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La fille qui pouvait voler – Victoria Forester

Les McNimbus sont une famille très traditionnelle. Betty est une fervente croyante qui pense que si les choses arrivent c’est de la faute à la Providence et son mari Joe est un mari discret, qui s’occupe beaucoup de la ferme dans laquelle ils vivent. Toutes les années pour ce couple se ressemblent jusqu’à l’arrivée très tardive d’un bébé : Piper. Elle arrive après 25 années de mariage. Imaginez ! Avec une arrivée aussi inattendue, comment cet enfant pourrait-elle être autrement que bizarre ?
Dès son berceau, Piper flotte dans les airs… et en grandissant (malgré les prières enfiévrées de sa mère pour que sa fille soit normale) va développer son don jusqu’à voler littéralement dans le ciel. Terrifiés de voir la nouvelle de cette anomalie se répandre, les parents essayent de dissimuler ses talents aux yeux du monde… sauf que ce pouvoir ne passe pas inaperçu. Du jour au lendemain, Piper qui n’a jamais été à l’école, n’a jamais eu d’amis, va se retrouver dans une école top secrète réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun. Malheureusement l’école ne sera pas de tout repos pour Piper qui va devoir gagner sa place !

Piper est une héroïne terriblement attachante. Lumineuse, curieuse, naïve elle n’est pas sans rappeler l’héroïne Pollyanna de Eleanor H. Porter, un modèle d’optimisme. Les jeunes lecteurs prendront beaucoup de plaisir à découvrir l’école à travers son regard naïf, ses observations, son envie irrésistible de se lier d’amitié. Nous sommes très loin d’Harry Potter ou d’X-men ici. Les personnages secondaires, à savoir les élèves sont originaux, nous avons par exemple Conrad, un génie qui terrorise les plus jeunes, Bella Bonheur (la préférée de Lisette) qui a un don avec les couleurs, des jumeaux qui peuvent contrôler la météo ou encore Violette qui peut rapetisser à volonté.

L’intrigue est assez évidente mais comprend des trouvailles très originales. Je trouve cependant que parfois le rythme pourrait être plus effréné encore, il y a des longueurs au début notamment. L’autrice a eu le volonté première d’écrire cette histoire sous forme de scénario pour le grand écran et ensuite l’a adapté en roman (les petits incohérences de rythmes viennent peut-être de là). Même si ce roman se présente comme une saga (avec une suite donc?), je trouve que ce premier tome ne nous laisse pas sur notre faim et se suffit à lui-même. Un chouette roman pour les enfants qui parfois rêvent d’aller toucher les nuages !

La fille qui pouvait voler , Victoria Forester (Lumen)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782371022683 – 16€
à partir de 10 ans
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Bordeterre – Julia Thévenot

Prenez place à bord du livre à destination de Bordeterre. Ce voyage de 536 pages vous amènera dans des contrées inconnues, où nul auteur n’avait jamais mis les pieds avant Julia Thévenot. Pour ce voyage vous serez accompagnée d’Inès, 12 ans et de son frère autiste Tristan, 16 ans. Attachez bien vos ceintures car nous allons passer dans des zones de turbulences littéraires (et ça fait des guili-guili joyeux dans le ventre).

Bordeterre. Ville perchée comme une plante sauvage sur une faille entre deux plans de réalité. Inès et Tristan tombent (littéralement) dans ce monde parallèle alors qu’ils promenaient leur chien. A peine arrivés nos deux héros se retrouvent poursuivis par un monstre à trois yeux, qui veut leur suçoter la tête…(Cliffhanger)

La terre vous soutienne, le bord vous retienne.

Rapidement, on apprendra qu’il existe trois plans, trois mondes : celui de Tristan et Inès (notre monde à nous), Bordeterre et le plan zéro où vivent des esprits. Dans ce plan zéro, qui se trouve être un lac très profond, on trouve des pierres très précieuses qui régissent la ville de Bordeterre. Mais ce n’est pas tout, les nouveaux arrivants (nos deux héros donc) deviennent transparents et leurs souvenirs de l’ancien monde s’effacent doucement grâce à un élixir goût grenadine. Il très difficile de résumer l’histoire tant j’ai envie de passer des heures à vous décourir l’univers dense et captivant. J’aimerais vous mettre le livre entre les mains et vous dire simplement : lisez-le ! Mais où est le côté fantasy vous demandez-vous d’un air curieux ? Dans le plan zéro ? Oui mais il y a beaucoup mieux : la magie est dans la musique ! La magie ici se chante (et en français s’il vous plaît !). Elle est cependant réglementée et ne peut pas être utilisée comme bon nous semble. Imaginez une monde où pour ouvrir une porte vous devez chantez Au clair de la lune. La magie est partout dans ce roman même dans les titres des chapitres. Et surtout elle est dans l’écriture de l’autrice.

Lisette n’a pas envie de vous dévoiler trop l’histoire car la richesse de ce livre vient de l’imbrication des récits, du plaisir de découvrir cette terre d’injustice. Mais il faut souligner la profondeur des personnages secondaires, les amours tordues et la rébellion qui gronde, monte crescendo. C’est un texte mené d’une main de maître(sse) par sa cheffe d’orchestre Julia Thévenot. (Coup de coeur intersidéral pour un dandy, amoureux de la poésie, coincé dans son château).

Ce premier roman est d’une très grande qualité, le style virevolte, chante, s’amuse à être littéraire pour le plaisir des mots. C’est un vrai roman fantasy jeunesse et j’insiste là-dessus ! C’est la jeunesse au grand coeur qui se révolte et aime.

Julia Thévenot entre avec fracas dans le paysage littéraire jeunesse et pour un premier roman, on ne peut qu’être époustouflé de sa qualité ! Et parce que Lisette avait très envie de pousser la chansonnette avec Julia, elle l’a questionnée sur ses goûts musicaux dont vous trouverez l’interview ici.

Bordeterre, Julia Thévenot (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 mars 2020
9782377312252 – 18€
à partir de 14 ans
Son
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Je te plumerai la tête – Claire Mazard

Lilou voue une admiration sans borne à son père, le père idéal, charmant, drôle, parfait, toujours là pour elle et qui lui montre son affection et son attention à chaque moment de sa vie. Et depuis que sa mère est hospitalisée, le duo père/fille est plus soudé que jamais, même si cela signifie pour Lilou de ne jamais rendre visite à sa mère, de ne pas penser à elle alors qu’elle est en phase terminale… Il faudra que ses amis lui fassent quelques remarques innocentes pour que Lilou réalise peu à peu dans quel monde elle vit…

En 500 pages hyper prenantes et qu’on ne voit pas défiler, Claire Mazard nous offre un thriller psychologique d’une grande efficacité et, surtout, plutôt effrayant ! Évidemment, c’est très chouette d’avoir une belle relation avec son père, qu’il vous montre plein d’attention, qu’il soit tout le temps disponible pour venir vous chercher à la sortie du lycée, qu’il ait toujours un super cadeau à vous offrir et qu’il soit toujours de bon conseil car, bien sûr, il a toujours raison, il est drôle, charmeur et charmant, plein de réussite, tout le monde au village le dit et quel courage il a avec sa femme très malade… Vous l’aurez peut-être compris, il est question ici de la perversion narcissique et comment un père entretient une emprise toxique sur sa fille. Mais aussi de comment une adolescente, complètement subjuguée et envoûtée par la perfection de son papa, va peu à peu prendre conscience que ce n’est peut-être pas tout à fait « normal » comme situation et comme relation. Et le chemin va être très long car Lilou n’est pas prête à accepter que toute sa vie n’ait été qu’un mensonge, que son père n’est pas sincère et qu’il l’a sans doute privée d’un véritable amour parental. La particularité de cette manipulation, c’est que Lilou va sans cesse trouver des excuses à son père, imaginer que tout n’est que méprise, que son père l’aime vraiment trop pour lui faire ça… En dépit de l’aide de ses meilleurs amis, de ce garçon qui n’a d’yeux que pour elle et de cette tante avec qui elle renoue – difficilement – ouvrir les yeux sera très compliqué, car cela ferait s’effondrer son monde et la plongerait dans la plus grande des détresses…

Le style est simple mais efficace : Claire Mazard est avant tout dans l’écriture de l’émotion, avec un récit conçu comme un journal intime – exercice qui est d’ailleurs conseillé à Lilou à un moment donné. C’est très bien fait, tout en tension, et le roman aborde un sujet finalement assez peu traité en littérature jeunesse, celui de la manipulation psychologique au sein de la famille. Un roman indispensable !

Je te plumerai la tête, Claire Mazard (Syros)
disponible depuis le 6 février 2020
9782748526783 – 17,95€
à partir de 13 ans
Son
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Filles de la Walïlü – Cécile Roumiguière

Sur la presqu’île de Iurföll, ce sont les femmes qui gouvernent, qui exercent tous les métiers et qui sont libres de choisir leurs amours, alors que les hommes partent en mer, à la pêche. Dans cette société matriarcale très sereine, Albaan se languit de son père qui lui raconte les histoires de la Walïlü, une créature mystérieuse qui la fascine. Mais bientôt, la vie joyeuse de la presqu’île se fissure quand une femme au visage ravagé s’installe et répand des rumeurs de malédiction sur Albaan et sa famille…

La sublime couverture réalisée par Joanna Concejo retranscrit parfaitement l’ambiance singulière du nouveau roman de Cécile Roumiguière : un univers entre le sel de l’eau et les bruits froissés ou inquiétants de la forêt, teinté d’une magie que l’on devine dans ce paysage aussi beau que mystérieux. Si la presqu’île de Iurföll est une invention, le roman s’inscrit pourtant dans notre monde actuel, et vient piocher dans des sociétés de femmes existantes de par le monde pour créer celle dans laquelle vit et grandit Albaan. Une société matriarcale absolument passionnante, coincée entre ses traditions tenaces et sa volonté de modernité, qui met hommes et femmes sur le même pied d’égalité mais qui se construit, il est vrai, sur la femme, la seule présente sur la terre ferme tandis que les hommes partent pêcher sur de longues durées. Et malgré la relative tranquillité dans laquelle vit tout ce petit monde, l’arrivée d’une femme étrange va bouleverser toute la communauté pourtant très soudée.

Cécile Roumiguière nous subjugue par son écriture envoûtante, dépaysante, poétique et délicate, qui nous plonge dans un univers à la lisière du fantastique et nous fait rencontrer des personnages remarquablement construits, intrigants et inoubliables. Vous vous en doutez, le roman est profondément féministe et aborde ainsi de nombreuses questions sur le rapport au corps, sur la sexualité, mais il est également l’écho de bien d’autres questionnements, plus écologiques ou éthiques. Mais c’est aussi et surtout le récit d’une vengeance, d’une famille, de l’intime et du parcours d’une jeune fille alors qu’elle grandit. Un roman ambitieux, magique, qui nous enchante comme un conte et nous passionne comme un magnifique récit de vie. L’un des plus beaux romans de cette rentrée d’hiver. ❤

Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière (L’école des loisirs)
collection Médium +
disponible depuis le 5 février 2020
9782211305297 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Demandez-leur la lune – Isabelle Pandazopoulos

Lilou, Samantha et Bastien sont en échec scolaire et ne passeront pas en seconde générale. Farouk est un jeune turc qui apprend le français dans l’attente de son audition pour avoir le droit de rester en France. Tous les quatre vont rejoindre le cours d’Agathe Fortin, une prof de français pas comme les autres qui leur propose de participer à un concours d’éloquence. Pour la première fois, la voix de ces quatre jeunes a une importance pour quelqu’un.

Après La décision et Trois filles en colère, Isabelle Pandazopoulos nous offre à nouveau un roman fort et riche en émotions. Nous sommes ici dans une campagne perdue, zone blanche autant pour Internet que pour les chances de poursuivre ses rêves pour des jeunes à qui rien ne semble possible. Lilou est effacée, sa famille et elle rongées par les actions d’un frère qui planent au-dessus d’eux ; Samantha doit composer avec une mère bipolaire qui projette ses rêves sur elle et l’aime pourtant d’un amour inconditionnel ; Bastien est quant à lui contraint de suivre les traces de son père, en dépit de ses propres envies ; et Farouk a fui la Turquie en laissant sa famille seule suite à l’arrestation de son père, et attend le jour de l’audience qui décidera de son droit ou non à résider sur le territoire français. Quatre jeunes qu’une jeune prof de français aux méthodes non orthodoxes doit remettre sur les rails de l’école, quitte à ne pas être spécialement soutenue par cette dernière… Car on lui demande de faire en sorte que ces gosses rentrent dans le moule, pas qu’ils fassent des exercices bizarres et pas dans les programmes.

Mais si Agathe Fortin est loin de ressembler aux autres profs et que ses méthodes sont sources de frictions pour les quatre élèves, elles vont pourtant révéler chacun d’entre eux. Et leur permettre de pouvoir enfin s’exprimer : la colère, les doutes, les espoirs, les problèmes et même l’amour ! Ça balbutie, au début, ça se heurte ou ça ne se comprend pas mais bientôt, les mots prennent le pas, la parole se libère et, surtout, le lien se resserre. Isabelle Pandazopoulos tisse un formidable roman, d’une grande justesse, entre cri d’espoir et bombe d’émotions (on est parfois vraiment pris à la gorge tant les personnages nous touchent et nous accompagnent). Un roman vibrant, qui donne de la voix à ceux qui pensent la leur inaudible, et qui leur offre une personne pour les écouter, pour les entendre, et pour les faire entendre. A mettre entre toutes les mains !

Demandez-leur la lune, Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 16 janvier 2020
9782075137287 – 12,90€
à partir de 13 ans
Son
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Tracer – Guillaume Nail

Emjie a perdu ses parents dans un accident de voiture et vit désormais avec son oncle. Malgré l’amitié un peu folle de sa meilleure amie Nitsa et l’histoire d’amour naissante avec le nouveau, Walter, la jeune fille est incapable de faire son deuil, la tristesse prenant toute la place. Et puis, après avoir vu une émission de télé relatant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Emjie décide de partir et de tracer, seule, sa route…

Seule ? Pas tout à fait. Car cette randonnée de l’Alsace vers l’Aubrac ne se passe pas vraiment comme prévu… D’abord, il y a Nitsa qui s’incruste, avec son babillage incessant, ses chansons de Madonna et sa folle dinguerie. L’envie de solitude en prend un coup ! Et ça, c’est sans compter les imprévus et les rencontres qui foutent en l’air un itinéraire savamment préparé, les disputes et les soirées où on oublie tout…bref, la vie ! Car le cheminement d’Emjie sur la route de Compostelle n’a absolument rien de religieux ou de spirituel mais est bien celui de la reconstruction de soi, de la résilience. Et lorsque la jeune fille se retrouve enfin seule sur les chemins du GR, c’est enfin l’occasion de se confronter à elle-même, d’apprivoiser sa peine, d’accepter la perte.

En dépit de la gravité du sujet, le roman n’a rien de plombant, et ne tombe jamais dans le pathos ! Tracer est au contraire un roman lumineux, porté par une héroïne certes aux prises avec des émotions difficiles et compliquées, mais démontrant surtout une force et une volonté qui vont la porter jusqu’au bout de son projet, et de sa recherche d’un peu de bonheur perdu. Le ton est donné : simple, direct, à fleur de peau. Si Guillaume Nail réussit à évoquer la douleur de la perte avec autant de sensibilité que de rudesse, il parvient également à nous offrir des scènes très drôles autant que de jolis instants de grâce à travers des rencontres humaines que l’on n’oublie pas. Le chemin d’Emjie est parfois semé d’embûches, mais il est toujours porté par l’espoir, par l’objectif qu’elle s’est fixé, et par la volonté de parvenir à se sentir à nouveau vivante.

Tracer, Guillaume Nail (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 5 février 2020
9782812619212 – 13,50€
à partir de 13 ans
Son
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Cassidy Blake, t.1 Chasseuse de fantômes – Victoria Schwab

Il y un an, Cassidy a failli se noyer. Depuis, elle est capable de traverser le voile qui sépare le monde des vivants de celui des morts, et son meilleur ami Jacob est un fantôme ! Le jour où ses parents, Inspectreurs de leur état, se voient confier l’animation d’une émission télévisée sur les endroits les plus hantés du monde, Cassidy les accompagne de mauvaise grâce à Edimbourg, premier lieu de tournage. Et autant dire que la capitale écossaise regorge de fantômes et d’histoires macabres ! Mais c’est aussi l’endroit où Cassidy va faire la rencontre d’une jeune fille aux mêmes « pouvoirs » qu’elle…

Frissons, mystères et légendes sont les ingrédients de cette nouvelle série fantastique concoctée par Victoria Schwab, déjà remarquée pour ses romans young adults. Dans ce premier tome, parfaite introduction à ce qui ne manquera pas de suivre, on découvre surtout le personnage de Cassidy et son apprentissage d’une vie où le surnaturel n’est plus seulement la passion de ses parents, mais bien sa dure réalité à elle. Traverser le voile n’est pas toujours une partie de plaisir, tout comme découvrir l’histoire de ces fantômes condamnés à hanter un lieu, comme le théâtre de son collège. Alors quand on lui enlève ses vacances d’été habituelles à la plage pour les troquer contre les ruelles sombres et les cimetières d’Ecosse, Cassidy n’est pas particulièrement ravie. Et sa visite de la capitale va lui donner raison : la ville est pleine de fantômes et d’endroits terrifiants ! C’est d’ailleurs là toute la saveur du roman et du personnage de Cassidy, particulièrement juste et à hauteur d’enfant : ce n’est pas parce qu’elle est capable de voir des fantômes qu’elle est pour autant courageuse et sans peur, bien au contraire !

Cette première aventure va mener Cassidy sur les traces d’une redoutable femme-fantôme qui enlève des enfants. Mais aussi à la découverte de sa véritable nature, qui va l’amener à reconsidérer tout ce qu’elle croyait savoir – bien peu ! – sur son étrange faculté, et sur son amitié avec Jacob, qui lui cache sans doute bien plus qu’elle ne le pense. Un roman passionnant et intelligent, qui nous fait également voyager à travers l’histoire d’une ville – et on prend beaucoup de plaisir à redécouvrir des lieux que l’on a visité, pour ceux qui sont déjà allés à Edimbourg – et de son folklore. Une excellente lecture pour tous ceux qui ont envie de se faire un peu peur mais, surtout, d’être embarqués dans une histoire captivante !

Cassidy Blake, t.1 Chasseuse de fantômes, Victoria Schwab, traduit par Sarah Dali (Lumen)
disponible depuis le 30 janvier 2020
9782371022553 – 15€
à partir de 11 ans
Son
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Les chroniques de Prydain, t.1 et 2 – Lloyd Alexander

Pour ceux qui ont grandi avec Le Seigneur des Anneaux ou Les chroniques de Narnia, vous avez sans doute manqué, vous aussi, de cet autre grand classique de la fantasy des années 1960, qui n’avait encore jamais été traduit dans son intégralité en France. Eh oui ! Si Les Chroniques de Prydain et son auteur Lloyd Alexander sont souvent cités comme une inspiration chez de nombreux auteurs anglo-saxons, nous ne pouvions jusqu’alors que hocher la tête en faisant « ah ouais, je vois… ». Mais aujourd’hui, réjouissez-vous ! Les éditions Anne Carrière se sont lancées dans la publication intégrale de la série : le premier tome est sorti en janvier et le cinquième paraîtra en octobre. On vous parle aujourd’hui des deux premiers…

Taram est un apprenti porcher qui ne rêve que d’aventures et de batailles héroïques. Mais son quotidien est loin d’y ressembler et sa tâche principale est de s’occuper d’Hen Wren, une truie prophétesse. Le jour où celle-ci s’échappe de son enclos, Taram est bien obligé de la poursuivre mais, bien vite, l’animal est introuvable. Taram est loin de se douter que cette quête n’est que le début d’une aventure qui va le mener à affronter le terrible Roi Cornu, le seigneur de guerre du maléfique Arawn qui rêve de régner sur tout le royaume de Prydain…

Si le nom de Taram vous dit quelque chose, c’est normal ! Son histoire (ou une partie) a en effet été adaptée par les studios Walt Disney dans les années 1980 avec Taram et le chaudron magique. Dans le roman, en tous cas, ce qui semble démarrer comme une quête annexe dans un jeu vidéo est surtout le moyen de nous présenter Taram, un jeune héros un peu antipathique, mécontent de sa situation et qui va devoir faire preuve de qualités qu’il ne possède pas comme il le croit. Sa rencontre avec le prince Gwydion, grand héros de guerre, va déjà lui remettre les idées en place et, bientôt, ce sont tous les autres compagnons de voyage qui vont lui permettre de trouver sa place, de se rendre compte de ses vraies forces et qualités. Ainsi allons-nous faire la connaissance de Gurgi, drôle de créature menée par son estomac vorace ; Eilonwy, jeune princesse un peu sorcière qui ne s’en laisse pas conter ; Fflewddur, ancien roi devenu barde errant ; et Doli, un nain bourru qui s’évertue à devenir invisible. Une équipée pas franchement héroïque mais qui insuffle la dose d’humour, de courage et de ruse qui leur permettront à tous de mener une aventure digne des meilleures chansons épiques !

Si l’on retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy aux inspirations de mythologie galloise, avec tous ses lieux attendus, les deux premiers tomes des Chroniques de Prydain sont tout de même particulièrement étonnants : le personnage d’Eilonwy est tout à fait intéressant par son côté féministe ; si Taram et ses compagnons vivent nombre d’aventures par tome, ils ne sont pourtant jamais au cœur de batailles grandioses ou bien d’événements importants qui leur sont relatés ensuite (ou en prise directe avec le grand méchant qui n’est pour le moment qu’un nom lointain) ; et ce sont surtout les apprentissages de Taram qui comptent plus que les victoires sur un ennemi. Le deuxième tome est particulièrement rude pour le caractère de l’apprenti porcher, qui va devoir apprendre à prendre sur lui pour se montrer plus honorable que d’autres, et ainsi apprendre à grandir et devenir meilleur, avec l’aide de ses amis.

Si chaque tome propose une aventure qui débute et se termine, il est vraiment passionnant de suivre l’évolution de Taram et de ses compagnons de route à travers leurs tentatives de mettre des bâtons dans les roues du terrible Arawn, tout en revenant à chaque fois à leur point de départ, la ferme de Caer Dallben où chacun retrouve ses occupations. Mais l’aventure n’est jamais bien loin du bout du chemin… Bref, on ne peut que vous recommander cette série intelligente, drôle, un peu effrayante et surtout captivante !

Les chroniques de Prydain, Lloyd Alexander, traduit par Marie de Prémonville (Anne Carrière)
1. Le livre des trois
disponible depuis le 17 janvier 2020
9782843379772 – 15€
2. Le chaudron noir
disponible depuis le 21 février 2020
9782843379789 – 15€
à partir de 10 ans
Son
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Une vie en milonga – Fanny Chartres

Alma vit à Brest avec ses parents qui gèrent le café Sans Souci et son petit frère sourd. Elle est passionnée de plongée sous-marine, adore sa meilleure amie Apolline aux looks excentriques et rêve de parler au beau Félix. Le jour où la mère d’Alma veut imposer à son petit frère Angelo de porter des implants cochléaires, le monde d’Alma vacille…

Fanny Chartres nous avait profondément touché avec son émouvant et lumineux Solaire. Elle nous démontre encore une fois toute sa sensibilité et tout son talent à dépeindre des fratries d’une grande justesse. Alma et Angelo sont très proches, la plus grande toujours là pour prendre soin de son petit frère et lui signer les conversations des clients du café, ou celles de son entourage quand il ne peut pas lire sur les lèvres. Sourd depuis la méningite qui a failli lui coûter la vie un jour de match de coupe du monde, le petit garçon se fait très bien à cette vie sans sons. Sauf quand sa mère n’accepte pas son handicap et qu’elle voudrait un petit garçon « normal », qui puisse suivre la classe avec les entendants, même si les implants le gênent, même si sa langue, c’est la LSF. Une incompréhension qui plongent Angelo comme sa mère dans une certaine douleur, jusqu’à ce que l’orage éclate !

Touchante et passionnante, Fanny Chartres nous offre une histoire de famille d’une grande richesse, saupoudrant son récit de disparitions en mer, d’Argentine dansante, de légendes marines, de culture sourde, de préjugés qui éclatent ou encore d’une très belle leçon de solidarité. Mais c’est bien sûr aussi un roman qui invite à réfléchir à la différence et à l’acceptation de celle-ci. L’occasion d’évoquer la culture sourde et la LSF, un sujet que l’on a déjà pu lire dernièrement chez Florence Medina (Direct du cœur, excellent pour les ados) ou encore Alex Gino (Tu crois tout savoir, Jilly P., avec un point de vue américain).

Une vie en milonga, c’est la magnifique et profonde relation entre une sœur et son petit frère, un roman sensible, poétique et bienveillant, qui fait également la part belle à toute une galerie de personnages aussi différents que drôles, mystérieux ou surprenants. A découvrir absolument !

Une vie en milonga, Fanny Chartres (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 29 janvier 2020
9782211306096 – 13,50€
à partir de 11 ans
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Wicca : le manoir des Sorcelage – Marie Alhinho

Lisette a une confession à faire, elle adore l’univers de la sorcellerie, tout ce mouvement femme sorcière, femme sœur-cière qui s’émancipe…fait chaud à son petit cœur de bébé loutre.

Wicca nous présente la famille Sorcelage, une famille de sorciers très attachante, composée notamment d’Octobre et Avril, frère et soeur. Octobre est un hypersensible qui ressent les émotions et peut les influencer et Avril peut créer des tremblements de terre à chaque colère. Un jour, le cercle de pierres qui protégeait la région se brise, mettant tout le monde en danger… Ils vont devoir compter sur leur meilleure amie humaine Nour et un feu follet craquant pour empêcher des forces maléfiques de resurgir.

Dans ce manoir, pas de chat noir, ni balai, ni potion magique à base d’oeil de lézards. La magie utilisée par les Sorcelage – comme l’indique le titre – est une ancienne magie païenne : la Wicca (Ce mouvement religieux existe bel et bien et prône un culte à la nature, une belle découverte pour Lisette qui pense se reconvertir). On retrouvera, par exemple, dans le livre un petit précis à l’usage des wiccans indiquant qu’il faut «  S’aimer soi-même (même si c’est dur le matin) », un rituel de protection, qui viennent renforcer cette ambiance enchanteresse et rendent un aspect véridique à l’histoire.

Histoire qui m’a tenu en haleine, le rythme est bien dosé ! La plume de l’autrice mêle émotions et actions. Tous les personnages sont très attachants : Avril, la colérique douteuse, le sensible garçon Octobre (qui a les cheveux longs sur la couverture, pour vous ça ne veut pas dire grand chose mais pour moi ça veut dire beaucoup !), le feu follet hilarant qui se rend compte qu’être humain c’est douloureux (car oui on peut avoir des crampes et des courbatures) ou encore le manoir au mauvais caractère. Avril et Octobre vont devoir dévoiler leurs pouvoirs à leur amie humaine Nour pour combattre un monstre terrible qui se nourrit des mauvaises pensées que ses victimes s’adressent face à leurs reflets. Un monstre qui parlera aux adolescents mais pas que.

C’est l’illustratrice Diglee qui est aux commandes des illustrations, résultat : Lisette a eu envie de se faire tatouer tous les dessins tellement ils sont beaux ! Heureusement elle n’a pas encore l’âge.

Sous ses airs d’histoire sympathique, ce roman d’aventures/fantasy distille, comme un filtre d’amour, des notions d’égalité, de féminisme et de confiance en soi. Il aborde des préoccupations autour de l’image de soi, du regard des autres, de ses propres insécurités. Le tout de manière très naturelle et bienveillante à la lumière de la magie Wicca.

Un rituel magique est en préparation pour demander à l’autrice d’écrire des nouvelles aventures !

Wicca : le manoir des Sorcelage, Marie Alhinho, illustré par Diglee (Poulpe Fictions)
disponible depuis le 3 octobre 2019
9782377420872 – 12,95€
à partir de 9 ans