Son
1

Hôtel Grand Amour – Sjoerd Kuyper

9782278085644,0-4440926

Vic a 13 ans, 3 sœurs et un papa à l’hôpital après un infarctus survenu alors qu’il marquait le but de la victoire ! Seul avec ses sœurs, il doit alors gérer l’hôtel familial. Mais très vite, tout part en vrille, entre les clients qui s’enfuient et les dettes qui s’accumulent, il ne leur reste que quinze jours pour sauver l’hôtel. Vic est persuadé qu’avec l’aide de ses sœurs, ils parviendront à le faire…sans rien dire à leur père !

★★★★★

Vous avez aimé les Quatre sœurs à la fois si différentes, si drôles et si soudées de Malika Ferdjoukh, ou encore l’humour et les aventures du quotidien du Cœur en braille de Pascal Ruter ? Vous devriez alors succomber au charme néerlandais de Vic et de l’hôtel Grand A, au bord de la plage et, surtout, de la faillite ! Heureusement, Vic est un garçon plein de ressources et de bonne volonté, prêt à s’occuper de tout pendant que son papa est à l’hôpital, même si ce dernier préfèrerait que les enfants n’aient pas à travailler et se concentrent sur leurs études, et croit qu’un remplaçant a été envoyé ! Il pourra compter – plus ou moins – sur ses sœurs : Laeti, l’aînée, qui va devoir laisser tomber son bac pour mettre le nez dans les finances de l’hôtel et tenter enfin d’être vue par Félix, un client régulier de l’hôtel qui passe ses journées au bar de l’hôtel à dire à qui veut l’entendre qu’il ira se noyer dans la mer quand il aura flambé son héritage ; Alex, au look gothique qui ne pense qu’à chanter dans sa chambre et qui se retrouve malgré elle à participer à un concours de Miss ; et Pétro, la petite dernière, persuadée que sa maman est toujours vivante (dans les photos, dans ses vieilles robes, dans les animaux…) et pas en reste en terme d’imagination ! Et puis il y a Williamson, le cuisinier vieillissant fan de vieux chanteurs morts et nostalgique de sa vie à Tuvalu, qui va donner à Vic un magnétophone dans lequel celui-ci va tenir un journal intime. Un journal qui nous permet ainsi de suivre le quotidien – et la débâcle ! – de cet hôtel étonnant et de l’histoire d’amour naissante entre Vic et la jolie Isabel, qui se solde très vite par de nombreuses ruptures alors que rien n’a commencé entre eux…

Vous l’aurez compris, Hôtel Grand Amour est un roman totalement déjanté et débordant de personnages farfelus, de situations improbables et de dénouements heureux (quand même !). On se laisse totalement embarquer dans cette tranche de vie entre fous rires et émotions, par la façon de raconter de Vic, qui alterne entre les mensonges spontanés et éhontés et une naïveté touchante et comique. On s’attache à tous les personnages, en particulier l’étonnante et pétulante Pétro, sur laquelle Vic porte un regard d’une grande tendresse et une stupéfaction de tous les instants. J’ai beaucoup aimé l’attachement de Vic pour ses sœurs (même s’il s’en défend parfois) et toute l’émotion distillée au fur et à mesure du roman sur la disparition de la maman et le vide qu’elle laisse dans le cœur du garçon. C’est très bien amené dans tout cet humour et ça donne une très jolie saveur au reste du roman. Un vrai coup de cœur, qui est également un beau succès dans son pays d’origine puisqu’il connaît une adaptation sur grand écran dont vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous (en néerlandais sous-titré anglais, seulement, mais ça a l’air plutôt fidèle même si je suis sûre que c’est beaucoup moins drôle qu’à la lecture !). :P

Hôtel Grand Amour, Sjoerd Kuyper, traduit et adapté par Emmanuèle Sandron (Didier Jeunesse)
disponible le 11 octobre 2017
9782278085644 – 15,50€
à partir de 12 ans
Son
0

La Sublime Communauté, 1. Les Affamés – Emmanuelle Han

9782330086671,0-4499095

Dans notre monde qui se meurt, de mystérieuses portes apparaissent aux quatre coins de la planète avec la promesse d’atteindre les Six Mondes, un endroit dont personne ne sait rien mais que tous veulent rejoindre. Parmi eux, les Affamés, des populations entières qui fuient la mort et le désespoir. Mais certains doutent et s’interrogent sur ce qui se trouve au-delà de ces Portes : c’est le cas de Tupà, Ekian et Ashoka, trois enfants « transplantés », enlevés bébé pour être placé ailleurs dans un but inconnu. Ils ne se connaissent pas et vivent à l’opposé les uns des autres mais leurs destins semblent pourtant liés…

★★★★☆

Emmanuelle Han est une exploratrice des temps modernes, elle a voyagé de par le monde pour écrire et réaliser des films documentaires. La Sublime Communauté est son tout premier roman et on sent parfaitement bien tout son amour pour les voyages, les contrées lointaines et les cultures qui y vivent. Là où l’histoire nous fait de suite penser à des mondes proches de la dystopie, son originalité vient de ses personnages et de leurs origines.

Ici, la planète entière est soumise à une sorte de fin du monde : déchaînements des éléments, famines, migrations massives, morts par milliers ; et l’action se déroule dans trois régions du monde : le désert du Sahara, l’Inde et le croisement entre trois pays d’Amérique du Sud. Nos trois héros n’ont a priori rien en commun à part d’avoir été abandonné quelque part à l’âge de huit mois. Tupà fait le passeur pour d’étranges personnages entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay et, quand il n’est pas à la ville, il retrouve sa famille adoptive parmi une tribu Guarani. Ekian erre dans le désert africain après avoir grandi du côté de l’Himalaya et recherche quelque chose. Ashoka enfin est au service du Roi des Intouchables où il est en charge de la Flamme qui permet de donner une digne cérémonie aux morts. Trois histoires bien différentes, qui nous emmènent à la rencontre de coutumes et de modes de vie bien loin de tout ce que l’on connaît. Et apportent également son lot de magie. Une magie aux formes complexes et variées, qui fait aussi tout le sel de cette histoire aux larges ramifications, apportant autant de questions que de réponses sur ce monde en ruine et sans espoir. Enfin, il faut saluer l’écriture exigeante et poétique d’Emmanuelle Han, qui nous transporte – peut-être difficilement au début – avec délice et fascination dans son univers empreint de mystères et de légendes.

La Sublime Communauté, dont on ne sait finalement rien au bout du compte, est un magnifique roman qui se démarque dans le genre, par son style exigeant et son univers magnétique, son ode aux cultures et croyances du monde, et ses personnages passionnants dont on a hâte de connaître la suite des aventures ! Une très belle découverte ! Vous aussi, laissez-vous séduire par ces Six Mondes qui ne demandent qu’à vous accueillir…

La Sublime Communauté, 1. Les Affamés, Emmanuelle Han (Actes Sud junior)
disponible le 4 octobre 2017
9782330086671 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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D’un trait de fusain – Cathy Ytak

9782362661976,0-4356875

Après avoir exploré à plusieurs reprises les années de guerre, la collection Les Héroïques nous offre un nouveau texte, plus contemporain et toujours autant d’actualité ! Un roman à découvrir en même temps que le film 120 battements par minute. :)

1992. Marie-Ange, Monelle, Julien et Sami sont lycéens en école d’art et partagent régulièrement un verre après les cours. Lors d’une séance de dessin, ils rencontrent Joos, un jeune modèle qui leur fait tout de suite de l’effet. Sami en tombe amoureux, Marie-Ange aussi, tandis que Monelle et Julien se rapprochent… Après une escapade à Saint-Malo, la bande d’amis apprend que Joos est séropositif…

★★★★★

Les années 1990, ce sont celles où le grand public « découvre » l’épidémie du SIDA, où des associations comme Act’Up voient le jour pour alerter et lutter contre la maladie. C’est dans ce contexte que les personnages imaginés par Cathy Ytak évoluent, entre l’insouciance relative de leur jeunesse et les événements qui vont peu à peu s’immiscer dans leur amitié. C’est principalement Marie-Ange que l’on suit dans le roman, cette jeune fille au prénom poussiéreux et légèrement pompeux, à l’image de ses parents, couple engoncé dans des valeurs familiales rétrogrades où seul le mot « déchéance » rime avec France. On la découvre en ado peu sûre d’elle, cachée dans des pulls informes et puis Marie-Ange devient Mary qui, au contact de Sami et Joos, du monde autour d’elle, se fait plus affirmée, plus engagée. Une évolution non sans peine qui se bâtit en même temps que son regard sur son propre corps, sa sexualité et celle des autres se transforme. Puis vient le temps du combat, de celui pour la reconnaissance, le respect, l’acceptation, l’amour et la vie.

D’un trait de fusain, un titre qui évoque la délicatesse, un art dont Cathy Ytak est maîtresse. Et si elle démontre encore une fois toute sa sensibilité à travers ses personnages profondément humains, tout en failles et en espoirs, c’est aussi la brutalité des émotions, leur force, entre rage de vivre, rage de vaincre et rage d’aimer, qui en font un roman d’une puissance émotionnelle rare ! On s’immerge complètement dans l’époque (même si Bob et Jean-Michel n’étaient que des petiots dans les années 90), on se laisse entraîner par le tourbillon de sentiments et de sensations éprouvées par les personnages. Car au-delà du témoignage d’une époque, D’un trait de fusain c’est aussi une histoire d’amitié, d’amour, de sexualité (d’ailleurs, merci Cathy de parler de masturbation féminine, et d’écrire le mot clitoris sans le faire passer pour un « gros mot » ou d’avoir l’air de t’excuser de l’écrire).

Un roman qui secoue, qui rappelle aussi l’importance des rapports protégés, que la maladie est toujours bien présente, même si on a l’impression qu’on en parle plus, qu’il faut continuer à se battre, à s’engager, à s’aimer, à vivre.
Merci Cathy pour cette fureur de vivre ! ❤

D’un trait de fusain, Cathy Ytak (Talents Hauts)
collection Les Héroïques
disponible le 21 septembre 2017
9782362661976 – 16€
à partir de 15 ans
Son
0

Colorado train – Thibault Vermot

9782377310005,0-4371891

Durango, 1949. Dans cette petite ville perdue au fin fond de l’Amérique, une bande de copains se retrouve dans leur cabane, fabrique une fusée, se raconte des histoires qui font peur, retourne à l’école pour la rentrée… Jusqu’au jour où Moe, la terreur qui les embêtait, disparaît mystérieusement. D’abord soulagée, la petite bande finit par se demander comment Moe a pu disparaître…surtout quand on retrouve son corps, à moitié dévoré…

★★★★☆

Avec une telle couverture, on pense immédiatement à la récente série Stranger Things ou encore aux films Les Goonies ou Stand by me. Il y a un peu de tout ça dans ce premier roman de Thibault Vermot qui nous fait découvrir l’Amérique profonde d’après-guerre, dans une petite ville où les traumatismes sont bien présents, notamment celui d’une terrible affaire survenue quelques années plus tôt : une gamine retrouve éventrée. Une affaire qui ronge le shérif, père de Suzy, la seule fille de la bande, et Michael, dont le père a disparu après avoir été soupçonné d’être le meurtrier. Aux côtés des deux ados, on retrouve les inséparables Durham et George, génies constructeurs de fusées, Calvin, le petit frère de Michael, et Donnie, le p’tit gros qui aime bien zyeuter les filles. Biberonnés aux histoires de croque-mitaines et de wendigos, la bande se laisse entraîner dans une intense course-poursuite lorsque Moe disparaît puis est retrouvé les tripes à l’air. Mais ce que Michael et ses amis ne savent pas, c’est que le monstre qu’ils traquent n’attend qu’une occasion pour les traquer eux-aussi…et les croquer !

Frissons garantis dans ce Colorado Train et on recommande aux âmes un peu sensibles de ne pas lire le roman à la nuit tombée ! Thibault Vermot parvient à nous happer dans son récit dès les premières pages et, si on comprend assez vite la véritable nature du monstre, ce n’est pas là le plus important. Ce qui fait la force du roman, c’est son style, nerveux, âpre, sauvage, aussi acéré que les griffes du monstre ; ses personnages, ces gosses qui se laissent entraîner dans une affaire plus grosse qu’eux, qui va les mettre devant leurs angoisses les plus terribles, devant leurs faiblesses et démontrer toute la force de leur amitié ; son ambiance de tension permanente où le fantastique ne semble pas bien loin, où le goût du sang et de la poussière nous laisse la langue pâteuse ; et puis ce qui est dit, en filigrane, sur les séquelles de la guerre sur les hommes, la violence, la folie et la misère qui en découlent. Un premier roman intense et terrifiant où Thibault Vermot se pose en héritier français de Stephen King, avec le sang et les boyaux bien exposés sur la table. On vous aura prévenus ! :P

Colorado train, Thibault Vermot (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 6 septembre 2017
9782377310005 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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Naissance des cœurs de pierre – Antoine Dole

NE LISEZ PAS LA QUATRIÈME DE COUVERTURE DE CE ROMAN ! Celui qu’on en a fait, ça va, vous pouvez y aller, c’est certifié sans spoilers. :P

9782330081416,0-4318610

Jeb a douze ans et se prépare à entrer dans le Programme, pour être enfin utile à la Communauté. Pour cela, on va lui retirer ses émotions, des émotions qui sont pour lui extrêmement fortes, à tel point qu’il ne comprend pas pourquoi sa mère ne l’aime pas autant que lui l’aime. Aude, elle, fait sa rentrée au lycée Henri IV et ça ne se passe vraiment pas bien. Harcelée par les autres, elle se réfugie dans une aile en travaux…et rencontre Mathieu, séduisant surveillant.

★★★★☆

Difficile de vous parler de ce roman sans en révéler trop (surtout quand l’éditeur le fait déjà un peu dans son résumé, hum hum.) ! Car Naissance des cœurs de pierre se découvre au fil des pages, piquant notre curiosité avec ces deux histoire que tout oppose. Le récit de Jeb nous emmène en effet sur les rivages du genre dystopique. Une société où les émotions sont réprimées – très sévèrement – et où parents et enfants n’ont d’autres liens que celui du sang. Et Jeb se rend bien compte que tout l’amour qu’il porte à Niline, sa mère, ne lui est pas retourné. Pire, il lui est interdit, haï. Alors, à l’âge de 12 ans, comme tous les autres enfants, il rencontre le préparateur qui décidera si, oui ou non, il est apte à rester dans la Communauté. S’il n’est pas capable de montrer un cœur de pierre, alors il disparaîtra, comme d’autres avant lui. En parallèle, on suit donc Aude, 15 ans, qui fait sa rentrée dans un nouveau lycée et dont les parents exercent une pression constante sur elle, lui traçant son avenir sans son avis. Elle ne parvient pas à s’y faire d’amis et finit par se rapprocher de Mathieu, le surveillant qui plaît à toutes les filles et qui lui témoigne l’attention qu’elle recherche…

Deux histoires au premier abord différentes, sans liens apparents, qui résonnent pourtant l’une avec l’autre. Car Antoine Dole nous parle de l’enfance et de l’adolescence brisée, de la violence des parents et de la société sur la jeunesse. Les mots sont durs, les émotions intenses, violentes, dans un monde ou une famille où elles sont considérées comme inutiles, comme une faiblesse. Deux destins déchirés, déchirants, qui laissent un goût étrange, entre espoir et amertume, à toute cette cruauté. Et pourtant, il s’agit d’un hymne à la liberté de ressentir, à ne pas céder au renoncement, à exprimer ses émotions. Un roman fort dont l’intensité nous tient en haleine jusqu’à la dernière page et cette dernière scène à briser les cœurs de pierre. A découvrir !

Naissance des cœurs de pierre, Antoine Dole (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible depuis le 23 août 2017
9782330081416 – 14,50€
à partir de 14 ans
Discussion
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Les optimistes meurent en premier – Susin Nielsen

Vous connaissez sans doute déjà tout notre amour pour la merveilleuse, pétillante et incroyablement drôle Susin Nielsen. Si ce n’est pas le cas, il faut ABSOLUMENT vous rattraper et ajouter à votre vie ce qu’il lui manquait sans que vous le sachiez… Et comme Susin est une femme parfaite, elle sort un roman tous les deux ans. Et comme les éditions Hélium sont parfaites, ils traduisent et publient à la vitesse de l’éclair ce nouveau cru…pour notre plus grand plaisir ! ❤

9782330079406,0-4318607Pétula a 16 ans et la culpabilité la ronge tellement qu’elle s’empêche de vivre comme les autres ados, se débarrasse de sa meilleure amie et de toute vie sociale. Et ce ne sont pas ses parents qui vont l’aider : sa mère recueille toujours plus de chats et son père constamment absent pour le travail… Rongée de TOC et de collectionneuse de faits divers de morts absurdes, elle fréquente un groupe d’art-thérapie avec d’autres jeunes gens comme elle. Jusqu’au jour où débarque Jacob, au bras bionique qui a, lui aussi, un terrible secret…

Bob voit le verre à moitié plein…

★★★★★

Avec ce nouveau roman, Susin Nielsen nous propose une histoire un peu plus young adult. D’abord parce que ses personnages sont plus âgés (d’habitude, ils sont plutôt au début du collège) et ensuite car de nouveaux thèmes s’ajoutent à ceux que l’on retrouve habituellement : la famille, la gestion du deuil, l’humour pour transcender les difficultés, la douleur. Ici, nous aurons aussi le premier amour et tout ce qui en découle de bien comme de moins bien… Mais Susin Nielsen étant l’auteure que l’on connaît (ou que vous connaîtrez très vite), elle nous raconte tout cela avec toujours autant de finesse, de drôlerie, d’émotions, et ses personnages si singuliers, plein de failles, profondément humains, ne peuvent qu’être aimés. Surtout quand on en retrouve certains rencontrés dans d’autres romans, des « seconds rôles » qui ont grandi… Pétula est un personnage encore une fois atypique, comme sait si bien les dessiner Susin Nielsen, une fille unique qui semble porter toute la tristesse du monde sur son dos et qui, pourtant, nous émerveille par ses réactions et ses trouvailles. Un personnage cabossé, tout comme ses comparses de l’art-thérapie, aussi étonnants qu’émouvants, qui donnent une saveur toute particulière à ce très beau roman plein d’esprit. On en regrette qu’il soit si court…

…et Jean-Michel à moitié vide !

★★★★☆

Pas mon préféré de Susin Nielsen mais une vraie petite pièce de boucher comme on sait les apprécier. Et toujours cette dérision qui sert un chouette casting, chats inclus et aborde avec esprit de puissants sujets tels que le deuil, la culpabilité, le pardon, la maladie mentale…Un joli flow se dégage de cette lecture. Parmi les petits bonheurs on trouvera la « chat-bsession » de la mère de Pétula. Il y en a partout. Elle ne cesse d’en ramener et chacun d’entre eux sont prénommés d’après un héros de la littérature Gruffalo, Heidi, Stuart Little, Maman Moumine, Elmer. J’ai cru que toute la famille allait mourir étouffée par les kilos de litière mais l’auteur ne semble pas s’en être affolée alors j’imagine qu’ils se débrouillent plutôt pas mal avec les défécations félines. Et c’est un roman qui clairement nous montre une autre facette du scrapbooking. Mention spéciale aux obsessions de Pétula puisque cette collection de morts idiotes est franchement drôle. Et s’il ne fallait mentionner qu’un défaut à ce livre : trop court ! Tout est donc obligé de se passer si vite : notamment l’histoire d’amour entre Pétula et Jacob, qui la rend un peu moins authentique. Rapide, certes, mais voyons-le sous cet angle : une histoire façon « court-métrage » qui nous offre l’essentiel, avec un vrai clap de fin.

« L’optimisme m’avait discrètement approchée par-derrière pour me mordre les fesses »

Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (Hélium)
disponible depuis le 30 août 2017
9782330079406 – 14,90€
à partir de 13 ans
Discussion
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T’arracher – Claudine Desmarteau

9791035200763, 0-4318608

Un torse nu de jeune mâle, une couverture étonnamment douce au toucher… vous pensiez que Claudine Desmarteau se mettait au new adult ? :P

Lou est en terminale. Entre les copains, les fêtes et l’Admission Post Bac, ce pourrait être une année tout à fait « normale » pour la jeune fille, mais ce n’est pas le cas. Mais Lou a été quittée par son mec. Et ça, ça l’a proprement anéantie. Son absence l’obsède tandis que son chagrin semble grandir chaque jour. En fait, il n’y a plus rien qui compte que Lui, l’absence de lui…

Bob s’arrache les cheveux

★★★★☆

Le roman s’ouvre sur une page complète de « Toi » répétés inlassablement, qui donne le ton et nous plonge aussitôt dans les affres de la douleur sentimentale. Lou s’est fait jeter comme une vieille chaussette, sans explications et, malheureusement pour elle, elle aimait bien ce trop ce mec qui lui a brisé le cœur. Son chagrin prend de telles proportions qu’elle saoule sa meilleure amie Sacha, qu’elle est encore plus exécrable avec ses parents, et prend les mauvaises décisions. Incapable de le supprimer de Facebook, elle le stalke continuellement, se faisant encore plus mal de le voir en photo avec d’autres filles, elle croit l’apercevoir dans la rue, partout. Et elle essaye de comprendre pourquoi il l’a laissée tomber. Pendant ce temps-là, plus rien d’autre n’a d’importance, malgré son dossier scolaire dont on lui rabâche les oreilles : ses retards, ses notes qui chutent, son avenir, etc. La terminale, c’est l’année importante, n’est-ce pas ?

Sans doute pas quand on a le cœur brisé en mille morceaux. Claudine Desmarteau explore l’une des plus intenses périodes de l’adolescence : le chagrin d’amour. Le vrai, celui où tu te dis que c’est bon, ta vie ne vaut plus d’être vécue et que personne ne peut comprendre ton malheur. Celui qui te vrille les tripes, qui te rend imperméable et aveugle à tout ce qui t’entoure, qui te transforme en tout ce que tu n’es pas. La sincérité transparaît immédiatement dans le texte de Claudine, on retrouve son style vif, à la fois cru et sensible, tout en intensité, où les émotions de l’adolescence sont exacerbées à l’extrême. A tel point qu’on se demande même si le « Toi » de Lou existe vraiment ? Interprétation personnelle sûrement fausse mais qui donne une autre dimension à mes lectures de T’arracher. Et parvenir à oublier ce garçon, à se relever va être toute une épreuve pour Lou, que je vais vous laisser découvrir… Un roman où, encore une fois dans l’œuvre de Claudine Desmarteau, la musique vient jouer son rôle d’expression des sentiments à fleur de peau de son héroïne. Si T’arracher ne m’a pas autant remuée que le fabuleux Jan (qu’il faut lire si vous ne l’avez toujours pas fait), il n’en reste pas moins un roman gonflé de sincérité, et d’espoir.

Jean-Michel s’arrache la tête

★★★★☆

Ce roman m’a semblé interminable – pas parce qu’il était écrit avec les pieds ou que le sujet était mal traité – simplement parce que la passion étouffante selon Claudine Desmarteau est si réaliste qu’on se croit volontiers dans le cortex cérébral de Lou. T’arracher, sous-titre : « je l’ai dans la peau » car loin d’être une histoire d’amour, Claudine débarque sans crier gare avec la thématique de l’aliénation amoureuse. Frustrée par l’absence de son ancien amour, Lou n’est qu’un paillasson, privée de volonté et de sens critique. Ses attentes sont asphyxiantes : un regard, un mot, un geste, une attention de la part de l’autre qui ne viendront pas. Tout cela rend l’atmosphère plus que nébuleuse et on attend avec impatience qu’elle finisse enfin de se renier afin de se reconstruire. Mon gros Bob mentionne plus haut « on se demande même si le « Toi » de Lou existe vraiment ? » tant les émotions négatives sont poussées à l’extrême. Et bien mon cher, ce questionnement est légitime et tu t’es bien fait dupé par la machiavélique Claudine qui voulait probablement que tu en arrives là : ce lien amoureux qui flotte tellement dans le vide et l’absence de réciprocité (parce qu’elle est impossible) faussent le jugement de Lou qui s’enterre toujours un peu plus.
C’est ça, l’aliénation amoureuse.
Claudine Majax, troublante magicienne, on aime ton style.
Et tes goûts musicaux.
Et sinon vous avez lu Jan ?

T’arracher, Claudine Desmarteau,(Thierry Magnier)
disponible depuis le 23 août 2017
9791035200763 – 13,80€
à partir de 14 ans
Son
1

La fourmi rouge – Emilie Chazerand

Bob et Jean-Michel reviennent en forme après des vacances bien méritées ! Et comme tous les ans, c’est avec la rentrée littéraire qu’on se retrouve… Pour se faire un peu plaisir avant de retourner sur les bancs de l’école, on vous propose de rester un peu en vacances avec ce premier roman qui explose de drôlerie comme un feu d’artifice !

9782848659985,0-4372232Un prénom de protège-slip, un nom de pâtisserie allemande (qu’on peut aussi déformer pour en faire le petit nom d’une partie de l’anatomie humaine), un œil qui part en vrille et un père taxidermiste qui l’emmène au lycée dans une voiture customisée à la fourrure ? Oui, il s’agit bien de Vania Strudel, 15 ans, présidente du club très fermé des Minables. Heureusement qu’elle a son meilleur ami Pierre-Rachid pour voir la vie du bon côté… Mais voilà qu’après les vacances d’été, le jeune homme revient beau comme un dieu et, surtout, accompagné d’une horrible petite amie…

★★★★☆

Et quand Vania apprend que cette nouvelle girlfriend n’est autre que sa pire ennemie, cette pouffiasse de Charlotte Kramer, autant vous dire que son monde s’effondre définitivement ! Entre le nouveau prof qui ne lui fait pas de cadeaux, les looses quotidiennes, Pirach (pour Pierre-Rachid) qui s’éloigne peu à peu d’elle, et ses conversations à sens unique avec le vieux monsieur du dessus qu’elle garde parfois, la vie de Vania est HORRIBLE. Jusqu’au jour où elle reçoit un mail anonyme qui lui démontre qu’elle n’est pas qu’une vulgaire fourmi noire et qu’elle pourrait être bien plus que ce qu’elle pense d’elle-même et se démarquer réellement, être une « fourmi rouge ».

On connaissait Emilie Chazerand pour ses albums joueurs et irrévérencieux et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on découvre sa plume en long format avec ce roman qui se pose en digne héritier des Petites Reines, dans la même collection, et à rapprocher également de Je suis ton soleil, paru au printemps. On y retrouve en effet une héroïne cynique à souhait, qui aurait sans doute eu sa place sur le podium des Boudins, et dont la vie semble particulièrement vide et improbable. (En vrai, on aimerait bien vivre parfois des trucs aussi loufoques qu’elle !) Entre répliques bien envoyées et dialogues savoureux, Emilie Chazerand nous propose des scènes délectables, des personnages sympathiquement humains, quoi-qu’affublés de beaucoup de tares. Il vous faudra parfois prendre un peu de recul car Vania est une ado qui ne prend pas de pincettes et qui risque fort de vous faire grincer des dents… Un roman particulièrement bien rythmé et piquant dans lequel on ne s’ennuie pas un seul instant ! Un humour qui cache aussi une véritable profondeur, où des sujets « graves » sont abordés avec finesse et sensibilité, comme le deuil ou le harcèlement scolaire. Une mention toute spéciale pour papa Strudel, un adulte responsable, présent, aimant (quand bien même Vania en a parfois honte, le trouve ringard, moche ou relou) et personnage essentiel du roman. Les parents ne sont pas toujours au top dans les romans jeunesse (quand ils sont là, bien sûr) et ça fait du bien d’en voir un qui fait bien son job. Pour ça, merci Emilie !
Petite et insignifiante fourmi noire deviendra-t-elle une belle et piquante fourmi rouge ? On vous laisse le découvrir ! :D

La fourmi rouge, Emilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 23 août 2017
9782848659985 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Le phénomène Philomène – Emmanuelle Cosso

9782848659404,0-4198015

Anatole est un ado un peu ailleurs, qui se prend la porte en plein nez, qui lit des mangas tout seul dans la cour et que tout le monde ignore un peu superbement… Sauf Juliette, apprentie journaliste qui a un faible pour le garçon. Un jour, pourtant, Anatole se découvre un talent particulier : il peut voir les fantômes ! Il rencontre ainsi Philomène, morte en 1870 dans un accident de la filature qui se trouvait à la place du collège…

★★★★☆

Et cette Philomène, c’est un vrai phénomène (ohohoh!) ! Du même âge qu’Anatole, c’est bien la première fois qu’un humain vivant peut la voir. Pour Anatole, c’est la révélation. Lui qui était rêveur, pas du tout ami des maths et de la géographie, voilà que, grâce à cette petite fantôme qui l’aide à se sortir de situations périlleuses face aux professeurs et à ses camarades, le garçon change… Ce que ne manque pas de repérer Juliette, qui connaît Anatole depuis toujours et nous raconte son étonnante histoire. Car si Philomène est particulièrement heureuse d’être enfin vue d’un garçon vivant, ses motivations à se lier à Anatole sont nombreuses. Et grâce à Philomène, Anatole va découvrir l’histoire de son collège, celle des enfants en 1870 et, peut-être, devenir un héros ?

Voilà un Pépix très différent des précédents titres de la collection ! Pas de bonus, pas d’humour débordant d’irrévérence (bien que Juliette soit une reporter pleine d’esprit et apporte pas mal d’humour au récit), mais une véritable histoire d’amitié inoubliable, d’aventure à hauteur d’ado rêveur et de secrets historiques tout plein d’émotion. Emmanuelle Cosso nous transporte par son écriture fluide et délicate et son histoire parfaitement construite dans laquelle les révélations s’égrènent au fil du récit, pour nous surprendre et nous émouvoir. Une jolie manière d’aborder la grande Histoire et la condition difficile des enfants de la fin du XIXe siècle. Les illustrations au crayon de Nathanaël Ferdinand complètent à merveille l’histoire dans toutes ses émotions, j’ai beaucoup aimé son style et son souci du détail (je n’avais pas remarqué qu’on voyait Anatole avec son pansement sur le nez – résultat de la porte prise dans la figure dès la première page – jusqu’à la fin du livre). C’est le premier roman d’Emmanuelle Cosso et ça ne présage que du bon pour la suite, j’ai été véritablement séduite par son écriture et son histoire intemporelle et pleine de charme !

Le phénomène Philomène, Emmanuelle Cosso, illustré par Nathanaël Ferdinand (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 6 juin 2017
9782848659404 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
0

Ma dernière chance s’appelle Billy D. – Erin Lange

9782211231848,0-4211083

Dane n’est pas capable de s’exprimer autrement qu’avec les poings. Malgré de bons résultats au lycée, il suffit d’une bagarre de plus et il sera exclu définitivement. Sa dernière chance, c’est Billy D., un garçon trisomique qui vient de s’installer à côté de chez lui. Leur marché : Dane devient son « ambassadeur » au lycée et Billy le soutiendra devant le proviseur. Mais Billy a une autre mission à confier à Dane : l’aider à retrouver son père avec, pour seul indice, un atlas du pays rempli d’énigmes.

★★★★★

Essayez de regarder Dane de travers et c’est toutes vos dents qui sautent ! Dane est un garçon violent, incapable de maîtriser une colère sourde. Une colère dont il n’a aucune idée de la provenance. Il vit seul avec sa mère qui l’a eu adolescente et qui collectionne les tickets à gratter gagnant qu’elle encadre sans encaisser les sommes… Alors qu’il battait un mec juste parce qu’il avait une caisse et se pavanait avec, Dane croise le regard de son nouveau voisin, Billy D. Billy D. est trisomique et Dane frappe pas les handicapés, ni les filles. Pourtant, il en a parfois envie, de lui faire la tête au carré à ce Billy. Pour éviter l’exclusion, Dane va accepter de s’occuper de Billy pour son arrivée au lycée, de lui montrer les lieux, etc. Mais pour Billy, se rapprocher de Dane c’était surtout s’assurer un garde du corps – le garçon étant harcelé par d’autres lycéens – et apprendre à se battre. Mais autre chose les rapproche : tous deux sont en manque de père. Dane n’a jamais connu le sien et Billy a été arraché au sien par sa mère. Et pour Billy, retrouver son père est la chose la plus importante, d’autant que ce dernier lui a laissé des indices, glissés sur les pages d’un atlas des États-Unis…

Un roman dense, passionnant, où Erin Lange fait se rencontrer deux garçons que tout oppose, dans la construction d’une amitié compliquée, énervante, bruyante, étonnante et émouvante. Entre jeu de piste et chronique sociale, Erin Lange se fait la voix de ces deux jeunes aux tempéraments explosifs, dont l’absence de père les embarque jusque dans un road trip hasardeux. Des personnages très forts, tant dans leurs caractères (Dane violent et brutal, Billy malin et manipulateur) que dans leur faiblesses, les rendant parfaitement humains et attachants. C’est bien là la grande force de ce roman, entre violence et émotion, qui nous emmène bien loin de ce à quoi l’on peut s’attendre. Une histoire qui prend aux tripes, une amitié incroyable et puissante, un roman vraiment superbe à découvrir !

Ma dernière chance s’appelle Billy D., Erin Lange, traduit par Valérie Dayre (École des loisirs)
disponible depuis le 7 juin 2017
9782211231848 – 19€
à partir de 14 ans