Son
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Soixante-douze heures – Marie-Sophie Vermot

9791035201357,0-4694228

72 heures. C’est le temps dont dispose Irène, 17 ans, qui vient d’accoucher d’un petit garçon, pour revenir sur la décision qu’elle a prise depuis le jour où elle s’est rendu compte de sa grossesse. Elle accouchera sous X. Dans sa chambre d’hôpital, en attendant de sortir et de signer les papiers qui permettront à son enfant d’être adopté, Irène repense à ces derniers mois de sa vie, qui a révélé et changé beaucoup de choses autour d’elle…

★★★★★

Irène est une jeune fille discrète, bonne élève, qu’on ne remarque pas tellement mais qu’on imagine mal faire une « erreur ». Mais un jour, chez sa grand-mère, Irène rencontre un voisin, Alban, un garçon qui aime cette maigreur qu’on lui reproche et la fait se sentir désirable. Ils font l’amour, sans réellement se poser de questions, mus par le désir – et oubliant de se protéger. C’était la première fois pour Irène et, comble de malchance, elle tombe enceinte ! Alors qu’elle sent l’enfant grandir en elle, Irène prend une décision. Elle n’avortera pas, elle mènera sa grossesse à son terme et accouchera sous X. Une annonce à la famille de son état, puis sa décision, chamboulent tout dans la vie d’Irène. Et alors que l’adolescente vient tout juste d’expulser le bébé de son corps, alors qu’elle se remet doucement de cette expérience sur son lit d’hôpital, alors qu’elle attend impatiemment la fin des 72 heures qui marqueront l’abandon de son enfant, elle nous raconte comment cet événement a fait exploser les barrières autour d’elle.

Sur le thème de la maternité et de la grossesse adolescente, Marie-Sophie Vermot nous livre un portrait bouleversant de cette jeune fille dont la décision pourtant bien claire pour elle est sans cesse remise en cause par les autres. Le récit se déroule sur les 72 heures où Irène est à l’hôpital, attendant de poser un point final à son accouchement sous X et l’on se laisse totalement emporter par le flot de ses souvenirs, de ses impressions, de ses découvertes sur sa famille qui n’ont fait que renforcer sa décision, et sur cet amour qu’elle porte malgré tout à cet enfant qui a grandi en elle. Une alternance entre l’avant et le maintenant qui fonctionne parfaitement, qui semble parfois semer le doute dans l’esprit de la jeune fille, et qui explique sa décision. Les réflexions sur le désir, sur la réputation d’une grossesse adolescente, sur l’abandon, sur la famille, sont particulièrement subtiles et j’ai également beaucoup aimé cette description de l’accouchement, un événement qui passe souvent bien vite dans les histoires, et qui nous est raconté ici dans ce qu’il a de plus cru.
Un roman magnifique, une écriture sensible et intime sur un sujet peut-être souvent déjà abordé mais raconté ici avec intelligence, sans jugement. Saluons enfin la très jolie illustration de couverture d’Édith Carron, en parfaite adéquation avec le contenu du roman, et le ressenti de lecture. Un très très beau livre. ❤

Soixante-douze heures, Marie-Sophie Vermot (Thierry Magnier)
disponible depuis le 14 février 2018
9791035201357 – 13€
à partir de 14 ans
Son
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Polynies : une nouvelle collection de romans chez MeMo !

Vous connaissez sans aucun doute le travail des éditions MeMo et de leurs magnifiques albums où l’on retrouve des auteurs et illustrateurs comme Mélanie Rutten ou Emilie Vast pour les plus contemporains, ou encore Remy Charlip ou Maurice Sendak pour ceux un peu plus anciens… Cette année, les éditions MeMo lancent leur toute première collection de romans, Polynies, dirigée par Chloé Mary (ancienne éditrice à l’école des loisirs), qui proposera des romans à partir de 7 ans et jusqu’à l’adolescence. Couvertures à rabats, tranches colorées, on y retrouvera tout le soin que la maison apporte déjà à ses albums. En janvier sont parus les deux premiers romans de la collection, à destination des plus jeunes, que l’on vous présente ici, et autant vous dire qu’on a hâte de découvrir la suite ! :P Pour en savoir plus sur la collection et découvrir déjà de nombreux bonus, rendez-vous sur le blog dédié ou bien sur l’édition numérique des Nouvelles de Polynies.

Truffe et Machin

9782352893646, 0-4693737Aujourd’hui, Truffe et Machin, les deux frères lapins, s’ennuient. Rien à faire et aucune idée pour se lancer dans une aventure trépidante ! Alors qu’ils errent le long de l’ancienne voie ferrée, Truffe a soudain le début d’une idée, mais le ventre gargouillant de son frère la lui fait oublier et les deux lapins se mettent alors à la recherche de cette idée qu’ils imaginent merveilleuse…

★★★★☆

« Retrouver l’idée perdue » est la première des histoires de Truffe et Machin, qui en compte trois. Entre jeux d’enfants et idées saugrenues, Emile Cucherousset nous fait découvrir avec un style vif et plein d’humour le petit monde de deux lapins jamais bien loin de leur maman et de leur terrier. Un univers tout en douceur et en couleurs que les illustrations de Camille Jourdy complètent à merveille, faisant partie intégrante des histoires. On se laisse emporter dans ces petits bouts de vie plein de fantaisie et de bonheur. Une première lecture sans doute plus exigeante que les autres, mais qui ravira les amateurs d’histoires tendres et colorées.

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Truffe et Machin, Emile Cucherousset, illustré par Camille Jourdy (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 18 janvier 2018
9782352893646 – 8€
à partir de 7 ans
La petite épopée des pions

9782352893653, 0-4693736Sacha habite dans un coffret de bois avec d’autres Sacha noirs et blancs. Parfois, La Main le sort de cette boîte pour le déplacer sur un damier, avant de le ranger soigneusement à sa place. Mais le Géant-Monde, qui s’étire bien au-delà de son coffret attire Sacha et, bientôt, le petit pion ne rêve plus que d’une chose : sentir le vent de la liberté sur son bois.

★★★★★

En voilà une idée inédite : faire parler et rêver les pions d’un échiquier ! Grâce à ces drôles de personnages, Audren évoque avec une grande réussite l’idée de liberté, de conformisme, de dépassement de soi. Comment pourrait-on découvrir le monde en étant un simple petit pion, incapable de se déplacer autrement que lorsqu’un coude malheureux vous fait rouler sur le tapis avant que La Main ne vous récupère ? Et le monde n’est-il pas dangereux ? N’est-ce pas plus simple de rester bien au chaud dans son coffret, où l’on sait être en sécurité, ou bien garder sa place sur l’échiquier ? Audren nous livre un texte remarquable d’imagination et que dire des illustrations en noir et blanc de Cédric Philippe, absolument superbes, qui ajoutent à l’ambiance toute particulière de cette histoire. Ses double-pages muettes vers la fin du roman insufflent une poésie et un imaginaire encore plus puissant à ce roman véritablement magique. A découvrir !

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La petite épopée des pions, Audren, illustré par Cédric Philippe (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 18 janvier 2018
9782352893653 – 8€
à partir de 8 ans
Son
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Les fantômes d’Achille Plume – Katherine & Florian Ferrier

9782377310555,0-4690500

Achille Plume est un garçon assez spécial ! Sa meilleure amie s’appelle Athénaïs et…est un fantôme ! En effet, le garçon a un incroyable don : celui de voir les fantômes. Mais bientôt, un terrible démon tente de l’attaquer lui et tous les fantômes. C’est Orcus, le terrible seigneur de Sombrenfer, bien décidé à anéantir la cité de Fantombres, où vivent les spectres.

★★★★☆

Achille était un garçon tout ce qu’il y avait de plus « normal » jusqu’au jour où, en frottant une vieille cuillère oxydée apparaisse, tel un génie de sa lampe, le fantôme d’Athénaïs, petite fille morte au XVIIIe siècle. La surprise passée, et de nombreux moments gênants à l’école plus tard, Achille se lie d’amitié avec Athénaïs et, bientôt, les deux se lancent dans une mission d’importance : libérer tous les fantômes des objets dont ils sont prisonniers pour qu’ils parviennent enfin à Fantombres, la cité qui fait office de paradis pour les fantômes. Car, vous ne le saviez peut-être pas, mais lorsque les gens meurent, leur fantôme peut parfois être emprisonné dans un objet qui était proche d’eux ou qu’ils tenaient à la main. Leur permettant de mettre fin à leur captivité, Achille devient vite le héros de tous les fantômes… Serait-ce pour cette raison qu’il est visé par le terrible Orcus et ses sbires dont les éclairs rouges détruisent humains comme fantômes ?

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Une aventure pleine de dangers et de mystères attend alors le jeune Achille, qui ne manque certainement pas de ressources ! Katherine et Florian Ferrier, après l’excellente série de BD Hôtel étrange, signent ici un roman tout aussi riche et pétillant ! Les fantômes ont ce moment le vent en poupe dans les romans de la collection et c’est ici toute l’inventivité de l’univers fantomatique, la qualité des personnages et du mystère qui les entoure, le suspense jusqu’au dernier moment et les illustrations superbes et dynamiques qui en font un roman d’aventure à ne pas manquer ! :P

Les fantômes d’Achille Plume, Katherine & Florian Ferrier (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 7 février 2018
9782377310555 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
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J’ai suivi un nuage – Maëlle Fierpied

9782211234795,0-4787515

Aujourd’hui, c’est la fête ! Marie Cotillon, célèbre actrice et amie d’enfance de maman, vient prendre le goûter à la maison. Rémi aide sa mère, radieuse, à sortir la jolie nappe, préparer des petits gâteaux en forme de poussins et faire en sorte que tout soit parfait lorsque Marie arrivera. Mais celle-ci ne vient pas et le lendemain, la maman de Rémi a totalement perdu sa joie de vivre…

★★★★☆

Après 4 ans d’absence et 4 romans fantastiques de très grande qualité, Maëlle Fierpied (originaire de la Comté, sans doute possible) revient dans un genre qu’on ne lui connaissait pas : le roman contemporain. Et c’est avec beaucoup de sensibilité qu’elle nous raconte l’histoire de Rémi et de sa maman dont les humeurs varient aussi rapidement que les nuages envahissent le ciel avant la pluie. Un jour, sa maman est d’humeur joyeuse, inventant des relations célèbres, faisant des gâteaux et préparant une journée inoubliable ; le lendemain, elle est incapable de sortir de son lit, de manger ou de s’occuper de son fils. Une situation difficile pour cet enfant qui comprend bien que sa mère n’est pas comme les autres, dont les « mensonges » le font passer pour un idiot auprès de ses camarades, et qui est parfois contraint d’aller vivre chez ses grands-parents quand elle ne va vraiment pas bien. Et le jour où la maman de Rémi se fait interner dans un hôpital, le garçon part chez son papé et sa mamé…

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Maëlle Fierpied évoque la maladie d’un parent – la bipolarité, bien que le terme ne soit jamais dit – et la difficulté pour un enfant à comprendre et à faire face. Un roman court mais très réussi où les questionnements, le mal-être et l’amour de l’enfant sont rendus avec beaucoup de justesse et de délicatesse. La relation avec les grands-parents est particulièrement belle, tout comme les moments fugaces qui se déroulent à l’école. Enfin, il n’y avait bien qu’une spécialiste des nuages pour illustrer un tel roman et c’est Julie Guillem et ses aquarelles qui apportent encore plus de douceur et d’émotion à l’histoire. Un roman poétique et bouleversant et une nouvelle facette du talent de Maëlle Fierpied à raconter des histoires.

J’ai suivi un nuage, Maëlle Fierpied, illustré par Julie Guillem (École des loisirs)
collection Neuf
disponible depuis le 17 janvier 2018
9782211234795 – 12,50€
à partir de 9 ans
Son
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Paris est tout petit – Maïté Bernard

9782748524901,0-4698375

Inès, 17 ans, prépare activement son bac, son admission à Sciences Po et trouve un job de femme de ménage chez les Brissac, dans les beaux quartiers de Paris. Mais elle n’avait certainement pas prévu de tomber amoureuse de Gabin, l’aîné de la famille ! Le coup de foudre passé, les jeunes gens apprennent à se connaître et à s’aimer… jusqu’au jour où des terroristes entrent dans le Bataclan, chamboulant totalement leur vie.

★★★★☆

Un peu plus de deux ans après les événements terribles du 13 novembre 2015 et un certain nombre de roman abordant le sujet, Maïté Bernard nous livre son histoire des attentats, une histoire qui commence par la naissance de l’amour entre deux jeunes gens. Inès, jeune fille de Guyancourt, est poussée par sa mère à faire de grandes études. Studieuse, elle révise sa préparation à Sciences Po tout en faisant le ménage dans une famille aisée de Paris. Gabin a 19 ans et, phobique scolaire, ne passe son bac que cette année. Ils tombent amoureux au premier regard et Gabin vole un baiser à la jeune fille dès le premier jour de la rencontre ! Un baiser qui chamboule tout dans l’esprit d’Inès, dans ses envies et ses désirs. Ainsi naît leur histoire d’amour, entre découverte de leurs milieux respectifs, de leurs passions et de Paris, ville si chère à Gabin et totalement inconnue d’Inès, qui y vit pourtant aux portes. Mais alors que tout semble aller pour le mieux, des attentats sont commis dans Paris et à Saint-Denis et quelqu’un qui leur est cher se trouve au Bataclan ce soir-là…

Avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, Maïté Bernard aborde ce qui vient après les attentats, ce que provoque la perte d’un être cher dans ces circonstances, et ce qu’elles laissent en chacun, de manière individuelle ou collective. Des réflexions justes, pertinentes (bien que peut-être un peu trop démonstratives à la fin du roman), habilement liées à l’histoire d’amour d’Inès et Gabin, à leurs différences sociale et religieuse qui réinterrogent parfois leur couple. Un roman « qui répare », dit l’éditeur, je ne sais pas, mais un roman qui a déjà suffisamment de recul pour inviter le lecteur à revivre les événements de façon plus… apaisée ? Il se dégage indéniablement de Paris est tout petit un sentiment d’apaisement, de lucidité sur les événements, qui n’en fait pas un roman triste ou plein de colère. Maïté Bernard, au contraire, à travers le personnage d’Inès et de ses réflexions, de ce moment de sa vie dont elle ressort grandie, célèbre ici la vie, l’amour et Paris. Et c’est vraiment très beau !

Paris est tout petit, Maïté Bernard (Syros)
disponible le 1er février 2018
9782748524901 – 17,95€
à partir de 14 ans
Son
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Les quatre gars – Claire Renaud

9782377310531,0-4690498

Ile de Noirmoutier. Les Fradet sont bien connus des gens de l’île qui les surnomment « la famille Dégâts », parce qu’ils font toujours tout de travers. Abandonnés par les femmes, ils sont quatre gars, trois générations, à vivre sous le même toit. Et c’est pas tous les jours facile, notamment pour le petit dernier, Louis, 9 ans, qui rêve d’une vie meilleure…

★★★★☆

Dans la famille Dégâts, je voudrais le papi. Pierre-Marie de son prénom, veuf depuis un certain temps mais convaincu que sa Raymonde lui parle au travers des éléments, et grand cuisiner de la famille. Je voudrais ensuite le père, Jean-Marie, saunier de métier (c’est le mec qui récolte le sel dans les marais salants pour ceux qui savent pas), bourru de nature, parfois même méchant depuis que sa femme est partie, un jour, sans prévenir et sans jamais revenir. Et enfin les deux fistons : Yves-Marie, futur soldat aux muscles saillants, accro à la musculation, qui draine dans son sillage un essaim de jeunes filles qui rient trop fort ; et Louis-Marie, maigrichon mais vif d’esprit comme son papi, qui aime autant les journées d’école avec les copains que d’entourlouper les Parisiens les jours de marché en leur vendant du sel deux fois plus cher (ou plus, c’est selon la tête du client). Une famille de bonhommes qui n’ont pas vu l’ombre d’une femme depuis des lustres et ne sont pas près d’en voir une…à moins que la jolie maîtresse de Louis n’y mette son petit grain de sel ? :P

IL EST JOLI, MON LIVRE, IL EST FIN ET BIEN FRAIS ! C’est ce qu’on pourrait crier pour attirer le parigot crédule mais dépensier au marché de Noirmoutier, vantant les répliques bien salées de Papi, la touchante naïveté, vitalité, de Louis, les problèmes de cœur de Jean et d’Yves qui les transfigurent, pour le plus grand bonheur des lecteurs comme de notre petit narrateur et l’écriture pleine d’humour, de finesse, de sensibilité de Claire Renaud. Sauf qu’on vous filoute pas. Tout ça, c’est vrai ! Claire Renaud a un talent de raconteuse indéniable, on s’attache à Louis, à ses potes et à sa famille immédiatement, les dialogues sont savoureux et, si le sujet de la famille est le sujet le plus traité de la littérature, il en trouve ici encore une très belle variation, au travers de ces hommes marqués par le deuil ou l’absence (d’une présence, d’affection). La relation entre Louis et son papi est exceptionnelle, tout comme les moments où le garçon se retrouve bien malgré lui à être l’adulte de la famille, celui qui conseille et prend soin des autres. Ce qui nous offre souvent de bonnes tranches de rire avant de trouver toute son efficacité…

Les quatre gars, ce sont vraiment des chouette gars, une petite famille qu’on était super contents de rencontrer et qui nous manquent déjà la dernière page tournée…
Vous noterez, contrairement à la plupart des romans de la collection, celui-ci est vraiment accessible pour des plus jeunes lecteurs que d’habitude. :)

Les quatre gars, Claire Renaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 3 janvier 2018
9782377310531 – 15,50€
à partir de 11 ans
Son
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Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier

9782700256383,0-4782516

Après plusieurs mois de disparition, Clément se met enfin à la recherche de sa sœur Nina, qui a quitté la maison un jour sans laisser de traces. Son enquête va le mener de Lacanau à Bordeaux où, petit à petit, il va découvrir la raison de sa fuite…

★★★☆☆

Qui aurait pu imaginer qu’une fille comme Nina disparaisse un jour sans rien dire, sans aucune raison apparente ? Elle avait tout pour elle : une famille aimante – un papa commercial pour une marque de sport, une maman bibliothécaire et un petit frère futur star du surf qu’elle adorait embêter – une meilleure amie, un garçon pour qui elle craquait et tout le confort matériel dont on peut rêver. Sauf que Nina découvre un secret, quelque chose de si énorme, de si bouleversant, qu’elle ne parvient pas à endiguer le flot d’émotions que cela provoque chez elle et qu’il n’y a qu’une seule issue possible : la fuite !

Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, deux écrivains phares de la maison Rageot, s’allient pour proposer cette histoire à deux voix qui flirte avec le thriller. Nous suivons Clément, qu’un copain remet gentiment à sa place tout en le poussant à relancer l’enquête sur la disparition de sa sœur, et Nina, dans les mois qui ont précédé sa décision de couper tous liens avec sa famille. La raison de cette rupture familiale est révélée assez rapidement (mais je ne vous la dévoile pas !) car ce qui compte ici, c’est la réaction que cette révélation provoque, ce qu’elle implique pour deux jeunes gens qui n’ont rien demandé et à qui on a caché les choses les plus importantes de leurs vies. Il est question de confiance, d’amour, de choix, d’égoïsme et de résignation. Et il est intéressant d’avoir les points de vue de Clément et de Nina sur ces questions, entre celui qui reste, qui veut essayer malgré tout, et celle qui s’en va, incapable de pardonner. Outre le questionnement sur la famille, le roman aborde aussi d’autres sujets, aussi variés que la compétition sportive, l’homosexualité, le street art, les SDF, qui colorent les expériences de chacun des personnages mais qui, me semble-t-il, ne sont parfois qu’effleurés. Tout comme les personnages secondaires, comme les plus proches amis de Clément et Nina, qui ont clairement des choses à dire et qui auraient mérité d’être un peu plus exploités.

Avec Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier parviennent, grâce à une écriture fluide et rythmée, à nous tenir en haleine jusqu’au bout du roman. Une histoire de famille qui nous interpelle, qui nous invite à réfléchir à l’impact des secrets, au couple et à ce que l’on peut accepter, ou non, de la personne qu’on aime.

Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier (Rageot)
disponible le 16 janvier 2018
9782700256383 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
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Vivant – Roland Fuentès

9782748525328,0-4698383

Pour les vacances de Pâques, huit amis se retrouvent dans un gîte près de Marseille. Au programme : révisions, sport et détente pour être fin prêts pour les examens. C’est Lucas qui a invité Elias, un inconnu pour les autres, mais qui attire leurs regards et leur curiosité durant tout le séjour. Jusqu’au moment où l’un des amis, Mattéo, se saisit d’un couteau et transforme ces vacances en combat à mort.

★★★☆☆

Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans les calanques entre deux jeunes hommes. Mattéo, armé d’un couteau, poursuit avec rage Elias. Mattéo, c’est le leader charismatique du groupe de copains étudiants, celui qui pourrait devenir sportif professionnel, qui organise le programme des vacances, qui sort avec la belle Salomé. Elias, lui, est manœuvre sur un chantier et ne connaît dans le groupe que Lucas, qui l’a invité. On ne sait pas vraiment qui il est, d’où il vient, mais son incroyable gentillesse, sa curiosité et son attitude paisible, naïve, interpellent les autres jeunes, certains se sentent mal à l’aise, d’autres ne voient que de la perfection. En tous cas, Elias ne laisse personne indifférent. Et Mattéo encore moins que les autres ! Mais qu’est-ce qui pousse le sportif à ce coup de folie ? C’est bien la question que tous les protagonistes se posent… et nous avec !

Avec Vivant, Roland Fuentès nous propose un thriller psychologique haletant et fascinant. Sa construction, alternant les chapitres de course poursuite et les souvenirs de chaque jeune sur ce qui a sans doute amené à cette folle cavalcade, amène un vrai suspense tandis que se révèlent petit à petit les événements, le déchaînement de violence. Sans vous en dire trop sur ce que l’histoire dévoile des personnages et de leurs motivations, Vivant c’est une réflexion sur notre rapport à l’autre et principalement à « l’étranger », à ce qu’il laisse à voir de lui et à ce qu’il nous montre de nous, ce qu’il provoque en nous, le meilleur comme le pire… C’est aussi une réflexion sur le groupe et comment un élément étranger, justement, peut faire basculer l’équilibre de chacun et du collectif. Et c’est aussi une évocation du sport et de ses valeurs que l’on rencontre assez peu en littérature, où Roland Fuentès met en lumière l’effort, le travail, l’art presque, que demande la performance sportive mais aussi la question de vie, de survie, qu’elle peut représenter pour certains. La dédicace qui figure au début du roman n’est d’ailleurs pas anodine…

S’il est difficile de dire que Vivant est « trop bien », c’est parce que le roman nous laisse avec un drôle de sentiment, celui d’avoir été bousculé, d’avoir posé dans notre esprit les petites pierres de la réflexion à entamer ou à poursuivre sur notre façon d’accueillir les autres, notre aptitude à la tolérance. Un roman profondément humain !

Vivant, Roland Fuentès (Syros)
disponible le 11 janvier 2018
9782748525328 – 14,95€
à partir de 13 ans
Son
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Jusqu’ici, tout va bien – Gary D. Schmidt

9782211217132,0-4442925

1968. Après avoir perdu son travail, le père de Doug Swieteck emmène toute sa famille à Marysville, une petite ville dans laquelle il espère trouver un nouveau travail. Doug n’est pas particulièrement enchanté : la ville est nulle, il fait trop chaud, la nouvelle maison est un trou à rat, son frère est un crétin fini, son autre frère au Vietnam et son père traîne trop avec Ernie Eco à boire des coups. Seul le sourire de sa mère le maintient à flot…jusqu’à sa rencontre avec les oiseaux d’Audubon…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas les romans de Gary D. Schmidt, il est temps de vous y mettre ou vous rateriez des moments de lectures absolument exceptionnels ! Après nous avoir régalé avec La guerre des mercredis (on en a pas parlé ici, on a honte, mais Bob l’a lu super tard…genre il y a 2-3 mois alors on se rattrape maintenant) et le jeune Holling Hoodhood (eh ouais, ça arrive !) qui découvrait Shakespeare avec une prof qui le détestait tout en rencontrant ses idoles du baseball, c’est à l’un des copains de Holling que l’on s’intéresse dans ce nouveau roman : Doug.

Doug n’a pas la vie facile et, si on le suspectait déjà dans La guerre des mercredis, on le découvre enfin avec cette histoire qu’il nous raconte. Alors que les hommes s’apprêtent à marcher sur la Lune et que la guerre au Vietnam fait rage, le garçon emménage dans une nouvelle ville, la « stupide Marysville » et doit composer avec un père violent et un frère qui lui fait toutes les crasses possibles. Etiqueté « voyou » à cause de cela, il se retrouve mêlé à des bagarres au collège, dans le viseur du principal et dans le collimateur du prof de sport qui a servi au Vietnam. Pourtant, malgré la stupidité de la ville, Doug va faire deux rencontres décisives : Lil’, tout d’abord, une fille au caractère bien trempé, dont le père est l’épicier de la ville qui va lui donner un petit boulot pour le samedi après-midi ; et Mr Powell, le bibliothécaire de la bibliothèque qui n’ouvre que le samedi et qui détient des originaux des Oiseaux d’Amérique d’Audubon. Cette rencontre avec les peintures du naturaliste vont considérablement ébranler toutes les certitudes du garçon et révéler des talents dont il ne soupçonnait rien ! Mais l’histoire de Doug est loin de se contenter de cela et c’est tout ce qui fait la qualité de ce roman : la richesse de son histoire, des rencontres que fait Doug, de ses passions pour le baseball (Bob n’a personnellement rien capté à tous les trucs sur le baseball mais, en bon ami pour Doug, il a hoché la tête en connaisseur), pour le dessin, les oiseaux et tout ce qui est beau dans la vie, sa difficulté à composer avec son père et ses frères, notamment quand l’aîné rentre du Vietnam changé, à faire évoluer le regard des autres sur lui et sur les préjugés que les gens ont sur sa famille… Une richesse des thèmes (et il en manque par rapport à ce que je vous ai déjà dit) qui pourrait être fouillis et qui pourtant donne une incroyable cohérence à cette tranche de vie adolescente.

Gary D. Schmidt est un auteur à découvrir absolument : on ne s’ennuie pas un seul instant, grâce à Doug, plein d’humour et de spontanéité, qui nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par tout un tas d’émotions ; aux nombreux personnages qui gravitent autour de lui et sont particulièrement fouillés et intelligemment écrits ; à tous ce que les histoires, celles avec un grand H ou celles que l’on vit au quotidien, apportent à un adolescent et construisent ce qu’il deviendra, qu’elles soient sombres ou pleines d’espoir. Un roman d’une grande intelligence, passionnant, terriblement drôle, et lumineux. Un vrai coup de cœur ! ❤

Jusqu’ici, tout va bien, Gary D. Schmidt, traduit par Caroline Guilleminot (École des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782211217132 – 18€
à partir de 13 ans
Son
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Libérez l’ours en vous – Carole Trébor

9782748521306,0-4698370

Kolia et Lisa sont deux lycéens qui participent au club de théâtre de leur établissement. Cette année, ils devaient travailler avec leurs camarades sur la pièce Les justes de Camus. Mais leur professeure, Patricia Valente, est malade et ne peut pas assurer les cours cette année… Avec un nouveau professeur et l’aide du mari de Patricia, les jeunes gens vont lui faire la surprise de monter une autre pièce de théâtre, celle écrite par leur professeure : Merci l’ours

★★★★☆

Après avoir écrit de nombreux romans historiques ou fantastiques avec la Russie en toile de fond, Carole Trébor nous propose cette fois-ci une fiction totalement contemporaine, à la rencontre d’adolescents passionnés par le théâtre voulant créer la surprise pour leur enseignante malade et absente en ce début d’année scolaire. Le récit est porté principalement par Kolia, d’origine russe, dont le destin est de devenir comédien, mais que son père ne comprend pas, avec qui les relations sont difficiles, d’autant plus depuis la mort de sa mère, de sa grand-mère et du remariage de son père avec une femme qu’il déteste ; et Lisa, dont les parents travailleurs sociaux ne sont pas plus encourageants – et dont elle a un peu honte – qui ne rêve que des paillettes et des lumières du métier d’actrice. Deux personnages forts, parfois agaçants, parfois attachants, toujours émouvants, autour desquels gravitent des seconds rôles que l’on découvre en même temps que Kolia et Lisa acceptent de les laisser entrer dans leurs vies.

Ce qui fait l’originalité du roman de Carole Trébor, c’est la pièce de théâtre qui parsème le récit. Merci l’ours est une pièce qui existe vraiment, écrite par l’autrice, et qui a été jouée. C’est une pièce musicale, où les chansons s’intègrent dans l’histoire racontée sur scène. Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez télécharger l’application Syros Live et, en flashant la couverture du roman, pourrez accéder au livret de la pièce pour la lire en entier, écouter les chansons (mais ce n’était pas encore disponible aujourd’hui) et découvrir d’autres petits bonus ! Mais cette pièce, c’est aussi un moyen pour les élèves de découvrir leur enseignante sous un jour nouveau car il s’agit d’une pièce semi-autobiographique et ce sont bien des surprises qui attendent Kolia et Lisa à la lecture du livret…

Avec Libérez l’ours en vous, Carole Trébor propose une histoire dense où se mêlent habilement les difficultés personnelles des adolescents et leurs problématiques de comédiens en herbe, avec la volonté de réussir à tout concilier malgré les obstacles. C’est bien évidemment un hymne au théâtre et pas seulement aux acteurs, à ceux qu’on voit sur scène, mais aussi aux autres, à ceux qui sont dans les coulisses, qui font tout pour que ça marche le jour J. Et ce sont aussi de belles histoires d’amitié, d’amours naissants, de compréhension et d’acceptation des histoires familiales et de leurs secrets. Un bien joli roman pour commencer l’année !

Libérez l’ours en vous, Carole Trébor (Syros)
disponible le 4 janvier 2018
9782748521306 – 17,95€
à partir de 13 ans