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Celle qui voulait conduire le tram – Catherine Cuenca

Bob vous parlait de la collection de romans historiques Les Héroïques la dernière fois. Il en a lu encore un qui s’intéresse cette fois au sort des femmes durant la Première Guerre mondiale et c’est toujours aussi bien !

9782362661549,0-3723062

En 1916, les hommes sont mobilisés sur le front et les femmes prennent leur relève. Ancienne couturière, Agnès devient alors conductrice de tramway, un emploi mieux payé et qui lui plaît beaucoup. Mais lorsque son mari revient, blessé, il supporte mal que sa femme gagne plus que lui. Jusqu’au jour où la paix est déclarée et que les femmes sont envoyées. Révoltée, Agnès s’engage dans le mouvement des suffragettes, attisant encore l’animosité de son mari…

★★★★☆

A travers l’histoire d’Agnès, Catherine Cuenca nous fait découvrir un aspect de la Première Guerre mondiale souvent inconnu, voire ignoré : le travail des femmes pour soutenir l’effort de guerre. Des femmes qui prennent la place des hommes dans des métiers jusqu’alors réservés exclusivement aux genre masculin. Parce que, comme vous le savez, les femmes sont faibles de corps comme d’esprit (*blague, si jamais vous n’aviez pas compris*). Mais malgré la guerre et l’absence des hommes sur des postes utiles au quotidien, le remplacement par les femmes n’est pas forcément vu d’un bon œil. Insultes et mines désapprobatrices de la part de la société masculine comme féminine sont le lot de ces femmes qui « osent » postuler à ces emplois. Et si, comme beaucoup, Agnès est d’abord surprise de voir une jeune femme lui valider son ticket en montant dans le tramway, le perspective de gagner plus d’argent que dans son emploi actuel au sein d’un atelier de couture lui donne très vite l’envie de s’engager dans la compagnie de transport. Une décision qui va changer sa vie : elle va apprendre à conduire des tramways et, au contact de Renée, engagée dans la lutte pour le droit de vote des femmes, se trouver également une cause à défendre.

Mais le poids de conventions sociales, de la croyance de l’infériorité des femmes et de leur rôle uniquement marital, ménager, va clairement être un frein à l’épanouissement complet d’Agnès. D’autant plus quand son mari, Célestin, revient blessé de la guerre puis reprend son poste à l’atelier où il travaillait avec Agnès. Il gagne moins qu’elle, n’apprécie pas qu’elle fasse un boulot d’homme et voit d’un très mauvais œil son association avec des féministes et, pire, des « inverties ». Le vin aidant, Célestin se montre de plus en plus hostile et violent, renforcement d’autant la détermination d’Agnès à améliorer sa vie et celle des autres femmes… Une histoire qui trouve sa conclusion en 1945, avec Luce, la nièce d’Agnès et dont vous pouvez vous douter de l’issue historique.

Avec Celle qui voulait conduire le tram, Catherine Cuenca nous livre un roman passionnant sur l’histoire de ces femmes qui se sont battues pour leurs droits à une époque complexe. Au travers d’un destin, celui d’Agnès et de son héritage, évoqué avec humanité et émotion. Ses rêves, ses doutes et ses actions sont rendus avec un réalisme parfois rude, nous rappelant toute la difficulté à se battre pour nos convictions et la patience requise pour être témoin du changement. Un très beau roman historique à compléter avec le visionnage du film Les Suffragettes, sur le même thème mais en Angleterre, où les femmes obtinrent les droit de vote plus tôt que nous…

Celle qui voulait conduire le tram, Catherine Cuenca (Talents Hauts)
collection Les Héroïques
disponible depuis le 11 février 2017
9782362661549 – 14€
à partir de 13 ans
Son
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Quand le monstre naîtra – Nicolas Michel

On ne vous avait pas encore parlé de la collection Les Héroïques, parue en septembre dernier chez Talents Hauts. Pour vous la situer, c’est une collection de romans historiques qui s’intéressent à ceux qui sont « oubliés » ou laissés de côté dans les manuels d’histoire : les femmes, les enfants ou encore les handicapés, les immigrés… Christophe Léon et Jessie Magana ont ouvert cette collection, l’un avec un texte autour des enfants de la Réunion forcés à quitter leur famille pour être envoyés en métropole, l’autre avec une évocation de la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’une jeune fille qui entre dans la Résistance quand tous les hommes de son île sont partis à la guerre… Avec Quand le monstre naîtra, c’est à nouveau la Seconde Guerre mondiale en toile de fond, mais du point de vue d’une enfant.

9782362661808,0-3723061

1939. Lucille vit en Provence, en zone libre, tandis que la guerre éclate dans le reste de la France. Insouciante et espiègle, elle se lie d’amitié avec Elsa et Emmanuel, les nouveaux locataires de la ferme de sa grand-mère. Mais bientôt, le couple est obligé de quitter leur logement et les parents de Lucille lui annoncent qu’ils attendant un bébé. Tout s’effondre autour de la petite fille, qui n’a pas du tout envie de voir ce petit frère ou cette petite sœur, ce « monstre », arriver…

★★★★☆

Alors que sa sœur Anna va bientôt mourir, Lucile raconte à sa petite-fille son histoire, ainsi que celle d’Anna. C’était il y a longtemps, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que Lucille n’avait que 6 ans et que, comme beaucoup d’enfants à cet âge, elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait… Petite fille espiègle, aventureuse et turbulente, Lucile vit avec ses parents et sa grand-mère muette et inerte depuis la mort de son mari durant la Première Guerre mondiale. Lorsque les nouveaux locataires de la ferme, Elsa et Emmanuel, s’installe, c’est le début d’une belle amitié et de beaux moments pour Lucile. Mais la guerre est là et, même s’il semble ne rien se passer dans leur coin de Provence, Elsa et Emmanuel vont être chassés. Parce qu’ils sont Juifs. Et la mère de Lucile est enceinte. Deux nouvelles qui vont bouleverser Lucile et la rendre horrible avec tout le monde, et surtout avec ce bébé à venir. Dans la cour de récréation, Lucile joue à un jeu mesquin avec son amie Grenadine : « quand le monstre naîtra… » où elles disent des choses horribles sur le bébé. Et bientôt, les choses dégénèrent…

La guerre à travers les yeux d’une enfant. C’est donc le parti pris de Nicolas Michel, qui nous livre une histoire passionnante et toute en tension, ainsi que le portrait d’une petite fille plutôt sale gosse confrontée à des événements qu’elle ne comprend pas et dont elle ressent pourtant la gravité. Il y a une vraie justesse dans le personnage de Lucile, entre naïveté et lucidité, que les adultes veulent protéger des événements mais dont les secrets risquent bien de se retourner contre eux. Et parce que l’histoire est vue à travers les yeux d’une petite fille, il y aussi des jolis moments de poésie, du rire et de l’espoir… Mais surtout beaucoup d’émotions, que l’on ressent dans l’écriture de Nicolas Michel et dans sa volonté de nous livrer les sentiments d’une enfant dans un pays en guerre. Une très belle réussite et une collection à suivre, assurément !

Quand le monstre naîtra, Nicolas Michel (Talents Hauts)
collection Les Héroïques
disponible depuis le 19 janvier 2017
9782362661808 – 16€
à partir de 12 ans
Son
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Louis Pasteur contre les loups-garous – Flore Vesco

Après nous avoir époustouflé par son inventivité dans le génial De cape et de mots, Flore Vesco revient avec un nouveau roman dans ce style si particulier dont elle ne démord pas… (attention, premier jeu de mots !) :P

97822780855520-3654823

Paris, 1840. Le jeune Louis Pasteur, boursier débarqué de son Jura natal, rejoint la prestigieuse Institution Royale Saint Louis dans l’espoir de mener à bien ses recherches scientifiques. Mais entre les difficultés que lui font ses professeurs ou ses camarades de classes, sa rencontre avec la jolie Constance et les mystérieuses attaques nocturnes qui ont lieu dans l’école, les plans de Louis sont quelque peu bouleversés… Heureusement que tous ces événements sont finalement un bon moyen d’observer et de mettre en pratique quelques idées…

★★★★☆

Après Orgueil et préjugés et zombies et Abraham Lincoln, chasseur de vampires, c’est au tour d’un héros français de se confronter à des créatures diaboliques. Bon… en vrai, ça n’a pas grand-chose à voir avec ces parodies littéraires ou cinématographiques, mais si vous cherchez quelques idées pour Halloween… Et si vous avez plutôt envie d’une bonne histoire d’aventure, c’est assurément le nouveau roman de Flore Vesco que vous devez lire ! On retrouve dans Louis Pasteur contre les loups-garous tous les ingrédients qui nous avaient plu dans De cape et de mots : un univers historique, des personnages étonnants et courageux et un style inimitable où l’on goûte à un vocabulaire riche et à un humour fin et délicieux !

Mais là où Serine maniait les mots avec malice et inventivité, Louis est plutôt expériences scientifiques et bombes artisanales. Les amateurs de Science et vie junior devraient donc aussi s’y retrouver car Flore Vesco a clairement fait chimie 2e langue au collège. Avec les sciences au cœur du roman, chaque chapitre s’ouvrant d’ailleurs sur sa composition chimique (humoristique, bien sûr), l’auteure nous invite en effet à nous rendre compte des découvertes importantes que Louis Pasteur a mis en lumière au 19e siècle. Et c’est vrai qu’à part le vaccin contre la rage ou la pasteurisation, Bob ne se rendait pas compte que le monsieur avait fait plein d’autres choses ! Bon, ok, mais si on aime pas trop les sciences ?

N’ayez crainte, le roman n’est pas une biographie de Louis Pasteur mais bel et bien une aventure palpitante, un petit peu angoissante mais surtout fantastique ! Car oui, il y a bel et bien des loups-garous dans l’école et c’est ce mystère qui va faire de notre Louis un enquêteur nocturne aux côtés de la jolie Constance, une jeune fille de bonne famille qui se révèle intrépide et qui n’est certainement pas en reste lorsqu’il y a de l’action ! On croisera également des concierges étranges, des professeurs suspects ou des élèves pédants ou malchanceux, le tout enrobé dans une intrigue aux petits oignons, qui ne manque ni de piquant ni d’un humour qui est bien la patte de l’auteur. Quelle sera la prochaine créature dont Louis Pasteur devra se débarrasser ? Nous le saurons sans doute dans le tome 2 ? :P

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 21 septembre 2016
9782278085552 – 15€
à partir de 11 ans
Son
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Les valises – Sève Laurent-Fajal

9782070587551,0-3333753

1982. Sarah vient de se disputer avec sa meilleure amie Josy et s’assoit toute seule dans le car qui emmène sa classe de lycéens en voyage scolaire. Ils se rendent en Pologne, pour visiter les camps de concentration. Là-bas, comme tous ses camarades, Sarah est sonnée, impressionnée par ce qu’elle voit, et surtout par toutes ces valises entassées dans une pièce…

★★★★☆

Comment une simple valise, avec une étiquette passée portant le nom de « Levin », peut-elle autant remuer la jeune Sarah, lycéenne discrète dont la mère semble lointaine et la famille totalement inexistante ? Est-ce que Sarah est un prénom juif ? Est-ce que le nom de ce père qu’elle n’a jamais connu est Levin ? D’où vient-elle ? Qui est-elle ? Ce sont les questions que ce voyage en Pologne soulève en Sarah et, l’absence totale de conversation avec sa mère ne l’aide pas à y voir clair. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de lui en poser… Et quand sa mère est victime d’un accident de la route la laissant dans le coma, Sarah va devoir continuer sa quête identitaire seule. Ou presque. Il y a d’abord Mr Bonnieux, le professeur d’histoire qui les a emmenés en Pologne. Conscient que Sarah y a vécu quelque chose de particulier, il lui propose de lui venir en aide et l’incite à fouiller dans les affaires de sa mère pour y trouver une piste… Et puis il y a Jérôme, le p’tit con, celui qui fait son intéressant devant tout le monde et qui, pourtant, est parvenu à lui ravir son cœur. Sarah, en plein émoi amoureux, va trouver en lui un soutien bien inattendu. Tous les deux, ils se lancent dans cette quête des origines…

Il y en a beaucoup des romans sur la recherche de l’identité et sur l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, des familles juives. Pourtant, le roman de Sève Laurent-Fajal nous emporte dans l’histoire de Sarah avec une étonnante facilité et un intérêt croissant, où se mêlent habilement la naissance du premier amour et la découverte d’un passé douloureux. Le fait que l’histoire se déroule dans les années 1980 apporte également une touche d’originalité (l’utilisation du Minitel pour faire des recherches, par exemple), bien que ce soit un peu anecdotique par rapport à la sensibilité de l’écriture, et de l’histoire de Sarah. Un très beau roman, avec de l’amitié et de l’espoir, la mort et des secrets de famille, mais aussi, et surtout, avec beaucoup d’amour. Un très joli premier roman. :)

Les valises, Sève Laurent-Fajal (Gallimard jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782070587551 – 11€
à partir de 13 ans
Son
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Le garçon au sommet de la montagne – John Boyne

Chez Bob & Jean-Michel, on aime beaucoup John Boyne, ses romans étonnants et plein d’humour, mais également ceux avec, en toile de fond, la guerre. Qu’il s’agisse de la Grande Guerre (avec Mon père est parti à la guerre – on retrouvera d’ailleurs Alfie cité dans ce nouveau roman) ou de la Seconde Guerre mondiale (avec le désormais incontournable Garçon en pyjama rayé). John Boyne s’intéresse à nouveau à cette dernière, et au destin d’un petit garçon qui, au contact du Führer, va transformer sa nature profonde…

9782070669967,0-3235213

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Pierrot mène une vie insouciante à Paris avec son meilleur ami Anshel. Lorsque sa mère meurt de la tuberculose, il est envoyé auprès de sa tante, en Allemagne, dans une maison en haut de la montagne. Il s’agit du Berghof, la résidence secondaire d’Hitler, où sa vie va complètement changer…

★★★★☆

Pierrot est un garçon franco-allemand. Son père était un soldat allemand durant la Grande Guerre et, s’il en est revenu vivant, son esprit était lui totalement détruit et Pierrot ne l’aura presque pas connu puisqu’il se tue sous un train lorsqu’il n’a que quatre ans. C’est sa mère, française, qui s’occupe de lui jusqu’à sa mort, emportée par la tuberculose. Pierrot n’a que sept ans ! Malgré la grande amitié qui le lie à Anshel, un garçon juif muet avec qui il communique via la langue des signes – leur langue des signes – un deuxième conflit de grande ampleur s’annonce et, bientôt, la mère d’Anshel ne peut faire autrement que d’envoyer Pierrot dans un orphelinat. C’est à Orléans qu’il est envoyé, une grande maison tenue par deux sœurs un peu vieilles filles avec lesquelles il restera peu de temps. Sa tante Beatrix, la sœur de son père, le retrouve et l’invite à vivre avec elle près de Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises, dans une grande maison au sommet de la montagne, où se rendent occasionnellement Monsieur et Madame. Monsieur, c’est Adolf Hitler, et Madame, Eva Braun. Pierrot découvre alors un tout nouveau monde, au loin de l’histoire qui se joue sur le reste de la carte de l’Europe…

Avec cette histoire, John Boyne continue son exploration de la guerre et nous propose encore une fois un récit d’une grande intensité, sans doute pas aussi étonnant et terriblement naïf que Le garçon en pyjama rayé, mais qui nous interroge sur la nature humaine et la déconcertante facilité avec laquelle l’embrigadement peut changer un être. Car, au contact d’Hitler, Pierrot va lentement se transformer sous nos yeux, passant de jeune garçon doux et serviable à un petit nazillon avide de pouvoir. La transition, progressive et se déroulant pourtant dans un endroit profondément reculé, est très représentative de ce qui va se passer en Allemagne sous le joug d’Hitler. Et alors que Pierrot – devenu Pieter – gagne la confiance et l’amour du Führer, il va assister à un certain nombres de réunions et découvrir l’horreur de ce qui se trame en Europe… Avec une réflexion finale sur la culpabilité, Le garçon au sommet de la montagne est à nouveau un roman fort et passionnant de John Boyne, qui complète admirablement son œuvre sur la guerre. Une très belle lecture ! :)

Le garçon au sommet de la montagne, John Boyne, traduit par Catherine Gibert (Gallimard jeunesse)
disponible le 9 juin 2016
9782070669967 – 13€
à partir de 11 ans
Son
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Le mystère Blackthorn – Kevin Sands

9782747057844,0-3233892

1665, Londres. Christopher Rowe a 14 ans et est apprenti chez l’apothicaire Benedict Blackthorn, qui lui apprend depuis quatre ans les secrets de fabrication des remèdes et potions. Mais depuis quelques semaines, une menace pèse sur la ville : une secte occulte assassine des apothicaires. Et l’étau semble se resserrer autour du maître de Christopher…

★★★★★

Si vous aimez les intrigues trépidantes et les énigmes, Le mystère Blackthorn est fait pour vous ! Ce premier roman de Kevin Sands est une vraie réussite. On se laisse emporter dans l’histoire avec une étonnante facilité et on arrive au bout des 500 pages sans s’en rendre compte ! Et pour ceux qui n’aimeraient pas trop les romans historiques, celui-ci devrait vous réconcilier avec le genre : point de descriptions à n’en plus finir des us et coutumes ou de la politique de l’Angleterre du XVIIe siècle. Pas d’histoire prétexte pour nous évoquer la vie des enfants à cette époque. Il y a bien évidemment tous ces éléments historiques, indispensables à la cohérence, mais l’auteur nous les distille de façon admirable, en parfaite adéquation avec son récit, et sans aucun ennui. Nous sommes dans une véritable enquête où codes secrets et mystères divins vont donner du fil à retordre à notre jeune héros. :P

Christopher est un jeune orphelin qui a eu la chance de trouver un apprentissage auprès d’un apothicaire renommé. Quatre ans à son service lui ont permis de s’instruire, d’apprendre à connaître et reconnaître les ingrédients utiles à la confection de remèdes ou de poisons et d’appréhender le futur métier d’apothicaire. C’est également à cette période qu’il rencontre Tom, le fils du boulanger, et son meilleur ami depuis qu’il lui a catapulté des fruits pourris sur la tête. Un ami qui ne sera pas inutile lorsque les choses vont se corser pour Christopher et une amitié qui apporte aussi la touche d’humour du roman.

Je ne vous révèle rien d’autre sur cette histoire passionnante, qui nous emmène dans le monde captivant des apothicaires et, plus largement, des alchimistes, à la découverte de secrets qu’il vaudrait parfois mieux garder précieusement. Kevin Sands propose dans son roman une véritable immersion dans le métier de l’apothicaire, et on appréciera toutes les explications des symboles, les précis d’alchimie ou les codes à déchiffrer qui parsèment le récit. Des personnages attachants, une histoire haletante et bien menée, telle une chasse au trésor, Kevin Sands réussit un excellent premier roman ! :D

Le mystère Blackthorn, Kevin Sands, traduit par Pascale Jusforgues (Bayard Jeunesse)
disponible le 11 mai 2016
9782747057844 – 15,90€
à partir de 10 ans
Son
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Traqués sur la lande – Jean-Christophe Tixier

Aujourd’hui, on vous parle du nouveau roman de Jean-Christophe Tixier (dont on avait beaucoup aimé le précédent), écrit dans le cadre du Feuilleton des Incos, qui consiste à faire découvrir les coulisses de l’écriture d’un roman à une classe grâce à une correspondance avec un auteur (plus d’infos sur le site des Incorruptibles). :)

9782700250961,0-3064173

1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne pour enfants, une émeute éclate après le coup de trop porté par un surveillant. Des garçons en profitent pour s’échapper sur la lande. Gabriel est parmi eux et, très vite, la traque commence. Aucun ne veut être repris, tous veulent retrouver la liberté. Pour cette dernière, Gabriel va pouvoir compter sur Aël, une jeune fille qui connaît le coin comme sa proche et qui, elle aussi, rêve de liberté…

★★★☆☆

Dans ce roman historique, Jean-Christophe Tixier évoque un sujet que l’on connaît assez peu et qui reste absent des livres d’histoire au collège ou au lycée : les bagnes pour enfants (en tous cas, ce n’était pas dans les miens à l’époque où j’y étais). Les moments qui s’y déroulent vraiment sont peu nombreux puisque le roman débute sur l’évasion des enfants mais, en peu de mots, Jean-Christophe Tixier nous fait très vite comprendre les terribles conditions de ces endroits. Le cœur du roman s’intéresse à la fuite, à la traque organisée par les habitants de l’île pour retrouver tous les jeunes gamins échappés. Une chasse motivée par l’argent et la peur. C’est dans ce contexte que Gabriel, jeune prisonnier évadé va croiser la route d’Aël, belle jeune fille qu’un père violent désire marier à un riche touriste. Aël, pleine de ressources et de bonté, va venir en aide à ce garçon aux yeux gris et à ses jeunes compagnons qui ne connaissent rien d’autre que les humiliations et les privations…

Tiré d’une histoire vraie, comme nous le rappelle l’auteur à la fin de son roman, Traqués sur la lande est un récit fluide et bien mené qui, au-delà de nous présenter une réalité historique, offre une belle histoire d’évasion, de liberté et d’amour. On sent certainement l’influence de la classe sur cette dernière – l’histoire d’amour me paraissant en effet un peu rapide – mais elle ajoute un romantisme tout de même bienvenu, contrebalançant les destins tragiques de certains des évadés. Sans vous dévoiler la fin, sachez que celle-ci est vraiment très réussie et surprenante, sans être un véritable happy-end, elle reste ouverte et pleine d’espoir. Une mention spéciale pour la couverture de Sébastien Pelon, que je trouve très belle.

Sur le même thème des colonies pénitentiaires pour enfants (mais quelques décennies plus tôt), je vous conseille également la lecture du très beau roman d’Ahmed Kalouaz, Les sauvageons.

Traqués sur la lande, Jean-Christophe Tixier (Rageot)
collection Le feuilleton des Incos
disponible depuis le 16 mars 2016
9782700250961 – 12,50€
à partir de 12 ans
Son
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Le dernier songe de lord Scriven – Eric Senabre

Ce qui est bien avec Eric Senabre c’est que, quoi qu’il fasse, nous ne sommes jamais déçues ! En ce début d’année, il nous propose un voyage dans le Londres victorien et son époque pleine de mystères et d’énigmes…

9782278059508,0-3064222

Journaliste déchu, Christopher Carandini répond à une drôle d’annonce : « Gentleman cherche secrétaire particulier pour surveiller son sommeil. Se présenter au 30 Portobello Road et demander une théière. » Intrigué mais désespérant de trouver de quoi subsister, Christopher se présente et rencontre Arjuna Banerjee, un détective très particulier puisque, pour résoudre les énigmes soumises par ses clients, il doit rêver…

★★★★☆

Engagé pour surveiller le sommeil de Banerjee, qui ne soit pas excéder les 26 minutes sous peine d’y rester, Christopher va découvrir un monde totalement nouveau, une façon étrange et étonnante de résoudre une enquête à laquelle son passé de journaliste sera également utile. Le premier client de ce duo inédit est donc lord Scriven, réincarné dans son fidèle majordome, persuadé d’avoir été assassiné dans son bureau pourtant fermé à clé de l’intérieur… Une énigme qui va donner du fil à retordre à nos deux enquêteurs de l’étrange et nous offrir un récit des plus passionnant.

Amateurs de Sherlock Holmes et d’énigmes, ce roman est fait pour vous ! On y retrouve tous les ingrédients qui font le charme des romans du début du siècle dernier : un peu de fantastique, beaucoup de mystère et une flopée de suspects potentiels, des retournements de situation et un peu d’espionnage. Sans oublier un grand méchant non sans rappeler Moriarty… On se laisse très vite emporter dans le récit, de part l’écriture d’Eric Senabre, efficace, dynamique et non sans un certain flegme tout britannique, mais également par les nombreux rebondissements de l’affaire qui, d’une « simple » crise cardiaque, va prendre des tours totalement inattendus. Je me suis vraiment passionnée pour cette histoire, pour ce personnage de Banerjee et de son mystère indien, pour Christopher et son désir de justice, pour toutes les petites références et pour ce très bel hommage aux personnages et aux histoires inventées par Conan Doyle. Et si le roman vous a plu autant qu’à moi, l’auteur laisse entendre qu’il pourrait y avoir d’autres aventures de ces détectives du rêve ! :D

Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à visiter le site internet dédié, il y a plein d’anecdotes super chouettes et, pour ceux qui ont lu le précédent roman de l’auteur, vous ne manquerez pas de reconnaître un certain trio dans les cuisines du manoir de lord Scriven… :P

Le dernier songe de lord Scriven, Eric Senabre (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 17 février 2016
9782278059508 – 14,20€
à partir de 12 ans
Discussion
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Le fils de l’ombre et de l’oiseau – Alex Cousseau

filsdelombreetdeloiseau

Bob et Jean-Michel ne vous ont pas encore parlé d’Alex Cousseau… Pourtant, ils adorent tous ses livres ! Alors autant vous dire que, lorsque nous avons repéré la parution de son tout nouveau roman, nous avons sauté dessus et nous n’avons pas regretté le voyage…

En guise d’introduction, les deux frères Elie et Elias attendent le moment opportun pour assouvir leur vengeance envers Butch Cassidy, un bandit. Mais avant tout acte, ils souhaitent nous raconter comment ils en sont arrivés là…ainsi, une plongée dans l’histoire familiale est narrée…Et quels ancêtres !

Jean-Michel, fils des berges et du castor

★★★★★

Parce que c’est un roman océan où il faut suivre et ne pas se laisser distraire lors de la lecture, on vous donne en exclusivité (et aussi parce que nous sommes fort sympathiques) l’arbre généalogique abrégé de cette famille hors du commun.

Mahina

Poki – Peter Schlemihl

Pawel – Wari
↓ ↓
Elie – Elias

De rien.
Vous devez savoir avant de vous plonger dans cette aventure stupéfiante que grâce à Alex Cousseau, la notion de rêve est presque palpable. Vous côtoierez des paysages et des lieux enchanteurs : des déserts, des océans d’un bleu intense, des montagnes arides, des mines sombres, toucherez du sable chaud, un ciel glacé, percerez le mystère d’une forêt et sentirez l’humidité d’un fleuve d’argent. De l’action ? Vous en aurez. Vous assisterez à des cavales, des parcours qui n’en finissent plus et des points de non-retour. Soyez curieux et laissez-vous emporter par l’épopée douce d’un brillant rêveur : Monsieur Cousseau.

« La vie est un cheval entendit Pawel dans une conversation…
un cheval furieux, un cheval espiègle, ou un cheval docile.
A chacun d’en décider, mais pour avancer il faut l’enfourcher »
Bob, fils de la glace et de l’éléphant

★★★★★

Il n’y a bien qu’Alex Cousseau pour nous conter une épopée familiale, s’étalant sur deux siècles, deux mondes, avec autant de rêve et de beauté. On se laisse bercer par son écriture, sa façon de raconter, qui nous porte au gré des vents, des coups du sort, de la vie et de la mort. J’aime son univers, exotique et foisonnant ; ses personnages, vivants et surprenants ; son sens de l’aventure et du destin ; son incroyable travail mêlant fiction et éléments historiques, techniques, technologiques et scientifiques. Il faudra attendre la dernière partie du roman pour comprendre comment Elie et Elias se retrouvent devant Butch Cassidy mais ce voyage magique en vaut assurément la peine.

Le fils de l’ombre et de l’oiseau,Alex Cousseau(Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 6 janvier 2016
9782812609862 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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Lever de rideau sur Terezin – Christophe Lambert

9782747056830,0-2688148

Après l’excellent Swing à Berlin, Christophe Lambert s’intéresse à nouveau à l’art pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme l’auteur l’explique dans sa postface, nombreux sont les lecteurs à lui avoir demandé s’il y aurait une suite à l’histoire de ses jeunes musiciens de jazz jouant pour le régime nazi. Ce n’était évidemment pas possible, alors l’auteur a pensé à une autre histoire, qu’il avait déjà repérée lors de ses recherches pour ce précédent roman…

Novembre 1943. Victor Steiner, célèbre dramaturge juif, est arrêté et déporté. Il est envoyé à Terezin, en Tchécoslovaquie, un camp qui ressemble à une petite ville, où il va se découvrir un fan : un officier SS qui va lui commander une pièce. Car la Croix-Rouge envoie une délégation pour contrôler le traitement des prisonniers et il faudra les divertir. Mais écrire sous la contrainte, et en plus pour les Nazis, Steiner s’y refuse. Mais il n’a évidemment pas le choix…

★★★★★

Si l’on connaît déjà un certain nombre de romans évoquant les camps de concentration, on connaît peut-être moins celui de Terezin. Il était notamment réservé aux Juifs célèbres, que les disparitions soudaines auraient sans doute alertés. Même s’il était un camp comme les autres, les Nazis le présentèrent au monde comme un modèle de colonie juive, une ville factice. C’est dans cet environnement que va évoluer Victor Steiner, célèbre homme de théâtre français. Après la déportation et la terreur des premiers jours, Steiner va obtenir un semblant de liberté et quelques privilèges lorsque Waltz, un officier nazi, lui demande d’écrire une pièce pour la visite de la Croix-Rouge. Très vite, Steiner va ravaler sa fierté d’auteur libre et se consacrer à l’écriture sous la contrainte car il n’y a pas que son art en jeu, mais aussi la véritable liberté que la Résistance planifie pour la représentation…

Encore une fois, Christophe Lambert nous plonge dans un pan de l’Histoire avec beaucoup de talent. Son écriture, fine et fluide, nous offre un roman haletant malgré le contexte terrible. On y retrouve l’importance de l’art, et notamment du théâtre, pour des personnages à qui il ne semble rester que la misère et la peur. J’ai beaucoup aimé la réflexion sur l’écriture, la contrainte et l’inspiration. Mais j’ai surtout aimé cet hommage vibrant, comme il le fit dans son précédent roman, que Christophe Lambert rend à l’art, l’amitié, la liberté. Et puisqu’il est question de théâtre, il est important de souligner la présence de la pièce écrite par le personnage principal, Victor Steiner, à la toute fin du roman. Une jolie mise en abyme, qui nous montre aussi le talent de Christophe Lambert pour l’écriture en alexandrins. :) Un roman extrêmement bien documenté, qui fait également la part belle à l’aventure et l’émotion. Magnifique !

Lever de rideau sur Terezin, Christophe Lambert (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 27 août 2015
9782747056830 – 14,90€
à partir de 13 ans