Son
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Blue Gold – Elizabeth Stewart

En 2014, nous découvrions Elizabeth Stewart avec un très beau roman historique, Justice pour Louie Sam, autour des populations indiennes et de la justice. Cette fois-ci, elle nous emmène à travers le monde, à la rencontre de trois jeunes filles emblématiques de notre époque, confrontées elles aussi à la justice, ou plutôt l’injustice.

9782747055246,0-3755047Fiona est canadienne. Après une soirée un peu arrosée, cette lycéenne envoie un selfie dénudé à son petit ami. Sylvie est congolaise, réfugiée en Tanzanie où elle vit dans un camp après avoir vécu l’horreur dans son village natal, pillé pour un minerai précieux : le coltan. Laiping, elle, a quitté son village et sa famille pour trouver du travail dans une usine de fabrication de téléphones dans une grande ville. Les trois jeunes filles ne se connaissent pas mais elles ont un point commun : le téléphone portable.

★★★★☆

Le portable est-il plus précieux que leurs vies ? Un sous-titre peut-être un peu racoleur mais qui va pourtant se révéler être la véritable question pendant tout le roman. Ce sont donc trois voix que nous suivons : Fiona, lycéenne accro à son portable qui fait l’erreur d’envoyer à son nouveau petit ami une photo de ses seins, qui perd le fameux objet et se retrouve être exposée à tous ; Sylvie, jeune réfugiée en Tanzanie avec sa mère et ses petits frères et sœurs a vécu des événements traumatiques qui lui ont laissé une cicatrice lui balafrant le visage et qui doit concilier la survie de sa famille, son désir de faire des études de médecine et son frère qui se laisse entraîner dans les magouilles du chef de guerre local ; et enfin Laiping, qui espère envoyer de l’argent à ses parents en travaillant à l’usine, découvrant un tout nouveau monde qui lui semble merveilleux avant de se rendre compte des terribles conditions de travail. Comment ces trois destins vont-ils finir par se rencontrer ?

Roman absolument passionnant, c’est bien cette idée de vies croisées qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Mais c’est aussi, et surtout, ces portraits très justes et touchants de ces adolescentes aux prises avec une société qui les dépasse, qui vont découvrir toute l’injustice de leurs conditions respectives et devoir se montrer forte pour surmonter ce qui les attend. Même si Fiona semble être le personnage le moins exploité (moins de chapitres et une histoire que certains jugeront peut-être moins « grave » que les autres), toutes nous offrent un regard éclairant sur notre monde. Les amateurs de dystopie seront d’ailleurs sans doute ravis de découvrir que la Chine est un décor parfaitement réaliste et actuel – inutile d’aller chercher dans la science-fiction ! Ceux qui aiment les textes engagés ne pourront qu’être sensibles à cet excellent roman qui nous invite à réfléchir à l’exploitation humaine sous toutes ses formes, et à s’informer sur la fabrication des produits de notre quotidien. Une postface de l’auteure vient d’ailleurs compléter son propos. Et ceux qui aiment les belles histoires ne seront certainement pas en reste : Fiona, Sylvie et Laiping vous toucheront au cœur par leur sensibilité et leur désir de changer la société.

Et comme c’est de saison, on proposerait bien Blue Gold pour le projet #unlivrepourdemain lancé par notre copain Tom ! :D

Blue Gold : 3 filles, 3 destins : le téléphone portable est-il plus précieux que leurs vies ?, Elizabeth Stewart, traduit par Jean-Luc Defromont (Bayard)
disponible depuis le 15 février 2017
9782747055246 – 15,90€
à partir de 13 ans
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Trois petits mots – Sarah N. Harvey

9782210962910-g

Abandonné par sa mère quand il avait deux ans, Sid a été placé dans une famille d’accueil, chez Caleb et Megan. Quatorze ans plus tard, il est toujours chez eux, où il partage sa vie entre le dessin et l’accueil des nouveaux enfants avec ses « parents ». Un jour arrive Fariza, une gamine mutique qu’il a du mal à apprivoiser. Puis un autre jour, c’est Phil qui arrive, un adulte qui annonce à Sid que sa mère naturelle a disparu et que son demi-frère, dont il ne connaissait pas l’existence, a fugué…

Un petit mot de Bob

★★★☆☆

Malgré son abandon quand il était enfant, Sid a eu la chance d’avoir une belle enfance, une famille d’accueil aimante, dont Caleb et Megan ont fini par devenir ses « vrais » parents. Sa mère biologique, Devi, était une folle un peu hippie qui l’a nommé d’après l’autre nom de Bouddha : Siddhârta. Pas de bol ! Il ne se souvient plus vraiment d’elle mais sait qu’il a hérité de ses cheveux roux. Il a fait le deuil de cette mère au fil des années, et sa vie avec Caleb et Megan, au bord de la mer au Canada, à observer le port et les oiseaux, se balader sur les îles, aller à la plage avec sa meilleure amie Chloé qui parle pour deux, dessiner et dessiner…tout ça lui plaît et lui convient. L’arrivée de Fariza, un nouvel enfant placé, est aussi une belle chose, même si la gamine ne parle pas et ne semble pas beaucoup apprécier les garçons. Sid va tout de même aider Megan dans l’accueil de Fariza et à la mettre à l’aise dans cette famille provisoire. Mais alors que le lien commence à se tisser, c’est le passé de Sid qui ressurgit : Phil, un ami de Devi, vient lui demander son aide pour retrouver à la fois Devi, qui a disparu, mais aussi et surtout Gauvain, son demi-frère dont il n’avait jamais entendu parler ! Première surprise passée, une deuxième : Gauvain a 13 ans, est massif comme un footballeur américain et…est noir ! Sid va alors découvrir toute une partie de la vie de sa vraie mère, dont il ne savait rien, ne s’était jamais soucié et n’est pas sûr d’avoir très envie de découvrir…

Bien que les sujets du roman soient régulièrement traités en littérature jeunesse, l’écriture simple et fluide de Sarah N. Harvey nous emporte dans le récit, nous donnant envie de découvrir un peu plus la vie de Sid, ce qui a bien pu arriver à Fariza et ce que la découverte de sa famille biologique va apporter à Sid, à son cheminement dans la vie. Une chronique familiale qui fait aussi la part belle aux paysages canadiens (Sid vit sur une île) et à de beaux moments de sensibilité entre tous ces personnages cabossés par la vie. Intéressant !

Avec les mots de Jean-Michel

★★★☆☆

C’est la première fois que je lis un roman où la famille d’accueil n’est pas diabolisée, ça fait plaisir ! Ecrit du point de vue de Sid, j’ai apprécié le caractère sain de ses questionnements concernant sa mère biologique, sa colère face à l’abandon, sa rencontre avec sa grand-mère maternelle et celle de son demi-frère. Megan et Caleb influencent positivement les réponses et les actes de Sid, ce sont vraiment des chouettes personnes qui inculquent aux enfants certaines valeurs fondamentales de la vie : l’amitié, l’amour, la tolérance. D’ailleurs chaque adulte dans ce roman est appréciable (attendez de rencontrer la grand-mère de Sid).
Sarah Harvey a sainement traité le thème de la maladie mentale, plus précisément la bipolarité. Elle a réussi à capturer les sentiments complexes de Sid, la colère de son frère Wain envers le monde entier (je l’ai trouvé pénible ce petit teigneux), la peur de Fariza face au reste des êtres humains. Mais ce qu’elle a le mieux exprimé dans son roman reste sans conteste cette grande et belle compassion, qui nous ferait presque croire qu’on peut guérir de tous les maux. Une histoire réaliste et contemporaine où l’espoir et l’optimisme touchent du doigt le lecteur pour mieux le percuter.

Trois petits mots, Sarah N. Harvey, traduit par Laurence Bouvard (Magnard)
disponible depuis le 26 août 2016
9782210962910 – 13,90€
à partir de 14 ans
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Le voleur de sandwich – Patrick Doyon & André Marois

Il y a dans notre société actuelle un méfait méconnu qui ronge des dizaines d’écoliers à l’heure du déjeuner, je parle bien sûr : du vol de sandwich.

★★★★☆

levoleurdesandwichsLundi matin – heure du déjeuner : Marin attrape sa boîte à lunch (oui les auteurs sont canadiens) et file s’asseoir entre ses copains à la cafétéria. Seulement l’innommable se produit : le sandwich de Marin s’est volatilisé. Les boules. Surtout que c’était son favori : le jambon-cheddar-laitue avec une mayonnaise préparée avec soin par sa mère qui achète également un pain spécial à la farine d’épeautre dans une boulangerie secrète tenue par des moines kung-fu. Quelqu’un a dû te le voler ! s’exclama Manon. A cette phrase, Marin eût le vertige…il allait trouver coûte que coûte le coupable de cet acte cruel qui va se répéter : aurait-on à faire à un voleur de sandwichs en série ?

La liste des suspects

Le gros Robin qui ne fait que s’empiffrer
La pauvre Marie dont la maman a perdu « sa job » et qui a faim
Benjamin le fatigant fait des blagues qui ne font même pas rire les prématernelles
Mathias le jaloux qui a la vengeance dans la peau
M.Maxence le concierge super balèze qui se prend pour la police
M.Garence le directeur en manque de bonne nourriture
Mme Ombeline car qui soupçonnerait une dame à lunettes ?

Après plusieurs échecs afin de démasquer le coupable, Marin finit par tout raconter à sa mère qui devint folle de rage voler la nourriture de son fils c’était encore plus grave que d’acheter un pâté chinois surgelé. Ça allait barder ! A l’aide d’un plan infaillible concocté par sa maman coriace, Marin va enfin découvrir qui est le voleur de sandwichs.

Un roman graphique qui nourrit son lecteur de légèreté et d’humour tapageur. L’enquête est si bien ficelée qu’on ne devine pas l’identité du coupable à moins d’aller au bout du roman. Appétissant, ce livre l’est indubitablement ! La seule chose à laquelle on pense immédiatement c’est de faire sa mayonnaise maison à tartiner en couche épaisse dans un sandwich à la viande. Patrick et André ont mis tout leur talent dans cette histoire aux vertus éducatives. Voici ce qu’on y apprend :

* Quelques expressions canadiennes « sa job » « ti-coune »
* La mayonnaise ne sort pas que des usines
* Sois persévérant, la vie te le rendra
* Le respect est une valeur à ne pas négliger
* Le vol ne reste jamais impuni très longtemps
* Affamer un enfant n’est pas très sympathique
* Il ne faut pas traiter les petits de « petit », ça les énerve
* Le soutien parental c’est encore ce qu’il y a de plus sûr dans ce monde de brutes
* Le second degré c’est chouette d’en avoir lorsqu’on lit des livres aussi originaux :)

Le voleur de sandwichs, Patrick Doyon & André Marois
(La Pastèque)
en librairie depuis le 29 mai 2015
9782923841267 – 15€
à partir de 7 ans

Son
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On est tous faits de molécules – Susin Nielsen

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Dites, Hélium, c’est quoi cette agréable et exclusive surprise ? Figurez-vous que nous, lecteurs français, sommes les premiers à lire le tout nouveau roman de Susin Nielsen car il ne sort dans son pays d’origine (le Canada) qu’au mois de mai !!! Ce n’est pas génial ? Et vous savez ce qu’il est encore plus : ce roman, On est tous faits de molécules, qui est le tout premier méga-giga-gros coup de cœur de l’année 2015 de Bob. Alors merci, merci Hélium. :)

PETITE MODIFICATION (mais qui a son importance !) : Malgré ce que Bob vous a annoncé, le roman ne sortira finalement que le 15 avril pour des causes indépendantes de la volonté de l’éditeur (le livre est en effet sélectionné pour de prestigieux prix en Angleterre, la Carnegie Medal et le Guardian Prize, qui ont donc l’exclusivité pour la parution). 2 petits mois et demi à attendre…vous allez survivre ?

Stewart, 13 ans, et enfant surdoué, a perdu sa mère il y a deux ans. Quand son père a retrouvé l’amour, les voilà tous deux à emménager chez cette nouvelle femme et sa fille, Ashley, la fille la plus populaire du collège. Stewart est ravi, il va enfin avoir une sœur ! Sauf qu’Ashley l’est beaucoup moins, surtout que son père a récemment révélé être homosexuel, ce qui est bien plus que la jeune fille peut supporter…

★★★★★

Autant vous le dire tout de suite : vous n’allez pas lâcher ce roman ! Susin Nielsen a le don de nous attacher instantanément à son histoire et à ses personnages. Même les plus casse-pieds on les aime bien ! Et, surtout, ses personnages ont toujours une originalité et une personnalité qui les distinguent de tous les autres. Ce sont des héros sans l’être, ce sont des garçons surdoués mais pas si doués que ça pour la vie sociale et qui nous promettent des réflexions pertinentes, parfois débiles, toujours très drôles. Le roman est à deux voix, celle de Stewart puis celle d’Ashley et, si les scènes se répètent de l’un à l’autre pour avoir le point de vue de chacun, on ne s’en lasse pas une seule seconde. Il y a des thèmes abordés dans ce roman qui semblent chers à l’auteur : la différence (ici, Stewart est un « petit génie » avec des problèmes d’adaptation), l’homosexualité et la façon dont elle est perçue par les personnages (honte pour Ashley, homophobie pour d’autres). Le tout avec un humour qui fait toujours mouche ! On se moque un peu d’Ashley et sa passion unique pour l’apparence et la mode qui la font souvent passer pour plus bête qu’elle ne l’est et, pourtant, elle ressemble à tellement d’ados ! Mais on frissonne aussi pour elle quand des situations dérapent… Quant à Stewart, les souvenirs de sa maman qu’il chérit, sa volonté de s’intégrer, son désir de former une nouvelle famille et sa façon de mettre les pieds dans le plat le rendent extrêmement touchant et attachant. Contrairement à son précédent roman Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, qui était très sombre, Susin Nielsen renoue ici avec une légèreté qu’on retrouve de plus en plus rarement dans la production adolescente actuelle et ça fait vraiment du bien ! Un titre parfait dans notre sélection du moment et un premier gros coup de cœur de cette année 2015 ! A lire d’urgence !

On est tous faits de molécules, Susin Nielsen (Hélium)
en librairie le 15 avril 2015
9782330039332 – 14,50 €
à partir de 13 ans