Son
0

Collectif Black Bone, t.1 Coltan song – Manu Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas, Maylis Jean-Préau

Souvenez-vous d’U4, la série littéraire dans laquelle 4 auteurs et autrices racontaient une histoire commune vécue par 4 personnages différents. Les éditions Nathan réitèrent l’expérience avec le Collectif Black Bone qui voit cette fois s’associer une éditrice (Marie Mazas), une journaliste (Maylis Jean-Préau), un auteur (Manu Causse) et une autrice (Emmanuelle Urien) pour une série prévue là aussi en 4 tomes, mais portant cette fois sur des sujets brûlants d’actualité !

Marie a 18 ans et vient de perdre sa mère dans un accident. Cette dernière était journaliste et, après avoir été reporter dans des zones de conflit, elle avait accepté de revenir en France pour s’occuper de la rubrique nouvelles technologies. En triant les affaires de sa mère et en regardant dans son ordinateur, Marie comprend que sa mère enquêtait sur les conditions de production d’un tout nouveau smartphone, remettant en cause la thèse de l’accident.

Il y a quelques années, on vous parlait de Blue gold, un roman d’Elizabeth Stewart qui, à travers le destin de trois jeunes filles, nous racontait, entre autres, les conditions de fabrication de nos téléphones portables. Cette même question est au cœur de l’enquête menée par Marie, bientôt aidée de Léo, un jeune hacker qui bossait pour la mère de Marie, et de Andrea, reporter italienne qui est aussi la marraine de la jeune fille. Entre l’Afrique et l’Europe, leur enquête va les mener à s’intéresser notamment aux mines de coltan et à ceux qui les exploitent, quitte à plonger dans un passé qui risque de leur attirer bien des ennuis…

Le Collectif Black Bone nous propose avec Coltan song un premier tome très réussi, parfaitement documenté, où c’est l’enquête journalistique qui prime et où l’on découvre tous les ressorts d’une investigation menée avec intelligence. C’est plutôt passionnant, la narration est efficace, faisant des allers et retours entre le passé et le présent, et le personnage de Marie, parfaitement incarné, nous entraîne dans cette volonté de faire la lumière sur cette affaire, découvrant ainsi ses qualités et ses projets d’avenir…qui se concrétiseront à n’en pas douter dans la suite de la série ! Une première aventure captivante, qui invite à s’interroger sur des sujets de société, sur le rôle des lanceurs d’alerte et, dans un dernier chapitre particulièrement glaçant, sur le cynisme de notre monde… Ça donne envie, non ? 😛

Collectif Black Bone, t.1 – Coltan song, Manu Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas, Maylis Jean-Préau (Nathan)
disponible depuis le 9 janvier 2020
9782092591086 – 14,95€
à partir de 14 ans
Image
0

Et le désert disparaîtra – Marie Pavlenko

Pour cette première chronique en duo, Bob et Lisette se sont penchés sur le tout nouveau roman de Marie Pavlenko qui, après nous avoir fait beaucoup rire (et un peu pleuré), revient avec un texte très différent et particulièrement actuel !

Samaa, 12 ans, rêve de chasser les arbres comme les hommes de sa tribu nomade. Son peuple vit dans le désert, respire dans des bouteilles d’oxygène et se nourrit de barres de protéines. Ils vendent le bohis à la grande ville en échange d’eau et de nourriture. Seule l’Ancienne, un veille femme qui vit à l’écart de la tribu en attendant la mort, se souvient d’un monde ancien où les arbres étaient synonymes de vie. Un jour, Samaa décide de suivre les chasseurs, mais très vite perd leurs traces dans l’immensité du désert. Lors d’une tempête de sable, Samaa se retrouve coincée dans une trouée et découvre un arbre gigantesque, de l’eau… Blessée, Samaa va réaliser que le monde d’avant n’a peut-être pas tout à fait disparu.

Lisette se sent seule dans le désert…

Ce roman très contemplatif, se rapprochant du conte, est un bel hommage à notre Nature. L’écriture de Marie Pavlenko est toujours poétique, lente, on subit avec Samaa le temps qui passe. Mais je crains aussi que certains lecteurs subissent le manque d’action, de suspense.
L’autrice aimerait que ce livre devienne un étendard d’une jeunesse qu’elle admire, cette lecture peut être une première graine dans la tête des jeunes lecteurs pour ouvrir grand les yeux sur ce que pourrait devenir notre monde si nous n’y prenons pas soin.

Lisette, du haut de ses couches culottes, a envie de vous rappeler que : le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment est maintenant ! Et puis elle serait trop triste si les framboisiers venaient à disparaître.

…Bob garde l’espoir !

C’est justement le côté contemplatif du roman qui a beaucoup plu à Bob. La force de l’écriture de Marie Pavlenko réside dans cette poésie, cette lenteur qui nous rend plus proches de la solitude, de la peur, et des espoirs de Samaa. Un récit fait de silences, qui explore la croyance d’une population qui n’a jamais connu rien d’autre que le désert et son enfer, et d’une jeune fille qui redécouvre tout ce qu’elle tenait pour vrai, tout ce que les arbres apportent au monde. C’est aussi l’histoire d’un combat, qui résonne bien évidemment avec ceux menés par la jeunesse d’aujourd’hui : celui de se faire entendre, de prendre soin de notre Terre qui subit les ravages de l’humanité et de tenir tête à ceux qui détiennent (ou croient détenir) l’autorité ou le savoir. A travers un récit d’anticipation d’une grande humanité, et la magnifique voix de Samaa, Marie Pavlenko nous invite à prendre conscience du caractère précieux de la nature et à la protéger, coûte que coûte !
Vous l’aurez compris, c’est un coup de cœur pour Bob ! ❤

A noter !
> une parution simultanée en livre audio, magnifiquement lu par la comédienne Delphine Cogniard, qui donne à entendre toute l'émotion de ce très beau roman.
> l'attention toute particulière portée à la fabrication du roman, de la façon la plus écologique possible.

Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 8 janvier 2020
9782081495616 – 14€
à partir de 12 ans
Et le désert disparaîtra (version audio), Marie Pavlenko, lu par Delphine Cogniard (Gallimard)
collection Écoutez lire
disponible depuis le 9 janvier 2020
9782072883927 – 18,90€
à partir de 12 ans
Galerie
0

Magic Charly, t.1 : L’apprenti – Audrey Alwett

Qui n’a pas envie en hiver de se faufiler sous une couette avec un thé et un bon livre, me jette la première citrouille ! Si vous cherchez un livre ensorcelant qui vous embarque dans des contrées magiques, Lisette vous conseille de vous ruer sur ce roman français d’Audrey Alwett – le premier tome d’une trilogie.

Charly, notre jeune héros de 14 ans, n’a rien de « magic », il vit avec sa mère et un chat snob. Il 
a une vie tranquille, jusqu’au jour où sa grand-mère, qui avait disparu voilà 5 ans, refasse apparition, mais celle-ci est devenue amnésique. Charly va découvrir que sa mamie fait en réalité partie d’une confrérie de magiciens et qu’on lui a volé ses souvenirs (par un personnage qui n’est pas sans RAPPELER LA MORT DE TERRY PRATCHETT). S’il souhaite l’aider, il va devoir faire une formation express de magicier (oui oui vous avez bien lu) et déjouer un terrible complot.


C’est un plaisir que de plonger dans ce monde magique qui regorge de codes, de nouvelles inventions gourmandes et farfelues. Vous découvrirez par exemple une théière perpétuelle qui fait un thé différent à chaque tasse qu’elle sélectionne en fonction de votre humeur ; des librairies qui marchent ; des moyens de locomotions qui poussent dans le jardin… et d’autres délicieuses inventions que je vous laisserai découvrir. Mais l’autrice dénonce aussi un monde où la magie est rare et donc commercialisée ; où le pouvoir est concentré dans des institutions douteuses…

Charly est un héros très attachant, il est accompagné de deux personnages féminins Sapotille, apprentie magicier comme lui et June, sa meilleure amie sans pouvoir. Ces deux héroïnes (Sapotille est ma préférée, June râle trop) vont aider Charly à gérer de nombreux rebondissements : des balais volants (qui se transforment en buissons), des tartes-chercheuses (qui s’écrasent sur les figures de leurs victimes) ou encore un dragon (pétrifié). Cependant, je me méfie de June qui, sous son air rebelle, pourrait jouer des mauvais tours ; nous verrons si ma suspicion est justifiée dans les prochains tomes.

Attention! La lecture de ce livre pourrait vous donnez envie d’adopter une serpillière magique au doux nom de Pépouze, Lisette est entrain de négocier avec Bob pour l’ajouter à leur ménagerie magique ★.

Magic Charly, t.1 L’apprenti, Audrey Alwett (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2019
9782075121453 – 16,50 €
à partir de 12 ans
Son
1

Pieds de bois – Lalou

Jansen, apprenti d’un grand professeur de botanique, ne rêve que d’aventures et de découvertes scientifiques. Un beau matin, il décide de mettre enfin son plan à exécution : intégrer l’équipage d’un navire sous une fausse lettre de recommandation pour vivre son rêve. Et si cette partie-là du rêve se réalise très vite, la suite de l’aventure va se révéler bien plus complexe et étrange qu’il ne le pensait…

A une époque qui n’est jamais réellement donnée, mais qui nous ramène quelques siècles plus tôt quand le commerce entre les continents était aussi l’occasion de découvertes scientifiques, Lalou nous offre un roman d’aventures aux doux accents de réalisme magique. Aux côtés de Jansen, nous voilà embarqués dans une histoire de marins qu’une catastrophe va contraindre à complètement revoir leurs croyances. Lorsque le Batavia, leur navire, est attaqué et dévorée par des drôles de bestioles, les voilà qui dérivent le long d’une île inconnue, répertoriée sur aucune carte. Quelle n’est pas leur surprise lorsque, débarquant pour trouver de quoi réparer leur bateau, ils tombent sur des géants à la peau de bronze qui, sous prétexte d’obéir au « Protocole », ne leur laisse aucunement explorer leur île, au grand dam de Jansen… Ces Hommes de Bronze, dont les expressions totalement anachroniques nous arrachent quelques sourires, nous intriguent autant que notre héros et, quand ils apportent aux marins en perdition la solution à tout leur problème, on ne doute pas que leurs trésors et leurs mystères attireront bientôt la convoitise…

Une île étrange et inconnue, un peuple mystérieux, il n’en faudra pas plus à Jansen – et à nous lecteurs – pour succomber à la fascination que tous ces éléments exercent, et le récit de Lalou, rondement mené, nous tient en haleine jusqu’au bout. Une fable qui montre aussi l’impact de l’impérialisme sur une population jusqu’à alors coupée du reste du monde – et pour une bonne raison, et rappelle habilement comment les erreurs se répètent, encore et encore. Un roman d’aventures somme toute classique dans sa construction, mais résolument moderne sur les thématiques écologiques et sociétales, qui trouve une saveur toute particulière dans son côté magique et son humour absurde. Une belle découverte ! (On regrettera simplement les nombreuses coquilles qui parcourent le roman…) qui ne sont plus présentes dans le tirage actuel ! allez-y les yeux fermés ! (ou grands ouverts…pour lire, c’est mieux !

Pieds de bois, Lalou (Zebulo)
disponible depuis le 14 janvier 2020
9791096163137 – 13€
à partir de 13 ans
Son
1

Broken things – Lauren Oliver

Il y a 5 ans, Summer, 13 ans, est retrouvée assassinée dans une mise en scène macabre. Sont accusés trois autres jeunes gens, Owen, son petit ami, et Brynn et Mia, ses deux meilleures amies. Ils sont alors surnommés les Monstres de Brickhouse Lane et font la une des journaux. Pourtant, ils ont toujours proclamé leur innocence… Cinq ans plus tard, alors que la ville commémore la mort de Summer, les trois amis sont de retour chez eux.

Notre année commence bien avec ce thriller bien mené dans lequel la fascination pour un univers littéraire fictif devient responsable d’un drame. Un peu à la manière du monde inventé par les héros du Royaume de la rivière, de Katherine Paterson, pour échapper à la dure réalité de la vie (mais la comparaison s’arrête là), Summer, Brynn est Mia se plongent dans celui de Lovelorn, monde magique fictif issu d’un roman qu’elles vénèrent toutes les trois. Un roman qui se termine sans réellement se terminer – en plein milieu d’une phrase – et que les trois jeunes filles vont tenter de continuer à travers une fanfiction de leur cru. Mais Summer n’est pas une amie comme les autres : enfant placée, dite « à problèmes », elle mène Brynn et Mia par le bout du nez, attisant la flamme chez l’une, rabaissant constamment l’autre plus timide. Une amitié étrange, qui a ses hauts et ses bas et qui est justement finissante lorsque Summer est lardée de coups de couteaux dans un étrange rituel rappelant celui qu’elles décrivent dans leur fanfiction sur Lovelorn. L’horreur frappe la communauté, et l’amitié, les secrets et la difficile séparation entre la fiction et la réalité font de Brynn, Mia et Owen les coupables parfaits. Mais le sont-ils vraiment ? Cette cérémonie de commémoration cinq ans plus tard permettra-t-elle de lever le voile ? Après des années à enchaîner les cures de désintoxication pour Brynn, à suivre des cours à domicile avec une mère qui s’effondre pour Mia et à passer le reste de son adolescence à l’étranger pour Owen, nos trois suspects vont découvrir de nouvelles informations…

Un roman dense, vous l’aurez compris, qui explore la dissociation entre réalité et fiction, l’emprise exercée par une incroyable jeune fille sur deux autres, et toutes les difficultés à se reconstruire ou continuer à vivre avec le poids d’une accusation, d’une mise au ban de la société. Articulé entre le maintenant et l’autrefois, entre la voix de Brynn et celle de Mia, et entrecoupé d’extraits du roman fictif Le chemin de Lovelorn et de la fanfiction des trois filles, le roman est particulièrement prenant, et servi par une très belle écriture de Lauren Oliver. On est complètement happé dans l’ambiance et dans cette enquête de nos trois protagonistes, à la recherche de la vérité…et de leur innocence !

Broken things, Lauren Oliver, traduit par Alice Delarbre (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 2 janvier 2020
9782226442505 – 19€
à partir de 13 ans

Son
0

À la recherche de Jack – Mel Darbon

Rosie aime Jack. Mais Rosie est une jeune fille trisomique et Jack un garçon qui ne contrôle pas sa colère. Lors d’un épisode particulièrement violent, Jack est envoyé dans un autre établissement. Une situation d’autant plus difficile pour Rosie que son père lui cache les lettres que Jack lui envoie. L’aime-t-il encore ? Pense-t-il à elle ? Rosie est dévastée et, lorsqu’elle découvre enfin les cartes postales de son amoureux et son adresse, elle n’a plus qu’une idée en tête : le rejoindre !

Rares sont les héros handicapés dans les romans, et encore plus rares quand ils sont trisomiques. Même s’ils sont parfois au cœur de l’histoire, comme dans celle d’Erin Lange (pour les plus récentes), ce ne sont pas toujours eux qui nous racontent la leur. Et c’est sans doute l’une des plus grandes forces de ce roman que de nous faire entrer dans la vie et la tête de Rosie, 16 ans, trisomique, et qui se traduit par un style bousculant, naïf, plein d’humanité.

J’ai aimé Rosie pour le réalisme de sa représentation : l’intensité de ses émotions, la façon de s’ouvrir aux autres sans aucun filtre, sa ténacité, son envie d’être indépendante, de réussir à faire toute seule, de se montrer forte tout en sachant sa différence et les réactions qu’elle peut provoquer chez les autres. Mais plus encore, c’est l’universalité de l’histoire de Rosie : elle veut retrouver son amoureux. Qu’importe son handicap, elle essayera coûte que coûte d’atteindre son but. Si tout paraît « facile » au premier abord dans la fuite de Rosie, avec tous ces londoniens sympathiques et aidants, les choses se gâtent lors d’une malheureuse rencontre et le roman se transforme alors en thriller. A ce moment-là, Mel Darbon crée une atmosphère qui fonctionne parfaitement : on a peur de ce qui pourrait arriver à Rosie tout en priant pour que ça n’arrive pas. C’est la partie la plus sombre du roman mais c’est sans aucun doute celle qui permet au roman d’être bien dosé en terme de « romance impossible » et de nous tenir en haleine vraiment jusqu’au bout. Rosie retrouvera-t-elle Jack ?

À la recherche de Jack est un roman véritablement unique par son personnage et son sujet audacieux, l’universalité de son histoire d’amour. Mais surtout, il est unique pour la place qu’il donne à ce personnage handicapé, souvent invisibilisé dans nos sociétés (et ce sur bien des plans, et notamment celui de l’amour ou de la sexualité).
Rosie est une héroïne que l’on n’oubliera pas ! ❤

À la recherche de Jack, Mel Darbon, traduit par Lili Sztajn (Hélium)
disponible depuis le 11 septembre 2019
9782330124540 – 16€
à partir de 13 ans
Son
1

La cavale – Ulf Stark

Le grand-père de Gottfrid est à l’hôpital à cause de son cœur. Il lui rend visite chaque samedi, avec son père, même si les deux adultes s’entendent difficilement. Grand-père est toujours en train de rouspéter et de dire des gros mots et ça, Gottfrid adore, mais sûrement pas son père ! Alors le jour où le garçon se rend tout seul auprès de son grand-père, ils ont une riche idée : prendre le large et permettre à Grand-père de retourner dans sa Maison de la Falaise.

Oh quel joli texte que ce roman d’Ulf Stark, auteur suédois de renom que l’on connaît peu par chez nous. C’est une histoire universelle qu’il nous raconte, celle de l’attachement d’un enfant pour son grand-père, en dépit des relations tendues avec le reste de la famille. Celle d’un enfant qui va tout faire pour permettre à ce grand-père de quitter son triste hôpital pour une dernière aventure, celle qui le ramènera sur les traces de sa femme décédée avant lui, de ses souvenirs à chérir. Gottfrid n’a que dix ans mais a déjà plus d’un tour dans son sac : il sait se rendre tout seul à l’hôpital et son don pour le mensonge n’a nul autre pareil ! A tel point qu’il pense à chaque détail et, le jour où il raconte la vérité, on ne le croit pas ! Aidé de Ronny, un boulanger-mécanicien d’une grande générosité, Gottfrid va mettre en place un plan sans failles et passer le meilleur week-end de sa vie avec son grand-père.

La sensibilité de l’écriture d’Ulf Stark, couplée à un humour qui nous a fait glousser dans le métro, fait tout le sel de ce sandwich aux harengs merveilleux roman sur la relation entre un enfant et un grand-parent. On y trouve de jolies réflexions sur la vie, la mort, la vie après la mort, à travers le regard de cet enfant débordant de malice et d’amour. C’est très fin, très drôle, et ça nous offre une jolie parenthèse de lecture. Et peut-être que le livre n’aurait pas la même puissance sans l’écrin cartonné offert par l’éditeur à ce roman, et les illustrations de Kitty Crowther. Son style si reconnaissable et ses crayons de couleurs nous transportent dans cette magnifique Suède et dans cette relation tendre et nostalgique. Une belle et touchante manière d’aborder la perte d’un être cher. Nous sommes conquises. ❤

La cavale, Ulf Stark, illustré par Kitty Crowther, traduit par Alain Gnaedig (L’école des loisirs)
collection Pastel
disponible depuis le 25 septembre 2019
9782211301671 – 14,50€
à partir de 9 ans
Son
1

Félines – Stéphane Servant

Chers lectrices et lecteurs de Bob & Jean-Michel, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes pas mal fan de Stéphane Servant par ici (même si c’est avec stupeur qu’on se rend compte qu’on ne vous a jamais parlé de Sirius, en fait !!!). Et c’est toujours en frémissant d’impatience et de plaisir que l’on découvre ses nouvelles histoires. Nous avons donc lu le tant attendu Félines.

Ceci est une histoire vraie. Et elle raconte celle de Louise, 17 ans, parmi les premières jeunes filles du pays à être atteinte de la Mutation. Son corps se transforme, se recouvre de poils comme ceux d’un félin, ses sens s’aiguisent. Elle devient une Féline, comme presque toutes les jeunes filles du monde entier, et symbolise la voix et le visage de l’un des plus grands bouleversements de notre histoire. Grâce à Stéphane Servant, qui a recueilli avec humilité son témoignage, nous connaissons enfin le douloureux combat des Félines.

Quelle claque, mes aïeux, quelle claque ! Derrière cette géniale couverture de Patrick Connan qui annonce parfaitement la couleur, Stéphane Servant nous surprend avec ce témoignage exceptionnel et passionnant de Louise. Mettant son écriture au service de la voix de cette adolescente, l’auteur change littéralement de registre et nous raconte le combat de jeunes filles pour la liberté, celle de leurs corps, de leurs dignités. Un roman résolument engagé, féministe, en parfaite résonance avec les combats du moment, où tout commence lorsqu’une jeune fille de la classe de Louise se suicide après un incident à la piscine où l’on découvre son corps recouvert de poils. Bientôt, d’autres jeunes filles se découvrent un indélicat duvet… Et plus vite encore se propage la peur de cet étrange phénomène qui se répand à travers le monde et fait s’élever au pouvoir des extrémistes qui incitent à une violence toujours plus excessive contre les Félines. C’est ainsi que Louise, jusqu’alors adolescente relativement discrète et dans le moule, rejoint la résistance et toutes ces filles prêtes à se battre pour vivre. Car la Ligue de la Lumière atteint les sommets du pouvoir et le sort qui attend les Félines est tout bonnement effroyable…

Avec Félines, Stéphane Servant continue à interroger notre monde, de la même manière qu’il a pu le faire dans Sirius. On y retrouve d’ailleurs l’importance de la famille, de l’innocence de l’enfance et, bien sûr, on ne peut échapper aux références à notre histoire récente ou plus ancienne. Grâce à une narration diablement efficace, des sujets extrêmement forts et actuels dans lesquels les adolescents ne peuvent que se reconnaître, Stéphane Servant signe là un véritable hymne à la résistance, à la féminité et à la révolte pour construire un monde plus juste, tolérant. A faire lire à TOUS les adolescents !

Félines, Stéphane Servant (Le Rouergue)
collection Epik
disponible depuis le 21 août 2019
9782812618291 – 15,80€
à partir de 13 ans
Son
2

Des astres – Séverine Vidal

Pénélope a grandi seule avec sa mère Irène, qui ne lui a jamais témoigné d’amour. Surprotectrice, elle fait de Pénélope une enfant timide, faible, inexistante. Le jour où elle-même est sur le point d’avoir un enfant, Pénélope ne se sent pas la force d’élever ce bébé et préfère l’abandonner plutôt que de le laisser aux griffes de sa mère-pieuvre.
Et puis il y a Romane. Épanouie grâce à des parents adoptifs aimants et des amis présents, elle a pourtant toujours voulu en savoir plus sur sa mère biologique, sans avoir d’espoir de la rencontrer un jour. Jusqu’à ce que l’occasion se présente enfin…

Après le très bon Quelqu’un qu’on aime, Séverine Vidal revient chez Sarbacane avec une histoire de mères et de filles. Trois générations de femmes, trois femmes complètement différentes et trois histoires fondamentalement liées. Comment réussir à se construire avec une mère qui prend toute la place, qui vous étouffe d’une protection malsaine tout en vous rabaissant ? Comment réussir à élever un enfant avec la peur de reproduire le comportement de sa mère, ou que l’enfant tombe sous sa coupe ? Et comment réussir à grandir sans savoir d’où l’on vient, avec cette absence de réponses sur ses origines ? Ce sont les questions – parmi d’autres – que les femmes de cette histoire se posent. En faisant des allers retours dans le temps, Séverine Vidal explore toute la complexité des relations mère-filles. C’est extrêmement bien fait, ça nous prend aux tripes dès les premières pages et nous maintient jusqu’au bout grâce à un style qui oscille entre une espèce de douce résignation pour Pénélope et des passages plus vifs, enlevés, pour Romane. Dommage qu’un rebondissement (bien que pile poil dans l’actualité) arrivant plutôt en fin de roman fasse perdre en puissance la narration, car la toute dernière partie offre un twist génial.

A travers le destin de ces trois femmes, Séverine Vidal nous offre une réflexion bouleversante sur les relations toxiques, sur l’amour (ou son absence) et, surtout, des portraits féminins absolument fascinants. Mention spéciale pour la famille adoptive de Romane, dont la mère comme le père sont des phares dans la tempête. Et malgré ce petit bémol évoqué plus haut, Des astres n’en est pas moins une fascinante et émouvante lecture sur les mères et leurs filles.

Des astres, Séverine Vidal (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 septembre 2019
9782377312740 – 16€
à partir de 13 ans
Son
2

Sans foi ni loi – Marion Brunet

Garett a seize ans quand il se fait kidnapper par Ab Stenson, une dangereuse braqueuse de banques, et meurtrière, recherchée par le marshal. Bien vite, pourtant, Garett n’est pas aussi prisonnier qu’il le croit et c’est avec fascination et de son plein gré qu’il suit la fugitive dans ce qui va se révéler une aventure bien plus grande qu’il ne le pensait…

Wow ! Quand Marion Brunet dégaine le colt, ça rigole pas ! Après des récits réalistes et souvent engagés, la voilà qui nous transporte dans le Far West des cow-boys crasseux, des saloons où whisky et bagarres se mêlent aux formes généreuses des filles de joie, des attaques de train et des duels au soleil. Bref, on y retrouve tout le folklore…à une différence près : la place de la femme. Car la force du roman réside dans la figure d’Abigaïl Stenson, cette femme totalement libre, que l’on découvre à travers les yeux de Garett, qui nous fascine tout comme lui, dont le sourire est un mystère, l’histoire une légende. Il y a du Calamity Jane en Ab, on y pense forcément. Mais il y a surtout le portait d’une femme qui dérange la bien-pensance, d’une femme qui a décidé de prendre son destin en main et de vivre selon ses propres règles : celles de la liberté. Et c’est aussi l’idéal que va suivre Garett, alors qu’il découvre un véritable monde, lui qui n’était jamais allé au-delà de la propriété de son père, pasteur à la poigne de fer.

Marion Brunet nous offre là un roman fulgurant, aussi âpre que sensible, et parfaitement rythmé. Ses personnages sont furieusement justes, alors qu’on s’attache à ce duo aussi atypique que nécessaire, à cette femme absolument magnifique de détermination et à ce garçon qui va connaître une maturité précipitée. Marion Brunet nous offre une histoire sans complaisance, qui vous surprendra sans aucun doute et qui va bien au-delà du simple récit d’aventure. On se laisse emporter dans son atmosphère pleine de poussière et d’effluves d’alcool, son style nerveux et tout en tension, pour arriver à des destins de personnages, aussi complexes que touchants. On en redemande, Miss Marion ! 😉

Sans foi ni loi, Marion Brunet (PKJ)
disponible depuis le 5 septembre 2019
9782266294195 – 16,90€
à partir de 13 ans