Son
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Si c’est fluo, c’est bio !

Tu le trouves suspect ton étang qui irradie de jaune la nuit ? Ou ta boisson vert fluo 100% recyclée ? Alors t’es peut-être la bonne personne pour résoudre nos deux enquêtes du jour, et faire éclater la vérité sur des entreprises qui font fi des lois environnementales ! Justiciers de l’écologie, c’est à vous !

Des mutants dans l’étang

Après le génial Trafic à la fosse aux griffes, Véronique Cauchy nous propose une nouvelle Enquête graphique, avec cette fois Barroux au dessin. Le principe de la collection est simple : sensibiliser les enfants à l’écologie à travers des romans graphiques policiers. Et là où certains se ratent un peu en étant trop documentaires ou démago, ces enquêtes graphiques sont au contraire une véritable fiction, accompagnée simplement d’une double page documentaire en fin d’ouvrage. Véronique Cauchy réussit à nous embarquer dans une enquête véritablement à hauteur d’enfant et son écriture, qui va à l’essentiel tout en évoquant plein de pistes de réflexion, donne un rythme que la construction sous format bande dessinée complète à merveille. Et donc dans ce 2e titre de la collection, ce sont des vacances en Anjou qui permettent à nos deux héros, un frère et une sœur, de déjouer les méfaits d’une entreprise qui déverse ses déchets toxiques dans un étang. L’enquête est progressive, les différents symptômes de la pollution et de l’empoisonnement qui affectent humains et animaux distillent suspense et indices, et la résolution vient aussi grâce à l’intervention des adultes, parents et autorités compétentes. C’est vraiment très bien fichu (tout comme le 1er titre) et les illustrations de Barroux sont comme toujours un vrai régal ! Une série qui ne prend pas les enfants pour des billes à découvrir absolument !

Des mutants dans l’étang, Véronique Cauchy, illustré par Barroux (Kilowatt)
collection Enquête graphique
disponible depuis le 6 mars 2020
9782917045701 – 16,50€
à partir de 7 ans

La vie en vert fluo

Dans cet album, c’est un jeune trio d’enquêteurs qui ne pourra malheureusement pas compter sur les adultes pour venir à bout de cette usine de recyclage maléfique qui recycle absolument tout pour en faire des emballages, du compost et…des boissons ! Vous avez dit « beurk » ? Eh bien pareil pour nos jeunes héros qui vont découvrir que ce recyclage intégral, s’il paraît plutôt positif sur le papier, est en fait un véritable danger et que, bientôt, les adultes sont tous lobotomisés par leur « café vert » ou « vin composté » ! Ainsi les enfants et leur ingéniosité vont-ils être au cœur de cette enquête périlleuse qui va aussi les amener à un retour à la nature, jusqu’à ce que le problème soit résolu grâce à leur brillant stratagème. Le texte de Coline Pierré, fantasque et un peu dingo, nous emporte de l’insouciance d’une bande de copains à la lente et quelque peu terrifiante compréhension que tout ne tourne pas rond. Les illustrations hyper colorées de Gilles Freluche, dans un style graphique très vivant et expressif, offrent aussi de beaux moments de créativité et de fantastique digne des meilleurs films de monstres ! Un album qui ne manque pas d’humour et fait surtout la part belle au pouvoir de l’action collective !

La vie en vert fluo, Coline Pierré, illustré par Gilles Freluche (Mango)
disponible depuis le 10 janvier 2020
9782317022692 – 14,50€
à partir de 6 ans
Son
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Collectif Black Bone, t.1 Coltan song – Manu Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas, Maylis Jean-Préau

Souvenez-vous d’U4, la série littéraire dans laquelle 4 auteurs et autrices racontaient une histoire commune vécue par 4 personnages différents. Les éditions Nathan réitèrent l’expérience avec le Collectif Black Bone qui voit cette fois s’associer une éditrice (Marie Mazas), une journaliste (Maylis Jean-Préau), un auteur (Manu Causse) et une autrice (Emmanuelle Urien) pour une série prévue là aussi en 4 tomes, mais portant cette fois sur des sujets brûlants d’actualité !

Marie a 18 ans et vient de perdre sa mère dans un accident. Cette dernière était journaliste et, après avoir été reporter dans des zones de conflit, elle avait accepté de revenir en France pour s’occuper de la rubrique nouvelles technologies. En triant les affaires de sa mère et en regardant dans son ordinateur, Marie comprend que sa mère enquêtait sur les conditions de production d’un tout nouveau smartphone, remettant en cause la thèse de l’accident.

Il y a quelques années, on vous parlait de Blue gold, un roman d’Elizabeth Stewart qui, à travers le destin de trois jeunes filles, nous racontait, entre autres, les conditions de fabrication de nos téléphones portables. Cette même question est au cœur de l’enquête menée par Marie, bientôt aidée de Léo, un jeune hacker qui bossait pour la mère de Marie, et de Andrea, reporter italienne qui est aussi la marraine de la jeune fille. Entre l’Afrique et l’Europe, leur enquête va les mener à s’intéresser notamment aux mines de coltan et à ceux qui les exploitent, quitte à plonger dans un passé qui risque de leur attirer bien des ennuis…

Le Collectif Black Bone nous propose avec Coltan song un premier tome très réussi, parfaitement documenté, où c’est l’enquête journalistique qui prime et où l’on découvre tous les ressorts d’une investigation menée avec intelligence. C’est plutôt passionnant, la narration est efficace, faisant des allers et retours entre le passé et le présent, et le personnage de Marie, parfaitement incarné, nous entraîne dans cette volonté de faire la lumière sur cette affaire, découvrant ainsi ses qualités et ses projets d’avenir…qui se concrétiseront à n’en pas douter dans la suite de la série ! Une première aventure captivante, qui invite à s’interroger sur des sujets de société, sur le rôle des lanceurs d’alerte et, dans un dernier chapitre particulièrement glaçant, sur le cynisme de notre monde… Ça donne envie, non ? 😛

Collectif Black Bone, t.1 – Coltan song, Manu Causse, Emmanuelle Urien, Marie Mazas, Maylis Jean-Préau (Nathan)
disponible depuis le 9 janvier 2020
9782092591086 – 14,95€
à partir de 14 ans
Son
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Broken things – Lauren Oliver

Il y a 5 ans, Summer, 13 ans, est retrouvée assassinée dans une mise en scène macabre. Sont accusés trois autres jeunes gens, Owen, son petit ami, et Brynn et Mia, ses deux meilleures amies. Ils sont alors surnommés les Monstres de Brickhouse Lane et font la une des journaux. Pourtant, ils ont toujours proclamé leur innocence… Cinq ans plus tard, alors que la ville commémore la mort de Summer, les trois amis sont de retour chez eux.

Notre année commence bien avec ce thriller bien mené dans lequel la fascination pour un univers littéraire fictif devient responsable d’un drame. Un peu à la manière du monde inventé par les héros du Royaume de la rivière, de Katherine Paterson, pour échapper à la dure réalité de la vie (mais la comparaison s’arrête là), Summer, Brynn est Mia se plongent dans celui de Lovelorn, monde magique fictif issu d’un roman qu’elles vénèrent toutes les trois. Un roman qui se termine sans réellement se terminer – en plein milieu d’une phrase – et que les trois jeunes filles vont tenter de continuer à travers une fanfiction de leur cru. Mais Summer n’est pas une amie comme les autres : enfant placée, dite « à problèmes », elle mène Brynn et Mia par le bout du nez, attisant la flamme chez l’une, rabaissant constamment l’autre plus timide. Une amitié étrange, qui a ses hauts et ses bas et qui est justement finissante lorsque Summer est lardée de coups de couteaux dans un étrange rituel rappelant celui qu’elles décrivent dans leur fanfiction sur Lovelorn. L’horreur frappe la communauté, et l’amitié, les secrets et la difficile séparation entre la fiction et la réalité font de Brynn, Mia et Owen les coupables parfaits. Mais le sont-ils vraiment ? Cette cérémonie de commémoration cinq ans plus tard permettra-t-elle de lever le voile ? Après des années à enchaîner les cures de désintoxication pour Brynn, à suivre des cours à domicile avec une mère qui s’effondre pour Mia et à passer le reste de son adolescence à l’étranger pour Owen, nos trois suspects vont découvrir de nouvelles informations…

Un roman dense, vous l’aurez compris, qui explore la dissociation entre réalité et fiction, l’emprise exercée par une incroyable jeune fille sur deux autres, et toutes les difficultés à se reconstruire ou continuer à vivre avec le poids d’une accusation, d’une mise au ban de la société. Articulé entre le maintenant et l’autrefois, entre la voix de Brynn et celle de Mia, et entrecoupé d’extraits du roman fictif Le chemin de Lovelorn et de la fanfiction des trois filles, le roman est particulièrement prenant, et servi par une très belle écriture de Lauren Oliver. On est complètement happé dans l’ambiance et dans cette enquête de nos trois protagonistes, à la recherche de la vérité…et de leur innocence !

Broken things, Lauren Oliver, traduit par Alice Delarbre (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 2 janvier 2020
9782226442505 – 19€
à partir de 13 ans

Son
1

Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier

9782700256383,0-4782516

Après plusieurs mois de disparition, Clément se met enfin à la recherche de sa sœur Nina, qui a quitté la maison un jour sans laisser de traces. Son enquête va le mener de Lacanau à Bordeaux où, petit à petit, il va découvrir la raison de sa fuite…

★★★☆☆

Qui aurait pu imaginer qu’une fille comme Nina disparaisse un jour sans rien dire, sans aucune raison apparente ? Elle avait tout pour elle : une famille aimante – un papa commercial pour une marque de sport, une maman bibliothécaire et un petit frère futur star du surf qu’elle adorait embêter – une meilleure amie, un garçon pour qui elle craquait et tout le confort matériel dont on peut rêver. Sauf que Nina découvre un secret, quelque chose de si énorme, de si bouleversant, qu’elle ne parvient pas à endiguer le flot d’émotions que cela provoque chez elle et qu’il n’y a qu’une seule issue possible : la fuite !

Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, deux écrivains phares de la maison Rageot, s’allient pour proposer cette histoire à deux voix qui flirte avec le thriller. Nous suivons Clément, qu’un copain remet gentiment à sa place tout en le poussant à relancer l’enquête sur la disparition de sa sœur, et Nina, dans les mois qui ont précédé sa décision de couper tous liens avec sa famille. La raison de cette rupture familiale est révélée assez rapidement (mais je ne vous la dévoile pas !) car ce qui compte ici, c’est la réaction que cette révélation provoque, ce qu’elle implique pour deux jeunes gens qui n’ont rien demandé et à qui on a caché les choses les plus importantes de leurs vies. Il est question de confiance, d’amour, de choix, d’égoïsme et de résignation. Et il est intéressant d’avoir les points de vue de Clément et de Nina sur ces questions, entre celui qui reste, qui veut essayer malgré tout, et celle qui s’en va, incapable de pardonner. Outre le questionnement sur la famille, le roman aborde aussi d’autres sujets, aussi variés que la compétition sportive, l’homosexualité, le street art, les SDF, qui colorent les expériences de chacun des personnages mais qui, me semble-t-il, ne sont parfois qu’effleurés. Tout comme les personnages secondaires, comme les plus proches amis de Clément et Nina, qui ont clairement des choses à dire et qui auraient mérité d’être un peu plus exploités.

Avec Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier parviennent, grâce à une écriture fluide et rythmée, à nous tenir en haleine jusqu’au bout du roman. Une histoire de famille qui nous interpelle, qui nous invite à réfléchir à l’impact des secrets, au couple et à ce que l’on peut accepter, ou non, de la personne qu’on aime.

Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier (Rageot)
disponible le 16 janvier 2018
9782700256383 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
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La noirceur des couleurs – Martin Blasco

9782211233934,0-4442939

1885. Cinq bébés sont enlevés dans un quartier d’immigrés à Buenos Aires. Vingt-cinq ans plus tard, en pleine préparation du centenaire de la république d’Argentine, l’un d’entre eux réapparaît, c’est une jeune femme amnésique. Ses parents contactent alors un journaliste, Alejandro, qui va se pencher sur le mystère de cette incroyable disparition et découvrir une histoire aussi sombre qu’inattendue !

★★★★☆

Bien qu’il soit l’auteur d’une quinzaine de romans pour la jeunesse, La noirceur des couleurs est le premier roman de Martin Blasco publié en France et c’est une très belle découverte ! Dans ce thriller aux accents horrifiques (âmes sensibles s’abstenir, certaines descriptions sont très graphiques), nous suivons deux histoires, deux temporalités. D’abord le journal intime d’un certain J.F. Andrew, un scientifique qui projette d’enlever des enfants pour mener une expérience dans le but de « créer » les hommes du siècle à venir. Je ne vous spolie rien du tout, on connaît très vite les motivations et les projets de cet homme de sciences. En parallèle, nous suivons Alejandro, jeune journaliste sollicité par la famille d’Amira, jeune femme enlevée vingt-cinq ans plus tôt lorsqu’elle était bébé et revenue amnésique et quasi-mutique. D’abord étonné et sceptique sur la demande des parents d’Amira de découvrir où elle est passée durant tout ce temps, le charme de cette étrange beauté finira de convaincre notre journaliste d’enquêter, notamment dans les milieux en vogue de l’hypnose. Son enquête sera d’autant plus complexe et ahurissante que d’autres enfants disparus sont réapparus et que d’horribles meurtres sont commis…

Une construction assez classique mais qui fonctionne parfaitement, Martin Blasco maîtrisant son suspense et dénouant savamment les nœuds pour arriver à un final particulièrement surprenant ! J’ai tout autant apprécié le décor historique du roman, nous faisant découvrir l’Argentine du début du XXème siècle et esquissant, à travers les expériences menées par le professeur Andrew, un rappel d’autres projets effroyables qui ont marqué notre histoire récente. Un roman prenant et glaçant pour vous faire encore plus frissonner lors de ces soirées d’automne bien frisquettes !

La noirceur des couleurs, Martin Blasco, traduit par Sophie Hofnug (École des Loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 11 octobre 2017
9782211233934 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Colorado train – Thibault Vermot

9782377310005,0-4371891

Durango, 1949. Dans cette petite ville perdue au fin fond de l’Amérique, une bande de copains se retrouve dans leur cabane, fabrique une fusée, se raconte des histoires qui font peur, retourne à l’école pour la rentrée… Jusqu’au jour où Moe, la terreur qui les embêtait, disparaît mystérieusement. D’abord soulagée, la petite bande finit par se demander comment Moe a pu disparaître…surtout quand on retrouve son corps, à moitié dévoré…

★★★★☆

Avec une telle couverture, on pense immédiatement à la récente série Stranger Things ou encore aux films Les Goonies ou Stand by me. Il y a un peu de tout ça dans ce premier roman de Thibault Vermot qui nous fait découvrir l’Amérique profonde d’après-guerre, dans une petite ville où les traumatismes sont bien présents, notamment celui d’une terrible affaire survenue quelques années plus tôt : une gamine retrouve éventrée. Une affaire qui ronge le shérif, père de Suzy, la seule fille de la bande, et Michael, dont le père a disparu après avoir été soupçonné d’être le meurtrier. Aux côtés des deux ados, on retrouve les inséparables Durham et George, génies constructeurs de fusées, Calvin, le petit frère de Michael, et Donnie, le p’tit gros qui aime bien zyeuter les filles. Biberonnés aux histoires de croque-mitaines et de wendigos, la bande se laisse entraîner dans une intense course-poursuite lorsque Moe disparaît puis est retrouvé les tripes à l’air. Mais ce que Michael et ses amis ne savent pas, c’est que le monstre qu’ils traquent n’attend qu’une occasion pour les traquer eux-aussi…et les croquer !

Frissons garantis dans ce Colorado Train et on recommande aux âmes un peu sensibles de ne pas lire le roman à la nuit tombée ! Thibault Vermot parvient à nous happer dans son récit dès les premières pages et, si on comprend assez vite la véritable nature du monstre, ce n’est pas là le plus important. Ce qui fait la force du roman, c’est son style, nerveux, âpre, sauvage, aussi acéré que les griffes du monstre ; ses personnages, ces gosses qui se laissent entraîner dans une affaire plus grosse qu’eux, qui va les mettre devant leurs angoisses les plus terribles, devant leurs faiblesses et démontrer toute la force de leur amitié ; son ambiance de tension permanente où le fantastique ne semble pas bien loin, où le goût du sang et de la poussière nous laisse la langue pâteuse ; et puis ce qui est dit, en filigrane, sur les séquelles de la guerre sur les hommes, la violence, la folie et la misère qui en découlent. Un premier roman intense et terrifiant où Thibault Vermot se pose en héritier français de Stephen King, avec le sang et les boyaux bien exposés sur la table. On vous aura prévenus ! 😛

Colorado train, Thibault Vermot (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 6 septembre 2017
9782377310005 – 16€
à partir de 13 ans
Son
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I am Princess X – Cherie Priest

9782747058957,0-4105410May et Libby étaient les meilleures amies du monde. Ensemble, elles ont créé un personnage à qui elles faisaient vivre plein d’aventures : Princess X. Mais il y a trois ans, Libby est décédée dans un accident de voiture. Un jour pourtant, May découvre sur la vitrine d’une boutique un autocollant à l’effigie de cette héroïne qu’elle croyait enterrée avec son amie. Etonnée, elle découvre bien vite qu’il existe un compte Instagram où sont narrées en BD les aventures de Princess X et, en les lisant attentivement, May découvre des indices troublants… Son amie est-elle vivante ?

★★★★☆

Faites-vous partie de ceux qui ont vu la campagne de publicité dans les rues autour de l’univers de Princess X ? Si ce n’est pas le cas, rendez-vous sur Instagram ! Une fois votre curiosité bien attisée, Bob vous propose de vous précipiter sur ce très bon thriller, où la BD et le roman se mélangent avec une très grande réussite. En effet, pas toujours facile de concilier les deux ! Cherie Priest, elle, y parvient simplement et efficacement : les planches de BD, tout en violet réalisées par Kali Ciesemier, font partie intégrante de l’intrigue policière, elles n’ont pas qu’une vertu illustrative mais sont bien des éléments clés de l’histoire. Nous sommes ainsi comme May, qui découvre ce qui est arrivé à son amie disparue en même temps que nous, et qui entrevoit les indices glissés dans les cases. Si l’intrigue générale est relativement simple, c’est bien la façon dont elle est menée qui est particulièrement originale, ainsi que les personnages secondaires qui vont épauler May dans sa quête, et le parallèle entre la véritable histoire et celle de la fiction, de Princess X. C’est plutôt bien fichu et on se laisse entraîner de bout en bout, dans l’attente du dénouement final.

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Un roman qui n’est pas sans rappeler l’univers des comics et de ses super-héros. Princess X est une ado fringuée comme une princesse de Disney, couronne comprise, mais avec des Converse rouge et un katana pour seule arme. Son passé est terrible, ses parents sont morts et elle a été kidnappée par un dangereux malade pour des raisons aussi folles que malsaines. Des éléments qui paraîtront surréalistes à qui cherche un thriller noir ancré dans la société (d’autant que le final va un peu vite), mais qui plaira sans aucun doute à ceux qui accepteront cette influence. La thématique des réseaux sociaux et du hacking est également très intéressante dans le roman, et apporte beaucoup à tout l’univers virtuel déployé dans l’intrigue. Original et vivant, aussi sombre que punchy, I am princess X mêle habilement la BD et le roman, à découvrir !

I am Princess X, Cherie Priest, illustré par Kali Ciesemier, traduit par Vanessa Rubio-Barreau (Bayard jeunesse)
disponible depuis le 26 avril 2017
9782747058957 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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La petite romancière, la star et l’assassin – Caroline Solé

Il y a deux ans, Caroline Solé sortait un premier roman percutant qui avait beaucoup plus à Bob. Cette année, elle récidive avec un roman au titre tout aussi long, toujours aussi percutant et avec une nouvelle manière d’aborder l’adolescence et la célébrité…

9782226396716,0-4034289

Cheyenne a quinze ans et décide de mettre à profit les vacances sans sa famille pour réaliser son funeste projet : en finir avec la vie. Mais voilà que la célèbre actrice qui vit en face de chez elle débarque dans sa belle villa et que, une nuit, Cheyenne est témoin d’une scène étrange : un homme enterre le cadavre d’un enfant dans le jardin…

★★★★☆

C’est un rapport de police, mentionnant la découverte du cadavre d’un enfant dans la poche duquel figurait le portait de la star, qui ouvre le roman où les trois personnages principaux vont être interrogés. On commence avec Cheyenne, jeune fille mal dans sa peau qui voulait profiter de l’absence de sa famille pour mettre fin à ses jours mais qui, faute d’un peu plus de courage, se met à jouer les Fenêtre sur cour. Puis c’est au tour de Tristan, assistant de la star qui vit en face de chez Cheyenne, de raconter sa présence dans cette histoire et son désir de devenir cinéaste. Et enfin l’actrice, celle dont tout le monde parle et dont personne ne sait véritablement rien de sa triste vie. Comment ses trois personnages totalement différents peuvent-ils être liés ? Ont-ils vraiment quelque chose à voir avec le cadavre repêché de cet enfant ?

C’est bien la question qui nous taraude jusqu’à la fin du roman. Car, de déposition en circonvolutions, chacun des personnages va nous révéler bien plus que ce qu’ils pensent. Cela ne sera sans doute d’aucune aide à la police pour résoudre son affaire, mais cela nous ravira, nous lecteurs, de découvrir l’envers du décor, comment l’une assiste à une scène terrible, comment l’autre révèle la vérité sur son geste et comment la dernière observe malgré son absence. Ce procédé du huis-clos de la salle d’interrogatoire où chacun parle sans s’arrêter, jamais interrompu, fonctionne particulièrement bien, faisant monter la tension, nous emmenant sur des fausses pistes et révélant petit à petit le fin mot de l’histoire. Mais là où Caroline Solé est vraiment forte, c’est dans sa dépiction de l’adolescence et de ses affres, la dépression terrible dont souffre Cheyenne, la marginalité (on remarquera d’ailleurs que Christopher n’est pas loin…), la solitude induite par la célébrité. Des thèmes déjà abordés dans son précédent roman, qui trouvent une toute autre dimension dans ce récit à plusieurs voix particulièrement touchant.

La petite romancière, la star et l’assassin, Caroline Solé (Albin Michel Jeunesse)
collection Litt’
disponible depuis le 29 mars 2017
9782226396716 – 12€
à partir de 13 ans
Son
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Phobie – Sarah Cohen-Scali

Après le dérangeant mais fascinant Max, que l’on vous conseille de lire avec vos tripes bien accrochées dans vos bidous, Sarah Cohen-Scali explore les plus infimes recoins de notre conscience dans un roman entre cauchemar et…cauchemar.

9782354884598,0-3710514Depuis qu’elle a cinq ans, Anna est terrorisée par le croque-mitaine. Car c’est le monstre du placard qui a tué son père, elle en est persuadée, même si tout le monde lui dit qu’il s’est tout simplement enfui en les laissant seules, sa mère et elle. Malgré les thérapies, la jeune fille ne s’est jamais débarrassée de son cauchemar et, lorsqu’elle se réveille dans une cave sombre à l’odeur de moisi, une peur terrible s’instille en elle : le croque-mitaine va-t-il la tuer elle-aussi ?

★★★☆☆

Huis-clos angoissant mâtiné de références aux contes de fées, Phobie joue très bien le jeu de la peur, de l’ambiance malsaine et de la difficulté à voir ce qui tient du fantasme ou de la réalité. Anna est une jeune fille troublée, incapable de passer la nuit hors de chez elle, en proie à des angoisses que personne ne comprend et traumatisée par la disparition de son père. Est-il mort ? Juste disparu, comme tant d’autres hommes qui abandonnent leurs familles quand tout va mal ? Seuls les souvenirs agréables en sa compagnie, quand il lui lisait des contes de fées, la font tenir. Jusqu’au jour où elle est mystérieusement invitée à une fête d’Halloween. Est-ce là une opportunité de retrouver son père ? Quand Anna se réveille dans cette cave, elle comprend que cette fête était une erreur et que son cauchemar ne fait que (re)commencer…

Phobie s’intéresse à nos peurs les plus profondes, aux traumatismes de l’enfance et à leur éventuelle résolution. Pour cela, nous ne suivrons pas que la séquestration d’Anna, aux prises avec un ravisseur maléfique, mais aussi le commandant Ferreira, le policier en charge de l’enquête sur l’enlèvement de la jeune fille, qui va devoir s’associer à un psychiatre pour essayer de la retrouver. Car selon le docteur Fournier, la clé de l’enlèvement d’Anna se trouve dans son passé. Et si Ferreira parvient à résoudre la disparition du père d’Anna, alors il retrouvera la fille…

Avec Phobie, Sarah Cohen-Scali mêle les genres et joue avec leurs codes. Si la première partie relève de l’angoisse et du thriller avec une grande efficacité (on frissonne en découvrant cette atmosphère glauque, sordide de la séquestration d’Anna et des parallèles avec certains contes de fée), la résolution de l’enlèvement d’Anna intervient en plein milieu de roman pour entamer alors une autre dimension de l’histoire…que je ne peux vous révéler sans tout vous gâcher ! Et c’est peut-être ce qui m’a le moins emballée dans Phobie, cette deuxième partie où, même si l’enquête continue, l’angoisse disparaît totalement au profit d’autre chose. C’est compliqué de vous expliquer pourquoi sans vous dévoiler quoi que ce soit… 😛 En tous cas, pour la partie horrifique, le pari est tenu et, si vous n’avez pas peur du croque-mitaine, lancez-vous ! Amateurs de thrillers angoissants, n’hésitez pas non plus à vous plonger dans l’univers de Phobie. Pour les petites natures, passez votre chemin…

Phobie, Sarah Cohen-Scali (Gulf Stream)
collection Électrogène
disponible le 9 février 2017
9782354884598 – 18€
à partir de 14 ans
Son
2

Power Club, 1. L’apprentissage – Alain Gagnol

9782748521504,0-3724343

En 2038, les super-héros sont aussi populaires que les boys-band dans les années 1990. Ils font partie du Power Club, groupe créé aux Etats-Unis, qui rassemble des jeunes entre 16 et 25 ans dont les parents ont assez d’argent pour leur offrir l’adhésion. Pour son anniversaire, c’est le cadeau que reçoit Anna de la part de ses parents ! Bientôt, elle se rend à New York, où l’opération qui lui verra attribuer ses superpouvoirs se déroulera…

★★★★☆

Dans ce premier tome d’une trilogie, Alain Gagnol nous présente un monde où les super-héros sont connus de tous, tels des acteurs ou des musiciens célèbres, et où ils ont obtenus leurs pouvoirs non pas par accident – comme c’est très souvent, voire tout le temps, le cas dans les histoires de super-héros que nous connaissons bien – mais grâce à la fortune de leurs géniteurs. Eh oui ! En 2038, pour devenir un super-héros, inutile d’avoir un sens aigu de la justice ou de vouloir faire le bien autour de vous et sauver la veuve et l’orphelin ! Demandez juste quelques millions de dollars à papa-maman et hop, vous rejoindrez le Power Club ! On vous inoculera alors des boosters, une petite merveille de la technologie qui vous garantira de voler dans les airs, une super-force, une résistance aux balles et autres trucs cools. En échange, vous participerez aussi à l’émission de télé-réalité hebdomadaire du club, signerez des contrats juteux pour devenir l’égérie d’une marque de cosmétiques et paraderez dans toutes les soirées branchées. Et sauvez les petites gens des grands méchants ? Ouais, bon, de temps à autres, quoi… quand c’est un peu chaud pour la police, histoire que des mecs bien entraînés pour des prises d’otage ou quoi ne se fassent pas canarder.

Anna va donc devenir la nouvelle membre du Power Club, malgré une réticence première due à son manque d’intérêt pour la célébrité et la frime qui lui semble émaner des autres super-héros. Et bientôt, si elle trouve les super-pouvoirs vraiment très cools, son envie d’être une véritable super-héroïne – sauver des vies, donc, être utile à la population – va se révéler être un problème pour le Club et ses dirigeants. Sans compter que, à son arrivée à New York, elle a entendu quelque chose qu’elle n’aurait pas dû entendre… Une information sensible qui concerne la mort du premier super-héros de l’histoire depuis la création du Power Club…

Avec ce premier tome de Power Club, Alain Gagnol signe un roman de super-héros passionnant, avec des scènes d’action surpuissantes, une sensation de voler avec Anna plus vraie que nature, et une réflexion super intéressante sur le pouvoir de l’image et de la célébrité. Le complot qui entoure la mort d’un super-héros du Power Club, l’enquête menée par Anna, sa relation si particulière avec l’incroyable technologie qui coule dans ses veines, tout cela donne une épaisseur de plus à ce roman très réussi, dont la fin jouissive nous donne encore plus envie de découvrir la suite des aventures d’Anna ! Alain, on est prêt pour le tome 2 ! 😀

Power Club, 1. L’apprentissage, Alain Gagnol (Syros)
disponible depuis le 5 janvier 2017
9782748521504 – 17,95€
à partir de 13 ans