oscillant entre amour et amitié. Malheureusement pour Spencer, la vie n’est pas aussi simple que les taxonomies qu’ils s’amusent à créer…

Si vous imaginez suivre les aventures d’un garçon qui crie des injures à cause de ce syndrome, passez votre chemin ! Spencer a des gestes involontaires, des tics nerveux (reniflements, haussements d’épaule) et des tics sonores (parfois il répète le dernier mot d’une phrase). Passé ce syndrome, c’est un adolescent curieux, passionné par les insectes, qui essaye de prendre sa place dans le monde. Il va y réussir, petit à petit, notamment grâce à son amitié avec Hope et un surprenant talent pour la lutte. Talent qui apparaît à force de se faire maltraiter par d’autres garçons et par son frère Dean, le beau grand frère à qui tout réussit.

Au début du roman, les personnages paraissent stéréotypés, comme une série télévisée (le beau garçon, le sportif…) mais au fil du roman, on va se rendre compte qu’ils ont tous des failles, des histoires dysfonctionnelles. On prend plaisir à suivre l’évolution d’Hope et de Spencer à travers le temps, car le roman les suit de 13 à 19 ans. Un temps de l’adolescence fort en émotions.

Taxonomie de l’amour est une excellente lecture, qui sous son air de romance, en réalité nous parle de différence, des liens familiaux et de deuil. La passion du protagoniste pour la taxonomie, un système de classification des êtres vivants, l’invite à en créer lui-même concernant les personnes qui l’entourent. On pourra ainsi découvrir par exemple une « Taxonomie des filles qui m’empêchent de me concentrer sur mes devoirs de maths », très drôle. Ces schémas apportent de la légèreté dans des situations parfois émouvantes.

Un roman parfait pour les adolescents qui souhaitent une histoire d’amour hors des cases et qui prouve que les relations humaines ne se résument pas à une classification scientifique !

Taxonomie de l’amour, Rachael Allen (Bayard)
disponible le 8 juillet 2020
9782747095051 – 14,90€
à partir de 14 ans
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Les derniers des branleurs – Vincent Mondiot

Chloé, Gaspard et Minh Tuan sont les losers officiels du lycée, moqués aussi bien par leurs camarades que par leurs professeurs… du moins quand ils sont présents en classe. Car leur spécialité, c’est aussi sécher, même si le bac est au bout de l’année, glander et fumer. Quand une des profs les traite de « branleurs », titre certainement pas démérité, un petit sursaut d’orgueil les incite à – peut-être – tenter de faire la nique (#expressiondevieux) à ceux qui croient qu’ils sont destinés à rien. Et peut-être que Tina va pouvoir les aider à se sortir les doigts…

Depuis la bonne petite claque qu’était Nightwork, on attend à chaque fois le nouveau texte de Vincent Mondiot avec impatience. On ne va pas se mentir, l’entrée dans le roman a été un peu compliquée… Principalement à cause d’une forme assez déconcertante : les notes de côté de pages (eh ouais, même pas en bas !). Et il y en a beaucoup ! Tout le temps ou presque. Pour préciser une référence culturelle, qui est le personnage cité, un lieu, une habitude, une caractéristique…bref, un peu tout et n’importe quoi. Ce qui ne facilite pas la fluidité de lecture et que je vous déconseillerai pourtant de ne pas lire car elles apportent vraiment un petit truc en plus, le petit truc qui fait que le roman n’est pas un énième roman sur le lycée ou l’adolescence. Alors oui, il a fallu m’accrocher… et puis, finalement, ce trio de losers a eu raison de cette drôle de forme grâce à la tendresse incroyable qu’on finit par avoir pour eux. Et c’est pourtant pas gagné parce qu’ils font vraiment tout pour que ce ne soit pas le cas ! Vulgaires, sans beaucoup de centres d’intérêts dans la vie à part les mangas et la branlette (sauf pour Chloé qui trouve les premiers nazes et la seconde dégueu’), sans aucune perspective d’avenir à l’horizon, ils sont aussi désespérants que tous ces ados que vous regardez en levant les yeux au ciel. Ouais mais ils sont attachants quand même. Parce que même s’ils ont des conversations sans queue ni tête, très – très – peu politiquement correctes, leur envie de sortir de la case attribuée, leur envie de se comprendre, de se trouver, est irrésistible et touchante. Et puis on se marre ! Certains dialogues sont tordants de réalisme et, oui, on finit par se laisser totalement attendrir par ce petit groupe disparate et pourtant soudé.

Au début du roman, et dans les remerciements, il est dit que cela aurait pu être le roman de l’année 2020, s’il n’y avait pas eu la situation que vous savez. Alors oui, peut-être que la scolarité et cette dernière année du bac tel qu’on le connaît n’aura pas été vécue ainsi par tous les adolescents et que l’histoire de Chloé, Gaspard et Minh Tuan relève de l’uchronie, mais Les derniers des branleurs, c’est indubitablement le roman qui raconte l’adolescence d’aujourd’hui, qui le fait avec un humour corrosif et cru, mais avec surtout beaucoup de tendresse.

Et pour les fans de Vincent Mondiot, sachez qu’une petite surprise vous attend si vous aviez aimé Rattrapage. 😀

Les derniers des branleurs, Vincent Mondiot (Actes Sud Junior)
disponible depuis le 10 juin 2020
9782330136963 – 16,80€
à partir de 15 ans
Son
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La ville sans vent – Éléonore Devillepoix

A Hyperborée, Lastyanax vient de terminer sa formation de mage. S’il a des ambitions, il ne s’attendait pas à devenir Ministre du Nivellement à 19 ans seulement, suite à la mort mystérieuse de son mentor… Alors qu’il prend ses fonctions, son chemin croise celui d’Arka, une gamine débarquée de loin qui a tendance à provoquer des situations malencontreuses dans sa recherche d’un père qu’elle n’a jamais connu. Tous deux vont devoir apprendre à s’apprivoiser pour déjouer les nombreux complots qui menacent la ville.

Car à Hyperborée, cité construite sur plusieurs niveaux et protégée d’un dôme magique – d’où son surnom de « ville sans vent » – la politique est un art qui se joue habilement et sournoisement. Si l’essentiel de l’action se déroule dans la ville, il est également question des autres cités de ce monde aux inspirations diverses, entre mythologie grecque et fantasy médiévale. Et Hyperborée est d’ailleurs un personnage clé, tout autant que Lastyanax ou Arka. Sa construction complexe et étonnante, basée bien évidemment sur ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, en fait le terrain de jeu parfait pour des intrigues tantôt mystérieuses et retorses, tantôt drôles et improbables. C’est d’ailleurs toute la force de ce premier roman d’Eléonore Devillepoix de proposer un roman de fantasy qui mêle habilement une intrigue politique passionnante à des personnages et des situations bourrés d’humour. Certains éléments m’ont d’ailleurs fait penser au fameux Disque-Monde de Terry Pratchett (les mages, même s’ils sont tout de même moins bras-cassés, les tortues qui ont un usage pas si éloigné de la Grande A’Tuin…). Bref, un univers riche, que l’on découvre au fur et à mesure des conflits qui se jouent, ou du passé d’Arka qui se révèle, et qui sera sans aucun doute exploré dans le deuxième tome de ce diptyque.

Mais le cœur de ce roman, ce sont aussi ses personnages. La ville, bien sûr, mais également Lastyanax et Arka. Si l’on ne se passionne pas tout de suite pour le mage, plutôt antipathique au début, on soutient tout de suite la quête d’Arka, son caractère aventureux et déterminé, son passé tout en mystères. La relation entre les deux va se mettre en place avec méfiance mais promet un très chouette développement qui change des codes du genre. Les dialogues sont savoureux, à l’image de ce duo que tout semble opposer. Comme dans toute bonne fantasy, nos héros ne sont pas seuls et un grand nombre de personnages gravitent autour d’eux. Si certains sont un peu trop en retrait (coup de cœur pour Pyrrha qu’on aimerait bien découvrir plus), d’autres apparaissent volontairement très peu de fois pour des ressorts comiques plutôt bien vus ! Mais tous apportent une densité à l’univers et à l’attachement que l’on porte à nos deux héros.

Bref, le plaisir de lecture est clairement là, on est dans une fantasy de qualité, un univers, des personnages et une intrigue qui nous embarquent dès les premières pages. Et que dire de cette magnifique couverture toute en dorures ! J’ai en tous cas bien hâte de découvrir la suite et fin de cette histoire captivante !

La ville sans vent, Éléonore Devillepoix (Hachette)
disponible depuis le 3 juin 2020
9782017108443 – 18€
à partir de 13 ans
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La sans-visage – Louise Mey

Clara part en colonie avec sa meilleure amie Aïssa, espérant renouer alors que les deux filles ne sont plus dans le même collège. Entre les rando VTT et le rafting, les journées sont bien remplies et les ados voient sans vraiment voir toutes les bousculades, les petites cruautés de Lila sur Éléonore, surnommée Babar dès la sortie du train ! Au dixième jour de colonie, Éléonore disparaît et personne n’est étonné. Surtout pas Clara, qui a tout vu, tout entendu, et qui a fini par s’habituer, trouvant ça presque « normal »…

Vous connaissez peut-être Louise Mey pour ses thrillers en littérature adulte : il s’agit ici de son premier roman pour adolescents. Vous l’aurez compris, il sera question de harcèlement. Mais surtout, de la façon dont il est perçu par ceux qui l’observent. Et notamment à travers les yeux de Clara, 13 ans, gamine de 4e dont le souci principal est de savoir si Aïssa et elle sont toujours les meilleures amies du monde, comme elles l’étaient avant que cette dernière ne déménage. Cette colo, c’est l’occasion de se retrouver, de resserrer les liens. Mais clairement, Aïssa comme Clara ont changé pendant cette année de séparation, et Clara le vit très mal, souvent jalouse quand Aïssa montre de l’intérêt aux autres ados de la colo (alors qu’ils vont vachement débiles, tous, entre ceux qui sont accros à leur console, celles qui se croient trop belles, ou ceux qui ricanent comme des nazes en se fouettant les mollets avec des branches…) et pourtant consciente que oui, tout a changé. Alors que cette Éléonore se fasse traiter de grosse, de moche, se fasse frapper « sans faire exprès » et autres brimades du même acabit, Clara s’en fout. Le principal, c’est que c’est pas elle, la victime. Et puis bon, elle a qu’à faire des efforts, aussi, Éléonore, non ?

Un roman très fort, donc, construit comme un thriller, oscillant entre le jour J, celui où Éléonore disparaît, et des flashbacks sur les dix jours qui ont précédé, pour comprendre comment on en est arrivé là. Le plus fort est sans doute cette réflexion sur ce que c’est qu’être témoin de ce harcèlement, sur la façon dont, à 13 ans, on est capable de fermer les yeux, d’être heureux que ça ne soit pas tombé sur nous, d’avoir envie de réagir mais d’avoir peur de l’effet de groupe, jusqu’à une sorte d’indifférence, jusqu’à trouver ça « normal »… Louise Mey le rend ici avec beaucoup de justesse et de réalisme, grâce aussi à un style très oral qui nous fait entrer véritablement dans la tête de Clara. La mécanique insidieuse de ce harcèlement est analysée dans son ensemble et, si ce harcèlement est principalement vu par Clara, on le découvre aussi indirectement à travers les autres personnages, depuis les autres ados de la colo jusqu’aux deux moniteurs. Une excellente lecture, jamais donneuse de leçon, mais toujours pertinente et interpellante, qui rejoint les indispensables sur le sujet. A lire absolument !

La sans-visage, Louise Mey (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 10 juin 2020
9782211307031 – 15€
à partir de 12 ans
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Starfell, Violette Dupin et le jour perdu – Dominique Valente

Vous avez égaré des clés, une chaussette ou même un dentier ? Adressez-vous à Violette, la plus jeune sorcière de la famille Dupin, qui retrouve tout ce qui a été perdu. Un don qui n’a rien d’excitant comparé aux autres membres de sa famille qui possèdent des dons puissants… Jusqu’au jour où Moreg Vaine, la plus redoutable des sorcières du royaume, demande à Violette de l’accompagner à la recherche… de mardi dernier. Ce jour a disparu de la mémoire de tous les habitants du royaume de Starfell !

Ce roman a tous les ingrédients pour plaire à de nombreux enfants : fantasy, aventure, humour et une galerie de personnages attachants ! On trouvera Oswin, un kobold (mélange de monstre sous le lit et de chat) au caractère épouvantable et très doué pour détecter les mensonges ; un voyant qui tombe dans les pommes ou encore une Calamity troll qui veut faire pousser des fleurs… Au fil du voyage de Violette et de Moreg Vaine, nous découvrons également le royaume de Starfell, royaume où la magie ne fut pas toujours tolérée. Le récit est très rythmé, les rebondissements ne manquent pas, on a vraiment envie de découvrir pourquoi le mardi a disparu, qui est derrière tout ça ?

Au début du roman, Violette Dupin souffre des moqueries dû à son pouvoir mineur, mais face à l’adversité, elle va progressivement prendre confiance en elle. Elle prendra très à coeur sa mission… et s’interrogera sur les effets secondaires d’avoir perdu une journée. Une très belle leçon de vie comme quoi chaque instant est important et qu’il faut faire très attention à ce que l’on souhaite dans la vie.

A noter, ce tome 1 se conclut très bien (sans cliffhanger) et on a hâte de découvrir les nouvelles aventures de Violette !

Starfell, t.1 – Violette Dupin et le jour perdu, Dominique Valente (Casterman)
disponible depuis le 27 mai 2020
9782203194717 – 14,95€
à partir de 9 ans
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L’épouvantable bibliothécaire – Anne-Gaëlle Balpe et Ronan Badel

Suzanne est un petit rat de bibliothèque (mais c’est une petite fille de 11 ans et demi, pas de confusion). Quand elle apprend qu’elle va passer ses vacances dans la ferme de sa tante Églantine avec UN seul roman, c’est la catastrophe ! Heureusement, une fois sur place, entre deux corvées à la ferme, elle apprend qu’un vieux manoir abrite une bibliothèque. Bizarrement, tout le monde semble avoir peur de cet endroit : la bibliothécaire serait une vieille sorcière acariâtre…

Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. L’amour de Suzanne pour les livres n’est pas sans rappeler le formidable personnage de Roald Dahl, Matilda. Ces deux héroïnes ont en commun le courage, la ruse et d’être un peu asociales. Heureusement Suzanne ne sera pas seule face à cette épouvantable bibliothécaire. Il faut souligner le côté démoniaque de la méchante bibliothécaire, elle est véritablement épouvantable ! Rapidement, elle va faire la connaissance, à son arrivée à la ferme, de deux personnages déjantés : Mo, une jeune fille bourrue et Marin, un garçon hypocondriaque. L’amitié est au coeur de l’intrigue et l’union fera la force.

L’histoire est déjantée et très drôle. En plein coeur de l’aventure, on retrouvera des pauses « infos insolites » sur les moutons, les bibliothèques ou les microbes – instructives et amusantes. Les illustrations de Ronan Badel apportent une chouette dynamique.

Un roman rythmé pour rire et trembler devant une aventure inattendue qui comprendra : fantôme, boule de feu, disparition. Un titre parfait pour les jeunes lecteurs – même pour ceux qui ne vont pas souvent en bibliothèque !

L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe, illustré par Ronan Badel (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 5 février 2020
9782377313761 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
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Et ta vie m’appartiendra – Gaël Aymon

A la mort de sa grand-mère, Irina reçoit un étrange héritage : une vieille peau parcheminée sur laquelle figure une inscription étrange. Il s’agit d’un talisman censé exaucer tous les désirs de son possesseur à la condition de sacrifier un peu de sa propre vie. Sans vraiment trop y croire, Irina formule son premier vœu : celui de devenir riche et que sa meilleure amie Halima lui dévoue son existence !

Si ces quelques mots vous font penser à La peau de chagrin, c’est bien vu ! Irina est au début du roman une jeune fille qui vient de rater l’examen d’entrée à Science Po alors que sa meilleure amie Halima est prise. Une déconvenue qui n’arrange pas sa vie déjà pas très drôle, avec une mère absente qui ne jure que par l’argent alors qu’elle ne possède rien, et une grand-mère jusqu’alors inconnue qui ressurgit dans sa vie pour lui laisser un héritage étrange et repoussant. C’est sur le coup de la colère et de la jalousie qu’Irina fera part de son premier désir à la peau de chagrin, demandant évidemment d’être riche (car qui ne le demanderait pas, n’est-ce pas ?) mais aussi qu’Halima ne vive que pour la servir ! Et petit à petit, à mesure qu’Irina va demander des choses, aussi futiles qu’importantes, la peau de chagrin va se réduire et grignoter la force vitale de la jeune fille. La richesse et l’existence de rêve se transforment alors en cauchemar… d’autant plus que d’autres personnes semblent à la recherche de cet objet de pouvoir !

Gaël Aymon revisite dans ce nouveau roman le mythe créé par Balzac pour en proposer non seulement une réécriture transposée à notre époque, mais en profite aussi pour utiliser la vie de Balzac pour aller plus loin dans l’intrigue et faire de cette peau de chagrin l’objet d’une vaste chasse au trésor à travers les siècles. Et ce côté thriller fonctionne vraiment bien, ajoutant une bonne dose de mystère et de suspense à cette histoire que vous connaissez sans doute déjà si vous avez lu La peau de chagrin. Mais l’essentiel du roman de Balzac est là aussi car, bien sûr, les questions soulevées par la possession de talisman restent les mêmes : quels sont nos désirs ? Que peut-on désirer quand on finit par tout avoir ? Et, bien sûr, la question ultime pour Irina : quel est le sens de la vie ?

Une histoire très captivante, qui nous tient en haleine jusqu’au bout et qui nous interroge sur le sens de la vie, mais aussi et surtout, sur ce que représente cette idée de la richesse dans notre société. Est-ce que tout avoir, être riche, c’est être heureux ? Avoir réussi sa vie ? Est-ce que c’est notre but à atteindre ? Ah, vous ne pensiez pas être soumis à tant de questions et de réflexions avec un thriller à la touche fantastique ? Eh bien vous voilà prévenus ! Et on espère que ça vous donne envie… 😉

Et ta vie m’appartiendra, Gaël Aymon (Nathan)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782092591451 – 15,95€
à partir de 13 ans
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« Hanté », la collection qui va hanter tes nuits !

Vous aussi vous avez grandi avec la collection « Chair de poule » ? Vous aussi vous êtes traumatisés des pantins (surtout après avoir vu l’adaptation télé de l’époque) ou n’avez jamais voulu ouvrir le placard sous l’évier ? Alors tremblez, car vos cauchemars sont loin d’être derrière vous ! Avec « Hanté » et ses deux premiers titres, les éditions Casterman ambitionnent de vous foutre une bonne grosse trouille. Et…ça marche : Lisette n’est plus la seule à faire pipi au lit !

La maison sans sommeil

Paul vient de déménager et il a bien du mal à trouver le sommeil dans cette maison qui grince et craque de partout, comme si ça se faufilait jusqu’à lui… Et c’est encore pire quand il s’endort car alors, il se réveille dans la cave et il n’y est pas seul ! Si vous parvenez à lire le prologue sans déglutir, alors votre cœur est suffisamment accroché pour continuer cette histoire qui ne laissera aucun instant de répit dans l’angoisse puis l’horreur. C’est un certain Benoît Malewicz qui signe ce premier titre de la collection et si je vous dis que sous ce pseudo se cache en fait Thibault Vermot, j’imagine que vous ne serez pas surpris si je vous dis aussi que ce roman est abominablement effrayant ? Car si la collection se veut « pour ceux qui n’ont pas peur d’avoir peur », leurs auteurs ne s’interdisent donc rien et, ici, le côté très « graphique » de certaines scènes vous fera peut-être détourner les yeux comme devant un film d’horreur. Mais l’intrigue est maîtrisée, le style efficace et sans concession, et évite toute facilité grâce à un dénouement qui donne peu de réponses et ouvre à l’interprétation…et à continuer de frissonner !

L’amie du sous-sol

Pour le deuxième titre, c’est Rolland Auda qui nous emmène à la rencontre de Letho qui, s’inquiétant de l’absence de sa meilleure amie Alma au collège, décide de se rendre chez elle pour voir si tout va bien. Mais il semble qu’Alma est malade et que, dans la vieille boutique à côté de chez elle où elle se réfugie, se cache un étrange secret… Une ambiance quelque peu différente dans ce texte où la peur se diffuse progressivement et prend un peu plus de temps pour se dévoiler. Rolland Auda joue avec notre angoisse et, subtilement, nous amène jusqu’à un dénouement là aussi surprenant et inattendu. Moins dans l’horreur pure, L’amie du sous-sol effraye de manière un peu plus psychologique même si, comme dans le premier titre, on s’interroge sur la frontière entre le réel et l’imaginaire – ou le cauchemardesque.

Deux manières d’effrayer, mais deux manières de qualité, et on a plutôt hâte de découvrir les prochains titres de cette collection qui offre aux auteurs français un bel espace de créativité horrifique et horrifiante ! Vous laisserez-vous tenter ?

La maison sans sommeil, Benoît Malewicz (Casterman)
collection Hanté
disponible depuis le 4 mars 2020
9782203064553 – 5,95€
à partir de 10 ans
L’amie du sous-sol, Rolland Auda (Casterman)
collection Hanté
disponible depuis le 4 mars 2020
9782203180949 – 5,95€
à partir de 10 ans
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Ogresse – Aylin Manço

Depuis le départ de son père, Hippolyte vit seule avec sa mère qui lui prépare chaque soir de beaux morceaux de viande bien juteux qu’elle a parfois bien du mal à avaler, et qui s’enferme chaque nuit dans la cave. En plus de cela, son meilleur ami d’enfance est de retour cette année dans sa classe, et lui tourne quelque peu la tête ; elle est forcée de parler à la grosse Lola que personne n’aime ; et sa vieille voisine disparaît mystérieusement. Décidément, rien ne va plus dans la vie d’Hippolyte et quand sa mère se jette sur elle pour la mordre, sa vie bascule définitivement…

Bob se régale de mollusques

Si je n’avais pas été complètement séduite par le premier roman d’Aylin Manço (La dernière marée, chez Talents Hauts, j’avais beaucoup aimé le style, moins l’histoire racontée), j’ai été ici saisie par l’atmosphère, l’écriture très charnelle, entre fascination, répulsion et écœurement (on est un peu comme dans le film Grave si vous l’avez vu), et par cette relation étrange entre une mère et sa fille. A la frontière du fantastique, le roman nous embarque surtout dans le récit d’une adolescente qui ne sait plus tellement où elle en est, soumise à ses émotions, ses désirs, ses questionnements, ses peurs, dans une vision de l’adolescence particulièrement juste et actuelle. Un roman très fort, brillant dans sa construction et sa métaphore, une écriture troublante, Aylin Manço est assurément un talent à suivre !

Lisette préfère les grenouilles juteuses

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire Ogresse, sa lecture m’a presque donné envie de devenir pesco-végétarienne. Ce roman contemporain est assez incomparable : roman familial qui parle du tiraillement que l’on peut ressentir en tant qu’enfant divorcé, roman d’une ado mal dans sa peau qui craque pour son meilleur ami d’enfance et en même temps conte macabre. Je dois avouer que les amis de notre héroïne sont à couper le souffle de sincérité et de justesse. L’amitié adolescente comme on s’en souvient : brutale et entière.
L’autrice a une écriture incisive très remarquable. Impossible de lâcher le roman, je l’ai dévoré d’une traite.
Si vous cherchez une lecture sucrée passez votre chemin, par contre si vous avez envie d’une lecture relevée qui vous prendra aux tripes, dévorez ce roman. (Attention, vous aurez peut-être envie après d’une douceur pour vous en en remettre.)

Ogresse, Aylin Manço (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 5 février 2020
9782377313754 – 16€
à partir de 13 ans